L'interview : Marine Le Pen - 25/02
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Vous écoutez RMC, RMC, l'interview Philippe Corbet. Bonjour Marine Le Pen. Bonjour. Merci d'être ce matin sur BFM TV et RMC. L'offensive contre Kiev a commencé visiblement dans 58 jours si vous êtes élu. Vous serez chef de l'État, chef des armées et en charge de protéger la France et les Français dans une situation d'Europe rattrapée par la guerre. Si vous étiez président de la République aujourd'hui, qu'est-ce que vous feriez ?
Alors d'abord, il y a deux aspects, je crois, auxquels le président de la République doit évidemment s'attacher. Le premier aspect, c'est d'abord d'exprimer fermement, évidemment, ce qui a été fait d'ailleurs par tous, il faut être honnête, la condamnation totale, sans ambiguïté, de la violation de l'intégrité et de la souveraineté de l'Ukraine. Deuxièmement, c'est d'essayer de trouver les voies d'une résolution diplomatique de cette crise, qui ne peut évidemment être engagée qu'à compter de la cessation des opérations militaires. Et puis, il y a un autre aspect, qui est l'aspect de la protection des Français, non pas sur le plan militaire, mais sur le plan économique.
Car il est évident que, selon la nature des sanctions qui vont être prises et leur application, il peut y avoir des conséquences terrifiantes sur le pouvoir d'achat des Français, notamment dans le domaine de l'énergie, dans le domaine des matières premières. Et moi, je pense qu'il ne faut pas traiter cela par-dessus la jambe, parce que les Français sont déjà extrêmement fragilisés aujourd'hui, en raison de l'effondrement de leur pouvoir d'achat et de la hausse du prix de l'énergie. Si on ne tient pas compte de cette situation, eh bien, on va se retrouver avec des prix qui vont doubler, voire pire.
Est-ce que ça veut dire que vous avez des doutes, ou que vous n'êtes pas en accord avec des sanctions, par exemple, les nouvelles sanctions, le nouveau train de sanctions qui a été pris par l'Union Européenne ?
Objectivement, on ne nous sent pas informés de manière précieuse. Je vous donne un exemple. Il avait été question au départ, mais je crois que pour finir, ils sont revenus sur cette proposition d'interdire l'utilisation du système bancaire par la Russie. Le système SWIFT. Oui, le système SWIFT. Sauf que c'est par ce système que l'on paye le gaz russe. Donc, à partir du moment où on interdisait ce système, ça voulait dire qu'on faisait une croix sur le gaz russe. Or, le gaz russe, c'est 40% du gaz européen. Ça voulait dire quoi ? Ça veut dire qu'on n'a pas la capacité, à court terme, de remplacer le gaz russe. Donc, attention aux sanctions, c'est ce que vous dites ce matin.
Je veux dire attention à la nature des sanctions, que la nature des sanctions n'entraîne pas, si vous voulez, qu'en fait, ce soit les Français qui soient les sanctionnés des conséquences, en fait, de ces prises de décision.
Mais la diplomatie, parce que vous disiez qu'il faut aussi avoir un rapport de force diplomatique. La diplomatie, ce rapport de force, puisqu'on n'envoie pas de troupes sur place, et les Européens ont été clairs, on n'enverra pas de troupes en Ukraine. Le rapport de force, on le crée avec des sanctions économiques, avec des sanctions financières. On n'a pas beaucoup d'autres armes que ça.
Vous avez raison, on n'a pas beaucoup d'autres armes que cela. Mais encore une fois, on peut décider aussi de la nature de ces sanctions. Et faire en sorte...
Si elles ne sont pas assez fortes, elles ne seront pas efficaces.
Oui, mais d'accord. Mais si elles sont en réalité prises, et que c'est nous qui en sommes les victimes, ça n'a aucun sens. Rappelez-vous, il y a quand même les premières sanctions qui avaient été prises. Vous l'avez dit en 2014, en 2015. Exactement. En réalité, elles ont eu quoi comme conséquences ?
Les agriculteurs en France avaient souffert.
Voilà. Les agriculteurs ont considérablement souffert. Nous avons arrêté d'exporter toute une série de produits agricoles en Russie. Et de fait, la Russie a en fait profité de ces sanctions pour pouvoir développer ses propres filières agricoles. Et aujourd'hui, elle est quasiment autonome. Donc, voilà. C'est là où il faut bien mesurer, si vous voulez, les choix que l'on fait. Et moi, c'est vrai que l'énergie, ça me crée une vive inquiétude. De la même manière que les matières premières me créent une vive inquiétude. Parce que si le blé, si le prix du blé double ou triple, eh bien, c'est le pain, ce sont les pâtes, ce sont tous les produits transformés à base de blé qui vont flamber.
Et aujourd'hui, nous ne pouvons pas nous permettre cela en France.
Autre annonce cette nuit du président de la République, Marine Le Pen, la décision d'accélérer le déploiement de soldats français en Roumanie, donc la Roumanie, pays de l'Union Européenne, de l'OTAN, voisin de l'Ukraine. Est-ce que vous approuvez cette accélération de déploiement de troupes françaises ?
Oui, je suppose que c'est la Roumanie qui a demandé, qui exprime des inquiétudes et qui a demandé le renforcement. Ça ne pose pas de difficultés. Moi, ce que je ne souhaite pas, c'est qu'on entre dans un conflit militaire. C'est-à-dire que nous envoyons, je ne souhaite pas que nous envoyons des troupes françaises pour combattre en Ukraine.
Mais si on dépositionne des troupes françaises, par exemple en Roumanie, à la frontière de l'Ukraine, vous prolongerez cette politique si vous êtes élu ?
Encore une fois, il s'agit là, en fait, de protection réclamée par un certain nombre de pays. Dans le cadre de l'OTAN. Exactement, dans le cadre de l'OTAN. Et donc, c'est d'une nature qui me paraît totalement différente.
Marine Le Pen, vous disiez qu'il faut trouver le moyen du dialogue et dialoguer avec la Russie. Est-ce que ce n'est pas ce qu'a essayé de faire le président Macron, y compris hier soir ? Il a appelé le président Poutine, il l'a eu au téléphone encore dans la nuit de dimanche au lundi, en essayant de trouver une sorte de le retenir, d'une certaine manière. Il est allé le voir au Kremlin. Et vous avez dit, je crois que c'était mardi sur RTL, que ces tentatives du président de la République, notamment en allant à Moscou il y a quelques semaines, c'était de la communication aussi avec une visée électorale.
C'est-à-dire que soit on y va et on dialogue, mais quand on y va et on dialogue, c'est de la com', c'est un peu difficile à comprendre.
Oui, mais je vais vous expliquer ce que je pense. C'est toujours difficile parce qu'aujourd'hui, si vous voulez, clairement, la Russie a dépassé la ligne rouge et le président de la République française est dans son rôle. Et donc, je ne vais pas venir aujourd'hui critiquer ce qu'il fait, la manière dont il le fait, etc. Au nom de l'unité nationale aussi. Oui, oui, bien sûr, évidemment. Mais il faut regarder les cinq dernières années, ou même les sept dernières années. Car quelle est un petit peu l'histoire récente de la France par rapport à ces problématiques du conflit entre la Russie et l'Ukraine. François Hollande a pris une initiative il y a sept ans. C'était le sommet de Minsk II.
Il a réussi à mettre tout le monde autour de la table. Avec Angela Merkel, donc négociation Ukraine-Russie-France-Allemagne. Et ils ont réussi à trouver les moyens de la paix. Qui étaient donc 13 points, dont l'autonomie qui était accordée à Lugansk et à Donetsk. Et en fait, après, rien ne s'est fait. C'est-à-dire que ce que je regrette, moi, c'est qu'Emmanuel Macron, je ne sais pas d'ailleurs pourquoi ça n'a pas été suivi, ce sommet de Minsk II. Peut-être parce que c'était François Hollande qui en était à l'origine.
Ils ont parlé encore avec Vladimir Poutine dans la nuit de dimanche à lundi.
Oui, mais pendant cinq ans, si vous voulez, ce sommet de Minsk II, en réalité, nous n'avons rien exigé de la Russie en termes de respect, rien exigé de l'Ukraine en termes de respect. Vous voulez dire qu'on aurait pu être plus dur avec la Russie ? Je pense qu'on aurait pu être plus dur avec les deux parties, puisque l'idée était précisément d'arriver à une solution pacifiée. Or, on n'a rien demandé à l'un, rien demandé à l'autre. Donc, en fait, on a laissé pourrir la situation. Parce que les combats, il y en a, en fait, depuis des années. Notamment dans le Donbass, oui. Mais bien sûr, il y a eu, je crois, près de 14 000 morts dans les dix dernières années, ce qui est quand même considérable.
À l'instant, Marine Le Pen, Jean-Yves Le Drian, le ministre des Affaires étrangères, dit que la France est inquiète pour la Géorgie et la Moldavie, inquiète d'une possible tentative des forces russes aussi d'avancer dans ces deux territoires. La Géorgie qui avait déjà été attaquée en 2008, la Moldavie qui se trouve donc entre l'Ukraine et la Roumanie. Est-ce que vous êtes inquiète aussi que la Russie puisse tenter d'avancer vers d'autres pays ? Je pense aux Pays-Baltes aussi, qui sont membres de l'Union Européenne et de l'OTAN.
Je ne sais pas quel est le but, et je crois que personne aujourd'hui, c'est bien le problème, d'ailleurs, ne sait quel est le but de Vladimir Poutine. Donc, moi, clairement, je considérais que tout était possible, mais qu'il était peu plausible que Vladimir Poutine envahisse l'Ukraine. Il l'a fait.
Vous reconnaissez que, comme d'autres qui étaient sceptiques, vous avez mal jugé la situation.
Mais tout le monde était sceptique, même les Ukrainiens. Même les Ukrainiens ne croyaient pas, en réalité, à cette option-là. Ceux qui sont les meilleurs connaisseurs de la Russie, d'ailleurs, n'avaient pas, en réalité, envisagé cela. Donc, aujourd'hui, évidemment, on est dans l'expectative, et personne ne sait quelle est la volonté de la Russie.
Personne ne le sait. On va reparler de Vladimir Poutine. Juste une question précise. Vous avez vu, peut-être, sur BFM TV, ces images d'Ukrainiens qui roulent vers l'Ouest, qui fuient vers l'Ouest, qui, là, vont vers l'Ouest de l'Ukraine, mais peut-être, dans quelques semaines, essaieront de passer en Hongrie, en Roumanie, en Slovaquie, en Pologne. On ne sait pas combien ils seront. Peut-être des centaines de milliers. Est-ce qu'il faut aider ces pays européens, notamment la Pologne, à accueillir ces réfugiés ukrainiens ?
Est-ce qu'il faut, comme l'a dit le président de la République cette nuit à Bruxelles, peut-être que la France prenne sa part, en accueille certains sur le territoire français ? Bien sûr.
Il faut respecter la Convention de Genève. On accueille des réfugiés, notamment l'Ukraine. Bien sûr. On est là, en plein, au cœur de la Convention de Genève. Tout ça doit se faire, évidemment, sous l'égide du Haut Commissariat aux réfugiés. Et il faut faire tout ce qui est nécessaire pour pouvoir respecter cette Convention de Genève.
On va parler de Vladimir Poutine, puisqu'on se disait qu'on ne sait pas exactement ce qu'il veut. Question assez simple. Est-ce que Vladimir Poutine, selon vous, est un dictateur, aujourd'hui ?
C'est un mot qu'utilisait il y a soir Jean-Yves Le Drian sur TF1. Je sais bien. C'est un régime autoritaire, le régime russe. Historiquement, si vous voulez, par culture. Donc, nous, c'est vrai qu'on juge avec nos normes, qui sont des normes occidentales, qui ne sont pas les normes russes. Mais ce qu'il a, encore une fois, commis là, est une violation manifeste du droit international. Et c'est absolument indéfendable. Vous voyez, on peut très bien essayer d'expliquer qu'est-ce qui a pu susciter cette montée en puissance. Mais on ne peut, en aucune manière, excuser ce comportement.
Donc, autre question assez simple, et je vais vous expliquer pourquoi je vais la poser. Est-ce que, selon vous, Vladimir Poutine est un tueur ? Je vous pose cette question parce que la question a été posée Joe Biden au président Biden l'année dernière. Il avait répondu simplement oui. Oui, selon lui, Vladimir Poutine est un tueur. Ça ne l'a pas empêché d'aller faire un sommet avec lui à Genève quelques temps plus tard. Est-ce que, selon vous, Vladimir Poutine est un tueur ?
Tous ces adjectifs ne régleront pas la situation. Permettez-moi de vous dire que la Russie est une grande puissance. C'est une grande puissance nucléaire. Et elle est sur notre continent. C'est donc à nous de trouver les solutions pour vivre avec. C'est ça la vraie question que nous nous posons. Donc, on peut toujours se faire plaisir à lancer des anathèmes. Mais notre sujet, c'est la Russie est une grande puissance nucléaire. Elle est sur notre continent. Ce n'est pas le continent des Américains. Ce n'est pas le continent des Asiatiques. Est-ce qu'on doit réfléchir à... Est-ce qu'on doit continuer, en quelque sorte, à pousser la Russie entre les bras de la Chine ?
Et moi, c'est ça mon inquiétude majeure. Vous voyez, c'est qu'en réalité, au fur et à mesure, on voit la Russie se tourner vers la Chine. La Chine profitait d'ailleurs de cette situation. Vous avez vu les déclarations de la Chine dernièrement en disant qu'il n'y a aucun problème, s'il y a des sanctions économiques, la Chine achètera le blé, la Chine achètera le gaz, etc.
Et ça peut avoir des conséquences aussi sur ce que ferait la Chine avec Taïwan.
Or, je crois que c'est ça qui est véritablement inquiétant et dangereux. Donc, il faut essayer de débrancher au maximum le danger que représente cette association entre la Russie et la Chine. Donc, il faut retrouver les voies de la diplomatie. Je pense qu'Emmanuel Macron, pour le coup, a raison quand il dit les voies de la diplomatie sont encore possibles, sont encore ouvertes. Elles le sont toujours d'ailleurs en réalité. Et la France peut jouer un rôle particulier pour précisément trouver ce lien.
Marine Le Pen, rares sont les Français qui, comme vous, ont eu l'occasion ces dernières années de dialoguer les yeux dans les yeux avec Vladimir Poutine. Vous l'avez vu en tête à tête au Kremlin en 2017. En fait, il vous avait reçu. J'ai posé la même question à François Hollande sur ce plateau il y a quelques jours. Les yeux dans les yeux. Qu'est-ce que vous avez compris de cet homme ? Est-ce que cet homme est un fou, comme certains le pensent ? Ou est-ce qu'au contraire, c'est quelqu'un d'extrêmement rationnel, qui ne comprend que le rapport de force, et qui, d'une certaine manière, est quelqu'un de tout à fait sensé ?
Non, je ne pense pas du tout que ce soit un fou. Je pense qu'on aurait tort de croire que c'est un fou. Il est totalement rationnel. Il vous avait impressionné ? Il est brutal. Il vous avait impressionné ? Oui, bien sûr, il est impressionnant. Parce qu'il y a une volonté dans cet homme, qui est une volonté implacable. Il faut le savoir. Il faut en tenir compte.
Une sorte de revanche de la Russie, humiliée ?
C'est toujours pareil. Je pense que quand on est face à une grande nation telle que celle-là, il faut en même temps qu'elle puisse vous craindre, et en même temps qu'elle ait le sentiment d'être respectée. Or, j'ai envie de vous dire, sur ces deux tableaux, je pense qu'il y a eu une faillite. C'est-à-dire qu'en même temps, la Russie, manifestement, ne craint pas l'Union européenne, puisque c'est l'Union européenne qu'on met toujours en avant, et en même temps, elle n'obtient pas de respect. Donc, dans ces cas-là, on se crée les conditions d'une véritable inquiétude.
J'aimerais aussi vous faire comprendre que, parce que souvent, on parle de la Russie et des États-Unis, donc j'aimerais vous faire comprendre que, moi, je considère que toutes les grandes puissances, États-Unis, Russie, Chine, sont potentiellement dangereuses. D'accord ? Pourquoi ? Parce qu'en fait, toutes ces grandes puissances, parce que ce sont des grandes puissances, elles représentent en réalité un danger. Deuxièmement, une grande puissance, elle est en même temps, ou elle peut être en même temps, selon le temps, selon le domaine, elle peut être un allié, elle peut être un adversaire, elle peut être un concurrent.
Et c'est ce que sont les États-Unis vis-à-vis de la France, et c'est ce qu'est la Russie vis-à-vis de la France.
Marine Le Pen, est-ce que vous regrettez, à Posse-Henri, d'avoir dit, par exemple, en 2011, dans un journal russe, « Je ne cache pas que, dans une certaine mesure, j'admire Vladimir Poutine ». Est-ce que vous l'admirez toujours ?
Je pense que tout le monde a une forme d'admiration. Vous l'avez toujours pour lui ? Non, mais, alors là, honnêtement, je considère que ce qu'il a fait est, encore une fois, éminemment condamnable. Ça change en partie la vision que je peux avoir de lui. Mais, n'ayons pas de mépris, jamais. C'est parce qu'on a du mépris qu'on se trompe, en réalité. Moi, je vous rappelle que, quand j'ai rencontré Vladimir Poutine en 2017... Quelques semaines avant l'élection présidentielle. Pourquoi je le rencontre ? Je le rencontre parce qu'on est deux ans après le Bataclan. Je le rencontre parce que je considère que la Russie peut être un allié dans la lutte contre le fondamentalisme islamiste.
Et je ne suis pas la seule à penser cela. Parce que, moi, je me souviens d'un tweet d'Emmanuel Macron, je l'ai retrouvé d'ailleurs, de 2019, où il dit quoi ? Qui est l'ennemi de l'OTAN ? Demande le président de la République française. La Russie n'est plus un ennemi, dit-il. Elle reste une menace, mais est aussi un partenaire sur certains sujets. Notre ennemi, aujourd'hui, le terrorisme international, et en particulier, le terrorisme islamiste. Donc, vous voyez, cette vision-là, c'est celle-là que moi, je partageais, pour le coup, à l'époque, avec Emmanuel Macron. Et c'est la raison pour laquelle je pensais absolument fondamental de rencontrer Vladimir Poutine.
Mais est-ce que Marine Le Pen, vous ne regrettez pas d'avoir été parmi d'autres, parmi beaucoup d'autres, peut-être un relais de l'influence politique qu'essayait d'exercer le président Poutine en Europe ? Je prends un exemple très récent. Et quelle influence ? Je prends un exemple très récent. Le 29 janvier dernier, vous participez à une réunion avec d'autres partis alliés avec le RN à Madrid. Il y a notamment le premier ministre polonais, le premier ministre hongrois. Et vous refusez de signer dans la déclaration commune un passage, vous refusez de paraffer le passage condamnant les actions militaires russes. Vous savez pourquoi ? Dites-moi.
Eh bien, je vais vous le dire parce que c'est exactement ce que j'ai dit à l'ensemble de mes alliés qui ont parfaitement compris. Mais qui n'ont pas la même présence que vous sur le sujet. Non mais d'accord.
Qui voudrait que vous soyez plus durs avec la Russie.
Monsieur Corbet, j'y étais. Je vais vous expliquer les coulisses. Bon, pas même pas les coulisses d'ailleurs, c'était public. Je leur ai dit Emmanuel Macron est aujourd'hui en train de négocier avec Vladimir Poutine. Je ne veux rien signer, moi, chef de l'opposition qui puisse mettre en difficulté le président de la République française parce que même si c'est mon adversaire aux élections présidentielles, il n'en demeure pas moins qu'il agit en tant que président de la France. Et donc je ne veux rien signer qui puisse entraver les discussions qu'il a actuellement avec Vladimir Poutine. Et tout le monde l'a compris.
Comprenez bien que moi j'ai un positionnement qui est un positionnement éminemment républicain. Je respecte toujours, encore une fois, le rôle qui est celui du président de la République et je ne mélange pas le combat politique que je mène contre le candidat à sa réélection et l'action qu'il peut mener au niveau international quand il représente la France.
Autre déclaration récente, c'est pas vu, décembre 2021, vous parlez d'un média polonais, Reskos Polita, vous dites, je cite, qu'on le veuille ou non l'Ukraine appartient à la sphère d'influence russe. Est-ce qu'il n'y a pas une contradiction entre, d'une part, l'idée que l'Ukraine serait sous la sphère d'influence russe et l'idée aussi que le peuple ukrainien est souverain, libre, démocratique et a choisi un président qui, lui, veut que l'Ukraine ne soit pas sous la sphère d'influence russe.
Mais vous avez raison, mais vous savez, la vie politique et la vie géopolitique et internationale n'est faite que de ce type de contradictions. Je suis désolée de le dire. Donc, quand vous disiez la sphère d'influence russe, c'était ne pas être du côté du peuple ukrainien et de ce qu'il souhaite. Merci d'ailleurs de rappeler tous ces éléments parce que ça prouve quand je parle d'équidistance, vous savez, je l'ai dit plusieurs fois, moi je suis très attaché à la diplomatie française, à l'ADN de la diplomatie française, c'est-à-dire indépendance, équidistance et constance. Vous voyez que je vais rencontrer Vladimir Poutine, je rencontre également le Premier ministre polonais.
Le moins qu'on puisse dire, c'est que ce sont... Ah non, mais c'est pire que cela. Ce sont des adversaires absolument déclarés. Et c'est ça, je crois, moi, le rôle qui doit être celui de la France. Mais on ne peut pas... Ce que je voudrais faire comprendre à ceux qui nous écoutent, c'est que la diplomatie, ça consiste aussi à comprendre dans quel état d'esprit est celui avec lequel vous négociez. Or, nier que l'Ukraine est dans la sphère d'influence russe, c'est comme si on niait que le Canada est dans la sphère d'influence américaine. Vous voyez, ce serait grotesque. Il faut partir de la réalité. Mais c'est exactement
contre ça que les gens ont voté en Ukraine et contre lesquels ils se battent aujourd'hui.
Je suis d'accord, mais si on ne part pas de la réalité, c'est-à-dire du ressenti russe, alors on n'arrive pas à trouver les solutions pour pouvoir sortir d'une situation conflictuelle.
Mais Marine Le Pen, si je vous pose ces questions, c'est qu'il y a aussi un doute, un doute parce que vous avez bénéficié il y a quelques années d'un prêt accordé par une banque russe que continue à rembourser l'ERN jusqu'en 2028. Est-ce que vous avez été d'une manière ou d'une autre avec d'autres, vous n'étiez pas la seule, un relais de l'influence politique de manière petite en Europe
ces dernières années ? Non mais en aucun cas. Vous êtes totalement indépendante
par rapport au pouvoir russe ?
Bien sûr, j'ai été une des seules responsables politiques en revanche à essayer de conserver encore une fois une équidistance entre les Etats-Unis et la Russie. Or il y a beaucoup de responsables politiques français qui sont extrêmement dépendants de la vision américaine, des besoins américains, des exigences américaines. J'essaye de conserver. Et le simple fait de conserver cette équidistance entraîne ce type d'accusation. Quant aux prêts russes, alors pardonnez-moi de vous dire que si une banque russe m'avait emprunté de l'argent et qu'elle était en train de me rembourser, je serais plus dépendante d'elle que dans la situation dans laquelle je suis.
Et je rappelle que si j'ai été obligée d'aller chercher une banque russe, c'est qu'il n'y avait pas de banque française. Mais je suis persuadée que le gouvernement français fera en sorte qu'une banque française précisément, compte tenu de la situation, puisse prendre le relais de cette banque russe qui au passage était une banque privée d'ailleurs.
Marie-Hélène, on arrive à la fin de l'entretien. Juste une petite question sur la politique française. Enfin, deux petites questions. Est-ce qu'on l'a vu sous François Mitterrand, sous Jacques Chirac, quand il y a des grandes crises internationales, le peuple naturellement se regroupe des hâtes de l'État dans un esprit d'unité nationale. Est-ce que vous craignez que la campagne électorale soit perturbée, étouffée d'une certaine manière et qu'au fond, la probabilité de la victoire d'Emmanuel Macron soit plus forte aujourd'hui qu'elle l'était il y a une semaine en raison de la situation internationale ?
Elle est. Elle est de fait.
Elle est de fait. Il est plus probable qu'Emmanuel Macron soit réélu en raison de la guerre en Ukraine ?
Elle est de fait bousculée, la campagne présidentielle, par, évidemment, la guerre en Ukraine.
Mais est-ce que sa réélection est plus probable en raison de la guerre en Ukraine ?
Non, objectivement, je ne le souhaite pas. Je ne le souhaite pas parce que la question, c'est qu'est-ce qu'il va faire dans les cinq années qui viennent ? Bon, et le jugement des cinq années passées. Mais, évidemment, il pourrait être tenté de réduire sa candidature à quelques jours, peut-être même quelques deux semaines, peut-être, au lieu d'une campagne qui est nécessaire. Parce que les Français, ils attendent quand même qu'Emmanuel Macron fasse le bilan, quand même, de ces cinq ans.
Je suis obligé de vous interrompre. Là, je n'ai même pas eu le temps de vous poser la question de savoir si vous aurez besoin de François Bayrou pour vos parrainages.
Ben, écoutez, je...
Vous reste une semaine ?
Je ne sais pas. Je vous dirai ça ce soir, demain soir.
Marine Le Pen, invité de BFM TV RMC ce matin et 8h54.
Merci de votre invitation.
Marine Le Pen