Jean Castex sur Twitch : médias et politiques à l'heure du Covid / De Washington à Paris : relance économique ou reprise de l'épidémie ?
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 47 %Attaque 30 %Défensif 23 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 97 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 4:17OuverteRéponse directe
Que vous inspire cette stratégie médiatique gouvernementale en pleine crise du Covid ?
- 4:31RelanceRéponse partielle
Ce n'est pas seulement la stratégie gouvernementale ?
- 8:53OuverteRéponse directe
Julia Cagé, que vous inspirent ces deux univers médiatiques ?
- 9:45OuverteRéponse directe
Est-ce que vous avez le sentiment de deux mondes qui cohabitent et se jaugent ?
- 15:29OuverteRéponse directe
Hubert Védrine, l'Internet est devenu le maître dans ce secteur ?
- 17:56OuverteRéponse directe
Si vous faisiez des missions de conseil pour le gouvernement Castex, iriez-vous sur Twitch ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:05PrésentateurChiffre
« Trois quarts des 18-24 ans s'informent sur Internet grâce à leur smartphone. »
- 4:54InvitéFait
« Le paysage médiatique a beaucoup évolué, il est aujourd'hui très morcelé. »
- 6:03InvitéChiffre
« Trois quarts des 18-24 ans s'informent sur Internet grâce à leur smartphone. »
- 28:36InvitéFait
« Les pouvoirs ont moins de pouvoir que jamais en fait. »
- 31:16InvitéFait
« Beaucoup de médias sont à la remorque des réseaux sociaux. »
- 37:12PrésentateurFait
« Joe Biden a signé vendredi son plan de 1900 milliards de dollars avec le seul appui des démocrates. »
- 37:17PrésentateurChiffre
« Principale mesure : un chèque de 1400 dollars pour tout américain gagnant moins de 75 000 dollars par an. »
- 37:37PrésentateurFait
« Le nombre des contaminations s'est divisé par 4. »
- 38:58PrésentateurFait
« Les États-Unis devraient retrouver leur niveau de PIB d'avant la pandémie au premier semestre 2021. »
- 46:29InvitéFait
« Le salaire minimum fédéral aux États-Unis est aujourd'hui à 7,5 dollars à son niveau de 1951. »
- 46:58InvitéFait
« Ça reviendrait au même si en France on était aujourd'hui à un salaire minimum de 2 euros si on était resté au niveau de 1950. »
- 56:43PrésentateurFait
« Le PIB chinois va dépasser celui de l'Union européenne en 2021. »
Temps de parole
- Invité27 %
- Présentateur23 %
- Invité 221 %
- Invité 314 %
- Invité 412 %
≈ 1,6 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Bonjour à tous, bienvenue pour ce nouveau numéro de l'Esprit public, les temps forts de la semaine politique et géopolitique, revisité par nos visiteurs du dimanche. Aujourd'hui, la journaliste du monde Sylvie Kaufmann, l'ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, l'économiste Julia Cagé et le dessinateur Plantu, qui vient désormais régulièrement redessiner avec nous l'actualité.
Aujourd'hui, dimanche 14 mars, ce soir, le Premier ministre Jean Castex sera sur Twitch, l'occasion pour nous d'un état des lieux des relations médias et politiques à l'heure du Covid, ce qu'il faut penser des mouvements en cours, nouveaux réseaux sociaux, concentration des groupes de presse et soft power. Et puis Joe Biden, qui a signé vendredi son plan de 1900 milliards de dollars de Washington à Paris, l'heure est-elle à la relance de l'économie ou à la reprise de l'épidémie ?
Ce soir, Jean Castex sera donc sur Twitch, plateforme de vidéos en direct, conçue à l'origine pour les amateurs de jeux et qui accueille depuis quelques mois les revues de presse du journaliste de France Télévisions Samuel Etienne, avec l'intérêt que les internautes peuvent commenter en direct les diffusions. Le journaliste y a interviewé l'ancien président François Hollande lundi dernier, avec mise en avant d'un nouveau ton, le sans-filtre des questions des internautes, le live et la bienveillance, avec même un hashtag FCBienveillance.
En ces temps de crise sanitaire, limitant déplacement et contact direct avec les électeurs, ces nouveaux médias sont une aubaine, car c'est dans cet écosystème que s'informerait une certaine génération pour qui les médias traditionnels représenteraient désormais le monde d'avant, c'est-à-dire celui des parents. Le monde d'avant qui, pour résister, se concentre. La mort d'Olivier Dassault cette semaine fut l'occasion de revisiter ces grandes dynasties qui cultivent le triptyque industrie, médias et politique.
Olivier, petit-fils de Marcel et fils de Serge Dassault, était vice-président de Valmonde, le groupe de presse de Valeurs Actuelles et administrateur de Dassault Média, avec le Figaro comme Fleuron. De quoi nous rappeler les manœuvres en cours chez d'autres industriels, à commencer par celle de Vincent Bolloré, pour constituer un empire médiatique ultra-conservateur, en joignant par exemple à la chaîne CNews certains titres de Lagardère, comme la radio Europe 1, voire l'hebdomadaire Paris Match. De quoi rappeler à certains la stratégie de l'Australien Rupert Murdoch et son influence supputée sur la victoire du Brexit et sur celle de Donald Trump, grâce à sa chaîne Fox News.
Question clé de notre époque, qui influence qui ? Les régimes autoritaires étant particulièrement obsédés par ces enjeux de soft power, qu'il s'agisse par exemple de la Russie de Poutine, annonçant cette semaine un ralentissement de Twitter sur son territoire, mais aussi ses correspondants de la presse étrangère à Pékin, alertant ces jours-ci sur leurs conditions de travail devenues impossibles au pays d'un Xi Jinping plus que jamais soucieux de remporter la guerre des récits médiatiques post-Covid. En résumé, dans les années 2020, la question des médias, des réseaux sociaux et l'usage qu'en fera le politique sera, à n'en pas douter, le nerf de la guerre.
Comment allez-vous ? Je vis bien parce que je suis chez vous, une heure qui n'est pas habituelle. On m'a dit que c'était normalement le matin. Je suis un peu tôt aujourd'hui, mais je ne passerai pas toute la nuit. Je veux rassurer la famille.
On est ensemble à peu près pour une heure et demie, c'est ce qu'on s'est dit. On n'est pas tout seul, parce que vous savez qu'ici, ce n'est pas la télévision, c'est la maison, c'est la vie. On a le petit Malo que vous connaissez déjà, qui est là, qui n'est pas très loin, qui regarde tout ça avec beaucoup d'intérêt. Et puis il y a mon épouse Hélène aussi qui s'assure que Malo ne débranche pas tous les fils parce que ça lui arrive. Parfois, en pleine émission, il vient, il éteint la multiprise et tout s'arrête.
Voilà François Hollande sur Twitch avec Samuel Etienne. Et donc ce soir, Jean Castex, Sylvie Kaufmann, le Premier ministre, qui va se prêter à l'exercice. Sur le fond et sur la forme, que vous inspire cette stratégie médiatique gouvernementale en pleine crise du Covid et alors même que la presse nous parle ce matin de seuils critiques, peut-être de reconfinement, notamment en Ile-de-France ?
Pardon. Il y a plusieurs choses dans votre question. Ce n'est pas seulement la stratégie gouvernementale. D'abord, je crois que c'est une stratégie des politiques en général. Le paysage médiatique a beaucoup évolué. Il est aujourd'hui très morcelé. Et les politiques sont évidemment obligées de s'adapter pour pouvoir porter leur message au public le plus large possible. Alors, il y a aussi probablement un effet pandémie dans ce paysage médiatique. C'est-à-dire que comme l'agora physique n'existe plus, on ne peut plus aller au café du commerce. On ne peut plus se réunir autour d'une table à dîner entre copains ou entre acteurs de la vie publique pour discuter, etc.
On va le faire en effet dans l'univers de l'Internet qui offre toutes les possibilités possibles et imaginables, soit par écrit, soit maintenant oralement, par exemple avec la plateforme Clubhouse, où on discute oralement.
Oui, donc on va dire un mot un instant.
Et donc les politiques, évidemment, s'adaptent à ce paysage. Et si vous voulez, pour un dirigeant politique, le passage obligé de la grande interview au Monde, par exemple, et le passage aux 20 heures le soir à la télévision, ça marche toujours, mais ça n'est plus suffisant. Ça n'est plus nécessaire. On a vu dans des études, notamment dans cette étude que fait tous les ans la croix sur les médias, sur la confiance dans les médias, que trois quarts des 18-24 ans s'informent sur Internet grâce à leur smartphone, donc par l'intermédiaire de leur smartphone. Et donc leur principal mode d'accès à l'information, ce sont les réseaux sociaux pour 46% des 18-24 ans.
Bien devant la presse écrite en ligne, qui est quand même lue, mais en ligne, et les sites audiovisuels, et même les pure players comme Mediapart, qui sont vraiment tout à fait au fond. Donc voilà, ça donne en effet une recherche pour les politiques d'aller voir, d'aller atteindre ce public des jeunes là où ils sont. Donc en effet, François Hollande passe 2h30 finalement. Il a terminé à 11h du soir, je crois, chez Samuel Etienne sur Twitch. Emmanuel Macron est allé, a donné une interview sur Brut.
Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement, crée sa propre émission sur YouTube, qui s'appelle « Sans filtre », où il invite des influenceurs, ce qui permet, tout ça permet, sous forme diverse, très souvent, d'éviter aussi les journalistes, d'éviter les questions des journalistes. Les influenceurs, ce ne sont pas des journalistes, ils posent aussi des questions. Et sur Twitch, ce sont les auditeurs, les internautes qui posent des questions eux-mêmes.
Oui, d'ailleurs, Samuel Etienne a expliqué ce matin sur le site du JDD que Jean Castex devait s'attendre à un feu roulant de questions très offensives sur la crise sanitaire. Comme si les questions offensives étaient peut-être liées au fait que c'était des personnes qui allaient l'interpeller en direct davantage que le journaliste. C'est la mort du métier, si lui comprends.
Voilà, mais vous l'avez signalé aussi, ce FC Bienveillance, le hashtag FC Bienveillance, c'est très révélateur. C'est aussi... Alors, il y a des réseaux sociaux qui sont très agressifs et très durs. L'interview d'Emmanuel Macron sur Brut n'était pas spécialement complaisante. C'était une vraie interview. Mais quand on dit FC Bienveillance... Elle était menée par des journalistes. Elle était menée par des journalistes, absolument. Ça veut dire qu'on veut s'éloigner aussi de ce combat permanent que peuvent être les réseaux sociaux. Et là, on veut être plus sympa. C'est plus convivial. C'est à la maison. Il y a la femme et le gamin qui sont derrière la caméra. Voilà, on voit la fenêtre.
Tout ça, c'est sympa. Donc, voilà. Je pense que c'est un exercice auquel on va s'habituer de plus en plus. C'est normal que la communication politique s'adapte. Après, il y a aussi un peu des choses trappes. Enfin, par exemple, McFly et Carlito. Moi, j'attends de voir le concours d'anecdotes à l'Elysée. Alors, des influenceurs, des youtubeurs
à qui le président de la République avait lancé un défi de réaliser une vidéo sur les gestes.
Si vous gagnez 10 millions de vues, vous venez à l'Elysée. Et ils les ont eus. Donc, voilà.
Julia Cagé, on touche là à votre grand domaine de compétences, puisque rappelons-le, vous êtes économiste et spécialiste des médias. Vous publiez d'ailleurs récemment ce livre. « L'information est un bien public ». On va revenir sur les propositions très précises et très concrètes que vous formulez dans cet ouvrage. Mais que vous inspirent, au fond, ces deux univers médiatiques qui ont l'air pour l'instant de cohabiter, et non pas de se superposer. D'un côté, l'émergence de ces nouveaux réseaux sociaux, et donc qui offrent de nouvelles solutions, opportunités aux politiques. et de l'autre, on va dire, le monde d'avant médiatique.
Je ne sais pas si vous acceptez cette formulation, qui est en plein mouvement de concentration, notamment en ce qui concerne le secteur privé. On parlera sans doute dans un instant de l'offensive Bolloré. Est-ce que vous avez le sentiment, en effet, de deux mondes qui, pour l'instant, cohabitent et se jaugent ?
Non, je pense que les plus jeunes veulent voir du journalisme différemment. Et ce qui est intéressant, c'est de voir à quel point les jeunes journalistes font aussi du journalisme différemment. Sylvie Kaufmann nous rappelait l'interview d'Emmanuel Macron dans Brut. C'était une interview sur un nouveau média, qui est un média qui est davantage consommé par les plus jeunes. Et pourtant, c'était une véritable interview politique sans bienveillance. Je ne pense pas que les citoyens attendent des journalistes qu'ils soient bienveillants. Ils attendent des journalistes qu'ils posent des questions.
En fait, on a plutôt tendance à reprocher aux journalistes français par rapport aux journalistes, par exemple, aux États-Unis, d'être trop bienveillants. C'est la complaisance, le bon mot. Il y a complaisance et bienveillance, ce n'est pas la même chose. Quand Samuel Etienne dit « FC bienveillance » et que finalement, lors de l'interview de François Hollande, il y a un filtre entre les questions qui apparaissent sur Twitch et les questions qui sont formulées, on peut parler de trop de bienveillance. Il y a des manières pourtant de faire du journalisme, y compris par les plus jeunes, y compris sur les réseaux sociaux, sans bienveillance ni complaisance.
Je pourrais citer Hugo Travers, qui a fait sa chaîne YouTube, Hugo Técrypte, et quand il interview les candidats à l'élection présidentielle, il le fait sans complaisance et sans bienveillance. Il y a aussi des nouveaux réseaux sociaux, comme Thinkerview. Vous pouvez avoir des interviews de très très long cours. Ça dure deux heures, trois heures, quatre heures, quatre heures et demie. Et ça se fait aussi sans complaisance et sans bienveillance. Et ça a un certain succès. En fait, là, finalement, on fait le jeu de la compole. On fait le jeu de la communication politique de la part des hommes et des femmes politiques.
Et ça ne me paraît pas quelque chose qui est très positif, ni pour les politiques, ni pour les journalistes. Parce que je pense que, un, les politiques, ça vient décrédibiliser encore un peu plus leur parole. Quand vous interrogez les citoyens, justement, ils reprochent le plus souvent le fait qu'il y ait trop de communication et pas assez, finalement, de franchise d'honnêteté. Et pour les journalistes, ça peut alimenter le mélange des genres. Ce qui est intéressant chez Samuel Etienne...
Il ne devra pas aller sur Twitch ?
La question pour Samuel Etienne, quand il va sur Twitch et qu'il fait sa revue de presse, ça marche très bien parce qu'il invente un nouveau format qui est la revue de presse, justement, décalée, bienveillante. Mais ce n'est pas une interview politique. Et donc il invente, finalement, un nouveau concept. Que les politiques aillent sur Twitch chez Samuel Etienne, ça pose quel genre de problème, selon vous ? Ça pose le problème de, finalement, complètement décrédibiliser la parole politique.
Vous allez sur un réseau social avec, justement, la fenêtre, la femme, les petits cœurs qui passent derrière, comme si communiquer, enfin, parler, pour Jean Castex, c'était juste une manière d'aller convaincre les plus jeunes, finalement, comme si les plus jeunes étaient influençables et n'avaient pas l'intelligence de passer, justement, par le filtre des questions des journalistes pour vraiment comprendre les enjeux aujourd'hui. D'une certaine manière, ça revient un peu à prendre les plus jeunes pour des cons, entre guillemets.
Quand on dit, voilà, les plus jeunes, il faut leur offrir des formats bienveillants, courts, avec des petites questions où ils puissent s'exprimer directement, alors qu'il y aurait les médias à papa pour les personnes les plus âgées. Et ce n'est pas ce qu'on entend quand vous regardez les enquêtes et les demandes, finalement, de reconstruire un lien de confiance et d'objectivité entre les citoyens et le journalisme.
Plantu vous regarde bizarrement.
Non, comme vous me voyez de trois quarts, comme vous pouvez faire, elle me regarde bien, vous n'avez pas mes yeux. Non, non, c'est passionnant. Non, mais je buvais ses paroles. Je buvais ses paroles. Et à la fois, il y a une chose que vous n'avez pas dite, parce que j'entends tout à fait ce que vous dites, mais à la fois, il cherche à vendre quelque chose. C'est-à-dire que Hollande, quand il y va, ou quand Castex y va, c'est pour vendre une image de « Ah, ben finalement, Castex, ah ben finalement, Hollande, c'est plutôt sympa ». Et le journaliste qui l'interroge, lui, il est obnubilé.
J'ai un dessin que j'ai fait il y a quelque temps où finalement, c'est un gars avec sa caméra, c'est une sorte de marionnette, et la marionnette, elle articule le journaliste, et finalement, il y a des petits fils, et le journaliste se dirige vers quoi ? Vers des dollars. Parce qu'en fait, c'est le marketing qui est important. Et pour revenir sur le côté « On va flatter les jeunes », ça m'a rappelé quand Mitterrand était allé, il avait été interrogé par Yves Mourouzi. Et alors, il y avait un côté « Ah, Mitterrand, je dis ça en présence de Hubert Védrine ». Et Mourouzi avait posé sa fesse, une de ses fesses, sur le bureau où était attablé le président de la République, François Mitterrand.
Et tout le monde avait dit « T'es rendu compte ? » Il a posé une fesse. « Oui, mais c'est parce que les jeunes, ils vont aimer, il y a un petit côté. Oui, mais alors est-ce que vous êtes branchés ? » Et Mitterrand répond « Ah non, il ne faut pas dire branchés, il faut dire câblés ». Et vous voyez, à chaque fois, il y a toujours ce côté « Ouais, c'est bon ». En fait, c'est du marketing.
Parce que les influenceurs appellent l'effet de « Allo », on va sur les médias cool pour avoir l'air cool.
Exactement. Le journalisme, il arrivera plus tard. Et d'ailleurs, il y a une une du Monde qu'on avait faite en janvier 2000 que j'ai retrouvée. Et j'avais fait le petit canari qui dit « Je peux voir un Grominet, comment il s'appelait ? » Titi et Grominet. Bon, et Titi, je l'avais fait à table avec Grominet, où il y a marqué « Journaliste ». Il est en train de se faire bouffer par Titi, qui est connecté à Internet, et il dit « Zécrevoir un journaliste ». Et en fait, ça date, on sait d'avance que les journalistes vont se faire bouffer par Internet.
Et d'ailleurs, mon ami réalisateur Radio Milianou, qui fait des films, il m'a dit un jour, cette phrase qui m'a bouleversé, il m'a dit « Internet, c'est qu'un outil, et maintenant Internet est devenu le maître ».
Hubert Védrine, vous êtes d'accord avec ça, que l'Internet est devenu le maître, notamment dans ce secteur-ci particulier et spécifique de la communication politique ou de l'univers médiatico-politique ?
Pour dire une banalité, les technologies, enfin les techniques du moment, se sont toujours imposées. Vous avez avant et après l'invention de la presse, l'invention de la radio, l'invention de la télévision, l'invention du numérique. Et après, la bataille continue.
Vous avez le sentiment...
Dans des cadres nouveaux.
Vous avez le sentiment en effet de deux mondes qui cohabitent, le vieux monde médiatique et ce nouveau monde... Non mais ça ne veut rien dire,
le vieux monde de quelqu'un et puis dans un an, le monde actuel sera le vieux monde.
Certes, mais la question c'est qui influence qui au fond aujourd'hui ? À cette question de l'influence, quelle est votre réponse ?
C'est une lutte d'influence, une lutte de pouvoir par rapport à ça. Mais globalement, je pense que l'ensemble de l'évolution, à mon avis, va dans un sens d'ensauvagement, globalement, c'est l'équivalent de la destruction de la démocratie représentative par une sorte de démocratie directe qui peut arriver, si ce n'est pas encadré, mais je ne vois pas parti, à une sorte de dictature de tout sur chacun.
Bon, c'est la même chose dans ce monde des médias, vous arrivez à un monde numérique et moi je pense que le monde classique, classique, pas ancien, mais classique, où il y a un directeur de rédaction, un rédacteur en chef, quelqu'un qui signe son article, qui est responsable de ce qu'il écrit, à qui on peut s'en prendre, s'il a menti ou si ce n'est pas équilibré, etc. C'est complètement différent. C'est volatilisé. Alors on peut dire, c'est comme ça, on s'adapte. Deux remarques. Moi, j'ai été porte-parole d'un président, puis j'ai été ministre.
J'en tire l'idée que, pour les gens qui ont des positions de responsabilité, mais c'est vrai aussi pour des intellectuels, il faut garder un temps d'avance, si c'est possible.
Qu'est-ce que ça veut dire, garder un temps d'avance ?
Fixer le calendrier, ne pas réagir. Si vous courez derrière en réagissant, il y a une prof, une présidente de l'Académie des sciences, son nom m'échappe malheureusement, qui avait dit il y a dix ans, c'était merveilleux, elle a dit on ne peut pas à la fois réagir et réfléchir. Alors on est dans un système, une sorte de cocotte minute, tous les gens réagissent à ce qu'ils ont compris de ce qu'ont dit les autres, qui ont réagi, blablabla, etc. Donc une sorte d'asile de fou.
Donc je pense que, dans la communication moderne, où les gens qui ont des choses à dire, dans quelque domaine que ce soit, il faut avancer des idées, avoir un temps d'avance sur les réactions, ne pas courir derrière les réactions. Sinon pour les leaders, l'immense risque des leaders dans les sociétés démocratiques, en voie de désagrégation individualiste, c'est d'être que des followers.
Mais si aujourd'hui, vous faisiez des missions de conseil pour les membres du gouvernement castex, est-ce que vous leur recommanderez d'aller justement sur ces nouveaux réseaux, d'aller sur Twitch, d'aller sur Clubhouse ?
Ils n'ont pas le choix, je n'en sais rien, il faut choisir les moins pires, enfin bon, je ne suis pas leur conseiller là-dessus. Mais d'autre part, il y a les gens, les fameux gens. Il faut former des citoyens numériques parce que sinon, vos fameux jeunes, ils se sont livrés totalement sans défense à ça. Ils ne savent absolument pas qui fait quoi, qui possède quoi, dans quel but, qui influence qui. Donc de même que par rapport à des journaux dans une salle de classe à l'ancienne, on peut dire, vous voyez, il y a un événement, regardez ce qu'a dit le monde, ce qu'a dit le Figaro, l'humanité, ce n'est pas pareil de ça.
Donc il faut inventer une éducation numérique pour avoir des gens un peu malins, un peu assis, ceux qui se servent de tous les instruments que vous voulez, y compris des choses pas encore inventées, mais qui forment leur esprit critique personnel.
C'est pas le cas. Cette éducation aux médias
est plantue parce que le monde fait pas mal de choses en même matière. Oui, absolument. Non, ce que je voulais dire aussi, c'est que l'influence par les médias, c'est vieux comme le monde. Le rôle des politiques, c'est évidemment, enfin, leur rôle, leur rôle, c'est de diriger et d'agir, bien entendu, et de faire vivre la démocratie, mais forcément, il faut qu'ils fassent passer leur message. Donc ce message, il passe par les médias. Alors, ce qui complique la tâche aujourd'hui, c'est qu'on a deux unis, enfin, on n'a pas deux unis, on a l'univers numérique qui a totalement, à la fois, étendu la portée de ce message et qui l'a fragmenté aussi.
Donc, moi, je pense qu'il faut pas, justement, qu'il y ait deux univers séparés, celui des médias traditionnels et celui des nouveaux médias. Il faut absolument garder les passerelles entre les deux. On voit, par exemple, qu'il y a deux partis politiques, le Rassemblement national et la France insoumise, qui ont investi les réseaux sociaux depuis longtemps, justement parce que c'est leur façon aussi à eux de contrôler plus facilement leur message. Et il faut pas les laisser seuls sur ces réseaux sociaux. Donc, moi, je trouve ça tout à fait normal que les politiques investissent les réseaux sociaux.
Et je pense que les médias traditionnels doivent aussi être présents sur les réseaux sociaux, bien entendu. Alors, à ce stade de notre réflexion
à Anzor, Vincent France Culture, on ne va pas dire ancien monde et nouveau monde médiatique, mais on va dire, en effet, médias traditionnels et nouveaux médias. Pour ces médias traditionnels, Julia Cagé, si vous deviez nous faire un état des lieux ce matin avec ces mécanismes et ces phénomènes de concentration que j'évoquais au début, et en effet, ce que l'on peut apporter comme réponse pour éviter les effets pervers de cette concentration.
Oui. Ce que je voudrais dire, c'est une évidence, mais je pense que c'est important de le rappeler. C'est que le rôle des médias, c'est d'être un quatrième pouvoir et que les médias ne doivent en aucune manière être mis au service des politiques. Or, ce qu'on constate aujourd'hui, c'est une concentration extrêmement forte du secteur médiatique en France et que cette concentration s'est accélérée au cours des derniers mois et qu'elle va s'accélérer encore plus dans les mois à venir, alors même qu'on sait qu'on a une élection présidentielle en 2022. Qu'est-ce qu'on a vu en France ? Et vous le rappeliez, Émilie, en partie dans votre introduction.
D'une part, on a vu un certain nombre de rachats de la part de Vivendi et en fait, Vincent Bolloré. on a eu l'entrée en négociation exclusive de Vivendi avec Prisma, c'est-à-dire tout un groupe magazine qui est enfin un des principaux pôles magazine en France. Il y a toutes les discussions qui se jouent aujourd'hui autour du démantèlement de l'empire médiatique, de la branche média de la Gardère avec notamment Europe 1, le JDD, Paris Match.
D'ailleurs, ici, je voudrais quand même profiter de l'émission pour apporter tout mon soutien et applaudir finalement le courage des sociétés de journalistes pour commencer de Paris Match et ensuite du journal du dimanche qui ont apporté leur soutien à Paris Match qui ont protesté contre un éditorial jeudi dernier d'Hervé Gatégno qui était un éditorial Hervé Gatégno
qui dirige les deux journaux et Paris Match
et le journal du dimanche.
Les deux journaux donc ces deux journaux aujourd'hui appartiennent à la Gardère Média la Gardère Média qui a à son conseil d'administration un certain Nicolas Sarkozy et l'édito remettait en cause très durement très fortement et avec des propos qui n'étaient pas dignes d'un journaliste en ceux qui n'étaient pas objectifs voire mensongers l'indépendance de la justice en France et les journalistes des titres et c'est très important de séparer de ce point de vue là les journalistes et la direction de la rédaction les journalistes des titres ont protesté ouvertement contre cet édito ce qui nous rappelle un fait aujourd'hui en France qui est quand même relativement important c'est qu'on n'a pas mis en place des règles suffisamment démocratiques pour donner du poids aux journalistes eux-mêmes quand les journalistes voient leurs médias utilisés à des fins politiques c'est à dire que là pour le coup les journalistes de Paris Match comme du JDD ont pu s'exprimer surtout à travers les réseaux sociaux mais rien ne leur a permis d'empêcher la publication de cet édito ou de se servir eux-mêmes des pages de leurs propres médias pour donner un point de vue qui est un point de vue différent c'est pour ça que parmi les propositions qu'on fait avec mon co-auteur Benoît Huet dans le livre L'information est un bien public une des premières propositions qu'on fait c'est qu'on dit que d'ailleurs c'est le cas au monde il faut que le directeur ou la directrice de la rédaction soit validée par au moins 60% des journalistes aujourd'hui beaucoup de ce qu'on voit dans la confusion entre médias et journalistes et journalisme ça vient des actionnaires ça vient des directeurs de la rédaction ça vient même pas des journalistes eux-mêmes qui ne demandent qu'à faire leur travail dans les meilleures conditions d'indépendance pour en revenir à la situation actuelle on voit que va se jouer l'avenir d'Europe 1 d'une part l'avenir de Paris Match et du JDD sur Europe 1 le plus probable ça va être un rapprochement avec CNews et un rachat par Vincent Bolloré quand on voit ce qu'a donné la reprise en main par Vincent Bolloré d'ITD en 2016 il a détruit littéralement une chaîne d'information en continu il a mis les journalistes vraiment le genou à terre après la plus grande plus longue grève finalement de l'histoire des médias en France on peut quand même s'interroger sur le fait qu'il n'y a aucun garde-fou qui est mis pour protéger les journalistes
contre ce rachat alors vous vous proposez d'intégrer 50% des salariés dans les conseils d'administration dont deux tiers de journalistes de prendre au fond un peu ce qui se fait déjà au monde et vous proposez qu'il y ait une loi qui se fasse pour instaurer ça au fond dans la structure de chaque média traditionnel français
oui nous on propose une loi de démocratisation de l'information qui va définir un certain nombre de règles d'une part une gouvernance démocratique de ces médias avec au moins 50% de salariés dont deux tiers de journalistes au conseil d'administration deuxièmement une transparence complète sur la structure de l'actionnariat troisièmement la validation du directeur de la rédaction par au moins 60% des journalistes et quatrièmement ça c'est un point extrêmement important le fait de donner aux journalistes un droit d'agrément ça veut dire quoi ça veut dire qu'en cas de changement d'actionnaire majoritaire les journalistes peuvent se prononcer sur l'entrée d'un nouvel actionnaire et si ce nouvel actionnaire n'est pas agréé alors ils ont un certain temps pour aller chercher potentiellement un actionnaire alternatif ça ça nous paraît des règles qui sont quand même des règles presque de bon sens je dois dire c'est ce qui a été fait au monde en 2019 et c'est pas parce que c'est fait au monde que ça doit pas être étendu aux autres médias il faut plutôt s'en féliciter mais ça s'impose pas aujourd'hui à Europe 1 ça s'impose pas à Paris Match ça s'impose pas au JDD et malheureusement c'est des règles qui paraissent être des règles fondamentales pour le bon fonctionnement de médias d'information en démocratie
on va préciser en effet que Xavier Niel au monde a transféré dans un fonds de dotation pas encore va transférer sa participation ce qui la rendrait ce qu'on appelle insessible c'est ça Sylvie Kaufmann ? oui enfin ça n'est pas encore fait
ce que je voudrais signaler aussi c'est que bien sûr il doit y avoir des dispositifs et il faut souhaiter des dispositifs législatifs pour aider à assurer l'indépendance des médias mais d'abord bon on vit les médias ça coûte cher ça coûte de plus en plus cher on vit dans une économie de marché donc c'est évidemment des des grands groupes ou des grandes fortunes personnelles qui vont avoir les moyens d'investir dans les médias il faut se prémunir en effet contre leur influence excessive et si on peut avoir des dispositifs législatifs pour le faire tant mieux il y a aussi la culture des rédactions qui est très importante il y a les sociétés de rédacteurs il y a la culture d'indépendance je crois qu'au monde c'est très important ça c'est ce qui nous a permis aussi de rester indépendant et d'obtenir toutes ces mesures
et c'est ce qu'on a vu pour ne pas parler que du monde aussi ailleurs cette semaine à Paris Match on aurait pu citer West France également où il y a eu pareil un mouvement du SNJ
contre un édito jugé lui aussi un peu trop au sarcophil et ça c'est très important la mobilisation des rédactions qu'elles restent soudées sur leur volonté de préserver leur indépendance c'est capital alors dans l'audiovisuel et notamment dans ces chaînes qui se transforment assez rapidement il y a un plus gros turnover des rédactions il y a la culture et moi je pense que ce sont des rédactions plus jeunes moins anciennes évidemment que celles du monde ou d'autres journaux si je peux vous interrompre Sylvie Kaufmann à ITV il y a eu une culture d'indépendance de la part des journalistes qui se sont mis en grève pendant de longs mois et le politique n'a rien fait et les lois en France n'ont pas permis de protéger ces journalistes et malgré leur demande extrêmement forte d'indépendance à partir du moment où l'actionnaire Vincent Bolloré avait décidé de les mettre à genoux et de mettre fin à la chaîne il a pu le faire et c'est pour soi que des lois sont indispensables ça ne revient pas à mettre de côté ou à amoindrir l'importance de la culture d'indépendance des rédactions et heureusement qu'il y a cette culture d'indépendance là mais malheureusement dans le contexte actuel on voit que ce n'est plus suffisant et que quand des actionnaires comme Vincent Bolloré décident finalement de mettre au pas des rédactions ils finissent par le faire quitte à faire partir une majorité de journalistes
alors on va préciser deux choses et on va vous écouter Hubert Védrine que là d'abord bien sûr on parle du secteur audiovisuel privé et qui a par ailleurs en France un service public qui est conséquent et qui est solide et sans doute bien plus solide et conséquent que dans d'autres pays cela dit cette proposition que vous faites Julia Cagé elle fait débat notamment le directeur du Point Etienne Jernel vous a répondu lui il rétorque la liberté ou il oppose la liberté d'un journal contre celle de ces journalistes Hubert Védrine qu'est-ce qui vous inspire comme commentaire ce débat là ?
Ecoutez moi je suis gêné parce que je ne suis pas dans la même position par rapport aux médias c'est ça qui est intéressant Aux médias que plusieurs d'entre vous j'ai une longue expérience du pouvoir dont j'ai ressorti l'idée en fréquentant tous les pouvoirs démocratiques du monde que les pouvoirs ont moins de pouvoir que jamais en fait donc je ne parle pas de l'idée un peu ancienne un peu schématique d'un pouvoir surpuissant qu'il faudrait absolument équilibrer combattre par des médias nécessairement agressifs offensifs etc je l'ai dit je ne suis pas contre des mesures d'équipe la dernière personnalité politique qui avait fait de ce thème un peu un peu comme vous enfin moins moins dur mais quand même un thème à une élection présidentielle c'était Raymond Barr Raymond Barr il y a très très longtemps
qui avait formulé ce genre de proposition
qui s'était étonné disons de l'organisation des médias en France des financements de la question il a parlé du pluralisme il avait comparé à d'autres d'autres pays démocratiques développés donc je ne suis pas contre ça mais en même temps je veux dire il ne faut pas vivre dans l'idée d'un espèce de pouvoir énorme dominant surpuissant qu'il faut attaquer par tous les moyens possibles et imaginables quant aux évolutions et aux lois dont vous parlez moi je serais content qu'on rappelle aussi à un moment donné que dans ce monde des médias ce n'est pas bien que la présomption d'innocence ait à peu près complètement disparu dans la plupart des journaux ça serait bien de rappeler la déontologie le respect des faits les citations ça serait bien de rappeler qu'il y a des responsabilités dans les gens qui écrivent ou les historieux ça serait bien de rétablir le droit de réponse je ne trouve pas que encore une fois je prends la parole à Crétissence et je ne veux agresser personne je ne trouve pas que le comportement global des médias indépendamment des luttes de pouvoir que je comprends très bien je ne trouve pas que ce soit idéal en fait donc ça serait bien d'équilibrer voilà
plantu vous aussi qui êtes
je ne suis pas contre les propositions et surveillance c'est un meilleur équilibre et un financement qui préserve les indépendances et les autonomies mais ça ne vous dispense pas de la réflexion de qu'est-ce qu'on fait de l'indépendance reconquise tout à fait préserver je suis d'accord plantu vous aussi
qui êtes dans des rédactions depuis pas mal de temps ça vous aspire quoi à l'instant UberVedrine est-ce que vous aussi ou si je reprends les propos d'UberVedrine vous avez aussi le sentiment de voir un journalisme qui évolue davantage vers un journalisme d'opinion qui ne se baserait plus sur des faits est-ce que c'est une nostalgie qui n'a pas lieu d'être comment est-ce que vous regardez l'évolution cette évolution médiatique là
je bois du petit lait quand vous parlez de la présomption d'innocence dans les médias je trouve que ce serait génial je me souviens qu'avec Jean-François Kian on avait dit oh ce serait bien de faire une rencontre des journalistes pour faire un peu d'autocritique sur notre boulot de journaliste déjà je vous dis franchement j'adorerais
alors si vous la faisiez aujourd'hui cette autocritique que diriez-vous
allons-y par exemple sur les quand on voit que beaucoup de médias sont à la remorque des réseaux sociaux et moi je cite ce dessin que j'ai refait à partir du tableau de Philippe de Champagne qui a dessiné Richelieu pour moi Richelieu c'est l'inventeur des réseaux sociaux pourquoi ?
parce qu'il a dit qu'on me donne 10 lignes écrites de la main du plus honnête homme et j'y trouverai de quoi le faire pendre et moi je trouve que maintenant on met en pâture des gens alors ça vient des réseaux sociaux et après les médias embrayent là-dessus et je trouve que des fois il faudra peut-être y aller avec un peu plus de vigilance et je pense aussi à une réflexion sur la perte de pouvoir des journalistes et je le regrette parce que c'est ma famille et je me souviens de deux conversations que j'ai eues avec le directeur du Monde Jérôme Finoglio et une autre conversation avec Louis Dreyfus le président du groupe Le Monde ils m'ont dit à deux endroits différents à deux moments différents ils m'ont dit qu'ils étaient très contents par exemple le monde.fr ça marche très bien moi je dis c'est super je suis fier et à la fois je leur dis mais parlons pas du monde parlons de est-ce que depuis 30 ans avec l'arrivée d'internet est-ce que les français sont mieux ou moins bien informés alors qu'ils ont quand même des outils formidables parce qu'au fond c'est la seule question qui va et bien ils me disent tous les deux bien entendu que non ils sont beaucoup moins bien informés et pourquoi ils lisent pas le monde s'ils lisent le monde évidemment ça faciliterait les choses mais ils lisent le monde mais pas assez et donc si on veut vraiment être informé il faut être il faut passer alors évidemment j'ai fait des dessins sur pour préparer votre émission j'ai lu tous les papiers que vous m'avez envoyé Bolloré je l'ai fait en prêtre qui va dérétro satanasse et qui reprend la croix de Canal Plus le petit plus de Canal Plus qui devient une croix je le fais en archevêque et puis qui l'essaye de mettre au pas ses journalistes va dérétro satanasse et puis un autre où je le fais en petite bretonne avec sa petite coiffe de bigoudaine il est en train de regarder les mouettes qui lui amènent des journalistes un petit peu pour picorer un peu et puis finalement il a sa petite coiffe de bigoudaine elle est armée de petites antennes et qui lui permettent de capter et de finalement de manipuler les journalistes d'accord mais surtout les citoyens et c'est vrai que c'est un débat qu'on devrait pouvoir avoir sur est-ce que nous français nous citoyens nous sommes mieux informés qu'il y a 30 ans malheureusement je crois que la réponse c'est non et ça me paraît terrible Vous répondez non vous aussi Julia Cagé ?
Non mais moi je voudrais souligner deux points le premier c'est par rapport à Raymond Barr si je ne me trompe pas il est candidat à l'élection présidentielle en 1988 du coup il se saisit de ce sujet deux ans après la dernière loi la dernière grande loi en France qui a finalement voulu réguler les questions de concentration et d'indépendance des médias encore que les lois de 1984 1986 étaient des lois complètement insatisfaisantes puisqu'il y a eu une loi portée par les socialistes en 1984 qui a été complètement détricotée en 1986 par l'arrivée de la droite au pouvoir en 1988 personnellement j'avais 4 ans internet n'existait pas et le paysage médiatique était fort peu semblable à ce qu'il est aujourd'hui moi je ne me satisfais pas du fait qu'au cours des 30-40 dernières années on n'ait jamais remis à plat rien que les règles qui définissent la concentration quand vous lisez la loi de 1986 qui est toujours la loi qui prévut aujourd'hui en termes de concentration des médias on vous parle du 2 sur 3 du 2 sur 3 c'est à dire qu'on ne pense qu'à 3 supports médiatiques la presse papier la radio la télévision internet n'existe même pas donc il est quand même temps de tout remettre à plat sur la question d'Etienne Jernel donc on a échangé avec Etienne Jernel sur les réseaux sociaux le patron du point un des points finalement d'achoppement entre nous c'est assez intéressant il n'aime pas du tout du tout mais alors pas du tout l'idée que le directeur de la rédaction soit validé à 60% par ces journalistes peut-être qu'il s'inquiète lui-même de l'éventuelle non-validation dont il souffrirait mais ce que je veux souligner nous notre loi de démocratisation de l'information on dit quoi on dit on met en place ces principes soit un média papier ou un site internet respecte ces principes et il peut bénéficier des aides à la presse soit il ne les respecte pas il ne bénéficie pas des aides à la presse pourquoi c'est important parce que c'est le titre du livre l'information est un bien public parce que l'information est un bien public on a mis en place des aides à la presse pour aider à la production d'une information indépendante et de qualité cela ne peut pas aller sans contrepartie et je pense que c'est important de penser à ces contreparties alors après on peut toujours se raccrocher derrière l'idée qu'aujourd'hui on est dans un secteur médiatique en crise je le sais je le sais d'autant mieux comme économiste pour avoir étudié l'économie justement du secteur mais ce n'est pas parce qu'on est dans un secteur médiatique en crise qu'on doit finalement céder à toutes les demandes ou les bonnes volontés de ceux qui seraient prêts à racheter ou non les médias c'est d'autant plus important parce qu'aujourd'hui les médias appartiennent à un petit nombre d'industriels de mettre en place des règles
à l'exception du service public bien sûr
à l'exception du service public
de l'information il n'est pas rien dans ce paysage là
alors il y a une chose dans le service public de l'information qu'on pourrait changer pour le coup c'est en termes de sa gouvernance c'est une gouvernance un peu particulière mais où les journalistes sont moins d'être représentés pour moitié donc même pour le service public de l'information finalement on pourrait vouloir quelques améliorations allez en guise de conclusion Hubert Védrine vous vouliez réagir
je vous vois sourire avec votre voisine Sylvie Couchman je vous sentais goguenard je pensais que vous vouliez répondre quelque chose Sylvie Couchman avant de passer à la deuxième partie
non non il souriait parce qu'il regardait les beaux yeux de Sylvie Couchman
ah c'est ça il se passe des choses dans ce studio que je ne vois pas lorsque j'écoute attentivement le lien alors puisque vous êtes extrêmement dissipé que nous avons clos le sujet manifestement 11h36 nous allons passer à notre deuxième partie et prendre la direction des Etats-Unis
France Culture l'esprit public Émilie Aubry
Joe Biden a signé vendredi son plan de 1900 milliards de dollars avec le seul appui des démocrates principale mesure un chèque de 1400 dollars pour tout américain gagnant moins de 75 000 dollars par an et toute une série de mesures sociales majeures sans précédent depuis le président démocrate Johnson Joe Biden peut aussi se réjouir du succès de la campagne de vaccination à ce jour 18% de la population a reçu au moins une injection tandis que le nombre des contaminations s'est divisé par 4 pourtant certains économistes s'inquiètent de ce plan de relance américain redoutant une résurgence de l'inflation et une remontée des taux d'intérêt autre critique de l'opposition la lutte médicale contre la pandémie serait insuffisante les dépenses qui y sont consacrées ne représentant que 6,5% du plan en filigrane de Washington à Paris c'est en fait la même question la priorité est-elle désormais de se projeter vers l'avenir et la relance économique ou de continuer de se focaliser sur le virus question particulièrement aiguë en France où la pression monte dans les hôpitaux franciliens de Washington à Paris on sait de toute façon une chose la reprise économique mondiale repose en grande partie sur l'efficacité des campagnes de vaccination menées à l'échelle planétaire c'est aussi l'un des principaux constats dressés par l'OCDE qui publiait mardi dernier ses prévisions de croissance 5,6% dans le monde en 2021 une révision à la hausse que l'OCDE attribue à un rebond de l'activité plus fort que prévu au second semestre 2020 à la sortie de plusieurs vaccins contre le Covid-19 et au plan de relance massif mis en place par de nombreux états particulièrement celui des Etats-Unis mais pour l'OCDE encore la sortie de crise se fera en ordre dispersé selon les pays et les secteurs les Etats-Unis devraient retrouver leur niveau de PIB d'avant la pandémie au premier semestre 2021 suivi par le Japon la zone euro elle ne devrait y parvenir que vers le milieu de l'année 2022 et l'OCDE s'inquiète déjà de la lenteur de la mise en place du plan de relance européen dont les premiers versements n'ont toujours pas eu lieu
pour ce vote on compte 220 oui et 211 non la motion est adoptée le plan Biden va immédiatement faire la différence dans la vie des américains en mettant un vaccin dans leurs bras de l'argent dans leurs poches les enfants allant à l'école sans risque et les gens allant au travail sans risque c'est tout simplement remarquable
c'est une loi remarquable c'est une loi remarquable remarquable pour Nancy Pelosi la présidente de la chambre des représentants Hubert Védrine que nous dit ce plan de relance américain de la stratégie de puissance de Joe Biden
écoutez c'est America America First sous un autre nom America's Back en tout cas il s'occupe des intérêts américains très bien il n'est pas enfermé dans la contradiction entre se projeter ou se protéger il fait les deux mieux en réalité l'héritage de Trump est assez bon sur le plan économique sur le plan de l'investissement y compris sur le plan des vaccins mais je ne pense pas qu'il s'oppose les deux il veut montrer aux américains qu'ils sont maintenant mieux protégés ils se projettent dans l'avenir avec ce plan gigantesque qui pose selon certains économies je ne sais pas ce que vous en pensez un problème de risque de réveil de l'inflation mais ce n'est pas un problème pour les américains qui gèrent au mieux la question américaine dans l'immédiat la question qu'il faut se poser de mon point de vue par rapport aux chiffres globaux que vous rappelez qui sont moins pires que prévus parfois meilleurs sans parler de la Chine qui caracole un veau c'est est-ce qu'on a introduit suffisamment de ce que j'appelle l'écologisation qui est une nécessité absolument vitale dans toutes les relances en cours ou est-ce qu'on ne va pas reperdre encore des années et attendre ce qu'il faudrait etc.
je ne crois pas parce qu'il y a quand même des millions d'initiatives dans le monde sur le plan de l'énergie sur le plan agricole etc. donc je ne crois pas qu'il y ait une opposition entre les deux et le fait de savoir pourquoi l'Europe patouille un peu à la traîne oui c'est un problème mais on va quand même finir par en sortir donc nous aussi on va dépasser la phase se protéger mieux qui va arriver quand même finalement les gens vont être vaccinés et on sera dans la suite
le moment est venu de voir grand avait dit Janet Yellen la secrétaire d'Etat au Trésor américain Sylvie Kaufman le 12 février dernier lors du G7 je crois au moment où on sait aussi que les médias chinois le Global Times pour ne pas le nommer qui est rattaché au parti communiste chinois annonçait fin janvier que le PIB chinois serait en mesure de dépasser celui des Etats-Unis avant 2030 c'est à dire que la Chine deviendrait la première puissance économique mondiale lorsque la nouvelle administration dit que le moment est venu de voir grand ça veut dire cela c'est à dire ne pas laisser la Chine prendre la première place
oui sans doute il faut vraiment souligner l'ampleur et l'échelle de ce plan qui est un plan de secours ça s'appelle American Rescue Plan c'est à dire c'est vraiment un plan de secours c'est pas encore un plan de relance c'est à dire que c'est pas encore un plan qui transforme structurellement l'économie américaine je sais pas si ça viendra après il faut le souhaiter mais ça sera politiquement difficile mais l'ampleur du dispositif qui est injecté dans l'économie américaine est vraiment considérable et c'est une échelle qu'on compare actuellement au New Deal de FDR de Roosevelt après la Grande Dépression donc dans les années 30 ou à la grande société de Lyndon Johnson dans les années 60 c'est à cette échelle là donc ces mesures d'aide sociale qui commencent à prendre effet les premiers chèques de 1400 dollars aux ménages américains commencent à être expédiés ce week-end donc ça va vraiment avoir un effet d'injection de moyens de ressources de cash dans l'économie immédiat ça va donner un coup de fouet à l'économie ça va aussi par ça va augmenter évidemment le pouvoir d'achat des ménages en particulier ceux des bas revenus et des classes moyennes inférieures ça va avoir par ricochet un effet sur les autres économies mondiales notamment en particulier dans l'OCDE donc d'abord le Mexique le Canada mais aussi l'Europe dans une moindre mesure mais aussi et donc on voit que finalement c'est en effet un calcul qui potentiellement peut permettre aux Etats-Unis de redevenir le moteur de l'économie mondiale alors qu'on s'attend plutôt à ce que ce soit la Chine et la Chine qui par ailleurs est très en retard sur la vaccination est en avance sur la crise sanitaire si vous voulez puisque sa population est sortie de la pandémie pour l'instant avant les populations des Etats-Unis et d'Europe mais qui est bien qu'elle exporte énormément ses vaccins est très en retard sur la vaccination de sa propre population donc on va voir dans un deuxième temps quand tout ça va s'ouvrir si ça ne va pas provoquer un effet de retard voilà et puis je vois un autre effet potentiel dans ce plan absolument énorme de secours de l'économie américaine qui est un effet politique alors là à plus long terme sur le regard sur la direction que prend la politique américaine parce que ce qu'on voit vous l'avez précisé ce plan a été adopté sans une seule voix républicaine mais il est approuvé par les trois quarts dans les sondages il est extrêmement populaire les trois quarts de l'opinion publique américaine soutiennent ce plan on comprend pourquoi mais y compris ce soutien est notable parmi les électeurs républicains et donc on voit déjà dans les commentaires des experts américains qu'ils se demandent si on n'est pas en train de prendre de faire un virage à 180 degrés avec la doxa des années Reagan par rapport au rôle de l'Etat dans l'économie on voit que là l'administration Biden est engagée dans un regard très différent sur le rôle de l'Etat un regard pratiquement social-démocrate Julia Cagé
en effet est-ce que pour vous aussi ce plan Biden c'est le grand retour au fond de l'Etat providence de l'Etat protecteur et surtout en effet comme le disait Hubert Védrine tout à l'heure votre regard d'économiste sur certaines critiques qui disent que le risque avec ce plan Biden c'est une inflation et c'est une remontée mondiale des taux d'intérêt qui serait donc nuisible à l'ensemble de l'économie mondiale sur le premier point
il faut quand même noter que les Etats-Unis avaient déjà été beaucoup plus interventionnistes que l'Europe en 2008 lors de la crise financière alors certes le plan de relance de Barack Obama n'avait pas été de l'ampleur de ce qu'on voit aujourd'hui avec le plan Biden mais la crise n'était pas du tout de la même ampleur et on sait que whatever it takes qu'on peut voir aux Etats-Unis quand on a ces problèmes de contraction finalement de l'économie et de la croissance économique on a toujours cette volonté très forte de recours et à la politique budgétaire et à la politique monétaire ce qui est intéressant par rapport à la sortie ou non de l'ère Reagan et ce qui est un peu le point de déception finalement dans le plan qui est passé c'est qu'un des aspects importants et une des promesses importantes de campagne de Joe Biden était d'augmenter le salaire minimum fédéral de 7,5 dollars à 15 dollars il faut savoir que si vous le regardez en dollars constants le salaire minimum fédéral aux Etats-Unis est aujourd'hui à 7,5 dollars à son niveau de 1951 donc en fait il avait augmenté entre 1951 et l'ère Reagan et ensuite comme il n'y a jamais eu de valorisation de revalorisation l'inflation l'a grignoté petit à petit et on se retrouve avec une diminution en fait du pouvoir d'achat au niveau du salaire fédéral pour vous donner juste un point de comparaison ça reviendrait au même si en France on était aujourd'hui à un salaire minimum de 2 euros si on était resté au niveau de 1950 sauf qu'en France entre 1950 et aujourd'hui pareil en euros constants d'aujourd'hui on est passé de 2 euros à un peu plus de 10 euros pour le salaire minimum et de ce point de vue là on n'est pas encore sorti de l'ère Reagan et c'est intéressant parce qu'en fait ce sont les républicains et puis notamment un démocrate conservateur à qui il a failli finalement autoriser ça fait tout un imbroglio mais on est revenu en arrière sur cette promesse là et cette promesse là d'une certaine manière elle est plus intéressante et plus importante que le plan de relance immédiat parce que ça provoque un changement structurel et de beaucoup plus long terme sur l'économie sur la question de l'inflation si vous regardez les fondamentaux économiques aujourd'hui aux Etats-Unis il n'y a absolument aucune tension inflationniste et même en février de cette année en février 2021 vous n'avez eu aucune augmentation de l'inflation ceci dit même si l'inflation qui est aujourd'hui autour de 1% maximum passait à 2 ou 3% en fait ça serait plutôt une bonne chose un tout petit peu d'inflation aux Etats-Unis notamment dans un contexte d'augmentation des dettes et des dettes publiques on sait que l'inflation rend quand même toujours plus aisé le fait de soutenir une dette importante qu'une situation sans inflation aucune donc on voit un certain nombre d'économistes s'exprimer en disant ah là on va trop loin on va rentrer dans une spirale inflationniste mais ce sont exactement les mêmes économistes pour ne pas les citer Larry Summers et Olivier Blanchard qui avaient dit que le plan de relance de Donald Trump l'an dernier en mars, avril avec déjà l'envoi d'un premier chèque aux Etats-Unis allait créer une spirale inflationniste il se trouve qu'un an est passé qu'on n'a pas du tout vu le moindre début de frémissement de l'inflation que si vous regardez les fondamentaux macroéconomiques par exemple ce qu'on appelle l'output gap c'est-à-dire la différence entre le PIB réel observé et le potentiel de PIB de croissance de l'économie on a un output gap qui reste extrêmement important ce qui veut dire qu'en fait on ne va pas du tout avoir de tension inflationniste due à finalement une limitation trop forte des capacités productives par rapport à la demande en termes de consommation et si vous regardez enfin la situation sur le pôle de l'emploi vous avez à peu près 22 millions d'emplois qui ont été détruits il y en a 13 millions qui ont été recréés donc on se trouve toujours aussi avec un déficit d'emplois de l'ordre de 9 millions de dollars donc on est très très loin de voir apparaître même un tout petit peu d'inflation qu'on pourrait s'attendre à voir apparaître et on sait également qu'aux Etats-Unis la Fed est toujours très réactive en termes de politique monétaire et de taux d'intérêt et que s'il devait y avoir des tensions inflationnistes sur le marché c'est aussi finalement à la politique monétaire de jouer son rôle d'augmenter les taux d'intérêt afin de limiter ces tensions sur l'inflation Plantu est captivé par ce cours d'économie et l'inflation des mots que j'entends
on sait que les caricaturistes sont en deuil de ce que Donald Trump leur inspirait comme dessin au quotidien est-ce que Joe Biden est tout autant inspirant dans ses débuts dans ses premiers pas pour le dessinateur de presse que vous êtes
comme tous les démocrates il est beaucoup plus dur à faire c'est sûr Trump je ne sais pas que je dessinais un gros rond un gros pif une mèche jaune même je faisais une tâche jaune au-dessus tout le monde savait que c'était Trump et maintenant avec Biden il ne nous facilite pas le boulot vous savez je pense à Jospin aussi il y a des gens comme ça qui font du bon boulot démocratiquement c'est bien c'est l'honneur de la politique et ils ne sont pas faciles à saisir et ils ne nous facilite pas le boulot mais ça c'est pas ça ne vous empêche pas
de le dessiner
non d'ailleurs je l'ai dessiné j'ai rêvé que Macron lui faisait un petit là c'est mon dessin répète après moi quoi qu'il en coûte et Macron il est en prof comme ça il donne un cours à Joe Biden et qui écrit sur le tableau whatever it takes quoi qu'il en coûte bon bah évidemment que l'autre il n'a pas besoin de Macron pour rêver ça mais à la fois moi j'aime bien il faut rêver et puis avec le haut de Joe Biden je me suis dit tiens il y a une petite d'une bouée de sauvetage puisque c'est un plan de sauvetage le haut je vais peut-être l'utiliser demain dans le monde et puis pour terminer il y a ce dessin des 1900 milliards c'est une nouvelle injection c'est pas une injection d'un vaccin mais c'est 1900 milliards qui sont injectés dans une seringue avec des américains dont j'ai fait une petite pièce sur le genou et je crois et là c'est moi qui vous pose la question j'ai l'impression que tout le monde va toucher mais j'ai mis une pièce comme si c'était un gars qui était un peu pauvre mais il y a les pas tellement pauvres qui vont toucher aussi c'est ça jusqu'à 75 000 dollars par an c'est pas mal pas les plus hauts revenus
c'est 85% des ménages
j'étais étonné
85% des ménages vont toucher ce chèque ou commencent déjà à le toucher puisqu'en effet ça se met en place de façon extrêmement rapide
et vous parliez de la Chine tout à l'heure et la Chine elle est importante j'ai retrouvé ce vieux dessin de 78 et j'ai fait deux gardes rouges un peu comme ça que je l'ai dessiné à l'époque habillés en gardes rouges et puis il y en a un qui est derrière son bureau c'est ça l'avenir coco et à l'époque coco quand on disait coco ça voulait dire beaucoup de choses et exporter c'est ça l'avenir coco ben finalement ça marche
je précise que tous ces dessins on peut les voir en ce moment même sur la chaîne youtube du théâtre de la ville et on pourra les voir aussi sur le site de France Culture à la page de l'esprit public je vous ramène à l'économie Sylvie Kaufmann plus spécifiquement est-ce qu'avec ce plan Biden qui est évidemment totalement lié à ce contexte sanitaire la doxa économique ou les fondamentaux de la doctrine économique mondiale sont en train d'évoluer est-ce que ce plan Biden il aura forcément une conséquence sur les décisions économiques qui vont venir aussi maintenant au sein de l'Union Européenne
alors il y a quand même des décisions politiques qui vont devoir être prises c'est intéressant parce qu'on a l'impression que le politique se réapproprie et la décision économique aussi c'est-à-dire qu'on était aux Etats-Unis dans un mode de fonctionnement où c'était beaucoup où la Fed les acteurs économiques hors gouvernement qui jouaient sur les leviers des marchés financiers etc.
la politique monétaire et là on voit que c'est vraiment la Maison Blanche le Congrès qui sont aux commandes donc ça c'est une chose qui va probablement durer quelque temps après forcément il y a aussi le calendrier électoral c'est-à-dire qu'on a des mid-terms qui vont venir très vite aux Etats-Unis le calendrier électoral est très très serré les démocrates ont une très très petite majorité quand même au Congrès donc tout ça va être va être compliqué et ça dépend aussi de l'évolution de comment va évoluer le parti républicain avec Trump etc.
Sur l'Europe il y a une autre dimension dans tous ces plans de relance c'est est-ce qu'il se contente je soulignais tout à l'heure que c'est un plan de secours est-ce qu'il se contente de parer à l'urgence si vous voulez c'est-à-dire de sortir de rester à flot si on peut dire et puis de permettre à l'économie de repartir ou bien est-ce qu'on profite de cette crise extrêmement profonde de ces économies qui ont été mises à l'arrêt à genoux pour les transformer et c'est l'ambition c'est ce qu'évoquait Hubert Védrine tout à l'heure et c'est l'ambition du grand plan de relance de l'Union Européenne qui exige que rappelez-nous où on en est d'ailleurs sur ce plan de relance européen
dont l'OCDE déplore le retard et pense que du coup le retour à la normale en Europe sera plus qu'ailleurs
le déroulement est lent parce que toute l'Union Européenne les procédures sont toujours lentes mais enfin il suit son cours mais c'est vrai que ça va pas très vite c'était pas je crois que ça n'était pas destiné à être déboursé tout de suite dans le premier semestre 2021 mais c'est vrai que les économies européennes sont plus poussives et plus tardives et alors il y a des exigences dans ce plan de relance européen c'est que pour en bénéficier les Etats membres doivent garantir qu'ils vont s'en servir aussi pour verdir leurs économies et pour les numériser donc là il y a vraiment une volonté de se servir de cet argent comme facteur de transformation des économies à long terme on va voir si les Etats-Unis sont capables d'en faire autant
Hubert Védrine sur ce plan de relance européen et en effet les effets dominos que la politique économique américaine pourrait avoir sur l'économie européenne
il y a toujours un effet d'entraînement vu la puissance américaine je suis d'accord avec ce qu'a dit Sylvie ça va dans le bon mais il n'y aura pas le même à mon avis le même élan keynésien enfin keynésien en Europe qu'aux Etats-Unis c'est un peu déjà le cas pour quelles raisons
il n'y aura pas le même effet
parce que précisément il y aura le risque inflationniste même s'il est disons discutable contestable que l'Europe s'est déjà engagée même si les procédures sont longues que l'Allemagne a déjà bougé en fait elle n'a pas bougé pour des raisons théoriques économiques ou européennes elle a bougé parce que l'effondrement potentiel de l'industrie de l'Italie du Nord était un danger insoutenable pour l'économie allemande et notamment pour l'industrie allemande donc ça les a amenés pragmatiquement à mettre de côté peut-être momentanément d'ailleurs les règles de base les 3% etc donc l'Europe est déjà assez engagée à sa façon je veux dire il ne faut pas donner l'impression qu'elle a attendu le plan Biden donc je ne suis pas sûr qu'elle ait besoin de faire en plus par rapport à ça et puis les autres arguments vont revenir on ne peut pas dépenser sans arrêt creuser les déficits dépenser sans arrêt ce qu'on n'a pas donc je pense qu'il y aura une version européenne enfin il y a déjà avant Biden une version européenne modérée bon mais il n'empêche que la compétition se poursuit et c'était évoqué tout à l'heure la compétition Chine-Etats-Unis va structurer les décennies qui viennent
et Chine-Union européenne puisque le PIB chinois va dépasser celui de l'Union européenne en 2021
oui c'est ce qu'ils annoncent évidemment alors même s'ils dépassent en termes de PIB parce qu'évidemment ils sont beaucoup plus nombreux ils travaillent jour et nuit donc ils finiront par passer devant vous voyez mais ça ne veut pas dire que ce soit la puissance mondiale ils auront même à ce moment là ils n'auront pas l'équivalent du budget militaire américain ni du rôle du dollar ni le système extravagant et scandaleux des sanctions extraterritoriales sauf s'ils l'inventent pour eux ce qui serait effrayant vous voyez donc c'est pas uniquement les dépassages en termes de PIB alors ça va structurer la suite quand même cette tension
L'attention et la compétition continuent on en reparlera bien sûr dans l'esprit public merci beaucoup à tous les quatre Hubert Védrine, Plantu, Sylvie Kaufmann et Julia Cagé merci à Tom Houndestock qui m'a aidé à préparer cette émission à Luc Jean Reno qui l'a réalisé et à la technique aujourd'hui un grand merci à Stéphane Foulon Alexandre James Martin Troadec Benoît Chapeau Franck Malabry Francesca Fossati et Voitzec Noiret merci aux équipes de l'Espace Cardin Théâtre de la Ville qui nous accueillent comme chaque dimanche et comme chaque dimanche sur cette scène je suis avec Caroline Brouet bonjour Caroline bonjour Émilie et je crois qu'au menu des bonnes choses aujourd'hui il y a du poulpe
ah je voulais vous garder le mystère désolé j'ai spoilé c'est une bête qui a les pieds sur la tête et puis j'ai intitulé l'émission le barba papa des mères alors le barba papa on le mange pas mais vous allez comprendre pourquoi on a intitulé ça le barba papa des mères ah oui c'est très intriguant
je reste à tout de suite les bonnes choses de Caroline Brouet de Caroline Brouet juste après bien sûr Marc Weizman pour son émission lundi matin vous retrouvez les matins de Guillaume Erner qui reviendra sur les 10 ans de guerre en Syrie excellente semaine à tous à l'écoute de France Culture à tout de suite Caroline