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interviewRMC· 30 juillet 2023 13 min

Marie Trintignant est morte il y a 20 ans... l'historienne Florence Montreynaud est l'invitée de RMC

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

l'entretien RMC passe au grand entretien de la matinale mardi prochain nous serons le 1er août et il y a 20 ans le premier août 2003 Marie Trintignant décédé à Paris après avoir été tabassé à mort par son conjoint le musicien Bertrand Cantat dans leur chambre d'hôtel à Villemus en Lituanie aujourd'hui un rassemblement est prévu à 16h au cimetière du Père-Lachaise à Paris pour rendre hommage à Marie Trintignant c'est là que l'actrice est inhumée pour en parler ce matin Florence Moreno et notre invité bonjour vous êtes historienne merci d'être avec nous vous êtes fondatrice également du réseau encore féministe qui organise donc ce rassemblement au Père-Lachaise cet après-midi à Paris en préparant cette entretien j'ai été surpris de me dire que c'était il y a 20 ans c'est finalement ça semble en tout cas finalement si proche la mort de Marie Trintignant qu'est-ce que ça veut dire est-ce que ça veut dire que la disparition de Marie Trintignant a été un tournant dans la prise de conscience collective des violences faites aux femmes mais en qui reste encore beaucoup de travail à faire c'est exactement ça cette un événement sur le plan historique on n'a jamais vu ça une femme célèbre et un homme célèbre dans ce crime uni dans ce crime pour toujours d'habitude c'est les hommes qui sont connus là c'est une femme très connue à l'époque elle était actrice très aimée du public et un chanteur très connu mais le traitement médiatique à l'époque a été et donc aujourd'hui en effet elle reste pour avoir été cette femme connue tuée par un homme qui disait l'aimer c'est au moment de la mort de Marie Trintignant effectivement on entend les mots crimes d'amour drame de l'amour une passion déstructrice une relation explosive on disait Bertrand Cantat aimait tellement qu'il l'a tué c'est des mots qu'on entendait à l'époque on parlait pas encore il y a 20 ans de féminicides non ce mot est arrivé assez récemment dans le vocabulaire français pour désigner ces crimes le meurtre d'une femme parce qu'elle est une femme et ce qui nous a révolté à l'époque moi j'ai écrit quelque chose dès le lendemain dès les premiers journaux qui disait l'entourage de Bertrand Cantat espère qu'on va privilégier la thèse de l'accident ou bien on parlait dans le meilleur des de gramme drame de la jalousie mais comme si la jalousie c'était de l'amour là jalousie c'est de la possessivité qui peut aller jusqu'au meurtre on le voit encore trop souvent en France c'est un tournant aussi dans le traitement médiatique de ces affaires là parce que on parle aujourd'hui là de changement de syntaxe de on parle de l'apparition du mot féminicile mais il est important ce mot-là aussi de féminicide oui il s'est passé quelque chose de nouveau depuis 20 ans c'est que les journaux les médias ont pris conscience que ces mots appartenaient au 19e siècle crime passionnelle ça n'est pas dans le code pénal où on ne connaît que le meurtre d'assassinat là c'est un meurtre commis par un homme on oublie toujours de dire qu'il était grand et fort et qu'elle était petite et mince quand même dans notre éducation on nous a appris qu'on tape pas sur plus petit ou plus faible que soi donc voilà c'est ça ce crime maintenant on a pris conscience qu'il y a pas de mots d'adjectif pour l'excuser c'est un crime vous parlez tout à l'heure aussi de l'importance des mots vous vous en parlez à l'instant c'est vrai que quand on interroge encore aujourd'hui des gens sur ce meurtre de Marie Trintignant beaucoup de gens qui disent allez tomber sur le radiateur c'est aussi finalement quelque part j'ai pas envie de dire un héritage mais en tout cas c'est ce qu'on retient aujourd'hui avec tout ce discours à l'époque on voit justement que les choses avaient besoin de changer que ce tournant a été majeur en tout cas dans cette prise de conscience c'est genre d'argument combien de femmes l'ont utilisés pour dire qu'elles ont pris la porte de placard dans la figure ou qu'elles sont tombées dans les escaliers on sait bien que c'est difficile de parler des violences conjugales des violences exercées par le mari par celui qui doit protéger sa femme et non pas la taper qu'est-ce que ça change justement de nommer le féministe aujourd'hui qu'est-ce que ça dit ce que c'est un crime un meurtre d'une femme parce qu'elle est une femme et dans circonstances aggravantes par l'homme qui dit l'aimer rappelons justement les chiffres en ce matin soyons clairs sur RMC sur le collectif nous tout au 17 juillet dernier des nombreuses 70 féminicides depuis le début de l'année 2023 depuis le début de cette année c'est un décès tous les deux jours on voit évidemment qu'il y a énormément de travail encore à faire oui alors le recensement qui a été fait par collectif féminicites par compagnon ou par ex montre qu'il depuis la mort de Marie Trintignant il y a eu 3000 femmes tuées par leur conjoint ou ex 3000 femmes c'est énorme sans compter les 15000 blessés chaque année et les milliers d'enfants des dizaines de milliers d'enfants traumatisés de voir leurs parents enfin leur mère battue par leur père songez que dans un foyer sur 10 l'homme exerce des violences physiques sur sa femme c'est un fléau un problème de société et la France s'y prend très mal depuis 20 ans de constatent pas beaucoup d'améliorations alors qu'au contraire en Espagne le problème a été pris très différemment et on voit que la grande loi cadre de 2004 a produit des effets il y a moins de féminicides en Espagne désormais tandis qu'en France c'est à peu près stable justement parlons de l'exemple de l'Espagne qu'effectivement le plus parlant de l'argent a été investi près d'un milliard d'euros par an une loi a été votée qui lutte contre les stéréotypes à l'école dans la publicité il y a des tribunaux spécialisés également la formation des magistrats des investissements dans les maisons pour des femmes victimes de violence est-ce que selon vous la France doit passer le pas entre guillemets et aller encore plus dans ce chemin qui a été ouvert par l'Espagne bien sûr la France doit prendre modèle sur ce pays qui était extrêmement machiste qui a qui depuis 1975 a progressé beaucoup plus vite que nous qui nous satisfaisons d'être un pays machiste ou on fait un petit peu quelque chose mais où la grande cause des femmes c'est plutôt grande cause toujours donc là vraiment il y a quelque chose à faire certes il y a eu la formation de policiers et de gendarmes certes mais il est très insuffisante et on sait que les femmes qui vont porter plainte ne sont pas toujours bien accueillies alors qu'il faudrait tellement tellement d'aide pour ces femmes que souvent elle repartent sans solution et surtout que dans les mentalités on n'a pas encore compris que c'est pas aux femmes d'être hébergées dans des refuges c'est aux hommes violents d'être éloignés du foyer comme on le prévoit dans la loi suédoise depuis 1997 grande cause toujours vous le dites grande cause du quinquennat qui avait été évoqué par Emmanuel Macron on n'y est pas aujourd'hui la violence contre les femmes la violence masculine est un caractéristique de notre société et c'est quelque chose de très grave elle tue elle blesse elle mutile elle rend les femmes vulnérables elle mutilent des enfants qui ont des chocs traumatiques et pouvant pas pour toute leur vie comment est-ce qu'on peut supporter ça comment est-ce que on ne descend pas dans la rue à chaque féminicite parce qu'en Espagne c'est ça qui se passe des marches blanches organisées dans le quartier dans la ville dans le village ici ça paraît à peine dans la légionore régionaux et personne ne se choque alors que c'est épouvantable dans un foyer sur dix les voisins doivent l'entendre les voisins pourquoi ne vont-ils pas aider la personne lui proposer de l'aide un chiffre justement pour recomparer l'espagnol à la France un chiffre qui est très qui est très marquant le gouvernement espagnol débloque tous les ans pour lutter contre les violences faites aux femmes 16 euros par an et par habitant c'est 5 euros seulement en France on voit le fossé là aussi voilà ça en dit long c'est une question de moyens on peut bien faire une grande cause nationale si on ne lui donne pas les moyens c'est s'il y a pas de la volonté politique et aussi s'il y a pas de pédagogie et c'est ça que vous faites c'est très important que les médias échangés depuis 20 ans c'est que maintenant on dit plus que cette un crime passionnel ou un drame de la jalousie c'est très important de dire de redire d'écrire que ce sont des crimes et que c'est inadmissible de frapper plus faible que soi il aura fallu aussi près de 20 ans pour se rendre compte que les violences faites aux femmes concernent tous les milieux vous pariez en début de cette entretien qu'on savait été aussi un tournant parce que c'était deux personnalités très connues des Français qui étaient qui étaient concernés Marie Trintignant Bertrand Cantat pendant longtemps dans l'imaginaire collectif voilà peut-être qu'on se disait que c'était dans les classes populaires que ça se passait par exemple et maintenant on se rend compte que la seule différence c'est l'épaisseur des murs chez les riches les murs sont plus épais mais ça frappe partout on peut pas être une actrice célèbre connue d'une famille appréciée en France et voilà ça frappe dans tous les milieux oui Florence Moreno Estelle gaz a une question pour vous finalement on a un peu tous responsables de ces féminicides on doit tous changer notre point de vue il n'y a pas que l'État il n'y a pas que les hommes violents vous disiez par exemple qu'en Espagne les gens sortent font des marches blanches peut-être que nous aussi on devrait manifester finalement nous aussi nous sommes tous complices de silence nous devrions jamais par exemple dire d'une femme pourquoi est-ce qu'elle l'a pas quitté alors que si c'était si facile de quitter un homme violent ça se saurait comment est-ce qu'une femme dépendante qui dépend du salaire de son mari qui a des enfants comment pourrait-elle le quitter sachant que la déclaration de quitter la rupture et le moment qui amène la plus grande violence parce que ces hommes jaloux et possessifs ils disent plutôt morte qu'avec un autre donc c'est terrible terrible et d'ailleurs si j'ai un conseiller à donner aux femmes dès le premier coup il faut réagir il faut arrêter ça il faut questionner la relation parce que le premier coup mène à la mort et pour les garçons il faudrait leur apprendre qu'un homme ça s'empêche qu'un homme ça se maîtrise qu'être un adulte ses dominer ses émotions c'est les mettre en mots c'est parler avec l'autre mais en tout cas que frapper c'est l'âge c'est faible c'est quelque chose qu'on doit apprendre finalement dès qu'on est enfant dès la primaire de la maternelle voilà qu'est-ce qu'on attend pour apprendre à l'école qu'on ne touche pas avec violence à l'autre que c'est pas bien que la violence de est un problème la violence n'est jamais une solution Florence Moreau Moreno vous quitte historienne et fondatrice de ce réseau encore féministe vous connaissez forcément ce phénomène aussi d'inversion de la culpabilité c'est ce que on a vu aussi dans le cas de Marie Trintignant et Bertrand Cantat c'est-à-dire les avocats de Bertrand Cantat qui mettait l'accent sur l'état mental supposé de Marie Trintignant en disant que elle consommait beaucoup d'alcool que le fumer du cannabis comme si une vie libre pouvait légitimer le fait de d'être assassiné ça aujourd'hui ce phénomène d'inversion de la culpabilité on le retrouve réellement dans pratiquement tous les cas de violences faites aux femmes oui c'est exactement comme pour le viol on s'interroge sur la tenue sur l'heure sur le lieu alors que le seul problème c'est l'homme l'homme le criminel le meurtrier le violeur c'est lui c'est à lui de se retenir c'est à Lui d'essayer de trouver des mots la version de culpabilité c'est révoltant parce que c'est double peine elle est à la fois morte et coupable c'est ça aussi la difficulté aussi de parler pour les victimes vous le disiez cette dépendance aussi souvent financière de des victimes qui ont du mal à partir et qui ont du mal à quitter un conjoint violent là aussi avec ce phénomène là de version de culpabilité c'est encore plus dur pour pour les victimes et oui parce que toute leur vie elle restera avec cette marque femme battue c'est pour ça que cette expression il est temps de l'inverser et de parler de violence masculine il est temps de prendre conscience que dans notre société de domination Matisse la violence est une des façons que les hommes ont d'imposer leur loi aux hommes qu'est-ce qu'on peut faire pour essayer de d'améliorer un peu les choses c'est beaucoup d'éducation on l'entend un petit peu quand même dans votre dans votre voix ce matin oui on doit d'abord garder la mémoire de ces femmes qu'elle ne soit pas morte pour rien qu'il n'y en ait pas de nouvelles que jamais plus il n'y ait de femmes tuées par un conjoint oui il faut absolument arriver à ce monde là à un monde où on se parle quand on a des différends et ça ça prend dès l'enfance parler d'éducation à l'école il faut donner l'exemple cesser de hurler d'insulter de crier de lever la main sur quelqu'un avec qui on n'est pas d'accord mais échanger avec politesse des arguments plus que protéger vos filles éduquer vos fils quoi les deux mais évidemment il s'agit pas de protéger protéger parce qu'après ça sera encore leur faute mais c'est le problème est dans le camp des hommes à vous les hommes de vous montrer de vrais hommes comment ça va se passer cet après-midi c'est à 16h c'est ça au cimetière du Père-Lachaise qu'est-ce que vous pouvez nous dire un petit peu sur rassemblement ça fait des années que nous organisons ça nous parce que nous gardons la mémoire de Marie Trintignant nous nous rassemblons autour de sa tombe nous déposons des fleurs nous prononçons quelques mots et puis nous faisons une minute de silence nous pensons à elle très fort en ce jour parce que aujourd'hui ça fait 20 ans 20 ans elle va rester dans l'histoire et l'AS seulement pour avoir été tué tandis que Quentin continue sa carrière elle pensons il ne faut pas qu'il y ait de nouvelles Marie Trintignant il faut absolument que les femmes s'affirment dans leur couple et refusent que tout le monde refuse cette violence dans le couple un mot pour finir Florence Moreno de ce numéro qui est important le 39 19 oui qu'il faut appeler en effet merci de le rappeler c'est un numéro pour les femmes victimes de violence appelée à l'aide ne sait pas d'ailleurs un conjugale sexuel psychologique c'est une ligne d'écoute qui est ouvert 24 heures sur 24 7 jours sur 7 qui est gratuite oui ça c'est un grand progrès qu'on a eu en France et c'est bien de le rappeler en effet ne restez pas seul la solitude ne vaut rien et chercher vous avez du secours vous n'êtes pas seul il y a plein plein de gens qui vous soutiennent qui vous disent tenez la tête droite sortez vous en vous n'êtes pas seul Florence Moreno historienne féministe fondatrice du réseau encore féministe merci beaucoup d'avoir répondu à nos questions ce matin il est 8h53 [Musique]