DE HOLLANDE À DARMANIN : ASCENSEUR POUR LES FACHOS
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Non mais… Attendez, mes chers collègues… Dehors ! Dehors ! C’était jeudi dernier, 3 novembre, à l’Assemblée nationale.
Pendant la séance des questions au gouvernement, Carlos Martens Bilongo, député insoumis du Val d’Oise, était en train d’essayer d’attirer l’attention de l’Hémicycle sur le bateau de l’ONG de secours aux migrants SOS Méditerranée, qui avait à son bord 234 personnes secourues au large de la Libye. Et c’est à ce moment-là que Grégoire de Fournas, député du Rassemblement national, l’a interrompu en hurlant, d’après le compte-rendu officiel de cette séance : “Qu’il(s) retourne(nt) en Afrique) !” Immédiatement : des voix se sont élevées, à droite, pour soutenir que ce propos n’était pas du tout raciste.
Je ne suis pas raciste. Car, ont doctement expliqué ces secouristes : le braillement de Fournas ne visait absolument pas le député insoumis qu’il a interrompu mais bien plutôt, selon les uns, le bateau dont il évoquait la situation, ou, selon les autres, les migrants qui se trouvaient à bord de ce bateau après avoir donc été secourus au large de la Libye. C’est okay !
L’eurodéputé François-Xavier Bellamy, qui était tête de liste des Républicains aux élections européennes de 2019, a ainsi affirmé que : Si on dit que des migrants illégaux doivent retourner là d'où ils sont partis, ça n'est pas raciste. Le sénateur vendéen Bruno Retailleau, candidat à la présidence des mêmes Républicains, a quant à lui soutenu, en usant presque des mêmes mots, que : “Personne ne peut considérer comme raciste le fait de réclamer le retour des clandestins.” Ces réactions à droite sont intéressantes.
D’abord parce qu’elles disent qu’à aucun moment ces deux élus n’envisagent que le propos incriminé soit de toute façon et dans tous les cas odieux, lorsqu’il est adressé à un député noir, qui se trouve ainsi renvoyé et assigné à une origine forcément étrangère. Olivier Richard, 6e B. Michel Dupont, 6e B.
Mamadou Diarra, terminal C. Mais, j’ai 11 ans je suis en sixième moi, je peux pas aller en terminale. Si, terminal C à Roissy, direction Bamako.
Allez hop hop hop on embarque ! Ensuite parce qu’en réagissant de cette manière, ces deux éminents personnages qui considèrent donc que les migrants en danger de mort secourus par SOS Méditerranée sont forcément "illégaux" ou "clandestins", et qui par conséquent leur dénient même, à priori, le statut de réfugiés, nous disent assez explicitement qu’il existe pour eux une xénophobie acceptable : celle qui se défie des migrants, qui les considère de toute façon comme des indésirables, et qui proclame qu’il convient de les chasser. Mais ces réactions, somme toute peu étonnantes lorsqu’elles émanent d’une droite dite républicaine que l’on a souvent beaucoup de mal à différencier de l’extrême droite assumée, ne sont pas les seules qui devraient retenir notre attention.
Nous devrions aussi interroger les commentaires de certaines des personnalités qui ont, elles, vigoureusement dénoncé, avec dans la voix des trémolos d’indignation, le hurlement de Grégoire de Fournas. Comme, par exemple, Gérard Darmanin, ministre de l’Intérieur d’Emmanuel Macron, qui a très vivement réagi, en expliquant, à bon droit, que dans tous les cas le propos du député du Rassemblement national était "raciste et inhumain". Évidemment c’est inhumain.
Évidemment que c’est raciste. en précisant qu’il n’avait jamais rien entendu d’aussi affreux à l’Assemblée nationale, et en évoquant avec beaucoup d’émotion le sort des "femmes" et des "enfants" secourus par SOS Méditerranée. Arrêtons-nous quelques instants.
Les pères à la famille qui nous écoutent aujourd’hui, et mères de famille, ils ont les enfants peut-être au petit-déjeuner, les amènent à l’école, ils imaginent que leurs enfants ont été secourus en Méditerranée, ils sont sur un bateau apeurés et sans doute en partie morts de froid, il faudrait l’inhumanité devrait nous pousser à dire à ses enfants, si c’était les nôtres qu’ils fassent le chemin en arrière sachant qu’en plus les conditions météo sont extrêmement difficiles en ce moment. Ou comme François Hollande, ancien président de la République, qui a considéré que l’”attaque" de Grégoire de Fournas n’avait "pas sa place à l'Assemblée nationale" et qu’il convenait de sanctionner ce député qui selon lui "dit tout haut ce qu'une bonne partie du Rassemblement national pense tout bas" c’est assez probable, en effet. François Hollande a ensuite ajouté : "Si on ne veut pas qu'il y ait des députés éventuellement racistes à l'Assemblée, il ne faut pas voter pour eux." Car, a-t-il précisé, "90 députés du Rassemblement national à l'Assemblée, ça veut dire qu'il y a des thèses qui vont être proférées, énoncées, produites au cours des mois qui viennent." Et d'insister : "Il est donc très important - au-delà des indignations légitimes - que les grandes familles politiques républicaines se mobilisent pour convaincre les Français qu'elles ont des solutions et qu'il n'y a pas besoin d'aller se réfugier dans des votes extrêmes." Non moi je crois qu’il faut que vous arrêtiez d’essayer dire des trucs.
Ca vous fatigue déjà, puis pour les autres vous ne vous rendez pas compte de ce que c’est. Ces réactions aussi - celles de Gérald Darmanin, donc, et de François Hollande - sont intéressantes. Surtout si on s’intéresse au foutage de gueule politicien.
Car bien sûr : pour qu’un député du Rassemblement national puisse tenir des propos racistes dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, il a fallu qu’un certain nombre de conditions se trouvent réunies. D’abord : il a fallu que ce parti puisse envoyer 89 députés à l’Assemblée à l’issue des élections législatives du printemps dernier remportant ainsi le plus spectaculaire succès électoral et politique de sa déjà longue histoire. Il a décidé d’envoyer un très puissant groupe parlementaire de députés Rassemblement national à l’Assemblée qui devient ainsi un peu plus nationale.
Ce groupe sera de très loin le plus nombreux de l’histoire de notre famille politique. Et pour qu’il puisse envoyer 89 députés à l’Assemblée, il a d’abord fallu que son discours sur l’immigration soit, pendant de longues années, banalisé et normalisé. Qu’il n’apparaisse finalement plus comme beaucoup plus radical que celui de personnalités politiques considérées comme tout à fait respectables.
Et c’est là, bien sûr, que nous retrouvons François Hollande et Gérald Darmanin. Car ils ont l’un et l’autre participé à cette banalisation et à cette normalisation de la propagande anti-immigration du Rassemblement national. Ainsi, François Hollande, lorsqu’il était président de la République française, n’a rien dit lorsqu’en 2013, Manuel Valls, qui était alors son ministre de l’Intérieur a déclaré : Vous savez, il faut ni discriminer, ni se voiler la face, ni faire preuve d’angélisme.
Les Roms ont vocation à rester dans leur pays et à s’y intégrer, là-bas. Bien au contraire : quelques mois plus tard, François Hollande a promu l’auteur de ces misérables propos, en le nommant à Matignon. Et il n’a rien dit non plus lorsqu’en 2015, le même Manuel Valls, qui était donc devenu son Premier ministre, a "appelé l’Europe à fermer sa porte aux migrants", en déclarant, dans un entretien publié par un quotidien allemand : "L’Europe doit dire qu’elle ne peut plus accueillir autant de migrants, ce n’est pas possible.” Mais il est vrai aussi que François Hollande partageait pleinement cet avis, puisqu’il devait lui-même déclarer, à la même époque, lors de ses entretiens avec deux journalistes qui préparaient un livre paru en 2016, et qui était fort justement titré “Un président ne devrait pas dire ça” : "Je pense qu'il y a trop d'arrivées, d'immigration qui ne devrait pas être là." Pour ce qui concerne Gérald Darmanin, on sait que son règne au ministère de l’Intérieur est notamment marqué, depuis son début, par l’extrême férocité de la répression qui vise encore et toujours les migrants notamment ceux de Calais, dont les tentes ont été, on se le rappelle, lacérées en présence de gendarmes et de policiers.
Au mois de novembre 2021, le ministre de l’Intérieur d’Emmanuel Macron se félicitait publiquement de ce qu’il présentait comme une victoire : Depuis cinq ans le nombre de migrants présents à Calais, à Grande-Synthe et à Dunkerque a été divisé par 15. Beaucoup plus récemment, c’était la semaine dernière, juste avant qu’un député du Rassemblement national ne hurle "qu’il(s) retourne(nt) en Afrique" à l’Assemblée : Darmanin présentait aux médias sa future nouvelle loi sur l’immigration, en expliquant qu’elle comportait notamment la création d’un titre de séjour permettant à ses titulaires d’exercer temporairement ce qu’il appelle un "métier en tension". Ils sont venus comme étudiants, et puis ensuite ils cherchent un travail en France et leur titre de séjour est tombé en désuétude mais ils sont dans un secteur en tension, c’est le cas du BTP vous le savez bien ou de l’agriculture.
Nous devons mettre à jour les listes des métiers en tension, le patronat lui-même demande à ce que nous puissions faire de l’immigration de travail. Le ministre s’est empressé de préciser : "Si le métier n'est plus en tension, la personne perdra son titre de séjour au bout d'un an." Et sera donc renvoyée d’où elle était venue.
Nous le disons au patronat : C’est un titre de séjour qui ne concerne que l’emploi pour lequel les personnes viennent, et pour un an. Donc c’est le contraire de ce que j’ai entendu depuis ce matin qui disait : “Voilà c’est une régularisation massive de sans-papiers” ce n’est pas du tout ça. On l’aura compris : ces déclarations de François Hollande et de Gérald Darmanin ont ceci de commun qu’elles portent, au fond, le même message que celui des élus réactionnaires qui soutiennent qu’il ne serait pas raciste de vouloir "le retour" des migrants, systématiquement présentés comme "des clandestins".
Lorsqu’il proclame qu’il y a "trop d’immigration qui ne devrait pas être là", François Hollande dit exactement la même chose, de façon un peu, mais à peine, moins directe. Ou un peu plus hypocrite. Prenez la vie du bon côté, riez, sautez, dansez, chantez, vous serez un réfugié bien apprécié !
Lorsqu’il promet que les travailleurs immigrés qui ne serviront plus à son gouvernement devront partir au bout d’un an : Gérald Darmanin, lui aussi, envoie le même signal. L’un comme l’autre souhaitent, sans le dire explicitement, mais en le suggérant assez nettement pour que tout le monde le comprenne, que les migrants qu’ils jugent indésirables "retournent" dans le pays d’où ils viennent, en Afrique, peut-être bien. Puis, ensemble, ils crient au scandale quand un député d’extrême droite oublie de lever le petit doigt, au moment de cracher la même obscénité.
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Un “black” aujourd’hui on le considère comme quelqu’un comme tout le monde. Ah bon tu crois ? Oui bien sûr.
Et toi ! Tu me fais le plein et le pare-brise. Et proprement.
Ok bamboula ?
Gérald Darmanin