FERMETURE DE WHIRLPOOL : LA LASSITUDE GAGNE TOUS LES HOMMES
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Ce matin à Amiens, un peu avant 5h du matin, le dernier sèche-linge est sorti des lignes de montages de l'usine Whirlpool. Demain la société WN commencera la reconversion du site. Et entre-temps, les 284 salariés sont invités ou autorisés à venir une dernière fois sur place s'ils le souhaitent.
C'est la fin d'une lutte pour la sauvegarde de l'emploi qui a commencé à la fin de janvier 2017. Ce jour-là la direction de l'entreprise américaine, largement bénéficiaire, annonçait la délocalisation de la production en Pologne. Les mobilisations des syndicalistes, des élus, les affrontements mis en scène sur le parking de l'usine entre le candidat Macron et la candidate Le Pen, rien n'y aura fait.
Seule concession si l'on peut dire : un plan de reconversion du site donc, et d'accompagnement des salariés obtenu sous la pression des syndicats, des élus locaux et de l'État. Sur les 284 salariés, 186 ont été repris par le groupe WN, une vingtaine ont trouvé du travail ailleurs, une cinquantaine part à la retraite, mais près de 30 personnes restent sur le carreau. Yanis Mhamdi a contacté François Ruffin, député de la France Insoumise de la Somme, soutien de la première heure à la dernière minute de ceux que désormais on n'appellera plus les "Whirlpool".
Il était sur place ce matin, on l'écoute. – Ce matin, c'est une grande tristesse et une grande colère qui se ressentaient sur le parking. En plus là, le dernier jour, Whirlpool a fait un comité d'entreprise extraordinaire, ils demandent à ce qu'il y ait des salariés qui partent en Pologne pour installer les machines, quoi !
Le dernier jour ! C'est le délégué syndical CFDT lui-même, Frédéric Chanterelle, qui m'a parlé de ça ce matin, donc ça m'étonnerait que ça soit une blague. Le truc c'est que nous, il y a 2 mois, avec les syndicalistes une lettre des syndicalistes et de leurs députés, on a adressé un courrier à Emmanuel Macron, puisqu'il était venu le 3 octobre à Amiens et que grosso-modo, lui et le patron repreneur Nicolas Decayeux, ils s'engageaient à ce que tous les salariés soient repris.
On sait que déjà ceux du sous-traitant Prima n'étaient pas repris, les intérimaires on n'en parlait pas, soit ! Mais là depuis décembre, ils se décident vite. Il y avait une vingtaine de personnes qui était exclue du plan social.
Donc on a fait un courrier pour demander au Président de la République qu'il intervienne pour que la reprise concerne bien tous les salariés. C'est le DRH de Whirlpool qui a décidé qui seraient repris dans la nouvelle entreprise. Et il a exclu les grandes gueules, quoi. – Ils ont prévu quoi, une manif', quelque chose ? – Non rien, vous savez, la lassitude gagne tous les Hommes.
Il faut préciser que le repreneur WN a proposé un CDI à plus de 180 ex-salariés de Whirlpool pour répondre à ses besoins de production et en même temps, pour remplir les conditions fixées par l'entreprise américaine pour apporter son aide financière à la ré-industrialisation du site. Whirlpool et l'État verseront donc une aide d'une quinzaine de millions d'euros pour lancer la production de casiers automatisés pour la grande distribution et de petits utilitaires urbains, entre autres. Voilà c'est la fin de cette histoire-là, bonsoir Julien Rivoire, merci d'être avec nous.
Vous êtes membre du bureau d'Attac France, vous êtes un des contributeurs de cet ouvrage: "L'imposture Macron, un business model au service des puissants." Collectif plusieurs fois parce qu'il est écrit à plusieurs mains et en coopération entre Attac et la Fondation Copernic. Qu'est-ce que ça vous inspire, la fermeture de Whirlpool ? – Plusieurs choses.
Tout d'abord qu'Emmanuel Macron est totalement au service des puissants, on le voit bien puisqu'il est dans l'incapacité, enfin… dans l'incapacité et c'est un choix, de soutenir les salariés. François Ruffin l'a évoqué, il y a 250 intérimaires qui sont concernés par cette situation-là. Je crois que sur ces histoires de multinationales qui délocalisent, il serait intéressant que l'État, à chaque fois, et que la société dans son ensemble soit au courant de l'ensemble des aides publiques qui sont versées à ces entreprises.
On voit bien comment le capital financier aujourd'hui, joue de la mondialisation, de la concurrence entre les pays, mais aussi des aides publiques de l'État et donc de l'ensemble des contribuables pour augmenter les dividendes des actionnaires et non pas pour répondre aux besoins et aux enjeux de l'emploi. François Ruffin a terminé son intervention par: "la lassitude gagne tous les Hommes". Finalement est-ce que l'État ne serait pas gagné par la lassitude à son tour ?
Dans cette passivité qu'il démontre depuis des décennies que les délocalisations se multiplient. Emmanuel Macron veut ré-industrialiser, enfin il y a énormément de projets mais il y a quand même une impuissance crasse. – Je ne crois pas qu'il y a une impuissance.
Il y a une vraie puissance et un vrai soutien aux stratégies des multinationales. Quand Emmanuel Macron détruit le code du travail, plutôt que de renforcer le pouvoir des salariés au sein des comités d'entreprises, de donner plus de pouvoir, de démocratie sociale, parce que les salariés sont les mieux à même de savoir comment orienter, y compris leurs entreprises, comment garantir l'investissement pour la pérennité, etc. Comment on ne réfléchit pas à des taxes qui permettraient justement à des groupes financiers qui font des profits, d'être sanctionnés.
On voit bien que l'État est au service, et non pas impuissant face à un capitalisme financier. Ce capitalisme financier, l'ensemble des mesures que Macron notamment met en place, mais ses prédécesseurs également, il le nourrit.
François Ruffin