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interviewPublic Sénat· 9 juillet 2024 27 min

Première ministre ? "Mon nom circule, je suis tout à fait prête à prendre cette responsabilité"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:04
Présentateur

Et notre invité politique ce matin, c'est Clémentine Autain. Bonjour. Bonjour. Merci beaucoup d'être avec nous, députés Nouveau Front Populaire de la Seine-Saint-Denis. On est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale, représentée par Stéphane Vernet de Ouest de France. Bonjour Stéphane. Bonjour Auriane. Clémentine Autain, bonjour. Bonjour. Et Clémentine Autain, ça fait 36 heures maintenant qu'on connaît le résultat des législatifs qui ont donc placé le Nouveau Front Populaire en tête. Et aucun nom de Premier ministre n'a toujours émergé. Est-ce que vous étiez vraiment prêts à gouverner ?

0:31
Clémentine Autain

Je pense que nous sommes prêts à gouverner. Nous avons chiffré un programme précis avec des mesures immédiates, des mesures sur un temps plus long. Donc moi j'ai la conviction que la cohérence de cette union, elle est forte sur le fond. Et donc oui, nous sommes prêts à gouverner avec aussi beaucoup de personnalités au sein du Nouveau Front Populaire capables d'être à la tête de ministère et de mener les progrès sociaux et écologiques que nous portons. Il reste ce problème de premier au Premier ministre. J'aurais préféré qu'on la règle plus tôt, mais comme vous le savez, c'était une campagne éclair. Avant l'alliance, ce sursaut de responsabilité des partis de gauche et écologistes.

Avant, on ne peut pas dire que c'était une ambiance très amicale pendant les élections européennes. Donc on paye aussi ces guerres fratricides qui se sont jouées.

1:23
Présentateur

– Si vous ne l'avez pas décidé avant, c'est parce que vous n'attendiez pas finalement à gagner dimanche ?

1:28
Clémentine Autain

– Alors il y a eu un effet effectivement de surprise, notamment je dirais sur la défaite assez cinglante de l'extrême droite. Je pense que personne, d'ailleurs vous-même, n'aviez vu à quel point il y avait dans ce pays du ressort pour dire non. Définitivement non, enfin définitivement, j'exagère puisque nous avons eu un sursaut et il ne faudrait pas que ce soit un sursis. Mais en tout cas, il y a quelque chose qui s'est exprimé de très fort.

Nous ne voulons pas que la France soit gouvernée par cette extrême droite dont on a vu dans l'entre-deux-tours la dimension violente, raciste, peut-être beaucoup plus d'ailleurs qu'au premier tour puisque des médias, des journalistes, de grands médias ont sans doute été pris de vertige. Et la presse régionale aussi a fait beaucoup, je trouve, pour justement aller enfin démasquer, chercher quels étaient ces candidats de l'extrême droite. Et les Français, toutes les enquêtes d'opinion le disent, en réalité sont de moins en moins racistes, de plus en plus tolérants.

Et donc il y a une dissonance entre le profil de l'extrême droite et la réalité du pays qui n'est pas sur cette tonalité en réalité. Donc ça, ça a été un beau travail et nous, effectivement, nous avons créé la surprise dans cette élection. – Y compris pour vous-même ? – Oui, oui, en partie, en partie. J'ai toujours pensé, depuis longtemps, vous le savez, je suis venue sur ce plateau pour vous le dire, que l'Union permettait de créer cette mobilisation. Surtout, et avant tout, si elle est porteuse de transformations profondes pour le pays. Et ça, le cadre dans lequel on s'est présenté est celui-là, du rassemblement à gauche sur la base d'un projet transformateur. Ça, c'est la clé.

C'est la clé pour gagner. Donc oui, nous avons fait la démonstration, une fois de plus, comme avec la NUPES, que c'était propulsif. Alors maintenant, il reste la question du casting du Premier ou de la Première ministre.

3:20
Invité

– Et alors pourquoi vous avez besoin d'un peu de temps ? Parce que là, vous parlez de la fin de semaine. Est-ce que c'est parce qu'il y a eu des tensions très fortes pendant les campagnes européennes, ce que vous avez évoqué ? Ou c'est parce que vous avez des problèmes de riches ? Vous avez trop de gens qualifiés ou compétents ? Et donc c'est plus difficile de trouver la bonne personne au bon poste ? Il y a des négociations internes. Qu'est-ce qui fait que ce n'est pas déjà fait, finalement ?

3:40
Clémentine Autain

– Il y a une discussion entre les partis politiques qui est nécessaire. Moi, j'ai appelé à ce que les députés de ce nouveau Front populaire puissent se rassembler et donner aussi leurs mots, qu'on ne soit pas simplement une chambre d'enregistrement, ça me paraît assez important.

3:54
Présentateur

– Donc l'info, vous souhaitez un vote des députés du nouveau Front populaire ?

3:56
Clémentine Autain

– Il pourrait y avoir un vote, discussion et potentiellement un vote, avec les partis politiques qui eux aussi doivent négocier. Mais la difficulté, c'est de trouver une personnalité qui puisse incarner le tout. Or, pour l'instant, c'est un cartel. – C'est vraiment le pot du Premier ministre ? – Voilà, pour l'instant, on est dans un cartel avec différentes forces. Dans des rapports de force, vous voyez bien, où il n'y a pas une hégémonie…

4:19
Invité

– Des rapports de force qui pourraient évoluer aussi, en fonction des déclarations des uns et des autres, des rattachements, tout n'est pas totalement figé au sein des groupes.

4:26
Clémentine Autain

– Le paysage n'est pas fixe ?

4:29
Invité

– Il y a notamment les anciens députés de la France insoumise qui ne siégeront pas avec la France insoumise. Est-ce qu'on sait aujourd'hui précisément où est-ce qu'ils vont aller, et dans quel groupe ils seront comptés ?

4:40
Clémentine Autain

– Moi, je le prendrais différemment. Si la France insoumise n'avait pas décidé de purger des camarades qui, d'ailleurs, ont été brillamment réélus, je pense à mes amis Daniel Simonnet, Alexis Corbière et Hendrik Davy, eh bien, en effet, la question de savoir si le groupe socialiste va être plus gros ou moins gros que le groupe de la France insoumise aurait été tranché. – Donc LFI va payer ses pions. – Effectivement, fort dommage.

5:02
Invité

– Au moment où on se parle, on ne sait toujours pas.

5:03
Clémentine Autain

– Moi, je ne sais pas, je ne suis pas capable de vous dire. – Mais vous vous direz où ? – Mais ce qui est frappant, en revanche, c'est que la France insoumise, qui était dans une situation très forte à l'intérieur de la gauche, sous la précédente mandature, se retrouve là dans un rapport de force qui est très différent. Et moi, je regrette que la stratégie de la France insoumise et de Jean-Luc Mélenchon ait permis aux héritiers de la sociale des démocraties de nous tondre, en fait, la laine sur le dos. Il faut bien se rendre compte que cette stratégie clivante…

5:34
Invité

– Vous allez un peu fort, là, non ?

5:35
Clémentine Autain

– Non, je n'y vais pas fort, non, je n'y vais pas fort, c'est la réalité.

5:38
Invité

– Le Parti socialiste vous tourne la laine sur le dos ?

5:40
Clémentine Autain

– Vous voyez bien, ce que je suis en train de vous dire, c'est que dans le cadre de la NUPES, fort des 22% de Jean-Luc Mélenchon, vous aviez une assemblée avec à gauche, je n'aime pas le mot de domination ni d'hégémonie, je trouve ça épouvantable, mais en revanche, vous aviez une présence qui était la plus importante, nettement, de la France insoumise, dans la nouvelle configuration.

5:59
Invité

– Ce n'est plus le cas, ce n'est pas aussi le cas.

6:00
Clémentine Autain

– Ce n'est plus le cas, et alors qu'il y a eu une dynamique dans le pays et davantage de députés de gauche, la France insoumise en perd. Donc c'est un bilan qu'il faut regarder en face, il faut être lucide sur cela. – Mais qu'est-ce qu'il faut en faire de ce bilan ? Il faut tout revoir du sol au plafond à la France insoumise ? – Écoutez, la France insoumise fera bien ce qu'elle veut, vous savez que la rupture a été… – Pourquoi elle est actée ?

– Elle est actée, voilà, elle est actée, les dissensions sont connues depuis un moment, j'avoue que le fait que mes camarades qui ont, comme moi, osé critiquer la direction, émettre des réflexions sur des réorientations nécessaires, et je trouve que nous avons eu raison à bien des moments, peut-être qu'on a eu raison trop tôt, et bien tous ceux-là ont été lourdement sanctionnés puisqu'ils n'ont pas été, ils et elles, n'ont pas été réinvestis, et de façon extrêmement brutale.

Vous savez, on avait un slogan qui s'appelait « L'humain d'abord », voilà, même pas un coup de fil, même pas un coup de fil, et à deux jours du dépôt des listes, un mail expliquant qu'un comité théodule, sans grande légitimité, c'est le moins qu'on puisse dire, a décidé de sanctionner ses camarades. Bon, ben moi, cette méthode-là, je suis désolée, je ne l'accepte pas. C'est, je dirais, le… voilà, c'est là, c'est trop. La ligne rouge a été franchie, mais vous siègerez où, vous ? Dans quel groupe, du coup ? Je suis incapable de vous dire à l'heure qu'il aide.

7:17
Invité

Vous avez déjà fait votre choix, mais vous ne voulez pas nous dire.

7:19
Clémentine Autain

Non, non, pas du tout. Non, vraiment ? En transparence avec vous, nous, ce que nous voudrions, c'est un groupe nouveau Front populaire, et je plaide…

7:29
Invité

Ça, c'est possible ? Au moment où on se parle ?

7:31
Clémentine Autain

Au moment où on se parle, ce n'est pas du tout le chemin qui est emprunté. Ça ne m'empêche pas de vous dire ce que j'aurais souhaité. Et je l'aurais souhaité parce que je pense que, comme je vous l'ai dit, c'est un sursaut, mais ça peut être juste un sursis. Et si nous voulons être à la hauteur de la suite de l'histoire, il va falloir que le nouveau Front populaire ait sinon un groupe commun, au moins un intergroupe solide, qui n'explose pas comme celui de la NIPES. – Juste pour qu'on soit clair,

7:56
Présentateur

Clémentine Autain, juste le groupe nouveau Front populaire, dans votre esprit, c'est socialiste, écologiste, communiste… – Tout le monde, tous ceux qui ont été… – Et LFSI hors ligne Mélenchon, qui se met en chambre ?

8:04
Clémentine Autain

– Non, non, non. – Même ligne Mélenchon ? – Même ligne Mélenchon. La NIPES, c'est aussi avec les insoumis qui soutiennent la ligne de Jean-Luc Mélenchon. Moi, vous savez, ils n'auront pas ma haine. – Donc vous, vous êtes prêts à re-siéger ? – Je vous dis, ils n'auront pas ma haine. Ils n'auront pas ma haine. Je serai unitaire pour deux, pour trois, pour quatre. Vous m'entendez ? Pour deux, pour trois, pour quatre. – Donc vous êtes prêts à re-siéger avec ceux qui vous ont purgé ? – Bien sûr, bien sûr.

Bien sûr que je suis prête à re-siéger dans un même groupe avec les camarades insoumis avec lesquels j'ai des désaccords profonds, notamment sur la nécessité de la démocratie dans un parti du XXIe siècle. Ce n'est pas le seul désaccord. J'ai eu d'autres désaccords, vous le savez, sur l'affaire Quatennens, au moment du 7 octobre. Bon, il y a d'autres désaccords. Mais ce qui est important, c'est que comprendre que cette union et cette nécessité d'avoir un ciment.

Et pour qu'il y ait du ciment entre toutes ces forces et que ça ne reparte pas dans tous les sens, il faut qu'on ait des structures, des cadres, aussi bien nationalement pour faire vivre ce nouveau Front populaire qui ne peut pas non plus être qu'un cartel de partis. Ça ne peut pas être juste ça. – Ce qui l'est aujourd'hui ? – À peine, à peine. Vous avez vu d'ailleurs le soir du premier comme du deuxième tour à la télévision, les Français qui ont regardé les soirées électorales se sont rendu compte qu'au lieu d'avoir une image à 20h15 avec l'Union, c'est-à-dire avec toutes ces figures diverses de l'ensemble de ce nouveau Front populaire,

9:24
Présentateur

chacun a parlé dans son coin. – On avait surtout Jean-Luc Mélenchon.

9:26
Clémentine Autain

– Voilà, mais chacun, mais Jean-Luc Mélenchon, uniquement entouré d'insoumis. Ce n'est pas ça le nouveau Front populaire. – Est-ce qu'il est qualifié pour être Premier ministre ? – Non, il ne l'est pas, mais vous le savez très bien. – C'est parce que Dimatine Panot, vous l'avez entendu hier, elle a dit qu'il n'est pas du tout disqualifié. – Non, mais on peut ne pas voir la réalité et raconter ce qu'on a envie de raconter. Moi, j'essaie de ne pas mentir aux Français. Et vous le savez très bien, ni les socialistes, ni les communistes, ni les écologistes ne veulent voir Jean-Luc Mélenchon Premier ministre du nouveau Front populaire.

Donc, affaire suivante, de la même manière, vous n'aurez pas François Hollande Premier ministre du nouveau Front populaire. Ça n'arrivera pas. Donc, partant de là, comment on fait ?

10:01
Invité

– Qui ça pourrait être ? Marie-Betondelier, François Ruffin, Raphaël Glucksmann, vous-même ?

10:07
Clémentine Autain

– Écoutez, je ne suis pas capable de donner une réponse à cela. Je pense qu'en effet, il y a des profils différents possibles. – Mais est-ce que ça doit forcément être un insoumis pour vous ? – Possible. – Est-ce que ça doit forcément être un insoumis ? – Je pense qu'il faut en tout cas que la personnalité qui soit Premier ministre se trouve quand même dans… comment dire… au cœur de la gauche est capable de mener des transformations, de tenir aussi. Parce que ça va être pas facile, hein ? – Ça exclut quel profil ? – Mais je ne veux pas exclure. Donc, vous ne m'aurez pas là-dessus. – Mais ça pourrait être vous. – Je n'ai pas décidé d'exclure.

10:42
Invité

– Ça pourrait être vous. Vous avez le profil pour. – Écoutez, il faudrait… – Vous êtes dans la courte, dans les tractations, les négociations ou pas du tout ? – Écoutez, je ne sais pas ce qui se passe

10:51
Clémentine Autain

dans les négociations entre partis politiques. – Vous avez quand même des écrous. – Mon nom circule, je suis tout à fait prête à prendre cette responsabilité si on me la confie. Mais ce que je veux le plus de tout, c'est qu'on ait une solution. Voilà. Donc c'est pour ça que je ne veux exclure personne et que je pense que nous avons des talents divers. Et donc on peut trouver une solution. On peut et on va trouver une solution. Il n'y a aucune raison qu'on ne trouve pas une solution. Les Français nous attendent, nos électeurs nous attendent. Et j'espère qu'on va trouver dans un délai raisonnable.

Parce qu'Emmanuel Macron, si nous voulons aussi ne pas passer à côté de l'histoire et qu'il puisse nommer, il ne faut pas qu'il ait le prétexte de dire « Regardez, il n'arrive pas à trouver un premier ou un premier ministre ».

11:31
Invité

– Alors on va en parler, mais pour clore peut-être sur cette partie-là, un insoumis « vieille école » à Matignon, proche de Jean-Luc Mélenchon, est-ce que c'est l'instabilité gouvernementale assurée ? – Est-ce que derrière, vous pensez qu'un insoumis qui serait désigné comme premier ministre ne serait pas déboulonné par une motion de censure dans les trois jours qui suivent, voté par la gauche, le centre, les LR ?

11:58
Clémentine Autain

– L'idée, ce n'est pas de dire un premier ou une première ministre insoumise ou socialiste ou je ne sais quoi. C'est d'avoir un premier ou une première ministre du nouveau Front populaire. Donc qu'il soit garant du nouveau Front populaire.

12:08
Invité

– Mais il faut qu'il soit quelqu'un qui rassemble.

12:10
Clémentine Autain

– C'est exactement ce que je vous dis. – De manière très large. – C'est pour ça que je vous dis qu'il n'est pas possible que ce soit Jean-Luc Mélenchon ou François Hollande puisqu'il faut une personnalité dans laquelle tous les députés notamment, et c'est pourquoi je pense que les députés ont aussi leur mot à dire, parce que ce sont eux et elles qui appuient sur le bouton pour… – Aujourd'hui, c'est… – Donc vous dites que les tractations,

12:29
Présentateur

elles ne doivent pas seulement se faire entre chefs de parti, c'est ça que vous dites, il faut des tractations plus élargies et un vote des députés. C'est ce à quoi vous avez appelé ce matin.

12:37
Clémentine Autain

– Un vote, ou en tout cas, une discussion. Moi, je pense que le vote est un recours en démocratie qu'il ne faut pas éluder. Et quand il n'y a pas consensus, eh bien…

12:47
Présentateur

– Vous appelez à une grande réunion, tous les députés du nom.

12:49
Clémentine Autain

– Oui, je l'ai appelé. Je pensais qu'on pouvait la faire, soit hier, soit aujourd'hui. Ça peut encore être demain ou à plein de main, mais elle me paraît en effet nécessaire.

12:56
Invité

– Mais le risque de paralysie générale existe, pour vous, toujours ? Le fait qu'on n'arrive pas à trouver un Premier ministre qui fasse consensus entre les trois grands blocs ? – Non, on ne peut pas croire ça. – Non, pour vous, cette menace-là n'existe pas ? – Oui, on trouvera une solution.

13:10
Clémentine Autain

Après, comprenez aussi que, comme il y a différentes forces, ça prend un petit peu de temps, regarder le paysage tel qu'il est, évaluer les choses, ce n'est pas non plus dramatique de prendre quelques jours pour réfléchir à qui peut tenir le gouvernement. dans un moment difficile, parce que nous n'avons pas la majorité absolue. Tout le monde dit que c'est ingouvernable. Non, je pense que c'est gouvernable.

13:33
Présentateur

Mais comment vous gouvernez en étant si minoritaire ?

13:38
Clémentine Autain

– Alors, d'abord, tout notre programme n'est pas minoritaire, et au contraire même, il est souvent majoritaire dans le pays. C'est important de l'avoir en tête. quand on veut abroger la réforme des retraites, nous avons une majorité large dans le pays. – Mais vous l'avez au Parlement ? – C'est possible, ça n'a pas été testé, si vous me permettez.

13:57
Invité

– Éric Coquerel s'est exprimé sur le sujet en disant que, de toute façon, cette abrogation, selon lui, serait votée, y compris par les députés du Rassemblement national. Ce qui serait quand même un peu paradoxal.

14:07
Clémentine Autain

– Mais non, ce n'est pas paradoxal.

14:08
Invité

– Vous êtes élue pour faire barrage au Rassemblement national, et vous allez gouverner avec leur voix ?

14:13
Clémentine Autain

– Non, on ne gouverne pas avec l'extrême droite, on ne gouverne pas avec la Macronie. En revanche, on cherche des majorités au Parlement.

14:19
Présentateur

– Y compris avec le Rassemblement national ?

14:21
Clémentine Autain

– La Macronie a passé son temps à faire des lois qui ont été votées par l'extrême droite.

14:26
Présentateur

– Et vous avez passé votre temps à le critiquer ?

14:27
Clémentine Autain

Vous allez faire la même chose, du coup ? – Le problème, c'est quand c'est idéologique. Quand vous avez une extrême droite qui vote la loi Asile-Immigration, le problème, c'est que la Macronie marche dans les pas de l'extrême droite. Quand il s'agit d'améliorer le quotidien des Français dans une logique de justice sociale, eh bien écoutez, il faut le faire. Il faut le faire, moi je suis responsable et nous sommes responsables devant les Français. S'il y a un moyen d'avoir une majorité au Parlement pour abroger la loi sur les retraites, qui est-ce qui en sera content ? Tous les Français qui auront deux années de retraite en plus. Ça c'est quand même pas rien.

Ensuite, vous avez la possibilité d'avoir des décrets sur un certain nombre de sujets. Comme le blocage des prix. Vous savez, on peut le prendre par décret. Comme la hausse du SMIC, qui est un décret. Donc c'est une deuxième manière de gouverner. – Et ça, vous les prendrez avant l'été ? – Oui, bien sûr, il faut le prendre avant l'été. Au plus vite, si nous arrivons, vous allez voir, les Français vont sentir la différence. Nous avons des moustures de justice sociale. Et quand il y a blocage, moi je ne suis pas pour gouverner comme Emmanuel Macron, c'est-à-dire avec de la brutalité, vous voyez ce que je veux dire, en passant par-dessus bord. – Pas de 49.3 avec vous.

– C'est dans notre programme, pas de 49.3. – Mais comment vous allez faire passer le budget à 200 députés, c'est en 49.3 ? – Eh bien écoutez, il faudra que chacun prenne ses responsabilités. Aussi la Macronie, si la Macronie nous laisse gouverner, si la Macronie nous laisse gouverner, alors il y a la possibilité de trouver des solutions. si elle accepte que nous soyons en tête et donc que nous soyons les seuls à gouverner, il faut qu'elle prenne ses responsabilités jusqu'au bout.

15:57
Présentateur

– Est-ce que vous aussi, est-ce que vous pouvez éviter le 49.3 en disant, nous on appliquera rien que le programme, tout le programme ?

16:03
Clémentine Autain

– Mais on ne pourra, c'est pas vrai. – C'est ce qu'a dit Jean-Luc Mélenchon. – Oui mais ça c'est mentir aux Français, enfin je veux dire, ils ne sont pas, les Français sont grands, vous savez, ils le voient bien, nous n'avons pas de majorité. Donc qui peut raconter que tout notre programme va être adopté à la scène nationale ? – Jean-Luc Mélenchon le fait. – Manuel Bompard l'a fait hier aussi ? – Non, ça n'est pas raisonnable. Une chose est de dire, nous ne voulons pas gouverner avec la Macronie. Nos projets ne sont pas compatibles, les Français le savent.

Ce serait mentir que de raconter qu'on va bricoler quelque chose sur un coin de table et que d'un seul coup, les députés du Front Populaire arrivent au gouvernement et font une politique qui n'a rien à voir en mélangeant des… je ne sais pas comment on dit là, vous savez… – Des torchons et des serriettes. – Voilà, des torchons et des serriettes. – Des choux et des carottes. – Des choux et des carottes, c'est plus joli. Bon alors, vous voyez que ça ne marche pas, ça n'est pas possible, donc ça, ça n'est pas possible, n'est pas non plus possible de raconter que tout va pouvoir être fait. Et il y a ensuite une autre législative en perspective et une présidentielle.

Donc si nous sommes bloqués à un moment donné, dans l'incapacité de faire, eh bien on verra ce qui se passe.

17:02
Présentateur

– Mais alors vous êtes très claire sur le programme, est-ce qu'il faut que votre gouvernement s'en tienne uniquement au nouveau Front Populaire ou est-ce que vous avez envie d'aller chercher des alliances ? Est-ce que vous pourriez vous allier avec les macronistes de gauche ?

17:11
Clémentine Autain

– Je suis en train de vous dire que l'enjeu n'est pas de bricoler une alliance qui n'aurait pas de sens.

17:16
Présentateur

– Avec les macronistes de gauche, ça n'aurait pas de sens ? Johanna Roland, elle ne ferme pas la porte du Parti Socialiste.

17:21
Clémentine Autain

– Les macronistes de gauche, ils seront devant leur responsabilité face au projet de loi concret. C'est concret tout ça. Quand on va arriver avec un projet de loi qui va permettre de restructurer les services publics, de leur donner de l'air, plus de moyens, que feront les députés macronistes ? Ils seront devant un choix. Ils sont pour ou ils sont contre ? C'est à eux de se positionner. Et là, ce n'est pas une logique d'alliance, c'est une logique de savoir qui se situe où.

17:45
Présentateur

– Donc on fait du texte par texte. Il n'y a pas de grande coalition sur un grand projet pour vous.

17:49
Clémentine Autain

– La coalition qui peut gouverner, c'est celle du nouveau Front Populaire.

17:52
Invité

– C'est la méthode qui a été appliquée pendant deux ans par feu la majorité présidentielle, c'est-à-dire aller chercher, dégager des majorités, texte par texte, de temps en temps, avec un peu de centre-gauche, un peu de droite, un peu de gauche.

18:04
Clémentine Autain

– La plupart du temps, ils sont allés chercher à droite. – Donc je peux vous assurer que si nous, nous gouvernons,

18:11
Invité

– Pas sur tous les textes quand même.

18:12
Clémentine Autain

– La justice sociale sera aux commandes, l'ambiance démocratique du pays sera totalement bouleversée, parce que nous, je répète, dans nos propositions, nous avons le soutien en réalité de la majorité des Français. Quand vous prenez les grandes têtes sur le choc du pouvoir d'achat, sur mieux et plus de services publics, sur la démocratie, des mesures de démocratie, vous allez voir, les Français vont nous suivre, et j'appelle d'ailleurs, si nous gouvernons…

18:35
Invité

– Si vous me permettez, ce n'est pas formidablement évident en même temps, parce qu'aux Européennes le 9 juin, la liste de la France insoumise fait 10% par exemple, il n'y a pas… Et là, sur les résultats des législatives, vous êtes clairement en tête, en nombre de sièges, mais pour autant, vous voyez bien que vous avez bénéficié d'un vote qui était aussi un vote de rejet du Rassemblement national, ce que vous disiez au début.

18:56
Clémentine Autain

– On n'a pas simplement bénéficié, c'est nous qui avons créé cette dynamique, sans les forces de gauche. – C'est venu de la gauche, la dynamique de barrage, elle est venue de la gauche, et d'ailleurs, dans les triangulaires, nous sommes beaucoup, beaucoup plus nombreux à nous être désistés que les macronistes, et les électeurs eux-mêmes, ils se sont massivement à gauche, et j'ai l'éparmise des électeurs écolos…

19:15
Invité

– Et donc vous considérez que ça, ça vaut adhésion pour le contrat de législature que vous aviez passé ?

19:20
Clémentine Autain

– Non, je ne suis pas en train de vous dire que les Français nous ont donné la majorité absolue, je suis honnête, et je vous dis que ça n'est pas le cas. – En revanche, je pense que si on veut répondre au malaise dans le pays, aux fractures, il faut de la justice sociale. – Mais vous appelez les Français à quoi ? – Notre programme permet de commencer à réparer. C'est ça qu'on va faire, commencer à réparer. – Vous appelez les Français à quoi ?

19:44
Présentateur

Parce que vous avez été coupé par exemple.

19:45
Clémentine Autain

– Oui, c'était très important. Moi, j'ai en tête 36. Vous savez, en 36, quand Blum arrive au gouvernement, il y a des manifestations monstres. Et qu'est-ce qui fait qu'on a les congés payés ? C'est parce qu'il y a des manifestations qui demandent les congés payés, c'est même pas dans le programme du Front populaire. Eh bien moi, j'appelle à cela. Si nous gouvernons, nous aurons besoin de cet appui populaire. Donc j'appelle les syndicalistes, les activistes, le monde intellectuel et de la culture, tous ceux qui, là, se sont mobilisés de façon incroyable pour faire barrage à continuer à se mobiliser.

Pas rentrer chez eux et se dire c'est bon, il va y avoir un gouvernement d'union populaire, ça va bien se passer. Ça ne va pas bien se passer comme ça. Ça ne se passera bien et ça ne pourra durer et ça ne pourra transformer le pays que s'il y a un soutien citoyen, social, culturel dans le pays. – De quelle manière ?

20:32
Présentateur

Vous les appelez à descendre dans la rue ?

20:34
Clémentine Autain

– À se mobiliser, vous savez, il y a mille manières de le faire, les convois de la victoire. C'était des jeunes militants qui sont allés, ou pas militants d'ailleurs, des jeunes qui avaient envie de s'engager, qui sont allés soutenir Pascal Martin d'Ordogne, Alma Dufour à Rouen et d'autres. Vous voyez, ça s'est organisé comme ça. Donc moi, je crois à cette dimension citoyenne, civique, qui peut aider un gouvernement du Nouveau Front populaire et qui peut faire pression aussi sur les députés pour obtenir du mieux pour les Français. C'est ça qu'on veut. – Vous en avez parlé avec les syndicats ? – Bien sûr qu'il y a un dialogue avec les syndicats et il faut qu'ils se poursuivent.

Et j'ai trouvé que les syndicats, et je veux aussi tirer mon chapeau en particulier à Sophie Binet, qui est remarquable, je trouve, absolument remarquable dans toute cette période si difficile, eh bien j'estime qu'il y a eu une prise de responsabilité, très forte. et je n'ai pas de doute sur le fait que ça va continuer. – Un dernier mot Stéphane ?

21:34
Invité

– Vous avez dit hier, Clémentine Autain, que le Rassemblement National était en embuscade, je reprends votre propos. Est-ce que vous croyez à une victoire différée possible de Marine Le Pen ? Ça c'est le terme qu'elle a utilisé dimanche. – Écoutez, si. – Le risque est toujours là. – Bien sûr, bien sûr. – Comment est-ce que, concrètement, l'enjeu c'est quoi ? Comment est-ce qu'on fait pour empêcher ça ?

21:53
Clémentine Autain

– Eh bien, il faut avoir un projet alternatif qui fasse envie aux Français, qui donne envie d'avoir confiance en nous. Et nous avons des défis. Nous avons notamment, vous l'avez vu, quand on regarde bien la carte électorale, le vote de gauche et écologiste, il est quand même très urbain. Très urbain. – Clairement. – Et donc, il y a un problème clair qui est que nous avons besoin d'aller à la reconquête des habitants, des territoires, des campagnes, ruraux, des sous-préfectures. – Pourquoi vous les avez perdus, aujourd'hui ? – Ces gens qui votaient à gauche, il n'y a encore pas si longtemps. – C'est une question pas simple.

C'est une question pas simple, si on veut être lucide sur ce qui a manqué. Je pense qu'il y a des responsabilités diverses. Il y a eu une responsabilité, il faut le dire, de la gauche au pouvoir, qui a terriblement déçu chez les ouvriers et les employés. La désindustrialisation, les services publics qui dépérissent. Quand ils dépérissent, on sait que ça fait augmenter le vote du Rassemblement national, parce que ça crée du ressentiment. Et ce déclin de territoire entier en France, il faut que nous, on arrive à porter un discours qui prenne mieux en compte la parole des habitants, de ces campagnes, de ces petites villes en déclin. Et là, on a du travail.

Et on a du travail aussi dans notre propre discours. Parce que c'est vrai que vous parliez de la France insoumise et du score aux européennes. Ce discours très centré sur la question palestinienne a permis de créer un affect dans les quartiers populaires avec une forte population issue de l'immigration.

23:27
Invité

Dans les quartiers, pas dans les campagnes.

23:29
Clémentine Autain

C'est ce que je suis en train de vous dire. Donc, ne soustrayons pas. Par exemple, je suis militante de la cause palestinienne. Vous le savez qu'ils sont aujourd'hui massacrés par le gouvernement de Benyamin Netanyahou. Mais vous voyez bien que notre discours, il faut aussi qu'il parle à tout le monde. Qu'il parle à tout le monde. Donc, c'est dans les dominantes, les façons de nous exprimer, les profils qu'on met en avant. Je pense qu'il y a du travail à faire.

Et pour moi, la question des services publics, de la réindustrialisation et du mal-travail sont les questions centrales à partir desquelles on peut renouer du lien et donc de l'espoir pour l'ensemble des Français sur l'ensemble des territoires.

24:06
Présentateur

Est-ce que vous pouvez occulter les sujets de sécurité, les sujets de politique migratoire ? Est-ce que ce n'est pas aussi ça qu'ont exprimé les Français, les 10 millions de Français qui ont voté pour le Rassemblement national ?

24:15
Clémentine Autain

Alors, ce sont deux questions pour moi différentes. Vous les liez, mais moi, je ne veux pas les relier comme ça. Sécurité, tranquillité. Tranquillité pour les Français, bien sûr, que c'est un sujet dont on me parle. Et que la gauche a trop peu traité. Moi, je pense que nous avons des réponses très adaptées au sujet. Et je ne sais pas dans quelle mesure ne parler que de ça, comme le veut la droite, nous permettrait de progresser. Mais il faut être capable, bien sûr, d'avancer nos propositions pour la tranquillité publique.

Ce que je vous dis aussi, c'est que la tranquillité publique, elle n'existe pas s'il n'y a pas de la justice sociale, s'il n'y a pas des services publics, s'il n'y a pas une police de proximité. Or, les réponses qui sont apportées sur ce sujet ne sont que répressives et sécuritaires. Ça ne marche pas. Ça fait 40 ans que c'est comme ça. Ça fait 40 ans qu'on a des politiques ultra répressives, qu'on a fait une croix sur la prévention et qu'on ne permet pas à cette police de proximité d'exister. On l'a même sabré, ça ne marche pas. Sur l'immigration, ma conviction, c'est qu'on a trop, trop, trop cédé à l'extrême droite. Ça suffit. Ça suffit. Eux, ils pensent qu'il y a une crise migratoire.

Nous, nous pensons qu'il y a une crise de l'accueil. Donc il faut, là, je crois, être clair aussi sur la façon dont nous abordons le sujet. Et oui, c'est vrai que sur ce sujet-là, il y a une hégémonie culturelle à reconquérir, mais elle ne peut être reconquise que si nous sommes clairs et honnêtes sur le chemin que nous voulons prendre. Et de ce point de vue, je pense qu'à gauche, voilà, on a cédé aussi là-dessus. Vous voyez ce que je veux dire ? On a donné trop. Vous savez, c'est le fameux, il pose les bonnes questions, mais pas les bonnes réponses. Moi, je pense que tout ce discours, en fait, nous l'avons payé cash. Donc il faut être honnête avec les Français.

Non, ça n'est pas vrai qu'il y a d'abord une crise migratoire. C'est une crise de l'accueil. Et si nous sommes capables d'accueillir... De toute façon, l'immigration, je vais vous dire, aucun mur, aucun mur, aucun barbelé. On ne peut pas s'enfermer. Et avec les crises climatiques qui arrivent, et les guerres, on ne peut pas s'enfermer. Donc, soit nous sommes capables de donner de la dignité à ceux qui arrivent, et ça permettra de changer notre regard. Et aussi, on est dans un pays vieillissant. Vous savez, on a besoin aussi des migrants. Donc, je pense qu'il faut changer notre approche et donner les moyens de cette intégration.

26:30
Présentateur

Merci Clémentine Autain. Merci beaucoup d'avoir été notre invité. La Une de Ouest-France. Futur gouvernement, les scénarios possibles. Vaste sujet. Merci beaucoup Stéphane. On continue à parler de ces législatives dans le cas.