10 septembre, jeune giflé à Saint-Denis, lieux de culte... L'interview intégrale de Laurent Nuñez
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Laurent Nunez, vous êtes le préfet de police de Paris, le 8 on fait tomber Bayrou, le 10 on fait tomber Macron. Voilà l'un des cris qui a été scandé hier soir alors que près de 11 000 personnes dans la France, différentes villes, ont fêté le départ et la chute de François Bayrou dans ce qu'ils appelaient des pots de départ. Nous sommes la veille du 10 septembre, cette journée de mobilisation, à quoi s'attendre ? Qui sont les acteurs de cette mobilisation et sous quelle forme d'action, Laurent Nunez ? Est-ce que vous êtes inquiète la journée de demain ?
Il y a le ministre d'État à la dire, il y a un certain nombre de craintes évidemment qui tiennent à deux choses. C'est un mouvement d'abord, il n'y a pas réellement d'organisateur, c'est pas comme une manifestation, que les spectateurs comprennent bien, une manifestation, il y a un déclarant, il y a un itinéraire. Là on a un appel général, bloquons tout, bloquons le pays, avec une multitude d'actions qui sont attendues et pas d'interlocuteurs pour les pouvoirs publics. Ça c'est le premier motif d'inquiétude. Et puis le deuxième, il est plus sérieux, c'est qu'on voit que l'appel, il a été complètement repris à son compte, après les appels évidemment de la France insoumise, mais pas que.
On voit bien que toute la mouvance d'extrême-gauche et d'ultra-gauche, y compris l'ultra-gauche radical, s'intéresse à la journée de demain et appelle à un certain nombre d'actions, qui sont des actions plutôt dures, avec des blocages, des actions violentes. Et donc évidemment, il y a un certain nombre de craintes. On ne pense pas que ce mouvement mobilise massivement la société civile, mais en tout cas, il va mobiliser un certain nombre d'individus qui appartiennent plutôt aux mouvances d'ultra-gauche radical et qui sont assez déterminés dans la réalisation d'actions violentes, et notamment des blocages, des dégradations.
Ça veut dire que la question n'est pas de savoir s'il y a effectivement beaucoup de monde, mais quels sont les modes d'action, et ils peuvent ne pas être nombreux, mais être plus violents.
C'est exactement ça, absolument. Et une multitude d'actions. Donc évidemment, pour les forces de sécurité intérieure, une difficulté à intervenir, mais en tout cas, on a des instructions très fermes du ministre d'État, c'est d'empêcher tout blocage des axes essentiels, et donc il y aura les interventions systématiques des forces de sécurité intérieure pour débloquer et interpeller, évidemment, parce que déblocage, souvent, il y a un délit d'entrave, il y a un atteint à la liberté, et donc il y a souvent des délits.
Laurent Nunez, pouvez-vous nous dire ce matin, d'abord, quel type d'action vous anticipez, et ensuite, quelle réponse en termes d'autorité ou de force de l'ordre vous avez ? Quand on dit blocage, on a l'impression que pour l'instant, c'est tous azimuts. Est-ce que ça veut dire blocage de rond-point ? Est-ce que ça veut dire blocage de périphérique ? Est-ce que ça veut dire blocage de rocade ? Est-ce que ça veut dire blocage éventuel d'entreprises, de supermarchés, de transports ? A quoi faites-vous allusion ?
Je vais vous répondre très clairement. D'abord, une partie de ces appels sont relayés par les réseaux sociaux, tout simplement. Donc vous avez d'abord des manifestations. Il y a quand même quelques manifestations, qu'on s'attend à ces peu nombreuses, mais par exemple, sur Paris, pour toute la région Île-de-France, sur Paris, il y en a quelques-unes. Premier point.
Dans quel coin ? Est-ce que vous savez déjà à quel endroit c'est ? Ou est-ce que ça se décidera de manière un peu sauvage demain matin ?
Place de la République, place des Fêtes, voilà. Il y a des appels qui circulent sur les réseaux sociaux. Certaines sont même déclarées. D'autres seront interdites parce qu'elles ont lieu à des endroits où il n'y a jamais de manifestation. Donc il y aura des arrêtés d'interdiction prises de manière très limitée, évidemment. Mais il y a d'abord un certain nombre de manifestations. Donc manifestations. Il y a surtout des appels à blocage. Et les lieux que vous avez cités figurent parmi ces appels. C'est-à-dire que c'est tous les intérêts essentiels du pays. C'est-à-dire le périphérique, évidemment, semble très ciblé.
Vous avez les dépôts d'hydrocarbures, des dépôts de logistique, les gares, les aéroports, les transports publics aussi, sans parler des gares elles-mêmes. Donc voilà, il y a un certain nombre de sites qu'on appelle à bloquer. Et on s'attend sur ces sites à des opérations coup de poing. Pas forcément beaucoup d'individus. Vous savez, il suffit de quelques dizaines d'individus pour bloquer ponctuellement, provisoirement, une gare ou un départ de TGV, par exemple. Et là, on interviendra systématiquement. Dernier type d'action, évidemment, qu'on redoute, ce sont les actes de sabotage. Je les viserai notamment les transports publics. On a vu par le passé que ça pouvait avoir lieu.
Au moment, juste avant les Jeux Olympiques. Par exemple.
Par exemple, voilà. Et donc, pour chacune de ces actions, il y aura pour les manifestations, évidemment, un encadrement. On ne tolérera aucune dégradation. Et pour les blocages, les entraves aux intérêts essentiels, c'est les instructions qu'on a reçues du ministre d'État, des interventions systématiques des forces de sécurité intérieure, systématiques, pour débloquer ces bloqués.
Ça commencera à quelle heure ? Est-ce que vous avez une idée ? Est-ce que, quand on parle du périphérique, est-ce qu'on peut imaginer que dès demain matin, voire même ce soir, certains actes soient bloqués ?
Évidemment qu'on n'a pas l'heure auxquelles vont se dérouler ces actions. Mais je peux vous dire qu'on se prépare à y répondre, y compris dans la nuit. Y compris dans la nuit.
Y compris dans la nuit, dans la nuit de ce soir à demain.
On sera en capacité de répondre à tout blocage. Et on se déploiera très rapidement. C'est le dispositif policier mobilisé. Il est exceptionnel. Le ministre l'a rappelé.
Il est considérable. 80 000 membres des forces de sécurité intérieure.
Il est exceptionnel. Il va nous permettre, par exemple, pour la région Île-de-France et dans l'agglomération parisienne, de quadriller le territoire. Il y a un certain nombre de points qui seront tenus, évidemment. Mais pas tous. Ce qui va compter, c'est deux choses. La réactivité, la mobilité des forces de sécurité intérieure pour intervenir rapidement sur chaque blocage. Et puis surtout, la fermeté de l'intervention. Nous, on a des instructions très claires. On a calé cela à chaque préfet sur tout le territoire national. Moi, y compris comme préfet de police. On a calé ça avec nos procureurs de la République. Il y aura des interpellations. Parce que c'est un délit d'entraver, de bloquer.
C'est un délit.
Vous anticipez donc déjà ces arrestations. Laurent Nunez, parmi les modes d'action évoqués, il y a ce que vous disiez à l'instant, c'est-à-dire des blocages de la voie publique ou des transports. Mais il y a aussi des manifestations, par exemple, péage gratuit. L'idée de laisser passer toutes les voitures. Il y a également des idées de dégradation de distributeurs de billets. Il y a donc une logique aussi économique. C'est-à-dire, y compris un certain nombre, alors là, ce n'est pas de votre ressort, mais de restaurateurs qui disent « moi, je vais participer à ma manière » en faisant la grève des TPE, c'est-à-dire des terminaux de carte bleue.
Est-ce que ça, vous, vous dites « attention, ça peut dégénérer ».
Vous avez cité trois types d'actions. Nous, on se positionne quand même sur les blocages, les atteintes lourdes. Vous avez cité trois types d'actions.
Les péages gratuits.
Que les restaurateurs procèdent eux-mêmes à ne pas utiliser certains dispositifs. C'est une chose. Les dégradations de distributeurs de billets. Évidemment que si les méseffectifs qui vont patrouiller sur l'ensemble de l'agglomération parisienne découvrent des individus qui dégradent des distributeurs de billets, vous comprenez que c'est un délit. Il y aura évidemment des interpellations.
La question, c'est aussi le nombre de manifestants. Vous avez dit qu'il y aurait 80 000 policiers et gendarmes mobilisés. La dernière note des renseignements généraux, même si tout cela peut évoluer, qui date d'il y a 24 heures, évoquait l'idée de 100 000 participants. Est-ce qu'à un moment, vous n'êtes pas quand même dans le trop ? C'est-à-dire si vous avez quasiment un policier, un gendarme par manifestante.
Mais non, mais ce n'est pas une manifestation, Pauline de Malherbe. 100 000, d'abord c'est un chiffre qui a été donné par une note qui n'a pas à être connue des médias. Ce sont des notes qui sont quand même classifiées accessoirement. Mais à supposer que ce chiffre...
Mais je ne peux pas dire mais ce chiffre.
Oui, ce sont les prévisions. Le ministre des Etats l'a dit, ce n'est pas une mobilisation importante. Par contre, ce n'est pas une manifestation. Ce n'est pas 100 000 personnes qui sont au même endroit, au même moment. Ou même à supposer, si je prends Paris, on n'a pas à un endroit 15 000 personnes qui vont manifester. Et ça va être une pluralité d'actions. Elles vont être nombreuses, elles vont être multiples. Et je pense que nos concitoyens comprennent bien que les forces de l'ordre doivent se déployer, être réactives. Et pour faire cela, il faut être en nombre, évidemment.
Laurent Nunez, dans le profil de ceux qui devraient manifester, il y a effectivement, vous le disiez, désormais un profil très politique. La France Insoumise et le nouveau parti anticapitaliste, je cite encore cette note, dont officiellement vous me dites que nous ne sommes pas censés y avoir accès, mais un certain nombre de journalistes l'ont eu, et notamment le journal Le Monde, qui cite la France Insoumise et le nouveau parti anticapitaliste, qui seraient donc à la manœuvre désormais dans les assemblées générales des organisateurs.
Ils ont aussi identifié, les RG, des militants syndicaux, CGT et Solidaires, des activistes pro-palestiniens, des membres d'extinction-rébellion ou encore des soulèvements de la terre. Ça veut dire que c'est un peu le même profil qu'il y avait eu dans les prémices des Gilets jaunes, en l'occurrence Nuit Debout, un mouvement en 2016 qui avait pris et siégé Place de la République dans le centre de Paris pendant de longues semaines.
Oui, alors d'abord, sur les... effectivement, toutes les organisations que vous avez citées, effectivement, appellent à participer à la journée de demain. Il y a des assemblées générales qui sont tenues un peu partout dans le pays. Parfois, d'ailleurs, de manière extrêmement confidentielle, on sent qu'il y a une volonté de cacher les actions qui vont être menées. Donc on a tout lieu de penser que pour une partie d'entre elles, elles vont être assez malveillantes. Oui, vous avez raison de citer les Nuits Debout.
On comprend que pour un certain nombre d'actions, il pourrait y avoir une volonté de se maintenir sur un certain nombre de places, d'espaces publics, ce qui, évidemment, ne sera pas toléré.
Est-ce que vous redoutez des Black Blocs ?
Toute manifestation doit être déclarée. Il y a un cadre légal qui est prévu. Et quand elles ne le sont pas, elles deviennent illégales. Pour les Black Blocs, il faut être prudent sur les Black Blocs. Les Black Blocs, c'est une façon d'intervention qui consiste à se grimer en noir et à s'en prendre aux forces de l'ordre, au commerce, aux dégradations. C'est généralement la mouvance d'ultra-gauche qui se constitue en Black Blocs. Généralement, ils le font quand on a des manifestations importantes. Moi, personnellement, sur l'agglomération parisienne, je crains moins les Black Blocs. Je crains des actions violentes, évidemment. Les Black Blocs, un peu moins.
Par contre, le sujet se posera pour la manifestation intersyndicale du 18 septembre, où il y aura, on peut penser, sur Paris, plusieurs milliers de personnes, voire plusieurs dizaines de milliers de personnes. Manifestation, dont à ce jour, d'ailleurs, je n'ai aucun contact avec les organisations syndicales.
Vous nous dites ce matin, Laurent Nunez, qu'aucune demande de manifestation n'a été déposée.
Pour l'instant, je n'ai pas été saisi. Aucun parcours, aucune demande ? Non, pas pour l'instant. Je le saurais. Là, oui, évidemment, comme à chaque fois qu'il y a des cortèges de l'intersyndicale, vous avez toujours des groupes à risque, des groupuscules d'ultra-gauche, qui se constituent en Black Blocs et infiltrent le cortège. Généralement, d'ailleurs, devant le cortège, ce ne sont absolument pas les organisations syndicales qui sont en cause dans cette affaire, mais qui commettent des dégradations, attaquent des vitrines, s'en prennent aux forces de l'ordre. Et évidemment, pour le 18, nous n'y sommes pas encore, mais c'est un risque important pour nous et nous y travaillons déjà.
Donc il y a le 10, il y a le 18, et le tout dans un contexte où le ministre de l'Intérieur n'est plus que ministre démissionnaire, comme on dit, puisque à midi aujourd'hui, François Bayrou remettra sa démission. Est-ce que dans son contexte-là d'un pouvoir faible, ce n'est pas le meilleur terrain pour que ça dérape ?
Non, ça n'a rien à voir, puisque le ministre de l'Intérieur, il est quand même en charge de la gestion des affaires courantes. Et au ministère de l'Intérieur, la gestion des affaires courantes, c'est quand même un gros morceau. Je vous re-l'ai dit, mais c'est quand même un gros morceau. Et donc le ministre, il est pleinement aux commandes, le ministre d'État.
Il n'y a pas de vacances du pouvoir ? Il n'y a pas de vacances de l'autorité, Laurent Nunez ?
Je vous rappelle quand même que dans la séquence passée, on a quand même sécurisé, organisé, sécurisé les Jeux olympiques avec un gouvernement démissionnaire et les Jeux paralympiques. Donc voilà, les ministres sont en charge de la gestion des affaires courantes. Ça veut dire quand même qu'ils restent aux commandes. Il y a un certain nombre de décisions qui ne peuvent pas être prises. Mais pour assurer la sécurisation et la protection de nos concitoyens, le ministre n'est absolument pas affaibli. Il est pleinement en exercice de ses fonctions. La gestion des affaires courantes au ministère de l'Intérieur, c'est déjà beaucoup de choses.
Laurent Nunez, il y a la journée du 10 et vous avez commencé à évoquer celle du 18. Est-ce que vous anticipez une jonction possible entre les deux et le fait que le mouvement Bloquantout, qui d'ailleurs pour ses organisateurs demande à ce que ce ne soit pas seulement une journée, mais le début, c'est également l'appel de Jean-Luc Mélenchon, le début d'un blocage qui dure. Est-ce qu'il peut y avoir jonction entre ces deux mouvements-là ?
Il y aura probablement des vélités de jonction, oui, effectivement. C'est quelque chose auquel on se prépare. Pas forcément avec la même intensité que le 10, mais il y aura sûrement entre le 10 et le 18 un certain nombre d'actions militantes qui seront menées et ce qui fait qu'on sera évidemment mobilisés sur cette période. On en a déjà parlé dans le cadre de réunions de travail. Le ministre nous réunit tout à l'heure, à 11h, l'ensemble des préfets de France, en visio pour donner ses instructions. Évidemment, on abordera ces sujets de la période intermédiaire.
Je suis toujours frappée quand même, Laurent Nunez. Vous dites « c'est interdit, nous ne tolérerons pas, on empêchera », le ministre d'État l'a dit. Et en même temps, quand on voit par exemple la semaine dernière cette rêve partie dans l'Aude, officiellement interdite, localisée, mais qu'en réalité les forces de l'ordre n'ont pas réussi à déloger, c'est finalement les vignerons eux-mêmes qui ont fini par se faire justice eux-mêmes, ce qui est formellement interdit, et qui ont fini par déloger cette rêve partie. Est-ce qu'à un moment, il ne faut pas reconnaître que vous êtes dépassé ?
Non, on n'est pas dépassé du tout. D'abord, ce n'est pas sur mon territoire.
Bien sûr, mais sur la question du maintien de l'ordre et des interdictions. Les interdictions paraissent parfois théoriques.
Non, elles ne sont pas théoriques. D'abord, sur cette histoire de rêve partie, ce n'est pas dans ma sphère de compétences, mais je comprends que les gendarmes sont intervenus et ont évacué les personnes. Il y a eu énormément de verbalisations. Donc, sur le maintien de l'ordre, à quel moment on est dépassé dans les manifestations ? Il y a des black blocs, on intervient, on les interpelle. Alors évidemment, il y a une partie de l'opposition politique qui dit que quand on intervient sur les black blocs, on commet des violences policières, j'ouvre les guillemets. Mais on n'est pas dépassé. Les cortèges syndicaux se déroulent normalement. Et quand il y a des exactions, on y met un terme.
Voilà, on a eu une fête de la musique qui s'est déroulée. On a eu 2 millions de personnes dans Paris. Il y a eu des personnes qui ont tenté de causer des débordements graves. Nous sommes intervenus, on y a mis un terme. On n'est pas dépassé. Enfin, on n'est pas dépassé par le maintien de l'ordre.
Deux questions encore, Laurent Nunez. L'une sur une vidéo en Seine-Saint-Denis. L'autre sur la question de la sécurisation des fêtes juives à venir. En Seine-Saint-Denis, un policier a été filmé par une habitante en train de gifler un jeune. C'est dans votre secteur. La vidéo a fait le tour des réseaux sociaux. Elle suscite la colère. Est-ce qu'elle suscite votre colère également ?
Je comprends que cette vidéo suscite la colère. Moi-même, quand je l'ai vue, j'étais un petit peu... Je me suis très interrogatif et j'ai demandé évidemment des explications. D'abord, le contexte...
On y voit un jeune homme qui se fait gifler et cracher dessus parmi...
C'est 30 secondes d'une action policière où vous avez des policiers de Seine-Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, qui effectuaient des contrôles et qui ont repéré un groupe de jeunes. Il y avait huit jeunes, dont deux qui étaient sous contrôle judiciaire et qui n'étaient pas autorisés à se voir. Et on est sur un territoire où il y a un point de deal. Donc ils ont effectué un contrôle, ils ont interpellé deux personnes. Et ce que vous voyez, c'est la fin de l'action. Donc il y a un contexte particulier quand même.
Mais vous avez l'air de dire, bon, c'est comme ça.
Contexte particulier, c'est ça. C'est une action de police où il y a eu deux interpellations avec un groupe d'individus, dont certains étaient sous contrôle judiciaire. Il y a le contexte particulier qui est celui de Seine-Saint-Denis, où les effectifs qui interviennent sont régulièrement pris à partie. Bon, donc évidemment que ce geste, il est condamnable, il n'est pas déontologique. Donc évidemment, je le condamne, il n'est pas déontologique. Mais il est important de rappeler le contexte très difficile dans lequel travaillent les policiers. Il y a une enquête administrative qui est ouverte. Ce policier, je le connais.
Je le connais, puisque j'ai eu l'occasion de le rencontrer, puisqu'à de nombreuses reprises, il a été blessé dans des interventions. Celui qui crache ? Ce policier, moi je l'avais rencontré quelques semaines avant pour le féliciter, parce qu'il était intervenu sur une agression de policier d'un individu. Ils avaient interpellé un individu qui agressait des policiers. Donc vous dites quoi ? Je dis que le geste, il est condamnable. Je dis que le geste, il est condamnable, parce qu'il donne du grain à moudre à ceux qui critiquent la police et qui veulent laisser à penser qu'il y a une systématisation des violences policières. Mais vous êtes en train de nous expliquer le contexte.
Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il était à bout ? Ça veut dire que...
Bien sûr, il était à bout. Il y avait une forme de lassitude chez lui, évidemment. Le geste est condamnable. Il y a une enquête administrative qui a été ouverte. Surtout, le parquet de Bobigny a été saisi. Mais il est important de rappeler le contexte. Les policiers travaillent dans des conditions qui sont très, très, très difficiles. Voilà.
L'avez-vous appelé ?
Je ne l'ai pas appelé. J'étais en contact avec lui précédemment, parce qu'encore une fois, il avait été agressé. Il y a quelques mois, il avait même été blessé assez sérieusement. Voilà. Ceci n'excuse pas le geste.
Mais est-ce que vous ne vous dites pas ?
Ceci n'excuse pas le geste.
Ça veut dire qu'il était à bout ? Il n'aurait jamais dû être sur le terrain ?
Non, je ne me dis pas ça. C'est un fonctionnaire qui était motivé, déterminé, qui jusqu'alors était irréprochable dans son comportement. Et donc, attention, attention à ne pas systématiser par rapport à un geste, une attitude générale des policiers qui font remarquablement leur travail.
François Bayrou a été interrogé précisément sur cette vidéo par nos confrères de Brut, dimanche. Et il a, à la question de savoir s'il y avait parfois une sorte de délit de faciès, laissait entendre que oui, dans certains quartiers, il y avait davantage de contrôles et que ça pouvait être vécu comme une injustice.
Non, les contrôles, c'est un débat politique, le contrôle au faciès. Moi, ce que je peux vous dire, c'est que les effectifs qui sont placés sous le monde d'autorité, et c'est vrai sur tout le territoire national, policiers, gendarmes, policiers de la préfecture de police, nous, on contrôle des individus qui sont soit des délinquants, soit des individus dont on a des raisons de penser qu'ils peuvent avoir commis un acte délictueux. C'est les conditions du contrôle d'identité, c'est dans ce cadre-là que nous les effectuons.
Le mois de septembre est un mois de fête dans la communauté juive. Est-ce que vous redoutez des actes ciblés sur la communauté juive ? Et est-ce que vous prendrez des mesures spécifiques pour la protection des lieux de culte ?
Oui, comme pour chaque séquence religieuse. Effectivement, on va avoir Rochachana qui commence à la fin, je crois que c'est le 22 septembre, et puis on a ensuite Kippour, Soukhot, tout ça nous emmène jusqu'au 13 octobre. Oui, comme d'habitude, nous prendrons des mesures de sécurisation des lieux de culte, des lieux d'interaction.
Comme d'habitude ? Est-ce qu'on peut dire comme d'habitude, ou est-ce qu'il faudrait que ce soit davantage que d'habitude ?
Non, mais malheureusement, c'est comme d'habitude. Voilà, on renforce notre présence, on sécurise les offices, on sécurise les fidèles. Voilà, on va le faire parce que vous avez vu que l'antisémitisme depuis le 7 octobre 2023 a explosé dans notre pays. Alors, depuis les 7 premiers mois de l'année, ça baisse légèrement, mais on a atteint un tel niveau à partir du 7 octobre 2023 qu'on peut parler vraiment d'une explosion.
Est-ce qu'il y a des arrestations de manière anticipée ? Est-ce que vous avez anticipé des projets d'action ? Est-ce qu'il y a aujourd'hui des enquêtes ouvertes pour certains qui projetteraient à la fin du mois de s'en prendre aux communautés juives ?
Non, il y a les services de renseignement et de l'antiterrorisme qui travaillent sur ces sujets. Non, on n'a pas de menaces connues, il n'y a pas de projets, mais on a un gros dispositif de sécurisation. Et comme à chaque fois pour les fêtes religieuses, le ministre d'État adressera des instructions de vigilance à l'ensemble des préfets de France. On restera évidemment, et malheureusement, toujours très vigilants sur les intérêts juifs. Malheureusement, parce que c'est quand même de plus en plus compliqué pour nos compatriotes juifs, compte tenu des menaces et des actes antisémites qu'ils subissent au quotidien.
Merci Laurent Nunez d'avoir été mon invité ce matin. Préfet de police de Paris, on a bien compris que vous promettez une réponse extrêmement ferme au mouvement Bloquons-Tout. Et dès cette nuit, vous le dites, vous serez sur le pied de guerre pour pouvoir réagir en cas de blocage. Il est 8h52 sur RMC et BFM TV.
Laurent Nuñez