Mort d'Elias, justice des mineurs, prisons... L'interview de Gérald Darmanin en intégralité
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Gérald de Darmanin. Bonjour. Merci de répondre à mes questions ce matin. Vous êtes le ministre de la Justice. Vous écrivez aujourd'hui aux députés, aux syndicats, aux chefs de parti pour les consulter sur votre révolution pénale. Une grande réforme de la justice qui pourrait donc être discutée dès septembre avec notamment la simplification des peines, la suppression des aménagements de peines obligatoires, la fin du sursis, les peines minimales. Vous appelez donc à cette révolution et on va y revenir dans un instant. Mais vous avez sans doute entendu les propos de la mère d'Elias, Stéphanie, qui était à ce micro mardi matin.
La mort d'Elias aurait-elle pu être évitée ?
En tout cas, tout n'a pas été fait, de ce que j'en sais, pour que notre code des mineurs, notre code pénal, notre fonctionnement de la justice et de la police puissent garantir la sécurité la plus importante. Elle n'est jamais totale à tous les parents de France. J'ai reçu la maman et le papa d'Elias. Je les ai trouvés d'une très grande dignité. Ils veulent connaître ce qui s'est passé, les dysfonctionnements. Pour la première fois dans une affaire en cours, j'ai demandé à l'inspection de la justice de pouvoir, c'était sa demande à la maman d'Elias, rendre des conclusions publiques sur ce qui s'est passé. Ça arrivera au mois de septembre.
J'ai accédé à sa demande tout à fait légitime et comprendre que les deux personnes, les deux gamins, les deux assassins de son enfant, qui étaient déjà connus six fois et douze fois.
On va y revenir parce que c'est précisément de ça qu'il s'agit. Est-ce que vous utiliseriez, vous venez de le dire dans les propos de la mère d'Elias, dysfonctionnements ? Est-ce qu'il y a des dysfonctionnements ?
Il y en a notamment un qui m'a beaucoup choqué. C'est le fait que ces deux assassins potentiels, ces deux gamins qui étaient déjà très connus de service de police, n'avaient pas le droit de se rencontrer. C'était la mesure d'assistance éducative qui était prononcée. Et ils étaient ensemble. D'abord, ils n'habitaient pas très loin de l'autre, mais surtout, ils étaient ensemble. Et si jamais un policier les avait rencontrés avant qu'ils rencontrent Elias, il ne se serait rien passé. C'est-à-dire qu'on aurait constaté qu'ils avaient... Mais je vais vous dire, ça a été le cas.
Ça a été le cas. Ils ont été rencontrés. Ils n'ont été rencontrés pas une fois, pas deux fois. Ils ont été rencontrés toutes les semaines.
Non, mais par ailleurs, il y a d'autres dysfonctionnements. Par exemple, cette mesure prononcée par la justice n'était pas dans la connaissance des policiers, dans ce qu'on appelle le FPR, le fichier des personnes recherchées. Donc, quand même, il y aurait eu un contrôle, il n'est pas certain que les policiers ou les gendarmes auraient constaté qu'ils violaient leurs mesures d'assistance éducative. Mais imaginons que le policier le connaisse, et il aurait rencontré ces deux gamins, il aurait dit, mais vous n'avez pas le droit d'être ensemble. Eh bien, il n'y a pas de sanction qui est prévue aujourd'hui, dans le Code des mineurs, quand on viole sa mesure d'assistance éducative.
Genre, tu n'as pas le droit d'être avec ton copain avec qui tu as déjà fait des cas de sang.
Donc, en fait, tu n'as pas le droit, mais en fait, si tu le fais, il ne t'arrivera rien.
Eh bien, en fait, c'est une mesure prononcée par l'autorité, nous, l'État, la justice. Et puis, il n'y a pas de conséquence quand on viole cette autorité. On a des enfants, beaucoup d'entre nous, quel que soit leur âge, si on leur dit quelque chose et qu'ils ne le font pas, et qu'il ne se passe rien, nous ne faisons pas une bonne éducation. Moi, je suis favorable à ce que ce soit l'éducation avant la répression pour les mineurs. Chacun le comprend. Un mineur n'est pas un majeur. Mais lorsque les mesures d'éducation sont violées et qu'il n'y a aucune conséquence par la justice, évidemment, tout ça est incompréhensible et ça crée les drames que connaît terriblement les parents d'Elias.
La question de l'application, la question des conséquences, souvent... Alors, je voudrais juste vous dire que ça, ça a déjà été corrigé quelques jours après la mort terrible d'Elias. Dans la loi que portait Gabriel Attal, je l'ai fait modifier... Sur la justice des mineurs. Exactement. Alors, j'ai mis beaucoup d'autres mesures qui rajoutent les très bonnes mesures de Gabriel Attal, notamment la mesure de... Si on viole la mesure des sciences éducatives, alors il y a sanctions, évidemment. Un couvre-feu juste après les cours généralisés, comme en Espagne, et bien d'autres mesures, comme la comparution immédiate des mineurs.
Donc, il y a la question de l'application et il y a la question de la lucidité. Quand, effectivement, la maman d'Elias regarde ce pédigré, ces 15 comparutions, ces 15 faits minimums pour chacun des deux jeunes qui étaient connus depuis 2021, la mort d'Elias, c'est 2024. Ils étaient même tellement connus de la police que quand nos méshommes ont vu Elias à terre, ils ont immédiatement pensé à eux. Ça, c'est ce que dit Laurent Nunez. Et à cela, on lui répond qu'il y a un manque de moyens. Écoutez la mère d'Elias.
Lorsque nous sommes avec nos avocats et que nous voyons successivement tous les délits, tous les vols avec violence réitérés depuis 2021, et qu'en 2023 et 2024, la décision des juges des affaires familiales est une mesure de non-regroupement. Alors que, tout simplement, si vous prenez un téléphone, une carte, vous notez leurs adresses, ils habitent. L'adresse n'est pas la même, mais ils habitent dans la même résidence. Les juges nous expliquent en permanence qu'ils n'ont pas de moyens lorsqu'ils prennent cette décision. Ce n'est pas un manque de moyens, c'est un manque de lucidité.
En fait, l'interdiction est absurde, puisqu'effectivement, ils habitent quasiment côte à côte dans la même résidence. Mais en plus, vous nous dites ce matin qu'elles n'étaient de toute façon sans aucune conséquence et même pas appliquées. En fait, il n'y a rien qui va.
Il y a beaucoup de jeunes qui sont sauvés grâce au travail de l'État, des magistrats, des agents de la PJJ. Ils étaient suivis par la PJJ. Oui, et d'ailleurs, la PJJ avait fait des rapports qui étaient tout à fait conformes à la dangerosité.
Mais à quoi ça sert des rapports si rien ne se passe ?
On verra ce que dira l'inspection. Mais manifestement, la PJJ a très bien fait son travail. Ce qui est sûr, c'est que lorsqu'elle a mort d'un enfant et on est père et mère de famille, c'est un drame. Et dans le cas d'Elias, la société, l'autorité de l'État doit se remettre en cause. Moi, je ne suis pas de ceux qui disent « Circuler, il n'y a rien à voir ». Je suis pour les peines minimales, même pour les mineurs. Et dans ce cas précis, puisqu'ils ont été connus 12 et 6 fois, 12 et 6 fois sans être jugés, je pense qu'une peine minimale aurait été intéressante pour l'éducation, parce que la répression, c'est aussi une forme d'éducation.
La deuxième des choses, c'est qu'il y a manifestement un manque de bon sens. On verra ce que dira exactement le rapport d'inspection. Mais ce que nous explique la maman d'Elias tombe sous le coup du bon sens. Mais il y a aussi un manque de moyens. Et je l'ai dit à la maman d'Elias, un juge pour enfant, il n'y en a pas beaucoup en France, et il a à peu près 450 dossiers par juge. Donc il essaye de prioriser. Et dans les 450 dossiers, parfois, on se trompe. Parfois, on n'a pas assez d'éléments. Parfois, on termine à 22h, 23h, et on a commencé très tôt le lendemain matin. Et on n'a pas les moyens de pouvoir juger, jauger, d'avoir toutes les informations.
Donc il faut absolument augmenter aussi le nombre de magistrats. C'est ce que j'ai fait. Arrivant, place Vendôme, j'ai dit qu'il y avait deux priorités, la lutte contre la drogue et la protection des mineurs. J'ai augmenté de 50 le nombre de juges pour enfants, et je ferai la prochaine une augmentation similaire. Il faut aussi augmenter le nombre de magistrats pour enfants. Il y a 12 000 gamins qui sont suivis, qui sont suivis parce qu'ils sont des mineurs potentiellement délinquants. Et il n'y en a que 600 à 700 qui sont soit dans les prisons pour mineurs, soit dans des centres éducatifs fermés.
Nous voyons bien qu'il y a une différence extrêmement importante entre les gamins qui sont très accompagnés par la justice et puis ceux qui sont à l'extérieur dans des familles totalement décomposées. Ce n'est pas une excuse. Il faut que nous soyons extrêmement réactifs, beaucoup plus fermes. La maman d'Elias a raison de le dire. Mais les magistrats pour enfants, pour une très grande partie d'entre eux, font un travail absolument formidable.
Il y a la question du bon sens, il y a la question de la fermeté, de la sanction et de l'application réelle. Et puis il y a la question de la récidive. Hier matin, je recevais François Mollins, ancien procureur de la République, près de la Cour de cassation. Et il a avoué dans une forme de désarroi, en tout cas c'est ce que ça m'a laissé comme impression, une forme d'impuissance face à la question de la récidive. Écoutez.
On ne sait pas prévenir dans notre pays la réitération et la récidive. Et même en envoyant des gens en prison... Enfin pardon, mais quand on reprend les faits... On est unique dans un pays dans lequel vous avez 30% des sortants de prison qui réitèrent la première année. Est-ce que c'est... Et 60% dans les 5 ans.
On ne sait pas faire. Le taux de réitération observé dans les 5 années de la première condamnation est supérieur à 50% pour les mineurs, primo délinquants.
Et c'est 70% sans doute pour les gens qui sortent de prison et qui sont majeurs. Donc oui, c'est un échec, je l'ai dit quasiment, dès mon arrivée placement d'hommes. Et du coup, je propose de changer, c'est ça la révolution pénale, changer la façon de faire. Au lieu d'être très dur, parce que la justice peut être très dure, avec des gens qui sont multirécidivistes et les envoyés en prison quand on les connaît depuis 5 fois, 10 fois, 15 fois, il faut être très dur au premier fait. C'est pour ça que je veux mettre en place une peine minimale. Une partie des magistrats, des syndicats de magistrats sont contre. J'ai entendu les expressions, d'ailleurs, de M. Molins.
M. Molins est totalement contre en effet la peine minimale. Il estime que ça va contre l'individualisation de la peine.
Alors c'est tout à fait faux parce qu'il y a une peine maximale dans le code pénal. On est condamné à jusqu'à 50 prisons et 75 000 euros d'amende, par exemple. Il n'est pas anormal d'avoir une peine minimale. Et entre-temps, entre la peine minimale et la peine maximale, le magistrat sera libre d'individualiser la peine. Mais comme les peines de plancher à l'époque étaient tout à fait constitutionnelles, même si je ne les reprends pas puisqu'elles ne touchaient que les récidivistes. Moi, je propose de toucher au premier fait. Mais vous voyez, il y a une sorte d'incohérence à dire qu'on est totalement incompétent manifestement pour lutter contre la récidive. Et ce constat est tout à fait vrai.
Il devrait nous interpeller. Et puis dire qu'il ne faut rien faire. Voilà. Donc moi, je suis là pour faire des choses. Les magistrats, ils appliquent loyalement la loi. Si la loi change, je n'ai aucun doute qu'ils appliqueront loyalement la loi. Donc ce que je propose, partant de ce constat, je ne reste pas les bras ballants en me disant « Ben voilà, on ne peut rien faire ». Je suis ministre de la Justice. Je propose la Révolution qui consiste à taper très fort dès les premiers faits. Mais chacun le sait aussi que les gens qui sont délinquants ou criminels importants ont commencé par des petits faits.
Et comme on ne les a pas arrêtés, puisque ni la police, ni la justice, ni les parents, ni l'autorité, ni l'école m'ont dit « Bon, maintenant, ça suffit, stop. Et tu seras sanctionné. » Ils ont fait des mauvaises fréquentations. Ils ont fait des faits un peu plus graves, puis un peu plus graves, puis un peu plus graves. Et quand ils sont très récidivistes, là, on les condamne et on les envoie en prison. En prison, ils font quelques années de prison. Ils sortent et qu'est-ce qu'ils font ? Ben, ils récidivent parce qu'ils sont désocialisés.
En fait, vous voulez inverser ce qui existe actuellement.
Exactement. Je veux faire l'inverse de ce qui existe actuellement qui ne marche pas. Dès le premier fait, une peine minimale, évidemment, la personne est reconnue coupable, bien sûr. Dès les premiers faits, dans les infractions comme les rodéos urbains, comme les vols de véhicules, comme les vols de portefeuille, comme les agressions physiques les plus lambda que les Français, malheureusement, connaissent, les ports d'armes comme les ports de couteau, par exemple, dès les premiers faits, il faut condamner fortement. Ce n'est pas forcément et systématiquement la prison. La peine minimale, c'est une peine. Ce n'est pas forcément et systématiquement la prison. Mais ça peut être aussi la prison.
Ça peut être des peines de 15 jours, de 3 semaines, d'un mois, de quelques jours même. Aujourd'hui, c'est totalement interdit par notre code pénal.
Aujourd'hui, si vous n'êtes pas condamné à un an, vous n'y allez pas. Et encore plus d'un an,
vous n'y allez pas systématiquement. On a un système un peu absurde où la personne arrive dans le tribunal, le juge dit vous êtes condamné à 9 mois de prison, le type se retourne vers son avocat, il dit je vais en prison et l'avocat dit non, non, pas du tout. Le mot c'est absurde. Donc ma maman qui est à la voie du Nord, elle ne comprend pas. Elle ne comprend pas pourquoi la personne qui a fait un méfait dans la rue, il est condamné à 9 mois de prison, elle le voit le lendemain matin dans les rues de Tourcoing. Elle ne comprend pas et elle a raison de ne pas comprendre. Donc si on est condamné en France à 6 mois de prison, on doit aller 6 mois en prison.
Gérald de Darmanin, le mot absurde que vous venez de dire, c'est le mot qui moi me frappe depuis le début de cette semaine, depuis que j'ai écouté la maman d'Elias. Absurde. On a l'impression d'un décalage entre des théories, mais ça fait combien de temps qu'on est dans cette logique où on vous dit que vous allez en prison ou n'y allez pas ?
Ça fait longtemps puisque des gouvernements de droite et de gauche ont mis ça en place jusqu'à la majorité actuelle. Moi, j'ai souvent combattu. Pourquoi ils l'ont essayé de le faire, les ministres de la justice précédents, on peut les comprendre. Ils ont essayé de dire que la prison n'est pas un endroit très sympathique, c'est moins qu'on puisse dire, ce n'est pas le Club Med. Ça, c'est tout à fait vrai. C'est très dur, la prison. Et donc, plutôt que d'envoyer les gens en prison à moins d'un an de prison, on va faire des aménagements de peine.
Le travail d'intérêt général, et qu'il voit parfois 10 fois, 15 fois, 20 fois une personne qui roule bourrée au banc de son véhicule, au bout d'un moment, il met une peine très importante, par exemple, un an et demi de prison, pour être certain qu'il y aille. Du coup, les mesures plus, je ne dirais pas laxistes, mais plus modérées de dire que tout le monde ne doit pas aller en prison parce que c'est très très mauvais, la prison, en fait, on conduit à avoir beaucoup plus de gens en prison. C'est quoi ?
C'est de l'idéologie ?
Non, je ne pense pas. Je pense qu'ils ont essayé quelque chose qui n'a pas marché. Donc, il faut juste changer ce qui n'est pas marché. Pourquoi je vous dis ça ?
Pourquoi je vous dis ça, Gérard Génard-Maman ?
Je vous dis ça parce que dans la surpopulation pénale que dénonce une partie d'ailleurs des syndicats de magistrats, et ils ont raison, il y a 82 000 détenus pour 60 000 places, c'est scandaleux, une grande partie de cette surpopulation est due aux peines plus importantes que prononcent les magistrats. Il y a le même nombre de gens qui rentrent chacun en prison depuis la manuillée de naissance, 1982. Mais il y a beaucoup plus de gens qui restent longtemps en prison parce que notre système est fait de telle sorte complexe et absurde de recommencer.
Est-ce que vous êtes vraiment d'accord, vous et les juges ? Vous dites notamment cette phrase de la prison ferme réellement effectuée, parfois dès les premiers délits. La procureure de la République de Paris, Laure Bécuot, que je recevais ici même vendredi dernier, elle, elle dit il ne faut plus penser la prison comme la peine de référence pour la petite délinquance. Est-ce que le problème, il n'est pas celui-là ?
Non, mais moi, je n'ai pas à être d'accord avec les juges. Moi, je fais de la politique. J'ai été élu... Enfin, les juges,
ils ont quand même besoin d'être d'accord avec vous, non ?
Les juges, les magistrats, qui sont des gens formidables et dont l'indépendance est garantie par la Constitution et dont je suis le garant, appliquent loyalement la loi. Ils ont le droit d'avoir des opinions personnelles, je les respecte fortement. Mme Brugère, que vous allez recevoir dans quelques instants, ne pense pas pareil. Je pense que M. Molins, par exemple. Et c'est normal et c'est logique. Mais moi, je fais de la politique. J'ai été élu par la population à plusieurs reprises. Le jour où je suis battu, je resterai chez moi et je ne donnerai plus mon avis. Mais pour l'instant, les gens de Tourcouin me font confiance et m'élise.
Je suis là pour modifier, pour proposer des modifications de la loi. Je ne suis pas seul. J'ai l'Assemblée nationale et le Sénat. Je vais voir s'ils me suivent. Si l'Assemblée nationale et le Sénat modifient la loi comme je la propose, les magistrats, ils feront ce que la Constitution leur demande de faire. Ils appliqueront la loi, loyalement. Les juges, ils appliquent la loi. Ils sont la bouche de la loi. Donc après, chacun peut avoir son avis personnel. Moi, je pense que lorsque les gens commettent des actes de délinquance, ils doivent aller en prison et les magistrats considèrent qu'ils sont dangereux pour l'extérieur de la société.
La prison, c'est pour les dangereux ?
Alors, je pense que nous devrions d'abord catégoriser les personnes, ce que nous ne faisons pas. Par exemple, dans les prisons françaises, il y a 50% de gens qui sont là pour violences aux personnes et il y a 50% de gens, je caricature, qui sont là pour les violences aux biens. Bon. Et il y a des gens qui font des violences aux personnes qui sont dehors. On l'a vu notamment lors des manifestations qui sont très mal passées dans le public à la soirée de la finale du PSG. Moi, je peux comprendre le magistrat qui dit « Mais attendez, il y a déjà trop de monde en place de prison, je ne vais pas envoyer des gens » alors qu'il y a déjà cette population carcérale.
Peut-être que nous pourrions modifier les choses. Ceux qui doivent aller en prison en premier lieu, c'est des violences aux personnes quand on s'attaque à une femme, à un policier, à un juge, à un douanier, à son professeur. On doit aller en prison. Quand on fait des violences physiques, on doit être privé de sa liberté dans la société. Ça veut dire,
quand je vous écoute, que tous ceux qui étaient effectivement dans ces violences urbaines, physiques, des soirs du PSG doivent aller en prison.
Moi, je pense que les violences physiques, je pense que quand on s'attaque à un policier, physiquement...
Mais vous l'avez vu, il n'y en a quasiment aucun qui vont y aller.
C'est pour ça que je vous propose la modification de la loi. Dès mon arrivée place Vendôme, j'ai pris une circulaire de politique pénale. J'ai demandé au procureur de la République. Elle est connue, cette circulaire, je l'ai rendue publique. Elle fait trois pages. C'est moi qui l'ai écrit tout seul, quasiment. En français, je crois, de bon sens, c'est correct. Je leur dis, je vous demande de prendre des réquisitions de prison ferme pour les personnes qui font violence contre les personnes et pour les trafics de drogue. Voilà, ça, c'est mes deux priorités de politique pénale. Violence contre les personnes et trafic de drogue.
Après, le parquet fait son travail et puis il y a le siège qui, librement, étant en toute indépendance, décide. Mais il décide selon quoi ? Selon la loi. La loi, aujourd'hui, ne dit pas ce que je vous dis. Donc nous allons modifier la loi. Je vais proposer de modifier la loi pour que toute personne qui attaque une autre personne, et encore plus quand on s'attaque à un policier, à un enfant, à un professeur, à un médecin, on aille en prison, même quelques semaines. Alors aujourd'hui, la loi, c'est vrai, empêche le magistrat de le faire. Donc nous allons modifier la loi.
A changer. Dans tout ça, vous voulez être président ?
C'est-à-dire ?
C'est-à-dire que vous voulez être président de la République. Vous commencez, vous avez lancé hier la courbe.
Je veux influencer le cours de la vie de mon pays, bien sûr, sinon je ne ferais pas de politique.
Est-ce que c'est le moment, alors que vous êtes ministre de la Justice, de vous lancer, notamment hier soir, c'était sur la question des retraites, sur la manière dont il fallait peut-être mettre en place un fonds de capitalisation ? Est-ce que c'est possible de faire ça en même temps ?
Ah bah évidemment, puisque là nous nous nous battons pour avoir des crédits budgétaires pour la justice. C'est à peine 11 milliards d'euros.
C'est un problème d'ailleurs.
Oui, c'est pour ça que je me bats et je sais qu'Amini de Montchalin m'écoutera et respectera à l'euro près la loi de programmation de la justice. D'ailleurs, je veux dire aux magistrats, aux agents de la PJ, aux agents de la pénitentiaire que j'ai obtenu un immense budget supplémentaire par rapport à mon prédécesseur Didier Migaud et j'espère que nous respecterons à l'euro près les centaines d'emplois supplémentaires qu'avait prévus Eric Dupond-Moretti. Mais par ailleurs, si on veut financer ce budget de la justice, le budget de l'éducation nationale, le budget de la défense, il faut que nous fassions des efforts sur le budget social.
Qu'est-ce que vous auriez de plus que Bruno Retailleau ou Edouard Philippe ?
Mais ce n'est pas comme ça qu'il faut voir les choses. Pour l'instant, c'est les idées qui comptent. Non, le concours de beauté est assez peu intéressant. Bien sûr, il y a des gens qui me trouvent plus sympathiques, répondent au sondage avec qui voulaient prendre une vie ou partir au camping.
Mais dites-nous, pourquoi vous ?
D'abord, je ne suis pas candidat en tant que tel. Je propose des idées. Je constate que les idées que je propose ne sont pas toujours reprises par d'autres. La révolution pénale que je propose n'est pour l'instant pas reprise par d'autres. Le fait de dire « je pense qu'il ne faut pas toucher les 64 ans pour partir hors retraite, mais on ne doit pas modifier non plus les 64 ans », moi, je ne suis pas pour aller au-delà de 64 ans de retraite parce que les gens qui travaillent sont parfois très abîmés par la vie. Les femmes de ménage, les agents de sécurité privés, les gens qui travaillent dans la restauration, dans le BTP, c'est très dur pour eux.
Par contre, il ne faut pas travailler plus pour les Français. Ils travaillent déjà beaucoup, les Français. Il faut travailler tous. Il y a plein de gens qui ne bossent pas. Il faut les forcer à aller travailler. C'est pour ça que personnellement, plutôt que de repousser l'âge de la retraite, je ferai une grande réforme de l'assurance chômage. Aujourd'hui, c'est 18 mois d'indemnisation qu'on est au chômage.
Vous voulez réduire à 6 mois ?
Entre 6 et 9 mois.
Et après, c'est fini ?
Dans le Nord, il y a 48 heures, un restaurateur me dit « Vous savez, le soir, monsieur le maire, je fermais à l'époque que vous n'étiez pas encore maire parce qu'il n'y avait pas assez de clients. Maintenant, je ferme parce que je n'ai pas assez de serveurs. Qu'est-ce que je peux répondre à ce monsieur ? Si ce n'est de dire « Il y a en même temps du chômage dans ma commune. » Il faut que ces gens aillent travailler. Donc, il faut forcer les gens à aller travailler. Donc, les Français, on ne va pas leur dire « Chaque année, vous devez travailler plus longtemps en retraite. » 64 ans, c'est très bien. Il ne faut pas revenir en arrière. Il faut dire à tout le monde de travailler.
Donc, vous mettez vos idées sur la table. Bruno Retailleau, Edouard Philippe font pareil. Et à la fin, comment on tranche ?
On verra bien. C'est dans deux ans.
Enfin, ce n'est pas dans deux ans. Le moment où on tranche, c'est avant.
Non, c'est dans deux ans. Deux ans, en 1995, quand j'étais plus petit, c'était Balladur qui devait gagner. Ça a été Jacques Chirac. Deux ans avant 2002, c'était Lionel Jospin. Ça a été Jacques Chirac. Deux ans avant 2007, Dominique de Villepin taillé des croupières à Nicolas Sarkozy. Deux ans avant 2012, tout le monde disait que c'était M. Strauss-Kahn qui serait élu. Bon, donc, aujourd'hui, on doit travailler pour la France. Pour ça que je remercie sous l'autorité du président du Premier ministre de faire des choses concrètes, notamment la matière pénale. Les prisons de haute sécurité pour narcotrafiquants, dans un mois, elles existent.
Et puis, bien sûr, donner son avis sur tous les autres sujets, parce que je fais de la politique. Et après, les Français trancheront naturellement et on se mettra tous derrière celle ou celui qui pourra gagner et j'espère changer notre pays.
Merci Gérald de Darmanin d'avoir répondu à mes questions ce matin. Merci à vous. Ministre de la Justice, il est 8h52 sur RMC BFM TV.
Gérald Darmanin