Face aux experts du mercredi 4 décembre 2024
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Place à notre invité à présent, Jérôme Gatch. Bonjour à vous, re-bonjour. Vous êtes député socialiste de l'Essonne. Vous serez évidemment comme beaucoup de députés à l'Assemblée nationale cet après-midi. Qu'est-ce que vous allez voter ? La censure ?
Oui, je vais voter la censure parce qu'elle a été rendue inéluctable par le comportement absolument incompréhensible de Michel Barnier. Il a organisé lui-même sa propre censure. Rendez-vous compte, il est arrivé Premier ministre en disant « mon budget est perfectible » et donc il va falloir trouver des compromis. On parle tout à l'heure du budget de la Sécurité sociale. Il s'avère que j'étais le chef de file socialiste sur ce budget de la Sécurité sociale.
Et je vous le redis, à aucun moment, ce qui est assez inédit parce que les années précédentes, à aucun moment l'exécutif, un ministre, un conseiller ministériel, le Premier ministre, s'il veut vraiment marquer ses égards, n'a pris contact avec le chef de file que je suis pour essayer de regarder dans quelles conditions ce budget pouvait être soutenable. Et jusqu'au bout, nous avons été force de propositions de compromis. Mercredi dernier, il y avait la fameuse commission mixte paritaire qui a duré près de 8 heures.
Moi, je suis rentré dans cette commission mixte paritaire, 7 députés, 7 sénateurs, avec des propositions de compromis qui n'étaient pas celles que nous avions défendues dans l'hémicycle. On a divisé par deux les demandes que nous défendions. Donc, on a fait des pas. Et en face de nous, on a un Premier ministre qui, depuis le début de cette séquence, a été accaparé d'abord dans une négociation avec son propre socle commun, qui, il faut le dire, lui a quand même savonné la planche, Gabriel Attal le premier, torpillant certaines des mesures qui figuraient dans ce budget. C'était assez paradoxal.
C'est nous qui les soutions, les mesures pour dégager des ressources en revenant, par exemple, sur les exonérations de cotisations patronales. Et puis après, il a été tenté, et plus que tenté, de négocier uniquement avec le Rassemblement National et de mettre en sèche un dialogue uniquement avec le Rassemblement National. C'est pas ça l'esprit du Front Républicain, d'ailleurs, du 7 juillet, ni même de la fameuse méthode Barnier qu'on nous avait promis. Et oui, je voterais la censure aussi. D'abord et avant tout, pour empêcher ce mauvais budget de la sécurité sociale, parce que pour nos concitoyens... C'est pas qu'un problème de méthode.
Non, il y a aussi le fond, c'est que le résultat, c'est... Si on vote pas cette censure, parce que je connais les arguments que vous allez mettre sur la table légitimement, en disant, mais alors, vous votez la censure avec les uns, avec les autres... D'abord et avant tout, c'est le seul moyen que nous avons pour empêcher l'entrée en vigueur de ce budget. Si on vote pas la censure, ça veut dire qu'on valide ce budget, qu'il a refusé de négocier avec nous, et qui en plus est mauvais, pour les assurés sociaux qui vont voir leur déremboursement augmenter, pour les hôpitaux qui vont pas avoir de moyens supplémentaires.
Mais aussi important qu'il soit le budget de la sécurité sociale, évidemment, c'est très important dans la vie de la nation, dans la vie même des Français, mais on va beaucoup plus loin que ça aujourd'hui. C'est-à-dire qu'on est à la veille, enfin, on est le jour d'un possible séisme politique. Est-ce que c'est pas finalement tout se perdant dans l'histoire ? C'est-à-dire que les Français vous ont vu vous écharper à l'Assemblée nationale, chercher des solutions sur un budget dont on ne savait qu'il ne serait pas voté à la fin, ou qu'il serait rejeté via un 49.3 ?
Est-ce qu'il n'y a pas eu une démocratie virtuelle à l'Assemblée, en sachant que de toute façon, dès le départ, la situation était viciée et bloquée ?
La situation était viciée et bloquée dès l'instant où le Premier ministre refusait de mettre en oeuvre ce que lui-même avait annoncé, à savoir mon budget est perfectible, et je suis prêt à construire des compromis avec les uns et les autres.
Mais la gauche est allée très loin aussi dans les propositions qui ont pu irriter l'opinion publique, d'ailleurs.
D'abord, on fait voter des propositions dans l'Assemblée nationale, par exemple des propositions de recettes pour financer la sécurité sociale. Elles sont votées. Ça veut donc dire qu'en face, il y a des gens qui ne s'y ont pas opposé. Il y a eu une démobilisation du socle commun. Moi, j'étais dans l'hémicycle pendant les 15 jours de débat. Je me tournais du côté du groupe d'ensemble pour la République. S'ils étaient une dizaine pendant la durée de ces débats, c'était un grand maximum. Donc ça veut dire qu'eux-mêmes ont lâché l'affaire d'une certaine manière. Ils ont provoqué la chute ?
Vous croyez qu'ils ont...
Écoutez, moi je ne peux pas m'empêcher de penser que derrière tout ça, il y a une forme de cours de récré, et de faire payer à Michel Barnier son arrivée dans ces conditions, le fait qu'il ne pouvait s'appuyer que sur les 47 députés du groupe LR, et que la Macronie... Ils n'étaient pas de la famille, quoi. Ils n'étaient pas de la famille. Je vais vous dire, ce à quoi on s'est heurtés, vous parliez de tous perdants. On ne peut pas, d'un côté, et moi je l'ai toujours dit, dire que pour la gauche, c'est tout le programme, rien que le programme, on n'a pas gagné les élections.
Mais en face, on ne peut pas avoir des interlocuteurs qui nous disent que c'est tout le bilan, rien que le bilan d'Emmanuel Macron. Aucune remise en question. Le compromis, c'était de dire, ça ne peut pas être tout le programme, rien que le programme de la gauche. Les propositions que nous avons faites, elles cherchaient à construire le compromis, mais en face, on a des gens qui nous disaient, ah non, on ne touche pas au bilan d'Emmanuel Macron, qui pourtant a été sanctionné par les urnes. Ils ne voulaient pas qu'on touche à la politique de l'offre.
Ils ne voulaient pas qu'on dégage des ressources nouvelles pour financer les services publics, et les ressources que nous proposions de mettre sur la table, elles essayaient de cibler, soit certaines catégories de ménages les plus aisées, soit certaines catégories d'entreprises, et de ne pas toucher ni au pouvoir d'achat des Français, ni au soutien aux entreprises.
Gabriel Attal, qui appelle tous les partis républicains, donc hors LFI et hors RN, à trouver un compromis. Est-ce que vous avez envie de répondre à cet appel aujourd'hui ?
C'est quand même, c'est l'hôpital qui se moque de la charité. Je veux dire, dès le mois d'août, dès le mois d'août, mon président de groupe, Boris Vallaud, avec Patrick Caner, le président du groupe socialiste au Sénat, s'est adressé à tous les présidents de groupe de l'arc républicain, en leur disant, on va rentrer dans cette séquence-là, essayons de trouver des sujets pour organiser le compromis. Et fin de non recevoir, au nom du principe que je viens d'écrire, en disant, ben non, on ne touche pas à ce qu'a été le bilan d'Emmanuel Macron. C'est pas parce que ça a été tenté,
que ça a raté, qu'il ne faut pas le refaire.
Non, mais c'est pour ça que... Pour sortir le pays de l'impasse. Je suis responsable, et avec beaucoup d'humidité, c'est exactement la méthode qu'on propose pour le prochain gouvernement. Quel qu'il soit le prochain gouvernement, il devra ne pas reproduire les erreurs de Michel Barnier. Voilà, parce que vous savez quoi ? Il y a une seule chose qui va être stable dans la période, c'est que l'état de l'Assemblée nationale sera le même au moins jusqu'au 8 juillet de l'année prochaine. Voilà, donc de toute façon, il faudra faire avec cette Assemblée nationale. Jérôme Gage.
Et que chacun se sublime, se transcende, sorte de ses postures, et considère que l'intérêt général du pays, ce n'est pas la somme des intérêts particuliers de chacune des boutiques politiques. C'est dans cet état d'esprit que nous, on a abordé ce débat, qu'après cette censure inéluctable, il faudra travailler. Je vous ai dit quelque chose. On va y revenir, on va y revenir. Je préférais que ce soit un Premier ministre de gauche, évidemment. C'est la logique des élections du 7 juillet. Mais un Premier ministre...
Mais vous savez très bien, si un ministre LFI, il aura une censure immédiatement. On va y revenir. Juste quelques secondes de pause. On revient justement pour d'autres questions face à nos experts qui sont très bavards aujourd'hui. Vous restez avec nous. 8h44, de retour sur le plateau du 6-9 avec Jérôme Guège. Et cette question, est-ce que vous attendez, si jamais il y a censure aujourd'hui, à une démission d'Emmanuel Macron ? Est-ce que vous l'appelez de vos voeux ?
Non, nous n'appelons pas de nos voeux la démission d'Emmanuel Macron pour la simple raison, je l'évoquais avant la coupure, qu'il y aura la même Assemblée nationale derrière. Et donc, on ne va pas ajouter du chaos institutionnel à la crise politique. Donc, ce n'est pas, nous, l'objectif que nous poursuivons. Celui que nous défendons, c'est celui d'un gouvernement qui soit capable de diriger le pays. Et pour cela, ce gouvernement, il sera forcément minoritaire. Mais il ne pourra tenir que s'il répond aux aspirations majoritaires des Français.
Et donc, il faut partir de celle-ci, sur le pouvoir d'achat, les services publics, l'hôpital, le grand âge, une transition écologique qui n'est pas atteinte aux catégories populaires.
Vous savez bien que vous appelez de vos voeux un gouvernement de gauche, mais vous savez que si un ministre LFI, juste un seul ministre, c'est censure immédiate de la part du RN et du socle commun. Comment vous sortez de cette difficulté ?
J'avais entendu, dans l'été, Jean-Luc Mélenchon, lui-même évoquer la possibilité d'un soutien sans participation à un gouvernement. Donc, chacun devra prendre ses responsabilités.
Donc, c'est ça, votre schéma ?
Moi, vous savez quoi ? Je ne vais pas faire le casting, là, du gouvernement. Je vais mettre sur la table le cahier des charges pour que le pays puisse avoir un gouvernement. respecter le sens des élections. Il y a une préférence, je ne dis pas une majorité, qui a été donnée à la gauche le 7 juillet. Moi, je ne suis pas de ceux qui disent, à longueur de plateau, c'est tout le programme, rien que le programme, je l'ai dit tout à l'heure, ça, c'est assez irresponsable. On peut le faire. J'aurais préféré quand ? Si l'élection est gagnée, mais ce n'est pas le cas. Et ce qu'il faut respecter aussi, c'est qu'il y a eu un front républicain.
Et ni l'un ni l'autre n'ont été respectés, si je veux dire, par la nomination Michel Barnier.
Paradoxalement, le premier débat, c'est l'économie. Et c'est finalement là où vous êtes éloigné le plus du socle commun. La difficulté, c'est de faire la jonction sur les questions de budget. Oui, mais pour les raisons que j'évoquais tout à l'heure, sur les questions de budget,
de quoi on parle ? On parle de répondre à ces aspirations qui s'expriment dans le pays, c'est-à-dire maintenir des services publics de qualité sur le budget de la Sécu. Quelle était notre demande ? Notre demande, elle était de rajouter 3 milliards sur les 200 milliards du budget de l'assurance maladie, les 220 milliards pour l'hôpital. Pourquoi ? Parce que l'hôpital, il est à l'os. Les EHPAD, 85% d'entre eux, sont en déficit. Il y a un déficit des hôpitaux cumulés de 2 milliards d'euros, c'est-à-dire des lits qui continuent à fermer, des urgences qui continuent à être engorgées, un accès aux soins qui demeure très problématique. C'est ça dont on nous parle dans nos permanences d'élus.
Et donc cette demande-là...
On a multiplié les cas de désocialisation des revenus. Ça finance la protection sociale. Vous avez parfaitement répondu.
Vous savez, en face de cette demande, on proposait que l'ensemble des revenus contribue au financement de la protection sociale. Ce n'est pas moi qui le dis. En mai dernier, la Cour des comptes présente un rapport sur ce qu'on appelle les niches sociales, en disant qu'il y a trop de compléments de salaire qui ne financent pas la sécurité sociale. Les fameuses exonérations de cotisation patronale, qui étaient une bonne mesure proposée par Michel Barnier lui-même, elles sont passées de 40 milliards au début du quinquennat d'Emmanuel Macron, le premier, en 2017, à 80 milliards aujourd'hui. Quand on remet en question, en questionnant l'efficacité, on n'est pas déraisonnable.
Et à la place, plutôt que de mettre à contribution celle de ces entreprises qui bénéficient un peu dans un effet d'aubaine de ces exonérations, il a préféré quoi ? Soumettre à des remboursements l'ensemble des Français, c'est-à-dire concrètement la consultation chez le médecin ou les médicaments qui vont être moins remboursés. 50 centimes par boîte. Non, c'est probablement...
Ce n'est pas le bout du monde.
Non, mais... Oui, mais vous savez quoi ? C'est toujours plus simple de faire payer la grande masse des Français en leur disant que vous allez faire des...
Juste un chiffre que vous connaissez. Vous avez parlé des dépenses de la sécurité sociale. Les dépenses de santé en France, c'est 300 milliards. Il y a 220 qui sont remboursés par la sécurité sociale. Le reste, c'est du reste à charge ou c'est les mutuelles. On a une dépense de santé qui est croissante et c'est un phénomène qui est strictement français en Europe. Est-ce qu'à un moment, il ne faut pas mettre un terme à ce mythe de la gratuité en concernant les Français ? Peut-être par une petite contribution de 50 centimes. Ce n'est pas la mer à boire. Tout ça a déjà été introduit.
Ça s'appelle les franchises médicales que Nicolas Sarkozy avait mises en place et qui ont été doublées il y a deux ans par le gouvernement d'Elisabeth Borne. Et ce n'est pas ça qui régule les dépenses de santé sérieusement.
Jérôme Guel, vous avez utilisé l'expression tout à l'heure de bac à sable en parlant des disputes qu'il y avait effectivement au sein des groupes ou même entre groupes. Quand vous voyez ce qui se passe aujourd'hui en Chine, en Russie, en Ukraine, au Proche-Orient, l'arrivée de Trump, vous n'avez pas l'impression que le spectacle qu'on offre au reste du monde est peut-être un spectacle qui nous affaiblit nous-mêmes
sur la scène internationale ? Je me demande comme vous sur la faiblesse institutionnelle que la dissolution du 9 juin a introduit dans le débat politique et que la suite des erreurs commises par Michel Barnier a amplifié, évidemment. Moi, je suis un Français attaché au rayonnement du pays. Je suis un patriote. Et donc, je ne supporte pas, en effet, si la parole de la France est affaiblie dans la période.
Mais vous connaissez les discours de ces régimes autoritaires. C'est-à-dire que la démocratie, ça ne marche pas. Et vous êtes, en votant la censure, vous donnez un peu l'image d'un pays qui, effectivement, est paralysé.
Vous savez, là, vous participez à la cour de récré et au bac à sable en disant « C'est de ta faute, c'est de la sienne ». Bon, ce n'est pas sérieux. Moi, encore une fois, je ne peux pas faire mieux que de dire « Nous étions prêts à construire des compromis. Ils ont été refusés. » Et donc, maintenant, on se tourne vers l'avenir. Dans quelles conditions on va pouvoir construire ces compromis et faire en sorte que le pays tourne ? Voilà, c'est moi, c'est ma seule préoccupation dans le moment.
Merci beaucoup, Jérôme Gage. Je dois avoir été notre invité ce matin sur LCI dans le 6.9. Vous restez bien avec nous dans un instant. L'info en plus que nos experts ont vu et que vous n'avez certainement pas vu, c'est dans un instant. Au revoir tout de suite. Au revoir tout de suite. Au revoir tout de suite.
Au revoir tout de suite. Au revoir tout de suite. Au revoir tout de suite. Au revoir tout de suite. Au revoir tout de suite. Au revoir tout de suite. Au revoir tout de suite. Au revoir tout de suite. Au revoir tout de suite.
Jérôme Guedj