Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewCNEWS (sur YouTube)· 21 juillet 2026

La grande interview : Naïma Moutchou

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Et l'invité de la grande interview ce matin sur CNews et sur Europe 1, c'est en effet Naïma Moutchou. Bonjour, merci d'être avec nous, ministre des Outre-mer et soutien historique et indéfectible d'Edouard Philippe. Comment est-ce que vous arrivez à conjuguer le présent et le futur ?

Je suis pleinement à ma tâche comme ministre des Outre-mer, ce qui n'est pas incompatible avec l'idée qu'on puisse se projeter, qu'on puisse penser à demain, à dessiner un projet politique pour la suite. Vraiment, vous arrivez à être dans le continuum d'Emmanuel Macron, alors qu'Edouard Philippe, justement, tente à dire qu'il faut couper avec le passé. Non, mais la campagne présidentielle ne sera pas une histoire d'héritage politique, ça, je n'y crois pas.

Je pense qu'une présidentielle, ça reste quand même la rencontre de quelqu'un, un candidat avec les Français. Il a été Premier ministre. Sa vision, son cap, effectivement, il a été Premier ministre.

Il y a un bilan en premier ministre d'Emmanuel Macron. Tout à fait. Les 80 km heure, les gilets jaunes, la fermeture de Fessenheim, la dette, il en a contribué.

Absolument, il a baissé la dette en même temps qu'il n'a pas augmenté les impôts et le chômage a baissé. Donc, il y aura un bilan à défendre aussi en temps voulu. Mais Edouard Philippe, c'est aussi quelqu'un qui a son propre style, qui a son propre cap, qui a ses qualités, qui a aussi ses convictions.

Et parfois, quand il n'a pas été d'accord, il l'a dit. Et c'est là que ça se jouera aussi. Parce que moi, je crois à cette rencontre avec les Français, au projet et au programme en temps voulu.

Du coup, vous arrivez à regarder en Conseil des ministres le président de la République dans les yeux. Mais je n'ai aucune difficulté avec ça, parce que je ne suis pas de ceux qui renient, de ceux qui regarderaient le passé en disant « je n'ai pas participé ». Edouard Philippe non plus.

Ne renie pas. Il assumera ce qu'il a fait. Il assumera aussi ce qu'il n'a pas fait, parce qu'il y a beaucoup de désinformation dans l'action qui a été celle d'Edouard Philippe comme Premier ministre.

On reviendra sur un certain nombre de sujets. Vous voyez bien qu'il est lassi, parce qu'il est le candidat le mieux placé. Donc, il y a beaucoup, beaucoup de fake news autour de ce qu'il y a.

C'est Marine Le Pen, pour l'instant, qui est le mieux placé dans les sondages. Dans le bloc central. Je parle du candidat du bloc central.

Parler du bloc central. Absolument. Donc, tout ça, on le fera en temps voulu.

Ce qui compte aujourd'hui, c'est de dérouler le projet. C'est d'abord de dire qui nous sommes et où nous voulons amener les Français. C'est de dire qu'Edouard Philippe, c'est le candidat de la maîtrise de la dépense publique, la maîtrise de l'immigration, la maîtrise de la sécurité.

Et c'est aussi le candidat qui se projette pour traiter des sujets, des grands défis de demain. La transition écologique, l'intelligence artificielle, les outre-mer, qui sont un sujet important pour lui. C'est aussi ce candidat à la fois qui veut traiter l'urgence et l'avenir.

Alors, vous parlez du bloc central et effectivement, je ne sais pas si c'est un rival ou un compétiteur, mais à Gabriel Attal, comment est-ce qu'on fait pour les départager ? Il y a plusieurs candidats. Ce n'est pas quelque chose qui soit inédit dans l'histoire des campagnes présidentielles.

C'est plutôt sain d'ailleurs qu'il y ait des débats qui se forment parce qu'il y a des sensibilités différentes. Mais est-ce qu'il y a une sincérité dans la compétition ? Est-ce que vous diriez que c'est une compétition sincère ?

Oui, je le crois. Je le crois parce que chacun porte des convictions. Elles sont différentes.

Tout le monde ne parle pas du même endroit. On ne parle pas tous du même point de départ. Ça veut dire quoi, ça ?

Édouard Philippe, il est une histoire. Il vient de la droite républicaine. Ce qui n'est pas le cas de Gabriel Attal.

Bruno Retailleau, c'est encore autre chose. D'où il vient pour vous, Gabriel Attal ? Il est sur un périmètre un peu plus restreint.

Bruno Retailleau, il ne le cache pas. Il vient du Parti Socialiste d'abord. Il a rejoint Emmanuel Macron, dont lui aussi a été Premier ministre.

Il défend une ligne en même temps au sein de ce macronisme originel. Voilà, et ce n'est pas une critique, c'est un fait objectif. C'est factuel.

Et vous qui côtoyez...

C'est pas le cas d'Édouard Philippe, qui est un homme de droite, qui vient de la droite, et qui va défendre des valeurs qui sont des valeurs de droite. Et elles sont très claires. Le travail, le mérite, l'effort, la discipline, l'ordre, le retour à des comptes qui soient soutenables pour le pays.

Voilà, c'est autour de ça que se structure sa candidature. Mais vous qui côtoyez au moins autant Édouard Philippe que Sébastien Lecornu, ne sentez-vous pas un élan présidentiel chez le Premier ministre, justement ? C'est une petite musique qui monte.

Non, mais le Premier ministre, il est à la tâche. Et ce qu'il a réalisé au cours de ces derniers mois...

Vous aussi, ça n'empêche pas ? Peut-être que vous allez vous déclarer candidate à la présidentielle aussi. Non, non, alors non, je n'ai pas d'annonce.

Il y a suffisamment de candidats déjà sur le site. Non, je n'ai pas d'annonce à faire. Je n'ai jamais caché mes convictions politiques.

Je suis aussi une militante politique. Le Premier ministre est à la tâche. Ce qu'il a réalisé ces derniers mois, sur le plan des résultats, est au rendez-vous.

Il faut se rappeler la situation du mois d'octobre dernier. Il fallait faire voter un budget pour le pays. Il va falloir maintenant aussi.

Pour apporter de la stabilité, il l'a fait. Nous avons fait passer un certain nombre de réformes importantes jusqu'à encore cette nuit avec la loi agricole. Et donc, vous voyez, il est lui-même dans sa fonction pleinement.

Qu'est-ce qu'on fait ? On fait une primaire, cette fameuse primaire qui court sur toutes les lèvres ? C'est une primaire d'horizon jusqu'à reconquête ?

J'y suis défavorable. Je l'ai déjà dit. Je n'ai pas changé d'avis.

Je ne crois pas à la primaire. Je ne crois pas au spectacle que donne la primaire aux Français, qui est fait d'invectives et de ressentiments d'ailleurs à la fin. Ça n'a pas toujours produit les résultats escomptés par ailleurs.

Ça, l'histoire nous le montre. Ça n'a pas donné des candidats qui gagnaient la présidentielle. Je crois plutôt à une sélection naturelle.

Un peu comme Jean-Marc Larcher qui a fixé à peu près novembre la limite. Je crois à des ralliements autour d'Edouard Philippe. Autour d'Edouard Philippe.

Il reste en tête. C'est des ralliements, mais c'est Edouard Philippe qui lead. Parce que c'est sa force.

Sa force, c'est le rassemblement. Il est le candidat en capacité de rassembler autour de lui, parce qu'il incarne à la fois l'autorité et la stabilité. Toute chose que recherchent les Français qui en ont marre, des excès permanents.

Il est ce candidat du barycentre en quelque sorte. On parlait tout à l'heure de Marine Le Pen. Je disais qu'elle était devant dans tous les sondages.

On donne même Marine Le Pen gagnante au second tour face à Edouard Philippe. Sondage récent. Est-ce que vous mettez le RN et l'EFI dans le même sac ?

D'abord, ce sont des sondages. On est à neuf mois. C'est pour ça que j'ai précisé que c'était les derniers sondages.

Vous avez raison. Ce sont des sondages et nous nous sommes à la tâche. Nous irons porter le projet partout dans le pays.

Edouard Philippe continue à s'y donner. Vous ne répondez pas à ma question. Est-ce que vous mettez le RN et l'EFI dans le même sac ?

Dans le même sac. Est-ce que vous mettez sur la même étagère le RN et l'EFI ? Moi, je me battrai contre les extrêmes jusqu'au bout, je l'ai dit.

Je l'ai fait d'abord. Lorsque j'étais moi-même candidate aux législatives, j'ai toujours dit ni RN ni l'EFI, ni le Rassemblement national, ni la France. Problème s'il y a un second tour, RN et l'EFI.

Alors, je ne me place pas dans cette situation. Très bien. Ma réponse ne va pas se satisfaire, mais je ne peux pas me placer dans cette situation.

Je ne veux pas ça pour mon pays. Je ne veux pas la tenaille des extrêmes. Voilà pourquoi je ferai campagne, mais jusqu'au bout, jusqu'au dernier quart d'heure pour Edouard Philippe.

Donc, si ça arrive, je vous reposerai la question au moment où il y aura ce second tour, s'il y en a un comme ça. L'actualité ce matin, Naïma Mouchou, c'est Frontex, qui pointe du doigt des agissements de l'ONG Sea-Watch au large des côtes libyennes, des migrants directement transbordés des bateaux des passeurs sur le bateau de cette ONG. C'est la deuxième fois en une semaine.

Est-ce qu'il y a une collusion, je vais y arriver, entre les ONG et les passeurs ? Alors, c'est un sujet qui revient de manière récurrente. C'est possible, c'est possible.

Ce sont les enquêtes qui le détermineront. Ce qui montre bien qu'il faut reprendre la main, le contrôle sur les flux migratoires. C'est un des sujets majeurs.

Ce sera un sujet de débat, d'ailleurs, de la présidentielle. Il faut reprendre le contrôle des flux migratoires. Comment ?

Avec quoi ? Il faut le faire avec des mesures très précises. Le gouvernement en a les moyens, il en a la possibilité.

Je regarde, par exemple, ce qui se passe à Mayotte, comme ministre des Outre-mer. Vous savez, c'est un territoire particulier qui subit une pression migratoire hors normes. Avec les Comores ?

Non seulement les Comores, mais aussi les Africains des Grands Lacs. Il faut des moyens, d'abord des moyens matériels, humains, parce qu'il faut traiter les demandes d'asile très rapidement pour pouvoir délivrer des OQTF, pour pouvoir reconduire ceux qui n'ont pas vocation à rester dans les frontières. Il faut pouvoir échanger avec les pays partenaires et donc établir des conventions qui permettent d'obtenir des laissés-passés diplomatiques.

Il faut, il faut, il faut. Pourquoi est-ce qu'on ne le fait pas ? C'est ce qu'on est en train de faire.

C'est ce qu'on est en train de faire à Mayotte. On monte en puissance. Je peux vous dire que les forces de sécurité agissent quotidiennement pour interpeller des migrants, pour les ramener.

Nous sommes en lien, le Quai d'Orsay est en lien avec les pays tiers en question pour obtenir des laissés-passés diplomatiques. Il faut être dans l'action, peut-être dans les slogans. C'est l'axe à bloquer sur les visas de retour ?

C'est l'axe à bloquer justement ? Ça peut bloquer sur les visas de retour parce que c'est effectivement une question de rapport de force aussi, nous le savons bien. Qu'est-ce qu'on fait dans ces cas-là ?

On met la pression ? Bien sûr, on met la pression, on continue la discussion et on obtient des résultats. J'aurai l'occasion de me déplacer avec le ministre de l'Intérieur, c'était prévu, dans les semaines qui arrivent à Mayotte, justement pour montrer l'action de l'État au quotidien pour gérer ces flux migratoires.

Donc évidemment c'est possible. Je ne dis pas que c'est simple, personne ne dit d'ailleurs que c'est simple, mais je ne vous dis pas que tout est perdu non plus. Il y a des résultats qui se font et on doit continuer à être offensif sur le sujet.

Le présent et le futur, Edouard Philippe, sera-t-il celui qui réglera le contentieux avec l'Algérie ? Alors il s'est prononcé sur l'Algérie. Le contentieux avec l'Algérie, je n'aime pas beaucoup le terme parce qu'on a l'impression qu'on met dans le même sac le gouvernement algérien et le peuple algérien.

Si vous préférez le contentieux avec le régime algérien. Avec le régime algérien. C'est la convention notamment qu'il a dénoncé, il a été le premier à le faire de délivrance de visa.

Donc considérons que c'est un texte qui est anachronique tout simplement. Les conditions des années 50-60 de signature ne sont plus du tout. Il faut négocier avec l'Algérie.

C'est possible ? Mais bien sûr que c'est possible. Oui c'est possible.

Comment ? Méthode douce ou méthode forte ? Alors il faut commencer par la méthode douce.

Parce que les relations diplomatiques...

C'est ce qu'on est en train de faire le gouvernement actuel avec Jean-Albaro notamment. Absolument et c'est normal parce qu'il faut toujours privilégier les relations diplomatiques. Donc il faut y aller étape par étape et voir comment tout ça se présente.

Et donc la méthode douce c'est l'octroi de 250 000 visas supplémentaires ? Vous pensez que c'est une bonne solution ? Alors c'est ce qu'a dit effectivement l'ambassadeur de France en Algérie.

Il n'a pas été repris par la position du gouvernement. Donc ce n'est pas la méthode qui a été...

Il est ambassadeur de France en Algérie. Donc s'il le dit c'est qu'il a le go du coup d'or. Oui mais ça n'est pas à l'ordre du jour.

D'abord si ça devait se faire c'est du temps long. Ce qu'on souhaite d'abord c'est remettre à plat l'exercice. Donc il ne faut pas se tromper d'ordre dans les choses qu'on doit faire avec l'Algérie sur les sujets migratoires.

D'abord remettre de l'ordre et voir plus clair. Renégocier cette convention qui n'est plus au goût du jour. Parce que nous avons un sujet de gestion migratoire avec notamment les Algériens.

Et voir où cela nous mène. L'Allemagne, la Belgique, l'Autriche, le Portugal sont tous revenus sur le regroupement familial. Est-ce qu'on doit faire de même en France ?

Je crois qu'il faut s'y pencher. Oui, je crois qu'il faut s'y pencher. Parce que les conditions dans lesquelles le regroupement familial a été pensé, a été imaginé, la manière dont il a évolué, tout ça ne correspond plus aux années 2026 aujourd'hui.

Et donc ça ne doit pas être un sujet tabou. Donc ça fait partie d'ailleurs du programme d'Edouard Philippe qui dit qu'en matière de gestion de flux migratoires, il faut regarder les conditions du regroupement familial pour les restreindre. Il faut faire ça bien.

L'idée n'est pas de priver ceux qui sont ici de leur famille quand les conditions sont remplies. Il y a aussi un aspect humanitaire qui n'est pas à négliger. Mais il faut quand même de la fermeté.

Donc c'est un exercice là aussi auquel il faudra se plier. Naïma Mouchou, il y a trois ans, vous avez vous-même, en tant que député, fait l'objet d'attaques racistes absolument abjectes. Vous avez pendant cette Coupe du Monde alerté sur le racisme dont faisait l'objet Kylian Mbappé, l'équipe de France, mais aussi Luc Adine.

J'en conclue que vous êtes d'accord pour dire que le racisme n'est pas limité à une couleur de peau. Oui, je suis tout à fait à l'aise pour le dire. J'ai toujours combattu toutes les formes de racisme d'où qu'elles viennent.

Il se trouve que je suis avocate de métier. J'ai beaucoup plaidé dans des affaires de racisme, de lutte contre les discriminations. J'ai plaidé dans des affaires de racisme anti-blanc.

Donc ça existe ? Bien sûr qu'elles existent. Elles doivent toutes être combattues d'où qu'elles viennent.

À partir du moment où vous êtes attaqué pour votre couleur de peau, votre origine, votre orientation sexuelle ou religieuse, c'est du racisme. Il faut être au rendez-vous de ce combat. Que ce soit Kylian Mbappé, Luc Adine ou n'importe quel autre.

Il y a aussi des joueurs qui viennent des Outre-mer qui ont été attaqués, qui sont français. Il y a des territoires ultramarins attaqués aussi pour ceux qui sont. L'équipe de France tout entière a été attaquée par le chef du gouvernement, l'ancien chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, qui a dit qu'il n'y avait pas un seul Français dans l'équipe de France.

C'est une honte. C'est inacceptable d'entendre ça parce que les propos qui ont été tenus reviennent à nous attaquer nous directement et à ce que nous sommes et à ce que nous représentons. Ce que je refuse en revanche, c'est qu'on instrumentalise un racisme pour en minimiser les autres.

Ce que font certains. Voyez bien, il y a un racisme qui serait plus important que les autres. C'est-à-dire ?

Il n'y a pas de hiérarchie de victimes. Alors ça dépend des camps. Il y en a qui vont vous dire.

Est-ce que vous voulez dire Naïma Mouchou ? Ce que je veux dire par là, c'est que vous avez certains responsables politiques. Je parle de responsables politiques aujourd'hui.

Nommez-les. Qui vont instrumentaliser une forme de racisme, le racisme anti-musulman d'un côté ou l'antisémitisme de l'autre, pour monter les communautés les unes contre les autres. Ça, c'est inacceptable.

C'est extrêmement dangereux. Il faut combattre toutes les formes de racisme, toutes les formes d'antisémitisme, d'où qu'elles proviennent. L'antisémitisme est toujours là et vous le dites très justement ce matin, Naïma Mouchou, 3,5 actes quotidiens tous les jours.

Que dites-vous à la DJ Barbara Butch ce matin ? Est-ce que vous lui apportez votre soutien ? Je lui dis mon soutien et ma solidarité.

Ce qui s'est passé, les images que j'ai vues, elles sont insupportables. Elles sont insupportables. On peut critiquer de ne pas être d'accord avec une artiste.

On est un grand pays, vous voyez bien que la liberté d'expression peut s'exprimer. C'est une richesse que nous avons là. Mais empêcher une artiste de se produire parce qu'elle est juive ou parce qu'elle est homosexuelle, ça ne doit jamais exister.

Jamais. Là, en l'occurrence, parce qu'elle avait signé la loi Yadance, qui vise à lutter contre l'antisémitisme. Il y a des outils pour dire qu'on n'est pas d'accord.

On peut même manifester, vous voyez, on est un grand pays. En revanche, empêcher une artiste de se produire, c'est une ligne rouge là qui est franchie. Tout le monde devrait le dénoncer, quel que soit le bord politique.

Et notamment, la gauche devrait le dénoncer. Sans nuance, sans ambiguïté. Elle est absente, la gauche.

Elle est reliquée. Et le monde de la culture. Vous avez entendu le monde de la culture pour soutenir Barbara Butch ?

Assez peu, même si j'entends quelques artistes. Aujourd'hui, je vois bien que c'est un sujet tabou encore une fois. Ça ne doit pas l'être.

Ça ne peut pas être un sujet tabou. Le rapport à l'autre, la haine de l'autre, c'est une question de société qui nous engage tous. Et à partir du moment où vous êtes attaqué parce que vous êtes juif, alors il n'y a pas de mais, ça doit être condamné comme de l'antisémitisme.

Naïma Mouchou, vous portez le volet ultramarin contre le narcotrafic. Le maire d'Alès, Christophe Rivain, qui a reçu jeudi dernier des menaces de mort accompagnées de balles déposées dans sa boîte aux lettres et d'un message signé des aides mafias. Cette lutte contre le narcotrafic, vous, pour l'Outre-mer, vous l'avez dotée de 14 millions d'euros.

Est-ce que c'est à la hauteur des réseaux criminels qui, eux, disposent de moyens financiers colossaux ? Vous avez raison, ça nous oblige à adapter notre réponse en permanence. Ils ont des moyens colossaux, ils s'internationalisent.

On a parfois affaire à des cartels. J'ai lancé un grand plan lutte contre le narcotrafic pour les Antilles et la Guyane à la demande du président de la République sous l'autorité du Premier ministre, justement, qui opère un changement d'échelle pour qu'on soit à minima au même niveau que les trafiquants. On va renforcer les moyens, les équipements, parce que vous savez que les Outre-mer sont en première ligne.

Les stupéfiants qui viennent d'Amérique du Sud passent aux abords, par les ports, par les aéroports, des territoires ultramarins. Donc, il faut y mettre les moyens. Moyens matériels, radars, moyens de sécurité, plus de personnel, de douanes, brigades nautiques.

C'est ce que nous faisons. Ça suffira ? Je vais vous dire.

La corruption, notamment, par ces moyens financiers colossaux des cartels ? Absolument. Il y a aussi un plan anti-corruption qui est décliné.

Il y a aussi un moyen qui est mis sur les douanes. Mais c'est un combat total. C'est vrai que c'est un combat qui est gigantesque.

Il faut à la fois des moyens de sécurité, mais je vais vous dire, il faut que tout le monde prenne ses responsabilités. Il faut que les collectivités et les élus locaux fassent de la prévention. C'est un appel que vous lancez ce matin ?

Absolument. Il faut que les familles jouent leur rôle auprès de leurs enfants aussi, pour les détourner de ces trafics. Il faut que l'école apporte aussi ce qu'elle a apporté en termes d'instruction, de valeur.

Les associations...

Mais il n'est pas trop tard pour ça ? Mais il n'est jamais trop tard. Vous avez des jeunes qui sont gangrénés dans le trafic et dans le narcotrafic ?

Il n'est jamais trop tard. Et qui apportent énormément d'argent, beaucoup plus que les allocations familiales aux familles. Comment est-ce que vous voulez leur dire ?

Écoutez, non, ce que vous faites, ce n'est pas bien. En leur donnant des perspectives, d'abord. Il faut leur donner des perspectives.

C'est ce que je veux faire. Ça peut prendre combien ? Une ?

Deux générations ? Écoutez, ça ne peut pas être incompréhensible. Pardonnez-moi d'être plus pessimiste que vous, Naïma Mabchou.

Moi, je ne peux pas me résoudre à dire qu'un enfant va préférer choisir un réseau plutôt que choisir un travail, une formation ou un apprentissage. Non, parce que quand vous mettez les moyens, vous voyez les résultats. C'est ce qu'on fait dans les territoires ultramarins, parce qu'on accélère sur la feuille de route économique en offrant de l'emploi, de la formation, de l'apprentissage, en permettant à des étudiants qui veulent venir continuer à poursuivre leurs études en hexagone de pouvoir le faire, pour les éloigner justement de la tentation de l'argent facile.

Il faut des actions concrètes, c'est vrai, ça prend du temps, parce que c'est un combat qui se mène différemment aujourd'hui. C'est pour ça que je vous disais, au moins une génération. Je ne sais pas si c'est une génération.

Ça va prendre 10 ans. Ce qui est certain, c'est que ma responsabilité, c'est d'agir, et c'est d'agir dès aujourd'hui. Et justement, selon une enquête d'Europe 1, et via notre journaliste William Molinier, la France n'est plus seulement un marché de consommation, c'est aussi un marché exportateur.

La France, est-ce qu'elle se mexicanise, comme le disait un ancien ministre de l'Intérieur ? Je ne dirais surtout pas qu'on en arrive à ces considérations. Et je reprends l'exemple des Outre-mer qui est très parlant.

Quand vous êtes dans les Antilles, dans la Guyane, vous n'êtes pas loin de la Colombie, vous n'êtes pas loin du Pérou, du Venezuela, qui sont des pays avec des cartels très puissants, avec des moyens financiers colossaux. Est-ce qu'on veut prendre le risque, effectivement, d'avoir des États prédateurs, corrompus ? Certainement pas.

Pour ne pas en arriver là, il faut mettre les moyens. C'est ce que nous faisons avec le plan narcotrafic. C'est ce que nous avons fait avec la loi narcotrafic votée l'année dernière.

C'est ce que nous faisons en renforçant les moyens de renseignement partagés. C'est un panel d'actions. Là aussi, c'est une discussion avec la Colombie, avec des pays comme cela.

Quand j'étais en Martinique...

Le président colombien, l'ancien président colombien, qui dit répliquer à Donald Trump que la cocaïne, ce n'était pas plus nocif que le whisky, en parlant du whisky américain. Évidemment, ce sont des propos qui ne sont pas acceptables et que je ne vais pas en prendre à mon compte. Mais vous voyez où on en est.

Quand j'étais en Martinique, précisément, ce n'est pas un combat qu'on peut mener seul. On le sait pertinemment. Et donc, il y a aussi la coopération régionale à mettre en place.

Quand je suis allé en Martinique, c'est ce qu'on a fait. Une vingtaine de pays qui étaient réunis, de Sainte-Lucie, de Dominique, Haïti, qui ne sont pas très loin. Ensemble, nous disons qu'il faut qu'on mène ce combat, qu'on mutualise nos moyens, qu'on partage plus de renseignements, qu'on opère aussi de manière judiciaire.

Donc, il y a une volonté commune d'avancer. Il y a des actions qui sont mises en place, qui produiront, qui sont en train de produire des résultats, qui continueront d'en produire. Rapidement, qu'est-ce qu'on fait pour le pouvoir d'achat dans les Outre-mer ?

Taux de pauvreté, 77% en Mayotte, 53% en Guyane, 36% en La Réunion. Qu'est-ce qu'on fait ? Vous avez raison, c'est un sujet de préoccupation majeure, parce que c'est la première des inégalités, c'est le pouvoir d'achat.

C'est le premier sujet dont je me suis saisie, le Premier ministre ayant dit, c'est la priorité des priorités. J'ai fait voter un texte de loi au Sénat, de lutte, contre la vie chère, que je suis en train d'améliorer, qui poursuit sa navette parlementaire. Il arrivera à l'Assemblée nationale dans les prochains mois.

Et je travaille à une feuille de route économique, parce qu'il faut redonner les moyens aux territoires ultramarins de développer leur économie. Ce sont des petits territoires insulaires, il faut qu'ils puissent, dans les filières où ils peuvent produire, le faire. Donc il faut investir, il faut les voir vraiment comme des territoires où investir, pas comme des territoires à compenser.

Ils ont des atouts, il y a des potentialités, il y a de l'énergie, il y a des choses à faire. On va développer cette feuille de route économique pour leur donner des moyens, ce qui permettra de faire gagner du pouvoir d'achat. Y compris sur le carburant qui augmente en métropole et qui va sans doute augmenter déjà dans les territoires.

Conséquence effectivement de la guerre au Proche-Orient, à laquelle nous sommes opposés, mais que nous subissons par ailleurs. Mais il y a des mécanismes qui sont mis en place. Nous l'avons fait dès le début, avec des systèmes de compensation.

Le Premier ministre en avait fait alors sa priorité. Donc un prix spécial pour les territoires d'outre-mer ? Dans les territoires ultramarins, il y a un mécanisme de fixation des prix déjà par arrêté, par voie préfectorale.

On fixe un prix en fonction du mois précédent, ce qui permet déjà d'amortir le premier mois. Puis ensuite, on s'adapte. Tout ce qu'a proposé le Premier ministre sur le plan national a vocation à s'appliquer dans les territoires ultramarins.

Puis après, s'il faut des dispositions spécifiques, on le fera. Merci beaucoup Naïma Mouchou, bonne journée. Merci beaucoup.

Merci beaucoup.

La grande interview : Naïma Moutchou — Naïma Moutchou · Pourquijevote