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interviewBLAST (sur YouTube)· 27 avril 2023 11 min

E. MACRON : LE DOIGT D’HONNEUR PERMANENT

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Quand on leur demande quels sont les traits d'image qui correspondent le mieux au président de la République, ce sont des traits d'image qui sont négatifs, autoritaire, arrogant, méprisant, pas sympathique. On n'en veut pas de ta retraite, qu'est-ce que tu ne comprends pas là-dedans ? On n'en veut pas !

Ce ne sont pas les casseroles qui feront avancer la France. Ceux qui ont le temps en pleine semaine, en plein après-midi, d'aller accueillir des ministres pendant 4h, de 14h à 18h. A priori, ce n'est quand même pas les Français qui travaillent, qui ont des difficultés au quotidien pour boucler leur fin de mois.

Oui, et dans un esprit vengeur. Depuis quelques jours, Emmanuel Macron a décidé d'essayer de renouer le contact avec les Français en faisant des visites dans ce que les macronistes appellent les territoires. Le problème est que beaucoup de Français de leur côté n'ont pas du tout envie de renouer le contact avec l'autocrate qui essaie de leur imposer par la force une réforme des retraites dont ils ne veulent pas et dont ils ne supportent plus l'arrogance, le mépris et la violence.

Du coup, à chaque fois que Macron effectue un déplacement, il est accueilli par de nombreux manifestants qui s'équipent désormais de casseroles pour faire un peu de bruit pendant qu'il parle. Et ça, il n'aime pas du tout. Ça l'irrite même assez vivement.

C'est pas les casseroles qui feront avancer la France. Dans l'entretien totalement lunaire qu'il a accordé le week-end dernier au journal Le Parisien aujourd'hui, le chef de l'Etat français a ainsi déclaré qu'il y a des gens qui ne sont pas d'accord mais avec lesquels vous pouvez parler, engager un dialogue. Jusque-là tout va bien.

Mais, a-t-il ajouté, quand vous avez des gens qui sont là uniquement pour couvrir votre voix, ce n'est plus une contestation, cela s'appelle de l'incivisme. Puis il a expliqué avec son vocabulaire de manager halluciné il faut faire attention parce que si l'on confond toutes les notions, on va faire dysfonctionner notre démocratie. On peut tout à fait contester le président, mais on doit lutter contre la violence et l'incivisme.

Dans la vraie vie, bien sûr, les choses ne se passent pas du tout comme dans ces propos extravagants du chef de l'Etat. Dans la vraie vie, si des citoyens et des citoyennes manifestent et donnent désormais des concerts de casserole dans tous les endroits où se produit Emmanuel Macron, c'est précisément parce qu'il a refusé de les écouter lorsqu'ils lui demandaient de renoncer à sa réforme des retraites. Parce qu'il a refusé d'écouter leurs représentants en fermant sa porte aux syndicats, en muselant le Parlement et en faisant réprimer les manifestations par la police et la gendarmerie.

Dans la vraie vie, c'est donc Emmanuel Macron qui a fait dysfonctionner la démocratie pour reprendre ses mots de technocrate. C'est lui qui a couvert de son immense arrogance, de son immense brutalité et de son immense mépris les voix innombrables des citoyens qui lui demandaient de les écouter, de ces innombrables citoyens qu'il a poussés à bout et dont il prétend aujourd'hui, dans un complet renversement de la réalité, que ce sont eux qui refusent de l'écouter, qui sont violents et qui menacent la démocratie. Mais peut-on avoir raison contre 70% des Français ?

Aussi juste soit votre conviction, monsieur le président. Mais peut-on avoir raison seul contre les autres ? Je pense qu'on peut prendre ses responsabilités dans un système démocratique où les élections ne sont pas très tardives, ni celles des parlementaires ni celles du Président, et où sur les fondamentaux d'une réforme, Après il faut la compléter, il faut entendre ce qui se dit, je vais y revenir.

Je pense que beaucoup de choses qui se sont dites ne sont pas sur les retraites. C'est commode, ça permet de justifier par avance toutes les répressions à venir de ces manifestants qui, c'est vrai, peuvent éventuellement se laisser un peu emporter par leur colère. On n'en veut pas de ta retraite, qu'est-ce que tu ne comprends pas là-dedans ?

On n'en veut pas ! La semaine dernière, Emmanuel Macron était en visite à Sélestat dans le Bas-Rhin. Et comme à chaque fois qu'il effectue un déplacement dans un pays dont la population l'exècre, il était attendu par un enthousiaste comité d'accueil.

Trois de ses protestataires seront jugés en septembre pour l'avoir semble-t-il insulté et pour lui avoir fait un doigt d'honneur. Et c'est vrai que c'est pas très élégant. Mais le problème ici est que l'exemple de cette impolitesse vient de très haut.

Le 9 mars dernier, en effet, à l'Assemblée nationale, le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, avait adressé plusieurs bras d'honneur et doigts d'honneur au député républicain Olivier Marleix, qui avait eu l'outrecuidance de rappeler en séance que plusieurs affaires judiciaires en cours impliquent des représentants du parti présidentiel. Il n'y a pas un bras d'honneur, il y en a deux, mais accompagnés de paroles à chaque fois, qui sont… Mais enfin, monsieur le ministre, de quoi vous parlez exactement ? Vous avez fait deux bras d'honneur, c'est ce que vous êtes en train de dire à l'Assemblée ?

C'est notamment le cas du ministre de la Justice lui-même, dont la Cour de Justice de la République a demandé en octobre dernier le renvoi en procès dans la sordide affaire qui lui avait valu d'être mis en examen pour prise illégale d'intérêt. Eric Dupond-Moretti a d'abord revendiqué son geste, en expliquant sans rire : ce bras d'honneur n'est pas adressé au député Olivier Marleix, c'est un bras d'honneur à la présomption d'innocence. Puis il a fini par reconnaître du bout des lèvres qu'il était peut-être allé un peu loin et il a déclaré : si mon geste a été mal interprété, je lui présente mes excuses ainsi qu'à toute la représentation nationale.

Quand un ministre d'Etat fait publiquement des bras d'honneur et un doigt d'honneur à un député, il lui suffit ensuite de s'excuser sans vraiment s'excuser, en prétendant qu'on a mal interprété ses gestes, et tout le monde passe à autre chose. Ces temps-ci, cette culture de l'excuse semble d'ailleurs être très à la mode au sein du gouvernement. La semaine dernière, par exemple, Gérald Darmanin a quant à lui expliqué qu'il regrettait de s'être opposé au mariage pour tous quand il était petit.

A l'époque, c'était en 2013, il promettait que s'il était élu maire de Tourcoing, il ne célébrerait pas personnellement de mariage entre deux hommes et deux femmes. Et il demandait la démission du préfet de police de Paris, car des gaz lacrymogènes avaient selon lui été lancés pour maîtriser des familles participant à la manif pour tous. Dix ans plus tard, l'actuel ministre de l'Intérieur s'est un peu calmé. « Si c'était à refaire, je voterais le texte », a-t-il déclaré dans un entretien publié le 21 avril dernier par le quotidien régional La Voix du Nord.

Puis il a présenté ses excuses : si j'ai blessé des gens, j'ai sans doute eu des propos blessants, ce n'était aucunement mon envie, ce n'est pas le rôle d'un homme politique de le faire. Et tout le monde ou presque dans la presse dominante est passé à autre chose et bien sûr on pourrait poser quelques questions dérangeantes et se demander par exemple s'il n'est pas un peu étonnant que cet intéressant personnage réduise à quelques propos qu'il présente aujourd'hui comme maladroits, sa participation au déferlement de haine homophobe, qu'a été la mobilisation contre le mariage pour tous. Il y a eu la réunion de plusieurs associations LGBT à Paris qui ont été un peu agressées, chahutées, vandalisées par des extrémistes, des politiques qui sont menacés, Chantal Jouanno parce qu'elle a dit qu'elle soutenait ce texte… En bas de chez elle, Erwann Binet, le rapporteur socialiste qui a reçu des menaces, comme le disait Manuel Valls, de mort.

Est-ce que vous sentez clairement que le débat sur le mariage pour tous est en train de créer un climat d'homophobie exacerbée en France ? Oui, est en train de faire ça, on voit là les résultats. On pourrait aussi remarquer que ce ministre qui explique si bien que ce n'est pas le rôle d'un homme politique de blesser des gens passe quand même beaucoup, beaucoup, beaucoup de temps à blesser des gens, directement ou indirectement, que ce soit par ses incessantes brutalités verbales ou par les violences policières qu'il couvre de son autorité.

Le ministre de l'Intérieur dit qu'il n'y a pas, ça n'existe pas. Mais il a raison de dire qu'il n'y a pas de violence policière systémique, il faut arrêter. Il blesse des gens quand il écrit par exemple dans son dernier livre que la présence de dizaines de milliers de Juifs en France à l'époque napoléonienne était problématique car, je cite encore, « certains d'entre eux pratiquaient l'usure et faisaient naître troubles et réclamations ».

Il blesse des gens quand il déclare que les militants et militantes qui se mobilisent pour protéger l'environnement sont des éco-terroristes. Il y a eu une grande partie des manifestants violents, encore une fois, qui s'en prenaient physiquement aux gendarmes, les blessants, s'en prenaient par exemple à cinq véhicules de gendarmerie qui ont été détruits, et je veux redire que cela relève de l'éco-terrorisme. Ou quand il dénonce le terrorisme intellectuel de ce qu'il appelle l'extrême gauche.

Il y a aussi une terreur intellectuelle, désarmer la police, dire qu'elle tue. Ces accusations extraordinairement graves sont évidemment blessantes et insultantes pour les gens qu'elles visent au premier chef, mais elles le sont aussi pour les familles des victimes du véritable terrorisme dont il relativise de fait la détresse. Gérald Darmanin blesse aussi des gens quand il fait un amalgame dans la plus pure tradition de l'extrême droite entre la délinquance et l'immigration.

Alors aujourd'hui la part des étrangers sur le territoire national c'est effectivement 7,4%. La part de la délinquance faite par les étrangers, je ne parle pas des binationnaux, je parle des gens qui sont entièrement étrangers bien évidemment, si vous voyez ce que je veux dire, réguliers et irréguliers, c'est 19%. Et bien sûr il blesse des gens quand, dix ans après avoir demandé la démission du préfet de police qui selon lui faisait lancer du gaz lacrymogène sur des manifestations homophobes, il noie les manifestations contre la réforme des retraites sous d'immenses nuages de ce même gaz.

Ou quand il laisse la police éborgner ou mutiler des manifestants et des manifestantes. Ou quand il laisse la gendarmerie utiliser des armes de guerre contre les défenseurs de l'environnement mobilisés contre la construction d'une méga bassine. ou encore quand il nie purement et simplement que ces violences policières sont devenues systématiques et explique très sérieusement qu'il peut tout au plus arriver que certains gendarmes et certains policiers se laissent aller à quelques excès sous le coup de l'énervement ou de la fatigue.

Il est vrai que sans ces zélés fonctionnaires, Emmanuel Macron et les ministres de gouvernement ne pourraient littéralement plus faire un pas dans un pays dont la majorité de la population ne les supporte plus, car ils l'ont trop profondément blessé. Quand on leur demande quels sont les traits d'image qui correspondent le mieux au président de la République, vous le voyez, ce sont des traits d'image qui sont négatifs : autoritaire, arrogant, méprisant, pas sympathique. Mais ils continueront, parce qu'ils se trouvent toujours une excuse et parce qu'ils bénéficient de la complicité active de la presse et des médias dominants qui s'abstiennent soigneusement de les confronter à leur immense hypocrisie.

Tandis que si des manifestants poussés à bout par ces brutalités incessantes et par le constat qu'ils n'ont plus aucun autre moyen de se faire entendre, lancent quelques insultes ou un doigt d'honneur au président de la République, comme un vulgaire Eric Dupond-Moretti, on ne leur accordera aucune espèce d'excuse. Ce sera au contraire considéré comme un outrage, et ils comparaîtront devant un tribunal. C'est l'idée que les macronistes se font de la justice.

Voilà ce que dit la note de renseignement, cette journée sera marquée par une mobilisation historique. Oui, et elle va même plus loin en parlant d'une journée historique et dans un esprit vengeur.

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