Harcèlement scolaire: la prise de parole de Gabriel Attal et Brigitte Macron
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
C'est ça, pour la première fois dans notre histoire, un questionnaire va être adressé à l'ensemble des élèves de France, du CE2 jusqu'à la terminale. Ce questionnaire, on l'a réalisé avec des pédopsychiatres, des spécialistes de la santé de l'enfant, du climat scolaire, le professeur Marcel Ruffaut, Eric Debarbieux, le docteur Nicole Kathleen. C'est un questionnaire qui va avoir une double utilité. D'abord, il va nous permettre au niveau national d'avoir une vision plus claire et plus actualisée sur le phénomène du harcèlement. Les chiffres dont on dispose, qui sont souvent relayés dans la presse, datent de 2011.
A l'époque, il n'y avait pas TikTok, il n'y avait pas Snapchat, il n'y avait pas cet essor de la cyberviolence et du cyberharcèlement. La deuxième utilité de ce questionnaire, c'est que ça va permettre, dans toutes les classes de France, dans tous les établissements de France, d'identifier s'il y a des cas de harcèlement. Et donc, s'il faut engager un travail spécifique au sein de la classe ou au sein de l'établissement. Ça va être un moyen de provoquer la discussion et de répondre à des situations qui sont parfois des situations de détresse, qui ne sont pas toujours signalées.
Parce que ce qu'on constate aussi avec des élèves victimes de harcèlement, c'est qu'il y en a parfois qui élèvent leur seuil de tolérance, parfois même sans se rendre compte, qui finissent par accepter des choses dans leur vie quotidienne qu'on ne devrait pas accepter, mais qui le font pour se protéger, qui ne mettent pas toujours le mot harcèlement sur ce qu'ils vivent. Et là, c'est important de le faire avec le questionnaire. Vous voulez que ce soit anonyme ? Est-ce que ça ne peut pas être compliqué ?
Et je pense que les enseignants, s'ils voient que dans les questionnaires de leur classe, il y a un, deux élèves qui se disent harcelés, ou en tout cas dont on peut comprendre qu'ils se sont harcelés, provoquera la discussion et je pense qu'ils réussiraient à identifier qui et à les accompagner.
Oui, de plus en plus, la parole est très libérée maintenant, de plus en plus, pas complètement, mais beaucoup plus, ils parlent parce qu'ils savent qu'on les écoute. Et il y a un momentum, il y a trois moments dans l'année, il y a le premier jeudi du mois de novembre, il y a ce moment-là, il y a le concours non au harcèlement, il y a de plus en plus d'élèves qui participent par le biais d'affiches ou de vidéos, et il y a le CF1 Internet Day au mois de février. Il y a ces trois dates.
Et autour de ça, donc ça nous permet un peu de feuilletonner pendant l'année, et ils commencent à connaître aussi les ambassadeurs, les référents dans les établissements, des référents dans les rectorats, les lieux, les associations. Donc je pense que plus on porte à leur connaissance, mieux on va régler le problème. Parce qu'ils sont extrêmement nombreux, vous avez raison de le souligner. Et l'anonymat, je pense que ça va les libérer. Et parfois, pendant la vie de classe, le professeur principal saura dans sa classe un peu ce qui se passe davantage. Et je pense qu'on a un peu l'intuition de ceux qui ne vont pas bien. Donc on pourra se rapprocher d'eux à ce moment-là.
Oui, alors là, surtout ne le répétez pas, parce que ça va me valoir quelques ennuis. Politiquement, certainement pas, parce que j'ai un ministre de l'éducation qui s'en charge à merveille. Et collectivement aussi, parce que vous avez vu que ça impacte le garde des Sceaux, le ministre de l'Intérieur, la ministre des Sports. Collectif, donc je suis très heureuse que Mme Borne prenne ce sujet en interministériel. Et j'ai un ministre de l'Éducation nationale qui est extrêmement impliqué sur ce sujet. Et j'en suis très heureuse, parce que j'ai eu de la chance que Jean-Michel Blanquer, Pape Endial, Gabriel Attal, maintenant, ils relèvent le défi. Non, pas du tout.
J'essaie de sensibiliser, de mettre en lumière. Et je suis avec eux. Quand ils ont besoin de moi, ils savent que je suis là. Et je veux dire à tous que c'est extrêmement courageux de parler. Extrêmement. C'est difficile de le faire, mais il faut en passer par là pour passer un peu à autre chose. Et c'est dur de passer à autre chose en matière de harcèlement, parce que parfois vous traînez ça toute votre vie.
Qu'est-ce que vous avez ressenti à votre passé de professeur ? Comment vous avez ressenti tout ça émotionnellement ?
Je le ressens de manière très forte, parce que je l'ai vécu, bien évidemment, à travers eux. Et je vois le mal que ça leur fait. Ça n'est jamais innocent. Jamais. Parfois, ça passe. Mais en règle générale, c'est quelque chose que l'on traîne avec soi et qui peut être absolument catastrophique. Donc, que ça soit dans l'actualité.
En tant qu'enseigne professeur, pour vous, c'est un de nos profs ?
Vas-y. Parce qu'on est très important. On est essentiel dans le dispositif harcèlement.
Je pense que l'important, c'est le collectif. Évidemment, les enseignants, ils connaissent leurs élèves. Ils ont un rôle très important. Mais finalement, c'est tous les personnels, tous les adultes qui sont dans les établissements. Parce que quand vous êtes enseignant, vous voyez vos élèves à une partie de la journée, à un moment de leur vie. Et donc, l'important, c'est vraiment d'avoir cette logique transversale.
C'est pour ça que dans le programme phare qu'on déploie depuis cette année dans les lycées, qui a déjà été déployé au collège et dans les écoles, l'idée, c'est de former plusieurs personnels adultes, pas uniquement des enseignants, mais aussi, Brigitte Macron le rappelait tout à l'heure, un personnel de la cantine, par exemple.
C'est très important, les personnels de la cantine. Ils remarquent énormément les comportements qui changent. La personne au CDI également, la bibliothéca, les surveillants, tout ça. Ils donnent tous des compléments d'informations. Et les souffrances, ils se rendent très vite compte.
Vous savez qu'on n'a pas le droit, quand on est ministre, de commenter une décision de justice en raison de la séparation des pouvoirs. Mais moi, immédiatement, évidemment, j'ai pensé à la famille, à la maman notamment de Lucas, pour qui c'est dur. Nous, on se bat pour que les choses changent. Et la loi, elle a changé récemment. Elle a changé en mars 2022. Maintenant, le harcèlement scolaire, c'est un délit. Parce que ça peut conduire à la mort. On est au début de l'application de cette loi. Il y a par ailleurs beaucoup d'autres mesures qui sont prises sur des sanctions qu'on peut prendre aussi en amont avant d'en arriver à la justice. Et moi, je le dis de manière très claire.
On regardera toujours la manière dont nos mesures s'appliquent. Si jamais il faut les faire évoluer, y compris la loi, évidemment, on le fera.
Par exemple, sur la responsabilité des parents, je pense qu'on va s'arrêter là. Est-ce que vous êtes prêt à ouvrir la voix, justement, sur la responsabilité des parents dans ce genre de cas, pour que justice soit faite ?
C'est un sujet, vous le savez, global, la question de la responsabilisation des parents. On a posé sur un certain nombre de sujets, notamment sur la question des émeutes qui avaient eu lieu. Évidemment que les parents, ils ont une responsabilité. Évidemment que le rôle, c'est à la fois de leur rappeler et trouver des mécanismes pour les inciter à être au rendez-vous de leur responsabilité. C'est un sujet plus global sur la participation des parents à ce qui se passe à l'école et à l'éducation de leurs enfants qu'on travaille en ce moment, avec l'idée d'arriver à un moment à un rappel des droits et des obligations de chacun et de la manière de les respecter.
Mais vous savez, moi, j'ai aussi beaucoup de parents qui me disent en fait, j'aurais besoin d'être informé, outillé, formé pour savoir identifier des signaux faibles, savoir si mon enfant est harcelé ou par ailleurs, si mon enfant est harceleur. On le disait tout à l'heure pendant les échanges, il y a par définition plus d'enfants harceleurs que d'enfants harcelés puisque c'est souvent un phénomène de meute. Et on est en train de travailler à une plateforme qui sera lancée en janvier 2024. On travaille avec le CNED, avec des modules de formation en ligne et de vidéos de formation pour détecter les signaux faibles chez son enfant en cas de harcèlement.
Évidemment, on va continuer à les accompagner aussi là-dessus.
C'est très important. Accompagner les parents, c'est très important. Vous avez tout à fait raison.
Merci beaucoup. Merci beaucoup.
Gabriel Attal