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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 4 juillet 2017 10 min

François Ruffin : "Je n'ai pas été élu pour aller écouter le Président Soleil à Versailles quand il me sonne"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Bonjour François Ruffin, journaliste, réalisateur du documentaire Césarisé, merci patron, initiateur avec d'autres du mouvement Nuit Debout, et désormais député de la France Insoumise, vous avez été élu il y a quelques jours dans le département de la Somme. Vous n'étiez pas à Versailles hier pour assister au discours d'Emmanuel Macron, pourquoi ?

0:17
François Ruffin

Parce que je n'ai pas été élu pour ça, je n'ai pas été élu pour aller écouter le Président Soleil à Versailles quand il me sonne. Moi j'ai été élu, ma promesse principale c'est de m'engager à porter la parole des gens. et des gens qui d'après Emmanuel Macron pour beaucoup ne sont rien. Et hier j'étais donc par exemple dans l'appartement de Laetitia, Laetitia qui a un fils handicapé, qui a un fils autiste, qui est au bord du craquage parce qu'elle ne trouve pas de place en IME, et là son fils est en train de, elle dit c'est très dur d'être agressé par son enfant.

Et donc elle vit cette situation dramatique où elle se retrouve à être enfermée, elle a abandonné son travail, elle s'est séparée, parce qu'elle vit ce face-à-face avec son enfant. Rien que dans la somme, il manque 825 places dans les IME. Et donc voilà, la question d'urgence pour moi, ce n'est pas forcément combien on va mettre de députés à l'Assemblée Nationale, mais quel est le plan qu'on va mettre en place pour qu'on ne propose pas aux familles d'enfants handicapés d'aller s'exiler en Belgique.

Puisque c'est l'exil aujourd'hui dans la cinquième puissance économique mondiale, c'est l'exil qui est proposé à un certain nombre de familles de handicapés pour que leurs enfants soient traités correctement. Donc voilà, ma responsabilité est d'être aux côtés des Laetitia, alors je ne peux pas être partout évidemment, mais de remonter cette parole soit à l'Assemblée Nationale, soit aujourd'hui au micro de France Inter. Je vous remercie de me donner cette possibilité.

1:34
Présentateur

Ça veut dire qu'on ne vous verra pas non plus aujourd'hui dans l'hémission ?

1:36
François Ruffin

On a eu hier le discours de politique très très général, je vais assister au discours de politique général, mais simplement, puisqu'il va s'agir d'avoir des lois par ordonnance, moi je ne suis pas défavorable à des lois par ordonnance, mais des lois par ordonnance face à quoi ? Face à la finance, pour favoriser quoi ? Pour favoriser l'insertion. Quel est dans le discours d'Emmanuel Macron hier ? Le prochain projet... Vous l'avez quand même écouté ? Ah oui, je l'ai écouté. Après mon entretien avec Laetitia, je me suis garé à l'ombre, j'étais en voiture, et j'ai écouté la radio pour écouter une heure et demie du président Macron.

En toute vérité, j'ai raté les cinq derniers minutes parce que je devais prendre mon train. Mais voilà, donc bon, j'ai eu... Je pense qu'on a déjà subi ça, je ne pense pas qu'il soit inutile de commenter ensuite pendant trois jours. On ne va pas commenter pendant trois jours, mais pendant trois minutes, si vous voulez bien,

2:23
Présentateur

la réduction du nombre de parlementaires...

2:25
François Ruffin

Écoutez, très bien, il y a un plan social à l'Assemblée nationale. Moi, je veux dire, je ne me sens pas concerné. Je pense que ce n'est pas ça le cœur du truc. Je vois le plan social qui se déroule chez Auchan, à Amiens, avec 70 suppressions de postes, 870 au niveau français, dans un groupe qui se porte très bien, les muliers qui délocalisent leur fortune en Belgique et d'ailleurs qui sont suspectés de blanchiment. Bon, ben voilà, le cœur de ma bataille, il est là. Il n'est pas dans se demander. On ne va pas résoudre les problèmes de la France simplement en réduisant le nombre de parlementaires. Enfin bon, ce n'est pas ma grande question. Moi, je voyais dans le discours d'Emmanuel Macron...

J'ai écouté ses phrases sur l'éthique de la responsabilité, la fidélité à notre histoire et tout ça. C'était assez ronflant. Mais il y a cette obsession chez Macron que j'avais déjà notée sur le refus de voir la réalité en face, le rester arrimé au réel, regarder la réalité en face, voyons la réalité en face et ainsi de suite. Se présenter comme l'homme du réel, c'était déjà quelque chose que j'avais noté dans ses biographies puisque je suis lecteur de biographies d'Emmanuel Macron. Et en fait, à mon avis, cette insistance sur le réel soulignait en creux son inquiétude, c'est-à-dire son absence de légitimité quant au réel.

Parce que quand on est passé par Sciences Po, qu'on est passé par l'ENA, qu'on est passé par la banque Rothschild, qu'on est allé à l'Elysée, qu'on est allé à Bercy et qu'on revient à l'Elysée, le contact avec le réel, il est pour le moins assez lointain. Vous voyez ce que je veux dire ? Et donc, à ce moment-là, il faut qu'il insiste en creux sur l'homme du réel, c'est lui, tandis qu'en face, il y aurait les hommes des dogmes. Moi, je pense qu'on a affaire avec Emmanuel Macron à un véritable dogmatique, à un idéologue. Parce qu'aujourd'hui, libérer le travail, on peut ne pas être contre. Mais comment on libère le travail ?

Ça mesure sur la loi travail, on sait que ce n'est pas une mesure efficace, y compris les rapports de l'INSEE en témoignent. Aujourd'hui, libérer le travail, c'est libérer le travail de la finance, par exemple, qui, concrètement, est celle qui met le plus à mal l'emploi. Réduire les déficits, on peut être favorable à la réduction des déficits, mais qui a mis en place... Vous dites que vous êtes favorable, par exemple ? Ce n'est pas ma priorité, vous savez. Revenir sous les 3% de déficit ? Je m'en fiche personnellement. Mais par exemple, vous savez, qui a creusé les déficits lors d'une dernière quinquennat ? Quand on met en place le crédit impôt compétitivité emploi, qui coûte 24 milliards...

4:28
Présentateur

Ce qui a plus creusé les déficits ces dernières années, ce n'est pas le CICE. Mais ça va apporter de l'eau à votre moulin. Moulin, c'est le plan de sauvegarde des banques, il y a quelques années, au moment de la crise, en 2008.

4:37
François Ruffin

24 milliards d'euros par an pour le CICE. Donc, si on veut réduire le déficit, peut-être qu'en dehors de tout dogmatisme, peut-être que c'est à cette mesure, qui en plus est inefficace, il y a un certain nombre de rapports de France Stratégie, et tout ça, en ont témoigné, c'est peut-être à ça qu'il faut s'attaquer.

4:54
Présentateur

Un mot sur cette phrase prononcée hier par Emmanuel Macron, désolé d'y revenir encore, avec un passage remarqué sur le rôle des médias, une fois que la loi sur la moralisation de la vie publique sera votée. Il faudra, dit Emmanuel Macron, en finir avec la recherche incessante du scandale et les chasses à l'homme. Est-ce qu'il a raison ?

5:10
François Ruffin

Je veux dire, il n'a pas été aussi actif pour dénoncer les médias quand il s'était François Fillon qui se trouvait dans la tourmente. Moi, je vais dire simplement, humainement, il ne faut pas identifier un homme à sa tâche. Voilà, il ne faut pas que... C'est-à-dire ? C'est-à-dire que, même chez les gens qui... Il peut y avoir, même chez les gens qui ont une tâche, des bonnes choses qui sont faites. Il ne faut pas... Je le disais à propos de Mirabeau, je m'excuse, mais on a parfois des discussions sur la Révolution française avec mes collègues de la France insoumise.

5:36
Présentateur

Mirabeau, qu'Emmanuel Macron a cité hier en disant, Mirabeau, lui, contrairement à vous, député de la France insoumise, n'avait pas abandonné le mandat du peuple. Oui, mais il a fait bande à part à un moment.

5:44
François Ruffin

Il a fait bande à part à un moment, puisqu'il a évacué... Il ne désertère pas, Mirabeau et Seyel, si promptement le mandat que le peuple leur avait confié. Mais voilà, mais je veux dire, il y a des hommes qui peuvent faire des choses bien et qui, à un moment, ont une tâche. Il ne faut pas qu'il ne reste dans la mémoire que la tâche qu'ils ont. Mais bon, ceci dit, moi, je considère, par exemple, dans la chair Perférent, puisque c'est de ça qu'est-ce qu'il y a et les révélations du canard. Je veux dire, ça peut... Toutes les semaines, il y a un petit truc dans le canard. À moins qu'il faut venir sur la contestation des faits, mais il n'y a aucune contestation des faits.

Là, dans le truc d'Emmanuel Macron, c'est juste, passez votre chemin, intéressez-vous à autre chose, quoi.

6:18
Présentateur

J'avais envie de vous poser une question, mais je crois qu'on a déjà un peu entendu la réponse dans vos propos de ces dernières minutes. Quel député serez-vous dans les cinq ans qui viennent ? Ce sera le bruit et la fureur à l'Assemblée nationale ?

6:30
François Ruffin

Vous savez, moi, il faut y aller avec modestie dans cette arène que je ne connais pas, où je fais mes premiers pas. Donc, je ne vais pas vous dire que je vais arriver et ça va être le Tintamar et tout ça. Non, moi, je vais y aller avec timidité dans un premier temps. Oui, parce que c'est un lieu que je ne connais pas. Après, on verra. Mais je sais que... Moi, on m'a confié une écharpe et je dis, mon écharpe, elle a un rôle aussi en dehors de l'Assemblée nationale. C'est moi, ma bataille. Je dis, mon adversaire, c'est toujours la finance. Le changement de discours, ce n'est pas pour maintenant. Mais c'est surtout l'indifférence.

C'est comment on fait pour sortir les gens de l'apathie politique, pour leur redonner envie. Et je pense que, voilà, hier, mon rôle était plus d'être aux côtés de Laetitia et de venir ce matin porter sa parole pour tous les parents d'enfants handicapés que d'aller écouter Emmanuel Macron à Versailles.

7:18
Présentateur

Ça veut dire que le député François Ruffin, on le verra davantage dans les manifs que dans l'hémicycle ?

7:21
François Ruffin

Non, on le verra dans l'hémicycle. Mais moi, j'ai toujours dit pendant... On me disait pendant ma campagne... Bon, j'espère que le mercredi, on vous verra sur les bancs de l'Assemblée nationale. J'ai dit, je serai là où je suis le plus utile. S'il y a une expulsion de logement, par exemple, puisqu'il y a à Ville un ancien Goudieur qui, le 27 juillet, doit être expulsé, si je suis plus utile avec mon écharpe là, je serai là avec mon écharpe. Je serai là où je me sens le plus utile. Et je n'ai pas envie d'aller faire de la figuration.

7:49
Présentateur

Et vous allez conserver votre deuxième casquette, celle de journaliste militant à la tête de votre journal, Fakir ? Tout à fait, oui. Enfin, on va poursuivre

7:58
François Ruffin

la publication de Fakir. Vous savez, Fakir...

8:02
Présentateur

Que vous continuerez... Je dis ça parce que ça a suscité quelques critiques, pardon de vous interrompre, que vous continuerez à vendre à la criée avec l'écharpe de députés. Bon, si vous voulez, j'enlèverai l'écharpe. Je ne demande rien à moi.

8:12
François Ruffin

Mais bon, voilà. Oui, vous savez... Il n'y a pas un petit mélange des genres. Non, moi, la question pour moi, c'est comment je fais pour entrer à l'Assemblée nationale et demeurer fidèle à moi-même. Voilà, c'est une question et comment faire pour qu'il y ait une mue sans qu'il y ait de rupture ? Comment faire pour que je me sente bien ? Ça fait 18 ans que je vends mon journal à la criée. Je pense que c'est plutôt de l'humilité que de vendre son journal comme ça que d'espérer qu'il soit seulement vendu dans les relais et je continuerai à vendre mon journal. Je ne pense pas que ce soit une question qui intéresse formidablement les auditeurs.

8:42
Présentateur

François Ruffin, député de la France Insoumise, invité de France Inter jusqu'à 9h. On attend vos questions au standard de France Inter 01, 45, 24, 7000. Ce sera juste après la revue de presse.

François Ruffin : "Je n'ai pas été élu pour aller écouter le Président Soleil à Versailles quand il me sonne" — François Ruffin · Pourquijevote