Suppression de postes dans l'économie sociale et solidaire : "On s’attaque à l’intérêt général", dénonce Benoît Hamon
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
France Inter, Kevin Dufresch, le 5-7. Il est 6h21, la crise énergétique liée à la guerre au Moyen-Orient. 6 milliards d'euros d'économie supplémentaire a trouvé cette année. Un taux de chômage au plus haut depuis 5 ans à près de 8%. L'économie française en souffrance. Et voilà peut-être un indicateur supplémentaire. Plus de 10 000 emplois supprimés l'an dernier dans l'ESS, l'économie sociale et solidaire. Ces associations, fondations coopératives qui concilient activités économiques et utilités sociales. Et qui emploient plus de 2,5 millions de salariés en France. Bonjour Benoît Hamon. Bonjour. Vous êtes président du réseau ESS France.
Est-ce que c'est l'équivalent d'un plan social ce qu'il se passe dans l'économie sociale et solidaire ?
Indiscutablement, vous avez évoqué 10 000 emplois. C'était sur le dernier trimestre 2025. Les destructions d'emplois avaient déjà démarré au cours de l'année 2025. Il y a un certain nombre de grandes organisations que vous connaissez emblématiques. Comme le Secours Catholique, Aide, la Coordination Sud. Qui regroupe toutes les ONG qui font de l'aide humanitaire. Qui ont annoncé des plans sociaux. Mais il y a toutes ces associations de proximité. Toutes ces organisations que l'on rencontre autour de chez soi. Dans ce premier kilomètre où on a besoin de mobilité. On a besoin d'alimentation. On a besoin de sport, de culture. Et toutes ces organisations aujourd'hui qui ont mis un genou à terre.
Indiscutablement, aujourd'hui, il y a un vrai risque qui pèse sur la cohésion sociale. En raison de ces destructions d'emplois et d'activités.
À quoi c'est dû, Benoît Hamon ?
À des choix politiques. Le paradoxe, c'est que l'ESS, contrairement à une idée reçue, est moins aidée que l'économie conventionnelle. Spontanément, on pourrait dire qu'elle est plus aidée en raison des subventions aux associations. Et la Cour des comptes a montré que, pour faire grossièrement les choses, l'ESS ne pesait que pour 7% des transferts publics vers l'économie. Quand elle pèse 14% de l'emploi privé. Et pourtant, nous sommes l'objet de politiques qui sont des politiques de réduction des budgets. Près d'un milliard d'euros en moins dans le dernier budget pour les associations.
Quand on cumule les activités culturelles, l'aide internationale, le sport amateur, le lien social, la solidarité. Bon, ben, ça a un coût. Les associations ou les organisations de l'ESS diversifient leurs revenus. Elles essayent de moins dépendre du public. Mais il y a toujours une fraction qui dépend du public. Parce que nous assurons une mission d'intérêt général. Parce que la puissance publique nous délègue la médiation, le recyclage, les énergies renouvelables. Et c'est cette part qui diminue. Et qui se traduit par ces destructions d'emplois. Et au bout du compte, moins d'intérêt général et moins de cohésion sociale.
J'imagine que les annonces du gouvernement sur les 6 milliards à trouver cette année. Sur les nouvelles contraintes qui pèseront sur le budget 2027. Ne sont pas de nature à vous rassurer. Puisque, même si vous le disiez, ça pèse moins que pour le reste du privé. Et l'économie sociale et solidaire dépend d'un certain nombre de choix de la puissance publique.
Oui, on en dépend. Mais comme l'économie conventionnelle, je vais même vous dire parfois moins qu'elle. Mais c'est pour ça que maintenant que le gouvernement a beaucoup pris sur le dos du privé qui concourt à l'intérêt général. Qui prennent un tout petit peu à ceux qui concourent bien moins à l'intérêt général. Si je peux me permettre, mais dès lors que je vous dis que nous ne pesons que 7% des transferts publics et 14% de l'emploi privé, l'économie parasitaire, c'est tout sauf nous.
Et je pense que le gouvernement serait mieux inspiré s'il allait du côté des niches fiscales, du côté des aides sans contrepartie, remettre en cause un certain nombre de ces dépenses fiscales qui n'ont que guerre de conséquences en termes d'emploi, d'investissement et d'intérêt général. Donc cette fois-ci, par pitié, épargnez-nous.
Est-ce qu'il y a des secteurs, Benoît Hamon, qui sont plus touchés que d'autres par ces suppressions d'emplois dans l'économie sociale et solidaire ?
Oui, il y en a. Vous savez, en fait, il y a une très belle émission d'ailleurs de France Inter, Carnet de Campagne, qui illustre ça très bien. Le SS, c'est ce kilomètre autour de vous, vous allez trouver une épicerie solidaire, vous allez trouver une recyclerie, vous allez trouver un club de sport, un établissement culturel. Que sache encore un dispensaire, un centre dentaire géré par une mutualité, une maternité ou une crèche associative. C'est là qu'on est aujourd'hui le plus touché. C'est sur ce premier kilomètre de l'intérêt général. C'est ça qui est préoccupant.
Parce que, dans les faits, ce sont des droits fondamentaux pour bon nombre de Français qui, dans certains territoires, non plus qu'un service public résiduel, quelques écoles, un peu de gendarmerie en milieu rural, dans certains quartiers politiques de la ville, très peu de services publics, peu d'activités privées conventionnelles, restait l'ESS. Et si on s'attaque à l'ESS, on s'attaque à la fois à l'économie et à l'intérêt général. C'est pour ça que j'ai plaidé, moi, auprès de Sébastien Lecornu, j'ai plaidé auprès de Percy pour que, voilà, on fasse une pause sur ces prélèvements, en quelque sorte, qui sont ceux de l'État, à l'endroit d'une économie qui fait du bien.
Benoît Hamon, vous êtes avec nous depuis Mayotte, ce matin, où 15 000 élèves ne sont pas scolarisés. Pourtant, le ministère de l'Éducation nationale va supprimer des classes et donc des postes d'enseignants. Les structures de l'ESS, elles jouent un rôle important à Mayotte, vous avez pu le constater ?
Mayotte, c'est impressionnant. Je vous avoue que j'ai été assez bousculé, parce que j'ai vu 15 000 enfants non scolarisés dans la République, c'est une folie. Et quand vous savez que ceux qui sont scolarisés le sont parfois seulement deux matinées par jour, vous imaginez, il y a ici un état qui n'est pas absent, mais qui est démissionnaire dans certains aspects de ses missions fondamentales. Alors, qui compense tout cela ? Des organisations de l'économie sociale et solidaire. J'ai rencontré, moi, des associations qui font, tenez-vous bien, rien de ce que je vais dire là ne va, qui font des classes d'enfants non scolarisés.
C'est délirant qu'on puisse entendre ça avec des professeurs volontaires, avec des bénévoles, parfois avec des salariés, qui font classe à des enfants qui devraient être scolarisés. Et ce qui est particulièrement choquant, c'est qu'à une époque, on parle beaucoup des droits et des devoirs. On voit là que ce qui relève des devoirs de la puissance publique, justement de l'état de droit, ces engagements ne sont pas tenus. Alors, il y a des circonstances spécifiques, je ne jette pas la pierre à tout le monde, mais il y a eu des plans d'urgence pour un certain nombre de territoires.
Là, il est crucial qu'à Mayotte, sur au moins l'éducation et la scolarité, on mette les enfants dans les écoles, si on veut éviter des problèmes d'insécurité, comme on connaît Mayotte aujourd'hui, qui seraient encore plus graves dans dix ans.
Benoît Hamon, président du réseau ESS France, merci d'avoir été l'invité de France Inter ce matin, et bonne journée.
Merci à vous.
Benoît Hamon