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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 13 mai 2019 24 minContradictoireActualité / polémiqueEurope & internationalÉconomie & entreprisesSolidarités & familleImmigration & asile

Ian Brossat : "En même temps qu'on nous a donné l'Europe, on nous a refourgué le libéralisme"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 30 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 97 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:25OuverteRéponse directe

    Est-ce que l'Union européenne fait encore la force ou n'est-ce plus le cas ?

  • 2:31OuverteRéponse directe

    La France a besoin d'appartenir à l'Union européenne ?

  • 3:39OuverteRéponse directe

    On est plus forts ensemble que séparés, mais avec cohésion sociale ?

  • 4:32RelanceRéponse partielle

    Est-ce que vous réclamez la sortie des traités que les communistes n'ont jamais signés ?

  • 6:04RelanceRéponse directe

    Vous dites revoir les traités, mais votre programme est plus radical ?

  • 7:37OuverteRéponse directe

    Faut-il procéder comme Salvini sur tous les sujets pour changer l'Europe ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:57Invité politiqueFait
    « pour sauver l'Union européenne, il faut l'arrimer à un projet qui soit un projet de progrès social. »
  • 2:03Invité politiqueFait
    « depuis des années, en même temps qu'on nous a donné l'Europe, on nous a refourgué le libéralisme. »
  • 3:52Invité politiqueChiffre
    « le taux de travailleurs pauvres à l'intérieur de l'Union européenne est passé de 7% à 10% »
  • 3:58Invité politiqueChiffre
    « notre produit intérieur brut est passé de 15 000 milliards d'euros à 17 000 milliards d'euros »
  • 13:51Invité politiqueChiffre
    « le parti communiste, c'est 100 000 adhérents, 50 000 adhérents à jour de cotisation. »
  • 15:51Invité politiqueFait
    « je souhaite qu'un travailleur roumain qui travaille en France soit payé comme un français avec les mêmes cotisations sociales qu'un français. »
  • 16:47Invité politiqueFait
    « à l'époque, le président Hollande y ait mis énormément d'énergie. Puisqu'au bout de dix jours, il a renoncé à revoir le traité entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy »
  • 18:23Invité politiqueFait
    « il n'est pas normal de financer la transition énergétique en taxant l'ouvrier qui utilise son diesel pour aller sur son lieu de travail, alors que dans le même temps, l'avion, lui, n'est pas taxé. »
  • 20:10Invité politiqueChiffre
    « la Pologne, qui reçoit 12 milliards d'euros d'aide de l'Union européenne tous les ans, puisse dans le même temps dire aux pays du Sud « Débrouillez-vous tout seul ». »
  • 22:48Invité politiqueFait
    « le président de la République a dit, nous allons supprimer 120 000 postes de fonctionnaires. Dans le même temps, il a dit, on ne fermera plus d'hôpitaux et d'écoles. »

Temps de parole

  • Ian Brossat70 %
  • Présentateur16 %
  • Présentateur 26 %
  • Invité5 %

2,9 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

France Inter. Nicolas Demorand. Le 7-9. Et dans le cadre de la campagne des européennes, le 7-9 vous propose un dispositif spécial. Pendant les deux prochaines semaines, nous recevrons tour à tour huit têtes de liste dans le grand entretien de la matinale. Vous aurez évidemment la parole, amis auditeurs. Comme tous les jours, questions, réactions, interpellations au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et l'application France Inter. Je salue Yael Gauze, chef du service politique qui nous accompagnera, Alexandra et moi, tout au long de ces matinales spéciales. Et je salue surtout notre premier invité, Yann Brossat. Bonjour. Bonjour. Et merci d'inaugurer ce cycle.

Vous êtes tête de liste, parti communiste. On va entrer dans le détail de vos propositions et dans le cours de la campagne. D'abord une question de contexte. Ces européennes 2019 se déroulent dans un moment, je trouve, particulier. Un certain nombre de dirigeants dans le monde et en Europe se présentent comme hors système. Ils entendent défendre la force des nations par rapport aux constructions multilatérales anciennes et l'Union européenne en est une. Le Brexit montre par ailleurs que les forces centrifuges sont puissantes en Europe et que l'idée d'un destin commun ne va plus de soi. Première question, elle est large, mais c'est pour savoir où vous vous situez dans ce contexte.

Est-ce que l'Union européenne fait encore la force ou n'est-ce plus le cas ?

1:30
Ian Brossat

Vous savez, j'ai 38 ans et je fais partie d'une génération pour laquelle l'Union européenne était une espèce d'évidence. Et dans le même temps, nous le voyons aujourd'hui, l'Union européenne traverse une crise existentielle au point que son avenir est y compris menacé. On le voit, vous l'avez dit, avec le Brexit. On le voit avec la montée des nationalismes un peu partout en Europe. Je suis convaincu d'une chose, c'est que pour sauver l'Union européenne, il faut l'arrimer à un projet qui soit un projet de progrès social. Et le problème, c'est que depuis des années, en même temps qu'on nous a donné l'Europe, on nous a refourgué le libéralisme.

Et je pense qu'aujourd'hui, dans la crise existentielle que traverse l'Union européenne, il y a ces politiques libérales, ces politiques d'austérité, cette concurrence libre et non faussée qui fait que beaucoup de peuples d'Europe ne supportent plus l'Union européenne actuelle. Donc moi, je suis profondément attaché à l'Union européenne, attaché à l'idée que nous avons un destin commun. Mais pour sauver l'Europe, il faut qu'elle nous apporte du progrès, il faut qu'elle nous tire vers le haut au lieu de nous aspirer vers le bas, comme c'est trop le cas aujourd'hui.

2:31
Présentateur

Donc Yann Brossat, aujourd'hui, vous dites, par exemple, il y a deux mastodontes économiques, les Etats-Unis et la Chine. Vous dites que la France a besoin d'appartenir à l'Union européenne ?

2:40
Ian Brossat

Je dis que la France a besoin d'appartenir à l'Union européenne. Je ne suis pas favorable à une sortie de l'Union européenne. Dans le même temps, je suis profondément attaché à l'idée initiale qu'on nous a vendue. On nous a dit qu'il faut créer l'Union européenne pour pouvoir avoir un autre modèle économique que le modèle américain. Or, aujourd'hui, l'Union européenne, elle n'est pas un ralentisseur de mondialisation libérale, elle est un accélérateur de mondialisation libérale. La meilleure preuve, c'est que l'Union européenne n'a pas arrêté depuis maintenant des décennies d'encourager ces traités de libre-échange.

Et donc, moi, je pense, au contraire, que nous devons, en Europe, développer un autre modèle économique, un autre modèle de développement, bon pour le social, bon pour l'écologie. Bref, tout l'inverse de ce que nous avons aujourd'hui, tout l'inverse de ces logiques de concurrence libre et non faussée.

3:27
Présentateur

On est d'accord que pour des puissances moyennes, voire très moyennes, qui composent l'Union européenne, il y a un besoin de construction de ce type-là. On est tout de même plus forts ensemble que séparés.

3:43
Ian Brossat

Bien sûr qu'on est plus forts ensemble que séparés, mais on sera encore plus forts si on a aussi de la cohésion sociale, si on a encore le souci de réduire la pauvreté. Et quand on voit quand même qu'au cours des dix dernières années, le taux de travailleurs pauvres à l'intérieur de l'Union européenne est passé de 7% à 10%, et que dans le même temps, notre produit intérieur brut est passé de 15 000 milliards d'euros à 17 000 milliards d'euros, ça pose question. On est plus riche, on a produit plus de richesses, et dans le même temps, ceux qui ont produit ces richesses, eux, se sont appauvris. Pourquoi ?

Parce qu'on explique aux travailleurs français qu'ils doivent se serrer la ceinture parce que le polonais coûte moins cher, et on explique aux polonais qu'ils doivent se serrer la ceinture parce que le bulgare coûte encore moins cher. Donc notre ambition en Europe, ce doit être l'harmonisation sociale par le haut, et je pense que ce serait un combat beaucoup plus intéressant que le simple respect des 3% de déficit.

4:32
Invité

Yael Gauze, Yann Brossal, l'une des particularités du Parti communiste, c'est qu'il s'est toujours opposé dans la longue histoire de la construction européenne, opposé à tous les traités depuis l'acte unique. Est-ce que vous réclamez aujourd'hui la sortie de ces traités que les communistes n'ont jamais signés ?

4:45
Ian Brossat

Je dirais deux choses. D'abord, il faut s'affranchir de ces traités européens. Et je pense que la France, elle doit mener sa propre politique. Elle ne doit pas être le doigt sur la couture du pantalon à respecter ce critère des 3% de déficit public au nom duquel... Mais donc c'est quoi, un fréquilibre de gauche ? Non, moi je ne suis pas favorable à une sortie de l'Union Européenne, je vous l'ai dit. En revanche, je pense effectivement qu'il nous faut revoir ces traités. Parce que ce sont ces traités qui sont en train de tuer l'Europe. C'est parce que les citoyens d'Europe ne supportent plus ces politiques ultra-libérales qu'ils sont aujourd'hui en train de se détourner de l'Union Européenne.

5:19
Invité

Sortir ou revoir, ce n'est pas la même chose ?

5:20
Ian Brossat

Il faut les revoir de fond en cours. Il faut les réécrire. Je vais vous donner un exemple très simple. Il faut remplacer par exemple ce critère absurde des 3% de déficit public indépassable par un autre critère. Beaucoup plus vertueux, 0% de fraude fiscale. Il n'est pas normal qu'à l'intérieur de l'Union Européenne, nous continuions à tolérer la présence de paradis fiscaux. Quand même, quand on voit qu'on a confié la présidence de la Commission Européenne à un ancien chef d'Etat luxembourgeois, M. Juncker, qui a fait de son pays un paradis fiscal, ça pose quand même question. Battons-nous contre la fraude fiscale ?

Battons-nous par exemple pour qu'il y ait un taux minimal d'imposition sur les multinationales partout en Europe ? Ça nous permettrait de récupérer 1000 milliards d'euros, ce qui serait pas mal pour nos services publics.

6:04
Présentateur

Alors vous dites revoir les traités, mais en fait quand on lit attentivement votre programme, vous êtes plus radical que ça. Vous dites par exemple, il faut que la France refuse de présenter son budget à la Commission Européenne. Là c'est carrément le bras de fer que même le mouvement 5 étoiles des Italiens n'est pas allé jusqu'à faire.

6:18
Ian Brossat

D'abord le mouvement 5 étoiles des Italiens n'est pas ma référence. Effectivement, moi je considère qu'on a aujourd'hui une Union Européenne qui fonctionne du haut vers le bas et que ça n'est pas bon. Il n'est pas normal que le budget de la France soit présenté à la Commission Européenne avant d'être présenté aux élus du peuple, aux parlementaires nationaux. Enfin c'est quand même un problème. Ça pose un problème démocratique considérable que notre budget soit présenté à des gens non élus avant d'être présenté aux élus du peuple. Donc je pense effectivement que cette hiérarchie doit être revue. Ça ne veut pas dire qu'il faut faire n'importe quoi.

Ça ne veut pas dire qu'il ne faut plus qu'il n'y ait aucune espèce de cohérence. Mais je pense que les critères à partir desquels on détermine la justesse d'un budget doivent être revus. Je le redis, la question de l'évasion fiscale, de la fraude fiscale, de la lutte contre ce phénomène-là doit être une priorité absolue au sein de l'Union Européenne. Et s'il y a bien un combat que j'ai envie de mener au Parlement européen, c'est bien celui de la lutte contre la fraude fiscale. Il n'est pas normal quand même que parmi nos partenaires à l'intérieur de l'Union Européenne, il y ait des pays qui nous fassent les poches.

Or aujourd'hui, le Luxembourg, l'Irlande, les Pays-Bas, avec leur fiscalité, nous font les poches et nous privent de recettes fiscales. On n'a quand même pas construit l'Union Européenne pour se tirer dans les pattes. On nous a expliqué que c'était fait pour se serrer les coudes. Eh bien serrons-nous les coudes plutôt que de nous tirer dans les pattes.

7:37
Présentateur

Il faut, Yann Brossat, ne pas avoir peur de la crise en Europe. On a vu Matteo Salvini sur les migrants, par exemple, dire à un moment « je n'accepte plus la règle commune, elle est mal appliquée et moi, en tout cas, je ne l'appliquerai plus », créant donc une crise institutionnelle. Est-ce qu'il faut procéder comme ça sur tous les sujets que vous venez d'écrire ? Paul Magnette le dit, il ne faut pas avoir peur de la crise institutionnelle. C'est peut-être aussi comme ça qu'on changera l'Europe. Le rapport de force, oui.

8:11
Ian Brossat

Mais enfin, sur quel sujet ? Je vous pose la question, c'est une question de méthode. Bien sûr, moi je suis favorable au rapport de force et je pense qu'on n'avance que par le rapport de force. En revanche, je suis quand même frappé par le fait que l'Union Européenne a soumis la Grèce à un chantage monstrueux parce qu'elle ne respectait pas ses règles relatives au déficit public. Et on les a, enfin on les a, et l'Union Européenne les a tapés avec une énergie absolument monstrueuse.

En revanche, lorsque ce monsieur Salvini, ministre de l'Intérieur italien, signe un décret qui prévoit 5500 euros d'amende pour toute personne qui va sauver un migrant en mer, l'Union Européenne ne fait rien, ne dit rien, c'est quand même un sujet. Quelle est la hiérarchie de valeurs qui fait que lorsqu'un pays ne respecte pas les règles économiques, financières de l'austérité, on lui tape dessus. Et lorsqu'un pays prévoit une amende pour quelqu'un qui va simplement sauver quelqu'un qui est en train de se noyer en mer, je trouve que ça pose quand même question sur les valeurs sur lesquelles repose l'Union Européenne aujourd'hui. Yael Gauss.

9:13
Invité

Il y a un paradoxe en ce moment chez vous, chez Yann Brossat, chez vous les communistes plus généralement. Il y a des meetings qui se passent plutôt bien, même Josiane Balasco appelle à voter pour vous, Bernard Thibault, l'ancien leader de la CGT, les militants disent retrouver une forme de fierté d'être communiste. Mais vous êtes scotché à 2,5-3% dans les sondages, pas plus. Qu'est-ce qui se passe ? Comment vous expliquez ces bases-aux ?

9:34
Ian Brossat

D'abord je suis convaincu que nous ferons les 5%. Les 5%, si on regarde la participation à la dernière élection, c'est environ 800 000 voix. Et je suis convaincu que nous sommes tout à fait capables, nous les communistes, d'atteindre ce seuil de 5% et d'avoir des députés européens. Avec une telle concurrence, une telle offre à gauche ? Oui, parce que le parti communiste dans cette campagne, il a deux spécificités. Premièrement, vous l'avez dit, nous nous sommes des gens cohérents et constants. Nous avons toujours rejeté ces traités européens ultra-libéraux. Non pas parce que nous sommes anti-européens, mais parce que nous avons perçu très tôt l'ADN libéral de cette Europe.

Et puis deuxièmement, nous sommes la seule liste à être à l'image de la société. La seule liste à être composée à 50% d'ouvriers et d'employés. Et sur quelle autre liste vous trouverez des routiers, des coursiers à vélo, bref, des hommes et des femmes qui sont cette France qu'on voit si peu dans nos institutions ? Et d'ailleurs, avec notre bulletin de vote, vous pourrez faire l'histoire, puisque en deuxième position, il y a Marie-Hélène Bourlard. Elle est ouvrière et ça fait 30 ans qu'on n'a pas eu une ouvrière au Parlement européen. Donc nous avons beaucoup d'atouts. Nous avons bien l'intention de les faire connaître et je suis sûr que nous ferons ces 5%.

10:40
Invité

Mais si vous ne faites pas 5%, vous faites quoi ? Vous faites quoi demain ? Ça ne sert à rien tout ça ?

10:44
Ian Brossat

Nous les ferons. Moi j'en suis convaincu.

10:46
Invité

Vous resterez maire à Jordan-Hidalgo par exemple ?

10:48
Ian Brossat

Moi je suis convaincu que nous ferons les 5%. C'est la seule optique dans laquelle je me situe aujourd'hui. Je sors d'un week-end de 4 meetings un peu partout en France. Il y avait du monde, il y avait de l'enthousiasme. Et puis les communistes, j'y insiste aussi, dans cette période de grande confusion à gauche, où beaucoup de gens ne savent plus très bien se situer, où on voit des gens qui changent d'étiquette à chaque élection, et bien les communistes au moins, ils sont une espèce de repère. Ce sont des gens constants, fidèles, loyaux et on peut compter sur eux au Parlement européen. On ne serait plus maire adjoint de Paris quoi qu'il arrive.

Évidemment, en tout cas, élu, je ne serai pas maire adjoint puisque ce n'est pas légal. Donc je respecte la loi.

11:24
Présentateur

La gauche sortira vaporisée de cette élection européenne, Yann Brossat. N'est-ce pas dommage ? On verra les questions des auditeurs de France Inter, mais en général, ils sont très sévères sur l'incapacité ou le refus des personnalités de gauche de trouver une alliance et d'aller donc au suicide en chantant. Quelle est votre analyse de ça ?

11:51
Ian Brossat

Ils ont raison d'être en colère. Je le suis aussi à ma manière. J'ai pourtant tendu la main à Jean-Luc Mélenchon et à Benoît Hamon parce que je souhaitais que nous puissions faire alliance à ces élections européennes. Ils disent tous la même chose.

12:04
Présentateur

Oui, j'ai tendu la main, mais on ne m'a pas dit non. Tout le monde s'est tendu la main et tout le monde a refusé. C'est ça ce qu'il faut comprendre.

12:11
Ian Brossat

J'en tire deux conclusions. La première conclusion, c'est que moi, je ne tirerai pas dans les pattes des autres. Et je me suis fixé cette règle, ce code de bonne conduite et je m'y tiendrai. Il m'est arrivé par le passé de taper sur mes petits camarades et je pense que j'ai eu tort. Donc, je ne le referai pas. Et donc, ne comptez pas sur moi pour dire du mal des autres.

12:29
Invité

Vous l'avez fait pourtant. Jean-Luc Mélenchon, populiste, vous aviez dit récemment.

12:32
Ian Brossat

Il le dit lui-même. Je n'ai fait que le citer. Mais enfin, en tout cas, moi, je pense qu'on n'a pas intérêt à se taper dessus d'ici le 26 mai. Et surtout, après le 26 mai, il va bien que nous retrouvions le chemin de l'unité et du rassemblement. Parce que si nous ne voulons pas que Macron reste président de la République et que le débat politique se limite à un affrontement entre les fachos d'un côté et les libéraux d'autre part, il va bien falloir que la gauche se reparle. Et en tout cas, les communistes seront toujours disposés à ça.

13:00
Présentateur

Vous avez compris le concept de fédération populaire lancé par Jean-Luc Mélenchon après le 26 mai ?

13:07
Ian Brossat

Il a avancé ce concept. Ce que j'ai compris, c'est qu'il avait envie qu'on se reparle. Eh bien, chiche. Et nous, les communistes, nous serons toujours prêts à rediscuter avec les autres forces politiques de gauche parce qu'il n'y a que comme ça qu'on s'en sortira.

13:19
Présentateur

Allez, on file au standard. Bonjour Jean-François.

13:21
Auditeur

Oui, bonjour France Inter, bonjour toute l'équipe et bonjour Yann Brossard. Bonjour. Fort du résultat électoral du PC à la présidentielle 2017, puis du petit score aux législatives de la même année. Pourquoi n'avez-vous pas opté pour rallier vos voix à celles du PS pour cette élection européenne ou mieux à la France Insoumise, France Insoumise qui compte aujourd'hui plus de communistes militants qu'il n'en reste dans votre parti ?

13:45
Présentateur

Merci Jean-François pour cette question.

13:48
Ian Brossat

Yann Brossard vous répond. Ça pour le coup, ça n'est pas vrai. Le parti communiste, c'est 100 000 adhérents, 50 000 adhérents à jour de cotisation. Et en tout cas, on ne peut pas nier le fait que le parti communiste est une force politique qui compte un grand nombre de militants. Pour le reste, vous posez la question de l'unité de la gauche. J'y ai répondu d'une certaine manière. Pour être tout à fait honnête, faire alliance avec le PS aux élections européennes s'aurait été compliquée puisque nous avons des positions de fond qui ne sont pas les mêmes. Le PS a voté tous les traités européens. Ils ont dirigé le Parlement européen avec les libéraux.

Et donc, il aurait été un peu curieux que les communistes qui ont défendu des positions inverses se retrouvent sur la même liste. Pour ce qui est de Jean-Luc Mélenchon, je vous l'ai dit, je lui ai tendu la main. Il a décidé de tracer son propre chemin. Moi, ce que je souhaite en tout cas, c'est qu'on n'insulte pas l'avenir et que nous soyons tous capables de nous reparler demain. Et avec Benoît Hamon, c'était presque chaud à un moment donné ? Oui, écoutez, moi je ne vais pas passer mon temps avec des regrets. Aujourd'hui, nous sommes à deux semaines de ces élections européennes.

Et ce que je dis aux électeurs, c'est que dans ce contexte de grande confusion, quand on se dote de députés européens communistes, on se dote de gens cohérents. Vous savez, par exemple, on ne dit pas assez quel est le rôle des députés européens. Par exemple, les députés européens communistes, ils ont sauvé le plan européen d'aide alimentaire, le programme européen d'aide alimentaire qui permet à 3 millions de Français d'avoir accès à de la nourriture quand ils sont en précarité. Et ça, ça montre le rôle que des députés européens communistes peuvent avoir.

15:14
Présentateur

Je reviens sur le programme avec un point sur le dossier social. On a aujourd'hui plus d'un demi-million de travailleurs détachés en France. Votre but, in fine, ça serait d'abolir ce statut. Est-ce que vous voulez revenir sur la libre circulation des travailleurs ou tout au contraire ?

15:28
Ian Brossat

Mon objectif, c'est que les travailleurs étrangers qui viennent bosser en France soient protégés par le même contrat qu'un travailleur français. Et qu'on sorte enfin de ce dumping social, de cette concurrence déloyale qui nuit à tout le monde et à ces travailleurs qui travaillent souvent dans des conditions indignes et aux travailleurs français qui, du même coup, sont confrontés à une concurrence déloyale. Donc moi, je souhaite qu'un travailleur roumain qui travaille en France soit payé comme un français avec les mêmes cotisations sociales qu'un français.

15:59
Présentateur

Une question via l'application de France Inter. Suzanne, tout le monde promet de revoir les traités comme Hollande en 2012, mais c'est infaisable sans unanimité entre les pays. Pourquoi ne pas assumer une sortie ? Je vous repose avec les mots de Suzanne, une question qu'on vous a posée.

16:14
Ian Brossat

Quand on regarde l'exemple britannique, ça ne me donne pas envie de suivre le même chemin. D'autant que les Britanniques étaient moins intégrés que nous à l'Union Européenne. Donc si nous, les Français, décidions de partir, les conséquences seraient encore plus difficiles. Et puis, quand on sort de l'Union Européenne, on ne sort pas du capitalisme. On ne sort pas de la concurrence libre et non faussée. Donc moi, je ne suis pas un déserteur. J'ai envie de mener ce combat. Et je pense que si la France n'a pas pesé dans la réécriture de ses traités, c'est tout simplement parce qu'il n'y a pas eu la volonté politique de le faire.

D'ailleurs, on ne peut pas dire qu'à l'époque, le président Hollande y ait mis énormément d'énergie. Puisqu'au bout de dix jours, il a renoncé à revoir le traité entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, signé quelques temps avant.

16:58
Présentateur

Et Stéban, comment, toujours sur l'application, comment expliquer les faibles scores du PC alors que nous sommes dans une crise sociale et environnementale sans précédent ?

17:08
Ian Brossat

Parce qu'il y a aussi beaucoup de gens qui doutent de la possibilité de faire autrement. Beaucoup de gens qui sont d'accord avec l'idée que la société est injuste, mais beaucoup de gens qui se disent, est-ce qu'on va pouvoir y arriver ? Et puis surtout, tout cela engendre beaucoup d'abstention. Beaucoup d'abstention. Et aujourd'hui, beaucoup d'électeurs de gauche se disent, on va rester chez nous. Et bien moi, ce que j'ai envie de leur dire, c'est que si vous voulez avoir des députés européens qui vous défendent demain au Parlement, il faut aller aux urnes.

Et donc, j'invite les électeurs de gauche à ne pas bouder les urnes, à redresser la tête et à glisser un bulletin rouge, celui du Parti communiste, dans l'urne, parce que c'est le meilleur moyen d'être défendu au Parlement européen.

17:44
Invité

Yael ? Yann Brossard, le PC aussi se met à l'heure écologique. On vous a entendu dire que vous vouliez augmenter la TVA sur l'avion au profit du train, dissuader le recours à l'avion. Faites ce que je dis, pas forcément ce que je fais. Est-ce qu'on ne vous verra plus ? Promis juré, Instagramé, vos voyages très loin, torse nu, sur des plages paradisiaques au bout du monde ?

18:04
Ian Brossat

D'abord, il y a deux choses différentes. Il y a une conviction que j'ai, c'est qu'il n'est pas normal de financer la transition énergétique en taxant l'ouvrier qui utilise son diesel pour aller sur son lieu de travail, alors que dans le même temps, l'avion, lui, n'est pas taxé. Et je l'assume à 100%. Je préfère qu'on mette à contribution celui qui utilise l'avion, plutôt que d'aller emmerder l'ouvrier qui utilise son diesel et qui n'a plus le choix parce qu'on lui a fermé sa petite ligne de train pour faire des économies. Donc, ça, je l'assume. Après, quelles décisions concrètes on prend ? Premièrement, sur les longs courriers, oui, on taxe le kérosène.

18:44
Présentateur

Pour l'instant, les accords nous en empêchent.

18:46
Ian Brossat

Eh bien, il faut le faire. Il faut batailler.

18:48
Présentateur

On peut le faire au niveau français, national.

18:50
Ian Brossat

Il faudrait pouvoir le faire à l'échelle européenne. Il faudrait batailler pour pouvoir le faire. Et puis, deuxièmement, sur les petits trajets qu'aujourd'hui certains font en avion, Paris-Lyon, par exemple, qui peuvent être faits en train en moins de deux heures, je ne vois pas pourquoi ces trajets continuent d'exister. Et vous, exemplarité comme tête de liste ? Et moi, exemplarité, je m'y efforce. En tout cas, et je suis convaincu qu'aujourd'hui, on a une écologie qui n'est pas juste dès lors qu'elle demande à ceux qui ont les plus faibles moyens de faire les efforts les plus importants.

19:20
Présentateur

Alexandra, puis Elise au standard. Yann Brossat, sur la question des migrants, alors on est très loin, très loin du pic de 2015. Cependant, avec les beaux jours, les traversées reprennent. Votre particularité, c'est que vous voulez libéraliser les visas, les cartes de résidents. Donc, votre position par rapport aux migrations, c'est on ouvre la porte.

19:38
Ian Brossat

Moi, je suis favorable à ce qu'on accueille les migrants. Effectivement, quand je vois qu'il y a eu encore, il y a quelques jours, 60 morts supplémentaires en Méditerranée, et tout ça parce qu'on ne permet plus aux organisations non gouvernementales de faire leur travail, je dis que c'est une honte absolue. Et donc, deux choses. Premièrement, oui, il faut accueillir. Deuxièmement, il faut s'organiser pour accueillir. Je ne dis pas qu'il faut accueillir n'importe comment. Il faut une clé de répartition à l'échelle de l'Union européenne. Il faut tordre le bras à un certain nombre de pays qui, aujourd'hui, refusent l'accueil.

Il n'est pas normal que la Pologne, qui reçoit 12 milliards d'euros d'aide de l'Union européenne tous les ans, puisse dans le même temps dire aux pays du Sud « Débrouillez-vous tout seul ». Ça ne marche pas comme ça. La solidarité, ça marche dans les deux sens. Donc, si vous recevez 12 milliards d'euros par an, dans le même temps, vous assumez votre part de l'effort et vous faites votre travail de solidarité comme le font les autres. Sinon, l'Union européenne ne sert à rien. Donc, oui, moi, je l'assume. On accueille, on organise. Sans plafond ?

Mais non, enfin, sans plafond, avec une clé de répartition, une clé de répartition à l'échelle de l'Union européenne parce que ça ne peut pas être systématiquement les pays du Sud qui font leur travail en matière de solidarité. Puis, vous savez, moi, j'ai fait ce travail à l'échelle de Paris comme adjoint en charge de l'hébergement. Nous avons installé, par exemple, un centre d'hébergement à destination de réfugiés dans le 16e arrondissement. Quand on organise l'accueil, quand on héberge, quand on intègre, quand on apprend la langue, les choses fonctionnent bien. Donc, il faut organiser l'accueil.

Et si on passait un peu plus de temps à organiser l'accueil plutôt qu'à nourrir des polémiques débiles en faisant croire qu'on est confronté à une invasion migratoire, on s'en porterait beaucoup mieux.

21:16
Présentateur

Élise est au standard. Bonjour et bienvenue.

21:20
Auditeur

Bonjour.

21:21
Présentateur

On vous écoute, Élise.

21:22
Auditeur

Merci. J'avais une question. Est-ce que vous ne trouvez pas un peu arbitraire de dire que l'Europe devrait intervenir sur la taxe de 5 000 euros en Italie pour secouer les migrants, mais que dans un même temps, l'Europe ne devrait pas intervenir sur le budget de la France et l'Europe n'aurait peut-être pas dû intervenir de manière aussi brutale pour le cas de la Grèce et de son déficit annuel ?

21:49
Présentateur

Merci beaucoup, Élise, pour cette question. Yann Brossat vous répond.

21:53
Ian Brossat

C'est une excellente question qui nous renvoie à la question de l'échelle de valeur. Est-ce qu'on préfère les humains ou est-ce qu'on préfère l'argent et la finance ? Eh bien, moi, je fais le choix de l'humain et je suis plus révolté par le fait que M. Salvini puisse condamner à 5 500 euros quelqu'un qui est simplement coupable d'avoir sauvé la vie d'un migrant que de voir un pays s'affranchir de la règle des 3 % de déficit public. Mais enfin, chacun son échelle de valeur. J'ai la mienne, vous avez le droit d'avoir la vôtre.

22:23
Présentateur

Alexandra, une question d'actualité ? Oui, aujourd'hui, la réforme de la fonction publique est débattue à l'Assemblée. Alors, Emmanuel Macron a déjà évoqué le possible abandon de ce chiffre de 120 000 postes de fonctionnaires supprimés. On lit ce matin qu'Edouard Philippe, lui, n'a plus de dogme, finalement, sur le nombre de fonctionnaires. Est-ce que tout ça vous rassure ?

22:42
Ian Brossat

Me rassure, ce serait beaucoup dit. En revanche, je vois une contradiction assez simple. Le président de la République a dit, nous allons supprimer 120 000 postes de fonctionnaires. Dans le même temps, il a dit, on ne fermera plus d'hôpitaux et d'écoles. Donc, à un moment donné, il ne peut pas résoudre cette équation. En tout cas, je sais quelle est ma position. Je pense qu'on a besoin de services publics et donc qu'on a besoin de fonctionnaires. Et je voudrais, une fois de plus, rendre hommage au travail des fonctionnaires, des enseignants, des soignants, sur lesquels on tape beaucoup et qui, en réalité, font un travail formidable.

23:13
Invité

Un mot, Yael Goz. Hommage aussi aux militaires, peut-être deux soldats délitués pour sauver deux touristes imprudents. Est-ce que vous partagez ces critiques, notamment vis-à-vis du président, qui, selon la droite, notamment, n'aurait pas dû les accueillir à leur retour à Villager ? Rapidement, Yael Goz.

23:25
Ian Brossat

Non, et je pense que s'il y a bien un sujet sur lequel on devrait éviter de nourrir des polémiques, c'est bien celui-ci. Et à l'heure actuelle, j'ai surtout une pensée pour nos deux soldats et le sacrifice qu'ils ont réalisé.

23:34
Présentateur

Yann Brossat, tête de liste aux élections européennes. Merci d'avoir été au micro de France Inter ce matin. Une série, donc, de grands entretiens spéciaux toute cette semaine et la semaine d'après, avant l'élection.