Romans de la terre et des paysages, avec Marie-Hélène Lafon et Philippe Manevy
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
[musique] [musique] [musique] Bienvenue dans l'émission littéraire de public Sénat. Je suis ravie de vous retrouver pour un nouveau numéro d' bonheur des livres. C'est une émission hebdomadaire dans laquelle, vous le savez, nous essayons tout simplement de vous donner envie de lire et puis aussi de découvrir, de mieux connaître leurs auteurs. avec nous et bien deux romanciers passionnants de romanciers d'ailleurs qui parlent d'eux-même aussi on va on va le voir qui sont ancrés dans leur région attaché à cette terre qui a porté leur famille une terre apre on va en parler bien sûr mais très belle qui se trouve être l'Auvergne et d'ailleurs précisément c'est aussi ma terre natale et j'en suis donc d'autant plus touché c'est là que vont se nouer des histoires de grand-père de père de frères et de sœur d'abord avec Marie-Hélène Lafond qui nous propose Horschamp, un très beau livre chez Bûchet Chastel et puis Philippe Man qui lui est alors exceptionnellement est à Paris bien qu'enseignant à Montréal pour ce beau livre intitulé La montagne ardente aux éditions Le bruit du monde.
Alors d'abord merci infiniment à tous les deux d'être là. Nous avons beaucoup aimé vos livres. On y a trouvé des points communs, une espèce d'atmosphère commune et moi personnellement évidemment euh une un attachement tout particulier, un intérêt tout particulier.
Juste je rappelle Philippe Manvick que vous continuez donc à explorer vos origines dans ce livre. Euh, il y avait d'abord eu la colline qui travaille. Ça c'était le côté maternel et puis l'autre versant, le côté paternel, c'est aujourd'hui que nous le découvrons avec la montagne ardente et le portrait donc très émouvant d'un drôle de personnage, votre grand-père paternel qui s'appelle Joseph.
Alors, Marie-Hélène Lafond et bien vous êtes comme vous avez été parce que vous êtes fraîchement retraité, professeur comme Philippe Manvettre agrégé. vous avez enseigné à Paris d'ailleurs, bien que bien sûr né à Oriak que je connais bien. Vous avez reçu le concours de la nouvelle en 2016 et le Renaudo en 2020 pour Histoire du fils.
Alors c'était déjà une fresque familiale dans une dans une œuvre consacrée donc à ce Cantal qui est votre pays d'origine et à cette rivière la Centerre qui le traverse. et on va retrouver tout ça dans ce nouveau récit qui s'appelle Orchamp qui est très fort, très intense. C'est votre 11e roman, je ne me trompe pas Marianè Lafon.
Je sais pas si on peut faire ce compte. Voilà. Donc, on considère que ces deux auteurs que nous avons aujourd'hui enseignent et écrivent, ce qui n'est pas toujours facile, mais ce qui donne aussi une très belle littérature.
Nous suivons grâce à vous donc une famille de paysans mais surtout, j'allais dire les les enfants, c'està-dire le fils Gill et la sœur, la la fille Claire sur une cinquantaine d'années. D'abord, j'ai envie de dire Marie Lafond que ce qui frappe dans ce livre, c'est cet univers dont bien sûr nous allons parler des personnages, mais c'est surtout cet univers qui je dirais est de laur et de silence. Oui.
Oui. Travailler et se taire. Oui.
Donc les jours sont tissés de gestes h d'obligation h de contraintte beaucoup d'efforts, voilà qui reviennent. Voilà, on peut supposer en tout cas pour le père, pour le fils, c'est plus difficile mais pour le père et la mère, on peut supposer que ce travail apporte aussi des joies et des satisfactions. Pour le fils, c'est une question qui reste ouverte.
Bien sûr. Et de toute façon, on n'entre jamais dans ces considérationsl on n'entre pas dans les dans le le fort intérieur. On on ne partage pas ce qui est ressenti.
On n'en dit rien. H Et donc euh le livre est construit sur 10 tableaux. On alterne le regard de la sœur et le regard frère.
Et ils sont comme vous dites mystérieux l'un et l'autre. Euh c'était aussi une question de génération qui parlaient peu. Ce sont on connaît bien ces générations de nos parents.
Euh enfin vous êtes plus jeune Philippe mais euh nous ça nous concerne. Est-ce que cette ferme isolée dont vous parlez ressemblait à celle que vous avez connu vous-même ? Alors, il y a dans tous mes livres et dans celui-ci aussi hein, une veine autobiographique, des éléments, des paysages, des moments, des gestes, des sensations, euh des paroles rares, mais il y en a tout de même quelques-unes qui raisonnent, euh ont été évidemment euh glanés au fil des jours qui sont ceux de ma vie. et je tisse cette matière, mais je la tisse aussi hein de de sensations, d'écho, perçu autour de moi et qui ne m'appartiennent pas en propre.
Le le la matière de mes textes, elle est ainsi composée pièces et morceaux. J'ai coutume de dire que je coue, découv et que je suis dans tous mes livres en pièces détachées et que je suis la seule à savoir à quel point j'y suis ou pas qui a voilà qui a un lien. Alors, c'est dans ces 10 tableaux, bien sûr, on va en alternance, on va suivre ces deux personnages, Claire et Gill.
Et on voit bien que dès l'enfance, il ne se ressemble pas. C'est ça que vous décrivez. Ils vont faire des études, lui va rester d'une certaine façon le travail de la ferme.
Euh, il a lui estux, c'est ce que vous dites, parle peu. Elle davantage parce qu'elle s'est ouverte sur ben les études et l'émancipation. Comment peut-il y avoir autant de différence dans une même famille ?
Marieline Laf, ça voilà. ont tous constaté mais voilà il suffit d'ouvrir les yeux le réel est inépuisable et beaucoup plus inventif que je ne saurais l'être. Donc on a effectivement deux enfants qui sur croix sont très proches en âge et qui sont manifestement très différents dès la petite enfance et perçu comme tel.
Oui. Et on a aussi un garçon et une fille. C'est-à-dire que ce qui est attendu d'eux n'est pas du tout du même registre.
Bien sûr, ce que l'on attend du garçon, sauf cas exceptionnel d'une personnalité qui y serait rétive, on attend du garçon qu'il continue, qu'il reprenne la ferme. Et on attend dans ces années-là, dernier quart du 20e siècle parce qu'il y a une forte historicité, il y a un contexte très précis économique, sociologique et cetera. On attend des filles qu'elles aillent inventer leur vie ailleurs, hein.
Il y a pas de place économiquement pour ellou et il y a ces schémas-là qui sont même à la fin, c'est ce que vous dites, même à la fin du 20e siècle, on raisonne comme ça. Alors, j'allais dire Dieu merci pour l'émancipation des filles. C'est déjà euh une chose importante euh ce que l'on et d'ailleurs, on pense que peut-être vous avez vécu cette émancipation là, Marieine Lafon comme clair.
Tout à fait et et ça ça procède moins d'un choix personnel et d'une sorte de voyez de de d'élan romantique vers Paris que juste conquisit comme une Rastignac en Jupon. C'était pas ça du tout. C'était vraiment une détermination sociologique.
Les filles s'en allaient et par les études si elles apprenaient bien. Bien sûr. Et voilà.
Et c'est ce qu'a fait ma mère par exemple exactement de la même façon. Est-ce que Philippe Manv vous êtes sensible à ce à cette j'allais dire ce désir d'émancipation sociale de la part de la fille ? Enfin, est-ce que vous avez autour de vous euh connu des personnages qui lui ressemblaient ?
Oui, en fait, j'y pensais presque à l'inverse euh en en songeant au cas de la sœur de mon grand-père Joseph qui voilà qui elle finalement n'a pas eu le choix de euh se couler dans le rôle de sa propre mère et de d'accomplir les tâches domestiques parce que elle est encore à la génération précédente où les filles sont des aides à la ferme et donc malgré je crois sa grande intelligence et sa grande sensibilité, cette femme-là a pas n'a pas pu choisir son propre destin. Bien sûr. Ouais.
Et c'est très générationnel évidemment. C'est ça c'est c'est c'est ce qu'on c'est ce qu'on dit. Alors, je dirais que c'est Gill qui est au cœur du récit, mais je peux me tromper, mais enfin, j'ai plutôt le sentiment que c'est le personnage qui est le plus mystérieux, le plus sur lequel on s'interroge.
Il y a d'ailleurs, il y a un frère qui qui est déjà là dans les sources en 2023 dans votre livre, il est en filigrants. Voilà. Euh et vous avez dit que son destin est de reprendre euh la ferme, c'est son destin de fils, alors que pour clair, ça va être autre chose.
Euh et lui donc il va supporter quelque chose de très particulier, cette atmosphère familiale qui est la violence du père et le silence de la mère. Voilà, violence du père, silence de la mère et impossibilité dans cette famille, dans cette cellule familiale qui ne fonctionne pas bien, qui ne tourne pas rond, dirait-on impossibilité de transmettre. Donc il est pris au piège de cette famille qui va vers le pire puisque rien n'est transmis et en même temps il doit continuer.
C'est littéralement intenable comme position. Bien sûr. Et il en souffre beaucoup, on le sait.
Il est donc mystérieux, on le disait par le peu donc attachant. Et pourtant Claire lui dit et lui répète "Si tu veux partir, je serai là pour t'aider." C'est-à-dire que il pourrait avoir la tentation, il ne l'a pas. il n'est il ne il ne l'a pas en tout cas il ne s'autorise pas à l'avoir comme s'il n'avait pas les moyens psychiques de l'avoir et la pression qui est exercée sur lui tassitement mais d'une manière implacable et très tôt très tôt cette pression là est trop forte ou et cette phrase il l'entend sans bien savoir s'il la comprend et sa sœur la lui répète sans bien mesurer elle-même qu'elle en est la portée sû oui parce que ce serait une responsabilité énorme que de la partir.
Bien sûr et elle la lui répète parce qu'elle n'a pas d'autre choix devant le sentiment d'impuissance qu'elle tient quand elle voit ce qui est devenu la vie de son frère, ce qu'elle en perçoit du moins. Oui, parce qu'elle est très opaque. Oui, elle est opaque.
Mais cette fille, cette claire, peut-être vous l'avez fait vous eux-même, elle revient régulièrement. Elle est attirée par cette par ce pays natal, par ce frère. Elle veut et ce qui est très intéressant, c'est qu'elle revient, elle fait les travaux du quotidien et cetera.
Mais on sent bien qu'elle est ailleurs. Est-ce qu'elle est hors champ comme votre titre l'indique elle alors comme toute une part de sa vie est totalement hors champ et de surcroix le livre étant construit en 10 tableaux toute une part aussi de la vie de Gill des p entiers de la vie de Gill demeure horschamp c'est un horschamp que le lecteur habite ou n'habite pas d'ailleurs. Et cette claire, on suppose bien que lorsqu'elle est dans sa vie à Paris et cetera, elle a un tout autre rapport par exemple au mots à la à la langue.
Mais lorsqu'elle est rendue à l'espace familial, au paysage familial et à la cellule familiale, elle revient et elle retrouve le silence. Ouais. et elle s'en arrange et elle est toujours un peu à côté au fond de sa vie à Paris, de sa vie à la campagne.
Lui-même dans ce mystère, lui-même hors champ comme vous l'avez dit, l'un de ses amis va se suicider. au fond, il assiste aussi à au au à au bouleversement de la vie rurale aujourd'hui, de la vie paysane. Bien entendu, sa trajectoire de vie est compliquée si vous voulez par cette dimension euh qui qui est palpable à tout le monde de la mutation énorme qui a encaissé le le monde paysan avec des degrés divers parce que les mondes paysans sont très complexes.
Mais cette mutation qui n'en finit pas de ne pas finir, elle elle est là tout le temps et donc elle met à rue d'épreuve. Alors vous Philippe Manvi, vous êtes né donc bah Clairement [rires] pas lo voilà vous avez fait normal l'école normale supérieure grégé comme comme Marie-Hélène vous êtes parti donc je le disais enseigné à Montréal là vous vous êtes partis bon mais votre épouse esté québécoise donc prend que vous l'ayez suivi c'est pas uniquement pour quitter la campagne c'était pour rester en famille mais vous êtes attaché bien sûr à cette région d'origine euh puisque vous avez fait ce portrait d'une France disparue dont je parlais euh d'abord euh enfin dans dans un dans un premier livre et dans un et dans un deuxième qui s'appelle la montagne ardente dont dont nous parlons aujourd'hui. H euh alors d'abord euh vous acceptez le de d'être euh j'allais dire attaché à cette terre, vous l'êtes Oui.
Euh j'ai écouté récemment une émission de Marienne Lafond où elle parlait de de l'échonore entre attachement et arrachement, la rime entre les deux. Pour moi, ça faisait totalement sens. C'est-à-dire que mon lien avec cette terre et avec cette ferme en particulier qui est la ferme familiale est d'autant plus fort que je suis partie.
Et donc ça c'est devenu une sorte de lieu rêvé ou de lieu de refuge mental. En fait, c'est que j'y pense tout le temps, sachant bien que je ne pourrais pas y aller. Vous le décrivez au début du livre ce lieu que vous trouvez très beau.
Vous partez sur les chemins, vous aimez, il vous y promenez. Oui. Ouais.
J'ai séjourné un peu quelques semaines de vacances euh mais en fait voilà depuis quelques années la la ferme est louée. Donc voilà, il est hors de question qu'on aille embêté la locataire qui s'y trouve. Euh et surtout voilà dans les moments de doute quand on a euh quitté euh son pays, quand on est ailleurs, on a toujours un peu des moments de flottement euh ou dans les moments un peu d'angoisse planétaire, vous savez, avec les la situation écologique qu'on peut vivre et cetera ou même politiquement, on peut des tas de raisons d'avoir d'avoir euh je me suis rendu compte que dans mon esprit, ce lieu-là était le point de stabilité euh que que voilà que j'y pensais automatiquement dès lors qu'une angoisse qui restera toujours ce qui pourrait y retourner Mais cette beauté, vous la décrivez très bien, on est d'accord Marie Lafond, on trouve que cette région qui pourtant est rude, température continentale, très chaud en hiver, en été, très froid en hiver, la pierre de Volvic pour Clairmontferrand, enfin c'est une région sombre, les volcans, bon, elle est belle aussi.
Hm. Oui, c'est c'est c'est le toute la lumière des paysages et ce que vous dites très bien de de cette montagne qui attire voilà et qu'on atteint peut-être jamais tout à fait d'ailleurs he comme un horizon lumineux qui vous élargit la vie, vous met au-dessus de vous-même. Il y a cette dimension dans votre livre, le rapport au paysage, il est très présent dans dans votre texte.
H effectivement, je crois que l'on que qu'on soit croyant ou pas, il y a quelque chose qui se joue d'un rapport à la transcendance dans ces paysages-là qui sont tellement forts euh me semble-t-il euh qu'il renvoie immédiatement à quelque chose qui nous dépasse. Donc que certains vont nommer Dieu, que d'autres vont nommer la beauté, que d'autres vont nommer l'inspiration, mais il y a quelque chose qui est plus grand que l'homme je trouve et qui vous permet de réfléchir au fond de rentrer en vous-même quand vous y êtes puisque et d'être dans une forme de calme. Et pourquoi avoir exploré puisque ça fait donc pas mal d'années que vous vous y pensez presque 20 ans he Philippe cette famille donc et les deux versants, je disais celle qui travaille dans la ville, celle qui travaillent dans et puis celle qui travaillait à la campagne.
On a parlé du labeur et c'est ça c'est en fait c'est un seul et même projet depuis toujours. Euh c'est vrai en fait je suis un vieil écrivain débutant. [rires] J'ai commencé t enfin j'ai commencé la foign aussi j'ai commencé la fois tôt et tard.
C'est que j'écrivais beaucoup adolescents et j'écrivais beaucoup dans un lien très fort avec mes grands-parents et notamment avec mon grand-père maternel donc qui était l'ouvrier typographe de la Croix-Rouge donc à Lyon et cette partie-là et pour lui c'est l'aspect typographique qui est extrêmement important la mise en page l'orthographe. Et du côté paternel, c'est ma grand-mère que j'ai beaucoup connu qui était la compteuse, celle qui apportait les histoires, qui était une formidable compteuse. Et je pense que dans mon esprit, il y avait vraiment cette idée que si je voulais écrire un jour, il fallait d'abord leur rendre hommage, il fallait commencer par ça. ce que j'ai repoussé, repoussé, repoussé pendant 20 ans et puis voilà, vers la quarantaine, justement quand je suis partie à Montréal avec ma famille, euh j'ai vécu une sorte de déséquilibre où je me suis finalement raccrochée à l'écriture et la ce qui est sorti, la première chose qui est sortie, c'était en fait un manuscrit où il y avait la vie de mes quatre grands-parents.
Donc au départ, les deux livres n'en faisaient qu'un. C'était vie de Joseph, vie de Jeanne, vie de René, vie d'Alice. Euh puis c'est devenu la colline qui travaille, ça c'est Lyon et la montagne, ça c'est donc la campagne et voilà.
Finalement, ces quatre portés portraits sont devenus deux livres bien distincts. Ouais, bien sûr. Alors là, on suit donc ce grand-père Joseph, donc paternel, on l'a compris, mais que vous n'avez pas connu.
Et c'est donc votre père qui vous raconte son histoire d'une certaine façon. Et oui et sur le tard. C'est-à-dire que donc ce grand-père est mort 10 ans avant ma naissance et c'était un homme don dont on ne parlait pas.
Euh ni mon père alors qui est quelqu'un de très pudique donc je peux comprendre pourquoi voilà notaire. Alors notaire quand quand je dis notaire ça envoie une image qui est peut-être pas tout à fait conforme au personnage. Ouais.
Mais alors mon père est très fantaisiste et très euh c'est un homme très humble et très rêveur. Donc quand on dit noteur, on nimagine pas forcément ça dans le portrait. Donc voilà. et euh surtout un homme qui ne parle pas de lui-même, je pense par crainte d'être prétentieux.
Donc euh voilà, il m'a très peu raconté son histoire et curieusement ma grand-mère qui me racontait une multitude de choses sur une multitude de gens ne parlait pas de son mari défunt. Silence là de ce côté-là c'est fécond le silence. Et donc là encore voilà, on trouve ce thème génération et le silence, c'est très générationnel.
Alors bien sûr, mais on découvre quand même que ce Joseph qui est évidemment très touchant, attachant, il a il a été funambule. Alors, on le voit sur les toits sur les mains. Il marche sur les mains, passionné de mécanique euh et qui donc euh vit cette Jeanne qui est votre grand-mère.
Et puis aussi dans cette famille, il y a un grand oncle Victor qui va devenir prêtre. Alors, on est vraiment dans une mais est-ce qu'on peut dire que c'est une famille ordinaire ? Oui oui oui vraiment parce qu' en fait donc c'était une fraterie de cinq enfants et chacun avait un peu une destinée je pense assez classique contenu du milieu c'est-à-dire voilà l'un reprendrait la ferme l'autre éventuellement irait dans une autre ferme épousé la fille tiendrait la maison un autre serait prêtre alors le problème c'est que mon grand-père là-dedans n'avait pas tellement sa place parce qu'il était le cadet et que à la fois les travaux du des champs lui plaisaient mais c'était pas sa vocation Oui, la mécanique lui voilà lui c'était les automobiles vraiment ce que j'ai découvert d'ailleurs en écrivant livre, j'avais aucune idée qu'il avait été mécanicien euh taxi à une époque.
Enfin voilà, tout ce parcours là, je l'ignorais parce que voilà, moi je l'imaginais à partir de mes lectures. Donc je l'imaginais comme un personnage de Balzac, c'est-à-dire fils de paysan devenu devenu notaire par ambition sociale pour s'élever. ou d'ailleurs il va équiper en voiture.
Enfin, il lui il correspond à ce progrès dont on parlait tout à l'heure. Enfin, en tout cas, il essaie de l'épouser. Tout à fait.
Donc voilà, il a assisté à l'arrivée des premières automobiles, je pense, dans le massif du velet, enfin dans les monds du velet. Je pense que ça l'a fasciné, que ça correspondait aussi à son ingéniosité, pardon, je vais y arriver. Euh et que par ailleurs quand il est quand il est devenu noteur, l'aspect du métier qui l'intéressait, c'est d'être sur les routes comme souvent les notaires de campagne font.
C'est-à-dire d'aller faire des rendez-vous à la ferme, à domicile, rencontrer les gens, savoir où en sont les familles. Donc plus cet aspect-là que l'aspect purement euh juridique de recevoir les gens dans son bureau. De ce que j'ai compris, c'est pas ça qui le passionnait.
Et d'ailleurs, son fils, votre père, si j'ai bien compris, lui aussi est un atypique. Lui, il laisse parler les gens. Il laisse parler les gens.
D'ailleurs déborde la m'impatiente pousse impatiente ou et c'est vrai que j'ai découvert à quel point mon enfin ce qui est idiot en fait ce que j'aurais dû savoir mon père ressemble à son propre père bien évidemment ce que j'ignorais absolument et tout ça est une famille il faut le préciser aussi surtout dans votre livre Philippe Manqué par la grande histoire parce que ça traverse la guerre de 14 et c'est enfin c'est ce que nous racontaient nos grands-parents. Enfin c'est euh évidemment on a vécu aussi avec ces souvenirsl de la chance d'ailleurs pendant la garde 14 hein. Vous signalez bien effectivement à part un cousin lointain mais sinon dans la famille ils étaient soit trop jeunes pour aller combattre soit trop âgé ou à la tête d'une exploitation avec les enfants et cetera.
Hm. Moi je la voyais arriver avec angoisse en me disant ça va ça va nous en dégommer deux ou trois et en fait non parce qu'on s'attache au personnage et au flux du récit et cetera. Donc moi je voyais arriver à 141, je me disais "Oh là là là" là oui non et puis ça va décéder le les dates de naissance leuront ça.
Euh vous avez reconstitué cette vie de Joseph avec beaucoup de choses j'imagine. Des documents, des photos, des enfin des des archives et pas seulement le récit de parents. Oui.
Donc bah j'ai la chance d'être en relation avec les cousins de mon père qui vivent encore alors pas dans la ferme d'origine dans une ferme qui est toute proche et qui sont en fait de formidables archivistes qu'ils ont conservé chez eux dans des cartons à chapeau tous les documents de la famille depuis très très longtemps et surtout ils en ont une très bonne connaissance donc dès que j'avais un doute je pouvais aller les voir leur poser des questions. Donc Réginier François pour les nommer ont été des aides absolument formidables. Est-ce qu'il y a des auteurs l'un et l'autre vous écrivez sur ses familles sur cette ce terroir je le disais et c'est tout à fait émouvant et puis je crois que c'est bien d'aller rechercher ça et d'aller transmettre ces savoirs là parce que ça peut se perdre.
Est-ce qu'il y a eu des auteurs qui vous ont influencé justement ? Moi j'ai lu pour vous Philip Benv Jean Roua ou Annie Erna. Est-ce que pour vous Marianne Lafon ?
Mais vous disiez vie de Jeanne, vie de Joseph et cetera. Pierre Michon vie minuscule. Bien sûr, bien sûr.
Ça c'est c'est pour moi c'est un geste d'écriture absolument fondamental et et et fondateur. Mais mais mais Jiono, mais Ramu, mais Henry Poura, mais Balzac, mais Flobert. Voilà, donc c'est inépuisable ça aussi hein.
Absolument. Mais est-ce que vous n'avez pas le sentiment ? Et j'ai envie de dire depuis peut-être la mais peut-être que je me trompe cette rentrée de septembre où on va vraiment creuser ce ces origines de la France profonde.
On a donné le brigoncour à Laurent Movigier au combien mérité de magnifiques livres et c'est la même chose. C'est c'est ce récit balsacien des de nos familles, de nos Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi on a envie de creuser ça aujourd'hui ?
Peut-être que les temps, plus les temps sont vertigineux, euh voilà, plus on on va euh chercher des sources. h mot que je préfère au mot racine des sources, vous voyez, plus les tensions vertigineux, moi je je pense que c'est assez instinctif, c'est pas du tout un calcul éditor de pas aussi pour les jeunes générations. C'est peut-être aussi oui une réaction au présentisme.
C'est-à-dire que face à à ce présent permanent qui défile et qu'on a l'impression de ne pas pouvoir saisir, la mémoire est un lieu peut-être de stabilité ou en tout cas où une quête à plus long terme peut se déployer. Après ce qui est curieux c'est que chaque écrivain je pense le fait dans son coin sans imaginer qu'il est en réseau. Enfin qui travaille réseau, évidemment, il y a un réseau qui est bien sûr et sème comme ça et nous rappelle que d'où nous venons nous-mêmes.
C'est pour ça qu'on est touché parce que ce sont aussi nos récits finalement. et les échos que donnent les lecteurs au livre vont exactement dans le sens que ce que vous dites. Et de sur le socle le socle paysan dans la sociologie de la population française, il affleure très tôt hein, deux ou trois générations pour vous c'est vraiment ça et et pour moi, il se trouve qu'il est tout proche puisque je suis la première génération à avoir quitté le socle paysan mais il est là indic même si se rétrécit même si ce secteur primaire, ce secteur rural, mon dieu, c'est beaucoup menuisé, n'est plus un secteur économique aussi Pourtant qu'il a été au début du 20e, même à la moitié.
C'est très sensible dans votre livre hein. On voit bien dans cette nombreusie, il il reste de paysans et ensuite il en reste plus qu'un. Il reste plus qu'un parce que la vie est rude, il faut bien dire et avec des contraintes aussi de production.
C'est-à-dire qu'à un moment on ne peut plus faire que du lait, un moment le lait est n'est pas suffisamment rémunéré, donc il faut revenir à l'élevage, enfin voilà. Donc ils ne peuvent plus nécessairement choisir la manière dont ils pratiquent le métier. Non non, il y a même des drames qui insucident dans votre dans votre vie.
On retrouve voilà cette histoire économique du monde de ce monde paysan là en tout cas hein Moyen montagne cette agriculture là on la retrouve dans des termes très différents dans votre livre et dans le mien. Elle est là dans les deux. et gill la vie pleinement en en sans en pouvoir du tout en maîtriser les les tenants et les aboutissants et vos personnages aussi sont confrontés à cela.
Donc vous avez une manière différente de d'articuler ces choses que celles que je pratique dans mon livre, mais le le terrain est le même, la matière est la même. Alors ça c'est certainement le même observation d'un progrès qui va mettre sur le côté de la route plein de d' de normalement de paysans et de fermiers et ce secteur qu'on dont on constate le déclin presque inéluctablement. Euh je sais pas s'il y a une littérature québécoise qui vous a inspiré.
Oui. Alors, il y a une écrivaine québécoise que j'aime beaucoup et qui est assez peu connue, je pense, en France qui est Gabrielle Roi, qui est une magnifique romancière et qui est l'autrice aussi d'une de série de romans autobiographiques sur sa famille, donc notamment Rue des Chambau. Et al ce qui est particuleux, c'est qu'elle donc on dit québécoise pour raccourcir mais en fait elle est née au Manitoba donc dans un contexte des grandes plaines avec très peu de francophones.
Voilà, donc c'est c'est ce qu'elle raconte. Puis elle raconte aussi, elle a eu tout un parcours d'institutrice dans les grandes plaines auprès de communautés reculées autochtone en particulier. Euh c'est passionnant et c'est magnifiquement écrit.
C'est vraiment une très très grande plume de la littérature québécoise. Gabriel Ro merci de ce conseil. On imagine que vous écrivez aussi bien dans la ville qu'à la campagne vous deux.
Enfin ou quand comment quelle est l'expression que vous avez employé dans le temps arraché et en faisant feu de tout bois donc dans le pays premier pour moi et ou à Paris ou à Paris pareil pour vous Oui. Oui. Quand vos cours vous en laissent le dois dès que je peux.
Ouais. Alors euh ça nous a beaucoup intéressé et tout à fait touché Marie-Hélène Lafon s'appelle Horchamp chez Mé Chastel, un très beau livre et Philippe Panevi. Euh ça s'appelle la montagne ardente.
Là aussi un récit familial et surtout ancré dans cette région que nous connaissons bien et que nous aimons l'Auverne, le centre de la France. Alors quelques coups de cœur, vous avez parlé de cet auteur québécois, c'est important. Euh dans le prolongement de cette thématique euh ben la montagne Margarette de Frédéric Descran.
Euh c'est un beau premier roman très intense euh chez un éditeur de montagne qui s'appelle Guérin Paulsen. Personnellement, je ne le connaissais pas mais je crois que c'est important de les souligner. Un livre de poche aussi puisque et un classique contemporain d'une écrivaine suisse les années bienheureuses du châtiment Fleur GJ aux éditions Zoé.
Euh très beau roman traduit en 26 langues. Et puis aussi la sortie en poche d'un livre qu'on a beaucoup aimé. C'était le deuxème roman d'un d'un Guillaume Périlou.
Euh là ça s'appelle la couronne du serpent. Ça sort en poche. C'est c'est les destins croisés de Visconti Elmood Berger bien sûr son acteur fétiche et aussi le jeune Bernand Andresen qui avait incarné le jeune Tazio dans Mor à Venise.
Ce jeune suédois choisi quand il avait 15 ans pour être le héros de ce film. Mer exactement voilà tout à fait. Et qui était un personnage qui malheureusement après a porté toute sa vie ce drôle de cette surexposition à l'âge de 15 ans.
La couronne du serpent. Merci infiniment à tous les deux d'être venus nous voir. Merci.
Euh nous nous retrouvons très vite bien sûr pour un autre numéro de bonheur des livres. À très vite.
Laurent Lafon