Le gouvernement noté 3/10 ?! Aurore Bergé réagit - L'Interview Politique
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Noter, ça permet tout simplement, non pas de se citer par rapport aux autres, mais de savoir ce que soi-même, on a réussi ou pas.
Et alors le gouvernement, quand il a une note de 3,3 sur 10 attribuée par les 150 de la convention climat, il a réussi sa mission.
Attends, pause. C'est quoi le Créomédia ? On est une équipe qui vous propose du contenu vidéo respectant trois piliers. Le débat, l'ouverture d'esprit et la pluralité des opinions. Notre but, faire réfléchir et permettre la libre circulation des idées. Bonne vidéo.
Je ne vais pas mal, mais rassurez-vous, un jour je ne manquerai pas de mourir.
La semaine dernière, s'est tenu le vote solennel de la loi Climat et Résilience. Vous êtes rapporteuse du titre consommé. Qu'est-ce qui vous rend légitime à cela ?
Alors on dit rapporteur, parce que rapporteuse, ça a une connotation un peu bizarre liée au collège ou au lycée. Donc du coup, on va garder rapporteur, en tout cas pour une femme, on préfère. Donc on l'a voté de manière assez large déjà. 332 votes pour et seulement 77 contre. Donc ça veut dire qu'il y avait quand même une large approbation. Il y a toujours ceux qui vous diront qu'on n'est pas allé assez loin. Sur un certain nombre d'autres sujets. Ceux qui considèrent au contraire qu'on est allé déjà beaucoup trop loin sur certains. Donc je pense que c'est aussi la démonstration qu'on a tenu un équilibre. En fait, qui permet à la fois de faire en sorte que l'écologie, ce soit plus vu comme un sujet cosmétique ou gadget, mais bien pour ce que c'est, c'est-à-dire une urgence et une nécessité. Mais aussi la question de l'accompagnement. Comment on fait en sorte que tous les Français qui aspirent en vérité à avoir des pratiques qui sont plus vertueuses, eh bien aient les moyens de le faire. Et c'est ce qu'on a fait notamment sur la partie consommation. Il y avait à la fois des entreprises, il y avait des enjeux dans ce titre, c'est-à-dire dans cette partie de la loi qui était dédiée à ces questions-là. On avait à la fois les questions d'éducation. Comment on fait en sorte que les enfants dès le plus jeune âge aient les bons réflexes, mais que ce soit aussi fait sur des bases qui sont des bases scientifiques, objectives. Que ce ne soit pas n'importe qui aussi qui entre dans une salle de classe pour divulguer ou délivrer un enseignement à nos enfants. Je pense que ça, c'était important. Donc ça, on l'a vraiment inscrit dans le marbre désormais. Dans la Bible de l'éducation, c'est-à-dire le code de l'éducation. Il y a l'éducation à ces enjeux climatiques et au développement durable.
Par qui, du coup ?
Alors, ce sera soit par, évidemment, les enseignants qui vont être de plus en plus formés. Parce que le corollaire de ça, c'est évidemment aussi que nos enseignants puissent être formés à ces enjeux. Ils le sont déjà sur une base souvent scientifique, évidemment. Mais il faut aussi qu'ils puissent intégrer l'ensemble des enjeux développement durable. Soit par, éventuellement, des intervenants extérieurs, mais qui doivent être agréés. Encore une fois, ce n'est pas n'importe qui qui doit pouvoir entrer dans une salle de classe. N'importe quel lobby, évidemment, parce qu'on doit en préserver nos enfants. Mais ce n'est pas non plus aussi n'importe quelle association. Il faut évidemment qu'on puisse vérifier, tout simplement, le savoir qui est enseigné, qui est délivré à nos enfants.
Mais juste sur ce savoir, je lisais récemment un post de Jean-Marc Jancovici sur LinkedIn, où il est très actif. Jean-Marc Jancovici, qui préside la société Carbon4, et qui est très expert sur les questions de climat et de carbone. Il critiquait le manque de connaissances fondamentales sur le changement climatique. Sur le carbone, sur la biodiversité, mais surtout sur les aspects climatiques des représentants politiques. Est-ce que les enseignants vont réellement pouvoir...
Éduquer les politiques ?
Non, mais les enseignants sont-ils réellement suffisamment formés sur la durée de vie d'un kilogramme de carbone, de CO2, dans l'atmosphère ? Sur l'émission comparée de l'éolien, du solaire et du nucléaire ?
Alors, déjà, il y a à quel âge on doit délivrer des enseignements. On ne va pas apprendre la même chose ou le faire de la même manière pour un enfant qui est en classe de maternelle, et pour un lycéen ou un étudiant à l'université, ou dans une grande école, ou en BTS. Donc déjà, il y a une gradation. Vous apprenez aussi par des enseignements pratiques, quand vous êtes petit, et vous n'apprenez pas de la même manière. Et ça, les enseignants, eux, ils ont cette faculté pédagogique, parce que c'est le cœur de la manière avec laquelle ils ont appris, et ils savent ensuite délivrer un enseignement. Ensuite, là où il a raison, c'est qu'il y a une faiblesse générale en France du fait scientifique. C'est-à-dire, on a de moins en moins confiance dans la science, et on a aussi une faiblesse de connaissances en matière scientifique. Moi, je ne suis pas devenue épidémiologiste parce qu'on a eu la crise sanitaire et parce que j'ai lu Wikipédia. Sauf que, de fait, on a de plus en plus de personnes qui s'auto-investissent de missions ou de compétences qu'ils n'ont pas. Et donc, ça affaiblit aussi beaucoup le fait scientifique. Regardez, par exemple, tous les débats qu'on a sur la question vaccinale. Débats en amont, en disant de toute façon, les Français sont frileux, les Français ne voudront pas se faire vacciner, il y aura des doutes sur des vaccins. Ça a été assez vite gommé, parce qu'il y a eu une telle volonté, en vérité, de sortir de la crise, qu'on voit bien qu'on a tous plutôt envie de se faire vacciner plutôt que d'y renoncer. Mais quand on parle d'un vaccin en particulier, l'AstraZeneca, par exemple, eh bien, on voit bien que là encore, on en vient à avoir des gens qui ne parlent pas des faits, mais qui parlent de croyances. Ils disent, je crois que, je pense que, j'ai entendu dire que, il faut toujours exprimer des doutes, mais à un moment, les doutes, ils doivent se heurter à la réalité des faits et à la vérité scientifique qui est, elle, établie, vérifiable. Et je pense que c'est aussi cet esprit-là qu'on doit pouvoir délivrer, évidemment, dans la formation des enseignants, mais qu'ensuite, eux, ils sont à même de délivrer à nos enfants, pour qu'on puisse faire la différence entre ce qui relève de la science, ce qui relève d'une vérité, ou ce qui relève de la croyance. Et je crois que toute cette dernière année, elle a montré que les frontières, elles étaient quand même très poreuses sur ces questions-là.
Ma grand-mère a peur de l'AstraZeneca. Elle s'est fait vacciner deux fois, mais elle regrette presque, elle se dit, moi, je l'ai fait parce que mon fils me l'a demandé, mais si ça n'avait tenu qu'à moi, non, son fils, enfin, mon père, du coup, si ça n'avait tenu qu'à moi, je n'y serais pas allé. Est-ce que c'est lié ?
Les gens ont le droit d'avoir peur, les gens ont le droit de douter, les gens ont le droit de poser en permanence des questions, mais ça, c'est naturel, c'est humain face à une maladie qu'on connaissait très peu, face à des vaccins qui sont nouveaux, qui ont aussi des fonctionnalités et qui ont été fabriqués de manière complètement nouvelle. Donc, la question, ce n'est pas de reprocher à votre grand-mère d'avoir peur. La question, c'est qui doit dire si on doit ou non utiliser tel ou tel vaccin. Quand je vois, par exemple, des gens qui sont des grands fumeurs et qui, dans le même temps, ne vont pas se faire vacciner, ils ont bien plus de risques de développer une thrombose tout simplement en continuant à fumer, sans compter bien d'autres maladies, alors qu'avec le vaccin, outre le fait que le risque est minime et que ça a été démontré, par contre, en plus, ils peuvent être protégés des formes graves du virus. Donc, je pense qu'elle a eu raison de se faire vacciner. Je pense que si elle l'a fait, c'est non seulement parce que son fils lui a dit, mais probablement aussi parce que son médecin lui a dit, parce qu'elle a été conseillée. Et de fait, elle est aujourd'hui, grâce à ça, protégée des formes les plus graves du virus qui peuvent l'amener jusqu'au décès ou à des séquelles qui sont très conséquentes. Et d'ailleurs, quels que soient les âges, on le voit bien, les séquelles de gens qui ont contracté la maladie, même quand vous avez 30 ans, 35 ans, 50 ans, elles sont durables. Donc, c'est ça qu'on veut éviter. Et encore une fois, c'est pour ça qu'on doit se battre pour faire en sorte que la croyance ne l'emporte pas sur ce qui relève de la vérité scientifique.
Revenons à l'école. Vous êtes favorable à la notation à l'école ?
À la notation à l'école ? Moi, j'ai toujours été notée à l'école. Je n'en ai pas ressenti de grands traumatismes. Moi, je trouvais que c'était intéressant parce que ça permet de se situer, ça permet de savoir ce qu'on vaut. Ou s'il y a un moment, est-ce qu'on a... acquis ou pas les compétences qui sont attendues de nous ? Donc après, est-ce que c'est une note ? Est-ce que c'est des couleurs ? Peu importe. Mais le fait d'avoir peur d'être évalué, à mon avis, n'est pas une bonne chose. Déjà parce qu'il faut être lucide. Dans notre vie de tous les jours, on est en permanence évalué. On est évalué par nos amis, par nos proches, par nos collègues, par nos patrons. On évalue nous-mêmes en permanence les autres. On juge en permanence. Donc, il faut assumer aussi ce fait-là. Et donc, l'idée, ce n'est pas de venir sanctionner, parce qu'on va noter. C'est juste de dire qu'on vous permet de vous auto-évaluer. On vous permet de savoir tout simplement où vous en êtes. Sinon, comment vous faites ?
Donc une mauvaise note, c'est encourageant ?
Déjà, il y a un vrai sujet en France sur le fait que l'échec, ce n'est pas un problème. Ce n'est pas grave d'échouer. Ce n'est pas grave de se planter. Ce n'est pas grave d'avoir une mauvaise note. Et ce n'est pas pour autant que vous devez vous auto-flageller et considérer que votre vie est foutue parce que vous n'avez pas réussi votre concours blanc, votre exam, ou parce que vous avez dû redoubler une classe. Ce n'est pas vrai, en fait. Déjà, la réussite, elle a beaucoup d'autres facteurs qu'uniquement la réussite scolaire ou universitaire. Par contre, le fait tout simplement de savoir si oui ou non, est-ce que j'ai réussi ? Est-ce que ce qu'on attendait de moi, j'ai réussi à l'acquérir ? Je crois que ça, c'est important. Et le fait d'être noté, ça permet tout simplement, non pas de se citer par rapport aux autres, mais de savoir ce que soi-même, on a réussi ou pas.
— Et alors le gouvernement, quand il a une note de 3,3 sur 10 attribuée par les 150 de la Convention climat, il a réussi son exam ?
— La question, c'est qui note ? Et est-ce que ça a été biaisé ou pas ? Et c'est ça, la question qu'on doit aussi se poser. C'est-à-dire déjà, on peut s'interroger sur le fait qu'il fallait ou pas qu'il y ait une note qui soit délivrée, qui est une note d'ailleurs sur le projet de loi, qui n'est pas une note sur la loi définitive. Puis d'ailleurs, la loi, pour l'instant, elle a été votée à l'Assemblée nationale. Elle va suivre son parcours. Donc il faudrait peut-être la noter à la sortie aussi de l'Assemblée nationale. Et puis on va la re-noter à la sortie du Sénat. Et puis la re-noter à la fin, une fois qu'elle sera définie, une fois qu'elle sera définitivement adoptée. Peut-être qu'on verra que les choses évoluent. Ensuite, ce que je regrette, c'est la manière avec laquelle cette note a été attribuée. C'est-à-dire que vous aviez 150 personnes qui ont été des citoyens, qui ont été tirées au sort et qui ont accepté. D'autres avaient refusé. Donc là, c'est les 150 qui ont accepté au final de consacrer du temps et de l'engagement, très clair et très sincère, pour la Convention citoyenne pour le climat. Sauf qu'au moment de la notation, vous avez des citoyens qui, qui n'ont pas du tout pris part au vote, qui n'étaient pas présents. Et vous avez une vingtaine de personnes qui, systématiquement, quelle que soit la question, miséros. Quelle que soit la question. Même quand on fait la modification qui était demandée de la Constitution et de l'article 1er, c'est-à-dire...
— Ça n'a pas encore été fait. C'est intégré, mais c'est pas validé.
— Alors nous, on l'a voté à l'Assemblée nationale. Nous, on l'a voté à l'Assemblée. Maintenant, c'est le Sénat qui doit avancer. Ça s'appelle un processus parlementaire, tout simplement. Et on peut pas faire fi du Parlement. Ou alors je crois qu'on aura d'autres problèmes dans ce pays.
— Mais je suis d'accord avec vous sur l'idée que le politique, et notamment les parlementaires, doivent trancher et ont peut-être accès à une information plus large, parce qu'ils ont beaucoup d'experts qui viennent leur rendre visite, qui viennent leur expliquer ces sujets-là, ces problématiques. Est-ce que, pour autant, les conventionnels n'ont pas eu aussi... Eux, 250 experts qui sont venus leur parler des questions climatiques, n'ont pas progressé sur ces sujets-là ? Et ne seraient-ils pas suffisamment éclairés en tant que citoyens pour avoir la capacité, de prendre en compte, au moment où ils formulent des propositions, que ça peut avoir des impacts qui sont socialement difficiles pour d'autres personnes ? Voilà. Pourtant, s'ils les ont formulés, est-ce que c'est pas quand même...
— Eh mais moi, je remets pas du tout en cause la légitimité de la Convention. Moi, je pense qu'on n'est pas en concurrence. Enfin y a pas d'un côté les conventionnels qui auraient tort, qui auraient mal fait leur job, qui auraient pas rempli la mission qu'on leur a confiée, et de l'autre, les parlementaires qui savent et qui donc peuvent balayer d'un revers de la main tout ce qui a été fait. C'est pas vrai. La démocratie, c'est pas de mettre en concurrence une forme de démocratie délibérative, directe, et la démocratie représentative. C'est surtout faire en sorte que les deux puissent se rejoindre, justement, que ce soit pas de la confrontation en permanence, mais qu'on puisse se parler et qu'on puisse travailler ensemble. Sauf que nous, il faut aussi qu'on fasse notre job. Et notre job, on le fait comment ? On le fait d'abord en écoutant, c'est-à-dire qu'une fois qu'on a le texte et les propositions de la Convention citoyenne pour le climat, ben ensuite, y a un projet de loi. Ce projet de loi, il passe par un certain nombre d'étapes, de filtres, des filtres juridiques. Alors, on peut trouver que c'est contraignant, mais aussi, est-ce que c'est respectueux ou non de la Constitution, par exemple ? Le fait que le Conseil d'État donne un avis, c'est pas tout à fait anodin. Alors, on peut considérer que parfois, c'est très contraignant, et parfois, c'est vrai que sur certaines lois, y a des choses où on aimerait aller plus loin ou faire différemment, mais on peut pas, dans une démocratie, faire comme si ces garde-fous-là n'avaient plus aucun sens et n'existaient plus. Et puis après, y a en effet tout le travail que nous, on continue à faire de concertation et de consultation. Et on a écouté tout le monde. Moi, encore une fois, la partie sur laquelle j'étais rapporteur, c'est des dizaines et des dizaines et des dizaines d'auditions de personnes. Et ça va de toutes les ONG environnementales, ça va aux partenaires sociaux, ça va aux organisations professionnelles. Enfin, tout le monde a été entendu. Tout est public. On sait exactement qui on a auditionné, quel jour on l'a auditionné. Ils nous ont rendu des documents. Les auditions ont même été filmées pour un certain nombre d'entre elles. Donc y a rien de caché qui se fait derrière le rideau. Tout est transparent à l'Assemblée. Et puis ensuite, tous nos débats en commission, en séance publique, tout est retransmis en direct. Et on sait qui vote quoi et pourquoi on le fait. Donc y a pas de déni là-dessus. Et encore une fois, personne ne le fait de manière cachée. Je pense que ça, c'est important qu'il n'y ait pas ce fantasme de penser
qu'on ferait ça, encore une fois, sous le manteau. C'est pas vrai. — Ça fait partie de l'ambition aussi dans cette interview de recréer un lien de confiance entre les représentants politiques et les citoyens. — Ce qui est nécessaire. Mais encore une fois,
le meilleur moyen de le faire, c'est aussi d'assumer, de se dire qu'encore une fois, nous, on n'est pas entrés par réfraction. On est entrés parce que les Français, à un moment, ont fait des choix. Ils ont fait des choix parce qu'ils ont voté ou parce que d'ailleurs, certains n'ont pas voté. Ça concourt aussi, le fait de faire des choix. Et donc on a été élus. Et donc derrière, notre responsabilité, c'est d'être digne du mandat qu'on nous a confié. Et d'en être digne, c'est de faire notre travail. Et faire notre travail sur le projet de loi climat, c'était encore une fois d'arriver à pondérer, à prendre en considération l'ensemble des problématiques. Comment on fait pour garantir une trajectoire carbone ? Comment on fait pour se dire que oui, il faut bien qu'il y ait 40% de baisse des émissions de CO2 d'ici 2030 ? Et encore une fois, pas pour se faire plaisir, pas pour cocher la case, mais parce que c'est une nécessité. Mais comment on le fait dans un enjeu qui était aussi un enjeu de justice sociale pour qu'un moment, les Français, ils aient les moyens tout simplement d'être acteurs de l'écologie ? Enfin vous pouvez pas dire aux gens parce que ça va être fait. On va dire que les voitures les plus polluantes ne vont plus pouvoir accéder au cœur des villes de 45 plus grandes villes de France. On l'a mis dans la loi. Mais vous pouvez pas juste leur dire c'est fini, désolé, vous aviez une veille banale, donc vous pourrez plus rentrer. Il va falloir aussi qu'on leur donne les moyens d'en changer. — Ça prend du temps. — Non seulement ça prend du temps, et ça, il faut l'accepter, mais ça se finance, ça s'accompagne. On peut pas juste dire à des gens... Moi, je vis dans les Yvelines, donc c'est en grande couronne de gens qui mettent beaucoup de temps pour arriver à venir et bosser à venir, et bosser à Paris ou qui doivent transiter par Paris pour aller dans d'autres départements de l'Ile-de-France, leur dire « Vous avez pas de bol. Vous avez pas pu venir vivre à Paris ou vous avez le droit aussi de pas avoir envie d'y vivre. Par contre, vous avez plus le droit d'y passer ». Ben non. En fait, il faut leur donner aussi les moyens de le faire. Et donc encore une fois, c'est en permanence ça qu'on a dû pondérer.
— Rapidement, est-ce que vous avez une suggestion d'un autre sujet pour une nouvelle convention citoyenne peut-être à venir ?
— Moi, je pense beaucoup au sujet justement sur la culture. On a été... — Vous êtes à la Commission culture à la fin de la semaine. — Je suis à la Commission culture. Je suis très engagée sur ces questions-là. On n'a pas été privés de culture, parce que de fait, on a continué à vivre dans un pays où, au contraire, la création a pu continuer. Et ça, c'est une chance inestimable. Par contre, on a été privés de notre rapport habituel à la culture. On a été privés de nos salles de concerts, nos salles de spectacles, du cirque, des cinémas, des musées, du patrimoine en général. On n'a plus du tout eu les mêmes leviers pour y avoir accès. Et se dire qu'il faut qu'on arrive à recréer ce lien, se recréer ce lien entre les Français et le monde de la culture et les artistes en particulier, ça, je crois que ce serait très précieux à faire. Malheureusement, à chaque fois qu'on... Enfin vous savez, quand proactivement, on demande aux personnes quels sont les thèmes qui sont prioritaires pour eux, la culture, c'est jamais prioritaire. C'est jamais la première chose qu'on dit.
— « Artiste » était le métier le plus inutile dans un sondage que j'avais vu passer lors du premier confinement.
— Sauf qu'on peut pas parler d'inutilité en parlant des artistes et en parlant du monde de la culture. C'est absolument essentiel et c'est vital. Donc c'est pas une question de rentabilité. C'est pas une question de rentabilité. D'ailleurs, on pourrait en parler. Ça crée aussi de l'encore... — C'était par rapport à des aides-soignants, par rapport à des policiers, des pompiers, etc. — Oui. Enfin en même temps, les Français... Enfin on peut pas arriver à pondérer entre... Évidemment, quelqu'un qui va vous sauver la vie immédiatement sera toujours beaucoup plus essentiel qu'un parlementaire, qu'un journaliste, etc. Sauf que dans un pays où vous auriez plus une démocratie qui fonctionne, plus d'artistes qui permettent encore une fois de continuer à créer et d'être pleinement aussi une démocratie ou de journalistes qui vous en forment, à un moment, il y a quand même quelque chose qui est bancal dans le pays. Et la France, elle serait non plus ce qu'elle est si on n'avait plus des artistes qui puissent créer. Mais ils créent pas pour eux-mêmes. Ils créent parce qu'il y a un public en face. Et ils créent aussi pour que chacun puisse s'en emparer et que ce soit pas pure reproduction sociale ou parce que vous avez eu la chance d'être élevé et de baigner dedans. Moi, ça a été mon cas. Et je sais la chance que ça a été. Sinon, bah tant pis pour vous, en fait. Vous avez pas eu cette rencontre. Bah c'est pas grave. Vous passerez à côté toute votre vie. Et je crois que c'est pas parce que spontanément, on dit pas qu'on a besoin de culture ou que c'est prioritaire que ça doit pas pour autant l'être. Dans notre vie. Parce que ça l'est, en vérité. Et je crois que ça aurait du sens de le lancer. C'est pas forcément pour déboucher, d'ailleurs, sur un projet de loi. Mais tout simplement pour créer des espaces de dialogue, tout simplement.
— En parlant de culture, nous, on fait des interviews avec des artistes, des musiciens, avec des rappeurs, notamment. On aimerait bien recevoir quelqu'un comme Medin, qui vous a récemment accusé à porter plainte contre vous pour diffamation parce que vous l'auriez qualifié de rappeur islamiste sur un passage télé. Qu'est-ce que vous en pensez ?
— Ah bah c'est un fait. Je ne l'aurais pas. Je l'ai fait. La vidéo, elle est évidemment disponible. C'était en interview en matinale d'LCI. — Vous êtes scientifique à ce que vous organisez. Quand, à l'ENS, l'école normale supérieure, vous avez par exemple ce rappeur islamiste Medin qui est invité... — J'ai dit et je l'assume. Et moi, déjà, pour l'instant, j'ai eu aucune notification. C'est-à-dire qu'il dit avoir porté plainte. Pour l'instant, j'ai pas été notifié. J'ai pas... J'ai aucun élément lié à cette procédure. Donc je ne sais pas si ça a été fait ou pas et si ça va aboutir ou non. Moi, j'attends de voir si je suis mis en accusation. Je serai mis en accusation et j'en répondrai. Et après, il en répondra aussi. Et il expliquera les liens qui sont les siens ou pas. Et il suffit pour le coup de regarder sur les réseaux sociaux, justement, les publications qui ont été les siennes, au-delà même des textes, des chansons qu'il a pu écrire. Écrire, dire, chanter, etc. Il y a aussi l'attitude qui a été la sienne. Voilà. C'est à lui d'en répondre.
— Vous avez été favorable au fait qu'il ait renoncé à son concert au Bataclan en 2018 ?
— Ah mais il a renoncé parce qu'il y a eu une demande très puissante pour qu'il renonce. Moi, je m'étais exprimée à l'époque sur ce sujet-là, parce que je considérais que c'était une injure faite aux familles des victimes et à la mémoire des victimes, d'avoir un rappeur qui tenait ce genre de propos sur la laïcité qui puisse venir se produire au Bataclan après avoir subi une attaque de terrorisme islamiste. Et je crois qu'à un moment, il y a aussi une mémoire à honorer. Il faut se souvenir de ce qui s'est passé. Et on peut pas faire comme si ça n'avait pas existé. On peut pas avoir la mémoire courte, en fait. On peut pas s'émouvoir pendant 48 ou 72 heures, puis après se dire « Bon, après tout, on passe à autre chose ». Et on est dans une société de zapping permanent. Mais sur ces sujets-là, on peut pas zapper, en fait. — Les Français ont zappé Charlie et les attentats du Bataclan. — Je sais pas si les Français l'ont fait. Je pense qu'il y a une actualité qui fait que tout va extraordinairement vite. Vous savez, moi, je pensais pas vivre ça dans mon mandat parlementaire. Mais j'ai vécu un attentat terroriste islamiste sur ma circonscription, sur mon territoire, à Rambouillet. Rambouillet, c'est une ville de 30 000 habitants, qui est une ville paisible, qui est une ville tranquille, qui est une ville où il fait bon vivre, si vous voulez, où personne ne peut évidemment s'attendre à ce que tout d'un coup, une femme de 49 ans, parce qu'elle venait de changer son disque, de stationnement et qu'elle travaillait au commissariat de Rambouillet, puisse être assassinée et puisse être égorgée. En fait, c'est ça qui s'est passé en plein jour dans le sas même du commissariat de Rambouillet. Et il y a une émotion qui est extrêmement puissante. Mais je vois que cette émotion, elle reste parmi évidemment toutes celles et ceux qui l'ont connue. Elle reste sur le territoire. Elle reste à Rambouillet, c'est-à-dire là où elle a vécu, là où elle a travaillé, mais que finalement, l'émotion médiatique, ça dure 48, 72 heures, et qu'on passe à autre chose. Et qu'une actualité chasse l'autre. Et c'est extrêmement brutal. Et donc je dis juste qu'on ne peut pas avoir la mémoire courte. On ne peut pas applaudir les forces de l'ordre comme on l'a fait pendant les manifestations qui suivaient notamment les attentats de Charlie, pour ensuite leur cracher à la figure et considérer que c'est normal qu'ils se fassent tabasser en manif le 1er mai. Il faut juste avoir un peu de mémoire et être cohérent par rapport à la société qu'on veut. Et moi, c'est ce pour quoi je plaide en tout cas.
— Et est-ce que cet excès d'information, cette infobésité, comme on crée parfois ce mot valise, il n'est pas aussi alimenté par l'excès de passage en télévision et de médias dont vous-même, vous êtes l'une des figures ? Vous passez beaucoup, beaucoup à la télévision. Vous relayez beaucoup d'interventions sur votre chaîne YouTube. Sur Twitter, vous êtes très active. Est-ce que vous n'êtes pas en contradiction du coup avec ce discours-là ?
— Déjà, l'infobésité, je reprends complètement le terme. Après, déjà, qu'est-ce qu'on qualifie ? On qualifie être de l'information. Ça, c'est un vrai premier sujet quand même, de savoir à un moment est-ce qu'une information, elle est qualifiée ou pas, est-ce que ça a été un travail journalistique, est-ce qu'à un moment, on délivre vraiment de l'information ou pas, ou est-ce qu'on délivre une opinion. Et c'est pas la même chose du tout. Et on fait de moins en moins la différence. Donc ça, je pense qu'il y a... — Et qu'est-ce que vous délivrez ? — Non mais moi, quand je suis invitée, comme je suis là ou quand je le suis en télé, je réponds à une interview. Et je réponds typiquement sur LCI. J'étais face à un journaliste. C'était Jean-Michel Apathy qui me pose ces questions. C'est pas moi qui disais ça. C'est pas moi qui dicte l'interview. C'est pas moi qui lui dicte les questions. Et moi, je suis là pour répondre. Je suis députée. Je suis là aussi pour un moment à la fois faire et faire savoir ce qu'on fait. C'est assez basique comme principe, mais c'est assez nécessaire. Et donc en effet, je fais 1 à 2 médias par semaine. Et je réponds aux invitations. Et je passe plutôt à priori mes journées à dire non à beaucoup d'invitations. Je pense qu'on en a 5, 6, 7, 8 par jour où on répond non, en fait, et on dit que je n'irai pas. Donc j'en fais 1 à 2 par semaine, je vous dis, par rapport au volume d'invitations qu'on reçoit. Il y a des médias sur lesquels, parce que je considère que ce ne sont pas des médias, j'ai toujours refusé d'aller. Donc je n'irai jamais sur Le Chatoudet, par exemple. Je considère que ça n'est pas ma place. Je considère que je ne suis pas là pour donner un quelconque crédit à un média qui a d'autres intentions que celle d'informer et qui est financé par une puissance étrangère. Donc typiquement, je n'irai jamais.
— La Russie. — Oui. Son nom l'indique un peu. — Oui. Peut-être que tout le monde ne parle pas forcément anglophone dans le... — Mais donc voilà. C'est ça.
— Typiquement... Voilà. Ça, j'ai toujours refusé évidemment d'y aller. Après, sinon, à chaque fois qu'un média m'a invitée, j'ai accepté... Enfin j'ai jamais fait le tri. J'ai jamais dit que je voulais pas être interviewée par telle ou telle personne ou que je voulais pas être en plateau avec telle ou telle personne. Et voilà. Et je pense que notre job, c'est de répondre aussi. Parce que sinon, comment on s'adresse aux Français ? Moi, je m'y adresse localement. C'est-à-dire évidemment, je reçois comme tous les parlementaires, comme tous les élus, en permanence des gens dans ma permanence. Physiquement ou je les ai par téléphone. — Dans les Yvelines. — Oui. Dans les Yvelines, à Rambouillet et là où je suis élue. Mais sinon, comment vous interagissez avec les Français ? Les journalistes, c'est ça aussi ce travail-là. C'est-à-dire ils font un travail d'intermédiation permettant normalement de poser aussi les questions que les Français se posent pour nous permettre d'y répondre. Et après, encore une fois, c'est ce travail-là auquel on doit se confronter. En tout cas, quand on veut faire de la politique et qu'on a la chance de pouvoir en faire parce qu'on a été élus, notre responsabilité, c'est aussi de dire dans quelle direction on souhaite que le pays aille ou n'aille pas. Et typiquement, sur ces questions-là, je pense que les Français sont clairement en attente qu'on pose ces limites. Ils nous le disent en permanence. Ils le disent de plus en plus cruellement au moment des élections, soit en ne votant pas, soit en votant pour le RN. Et donc on a besoin à un moment aussi de poser ces limites, parce que si nous, on les pose pas, eh bien en fait, d'autres vont les poser, et vont les poser clairement et différemment et hors du champ républicain. Et on l'a vu récemment avec par exemple l'appropriation qu'a faite Marine Le Pen d'une élection, une tribune d'anciens généraux. Donc on a besoin... — Dans Valeurs Actuelles. — Je crois qu'on a profondément besoin d'avoir des repères. — Que nous avons reçus sur le friand. — Mais les hommes et les femmes politiques ont besoin de poser des repères, sinon on sert à quoi ? On sert à quoi ? On peut pas juste être une courroie de transmission et un tuyau où, de fait, les citoyens veulent ça et donc on vote. Enfin on a besoin, nous, d'être un filtre politique et donc d'assumer, d'avoir des convictions. — Et vous les en pensez quoi de cette tribune, vous, par exemple ? — Mais sur le fond, je peux d'ailleurs partager un certain nombre de leurs remarques. Évidemment, je pense qu'on est tous... Et je vous le dis, moi, je suis très marquée aussi parce qu'on vient de vivre ces dernières semaines, nous, sur le territoire, cet attentat. Donc évidemment, je pense qu'on est tous soucieux de ce qui doit être l'identité de notre pays, la manière avec laquelle on doit non pas être dans un camp retranché, mais au contraire démontrer que nos valeurs, elles sont des valeurs universelles et que c'est le meilleur garant de la démocratie, du pluralisme, de la capacité à tenir ensemble, en fait, et à faire corps. Donc ça, j'en suis convaincue. Après, est-ce que ce sont à des militaires de l'exprimer ? C'est un autre débat. Et ils le savaient bien, en signant cette tribune. Ils savaient très bien, évidemment, l'agitation que ça allait générer. Donc d'ailleurs, les Français sont en accord sur le fond. Ils l'ont dit en plein d'études d'opinion, qui étaient en phase sur le fond. Je pense qu'ils ont aussi beaucoup de respect pour le fait que ce sont des militaires. Ni vous ni moi, on s'est engagés dans des territoires où on a risqué notre vie. Eux, oui. Donc on a évidemment, par principe, du respect pour ceux qui l'ont fait. Mais ça ne justifie pas qu'on puisse avoir des prises d'opposition qui sont aussi fortes, aussi affirmées, alors qu'un militaire est aussi là pour démontrer sa loyauté, non pas à l'égard du politique, mais à l'égard de l'État, et donc une neutralité par rapport à ça. Et je sais que la frontière n'est pas simple. Je peux comprendre que certains veuillent en sortir. Mais dans ces cas-là, il faut qu'ils assument d'en sortir en redevenant civils, et pas en essayant en même temps de garder les loyautés de l'État. C'est important de garder la force et l'aura qui est la leur, parce que justement, ils ont eu ce passé glorieux, ou en tout cas ce passé militaire, et pour lequel les Français ont beaucoup de respect.
— Pour aller vers la fin, j'aimerais vous demander qui est-ce que vous souhaiteriez voir à votre place dans cette interview politique pour Le Crayon.
— On a beaucoup parlé culture. Donc moi, à chaque fois qu'il y a des invités sur Monde de la culture, je pense que c'est une bonne chose. Monde de la culture a été très affaiblie par la crise. Donc je pense qu'il faut donner de la place. Et de la voix, et de l'espace aux créateurs, aux artistes. Et je pense que là-dessus, il n'y a pas trop de difficultés à ce que vous puissiez trouver des hommes, des femmes, des jeunes ou des moins jeunes que vous pouvez inviter, que ce soit des directeurs de musée, que ce soit des dessinateurs, que ce soit des danseurs, que ce soit... Enfin voilà. On a un pays d'artistes. Donc choisissez parmi eux. Mais je pense que plus ils auront de place dans le débat public, et mieux on ira.
— Et Angeline Bachelot, la chef des artistes... — Elle n'est pas la chef des artistes. Il n'y a pas... — Faites l'avenir ici. — Faites l'avenir ici.
— Heureusement. Heureusement, ce n'est pas le ministère de la Culture qui dit aux artistes qu'ils doivent faire et penser et créer.
Mais si vous voulez, je lancerai l'invitation pour vous. — Avec plaisir. Que vous évoque la phrase « trace tes contours » qui est le crédo de notre média ?
Et c'est la question qu'on pose à tous nos invités. — Ça correspond bien à la vie politique. En tout cas, moi, telle que je la conçois. C'est-à-dire qu'à un moment, c'est à nous de créer le job. C'est à nous de faire notre propre place. C'est à nous de poser des limites, des frontières et de porter des convictions. Et je crois que c'est plutôt un bon crédo de vie. Au-delà de la vie politique, que de se dire qu'à partir du moment où on part d'une feuille blanche, c'est à nous justement de se dire si cette feuille est trop étroite ou si au contraire, on peut progressivement réussir à l'élargir. Et puis on peut peut-être même la changer progressivement. Donc je trouve que c'est un bon crédo.
— C'est la page blanche du Crayon. Merci Aurore Berger. — Merci à vous. — C'est la fin de cette interview. J'espère qu'elle vous aura plu. N'hésitez pas à nous le faire savoir en commentaire, à la partager autour de vous, à vous abonner à la chaîne du Crayon. On se retrouve mardi prochain pour une prochaine interview. Ciao !
Aurore Bergé