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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 18 mai 2022 26 min

Marine Le Pen : "Madame Borne c’est Emmanuel Macron bis, le même profil, la même vision technocratique"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Avec Léa Salamé, nous recevons ce matin l'ex-candidate RN à l'élection présidentielle, qualifiée pour le second tour, battue par Emmanuel Macron. Elle a recueilli plus de 41% des voix. Elle est députée RN du Pas-de-Calais et candidate à sa réélection. Amis auditeurs, vos questions au 01 45 24 7000 et sur l'application de France Inter. Marine Le Pen, bonjour. Bonjour, bonjour. Et bienvenue sur Inter. Merci de nous réserver votre première interview après la nomination lundi d'Elisabeth Borne à Matignon.

Sur Twitter, vous avez réagi en disant que cette nomination démontrait l'incapacité d'Emmanuel Macron à rassembler et la volonté de poursuivre sa politique de mépris, de déconstruction de l'État, de saccage social, de raquette fiscale et de laxisme. Quel accueil ! Vous félicitez-vous néanmoins que pour la deuxième fois seulement de l'histoire de la Ve République, plus de 30 ans après Edith Cresson, une femme soit nommée à ce poste ?

0:59
Marine Le Pen

Oui, je me féliciterai qu'une femme soit nommée à ce poste le jour où ça ne sera plus une information majeure. Voilà, parce que la réalité c'est que ça ne cache pas la politique que va mettre en œuvre Emmanuel Macron par l'intermédiaire de Mme Borne. En réalité, Mme Borne, c'est M. Macron bis, c'est le même, c'est la même, c'est le même profil, ce sont les mêmes idées, c'est la même vision froide, administrative, technocratique et en réalité les mêmes réalisations brutales.

Donc je pense qu'Emmanuel Macron l'a choisi précisément pour mener cette brutalité sociale qui lui tient à cœur et qui va pouvoir s'exprimer très rapidement, à mon sens, par l'intermédiaire de cette réforme des retraites contre laquelle nous allons évidemment nous battre avec la dernière énergie.

1:52
Intervenant

On va en parler, mais cette manière d'accueillir immédiatement cette nomination avec les mots ultra durs que vous avez employés, vous voyez par exemple Valérie Pécresse et Anne Hidalgo ont adressé leurs félicitations républicaines à la future première ministre. Vous qui pendant la campagne présidentielle avez prôné l'apaisement, le dialogue social, la réconciliation, pourquoi ne lui avoir pas donné des félicitations républicaines à cette nouvelle chef du gouvernement avant de la combattre politiquement ?

2:14
Marine Le Pen

Mais parce que je vais m'opposer et je m'oppose dès la première seconde à la politique qu'elle va mener. Moi je ne suis pas Mme Hidalgo, je n'ai pas appelé à voter pour Emmanuel Macron, je ne suis pas Mme Pécresse, l'intégralité de mes barons ne sont pas en train de se vendre ou de se demi-vendre à Emmanuel Macron, soit en le rejoignant directement comme le font beaucoup de barons à LR, soit en ayant négocié le fait de ne pas avoir de candidats contre aux législatifs comme M. Abad, je suis une opposition déterminée et par conséquent je vais me battre pour défendre les Français contre la politique qui va être menée par Mme Borne parce que, encore une fois, elle a un passif.

Elle a un passé et elle a un passif Mme Borne. C'est elle qui a fermé Fessenheim, c'est elle qui a expulsé les soignants non vaccinés en supprimant leur salaire et en les laissant dans une situation de dénuement total. C'est elle qui a fait la réforme du chômage qui est une réforme profondément injuste puisqu'elle a baissé en moyenne de 17% les indemnisations des chômeurs. Les plus précaires, 40% des chômeurs ont été touchés par cette réforme. Jamais il y a eu aussi peu de chômage en France depuis des années aussi. Non mais écoutez, vous allez m'expliquer comment ça fonctionne.

Parce qu'au sens du Bureau international du travail, jamais les chômeurs n'ont été aussi bas et pourtant les chiffres de l'INSEE stagnent. Il y a toujours 5 400 000 chômeurs dans notre pays. Il y en avait 5 500 000 quand Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir. La réalité de ce chiffre c'est quoi ? C'est qu'on a une ubérisation totale en fait de l'économie française. C'est-à-dire que dès que vous travaillez 2 ou 3 heures par semaine chez Deliveroo, eh bien vous n'êtes plus considéré comme un chômeur. Je suis désolé mais travailler 2 ou 3 heures par semaine chez Deliveroo, ça ne permet pas de vivre.

3:57
Présentateur

Elisabeth Borne présentera avant l'été un projet de loi sur le pouvoir d'achat avec une prolongation du bouclier tarifaire sur les prix du gaz et de l'électricité jusqu'à la fin 2022. Un chèque alimentaire sous la forme d'une aide de 50 à 60 euros par mois qui pourrait être versée aux bénéficiaires des minima sociaux. L'augmentation de la prime d'activité. Si vous êtes Marine Le Pen réélue députée en juin, est-ce que vous voterez ce projet de loi ?

4:25
Marine Le Pen

Non mais d'abord je vais l'amender, d'accord ? Parce que moi je considère, vous le savez, que ce n'est pas comme ça qu'il faut agir. Que cette situation va laisser les classes moyennes dans une situation insoutenable où elles, alors pour le coup les classes moyennes, elles ont la double peine. C'est-à-dire qu'elles payent ses chèques par les impôts ou par l'aggravation de la dette et elles payent aussi parce qu'elles vont augmenter les prix et qu'elles ne bénéficient jamais d'un coup de pouce. Donc il ne faut pas cibler les aides, c'est ça ce que vous dites ?

Est-ce qu'il faut supprimer la TVA sur un panier de 100 produits de première nécessité tout en mettant en place les contrôles, évidemment, pour que la grande distribution n'en profite pas pour faire des habits de marge ? Oui, ça c'était votre proposition, votre grande proposition pendant la campagne présidentielle.

5:10
Intervenant

Mais je vais continuer à le défendre. Vous avez perdu. Donc là, aujourd'hui, c'est Emmanuel Macron qui a été élu, qui applique ces mesures.

5:15
Marine Le Pen

Pardon, mais on vit dans une démocratie, d'accord ? Oui, absolument. Si vous considérez que l'opposition ne sert à rien, il faut supprimer l'Assemblée nationale.

5:20
Intervenant

Non, la question est de savoir si vous allez voter pour ce bouclier pouvoir d'achat ou pas. Puisque dans l'ancienne législative, vous avez voté contre certaines mesures. Vous avez voté contre le quoi qu'il en coûte, vous avez voté contre le bouclier tarifaire sur l'énergie. Ma question est de savoir si là, vous allez voter contre les mesures pour pouvoir d'achat.

5:37
Marine Le Pen

Les gens, ils ont le droit à la vérité, d'accord ? Et accessoirement, ils ont le droit à la précision. Je n'ai pas voté contre ces mesures. J'ai voté contre le budget. Oui, parce que quand on est dans l'opposition, je suis désolé de vous dire qu'on vote contre le budget. Je suis navré de vous le rappeler et je l'ai fait évidemment avec détermination, car le budget du gouvernement est une catastrophe. Je rappelle qu'il a fait 600 milliards d'euros de dettes supplémentaires en 5 ans. Qu'on a un déficit de la balance commerciale de 100 milliards, un record absolu.

Donc, l'incompétence d'Emmanuel Macron en matière d'économie n'a pas fini d'ailleurs, à mon avis, de perturber les mois et les années à venir des Français. Donc, vous vous opposerez systématiquement à tout ce qu'il proposera ? Non, ça n'est pas ce que j'ai dit. J'ai toujours travaillé de manière constructive avec les députés du Rassemblement National à l'Assemblée. Nous ferons tout ce qu'il faut pour aider les Français, mais nous ferons tout ce qu'il faut pour que tous les Français soient aidés.

encore une fois, que les classes moyennes ne soient pas laissées de côté et nous continuerons à proposer ce qui nous apparaît comme étant la meilleure des solutions, compte tenu du fait que notre situation économique est dramatique. Je vous rappelle que nous sommes face au mur de l'inflation. Emmanuel Macron a menti pendant la campagne présidentielle. Il a menti sur la croissance. On a appris une semaine après le second tour qu'elle était à 0%.

6:53
Intervenant

Au premier trimestre, elle sera autour de 2%.

6:57
Marine Le Pen

Oui, attendons de voir. Il a menti sur l'inflation. L'inflation est évidemment importante. Et nous sommes confrontés à des pénuries dans l'économie française qui sont massives. Je rappelle quand même un propos de M. Le Maire en janvier, qui disait que l'économie française tourne à plein régime. Et déjà à l'époque, il mentait éhontément. L'économie française ne tourne pas à plein régime. L'économie française a énormément de mal à tourner parce qu'elle n'a plus de matière première, parce qu'elle a des pénuries, parce que le gouvernement ne s'est pas intéressé à cela. Pas plus d'ailleurs pendant le quinquennat que depuis un mois où il ne s'est rien passé, Mme Salamé. Rien. Voilà, rien.

On pouvait s'attendre à une loi d'urgence sur le pouvoir d'achat. Rien. Donc pendant que le président de la République cherchait un premier ministre, désespérément, et bien les Français, eux, y continuaient à payer le caddie de plus en plus cher, à mettre de l'essence de plus en plus cher, car l'essence continue à augmenter et à voir leur salaire ne pas monter. C'est ça la réalité de la France aujourd'hui.

7:56
Présentateur

Elisabeth Borne aura également, vous en disiez un mot, en charge le dossier brûlant des retraites. Elle dit vouloir privilégier la concertation. Elle veut prendre en compte la pénibilité. Comment allez-vous combattre politiquement cette réforme ? Est-ce que ce sera à l'Assemblée, où dans la rue vient un troisième tour social contre le report de l'âge légal à 64-65 ans ?

8:19
Marine Le Pen

D'abord, je vais mener, encore une fois, je le fais d'ailleurs, je l'ai toujours fait, à l'Assemblée nationale, parce que c'est le lieu. Et c'est pour ça que je dis aux Français qu'il faut absolument qu'ils aillent voter aux élections législatives, parce que c'est bien beau de manifester, mais la réalité, c'est que c'est par le vote qu'on s'oppose à des mesures comme la réforme des retraites.

8:41
Intervenant

C'est là où on a du mal à vous comprendre, Marine Le Pen. Pardon, vous leur dites ce matin, c'est très important d'aller voter pour les élections législatives, et vous leur dites, en même temps, vous partez perdante pour cette campagne, puisque vous passez votre temps à expliquer que c'est plié et qu'Emmanuel Macron aura la majorité, quoi qu'il arrive. Comment voulez-vous mobiliser vos électeurs en leur envoyant un tel message, en leur disant, c'est comme si vous leur disiez, on a perdu, restez chez vous ?

9:02
Marine Le Pen

Donc en fait, vous me suggérez de mentir comme Jean-Luc Mélenchon ? Je ne sais pas. Moi, je ne vous suggère pas de mentir.

9:09
Intervenant

Je me demande comment on va à une élection en disant que vous m'avez c'est plié.

9:11
Marine Le Pen

Pardon, mais moi, je suis quelqu'un de responsable et surtout de respectueux à l'égard des électeurs. Je ne viens pas leur raconter de coups. Et je ne vais pas leur dire aujourd'hui l'inverse de ce que je leur ai dit pendant la campagne présidentielle. Pendant la campagne présidentielle, je leur ai dit, le quinquennat a été conçu pour que le président élu ait une majorité. Si je suis élu, j'aurai une majorité. Dès que Emmanuel Macron est élu, il aura une majorité. Mais d'abord, il peut avoir une majorité minime. Et c'est l'objectif, évidemment, de ces élections législatives. Deuxièmement, sur un certain nombre de sujets, il pourrait effectivement être mis en minorité.

Et ça, c'est extrêmement important. Mais venir leur dire aujourd'hui, un des trois blocs, car nous sommes face à trois blocs, le Rassemblement National, les NUPES, la ZAD, la NUPES, et je ne sais plus comment ça s'appelle, Renaissance en marche. Bon. Et par conséquent, le NUPES ne peut pas avoir 290 députés. Donc ne racontons pas d'histoire au français.

10:09
Présentateur

Il part gagnant, Jean-Luc Mélenchon. Il pense qu'il peut être Premier ministre, qu'il peut mobiliser les électeurs de gauche, créer une dynamique autour de lui. Est-ce qu'au moins stratégiquement, il n'a pas raison ? Et est-ce que, accessoirement, de fait, il n'est pas en train de devenir le premier opposant d'Emmanuel Macron à votre place ?

10:27
Marine Le Pen

Oui, c'est ça. Donc, si vous voulez, ça fait quand même... Vous êtes en train de nous dire qu'en réalité, stratégiquement, il faut mentir aux gens.

10:34
Présentateur

Non, je vous pose la question. Non, non, mais moi, je vous dis non.

10:36
Marine Le Pen

Il faut être combattif, non ? Alors, moi, si vous voulez, la carte magouille de Jean-Luc Mélenchon, je trouve ça honteux et irrespectueux à l'égard des électeurs. D'accord ? Ce n'est pas le Premier ministre qui est, c'est le Premier menteur pour l'instant qu'il est, en l'occurrence. Moi, je leur dis très clairement, il faut choisir une opposition qui est déterminée et qui est responsable. Déterminée, ça veut dire, évidemment, pas Jean-Luc Mélenchon, parce que lui, il est déterminé à faire élire Emmanuel Macron. Ça fait trois fois, quand même, qu'il le soutient. Il l'a soutenu en faisant voter pour François Hollande, il l'a soutenu en 2017 et il l'a fait élire en 2022.

Si vous appelez ça une opposition déterminée, je suis désolé, mais on n'a pas la même définition. Et deuxièmement, une opposition responsable, c'est-à-dire pas une opposition qui va se battre pour avoir le burkini dans les piscines. Parce que c'est ça, Jean-Luc Mélenchon, c'est l'abandon des valeurs de la laïcité, c'est l'abandon des valeurs républicaines, c'est l'abandon de la défense des femmes. Eh bien moi, des députés burkini, une coalition burkini, je n'en veux pas, et je dis aux Français qu'il ne faut surtout pas qu'ils envoient ça à l'Assemblée nationale.

11:40
Intervenant

En tout cas, Jean-Luc Mélenchon, lui, part uni Marine Le Pen. Il a réussi à unir la gauche derrière lui, dans Nupes. Quand vous, vous refusez toute alliance, notamment avec Reconquête d'Éric Zemmour, cette stratégie d'y aller seul, de refuser toute alliance, n'accentue-t-elle pas encore plus votre isolement ? On a l'impression que vous préférez perdre seul que d'être mal accompagné.

11:59
Marine Le Pen

Non mais cette union, cette union, encore une fois, faite par Jean-Luc Mélenchon, est une magouille. C'est l'union de qui ? Des pro-black bloc, de ceux qui défendent les casseurs d'extrême-gauche, du Burkini dans les piscines, de ceux qui ont appelé à voter pour Emmanuel Macron, comme le Parti Socialiste, ou comme les Verts, directement, eux. Alors, ils n'ont même pas fait semblant, eux, ils ont directement appelé à voter pour Emmanuel Macron, de la multiplication par quatre des impôts. C'est quoi cette coalition ? En fait, ce n'est pas une coalition politique, c'est un syndicat de défense de leurs intérêts personnels. Alors non, je ne suis pas comme ça.

Moi, encore une fois, je respecte mes électeurs et je veux que mes électeurs sachent que les députés qu'ils vont élire Rassemblement National défendront les idées que j'ai portées pendant la campagne présidentielle.

12:48
Intervenant

Mais on risque d'avoir moins de députés à l'Assemblée Nationale pour défendre vos idées ? Pas d'alliance avec personne ? Vous dites, on a l'impression, vous dites, pas grave si on a moins de députés tant que les félons, tant que les traîtres qui m'ont trahi,

12:59
Marine Le Pen

payent. Non mais pardon, excusez-moi, mais ne projetez pas sur moi vos propres mauvaises pensées car elles me sont totalement étrangères. Alors pourquoi vous faites une alliance avec Eric Zemmour qui vous a tendu la main ? Je vais vous dire pourquoi. Notamment, je vais vous donner un exemple. Demain matin, on va voter sur la réforme des retraites. Je suis fondamentalement opposé à la retraite à 65 ans. Je trouve que c'est une injustice sociale terrible. Comment je peux regarder mes électeurs dans les yeux si je leur dis que j'ai contribué à faire élire des députés qui vont, eux, voter cette réforme des retraites.

Or, je suis navré, mais si nous avons des points d'accord avec Eric Zemmour sur la lutte contre l'immigration, sur la lutte contre l'insécurité qui sont absolument des sujets fondamentaux, il n'en demeure pas moins que la justice sociale est aussi un sujet fondamental et que Eric Zemmour et ses députés, eux, ils voteront pour la retraite à 65 ans. Eh bien moi, je suis honnête, je suis droite, je suis loyale à l'égard de mes électeurs. Alors, peut-être, cela me met dans une situation plus difficile que d'autres, mais je préfère effectivement la loyauté, la droiture et la vérité à l'égard de mes électeurs plutôt que les magouilles politiciennes.

14:07
Présentateur

Au chapitre international, la Finlande et la Suède ont déposé ce matin conjointement leur candidature à l'OTAN. C'est un revirement historique pour ces deux pays. Quelle est votre réaction à cet événement ?

14:22
Marine Le Pen

La question que je me pose, c'est, est-ce que l'adhésion de ces deux pays à l'OTAN va nous permettre d'avancer vers la paix ? Voilà, parce qu'en fait, c'est la seule question qu'il faut se poser. Est-ce que élargir l'OTAN aujourd'hui fait avancer la paix ? Moi, je suis inamnée, mais... Quel est le rapport ?

14:42
Intervenant

Quel est le rapport ?

14:43
Marine Le Pen

Le rapport, vous le comprenez bien. Non,

14:45
Intervenant

il y a eu une agression d'un pays par un autre. Quel est le rapport avec l'OTAN ?

14:49
Marine Le Pen

Non, mais parce que vous savez très bien que l'origine de la paranoïa de la Russie, c'est l'élargissement de l'OTAN et la mise en place de structures militaires au plus près, en réalité, de la Russie. Donc, je ne justifie pas cette paranoïa, mais il faut en tenir compte. C'est ça aussi la géopolitique, c'est de tenir compte de la situation. Donc, je crois qu'aujourd'hui, au moment où nous nous parlons, les annonces d'élargissement de l'OTAN, les annonces d'élargissement de l'Union Européenne n'ont pas vocation, à mon sens, à permettre de trouver les solutions de la paix.

Moi, vous savez, j'ai lu la tribune d'Henri Guénaud, qu'il a publiée il y a peu de temps, et elle m'a en même temps confortée et confortée mon inquiétude sur le risque de nous voir entraînés dans une guerre que, en réalité, personne n'aura voulu, et qui, par un effet mécanique, entraînera toute une série de pays dans un conflit qui, de fait, deviendra mondial. Je pense que c'est ça le danger absolument majeur. Et tout doit être fait aujourd'hui avec raison pour tenter d'éviter cette situation qui déclencherait la Troisième Guerre mondiale.

16:06
Intervenant

Emmanuel Macron a dit hier à Volodymyr Zelensky que la France allait intensifier ses livraisons d'armes à l'Ukraine dans les prochains jours. Si j'en crois ce que vous nous dites ce matin, vous êtes contre. Il faut arrêter de livrer les armes.

16:16
Marine Le Pen

C'est toujours pareil. Si nous livrons des armes lourdes à l'Ukraine, alors nous devenons co-belligérants. Non, on en livre et on ne l'est pas pour l'instant. Oui, d'accord, mais on pourrait le devenir. Et si nous sommes co-belligérants, alors nous sommes en guerre contre la Russie.

16:30
Présentateur

Emmanuel Macron, dans un discours au Parlement européen il y a une semaine, a proposé de réviser les traités européens et de revenir sur la règle de l'unanimité. est-ce que vous le soutenez sur ce point ?

16:43
Marine Le Pen

Oui, alors Emmanuel Macron est en plein délire européiste solitaire, enfin pas tout à fait solitaire d'ailleurs, puisqu'il le fait avec Mme von der Leyen. Il veut là-deux changer la nature de l'Europe où les pays ne pourraient plus en réalité défendre leurs intérêts vitaux. C'est extrêmement grave. Dieu merci, il y a quand même une coalition d'un peu plus d'une dizaine de pays qui s'y opposent farouchement et ils ont parfaitement raison car si cette Europe-là fédérale intervient, alors les pays ne seront plus souverains. Alors la démocratie ne voudra plus rien dire et les peuples ne pourront plus décider pour eux-mêmes.

En fait, ils vont essayer de nous refourguer la constitution européenne, très certainement celle que les Français ont rejetée et qui était revenue par l'intermédiaire

17:31
Intervenant

du traité de Lisbonne. Plus souverain, plus indépendant avec cette règle de l'unanimité qui bloque une majorité d'avancée de l'Union européenne. Est-ce que ce n'est pas juste une mesure d'efficacité de dire on casse la règle de l'unanimité

17:45
Marine Le Pen

pour passer à la majorité ? Donc en fait, vous considérez que la facilité c'est d'abandonner notre liberté ? Eh bien moi, je considère que la liberté est une valeur supérieure et que la liberté des peuples à décider pour eux-mêmes est une valeur pour l'Occident supérieure à tout autre et je continuerai à me battre pour que les peuples puissent décider pour eux-mêmes et même si ça rend effectivement les discussions, la diplomatie plus difficile. Mais c'est le principe de la diplomatie, c'est d'essayer de trouver les moyens pour rapprocher des positions qui sont différentes.

mais obliger un pays à accepter une décision qui va à l'encontre de ses intérêts vitaux, de ses intérêts supérieurs, pour moi, on franchit la limite et l'on n'est plus dans ce cas-là dans une démocratie. Je me battrai toujours pour la démocratie.

18:37
Présentateur

On passe au standard d'Inter. Bonjour Frédéric, bienvenue. Oui, bonjour à tous, bonjour Inter, Madame Le Pen, bonjour.

18:44
Auditeur

Bonjour. En relisant votre programme, j'ai lu que face à la crise écologique, vous nous dites que les Français n'ont pas à changer leurs habitudes et qui ne sont pas responsables des erreurs commises par d'autres pays. Est-ce qu'il n'y a pas là une forme d'aveuglement et d'inconscience parce qu'en fin de compte la chaleur de l'évent ne s'arrête pas aux frontières et la France comme d'autres pays riches est directement responsable des dérèglements que se disent d'autres pays plus pauvres, en particulier ceux du Sud.

19:13
Marine Le Pen

Alors monsieur, pardon mais pardon monsieur mais ce propos que, enfin cet écrit que vous citez Merci Frédéric. Merci de votre question mais ce propos que vous citez intervient dans le domaine de l'énergie. Donc oui, je viens vous dire dans le domaine de l'énergie la France n'a absolument pas à rougir, elle a fait le bon choix grâce au général de Gaulle qui est le choix du nucléaire et de l'hydroélectricité.

Par conséquent, elle a une énergie qui est quasi décarbonée et elle a abandonné cette bonne idée au bénéfice de la multiplication d'éolienne et de solaire qui en l'occurrence sont des énergies intermittentes et oblige à s'appuyer sur des centrales à gaz et sur des centrales à charbon qui elles créent évidemment du CO2. Donc l'Allemagne qui est le pays que je pointais du doigt a fait un choix inverse il a fait le choix de l'abandon du nucléaire. Aujourd'hui, l'Allemagne produit considérablement plus de CO2 que la France.

Je dis donc que le modèle français est celui sur lequel on doit se baser, on doit le vendre, on doit le défendre, on doit en convaincre nos partenaires pour pouvoir agir au bénéfice du climat.

20:23
Présentateur

Elisabeth Borne sera responsable aussi de la planification écologique. Est-ce une bonne chose de planifier notamment la relance du nucléaire ? Le nucléaire qui était l'un de vos points d'accord avec Emmanuel Macron pendant la campagne. C'est une bonne chose de rattacher cette relance à Matignon et à la Première Ministre ?

20:39
Marine Le Pen

Sûrement, mais qu'est-ce qu'elle va défendre ? Parce que c'est elle qui a fermé Fessenheim, qui a été une absurdité écologique, une absurdité politique, une absurdité financière, une absurdité sociale puisque ça a mis des milliers de personnes au chômage. Donc, que va-t-elle défendre ? C'est elle qui, je rappelle, a soutenu également lorsqu'elle était avec Ségolène Royal la fermeture de 14 réacteurs nucléaires. Donc, que pense Mme Borne ou est-ce qu'elle est là juste pour suivre les changements d'avis d'Emmanuel Macron ? Ça, pour l'instant, nous n'en savons rien.

Tout à l'heure, je vous ai dit, vous voyez, j'ai l'esprit d'escalier, mais tout à l'heure, quand on parlait des chiffres du chômage, je vous ai dit, INSEE, c'est évidemment Pôle emploi.

21:20
Présentateur

Athème au standard.

21:22
Auditeur

Bonjour, bienvenue. Bonjour Nicolas, bonjour Léa, bonjour Mme Le Pen. Bonjour. Bonjour. Alors, Mme Le Pen, depuis des semaines, vous vous attaquez plus à la NUPES qu'à la Macronie. Vous continuez donc à servir d'assurance-vie du système. Si je comprends bien, vous faites tout pour favoriser la retraite à 65 ans et l'européisme B.A. de M. Macron. Le point a titré la semaine dernière Mélenchon, l'autre Le Pen. Moi, je dirais plutôt Le Pen, l'autre Macron.

21:45
Présentateur

Merci.

21:45
Marine Le Pen

Athème. Dites-moi Athème, qui a combattu Emmanuel Macron au second tour ? Parce que NUPES, en l'occurrence, a appelé à voter pour Emmanuel Macron. D'accord ? Donc s'il y a quelqu'un

21:54
Auditeur

qui est responsable demain... Madame, c'est faux ce que vous dites. On n'a pas appelé et on n'a pas appelé à voter. Oui, alors je précise, je suis militant au NUPES mais bon, je pense que tout le monde aura... Oui, on l'avait imaginé. Voilà. Mais je suis désolé, on n'a pas appelé, en tout cas Mélenchon n'a pas appelé à voter M. Macron ni en 2017 ni en 2022.

22:12
Marine Le Pen

Alors on laisse répondre Marine Le Pen. On va revoir ça ensemble, cher monsieur. Le PS a appelé à voter Macron. Les Verts ont appelé à voter Macron. Ils sont bien dans NUPES, me semble-t-il. Ça c'est la première chose. Deuxièmement, alors qu'en 2017, Jean-Luc Mélenchon avait dit en réalité ni ni, ni Le Pen, ni Macron, eh bien cette fois-ci il est allé beaucoup plus loin et il a dit pas une voix pour Marine Le Pen et il l'a répété cinq ou six fois. Ça voulait dire quoi cher monsieur. Ça voulait dire vous pouvez vous abstenir, vous pouvez voter Macron, vous pouvez voter Macron mais surtout ne votez pas Marine Le Pen.

Alors oui, NUPES est responsable de l'élection d'Emmanuel Macron, il est donc responsable de la future retraite à 65 ans. Vous êtes vous, je considère, les NUPES, le mouvement NUPES est un mouvement que je considère irresponsable et il démontre d'ailleurs jour après jour qu'il ne peut pas être un parti de gouvernement.

23:10
Intervenant

Marine Le Pen, vous vous êtes fait discrète quelques jours après le second tour et l'élection d'Emmanuel Macron. Vous avez pris quelques jours pour vous le temps d'analyser les raisons de cette nouvelle défaite. Qu'est-ce qui n'a pas marché selon vous ? Qu'est-ce qui vous a manqué cette fois-ci ?

23:24
Marine Le Pen

Non mais je pense qu'il n'est pas du tout temps de faire ce bilan. D'abord parce qu'on est encore dans le combat. Je vous rappelle que la séquence électorale qui est la séquence de mise en place des institutions de la République française c'est le président, ça a été fait et l'Assemblée nationale. Donc on va mener ce combat et on fera comme en 2017 on mènera une réflexion pour savoir comment est-ce que nous aurions pu gagner les 8 points qui nous a manqué pour pouvoir gagner cette élection présidentielle.

23:54
Intervenant

Le débat, certains vous attendaient plus vindicatifs, plus combattifs face à Emmanuel Macron. Diriez-vous qu'ils ont eu tort ? Vous avez eu l'impression cette fois-ci d'avoir réussi l'exercice ?

24:02
Marine Le Pen

Oui, je le crois mais de toute façon je marcherai sur l'eau que les journalistes considèreraient que je ne sais pas nager. Bon voilà, j'ai bien compris c'est ou trop peu c'est ou trop ou trop peu ça va jamais dans le bon sens.

24:14
Intervenant

Vous avez réussi l'exercice du débat.

24:16
Marine Le Pen

Mais écoutez, j'ai défendu mes idées et j'ai réussi à montrer je crois aux Français la nocivité des positions d'Emmanuel Macron. Donc en cela, oui je crois que ce débat était réussi. En tout cas, c'est ce que me disent les Français que je croise sur le terrain où je suis 5 jours par semaine.

24:34
Présentateur

Vous reprendrez la tête du Rassemblement National après les législatives ou vous laissez la place à Jordan Bardella ?

24:40
Marine Le Pen

Mais nous verrons, je vous dirai ça après les législatives. Tout dépendra aussi des résultats évidemment des législatives et moi je demande aux Français surtout de m'aider à les aider. Parce que je ne peux pas les aider, je ne peux pas les défendre encore une fois si eux-mêmes ne font pas le choix d'aller voter. Donc je les appelle tous à considérer ce combat législatif comme un combat fondamental. C'est lui qui va déterminer la forme de l'Assemblée Nationale pendant les 5 prochaines années et l'opposition à Emmanuel Macron qui pourra par définition faire pression sur lui pour tenter de limiter le fait qu'il ait dramatiquement demain les pleins pouvoirs.

25:21
Intervenant

Dernière question, il ferait un bon candidat à la présidentielle Jordan Bardella ?

25:24
Marine Le Pen

Et pourquoi pas ? Il en a en tout cas

25:26
Intervenant

toutes les qualités.

25:26
Présentateur

Merci Marine Le Pen d'avoir été au micro d'Inter. Merci à vous.

25:31
Marine Le Pen

France Inter Sous-titrage Société Radio-Canada