François Sauvadet : « L’Hémicycle vote des prestations sociales que nous ne pouvons plus financer »
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C'était important pour vous en ce jour ?
- 1:58OuverteRéponse directe
Est-ce qu'il aura face à lui des présidents de départements en colère ?
- 3:00RelanceRéponse directe
Qu'est-ce que vous voulez dire par que c'est une partie du destin de la France qui est en train de se jouer ?
- 4:43OuverteRéponse directe
Vous avez eu des réponses de parlementaires ?
- 5:35OuverteRéponse directe
Mais c'est les parlementaires ou vous comptez sur le Sénat ?
- 6:05RelanceRéponse directe
l'Assemblée, ce n'est pas responsable ?
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- 0:45Invité politiqueFait
« on a été profondément, terriblement choqués par les images de ces attentats, ces familles brisées et nous avons tenu à rendre hommage à tous ceux qui ont été victimes de cette folie aveugle, de ce terrorisme islamiste que nous devons combattre résolument. »
- 2:06Invité politiqueFait
« ça fait trois ans que j'alerte l'ensemble des gouvernements successifs. On est dans une situation politique à tout le moins inédite, pas de majorité. »
- 2:49Invité politiqueFait
« Vous le savez tous, on verse des prestations, des prestations pour les personnes âgées, pour les handicapés et pour le RSA. L'État ne nous compense pas, cette dépense explose. »
- 3:29Invité politiqueFait
« Quand je vois que l'Assemblée nationale, débridée dans ses votes, continue d'augmenter toutes les prestations alors que nous n'avons pas les sources de financement, je leur dis, attendez, dans quel monde sommes-nous ? »
- 4:16Invité politiqueChiffre
« On entretient les routes départementales. 380 000 kilomètres, des ponts, 100 000 ponts. »
- 8:56Invité politiqueChiffre
« En trois ans, deux ans et demi, nous avons eu 6 milliards d'euros de dépenses supplémentaires. »
- 11:09Invité politiqueFait
« 70% de nos dépenses sont imposées par le gouvernement. Elles ne sont pas pilotées. »
- 13:09Invité politiquePromesse
« Nous, ce qu'on a demandé, c'est une part de CSG puisque l'État la prélève pour nous en redonner pas assez. »
- 13:39Invité politiquePromesse
« Je lui demande un soutien de 600 millions d'euros parce que sinon, on va droit dans le mur. »
- 14:31Invité politiqueChiffre
« Il lui manquait 100 millions d'euros pour le budget supplémentaire pour boucler l'année. »
- 15:02Invité politiqueChiffre
« Le Sénat demande 2 milliards. Le Sénat est raisonnable. »
- 21:47Invité politiqueFait
« J'ai beaucoup regretté l'abandon de la réforme des retraites. Enfin, franchement, c'est quasiment irresponsable. »
Temps de parole
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Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Effectivement, édition spéciale suite de cette émission. Nous sommes donc à Albi où se déroulent les Assises Nationales des départements de France et nous sommes avec François Sauvadet. Bonjour. Bonjour. Merci beaucoup d'être avec nous François Sauvadet, président du département de la Côte d'Or et président de l'Assemblée des départements de France. On va bien sûr longuement parler des enjeux de ces Assises Nationales et de la venue de Sébastien Lecornu ici à Albi. Mais d'abord un petit mot, puisqu'hier la France commémorait les 10 ans des attentats du 13 novembre et les départements se sont associés à cet hommage.
C'était important pour vous en ce jour ?
Oui, c'est important parce que vous vous souvenez tous, on a été profondément, terriblement choqués par les images de ces attentats, ces familles brisées et nous avons tenu à rendre hommage à tous ceux qui ont été victimes de cette folie aveugle, de ce terrorisme islamiste que nous devons combattre résolument. Et quand on commémore des événements comme ceux-là, on se dit que nous devons individuellement participer de ce combat dans la lutte contre tous les comportements complètement fous et réaffirmer les valeurs de la République qui sont des valeurs universelles. Donc on a observé tous une nuit de silence.
Et j'ai voulu aussi qu'on rende hommage à nos forces de police, nos forces de gendarmerie, nos forces de sécurité intérieure, nos pompiers, tous ceux qui concourent, nos sauveteurs, nos équipes, nos SAMU, tous ceux qui concourent à la prise en charge et à la sécurité de nos compatriotes et réaffirmer la confiance des départements de France à tous ceux qui assurent la sécurité du quotidien. Je crois que c'était ce double message que nous devions pour réaffirmer qu'ensemble nous formons une République qui ne doit pas s'abandonner au démon de l'extrémisme.
On va parler de ces assises nationales. Le Premier ministre Sébastien Lecornu est ce matin à Albi. C'est lui qui prononcera le discours de clôture de vos assises. Est-ce qu'il aura face à lui des présidents de départements en colère ?
Oui, vous savez, ça fait trois ans que j'alerte l'ensemble des gouvernements successifs. On est dans une situation politique à tout le moins inédite, pas de majorité. Les ministres passent plus vite que d'avancer dossier. Donc évidemment, ça nous place tous dans une situation d'incertitude. Les forces économiques, vous avez vues, certains renoncent à embaucher parce qu'ils ne savent pas à quelle sauce ils vont être grignotés ou mangés demain. Et puis nous aussi, ça nous place dans une situation d'incertitude parce que nous n'avons aucune réponse alors que nous sommes face à des enjeux qui deviennent colossaux.
J'ai même dit ce matin à un certain nombre de mes collègues que c'était une partie du destin français qui était en train de se jouer en ce moment. D'abord, on a besoin d'un budget. On a besoin d'un budget parce que nous ne pouvons plus, nous les départements, faire face aux dépenses qui nous sont imposées par l'État et notamment des dépenses de solidarité. Vous le savez tous, on verse des prestations, des prestations pour les personnes âgées, pour les handicapés et pour le RSA. L'État ne nous compense pas, cette dépense explose.
Et on va en parler, François Sovadé. Qu'est-ce que vous voulez dire par que c'est une partie du destin de la France qui est en train de se jouer ? Ce n'est pas seulement l'avenir des départements qui est en jeu ?
À travers l'avenir du département, c'est aussi des pans entiers de nos investissements du quotidien et des services publics du quotidien qui vont tomber. Aujourd'hui, qu'est-ce qui se passe ? La dépense sociale qu'on nous impose et qui a augmenté et qu'on continue d'augmenter, donc moi je vais redire au Premier ministre, il faut d'abord arrêter de charger la barque. Quand je vois que l'Assemblée nationale, débridée dans ses votes, continue d'augmenter toutes les prestations alors que nous n'avons pas les sources de financement, je leur dis, attendez, dans quel monde sommes-nous ? Il faut absolument, et je l'ai lancé hier, un appel à la responsabilité, ce n'est pas que le gouvernement.
Le gouvernement aujourd'hui, il est piézément lié aux décisions de l'Assemblée nationale notamment. J'ai lancé un appel à la responsabilité de l'Assemblée nationale. Quand on a un tel déficit, on ne peut pas continuer de charger la barque et de nous laisser seul, puisque l'État ne contribue pas au versement des prestations. Donc aujourd'hui, ce qui est en jeu, quand je parle de destin national, c'est que le système des solidarités est en train de s'effondrer. Et nous sommes les premières victimes, puisque l'État ne nous compense pas. Et puis, deuxièmement, c'est les conséquences. Nous sommes devenus le bouclier du monde rural. On entretient les routes départementales.
380 000 kilomètres, des ponts, 100 000 ponts. On s'occupe des SDIS, nous sommes le principaux financeurs face au changement climatique. On aide les communes. Demain, et dès aujourd'hui, nous ne le pouvons plus. Donc personne ne pourra dire, on ne savait pas. J'ai écrit personnellement, au nom des départements de France, à tous les députés, à tous les sénateurs. J'ai eu l'appui de tous les ports intermédiaires. Les fédérations de travail public qui s'inquiètent avec nous. Donc on est dans un monde de fous.
Vous avez eu des réponses de parlementaires ?
Les parlementaires, j'ai eu des réponses, mais j'ai eu aussi des comportements incroyables. Il se trouve des parlementaires qui disent, on va supprimer les départements. Enfin, attendez, c'est complètement fou. Supprimer les départements, c'est supprimer l'histoire de France. D'autre part, ceux qui prétendent qu'en supprimant les départements, on va régler le problème de la dépense, l'État est déjà dans l'incapacité de nous compenser les prestations sociales que nous versons en son nom. Et certains, on pense qu'on pourrait reprendre, au niveau de l'État, les compétences qui sont les nôtres. On veut le retour des DAS d'enfants, les DAS d'antan, pour la protection de l'enfant.
Enfin, je vous le dis, parfois j'ai le sentiment d'être dans un monde de fous. Et je ne suis pas là pour défendre des boutiques. Je ne suis pas un populiste. J'ai été parlementaire pendant 24 ans. Je vois à peu près comment ça marche. J'étais membre d'un gouvernement. Mais aujourd'hui, je me désespère.
Mais c'est les parlementaires ou vous comptez sur le Sénat ? Gérard Larcher était présent hier. Est-ce que vous comptez sur le Sénat pour vous aider, pour rétablir les choses en matière financière ?
Bien sûr, mais vous connaissez l'ordonnancement français. La prise de décision française, c'est l'Assemblée nationale qui aura le dernier mot. S'il n'y a plus de budget, il y aura une loi spéciale. Et puis peut-être qu'on va surtout avec des ordonnances, ce qui sera une situation inédite. Moi, je lance un appel. Il nous faut un budget. Et un budget responsable. Voilà, aujourd'hui, c'est une véritable... Là, pour le moment, ce que vous voyez,
l'Assemblée, ce n'est pas responsable ? Le budget à l'heure actuelle ?
Franchement, ce qui se passe à l'Assemblée me choque. Me choque. Quand j'entends dire, on ne peut pas aider les départements au motif que ça va creuser le trou de la Sécurité sociale. Enfin, c'est irresponsable. On est en train de mettre à terre les départements de France. Et on dit, on ne peut pas les aider au motif qu'il y a de la Sécurité sociale. On continue d'augmenter. Et la situation la plus encore invraisemblable, c'est que l'État, constatant nos difficultés, et les reconnaît aujourd'hui, mais nous appelle à contribuer au redressement des comptes publics. On nous avait dit, vous avez ce qu'on a appelé un délico, c'est-à-dire on nous dit participer au financement.
Bon, vous vous rendez compte qu'on nous demande de participer, de verser une contribution sur des dépenses qui nous sont imposées. Alors là, franchement, les bras m'en tombent. Les bras m'en tombent.
On va revenir dans le détail du budget, mais qu'est-ce que vous attendez ce matin comme annonce de Sébastien Lecornu ?
Écoutez, vous savez, dans le contexte actuel, on nous parle aussi d'un nouvel élan de décentralisation, vous savez. Il y a une telle incertitude politique, je ne sais pas si le gouvernement sera là encore demain ou après-demain, je l'espère. Je l'espère. Parce qu'il faut retrouver le chemin de la stabilité.
Donc en fait, vous n'attendez rien ce matin du Premier ministre ?
Mais si, j'attends du Premier ministre. D'abord une indication. Une indication forte. Une reconnaissance des départements comme étant cet acteur majeur que nous sommes au service de la solidarité. On veut continuer d'assumer nos missions de solidarité parce que c'est la République.
Sébastien Lecornu, il a été président de département. Est-ce que ça facilite le dialogue ? Est-ce que ça facilite les choses entre vous ?
Mais bien sûr. C'est un ami. J'ai pour lui beaucoup de reconnaissance et à titre politique. Vous savez, il faut être courageux pour reprendre le manche en ce moment. À 18 mois des présidentielles ou à quelques mois des présidentielles. Et puis, dans la situation politique qu'on traverse. Je sais qu'il a volonté de faire avancer les choses. Il l'a dit, il le fait. Mais maintenant, il est confronté à une Assemblée nationale qui, vous voyez, part dans tous les sens. Il s'en trouve même, je vous le répète, pour demander la suppression des départements. En tout cas, pour en rêver. Enfin, on est dans un monde de fous.
Qui a demandé ça ?
Vous avez vu, je trouve que, dans le groupe central, j'observe qu'il y a peu d'élus locaux. Je le regrette profondément parce que s'ils avaient une expérience d'élus local, peut-être ne porterait-il pas le même regard sur le destin français.
Donc, les macronistes ?
Je ne désigne pas plus que cela. Il s'en trouve qu'il y en a qui nous accompagnent et qui nous aident et qui sont très conscients que le département, ça participe de l'identité de la France et d'une idée française et qu'il ne faut pas l'abandonner ou en tout cas, l'abandonner ses actions.
Quelle est aujourd'hui la situation financière des départements ? Combien de départements sont en difficulté ?
Écoutez, c'est très simple. En trois ans, deux ans et demi, nous avons eu 6 milliards d'euros de dépenses supplémentaires. Pour vous en faire le détail, il y a l'après-vert, les extensions de l'Aigure, Ségur, etc. Je ne dis pas que ce n'était pas légitime. Je ne dis pas que ce n'était pas attendu. Mais dans le contexte, il faut quand même éviter de charger la barre quand elle coule. Dans le même temps, et c'est ça qui fait que la situation est inédite, c'est que nous n'avons plus de recours à l'impôt. On a des dotations. On nous les a gelées. Et donc, en même temps, nous avons une baisse des revenus des DMTO. Donc, on est dans une situation d'étranglement total.
Sur les frais de notaire.
Oui, c'est ce qu'on appelle les frais de notaire, même s'il y a eu un geste du gouvernement pour nous autoriser à les augmenter. Bon, de 0,5. La réalité, c'est que nous avions 14 départements en difficulté il y a deux ans. Aujourd'hui, nous sommes 54%. Plus personne ne conteste les chiffres. D'ailleurs, même ceux qui venaient nous donner des leçons, je leur ai rappelé quand même que si l'État avait géré aussi bien les finances publiques que les départements avaient géré les leurs, ont géré les leurs. Je ne pense pas qu'on se soit retrouvés dans l'État français avec 3 400 milliards d'euros de dettes. Donc, aujourd'hui, on est étranglés par la prestation. Et la prestation n'est pas compensée.
Mais est-ce que, du coup, il faut revoir le modèle de financement des départements ?
Absolument. D'abord, le modèle de financement des prestations sociales que nous versons pour le compte de l'État. Pourquoi c'est important que ce soit nous qui continuions ? Parce que nous sommes en proximité. Je pense qu'il faut aller davantage vers l'individualisation.
Donc, il ne faut pas les nationaliser ?
C'est un non-sens. La protection de l'enfance, croyez-vous que l'État, aujourd'hui, central, fera mieux que nous pour la protection de l'enfance ? Moi, j'attends de l'État central à ce qu'il prenne en charge les problèmes de santé psychique, psychiatrique de nos jeunes, la protection des jeunes, judiciaires des jeunes. On se retrouve avec des jeunes qui relèvent de faits de délinquances multiréitérants et qu'on nous reconfie chez nous parce qu'il n'y a pas de place en PJJ. Que l'État assume sa mission plutôt que de vouloir reprendre en main.
Donc, il faut qu'il décentralise, redonne confiance, assure un financement pérenne, solide, robuste, évolutiste pour le paiement des prestations, c'est-à-dire prestations à pas, RSA, etc. Aujourd'hui, ce n'est même pas compensé à 50%. Donc, tout effort supplémentaire, c'est nous qui le prenons. Et ça représente 70% de nos budgets. Là, ça en représentait 54% hier. Donc, vous voyez bien que la situation est attenable. L'investissement de nos départements...
L'année dernière, vu sur ses prestations sociales, Michel Barnier, qui était le Premier ministre lors de vos précédentes assises, avait promis de lancer le chantier de l'allocation sociale unique. Ça, ce serait la bonne réponse pour vous ?
Écoutez, ça, c'est l'allocation sociale unique, c'est l'accès aux droits. Moi, je dis que l'automaticité de l'accès aux droits, il faudrait quand même qu'en face des droits, on mette aussi quelques devoirs. Et puis qu'on appelle chacun à la responsabilité.
Mais il vous avait dit que ça aurait permis d'alléger le poids des dépenses sociales des départements.
Non, je n'ai jamais dit cela. Lui, Michel Barnier. Lui, il nous a dit l'allocation sociale unique va permettre d'avoir une transparence pour ceux qui accèdent à leurs droits et qu'on puisse faire un bilan total de l'ensemble des ailes. Ça, c'est nécessaire. Mais ce n'est pas ça qui va régler le problème. Ça, c'est du côté bénéficiaire. Moi, je pose la question du côté systémique, c'est-à-dire qu'il faut réinterroger nos systèmes sociaux. Jamais on n'a dépensé autant d'argent et jamais on n'a eu un tel niveau d'insatisfaction. Il faut le réinterroger et en assurer le financement.
On n'en peut plus des promesses tenues, prises par l'État et payées, financées par les départements sans compensation financière. Je vous ai dit... Donc, de quelle manière on le réinterroge ? On va droit dans le mur. D'abord, assurer le financement de la prestation. On est face au mur du vieillissement. Il n'y a rien de plus sûr que le vieillissement de la population. Rien de plus sûr puisque c'est de la démographie. On sait que les jeunes d'aujourd'hui deviendront vieux demain. On a ce choc devant nous. Comment est-ce qu'on le prépare ? On avait une loi du bien vieillir. On avait une loi pour le financement du vieillissement de la population. Tout le monde regarde ça depuis des années.
Et on voit la charge augmenter en direction des départements puisqu'on en finance pratiquement 60-65%. Vous voyez ? Donc, on est... Dans tous les domaines, c'est comme ça. Donc, il faut vraiment qu'on a un financement pérenne. Nous, ce qu'on a demandé, c'est une part de CSG puisque l'État la prélève pour nous en redonner pas assez autant que nous la prélevions avec une modulation qui pourrait être une adaptation par département. Ensuite, ce qu'on demande, c'est surtout, et c'est ce que je demande au Premier ministre, c'est de sauver les départements et de sauver le versement des prestations à nos compatriotes parce qu'aujourd'hui, on en est là. Donc, je lui demande...
On a objectivé les données. Je lui demande un soutien de 600 millions d'euros parce que sinon, on va droit dans le mur.
Donc, plus que ce qui était prévu, c'était 300 millions, je crois, dans le budget.
Alors, le gouvernement a estimé que 300 millions, c'était de nature à répondre. Simplement, dans l'intervalle, on est passé de 15 départements à 54 départements en difficulté. Ça change tout. Donc, si on veut sauvegarder, remettre à niveau pour leur permettre... Donc, vous lui demandez
de doubler le fonds de sauvegarde ?
Oui, je lui demande de se mettre à niveau pour sauver les départements. Regardez, même des départements présumés riches comme la Gironde ou d'autres départements qui sont plus en difficulté comme l'Aisne, les Ardennes et je pourrais en citer de nombreux, ces départements-là ne peuvent plus faire ça. La Gironde est aujourd'hui accompagnée, j'ose pas dire sous tutelle, on n'y en est pas loin, mais accompagnée pour pouvoir faire face. Il lui manquait 100 millions d'euros pour le budget supplémentaire pour boucler l'année. 100 millions d'euros, donc vous voyez les enjeux financiers devant lesquels nous sommes placés.
Est-ce que pour vous, les départements doivent être exclus des collectivités à qui l'État demande un effort ? C'est environ 5 milliards d'efforts qui est demandé aux collectivités. Est-ce que vous dites qu'il faut que les départements soient sortis de ces 5 milliards ?
C'est trop. C'est trop d'abord les 5 milliards pour l'ensemble des collectivités. Je suis solidaire des régions de France et des maires de France pour dire que c'est trop. D'ailleurs, le Sénat demande 2 milliards. Le Sénat est raisonnable. Il demande 2 milliards, c'est une contribution. Chacun a conscience qu'il faut qu'on participe du redressement. Notre situation est singulière parce que, je vous l'ai dit, 70% de nos dépenses sont imposées par le gouvernement. Elles ne sont pas pilotées.
Donc, nous demander de participer à un effort de redressement sur des dépenses qu'on nous impose sans avoir la ressource en face, imaginez, mais il n'y a pas besoin de faire une profonde analyse pour dire qu'effectivement, on est dans une situation singulière parce que nous sommes la strate des solidarités et que nous agissons dans ce domaine pour le compte de l'État en proximité.
Est-ce que pour faire des économies, les collectivités doivent aussi diminuer le nombre de fonctionnaires ?
Alors ça, vous savez, en même temps qu'on nous dit diminuer les fonctionnaires, en même temps, les mêmes qui nous disent cela sont ceux qui nous renforcent les critères d'accompagnement dans nos crèches, nos critères d'accompagnement dans nos mecs, nos critères d'accompagnement pour les personnes âgées. Bon, à un moment donné, c'est la soutenabilité du système. Et donc, on a fait tous les efforts, vous savez, en matière de personnel, mais par contre, il faut qu'on se mette en mode pause aussi, évidemment, sur les augmentations indifférenciées de traitements, les points d'indices, etc. Il faut réinterroger nos systèmes.
Je le dis comme ancien ministre de la fonction publique pour redonner espoir à nos agents, mais en même temps, ne pas avoir une systématisation des évolutions salariales qui sont extrêmement coûteuses et insoutenables. On a tous fait des efforts sur la maîtrise de nos agents. Mais après ça, vous savez, pour entretenir une route, pour accompagner une personne, il faudra toujours une personne en face, il faudra toujours quelqu'un dans le camion pour dessaler l'hiver, puisqu'on va rentrer à la période hivernale, nos routes, pour les entretenir, pour refaire nos ponts, il faudra toujours des personnes. Et il y a un moment donné, on ne pourra pas descendre de ça, sauf à dégrader.
Et moi, je fais confiance, on a beaucoup travaillé à nos équipes, on a beaucoup travaillé sur l'intelligence artificielle. On est en train de voir évoluer nos métiers à la vitesse grand V. Les départements, en même temps qu'ils se confrontent aux difficultés, sont les premiers à s'être engagés dans la data, dans l'intelligence artificielle, dans tous les outils du management, dans l'aménagement du territoire, dans les jumeaux numériques. D'ailleurs, on a créé un département de France, data département, on est la première strata française à s'investir dans les domaines de la protection des données, y compris pour le compte des communes.
Sébastien Lecornu, il a promis une loi de décentralisation avant les municipales. Qu'est-ce que vous en attendez ? Que demandent les départements sur ce sujet ?
Vous savez, dans le contexte politique qu'on traverse, il ne faut pas se raconter d'histoire. Il n'y en aura pas. Il n'y aura pas de grands soirs et de grands matins. Moi, je plaide pour... Mais il y aura une loi pour vous ?
Ou il n'y aura même pas de loi de décentralisation ?
Épisode ou pendant l'épisode budgétaire ? Bon, je crois qu'il y a une vraie volonté d'avoir un budget pour un certain nombre de partenaires, y compris le Parti Socialiste. Je tiens à saluer cet engagement. Maintenant, il faut qu'il aille jusqu'au bout. Qu'est-ce qui va se passer après ? J'en sais rien. Personne ne le sait. Ça s'appelle l'incertitude et l'instabilité dans laquelle je voudrais qu'on en sorte.
Bien, donc, ce que je souhaite tout simplement dans le contexte actuel avant le rendez-vous présidentiel qui sera celui dans lequel on devra le candidat, je l'espère, afficheront leur projet pour la France et qu'on rentrera de le fond du sujet parce qu'on n'a pas eu de campagne présidentielle la dernière fois. Donc là, ce que j'attends plutôt là, c'est des améliorations et des déficiences. Moi, j'ai fait quelques propositions très simples. D'abord, de redonner du pouvoir au préfet sur l'ensemble des agences et partagées par le gouvernement et donc, cette déconcentration elle sera utile. Puis en matière de déconcentration, je propose même qu'on aille au-delà.
Les ARS sont régionales, je crois qu'il faudrait les remettre sous l'autorité des préfets, qu'on ait un dialogue plus construit, on a une espèce d'administration qui sont hors sol et avec lesquelles le dialogue est parfois compliqué. Et puis, je souhaite qu'on fasse une sorte de loi 3DS améliorée, c'est-à-dire qu'on re-toilette tout ce que nous devons faire et tout ce que nous... Ce serait beaucoup plus facile. Vous ne savez quoi ?
Clarifier les compétences ?
Oui, je ne sais pas s'il faut le mot clarifier les compétences, c'est-à-dire qu'il faut se réinterroger sur quel est le bon niveau pour agir au plus près et au mieux pour les Français.
Donc redistribuer même des compétences ?
Pas simplement les redistribuer, les revisiter. Moi, je suis un partisan de revoir les noix d'autré et Maptam. Même leurs auteurs, à l'époque socialistes, ont considéré qu'il fallait les revoir parce qu'ils n'ont pas atteint leurs promesses. Est-ce que la promesse des grandes régions était au rendez-vous sur la réindustrialisation française ? On nous disait que c'était cela l'objectif, sur l'économie française, la revivifier. Est-ce que c'était au rendez-vous ? Est-ce que les départements ont été au rendez-vous de ce qu'ils avaient à faire, notamment protection de l'enfance ? Et pourquoi ça n'a pas bien marché ?
Mais donc revenir sur ces grandes régions, revenir à des régions de taille plus modeste ?
Moi, je pense que le pays y aurait intérêt à revisiter tout cela. Parce que franchement, considérer que les choses sont immuables, c'est comme ça qu'on crée de la complexité. Je crois qu'on a... Donc on revient
en 22 régions d'antan ?
Vous savez, je souhaite qu'on reprenne le chemin du bon sens. On est durablement dans des difficultés financières. Durablement. Dans l'histoire de notre République, il y a deux socles. Il y a la commune, parce que quand je vous poserai la question, vous êtes d'où ? Vous allez me dire d'où vous êtes. Moi, je suis de Vito, j'habite à Vito. Et puis après, j'habite dans mon département, la Côte d'Or, qui est un département magnifique, comme tous les départements français. Et puis tout cela, c'est l'identité qui forge la France. Apprendre à créer des territoires, peut-être faut-il les réinterroger. Donc réinterroger ce que nous faisons.
Et moi, je plaide donc pour que, par exemple, les départements reprennent la pleine et entière compétence des réseaux. On a les routes départementales, on a déployé du très haut débit. Je pense qu'on pourrait travailler sur le domaine de l'eau, utilement pour le pays. Et on est à la bonne échelle. On pourrait travailler sur le problème de l'électricité, reprendre toutes ces compétences-là, les réseaux.
Quelques questions politiques plus nationales pour terminer. Où se situe le centre ? Où se situe l'UDI aujourd'hui ? Est-ce qu'il est encore un allié du gouvernement ?
Écoutez, vous savez, le gouvernement, aujourd'hui, il a une durée de vie tellement limitée. Bon, je crois que l'UDI a une seule volonté, c'est d'abord que le pays s'en sorte et qu'on a un budget.
Mais est-ce que vous êtes encore dans le même camp que Gabriel Attal, qu'Édouard Philippe ?
Écoutez, je me pose des questions. Je me pose des questions parce qu'on ne peut pas continuer à jouer une carte de raidissement. Il faut que le dialogue se poursuive. Bien sûr, pas à n'importe quel prix. J'ai beaucoup regretté l'abandon de la réforme des retraites. Enfin, franchement, c'est quasiment irresponsable. Alors, bien sûr qu'il faut l'adapter, pénibiliter, la reprendre, l'ajuster, mais y renoncer quand tous les pays autour de nous ont pris en compte l'allongement de la durée de vie et leur relation au travail aussi. Donc,
vous ne vous sentez plus appartenir à ce qu'on a appelé le socle communique ?
Moi, je me sens aujourd'hui ailleurs. Je veux vous le dire franchement. Quand je vois le débat politique, sa pauvreté, quand je vois que des amis politiques d'Ensemble pour la République pointent du doigt la pseudo-indigence des départements, j'ai envie de leur dire reprenez pied sur terre. Reprenez pied sur terre. Vous voyez vos collègues du Sénat pour essayer de... Enfin, il n'y en a pas beaucoup. Mais vous voyez, reprenez pied. Franchement, ce n'est pas sérieux. La vraie question aujourd'hui qui nous est posée, ce n'est pas de faire des alliances de bricolage, c'est de se dire quel dessin français on entend dessiner et comment on souhaite y participer.
Et quel regard vous portez sur les Républicains ? Est-ce qu'il pourrait encore aujourd'hui y avoir un candidat commun de la droite et du centre ou est-ce que les LR sont devenus trop à droite pour vous ?
Lesquels de Républicains ?
Bruno Retailleau ?
Bruno, moi j'ai beaucoup travaillé, c'est quelqu'un que j'apprécie. J'apprécie, il prend les premiers bras de porte, je ne suis pas d'accord sur tout. En tout cas, c'est quelqu'un que j'apprécie et j'appelle...
Et Laurent Wauquiez ?
Je l'apprécie également. Alors vous allez me dire que c'est très centriste tout ça. Non, je dis simplement que j'appelle les Républicains. Non, j'appelle les Républicains à la responsabilité, les députés républicains. Quand je vois qu'un certain nombre d'entre eux ont été aux abonnés absents sur des enjeux essentiels pour l'avenir des départements, je les appelle à la responsabilité. Je les appelle à redéfinir et je suis prêt à le faire avec eux ce que nous voulons pour la France demain. Moi je veux une France de la Commune, je veux une France des départements et je veux une France efficace, décentralisée. Est-ce qu'on peut se mettre d'accord là-dessus ?
Et qu'ils s'inscrivent dans un espace européen construit. Est-ce qu'on peut se mettre d'accord ? Oui, je le pense. En tout cas, tous ceux qui voudront s'y livrer à des aventures avec les extrêmes, je les condamnerai parce que de toute ma vie j'ai combattu le Rassemblement national et l'extrême droite. De toute ma vie j'ai combattu l'extrême gauche parce que je les mets à équivalence de comportement erratique et je continuerai, je n'ai pas l'intention de changer. Alors dans tout l'espace après, il faut qu'on retrouve le chemin du bon sens et de la responsabilité.
Merci beaucoup. Merci François Sauvadet d'avoir été notre invité. On suivra votre discours en direct juste avant celui du Premier ministre. Ce sera vers 11h40 et Sébastien Lecornu aux alentours de midi. On suivra tout ça en direct sur notre antenne. Merci beaucoup François Sauvadet d'avoir été avec nous. C'est l'heure de notre reportage. Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat.