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AutreFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 2 janvier 2026 26 minContradictoireMixte

Géopolitique : à quoi s’attendre dans le monde en 2026 ?

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Présentateur

Trans-Inter, Marion Lourdes, le 6-9. Le nombre de conflits armés est aujourd'hui à son plus haut depuis la Seconde Guerre mondiale. C'est le constat du très influent think tank américain, Council on Foreign Relations, publié il y a quelques jours. Un monde dangereux, plus dur chaque jour, disait lors de ses voeux le président de la République, Emmanuel Macron. Mais avec des perspectives parfois plus positives. Le début de la fin de la guerre en Ukraine, peut-être, Anne Souhaitemont en parler à l'instant, pour dessiner ce monde qui nous attend en 2026 et donner les clés pour le comprendre. Deux invités ce matin, deux spécialistes qui l'analysent pour nous et vont le faire encore ce matin.

Avec nous, Isabelle Lasserre, correspondante diplomatique du Figaro, autrice aux éditions de l'Observatoire du livre Les Fantômes de Munich. Bonjour. Bonjour. Et Frédéric Ancel, géopolitologue, professeur à Sciences Po Paris et à la Paris School of Business, auteur de La Guerre mondiale n'aura pas lieu chez Odile Jacob. Bonjour à vous. Bonjour. Et merci à tous les deux de venir nous éclairer. Question d'abord générale, à vous deux, le think tank dont je parlais, Council on Foreign Relations. Il est dit qu'en 2026, c'est l'année potentiellement la plus dangereuse depuis 1945. Isabelle Lasserre, est-ce que vous partagez cette analyse ?

1:14
Invité

L'année qui vient ou l'année qui s'est éplée ? L'année qui vient en 2026. Oui, alors c'est toujours un peu difficile de faire des prédictions. Bien sûr. Par définition, l'avenir n'a pas encore eu lieu. Mais il y a une conjonction de mauvaises nouvelles et de situations très instables. Il y a Vladimir Poutine qui refuse de s'engager sur le chemin de la paix, donc la possibilité d'une poursuite de la guerre en Ukraine. Il y a Donald Trump qui en fait fait un petit peu la même chose que ses supposés partenaires chinois et russes en renouant avec l'impérialisme qui mène une politique extrêmement chaotique et extrêmement imprévisible qui menacent de démarrer un conflit au Venezuela.

Il y a l'Iran qui est en train de bouillir avec une nouvelle perspective de frappe militaire israélienne, peut-être aussi cette fois épaulée par les Américains pour juguler le programme nucléaire iranien et surtout la reprise du programme balistique. Il y a aussi les pressions qui viennent de Chine, on l'a vu ces derniers jours avec des exercices militaires organisés autour de Taïwan et cette volonté récurrente du pouvoir chinois de forcer la réunification avec Taïwan, de force s'il le faut et si pacifiquement ce n'est pas possible.

On a l'intention poutinienne de s'emparer du Groenland, on a le Japon qui aussi en Asie commence à rentrer dans la danse remplissant le vide laissé par les Etats-Unis en qui les partenaires asiatiques n'ont plus confiance dans sa garantie de sécurité qui entre dans la danse donc en disant en cas d'attaque contre Taïwan, c'est considéré comme une menace existentielle et nous pourrons intervenir militairement. Donc on voit que dans tous les endroits de la planète, les situations sont à la fois chaotiques, instables et de mauvais augures.

3:35
Présentateur

Oui, un tableau général un peu inquiétant en tout cas avec beaucoup de points chauds. 2026 année potentiellement la plus dangereuse depuis 1945. Frédéric Ancel, vous avez les mêmes inquiétudes qu'Isabelle Lasser ? Non, alors je reconnais que le monde est instable, l'imprévisibilité n'a sans doute jamais été aussi grande et en tout cas le ressenti de l'imprévisibilité, ça c'est une évidence. Mais je pointerais un certain nombre d'éléments positifs. D'abord, ce qui s'est produit à la fin de l'année 2025 est très intéressant. Nous on considère ça en Europe comme des signaux faibles, ça ne le sont pas du tout et je pense que ça peut préfigurer ce qui peut se passer en 2026.

Je pense notamment au traité de paix, je ne parle pas d'un simple cessez-le-feu, je parle d'un traité de paix qui a été signé entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan au sud du Caucase. Je parle du traité de paix, je ne parle pas d'un cessez-le-feu, un véritable traité de paix qui vient d'être signé entre la République démocratique du Congo et le Rwanda. Ce qui me paraît très intéressant, c'est que dans les deux cas de figure, on a la patte, alors très lourde, très vulgaire, c'est le moins qu'on puisse dire, mais la patte néanmoins, de quelqu'un dont le mercantilisme absolu, c'est évidemment Trump, pardon je parle, le mercantilisme absolu, malgré tout permet un certain nombre d'avancées.

Alors je ne dis pas que c'est un grand humaniste, je ne dis pas que la variable de prise de décision de M. Trump est d'ordre humaniste, mais à la fin des fins, il y a un certain nombre de conflits sur lesquels il peut y avoir une influence positive. Il n'a pas été mentionné, alors je suis d'accord bien sûr avec Isabel sur beaucoup de points d'inquiétude, notamment sur la remontée de tensions entre le Japon et la Corée, les Philippines d'une part, la Chine d'autre part, tout ça n'est pas faux. Mais prenez par exemple le cas du Proche-Orient. Aujourd'hui, nous avons une conjonction de facteurs potentiellement favorables. On n'est pas encore, vous voyez moi non plus, je ne suis pas prophète.

On n'est pas à la phase 2 du cessez-le-feu du plan de Donald Trump.

Alors vous avez raison, mais justement sur le conflit israélo-pelsien, et pas seulement d'ailleurs, vous avez cette conjonction de facteurs, et je le dis d'un mot, un, une pression mercantiliste bien sûr, mais très forte des Etats-Unis, dont on ne peut pas considérer qu'elle n'a pas fonctionné, au moins ces derniers mois, sur ce plan, qui d'ailleurs a été soutenu non seulement par la Ligue arabe, par l'Union européenne et finalement par l'ONU, ce qui n'est pas négligeable, mais également la volonté très forte de pays banquiers importants dans la région, je pense à l'Arabie Saoudite et aux Émirats, d'en finir avec cette guerre, d'en finir avec les frères musulmans, dont le Hamas d'ailleurs, et d'en finir aussi avec la memise irano-chiite, comme j'aime bien l'appeler dans la région, tout cela vous donne quelque chose de potentiellement positif, j'ajoute un dernier point là-dessus en tout cas, en novembre vous avez des élections générales en Israël, dont tout indique, pour l'instant en tout cas, dont tout indique depuis quand même pratiquement 3 ans de sondage quasiment quotidien, que cette coalition ne sera pas reconduite, donc si vous voulez, bien sûr qu'il y a des motifs d'inquiétude, alors on pourrait les multiplier, mais je pense qu'il y a aussi un certain nombre d'éléments très objectivement, permettant objectivement une véritable espérance, Isabelle Lasserre, Frédéric Ancel évoquait la patte de Donald Trump sur certains conflits, effectivement pas toujours efficaces, mais qui parfois peut porter ses fruits ?

Est-ce qu'on pourrait dire ça ?

6:48
Invité

Oui, je suis d'accord avec Frédéric Ancel, c'est la raison pour laquelle dans la liste des mauvaises nouvelles, je n'avais pas mis le Proche-Orient, parce qu'il est trop tôt pour en juger, on pourrait d'ailleurs annoncer de possibles bonnes nouvelles, par exemple la nouvelle rébellion en Iran, si elle mène à la chute du régime, et personne ne peut le savoir aujourd'hui, sera effectivement une extrêmement bonne nouvelle, notamment parce que ça aidera la paix au Proche-Orient, en affaiblissant d'autant plus une nouvelle fois le Hamas et le Hezbollah.

Alors la patte de Trump, oui, c'est un disrupteur, il donne des coups de pied dans la fourmilière, en distribuant beaucoup d'argent qui tombe du ciel comme ça, à partir du moment où cet argent lui rapporte, bien sûr, ce n'est pas une organisation humanitaire, Donald Trump, c'est la politique de, je casse tout et je vois, je regarde ce qu'on peut reconstruire.

Alors, il est possible que ça marche au Moyen-Orient, il n'est pas impossible qu'à terme, on ait un accord provisoire entre la Russie et l'Ukraine, j'émets quand même des doutes sur la longévité de sa méthode et son efficacité à long terme, parce que je pense qu'entre l'Ukraine et la Russie, la manière dont il a pris fait des causes et dont il soutient l'agresseur et dont il fait pression sur la victime, l'Ukraine, n'est pas de bonne augure, c'est-à-dire qu'il pourra toujours forcer, essayer de forcer un accord de paix, mais même si un jour Vladimir Poutine l'accepte, d'ailleurs s'il l'accepte, c'est qu'il sera totalement favorable à la Russie, il sera tellement injuste qu'il ne garantira sans doute pas une paix durable.

Alors on pourrait être cynique et dire, bon ben, tant pis pour l'Ukraine, laissons Vladimir Poutine reprendre sa zone d'influence, comme d'ailleurs Donald Trump essaye de reprendre sa zone d'influence avec le Groenland, Panama, le Canada, le Venezuela, comme la Chine essaye de reprendre sa zone d'influence, ces trois empires qui se renforcent, sauf que ça ne marche pas comme ça, c'est-à-dire que si on laisse l'Ukraine tomber aux mains de Vladimir Poutine, on sait bien que la menace russe va s'étendre jusqu'à l'Europe et que le maillon faible, ce sera l'Europe et qu'on n'aura plus l'Ukraine comme un mur pour protéger l'Union Européenne.

Donc je pense que la méthode Trump a des limites et elle a aussi des avantages. Il est un tout petit peu trop tôt pour juger de sa réussite ou de son échec. Je pense que l'une des réussites, des résultats les plus importants qu'on pourrait avoir au Moyen-Orient, c'est effectivement l'extension des accords d'Abraham, c'est-à-dire la réconciliation entre les pays, les Etats arabes et Israël, donc son extension à l'Arabie saoudite. C'était un des souhaits de Donald Trump. C'était son premier succès, d'ailleurs son seul succès en politique internationale du premier mandat. C'est aussi l'ambition des dirigeants israéliens.

On n'en est pas encore là, mais ça ce serait un gage de stabilité au Moyen-Orient. Et qui dit stabilité au Moyen-Orient, dit un souffle positif pour l'Europe.

10:11
Présentateur

Frédéric Ancel, vous parliez de l'élection générale en Israël au mois de novembre prochain, comme une date clé de cette année 2026. Il y a aussi l'élection de mi-mandat aux Etats-Unis. Est-ce que ça, ça peut éventuellement avoir un effet positif ou négatif sur la politique menée par l'administration américaine au niveau international ? Alors, un peu comme en France, le président des Etats-Unis dispose de prérogatives extrêmement larges sur les questions de défense et d'affaires étrangères. Alors, il est vrai que sans la majorité au Sénat, c'est tout de suite plus compliqué. La Chambre des représentants, il en a beaucoup moins besoin.

Mais sur les questions internationales, effectivement, si les démocrates faisaient une percée, ça pourrait avoir effectivement, je rejoins ce qu'a dit Isabelle Lasserre, une influence peut-être positive dans le sens, effectivement, d'une pondération dans la variable très dure, très cynique, très rapport de force brute, très réel politique de Trump. Effectivement, lorsqu'il propose un plan de paix ou un cessez-le-feu, en général, il ne s'embarrasse pas du manisme, on l'a bien dit, et il soutient le plus fort. Alors, de ce point de vue-là, oui, oui, ça peut jouer favorablement. J'ajoute un point qui me paraît très important.

Tout à l'heure, Isabelle Lasserre a évoqué l'Europe et elle a dit à plusieurs reprises qu'il est juste si on laisse faire M. Poutine. Mais qui est on ? C'est les Européens. Et je pense que de ce point de vue-là, d'abord, 2025, pardon, a déjà là aussi marqué quand même une forme de sursaut, notamment sur le plan de la volonté budgétaire de créer ou de renforcer, en tout cas, cette entité qui, jusqu'à présent, depuis le traité de Rome de 1957, finalement, était essentiellement à vocation économique.

Et on voit bien, et là, je rejoins ce qui a été dit, que face au retour d'une forme d'impérialisme très agressif, c'est vrai de la Russie, c'est vrai de la Chine, ça peut être vrai d'ailleurs, dans une certaine mesure, de la Turquie et d'autres pays, il faut que l'Europe admette enfin d'incarner une puissance globale. C'est-à-dire non plus seulement la dimension économique de la puissance, pour ça, globalement, elle a assez bien réussi, en débit de certains ratés, mais également la dimension politico-militaire de la puissance. Et de ce point de vue-là, je pense que 2026, et pour être honnête, les années à venir, doivent absolument ne pas être gâchées.

Il faut aller vite et fort vers cette puissance globale. Justement, Isabelle Lasserre, ça c'est la thèse principale de votre livre, Les fantômes de Munich, aux éditions de l'Observatoire, sur cette attitude de l'Europe vis-à-vis de la Russie. Le président de la République, Emmanuel Macron, a parlé dans ses voeux de cette conférence du 6 janvier, donc c'est mardi prochain, où de nombreux États vont prendre des engagements concrets pour protéger l'Ukraine. Est-ce que ça, ça peut être décisif ? Alors, c'est la coalition des volontaires.

12:43
Invité

Les conférences sont rarement décisives. La France a l'habitude d'organiser régulièrement des grandes conférences. Parfois, c'est une manière de masquer son incapacité de faire beaucoup plus. Ce n'est pas une conférence qui va lancer l'autonomie stratégique de l'Europe. Aujourd'hui, c'est vrai qu'il y a eu un réveil, surtout depuis février 2022. Le réveil de la France avait commencé avant, parce que la France a une position particulière au sein de l'Europe et qu'elle a toujours défendu le développement de l'autonomie stratégique.

Mais aussi le réveil de pays comme l'Allemagne qui ont été extrêmement choqués de voir à la fois la menace russe s'intensifier, mais aussi, parce que c'est ça qui a provoqué la menace, et c'est peut-être ça qui est le plus inquiétant, c'est que ce n'est pas l'agression russe qui a provoqué le réveil de l'Europe, c'est davantage la menace d'un lâchage de l'Amérique de Trump. Un lâchage financier, notamment ? Un lâchage financier, militaire, politique, culturel. C'est-à-dire que c'est la défection probable de l'allié américain qui a fait paniquer les Européens et qui a vraiment été un moteur de ce renouveau plus important que celui de Poutine.

Alors maintenant, il est évident que les deux se mélangent. Le problème, c'est qu'il faudrait aller plus vite et plus fort et que beaucoup de pays manquent encore de volonté politique. Finalement, on aide l'Ukraine, mais vraiment à la marge. Chaque pays pourrait faire davantage. En fait, on a aidé suffisamment l'Ukraine pour l'empêcher de perdre, pour lui permettre de tenir, mais jamais suffisamment pour lui permettre de gagner contre la Russie.

Donc on n'a fait que décaler le problème à ces questions de volonté politique qui est érodée, mois après mois, par les opérations de cyberguerre lancées par la Russie qui touchent les populations européennes qui, en fait, mise sur les relais politiques pro-russes, notamment en France, pour diminuer le soutien à l'Ukraine. Alors ça ne marche pas tellement, mais ça crée quand même des hésitations et des interrogations. Et à ça, on peut rajouter, effectivement, les problèmes internes, les problèmes des divisions au sein de l'Union européenne.

La perception de la menace est très différente selon qu'on habite à l'est de l'Europe, qu'on est voisin ou frontalier de la Russie, comme les pays baltes, pour lesquels la menace russe constitue presque 100% de la menace, ou si on est un pays du sud comme l'Espagne ou l'Italie, où on a davantage peur de la menace qui vient du sud, qu'elle soit migratoire ou bien terroriste.

Et c'est vrai que ces divisions minent et ralentissent la marche de l'Europe auprès de son allié ukrainien et donc ralentissent le réarmement de l'Europe et sa transformation en une puissance géopolitique qui pourrait s'affronter à cette recrudescence des empires et aux pays qui l'attaquent aujourd'hui de manière directe, même si ce n'est pas des attaques conventionnelles.

16:27
Présentateur

Cette recrudescence des empires qui était aussi mentionnée par Emmanuel Macron lors de ses voeux le 31 août soir et par la Russie, de la Chine, des Etats-Unis. Frédéric Ancel, tout ce que disait Isabelle Lasserre, c'est ça qui vous fait dire que vous ne croyez pas aujourd'hui à un accord de paix en Ukraine, même si vous pensez qu'un cessez-le-feu est possible, et que la Crimée est définitivement perdue ? Non, ce n'est pas pour cette raison que je n'y crois pas. Je ne crois pas à un accord. Je crois, je suis très optimiste quand à un cessez-le-feu, très pessimiste quand à un accord de paix.

Et bien évidemment, comme vous le savez, en géopolitique, il ne faut absolument pas galvauder les termes. C'est-à-dire qu'un traité de paix engagerait les deux Etats et pas seulement des gouvernements à un moment M. Un accord de paix est un acte politique et non pas seulement militaire comme l'est un cessez-le-feu. Et un accord de paix, surtout, verrait Vladimir Poutine et de manière beaucoup plus générale, le pouvoir nationaliste ou ultra-nationaliste russe reconnaître la légitimité fondamentale d'un peuple ukrainien, donc d'une nation ukrainienne si vous préférez, avec les droits juridiques afférents. C'est-à-dire tout simplement le droit de disposer d'un Etat.

Ce qu'avait reconnu pendant longtemps Poutine et ce qu'il ne reconnaît bien évidemment plus depuis quatre ans. Alors ça, c'est un traité de paix. Et si vous voulez, comme le dit mon maître en géopolitique Yves Lacoste, c'est une question de représentation. Est-ce que le nationalisme russe aujourd'hui au pouvoir est prêt à reconnaître cela ? C'est à peu près invraisemblable. Et de l'autre côté, on a affaire à une Ukraine qui elle reconnaît la Russie sans le moindre problème mais qui ne reconnaîtrait pas bien évidemment la perte militaire suite à une agression en droit international parfaitement sans équivoque de pratiquement 20% de son territoire, y compris la Crimée.

En revanche, j'insiste là-dessus, c'est très important me semble-t-il, un cessez-le-feu peut-être durable, peut-être pérenne, après tout vous savez qu'entre la Corée du Nord et la Corée du Sud on est officiellement toujours en guerre et le cessez-le-feu dure depuis 53 et je pourrais vous en citer une dizaine. Ça serait sans doute un moindre mal. Attention, je le dis avec beaucoup de prudence et là je pense que je rejoins Isabelle, je pense que pour l'Ukraine ce serait une forme de semi-capitulation.

Je ne vous dis pas que ce serait juste pour l'Ukraine mais en tant que géopolitologue puisque ça se dit que vous m'invitez, je pense que c'est à peu près là ce qu'on peut espérer, enfin attendre, en tout cas de moins mal, de moins catastrophique pour 2026 entre ces deux pays. Et Isabelle Lasserre, vous qui connaissez bien la Russie notamment, je me fais l'écho de la question de Philippe qui nous a écrit sur l'application Radio France, la Russie sort toujours largement l'argument du risque de l'extension de l'OTAN, c'était une des craintes évoquées notamment au moment de l'invasion de l'Ukraine.

Est-ce que cet argument est vraiment valable ou est-ce que c'est un mobile pour alimenter la soif impériale de Poutine ?

18:58
Invité

Alors c'est un mobile mais après 4 ans de guerre, Vladimir Poutine a fait en sorte qu'il commence à se réaliser puisque deux nouveaux pays ont rejoint l'OTAN, la Finlande et la Norvège depuis l'agression de la Russie. Pour le reste, c'est une légende, c'est-à-dire que l'argument russe consiste à dire que l'OTAN, quasiment les chars de l'OTAN quand on entend parler les Russes, l'OTAN a avancé à l'Est pour venir affaiblir la Russie, pour venir la détruire, l'encercler et obtenir sa fin.

La réalité est très différente, moi je l'ai vécu sur place, c'est qu'au moment de la chute de l'Union soviétique, certains peuples se sont libérés, qui avaient été envahis par l'Union soviétique et que quand ils sont devenus indépendants, ils ont cherché la protection du monde auquel ils avaient envie d'appartenir, c'est-à-dire le monde occidental, le monde des démocraties occidentales, et que dans ce monde de démocratie occidentale, ils ont rejoint l'OTAN qui était la meilleure garantie pour eux de pouvoir rester dans cette partie du monde libre et de ne pas retourner sous le joug de Moscou.

Et c'est vrai que la question de l'OTAN, elle est à la fois un prétexte pour Vladimir Poutine, un prétexte qui justifie tous ces excès militaires, et en même temps, c'est une véritable question parce que je pense que l'un de ses objectifs, à part l'Ukraine, parce que c'est comme des poupées russes, dit l'ambassadeur français Pierre Lévy, l'ancien ambassadeur en Russie, dans son dernier livre, il parle de poupées russes, la politique de Poutine dans la région, c'est-à-dire la toute petite poupée, la plus petite, c'est l'Ukraine, la volonté de manger l'Ukraine.

Ensuite, il y a les pays qui sont autour de l'Union soviétique, les anciennes républiques soviétiques comme la Moldavie, la Georgie, et puis après, il y a l'Europe, et dans l'Europe, il y a l'OTAN, il faut obtenir la destruction de l'OTAN, et ensuite, la grande poupée, c'est celle de l'ordre international et de la volonté de Vladimir Poutine, qui est d'ailleurs, qu'il partage avec Xi Jinping, c'est pour ça qu'ils sont alliés en ce moment, la volonté de changer l'ordre international et de rétablir un monde qui est davantage favorable aux intérêts de Moscou, une espèce de nostalgie de la guerre froide pendant laquelle Washington et Moscou étaient les deux superpuissances.

Il y a aussi la volonté de changer, en fait, d'affaiblir les démocraties libérales pour projeter un modèle politique, politico-culturel et sociétal aussi, différent de celui

21:56
Présentateur

des démocraties libérales. Frédéric Ancel le retourne et on a assez peu, on a eu peu de temps pour parler du Proche-Orient, je voulais en parler quand même un tout petit peu parce qu'effectivement on n'est pas encore rentré dans la phase de la trêve mais il y a quand même une trêve en cours. Cependant, la vraie question, elle est peut-être autour de la situation humanitaire puisqu'Israël vient d'interdire l'accès à Gaza à 37 ONG internationales.

Alors, vous avez en géopolitique toujours les deux dimensions, vous avez la dimension humaniste, humaine, humanitaire, on en a parlé sur plusieurs conflits et puis vous avez la réelle politique et de ce point de vue-là, regardez ce qui s'est passé aux Etats-Unis, le Premier ministre ultranationaliste israélien a eu franchement les coups défranches de la part du président américain qui le recevait pour la sixième fois quand même. C'est-à-dire qu'on a une alliance là pour le coup extrêmement forte en dépit d'ailleurs d'une partie maga de l'entourage du président.

Ça ne signifie pas que Trump laisse tout faire à Netanyahou, on l'a vu à plusieurs reprises ces deux dernières années, mais ça signifie que la priorité absolue pour les Israéliens, pour les Américains, mais aussi, et j'insiste, pour la Ligue arabe, c'est le désarmement du Hamas. Et de ce point de vue-là... Il fait partie de la phase 2 donc de ce plan de Donald Trump. Non seulement il en fait partie mais c'est même aujourd'hui maintenant la priorité.

Sans quoi on sera sur un blocage permanent dont ne veulent plus, j'insiste à nouveau, l'essentiel des Etats arabes et d'ailleurs, pas non plus, les Etats musulmans puissants comme par exemple la Turquie ou l'Indonésie qui ont demandé eux aussi, ce qui était une première en 2025, le désarmement du Hamas. Donc on en est là aujourd'hui et je pense que cette année, évidemment, alors c'est facile à dire, sera d'autant plus crucial que, je le rappelle, il y aura non seulement ces élections-là mais qu'aujourd'hui, la pression, elle est maximale dans l'ensemble de la région pour le désarmement du Hamas.

Alors on a évoqué un peu rapidement, c'est vrai, la question de Taïwan avec Xi Jinping, le président chinois qui a mené toutes sortes d'exercices militaires autour de l'île et puis qui a dit que la réunification de notre pays puisque lui considère que Taïwan fait partie de la Chine est inarrêtable, c'est ce qu'il a dit, le réveil de l'Iran, le cinquième jour de manifestation contre le régime et notamment contre le guide suprême Ramenei.

Je voulais quand même prendre une petite minute pour vous poser cette question à tous les deux, question de Jean-Louis, un élément positif largement sous-estimé que vous verriez aujourd'hui dans l'actualité qui pourrait être déterminant sur la scène internationale en 2026, Isabelle Lasserre. Aujourd'hui,

24:18
Invité

le principal qui me vient à l'esprit, c'est la nouvelle rébellion iranienne qui, si elle se transforme en véritable révolution et mène à la chute du régime, donnera un bol d'air

24:30
Présentateur

à toute la région. Et vous, Frédéric Ancel, un élément positif largement sous-estimé aujourd'hui qui pourrait transformer la scène internationale cette année ? Je souscris à ce qu'a dit Isabelle, mais j'en ajoute un. Le réarmement qu'on a évoqué très rapidement tout à l'heure du Japon, mais également de la Corée du Sud et des Philippines, je vais peut-être vous surprendre. Je pense que c'est potentiellement une bonne nouvelle. Pourquoi ? Mais oui, parce que je considère en déjà très vieux géopolitologue blanchi sous le harnais qu'il n'y a pas pire ennemi de la paix que le pacifisme et il n'y a pas meilleur allié et pourvoyeur de la paix que la disfasion.

Et de ce point de vue-là, je pense que le pouvoir chinois, c'est un langage qu'il comprend. Et c'est ce que vous diriez aussi pour le réarmement de l'Europe qui est en cours ? Bien sûr, surtout le réarmement de l'Europe avec un fer de lance ou un moteur ou un tandem absolument nécessaire. En attendant que toute l'Europe suive, c'est évidemment le tandem franco-britannique. Frédéric Ancel, géopolitologue, professeur à Sciences Po Paris et à la Paris School of Business, auteur de la guerre mondiale n'aura pas lieu chez Odile Jacob. Isabelle Lasserre, autrice aux éditions de l'Observatoire du livre Les Fantômes de Munich.

Merci beaucoup à tous les deux de nous avoir éclairés, de nous avoir donné les clés pour comprendre dans le monde. Bonne journée.