La grande interview de Laurence Ferrari avec Thierry Breton
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Attaque 30 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:31OuverteRéponse directe
Est-ce qu'il a des mesures urgentes à prendre pour éviter qu'on entre de plein pied dans une vraie crise économique ?
- 1:02OuverteRéponse partielle
Mais y a-t-il intérêt lui à un choc pétrolier ?
- 2:19OuverteRéponse directe
Est-ce qu'on n'est pas drogué à la dépense publique, Thierry Breton ?
- 4:02RelanceRéponse directe
Mais pas de baisse à la pompe, pas de blocage des prix à la pompe, baisse de la TVA comme le propose ou le RN ou LFI ?
- 4:40OuverteRéponse directe
Est-ce qu'il faut libérer ces stocks stratégiques ?
- 10:21OuverteRéponse directe
Est-ce que la posture défensive de la France, à laquelle se tient Emmanuel Macron, est tenable dans un conflit qui est maintenant protéiforme et qui touche aussi nos compatriotes dans le Golfe ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:20Invité politiqueChiffre
« un prix du gasoil qui n'a jamais été atteint, on le voit maintenant à près de 2,20 »
- 1:33Invité politiqueChiffre
« on a réduit aujourd'hui de 10% la mise à disponibilité sur le marché »
- 1:39Invité politiqueChiffre
« le détroit d'Hormuz c'est aujourd'hui en gros 11 millions de barils par jour »
- 1:45Invité politiqueChiffre
« 10% de l'offre mondiale »
- 2:22PrésentateurChiffre
« Il va y avoir un chèque énergie pour 3,8 millions de Français »
- 2:41Invité politiqueChiffre
« à 5% de déficit chronique, c'est évidemment ce qu'on fait, avec une dette à 3 500 milliards »
- 3:14Invité politiqueChiffre
« si on retient que par tranche d'augmentation de 10 dollars le baril, c'est en gros entre 30 et 60 millions d'euros en TVA supplémentaires que l'État engrange »
- 4:56Invité politiqueChiffre
« On a libéré 400 millions de barils, donc, sur les stocks stratégiques »
- 5:04Invité politiqueChiffre
« L'ensemble des pays de la planète ont des stocks. Cela correspond à 1,2 milliard de barils aujourd'hui, sur la planète, de stocks »
- 5:46Invité politiqueFait
« Est-ce que, finalement, Donald Trump va vouloir détruire les infrastructures pétrolières de l'Iran ? »
- 5:51Invité politiqueChiffre
« ça veut dire qu'on va détruire la capacité de production, en gros, d'une dizaine de pourcents de la production mondiale »
- 7:04Invité politiqueChiffre
« le prix du galon est passé de 2,80 dollars à 4 dollars »
- 11:23Invité politiqueFait
« Chypre a été attaqué, Chypre a été attaqué, a reçu des missiles iraniens »
- 12:27Invité politiqueChiffre
« 26 pays sur 27 de l'Union Européenne dépendent des Etats-Unis pour leur protection nucléaire »
- 15:51Invité politiqueChiffre
« notre dette, elle est passée, lorsque je quittais Bercy, moi. Elle était à 1 200 milliards. Elle est aujourd'hui à 3 500 milliards »
Temps de parole
- Invité politique83 %
- Présentateur17 %
≈ 6,1 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Europe 1. La grande interview Europe 1 C News, Laurence Ferrari. Et notre invité ce matin dans la grande interview sur C News et sur Europe 1, c'est Thierry Breton. Bonjour à vous.
Bonjour.
Ancien commissaire européen au marché intérieur, auteur des dix renoncements qui ont fait la France, chez Bûcher, Chastel et Plon. On va parler évidemment de la guerre en Iran. Après un mois de frappe sur l'Iran, le conflit bouscule l'économie mondiale. On va commencer par ça parce que c'est ce qui préoccupe les Français. Il frappe de plein fouet le pouvoir d'achat. Le marché de l'économie, Thierry Breton, est complètement déstabilisé aujourd'hui. Est-ce qu'il a des mesures urgentes à prendre pour éviter qu'on entre de plein pied dans une vraie crise économique ? Il y a un vrai choc pétrolier, on n'en est pas loin.
Alors on n'en est pas loin, on n'y est pas encore parce qu'on est vraiment pour l'instant encore à ce stade. Et je prends vraiment beaucoup de précautions avec vous ce matin parce qu'évidemment les choses avancent. On sait du reste que celui qui a les clés s'appelle Donald Trump. C'est lui qui va décider de ce dont nous allons discuter ce matin, Laurence Ferrari. A savoir, est-ce qu'on rentre dans une phase plus difficile, potentiellement un choc, ou est-ce que ça se calme ? Celui qui a les clés s'appelle Donald Trump.
Mais y a-t-il intérêt lui à un choc pétrolier ?
Eh bien on va voir, on va en parler. Aujourd'hui il est très fragilisé aux Etats-Unis, les marchés commencent vraiment à s'impatienter. On sait qu'ils regardent ça, donc il va être sous cette pression-là. Il n'en demeure pas moins qu'on est dans le brouillard. Et ça les marchés ils n'aiment pas. Qu'est-ce que ça veut dire évidemment pour nos compatriotes, pour nous-mêmes ? Ça veut dire aujourd'hui, on l'a vu, un prix du gasoil qui n'a jamais été atteint, on le voit maintenant à près de 2,20. On voit effectivement...
Parce qu'on importe massivement le gasoil.
Parce qu'on importe évidemment massivement et puis aussi parce que le marché est un marché mondial. Et parce qu'on a réduit aujourd'hui de 10% la mise à disponibilité sur le marché. Donc puisque le détroit d'Hormuz c'est aujourd'hui en gros 11 millions de barils par jour. Ça veut donc dire que c'est 10% de l'offre mondiale. Et donc, eh bien voilà, les prix montent. Et tant qu'on n'aura pas réglé ce problème, on va rester dans cette instabilité. Mais j'ajoute que si jamais effectivement il y a désormais des attaques, des attaques au sol. Et qu'on commence à détruire les infrastructures pétrolières. On sait que les Iraniens vont faire en réciprocité la même chose dans les pays du Golfe.
Et là, on peut rentrer dans une phase qu'on n'a jamais connue.
On va évoquer cette éventuelle offensive, Thérèse, dans un instant. Un mot quand même de la situation en France. Les ménages en mettent la pression, notamment les plus vulnérables. Il va y avoir un chèque énergie pour 3,8 millions de Français. Il y a des aides ciblées. Est-ce qu'on n'est pas drogué à la dépense publique, Thierry Breton ?
D'abord, il faut éliminer les points les plus importants. Impossible pour nous aujourd'hui de faire ce qu'on a fait dans les précédents chocs pétroliers. On n'a juste pas les moyens.
On ne peut pas ouvrir les vannes. On ne peut pas ouvrir les vannes et les chèques.
On oublie. Et je crois qu'on commence à avoir un peu, j'espère, une sorte d'union sacrée là-dessus. Je crois qu'enfin, on a compris qu'à 5% de déficit chronique, c'est évidemment ce qu'on fait, avec une dette à 3 500 milliards, on ne peut juste plus. Alors, qu'est-ce qu'on a comme autres options ? L'autre option, c'est que l'État va engranger avec la TVA peut-être un petit surplus. Parce qu'évidemment, quand on passe de 1,80 à 2,20, je parle du gasoil, il y a un petit surplus sur la TVA.
Profiteur de crise, dit-le.
Oui, alors pour éviter cette... Alors moi, j'ai fait les calculs, si vous voulez. Alors, je les prends avec précaution, parce qu'évidemment, plus ça monte, moins on consomme. Donc, il faut faire des prééquations, vous le comprendrez. Mais en gros, si vous voulez, je crois que si on retient que par tranche d'augmentation de 10 dollars le baril, c'est en gros entre 30 et 60 millions d'euros en TVA supplémentaires que l'État engrange. Bon, ben, on peut dire qu'il faut que l'État redistribue précisément par des chèques ciblés à ceux qui en ont le plus besoin. Les agriculteurs, évidemment. Les pêcheurs, bien entendu. Les transporteurs. Et les familles qui ont besoin de leur voiture.
On peut penser, par exemple, regardez, par exemple, moi je vois, je vais souvent dans la Creuse. Dans la Creuse, on voit effectivement beaucoup de déplacements pour aller soigner les gens, pour aller les accompagner. Les infirmières libérales. Les infirmières, mais pas qu'eux. Eh bien, il faut évidemment que ces gens-là soient aidés. Donc, des chèques ciblés. Des chèques ciblés en essayant de tenir précisément dans son surplus qui est créé par cette situation singulière.
Mais pas de baisse à la pompe, pas de blocage des prix à la pompe, baisse de la TVA comme le propose ou le RN ou LFI ?
Non, parce qu'encore une fois, on ne peut pas. Et ça ne marche pas. Donc, encore une fois, je crois qu'il faut être irraisonnable. La raison, c'est dire, il y en a effectivement qui sont moins touchés, évidemment. Donc, ceux-là, on va les laisser de côté. Mais ceux qui sont vraiment touchés, alors on les aide, on les assiste. On a quand même la possibilité maintenant, quand même, dans le monde moderne, avec les systèmes, je dirais, informatisés, de savoir qui en a besoin et pas. Eh bien, il faut faire ce qu'on appelle des accompagnements ciblés, précisément pour les secteurs en difficulté.
Une question, Thierry Breton, sur la gestion des stocks de pétrole stratégiques. Il y a beaucoup d'interrogations là-dessus. Est-ce qu'il faut les libérer, alors qu'il y a aujourd'hui entre 300 et 600 stations de service dans lesquelles il y a des pénuries ? Cela commence. Est-ce qu'il faut libérer ces stocks stratégiques ?
Alors, c'est la politique qui a été menée aujourd'hui au niveau mondial. On a libéré 400 millions de barils, donc, sur les stocks stratégiques. C'est quoi les stocks stratégiques ? L'ensemble des pays de la planète ont des stocks. Cela correspond à 1,2 milliard de barils aujourd'hui, sur la planète, de stocks, qui sont stockés. On en a libéré un tiers. Laurence Fierry, c'est du jamais vu dans notre histoire. On n'en a jamais libéré autant. Alors, on les a libérés, encore une fois, pour remettre sur le marché, tout simplement, ce qui ne passait plus au détroit d'Ormuse. Mais ça, c'est, encore une fois, des mesures temporaires. Des cotaires sur une jambe de bois.
Donc, cela va durer quelques jours. Les 400 millions du reste, bon, cela a permis de faire baisser les prix. Mais dans l'incertitude dans laquelle on est, et je reviens à mes propos préliminaires, c'est-à-dire, qu'est-ce qui va se passer demain ? Est-ce que, finalement, Donald Trump va vouloir détruire les infrastructures pétrolières de l'Iran ? Et on sait que s'il le fait, alors, évidemment, ça veut dire qu'on va détruire la capacité de production, en gros, d'une dizaine de pourcents de la production mondiale. Mais derrière, les autres vont en réciprocité. Et on voit qu'avec les cibles, désormais, qu'est-ce qu'ils font ? Eh bien, ils sont très précis dans leurs cibles.
Ils risquent de faire la même chose.
Ils se déraffineraient en Israël des usines d'essalement dans les pays du Golfe.
Oui, et puis les infrastructures, y compris, regardez ce qui s'est passé en Arabie Saoudite, où un missile a pu détruire un AWACS. Donc, ça veut dire qu'il y a une précision. Donc, je crois qu'il faudrait vraiment tout faire pour éviter de rentrer dans cette escalade. Parce que celle-ci, alors oui, effectivement, peut provoquer un choc mondial qu'on n'aura pas connu.
D'accord. Donc, on est à un moment de bascule, selon vous ?
On est à un moment de bascule. Clairement, dans les dix jours qui viennent, c'est un moment de bascule. Il va falloir le suivre très attentif.
Mais encore une fois, l'intérêt de Donald Trump n'est pas de créer une crise mondiale. Et il n'y a pas intérêt. On sait bien que ce sont ses intérêts et ceux des Américains qui passent en premier pour lui.
Il n'y a pas pour pas raison. La première raison, d'abord, c'est sa base. Sa base, Maga, elle est contre les guerres, précisément. Et on le voit, du reste, elle est incarnée aujourd'hui par J.D. Vance. Du reste, il commence à ressortir, je dirais, du bois. On sait que maintenant, tiens, les Iraniens demandent de discuter avec lui. Pourquoi ? Parce qu'il est évidemment anti-guerre. Cette base, Maga, elle est profondément contre ce qui se passe. Il a sa deuxième raison, c'est que ses concitoyens, les Américains, aujourd'hui, songez que le prix du galon est passé de 2,80 dollars à 4 dollars. C'est l'endroit du reste où ça a monté le plus. Plus qu'en Europe et plus qu'en France.
Ça, si vous voulez, à 5 mois et demi de terme, ça va peser lourd. Et puis, troisièmement, les marchés financiers, l'incertitude. Et on sait ô combien il est sensible aux marchés financiers. Il commence à s'inquiéter, voire à s'énerver. Est-ce que tout ça va faire qu'on va avoir un peu de raison à Washington ? Eh bien, nous allons le voir dans les 10 jours qui viennent, peut-être même avant.
Est-ce que vous pensez qu'une intervention militaire au sol américaine, conjointe américaine-israélienne, est envisageable ou pas ? Benjamin Netanyahou dit ce matin qu'il estime que le pouvoir iranien va s'effondrer de l'intérieur.
Oui, on sait que c'est du reste ce que Benjamin Netanyahou, qui lui, mène à, je dirais, une guerre contre l'Iran. Existentielle. Oui, qu'on peut comprendre, existentielle. Voilà donc un pays, Israël, qui vit depuis plus de 40 ans, avec un autre, l'Iran, qui a juré sa perte. Donc, il faut bien qu'il se défende. On peut penser ce qu'on veut. Mais enfin, Israël se défend contre ce risque existentiel. Et lui, donc, il a intérêt à aller au bout, le plus loin possible. Sauf que, qu'est-ce qu'il a fait ? Il a hâtré, évidemment, et tout le monde le sait maintenant, c'est ce qu'on dit à Washington à juste raison.
Il a hâtré Donald Trump dans cette aventure, parce qu'il en avait besoin, sous prétexte qu'avec l'exemple Maduro, qui a permis à Donald Trump de dire, voilà, je peux faire n'importe quoi ou je peux faire tout ce que je veux grâce à l'hyperpuissance américaine. Il a dit, on va faire un Madurobis, donc, sur les dirigeants et sur les molas iraniens, quand ils les ont ciblés, identifiés. Et ce Madurobis devait, donc, évidemment, provoquer l'effondrement du régime. Il n'en est rien. Je crois que tout le monde est conscient maintenant que, malheureusement, je le dis, pour la population iranienne, l'effondrement du régime, il n'est plus là.
Il n'est plus là. Donc, il faut une intervention directe.
Non, je ne dis pas qu'il faut une intervention directe, parce que l'intervention directe derrière, elle ne va provoquer certainement pas quand on a 2 000, 5 000, 10 000, voire 50 000 hommes contre 1 million. On sait là où ça nous mène. Donc, la question, c'est que cette intervention, pourquoi ? Alors, c'est intéressant, si vous voulez...
C'est terrible, ce que vous dites, s'il n'y a pas d'effondrement du régime.
Eh bien, donc, on voit qu'aujourd'hui, les Etats-Unis essayent de se réinventer en permanence des buts de guerre. Alors, il y a eu, effectivement... L'oranium, c'est le but de guerre. Et ça, ça a été le but de guerre initial. 400 kilos d'oranium sont dans la nature. C'était la guerre des 12 jours. Soit disant, elle avait été gagnée. Bon, finalement, on se rend compte qu'elle n'a pas été gagnée. Et celle-là, je crois qu'on peut dire qu'elle était légitime. Parce qu'on voit, effectivement, ce qui se passerait si l'Iran disposait de l'arme nucléaire aujourd'hui. Bon, mais maintenant, il n'y a plus ce but de guerre. Sauf que, comme vous dites, les 440 kilos, ils sont toujours là.
Donc, si on peut les récupérer, ce sera important. Mais c'est intéressant. Dans la nuit, Marco Rubio, donc le secrétaire d'Etat américain, a donné 4 conditions à atteindre. 4 conditions comme but de guerre. Le premier, c'est que la défense aérienne iranienne soit annulée. C'est fait. Pareil pour la marine. C'est fait. Ensuite, le troisième point, c'est qu'il y ait de moins en moins de lance-missiles. C'est fait. Il y avait en gros 450 lance-missiles en Iran. Il n'y en a plus qu'une centaine, d'après les experts. Et puis, la quatrième, c'est détruire les usines. Alors, on ne sait pas de quelles usines ils parlent. Sans doute des usines d'armement.
Donc, on voit qu'on essaye de mettre en pointillé un narratif qui permettrait à Donald Trump de dire, on peut arrêter. Et je crois sincèrement que c'est ce vers quoi il faut aller.
Thierry Breton, on est sur CNews et sur Europe 1. Est-ce que la posture défensive de la France, à laquelle se tient Emmanuel Macron, est tenable dans un conflit qui est maintenant protéiforme et qui touche aussi nos compatriotes dans le Golfe ?
Oui, et je pense que vraiment, il faut le dire, je sais qu'on aime bien critiquer le gouvernement, on n'est pas des Gaulois pour rien, et en particulier le Président de la République, il faut le dire. L'Europe et la France a tenu son rang, a tenu sa position jusqu'à présent. Je prends l'exemple, par exemple, je prends l'exemple de l'envoi du porte-avions Charles de Gaulle, avec évidemment sa flottille de destroyer européenne du reste. Pourquoi est-ce qu'on a envoyé le Charles de Gaulle, donc, au large des côtes chypriotes ?
Tout simplement parce que nous, et je crois qu'il faut vraiment qu'on le dise et qu'on le redise, ce qui fait la différence entre nous, Européens et Français, et désormais les Etats-Unis, c'est que nous, on tient nos engagements quand on en a l'un. Quand on prend un engagement, quand on a une alliance, on la respecte. Eh bien, dans le cadre du traité européen qui nous unit tous, il y a un article, qui est l'article 42.7, qui dit que lorsqu'un pays européen est attaqué, alors tous ceux qui en ont la possibilité vont le défendre. Eh bien, Chypre a été attaqué, Chypre a été attaqué, a reçu des missiles iraniens. Donc, on est venu pour protéger Chypre, on a respecté nos engagements.
Pareil pour les pays du Golfe. Imaginez ce qui se passe aujourd'hui, Laurence Ferrari, pour les pays du Golfe. Ils ont sous-traité leur défense aux Américains, moyennant des bases et de l'achat de matériel militaire. Et aujourd'hui, ils se rendent compte que ça ne sert plus à rien, qu'ils ne sont pas défendus. Eh bien, nous, nous avons des alliances, en particulier avec les pays du Golfe, notamment les Émirats arabes unis et d'autres. Eh bien, on les respecte. On ne les respecte pas pour être attrait à la guerre, mais pour venir les aider, précisément, à lutter contre cette pluie de drones. Je rappelle que c'est eux qui en ont le plus reçu, ou de missiles.
Et puis, le troisième point, c'est que nous avons évidemment, donc, des compatriotes, des compatriotes qui sont plus de 400 000 dans la région. Donc, oui, j'estime que nous devons tenir notre rang, et nous l'avons tenu. On n'est pas des belligérants, on n'est pas attrait à cette guerre, mais on tient et on respecte nos engagements. Voilà la posture qu'il faut désormais, y compris dans ce monde qui se recompose au Moyen-Orient, que la France et l'Europe tiennent.
Vous avez évoqué cet article qui lit les Européens en cas d'attaque d'un pays ou de l'autre. L'Europe de la défense, soyons clairs, elle n'existe pas. Quand on voit aujourd'hui que nos voisins européens continuent d'acheter massivement de l'armement américain, polonais, belges, danois, italien, finlandais, les Norvégiens, qu'est-ce que vous dites, en fait ? Elle n'existera jamais, cette Europe de la défense ?
Pour une seule raison. Il faut toujours en revenir maintenant. Vous savez, on rentre dans un monde qui va devenir extrêmement brutal. Dans un monde, il va falloir énormément d'expérience et aussi de leadership pour pouvoir tirer nos marrons du feu, si je puis dire. Et donc, il va falloir vraiment identifier les causes originelles. La cause originelle, par rapport à ce que vous venez de dire, Laurence Ferrari, elle tient en un mot. Dissuasion nucléaire. Aujourd'hui, 26 pays sur 27 de l'Union Européenne dépendent des Etats-Unis pour leur protection nucléaire.
On voit qu'aujourd'hui, depuis le 20 janvier 2025, hélas, je dis bien hélas parce que je suis un grand ami des Etats-Unis, j'ai toujours été, hélas, la confiance, la confiance qui était le fondement même des relations transatlantiques s'est effondrée. Il faudra des années, peut-être des décennies pour la reconstruire. Et la dissuasion, c'est la confiance.
Ce n'est pas parce que vous vous en voulez à Trump que vous dites ça.
Je n'en veux absolument pas à personne.
Qui vous a privé de visa.
Oui, mais voilà, c'est à travers moi, c'est l'Europe qui a voulu punir sur ce que j'ai fait dans les réseaux sociaux qui n'a pas plu à Elon Musk. Mais c'est un autre sujet. Et donc, pour revenir sur la dissuasion, 26 pays des 27 dépendent encore des Etats-Unis. Vous savez, je l'ai vécu. Donc, à partir du moment où on dit, oui, finalement, le rapal, c'est peut-être pas mal, un petit coup de fil de Washington, et puis que ce soit aux Allemands, que ce soit aux Belges, que ce soit aux Néerlandais, vous voulez toujours la protection nucléaire ? Alors, vous achetez un F-35 et pas un rapal.
Donc, tant qu'on n'aura pas réglé notre problème, ou en tout cas qu'on aura commencé à l'étendre un tout petit peu à la seule main française, je le répète. Et c'est pour ça qu'il faut relire le discours de l'île longue du président de la République. Je trouve que ça a été un discours qui était très important. Il est évident qu'il faut commencer, précisément, à, là aussi, nous autonomiser, et oui, c'est le mot, des Etats-Unis, parce que ce ne sont plus un partenaire fiable. Voilà ce que j'entends, moi, maintenant, en Europe. Voilà ce que j'entends, maintenant, au Moyen-Orient. Voilà ce que le président de la République entend désormais au Japon, où il est en ce moment.
Voilà ce qu'il va entendre quand il va aller en Corée. Voilà le monde qui se recompose. Il faut qu'on commence à en tirer les leçons.
Thierry Breton, la guerre en Iran fait aussi monter les taux que la France emprunte. Elle complique l'effort de réduction des déficits publics. Vous avez publié une tribune dans le journal Le Monde pour inscrire dans notre Constitution une règle d'or, limitant le déficit public à 1% du PIB à l'horizon 2032. On en est à, vous l'avez dit tout à l'heure, plus de 5%. Est-ce que c'est un peu pieux ? Est-ce que c'est réaliste ?
Non. Pour moi, j'ai beaucoup, beaucoup réfléchi et travaillé sur ces questions, vous le savez, y compris lorsque j'étais ministre à Bercy, avec mes collaborateurs, avec aussi les ministres qui m'entouraient, dont Jean-François Copé, nous avons décidé de baisser la dette. Donc, on sait comment il faut le faire et c'est un travail très important et nécessaire.
Un pays qui ne compte pas est un pays qui ne compte plus.
Et oui, aujourd'hui, on ne compte plus parce qu'on n'est plus écoutés. Et donc, la seule logique, c'est de nous remettre de la discipline. Les Allemands l'ont fait en 2009 puis 2011. Ils ont inscrit dans leur Constitution le fait, alors que c'est encore une fois un pays qui marche sur des coalitions avec des socialistes, avec des sociodémocrates, avec du centre, avec du centre droit. Eh bien, ils ont inscrit dans leur Constitution l'interdiction de présenter des budgets à partir de 2011 qui étaient en déséquilibre. Et alors quoi ? Nous, on ne pourrait pas le faire.
Et on voit que parce qu'on ne le fait pas, eh bien, on est incapable aujourd'hui de présenter un budget qui ne crée pas 150 milliards de déficit par an. Par an. Ça veut dire que c'est les enfants qui payent. Ça veut dire que notre dette, elle est passée, lorsque je quittais Bercy, moi. Elle était à 1 200 milliards. Elle est aujourd'hui à 3 500 milliards. On vit mieux, Madame Ferrari, en France ? Non. Donc, ça veut dire qu'encore une fois, je dirais ce laxisme incroyable, cette complaisance avec nous-mêmes, incroyable, fait que finalement, on en est là.
Donc, oui, je pense qu'il faut faire comme les Allemands l'ont fait, de façon très posée, de façon très tranquille, avec un esprit qui est un esprit que je qualifie d'union sacrée, eh bien, commencer à discuter entre nous d'une trajectoire, je l'ai proposée effectivement dans le journal Le Monde, d'ailleurs une trajectoire qui n'est pas trop agressive, qui fait qu'on passe de 5% à 1% en 2032, et ensuite qu'on inscrit dans la Constitution le fait qu'on s'interdit de faire moins, pas plus de 1% de déficit par an. Et c'est faisable, et du coup, la France retrouvera son crédit, parce qu'on sait qu'enfin, elle va retenir sa parole.
Et vous voyez dans le monde qui vient, la brutalité du monde qui vient, ceux qu'on va suivre, c'est ceux qui tiennent leur parole et leurs engagements.
Ça veut dire, Thierry Bauton, que vous allez prendre votre bâton de pèlerin, et avoir tous les candidats à la présidentielle, il y en a pléthore, pour leur dire, voilà, l'intérêt de cette règle des 1%, Vous allez tous les voir ?
Eh bien oui, je vais tous les voir, et je les invite du reste à venir me voir. Moi-même, du reste, j'ai commencé à prendre des initiatives. J'ai déjà un certain nombre de rencontres, de déjeuners qui sont prévus, avec l'ensemble de ceux qui sont les responsables des partis politiques. Tous les partis de l'État ? Tous les partis, alors vraiment tous les partis, parce qu'encore une fois, vous savez la règle de l'ordre ?
Le RNA et les filles ?
Bien sûr, tous les partis. Alors, je ne suis pas sûr que les filles viendront me voir, mais enfin, on verra bien. Mais en tout cas, s'ils demandent, je les recevrai, bien entendu. Pourquoi ? Parce que dans les moments vraiment existentiels pour la France, et je le dis, on est dans un moment existentiel. On est un pays, un grand pays, on est un pays dont, je dirais, le monde a besoin. On le voit aujourd'hui par rapport à ce qui se passe, y compris au Moyen-Orient. On est dans un pays dont la France a besoin.
Mais ne pas pouvoir avoir la capacité de notre expression, tout simplement parce qu'on est un peuple et un pays qui ne sait plus tenir ses finances, eh bien, il faut vraiment redresser la situation. On peut le faire, et je veux en discuter avec chacun des chefs de parti, pour avoir finalement, je dirais, une logique qui est une logique acceptable, mais que derrière, on sache que ce qui fait qu'on pourra continuer à avoir un discours démocratique, où les uns et les autres vont s'opposer, mais qui se fasse dans un cadre borné, voilà une république, et voilà un pays qui aura su vaincre ses démons, et qui pourra réexister à nouveau.
C'est ce que je vais m'efforcer de faire dans les semaines qui viennent.
Il y a les démons financiers, et on vient de les évoquer, il y a aussi les démons politiques. Comment est-ce que vous jugez le climat post-municipal, délétère, qui règne dans notre pays, avec des maires conspuées, des maires agressées, des conseils municipaux qui se tiennent dans des ambiances apocalyptiques, Thierry Breton ?
Mais là encore, c'est parce qu'on n'a plus de boussole. Il faut remettre une boussole. Songez, et je m'excuse, j'en reviens toujours à des choses assez basiques. On n'a plus de boussole parce qu'encore une fois, on a un État qui ne sait plus tenir sa parole, qui ne sait plus tenir ses engagements. Comment voulez-vous que l'État qui doit donner l'exemple, précisément par rapport à tous les agents, à tous les acteurs politiques, démocratiques, soit celui qui bafoue sa parole en permanence et qui demande aux autres de ne pas le faire ?
Donc, encore une fois, remettre de l'ordre dans la maison, je le dis vraiment de façon assez simple, mais à un moment, quand les choses sont dures, il faut être simple. Commençons par remettre de l'ordre dans nos finances publiques, sachant qu'on va tous tenir nos engagements et on saura remettre la République en place, la République en mouvement.
C'est la stratégie du chaos qui est à l'œuvre.
Mais bien sûr, parce que vous avez raison, je crois que vous avez raison, j'approuve, ou en tout cas, je me reconnais dans ce thème, c'est une stratégie du chaos, parce que précisément, il n'y a plus de boussole, il n'y a plus d'incarnation de cette boussole. Voilà, c'est ce que je propose, tout simplement, avec la démarche dont vous venez de rappeler, remettre quelque part un cap, remettre une boussole, pour que précisément, les forces démocratiques puissent retrouver la raison.
Merci beaucoup Thierry Breton, d'être venu ce matin sur CNews et sur Europe 1. Les 10 renoncements qui ont fait la France, c'est votre livre, vos éditions Béchet-Chastel et Plomb. Merci à vous, bonne journée sur CNews et sur Europe 1.
Merci Thierry Breton, merci Laurence Ferrari. Vos signatures Europe 1 arrivent dans un instant, mardi 31 mars.