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InterviewLe Crayon· 8 novembre 2021 30 minContradictoireActualité / polémiqueSécuritéÉconomie & entreprisesTravail & emploi

L'insécurité, un thème réservé à droite ? - ŒIL POUR ŒIL avec Fabien Roussel

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 65 %Attaque 25 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 82 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:00OuverteRéponse partielle

    A quel niveau vous le voyez le revenu étudiant ?

  • 0:02OuverteRéponse partielle

    Comment vous imaginez son financement ?

  • 0:04OuverteRéponse partielle

    Comment vous pouvez prendre part à ses décisions ?

  • 0:27OuverteÉludée

    Est-ce qu'on est aujourd'hui à l'égalité entre les femmes et les hommes ?

  • 0:55OuverteRéponse directe

    Le thème de la sécurité, dont vous parlez beaucoup.

  • 1:18RelanceRéponse directe

    Pensez-vous que lutter contre cette insécurité, c'est un thème qui sera réservé à l'extrême droite ou à la droite ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:10Fabien RousselChiffre
    « Vous parliez de recruter 30 000 policiers. »
  • 3:33Fabien RousselFait
    « Sarkozy qui a fait en sorte de supprimer le renseignement territorial. »
  • 3:36Fabien RousselChiffre
    « Sarkozy qui a tué les renseignements généraux, c'est lui qui a supprimé 15 000 emplois dans la police. »
  • 3:45Fabien RousselFait
    « C'est l'extrême droite qui dit, il faut privatiser la police. »
  • 5:54Fabien RousselChiffre
    « La récidive est plus faible, effectivement. »
  • 15:53Fabien RousselPromesse
    « Nous, on porte l'ambition de créer un million d'emplois en cinq ans dans l'industrie, y compris dans l'industrie verte. »
  • 17:52Fabien RousselChiffre
    « 140 milliards d'euros d'argent public qui est mis sur la table par l'État et les collectivités vers les entreprises. »
  • 18:15Fabien RousselPromesse
    « Enfin, quand on a fait 5 ans d'études, le minimum, c'est qu'ils soient payés à la hauteur de leur diplôme. »

Temps de parole

  • Présentateur79 %
  • Présentateur 220 %

2,7 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

A quel niveau vous le voyez le revenu étudiant ? Comment vous imaginez son financement ? Comment vous pouvez prendre part à ses décisions ? C'est-à-dire, j'ai même envie de proposer, moi, que les jeunes aient leur propre assemblée délibérative pour faire vivre leur droit, leur statut social, leur revenu étudiant.

0:20
Invité

Mais bien sûr, le véganisme est du spécisme libéral. Des personnes âgées dans les EHPAD, avec plus de monde pour torcher les vieux alzheimeriens.

0:27
Présentateur

Est-ce qu'on est aujourd'hui à l'égalité entre les femmes et les hommes ?

0:29
Invité

Ou est-ce qu'on n'y est pas du tout ? Aucun média en France ne ment.

0:37
Présentateur

Yo, c'est Jules pour Le Crayon. On se retrouve aujourd'hui pour une nouvelle interview. Nous sommes avec Fabien Roussel. Fabien Roussel, bonjour. Bonjour. Merci d'avoir accepté l'invitation du Crayon. Vous êtes secrétaire national du Parti communiste français. Vous êtes député et vous êtes candidat à l'élection présidentielle 2022. On vous entend beaucoup sur un certain nombre de thèmes récurrents. Le thème de la sécurité, dont vous parlez beaucoup. Le thème de la jeunesse, que vous souhaitez porter. On va aborder ces thèmes-là et un certain nombre de thèmes d'actualité également. D'abord parce que c'est l'une des mesures qui a fait parler au sujet de votre campagne.

Vous parliez de recruter 30 000 policiers. Vous êtes quelqu'un qui a parlé de la sécurité à gauche. On dit souvent que c'est un thème qui est réservé à la droite, voire à l'extrême droite. Vous l'êtes approprié à gauche. D'ailleurs, Valeurs Actuelles vous a appelé un facho parmi les cocos. Pensez-vous que lutter contre cette insécurité, c'est un thème qui sera réservé à l'extrême droite ou à la droite ? Bon alors, Valeurs Actuelles... Ouais, on n'en parle pas. Je ne leur fais pas de pub. Quand j'ai déclaré ma candidature, après que mon parti, que les communistes, aient décidé d'avoir un candidat, après un long débat, j'ai prononcé mon premier discours.

Et dans ce premier discours, je formule deux priorités. Rendre sa dignité au monde du travail. Et dans le monde du travail, je parle très largement de ceux qui sont dans les usines, autant que ceux qui sont dans les hôpitaux, dans les écoles, dans les chambres, et y compris les petits commerçants, les artisans. Et l'autre priorité, c'est la jeunesse. C'est la sécurité qui s'est invitée dans le débat public. Et quelques jours après ma nomination, mon investiture, j'ai été interrogé sur cette question-là. Et je n'ai pas voulu contourner le sujet. En disant, ce n'est pas la priorité, la priorité c'est le social. J'ai voulu y répondre clairement. Et j'ai voulu dire, mais ouais, c'est important.

C'est important parce que moi, je viens d'un département, le Nord, très populaire, et où ces questions-là, elles se posent. Et moi, en tant que député, on m'interpelle souvent là-dessus. Parce que dans des quartiers, dans des villes, dans des villages aussi, il y a la question de la sécurité, de la tranquillité publique, elle se pose. Et donc on me dit, mais qu'est-ce que vous proposez-vous ? Qu'est-ce que vous faites là-dessus ? Et donc j'ai voulu dire que, oui, la gauche, elle doit porter des propositions, et elle en a. Et il se trouve qu'on avait travaillé sur cette question. Là, pendant un an, j'avais mis en place un collectif pour qu'on me fasse des propositions là-dessus.

Et je les ai formulées. Et donc, je trouve ça carrément gonflé que la droite et l'extrême droite soient ceux qui seraient les meilleurs sur ce thème, alors qu'ils ont complètement tué notre politique nationale de sécurité publique. C'est-à-dire Sarkozy qui a fait en sorte de supprimer le renseignement territorial. Sarkozy qui a tué les renseignements généraux, c'est lui qui a supprimé 15 000 emplois dans la police. C'est l'extrême droite qui dit, il faut privatiser la police. Il faut mettre des polices municipales dans les villes, comme ça l'État n'a plus rien à payer, c'est à la charge des villes. Et voire même, il faut les privatiser. C'est le Far West.

Alors entre la droite qui casse un service public de la police qui l'affaiblit et l'extrême droite qui le vend au privé et qui le délègue aux communes, j'ai dit, nous la gauche on va rien dire. Donc j'ai voulu dire, ça doit rester du domaine du régalien, c'est-à-dire de l'État. Ça doit être national. Et il faut une politique nationale de proximité. Je veux rétablir une police nationale de proximité avec des gardiens de la paix qui tissent un lien de confiance avec les gens, avec les jeunes. Pas avec le bâton, mais en étant implantés dans les villes, les villages, les quartiers.

Et puis j'ai voulu dire aussi que la question de la sécurité, de la tranquillité publique, c'est pas qu'une question de police, c'est une question aussi de politique publique dans les villes, dans les villages, dans les quartiers. C'est des écoles, c'est des arrêts de bus, de métro, c'est un bureau de poste, c'est des éducateurs pour la jeunesse, des services culturels, sportifs, c'est ça. Et quand l'État recule, c'est parfois la mafia qui s'installe. Et donc on a besoin, on a besoin d'avoir un État présent, mais pour qu'on vive ensemble, tous à égalité. Et donc j'ai voulu aussi amener ça.

Et d'ailleurs, en travaillant sur ces questions-là, j'ai bien vu que là où il y a des problèmes d'insécurité, dans certains quartiers, eh bien d'abord ceux qui en soufflent le plus, c'est quand même les gens qui y vivent, donc il faut leur apporter des réponses. Et donc il faut de la police de proximité, mais il faut aussi toute la politique de prévention de la délinquance derrière. Et il faut donner des moyens à la justice pour que la justice puisse pouvoir sanctionner, mais rapidement, pas deux ans après, et puis qu'il y ait une justice qui fasse en sorte qu'on accompagne ceux qui ont été condamnés. L'objectif, c'est de les réinsérer. C'est pas d'en faire des truands.

Puisque la récidive est plus faible, effectivement. Voilà. Donc j'ai voulu dire que la gauche, elle doit prendre pleinement cette question-là et y mettre de la justice sociale, de la fraternité, du vivre ensemble, des politiques publiques et être offensif. Donc voilà. Voilà comment c'est venu. Et j'assume pleinement. La gauche, du coup, est-ce que vous avez l'impression qu'elle se fait boxer dans les thèmes qui ne sont pas nécessairement les siens ?

Quand vous dites « Moi, j'ai voulu porter un thème social, un thème jeunesse et on m'interroge sur la sécurité », qui est un thème, du coup, plutôt porté par la droite, je ne veux pas m'y défiler, mais en même temps, du coup, maintenant, on parle beaucoup de ça. Pourquoi est-ce que c'est pas un thème de gauche qui s'installe ? Ou un thème, disons, ne laissant pas du coup la sécurité à la droite, mais disons, pourquoi c'est pas vos thèmes de jeunesse ? Oui. C'est parce que tout est fait dans l'actualité nationale et politique. Tout est fait pour qu'on mette les questions liées à la sécurité, à l'immigration, au terrorisme, au cœur du débat. Il ne faudrait pas que je vous en parle ?

En tirant même un trait d'égalité entre eux, en faisant un trait d'égalité entre le terrorisme et l'immigration, ce qui est terrible, quand on sait que beaucoup, d'ailleurs, sont issus du sol national. Mais l'actualité, elle est faite que de ça, et moins de la question sociale. Et moi, j'aimerais bien qu'on pose plus la question de l'emploi, du pouvoir d'achat, des salaires. J'aimerais bien qu'on puisse parler beaucoup plus du rôle de la finance, comment l'économie a pris le pouvoir. Les banques, les milieux d'affaires, les assurances, comment ils ont pris le pouvoir sur notre pays, et le politique, aujourd'hui, n'aurait plus aucun pouvoir, plus moyen de décider.

Moi, j'ai envie de parler de ça, j'ai envie de parler de démocratie. Ça rejoint la question de l'abstention, d'ailleurs. Et donc, j'ai envie d'en parler, parce qu'on m'en parle aussi quand je fais mes déplacements. Moi, quand je fais mes déplacements, je rencontre des salariés, je vais vous dire, ils me parlent d'abord de leurs conditions de travail, de leur niveau de salaire, de leurs compétences non reconnues. Et on ne parle pas du reste, ou peu. Je ne vais pas dire qu'on n'en parle pas, mais beaucoup moins. Je dis que le politique n'a plus de pouvoir.

En même temps, moi, je lis récemment, en ce moment, François Sureau, qui a été un avocat et qui a écrit ce tract chez Gallimard sur la liberté, lui, comme beaucoup de Français, critique beaucoup des politiques sécuritaires, des politiques liberticides, des lois qui sont la loi sécurité globale, la loi même sur la haine sur Internet, la loi de 2019 anti-casseurs. Je vais vous citer, du coup, un passage de son livre. A présent, la loi se durcit, alors que la force disparaît dans sa légitimité même. La liberté est mise en péril autant que l'efficacité. Nul ne sait déterminer dans cette évolution la part de la démagogie et celle de la légèreté.

La demande de sécurité relève de l'évidence et n'est pas illégitime. C'est la réponse des États qui est surprenante, en ce qu'elle échoue presque toujours, la diminution des libertés n'entraînant aucun bénéfice en ce qui concerne la sûreté. Est-ce que vous avez l'impression qu'on fait des lois pour répondre à une envie de sécurité, de sûreté d'ailleurs, on devrait plutôt dire, mais qu'en réalité, on perd seulement en liberté, que le citoyen disparaît, comme le dit François Sureau, tandis que la sûreté, elle, n'est pas améliorée ? Oui, je partage assez ce que vous venez de citer. On a une réponse aujourd'hui en France.

Le gouvernement apporte des réponses législatives à travers de multiples textes sur cette question-là, mais qui sont des réponses liberticides, qui au contraire font reculer nos libertés, sans pour autant répondre aux questions légitimes des Français sur la tranquillité publique, sur le vivre ensemble. Et donc, ce sont des réponses sécuritaires, et pas des réponses qui garantissent les droits de chacun, l'égalité des droits de chacun, et le vivre ensemble. Donc, c'est pour ça que je dis que la gauche, elle doit s'emparer de ces sujets, pour y mettre un autre contenu.

La police, par exemple, il y a beaucoup de questions sur l'armement de la police, sur les manifestations, etc., depuis les Gilets jaunes. Vous, est-ce que vous considérez, par exemple, que la police est trop armée, ou en tout cas armée, avec des équipements qui sont dangereux ? Mais moi, je préfère mettre en cause la doctrine de maintien de l'ordre de la police, dictée par la hiérarchie, plutôt que d'invectiver les policiers. Mais y compris à gauche, y compris même parfois chez des militants du Parti communiste, où on va pointer du doigt le policier. Forcément, on manifeste beaucoup, et des fois, on se prend des coups.

Et donc, forcément, on s'en prend aux policiers quand on en fasse de nous, quand on est dans une situation d'affrontement, mais c'est pas juste. Parce que moi, ce que je voudrais mettre en cause, c'est la politique de maintien de l'ordre. Et quand on a aujourd'hui une hiérarchie des préfets qui organise ce que l'on a parlé maintenant, le nassage, quand on enferme les manifestants dans une place sans aucune porte de sortie, sans échappatoire, et qu'on leur balance des grenades de désencerclement, etc., et c'est l'enfer dedans. Et là, on se retrouve dans une situation épouvantable, et parfois d'affrontement. Et ça, ça me terrifie, parce qu'en fait, moi, je vois, ça me donne...

Si on prend du recul, c'est le peuple qui s'affronte. Les policiers, c'est des fonctionnaires, ils sont pas chers payés, et qu'on envoie au casse-pipe. Et les manifestants sont des gens qui défendent leurs droits, leur travail, leur pouvoir d'achat, et qui se retrouvent face à des gens qui sont presque comme eux. Puis au-dessus, il y a les préfets, le ministre, tranquille, et puis il dit, allez, battez-vous. Ça m'insupporte. Je veux remettre en cause cette doctrine du maintien de l'ordre. Et moi, je souhaite plus avoir des gardiens de la paix que des forces de l'ordre.

Je souhaite retrouver une police au service de la République et de la paix sociale, et pas au service d'un gouvernement qui prend des mesures tellement dures qu'elles suscitent la révolte populaire et qu'il faut lui envoyer le bâton. Par démagogie ou par légèreté, comme dit François Sereau ? Oh, c'est par... Le gouvernement, lui, agit par autorité parce qu'il prend des mesures antisociales. Le gouvernement prend des mesures dures pour les Français, dures pour le peuple. Et donc, lui, il réagit parce qu'il a besoin de faire maintenir... Il a besoin que la colère ne s'exprime pas, ne s'exprime pas. Et la colère, elle est conciliable avec la sécurité, la sûreté et la tranquillité publique ?

Quand on ne le respecte pas, eh bien, ouais, il se met en colère. Il faut l'entendre. Et ça tenait qu'au président de la République et au gouvernement de reculer sur ces réformes et de calmer le jeu et puis de changer de politique. Il l'a fait sur les gilets jaunes. Il l'a fait sur la taxe carbone. Il a baissé la CSG pour certains. Donc... Il a augmenté le SMIC. Ah non, non, il n'a pas augmenté le SMIC. Ah non, non, non, il ne faut pas se laisser embobiner là-dedans. Il n'a pas augmenté le SMIC. Il a mis une prime d'activité qui est versée par la CAF à ceux qui en font la demande. Ce n'est pas une augmentation du SMIC.

Le SMIC, c'est un salaire qui est versé par un chef d'entreprise à ses salariés en fonction du travail. Là, c'est le salarié qui doit demander à la CAF une compensation. Et la CAF, c'est financé par nous. Donc, c'est nous-mêmes qui payons notre propre augmentation de salaire. Donc, non, non, non, il n'a pas augmenté le SMIC. Bref, tout ça pour dire que, oui, la colère doit s'exprimer. Mais surtout, il faut pouvoir lui donner un débouché politique. Il faut pouvoir lui dire, bon, la colère, on est tous en colère. Mais maintenant, comment on fait ? Quelle société on veut ? Et donc, il faut pouvoir porter un projet de société. C'est ça. Il faut donner de l'espoir.

Est-ce que vous pensez qu'aujourd'hui, on a suffisamment en France de personnes qui s'orientent vers des cursus, typiquement d'ingénierie, des cursus qui permettent à la France d'être une grande puissance technologique pour les années à venir ? Versus d'autres types de cursus qui sont assez prisés aussi, mais de sciences sociales, d'art, etc. Est-ce que vous, vous avez une stratégie, par exemple, en tant que futur peut-être président de la République, pour porter la France dans une vision à plusieurs décennies sur, typiquement, des investissements dans les technologies et dans la science ?

Est-ce que sur les étudiants, vous comptez favoriser peut-être plutôt certains cursus que d'autres, ou pas ? La richesse de la France, c'est le monde du travail et de la création. Donc aussi, le monde des arts, de la culture. Et c'est le monde du travail aussi, celui qui crée les richesses. Et donc, moi, je ne privilégie pas telle ou telle filière. En revanche, nous avons besoin de réindustrialiser le pays et donc de relocaliser des productions. Il faut le faire pour la lutte en faveur du climat, mais aussi pour créer des emplois ici. Et en réouvrant des usines, des entreprises, en relocalisant la production, on va aussi avoir des entreprises qui vont payer des impôts.

On va distribuer du salaire. Ça contribue à relancer la consommation et à donner du budget à l'État. Et donc, pour cela, il va y avoir besoin de jeunes, de salariés formés dans un tas de domaines. Autant dans l'ingénierie que dans la production, que dans le management, qu'on en a besoin. Donc, nous, on porte l'ambition de créer un million d'emplois en cinq ans dans l'industrie, y compris dans l'industrie verte. Et donc, pour ça, il va falloir former et investir beaucoup plus dans la formation.

Et nous proposons même, nous, un système qui garantisse à chacun, dans toute sa vie, une part importante de formation dans son temps au travail, pour pouvoir, y compris avoir une mobilité professionnelle, en fonction de ses propres choix, et de pouvoir se reconvertir. Mais il faut aussi mettre un coup d'arrêt aux délocalisations. Et dans ces délocalisations, y compris celles de l'ingénierie. Parce qu'aujourd'hui, nos ingénieurs français sont mis en concurrence avec des ingénieurs indiens, beaucoup indiens. Oui, puisque 50% des ingénieurs, je crois, dans le monde sont des indiens, justement parce que l'Inde fait ce choix stratégique. Ah oui, mais c'est une folie, ça.

Moi, je le vis dans l'industrie ferroviaire de chez moi, où Bombardier et Alstom font aujourd'hui appel à des bureaux d'études indiens pour la conception des trains, des trams, etc. Mais enfin, c'est pas acceptable. Et alors, en plus... Mais s'ils sont meilleurs, ils sont meilleurs et moins chers. Ouais, mais enfin, ouais, ben d'accord. Non, mais c'est quoi cette concurrence-là ? Et donc, un jeune ingénieur qui sort des écoles françaises, du coup, on va lui dire, t'as Bac plus 6, Bac plus 5, mais on va te payer 1 600, 1 700 euros, parce que les Indiens, ils travaillent pour moins. Et ben, donc, on fait...

Alors, donc, on délocalise la production, hein, parce qu'on veut pas que nos enfants mettent les mains dans le cambouis, donc on va laisser les Africains et les Chinois le faire. Et puis maintenant, même l'ingénierie, on va dire, ben, les Indiens sont moins chers, donc c'est eux qui vont devenir ingénieurs. Et on fait quoi, nous ? Mais c'est quoi la solution, alors, du coup ? Eh ben, c'est ce que je vous dis. C'est retrouver une forme de souveraineté économique, industrielle, et y compris au nom du climat. Obliger, du coup, les entreprises françaises à aller faire appel à des bureaux d'études qui sont en France. Mais quand on a... Quand il y a...

Aujourd'hui, on a le chiffre, on ne l'avait pas avant. 140 milliards d'euros d'argent public qui est mis sur la table par l'État et les collectivités vers les entreprises. La moindre des choses, c'est de conditionner ces aides publiques à la relocalisation de l'activité, à la formation, à correctement rémunérer des jeunes ingénieurs. Enfin, quand on a fait 5 ans d'études, le minimum, c'est qu'ils soient payés à la hauteur de leur diplôme. Mais c'est pas que dans le privé, dans l'industrie. J'ai rencontré les sages-femmes qui manifestaient il y a quelques semaines. Les sages-femmes, 5 ans d'études, et ça, une sages-femme, ça travaille jour à nuit.

Enfin, on en a besoin 7 jours sur 7 et nuit et jour. Eh bien, elles sont à 1 700, 1 800 euros net. C'est pas... Vous comprenez... C'est pas étonnant qu'après, on dise, il n'y a personne qui veut faire ce boulot, puis on va chercher des solutions à l'étranger. C'est... Non. Il faut correctement rémunérer en fonction des diplômes de chacun. Mais c'est un défi. C'est des choix politiques, aujourd'hui. On peut pas se laisser dicter par des choix économiques, parce que ce serait moins cher à l'étranger. Merde, on est un pays, on est une nation. C'est à nous de décider ce qu'on veut. Pour nous, pour le travail, pour les salaires, pour la jeunesse.

Ça, comment est-ce que vous comptez faire porter cette voix auprès des jeunes ? Parce que j'ai un peu l'impression que c'est un discours qui est un discours qu'on entend effectivement dans les médias, dans les personnes qui s'intéressent déjà un peu à la politique, en tout cas qui est audible dans ces milieux-là. Est-ce que, par exemple, vous seriez prêt à faire des collaborations avec des youtubeurs, avec des jeunes qui sont même sur TikTok, etc., pour parler et choper ces 85% de jeunes qui ont la flemme d'aller voter parce qu'ils sont pas suffisamment concernés ? Ah donc, oui, je souhaite pouvoir m'adresser particulièrement aux jeunes.

C'est pour ça, je vous l'ai dit en début d'interview, je souhaite sincèrement pouvoir en faire une priorité. Mais pas en disant, voilà ce que je ferai pour les jeunes. C'est pas ça, ce que je veux faire. Moi, j'ai proposé au contraire une série de pistes, de propositions, et je les mets en discussion pendant la campagne auprès des jeunes. J'ai d'abord commencé par rencontrer des organisations de jeunesse, et je leur ai dit, voilà ce que nous, on propose sur le revenu étudiant, sur la formation, sur l'école, sur l'emploi, sur votre statut social. Mais vous, qu'est-ce que vous voulez mettre dedans ? À quel niveau vous le voyez, le revenu étudiant ? Comment vous imaginez son financement ?

Comment vous pouvez prendre part à ces décisions ? C'est-à-dire, j'ai même envie de proposer, moi, que les jeunes aient leur propre assemblée délibérative, pour faire vivre leurs droits, leurs statuts sociaux, leurs revenus étudiants. Et de créer, par exemple, une branche de la sécurité sociale pour financer le revenu étudiant. Et que les organisations de jeunesse participent à l'organisation de ce financement, au même titre que les syndicats et le patronat. Et donc, moi, ce que je souhaite, c'est mettre en débat ces propositions pendant toute la campagne. Et que l'on ait, du coup, à l'issue de la campagne, au mois de mai-juin, une série de propositions qui viennent de la jeunesse.

Que la campagne ne soit pas qu'un échange du candidat vers les jeunes, mais que ce soit au contraire un aller-retour, et que ça nourrisse une série de propositions. Et je proposerai un pacte pour la jeunesse. Un pacte. On va signer ensemble un contrat. Voilà ce que moi, je vous propose que l'on fasse ensemble. Si demain, je suis élu président de la République. Mais même sur la communication, sur la stratégie de votre communication, est-ce que Sarah, 19 ans, qui est à Châlons-en-Champagne, et qui passe 6 heures par jour sur son téléphone, dont 3 ou 4 sur Instagram, vous pensez que vous allez pouvoir l'intéresser à ça ?

J'aimerais bien que les médias, les réseaux de diffusion en direction des jeunes, ceux que vous avez cités, j'aimerais bien qu'ils s'emparent aussi de ces questions-là, et qu'ils puissent nous inviter, favorisent le débat, la confrontation d'idées, etc. Je n'ai pas d'action chez TikTok, ou Instagram, ou autre. Moi non plus. Non, mais je souhaite pouvoir m'exprimer à travers tous ces médias. Je suis disponible. J'aimerais bien, oui. Je pense que c'est même important. J'ai rencontré une quinzaine de jeunes dans l'entre-deux-tours, entre les départementales régionales, et je leur ai posé la question, qu'est-ce qui est allé voter dimanche ? Sur 15, il y en a deux qui ont été votés.

Et donc je leur ai demandé pourquoi, en une phrase. Et les phrases qui m'ont sorti, c'est « On ne se sent pas concerné, et ça va changer quoi dans notre vie ? » Mais la vache, moi, ça m'interpelle, quoi. J'ai envie de dire, mais comment on peut faire, qu'est-ce que je peux faire pour que demain, ils se sentent concernés, et qu'en plus, ils se disent « Ça a été utile, ça a changé ça dans ma vie. » Mais on a une sacrée responsabilité. Moi, je ne leur tape pas dessus en disant « Mais vous êtes nuls, ça vous concerne, je n'ai pas envie de les engueuler.

» J'ai plutôt envie, moi, de me remettre en côte pour savoir comment on va faire en sorte que les jeunes se disent « Si je vote, voilà ce qui va changer dans ma vie, et en plus, je vais y participer à ce changement. » C'est pour ça que je parle d'un pacte. Et je veux qu'on le construise ensemble. Et j'ai envie de dire aux jeunes, « Mais envahissez la politique. » « Faites-le, parce que sinon, c'est elle qui va s'occuper de vous.

» Même si la politique n'est pas cool, si la politique, ça ne ressemble pas plus peut-être à même de la télé-réalité, même du gaming, même de la danse ou du maquillage, peut-être que ce sera effectivement compliqué pour les jeunes d'envoyer la politique, à moins eux-mêmes d'être issus d'un milieu assez éduqué. Et même pour ces milieux-là, on l'a vu, du coup, il y a cette abstention. Oui, mais la politique, ce n'est pas cool, mais le chômage, ce n'est pas cool non plus. La galère, ce n'est pas cool, franchement. Et puis, moi, je regarde ces jeunes qui manifestent pour le climat, ceux qui s'engagent quand même dans la vie associative, qui ont envie de faire...

Même quand ils font le choix de s'engager dans une vie professionnelle, dans un métier, ils ont envie. Et ce métier, ils ont peut-être envie d'exercer en France, ou même de voyager et de revenir, mais il faut leur permettre cette possibilité, bon Dieu, enfin... Faisons-le ensemble. On n'a pas toutes les réponses. Nous, politiques, déjà, il faut se dire humblement, on n'a pas toutes les réponses, donc on va les construire ensemble. Mais c'est la base de la politique. Donc, je veux revenir à ça. Je veux revenir... Il y en a qui disent, il faut que jeunesse se passe. Moi, je n'aime pas cette formule. Je préfère dire, il faut que jeunesse se fasse.

Eh bien, qu'elle prenne le pouvoir, la jeunesse. Qu'elle le fasse, qu'elle nous bouscule. Et donc, moi, je suis prêt. Je suis prêt à être bousculé. Et je suis prêt à être bousculé chez des youtubeurs, n'importe où. Allons-y. Cash. Il y a peut-être des questions, je ne saurais pas répondre. Mais je préfère le dire. Est-ce que, justement, ça, c'est... Quand vous dites qu'il y a des questions auxquelles vous ne saurez pas répondre, c'est parce qu'il y a des personnes qui sont censées vous former dans votre entourage et que le rôle d'un président, c'est plutôt d'avoir une certaine vision plutôt que d'être à fond sur chaque sujet ?

On nous demande, nous, d'avoir, politique, d'avoir des réponses sur tout. Mais on n'a pas des réponses sur tout. Sur quoi vous n'avez pas de réponse ? Il y a des sujets, moi, qui m'ont interpellé. J'ai voulu creuser un petit peu le sujet. Puis je pense que je continuerai de le creuser. Mais sur la fin de vie, par exemple. La fin de vie, l'euthanasie, c'est pas de gauche et de droite. Ça touche à l'intime. Ça touche à ses propres expériences, à sa conception qu'on a de la vie, de la mort, si on est croyant ou pas. C'est des sujets complexes. Donc c'est un manque de conviction, du coup, sur un sujet en particulier parce que...

Non, je pense que là-dessus, il faut faire confiance, justement, à la démocratie. C'est un débat qu'il faut pousser à fond avec son pays, avec ses citoyens, et décider ensemble. de vers où on va et à quel rythme. Et donc c'est plus une question de démocratie, de discussion, de débat, et de créer les conditions qu'il existe, le débat. Mais aujourd'hui, j'ai l'impression qu'on fait tout pour qu'il n'y ait pas de débat dans ce pays. Quand je vois comment les élections régionales, départementales, elles ont eu lieu, c'était bidon, quoi. C'est pour ça qu'on n'est au courant de rien. Mais non, mais c'est vrai.

Mais j'en ai rencontré des jeunes qui disaient qu'on ne savait même pas qu'il fallait voter. Ah bon, il y a deux tours ? Enfin, putain, là, je me dis, mais c'est pas possible, quoi. Mais même à l'école, quoi, on n'en parle plus. Donc c'est l'école qui ne fait pas son travail ? Ah non, non, je ne demande pas à ce que l'école, elle fasse tout non plus, parce qu'on ne va pas tout lui mettre sous le dos. Mais il y a des lieux, il y a des lieux comme l'école, où on pourrait, à la veille d'élections, avoir un temps au lycée, au moins, pour dire, là, il y a des élections législatives, des élections législatives, c'est pour élire des députés, voilà ce qui se passe au Parlement.

En général, c'est plutôt en primaire, d'ailleurs. Ben, voilà, j'ai appris ça. On fait ça en primaire. Genre, les mômes, ils ont 8 ans, on leur dit, vous allez voter dans 10 ans. Mais ceux qui ont 18 ans, on leur dit pas qu'il y a des élections de lendemain. Eh, par contre, là, il y a un problème. D'ailleurs, j'ai posé la question à Nicolas Dupont-Aignan, je vous la pose à vous. Est-ce que vous avez déjà fumé ? Oui.

27:00
Locuteur

Ben, ouais.

27:02
Présentateur

Fabien Roussel, merci pour cette interview. Je devrais vous poser les deux dernières questions qu'on pose à tous nos invités. D'abord, est-ce que vous avez une suggestion d'inviter pour ce format à recevoir pour le crayon ? Oui, je vous conseillerais d'inviter Nicolas Faurissier, qui est un lanceur d'alerte, qui est celui qui est au cœur du scandale UBS, cette banque suisse, qui a organisé l'évasion fiscale à la sauce industrielle. Incroyable. Les mecs, ils venaient ici avec des petits carnets, ils organisaient des sauteries dans des palais, etc. Et ils disaient, mais si vous voulez, on peut vous faire sortir votre argent en billet, petite valise, et puis on vous le planque en Suisse.

Et puis après le match de la France à l'Euro, ça ne nous fera pas de mal de taper un peu sur les Suisses. Eh bien lui, oh non, contre les banques suisses, pas les Suisses. Non, les Suisses aussi. Mais en tout cas, Nicolas Faurissier, c'était une pièce importante dans la banque, et républicain. C'est un gaulliste d'ailleurs. On n'est pas du même bord politique. Mais là-dessus, on dit exactement la même chose. L'État doit être intransigeant avec les fraudeurs fiscaux. Et il a fait le choix de dénoncer le système. Il a été menacé de mort. Il a été viré. Il en a pris plein la gueule. Et il mériterait une médaille. La Légion d'honneur pour ce qu'il a fait.

C'est ce qu'on demande d'ailleurs, qu'il soit honoré pour son combat. Et il y a eu un procès il y a quelques mois. La banque, elle est menacée de 4,5 milliards d'amende quand même. C'est pas rien. Bien sûr, elle fait appel, le gouvernement tergiverse. Bon. Donc lui, il faut inviter-le pour qu'il raconte son histoire. C'est incroyable. Et ça montre comment la responsabilité des banques... Et d'ailleurs, les gars qui ont été responsables de ça, ça se trouve, il n'y en a pas un qui va aller en prison. Et ils vont continuer de bosser derrière. C'est scandaleux. C'est des voleurs. C'est pire qu'un braqueur. Le mec qui braque une banque, et qui est pris, il va direct en prison.

Là, les mecs, ils planquent dans les paradis fiscaux des dizaines de milliards d'euros. Et quand ils se font prendre, on les invite à Bercy, on dit, bon, c'est pas bien. On va peut-être vous négocier une petite amende, là. Ça, on vous met 2 milliards. Non, c'est trop cher, non. 1 milliard. Bon, et 1,5 milliard, on n'en parle plus. Au revoir. Et puis hop, et le gars, il retourne faire son métier de banquier. Bon, enfin, mais c'est honteux. Mais ça existe, ça. Ça, c'est... Ah, ça existe. C'est plus possible, ça. Les mecs, c'est en prison. Et ils n'ont plus le droit d'exercer le métier. C'est ça. Ça, c'est l'État qui se fait respecter. Donc, Nicolas Faurissier.

Nicolas Faurissier, vous allez voir, lui, c'est vraiment une bête sur le sujet. Merci Fabien Roussel. Merci à vous. Si cette interview vous a plu, n'hésitez pas à la partager autour de vous, à nous le faire savoir en commentaire également, et à vous abonner à la chaîne. Ça nous soutient toujours. On se retrouve bientôt pour une prochaine interview. Ciao.