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interviewyoutube.com· 25 mai 2026 8 min

Entretien avec Gérald Darmanin : le nucléaire

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Concernant le nucléaire à présent, lors de sa dernière visite officielle en 2021, le président de la République avait reconnu que la France avait, je cite, une dette envers la Polynésie. Ce qu'attendent les associations d'anciens travailleurs aujourd'hui, ce sont des excuses. Est-ce qu'il n'est pas le temps aujourd'hui d'apaiser cette page de l'histoire commune ?

0:22
Gérald Darmanin

Alors moi, je dois bien avouer qu'en quatre jours de déplacement, mais c'est vrai que je ne me suis pas rendu sur les îles les plus concernées, on ne m'a pas parlé de ce sujet. Mais je veux dire que la souffrance que vivent les Polynésiens, les familles qui ont vu des personnes disparaître, des maladies naître, est une souffrance évidemment qui me touche profondément. Et je crois que nous devons continuer avec le ministre des Armées qui est en charge du dossier, avec le centre de mémoire.

Quand j'étais ministre des Comptes publics, je suis venu ici et c'est en tant que ministre que j'ai donné au président Fritsch la possibilité d'attendre ce terrain et cet immeuble pour avoir aussi un centre de mémoire, l'accompagnement que souhaitent les Polynésiens tout en regardant vers l'avenir. Alors ce n'est pas à moi de formuler encore une fois des mots qui sont ceux du président de la République, mais je veux constater avec vous que tous les engagements pris il y a deux ans sont tenus, tous, tous ceux du président de la République.

1:11
Présentateur

Est-ce que vous comprenez cette attente des anciens travailleurs qui est un peu plus humaine finalement ?

1:15
Gérald Darmanin

Moi ce que je constate c'est le concret. Vous savez, on dit beaucoup qu'il n'y a pas d'amour, il n'y a que des preuves d'amour. Il y avait 150 dossiers qui avaient été déposés en quelques années et je constate que ce qu'a fait le haut commissaire avec ses équipes, le Allé Vert composé de Polynésiens, c'est une multiplication déjà par deux du nombre de dossiers de personnes qui touchent de l'argent et de l'accompagnement et ça c'est parce que l'État français met beaucoup de moyens pour reconnaître effectivement ses fautes et reconnaître sa dette. Deux, c'est la compensation qu'on doit avoir avec la casse ici d'assurance maladie, de sécurité sociale.

Le président Bretterson dans son discours politique général a demandé une mission de la part de l'État français, elle sera envoyée ici. Trois, est-ce qu'il y a des cancers intergénérationnels ? Est-ce qu'il y a des cancers après les personnes qui ont vécu les essais nucléaires, qui évidemment était un moment d'autonomie stratégique dans d'autres pays mais qui ont eu des conséquences très négatives pour une partie de la population ? Il y a des études qui sont en ce moment faites par des Américains au Japon. Il faut que nous puissions continuer à regarder les choses. S'il y en a, il faudra prendre nos responsabilités. Quatre, les gens ont-ils des compensations financières ?

Oui et ils en ont, vous le savez, tous ceux qui sont reconnus comme dossiers. Il y a du porte-à-porte aujourd'hui qui est fait par les fonctionnaires de l'État français, par des Polynésiens qui travaillent ici au Saria et moi je voudrais les remercier et nous allons suivre ce dossier. Je reviendrai en Polynésie et je reviendrai sans doute avec le ministre en charge des Armées pour pouvoir évoquer aussi cette question auprès de vous.

2:34
Invité

Alors malgré tout ce que vous avez cité, on a le sentiment que les démarches lancées par Macron n'ont pas vraiment complètement apaisé les esprits sur ce dossier et que les avis restent malgré tout très tranchés. Qu'est-ce que l'État peut faire de plus ?

2:47
Gérald Darmanin

Encore une fois, je pense que ce qui est très important, c'est qu'il y avait de l'argent, il y avait une volonté administrative et puis il y avait une sorte de retenue entre le nombre de dossiers qui étaient déposés et puis les associations qui font un travail très important, qui sont vocales mais elles ont raison de le faire, elles ont beaucoup d'énergie et je les respecte profondément et puisque vivent sans doute les gens qui sont parfois un peu éloignés, parfois un peu âgés de cette vie administrative. Et ce qu'a fait le haut-commissaire actuel à la demande du président de la République, je veux vraiment le saluer, qui est d'aller vers les gens.

Et donc laissons terminer cette période d'aller vers où chaque porte est ouverte par des fonctionnaires de l'État français pour dire voilà, nous avons effectivement une dette, vous devez remplir un dossier, si vous ne savez pas le remplir, on va le remplir avec vous. Ça montre que nous ne cachons pas la poussière sous le tapis et que nous sommes prêts à regarder l'étendue des difficultés très fortes que vive une partie de la population polynésienne. Donc d'abord essayons de terminer, et ça sera terminé dans les prochaines semaines, prochains mois, cette période de contact.

Et s'il faut faire davantage, s'il faut faire plus que la mémoire, s'il faut faire plus que les paroles du président, s'il faut faire plus que les moyens financiers, plus que la compensation à la caisse de sécurité sociale, plus que la recherche sur les cancers possibles intergénérationnels, et bien nous aurons l'occasion d'en reparler. Encore une fois, je pense que la souffrance des Polynésiens ne peut évidemment être ignorée par personne, et en tout cas pas par moi.

4:08
Présentateur

Justement, le gouvernement polynésien plaide pour une indemnisation forfaitaire concernant les maladies radio-induites. Vous en aviez discuté lorsque vous étiez rencontré au mois de juin dernier à Paris. Aujourd'hui, quelle est la position clairement de l'État sur cette question-là ?

4:24
Gérald Darmanin

Le président Bretterson a demandé une mission que nous lui avons accordée, une mission avec des gens indépendants de l'État français, qui vont venir ici, et voilà, juste après ma venue, ils seront là au mois de septembre, attendons les conclusions de cette mission, et je reverrai le président Bretterson à Paris, avant que je revienne moi-même à pas péter, pour que nous décidions de la suite.

4:42
Invité

La prise en charge des maladies radio-induites, elle est estimée à 100 milliards, c'est un chiffre que vous avez déjà dû entendre, et c'est un chiffre qui émane de la CPS, mais qui est repris par le Tavini, mais que l'État ne partage pas. Pourquoi ?

4:54
Gérald Darmanin

Encore une fois, il faut objectiver. Il y a eu une période de campagne électorale et d'élection. C'est normal que les choses soient un peu vives. Ensuite, il y a des questions de financement. Vous le savez bien, la sécurité sociale et du financement social ici. Il ne faudrait pas non plus que l'on puisse gonfler des chiffres pour pouvoir compenser d'autres sujets qui sont ceux de l'autonomie, de discussion budgétaire et fiscale, qui n'appartient pas de commenter, ici en Polynésie française. Donc je pense que la méthode proposée par le président Bretterson est la bonne fois que ces élections passées.

Objectivons combien de personnes, qu'est-ce que scientifiquement il est tout à fait constaté, comment on doit compenser, combien on doit compenser. Encore une fois, je pense que ces résultats seront connus dans pas très longtemps. Et sur cette base objective, le gouvernement de la République française s'engagera. Vous savez, il y a déjà une compensation, quasiment 8,5 millions de francs pour la compensation à la CPS. Et donc une fois qu'on aura cette mission, on verra si cela suffit.

5:57
Invité

Donc vous êtes d'accord pour vous mettre autour de la table et faire une étude commune avec le pays pour se mettre d'accord sur ce chiffre-là.

6:02
Gérald Darmanin

On est d'accord pour effectivement faire l'ensemble des critères objectifs qui nous mèneront à ce que ce dossier qui ne sera jamais vraiment derrière nous, parce qu'il touche les Polynésiens encore une fois dans leur chair et dans leur cœur, puisse nous permettre désormais de voir l'avenir. Parce que je pense que ce qui compte pour les nouvelles générations aussi, c'est de ne pas oublier le passé bien évidemment, de solder ce qui doit être soldé, d'accompagner les personnes et de regarder l'avenir. Parce que moi ce que j'ai vu en Polynésie depuis 4 jours, c'est quoi ? C'est les agriculteurs qui veulent du foncier pour pouvoir vivre de l'autonomie alimentaire du pays.

Aujourd'hui, vous ne produisez que 35% de notre alimentation. C'est très très peu, c'est trop trop peu. C'est la lutte contre le réchauffement climatique qui effectivement fait des possibles rapatriés climatiques. C'est l'accès à l'école et à l'éducation. C'est l'accès à la santé incontestablement. Et puis aussi c'est la position de monopole. La vie chère en Polynésie française, ça ne peut pas être, me semble-t-il, qu'une donnée fataliste. Et moi je veux dire ici que j'entends le président Brotterson quand il nous invite à lutter contre les monopoles économiques. Et il y a trop de monopoles économiques en Outre-mer en général et en Polynésie française.

Et donc c'est pour ça que je vais lancer une mission dès mon retour à Paris avec Philippe Vigier, le ministre des Outre-mer qui m'accompagne et qui va piloter cela. Une mission du ministère de l'Intérieur et des Outre-mer pour faire le constat des monopoles. On va commencer par la Polynésie française et on va proposer au président Brotterson de travailler ensemble pour lutter contre ces monopoles. Parce que quand il y a des monopoles, il y a des prix très élevés. Et quand il y a des prix très élevés, c'est les Polynésiens du quotidien qui n'arrivent pas à s'en sortir. Voilà, et donc je pense que ça, ça fait partie des questions importantes. Les essais nucléaires, c'est évidemment important.

Mais il y a plein d'autres questions importantes qui sont aujourd'hui les questions que se posent les Polynésiens.