Les dangers de « l’économie de guerre » - Thomas Porcher répond à Macron sur l'Ukraine
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %
Questions et réponses
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- 1:40OuverteRéponse directe
Est-ce qu'il n'y a pas un risque à utiliser la peur vis-à-vis de la guerre en Ukraine pour faire passer des réformes néolibérales ?
- 3:51OuverteRéponse directe
Le président a précisé qu'il n'y aurait aucune augmentation d'impôts, donc pour les plus riches aussi et surtout. Est-ce que les secteurs de la santé et de l'éducation pourraient être visés ?
- 5:40OuverteRéponse directe
Est-ce que l'entrée progressive dans une économie de guerre rendra secondaire les débats sur l'âge légal de départ à retraite à 64 ans ?
- 8:23OuverteRéponse directe
Est-ce qu'on va encore et toujours faire payer les mêmes ?
- 13:44OuverteRéponse directe
Est-ce que ça va entraîner un enrichissement des acteurs de la défense et de l'armement ?
- 15:37OuverteRéponse directe
Est-ce que l'État pourrait réguler ou contrôler le fait de se faire de l'argent sur le conflit ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:29Invité politiqueFait
« le président de la République a promis des investissements supplémentaires pour le budget de la défense. »
- 1:36Invité politiqueFait
« Le chef de l'État a précisé qu'il n'y aurait aucune augmentation d'impôts. »
- 2:42PrésentateurFait
« il n'a pas parlé des dépenses, les impôts n'augmenteront pas. »
- 2:56PrésentateurFait
« Antoine Armand, l'ancien ministre de l'économie, qui dit, s'il y a un effort de guerre, l'année prochaine pour le budget 2026, il faudra couper dans la santé, dans le social et dans le nombre de fonctionnaires. »
- 3:20PrésentateurChiffre
« On voit des sommes qui sont hallucinantes, 500 à 800 milliards au niveau européen, qui sont des sommes énormes. »
- 3:54Invité politiqueFait
« donc pour les plus riches aussi et surtout, mais une augmentation du budget de la défense. »
- 5:46Invité politiqueFait
« Gilles Berset, qui est le président, le nouveau président du Conseil d'orientation des retraites et qui est aussi économiste, réputé pour être un proche d'Emmanuel Macron, qui estime que l'entrée progressive plus ou moins explicite dans une économie de guerre rendra secondaire, sinon dérisoire, les débats actuels sur l'âge légal de départ à retraite à 64 ans. »
- 8:06Invité politiqueFait
« François Bayrou a confié qu'un emprunt national auprès des Français est une possibilité, non sans rappeler que la décision n'est pas du tout prise. »
- 8:22Invité politiqueFait
« Le travail que nous avons à conduire va prendre des semaines, peut-être jusqu'à deux mois, prévient le Premier ministre. »
- 13:21Invité politiqueFait
« chez Dassault Aviation, par exemple, on passe de la livraison de deux Rafales en 2024 à quatre à cinq en 2026. »
- 13:28Invité politiqueFait
« le ministre parle aussi de multiplier par deux les cadences de production des bombes planantes AASM en 2024 et 2026. »
- 13:38Invité politiqueFait
« la cadence de production du missile anti-chars MBDA, donc chez l'industriel Acheron MP, sera multipliée par deux en 2026 après une première augmentation semblable. »
- 18:00Invité politiqueChiffre
« un viol ou tentative de viol a lieu toutes les 2 minutes 30 en France. »
- 18:05Invité politiqueChiffre
« Dans le monde, chaque jour, 140 femmes ou filles meurent sous les coups ou agissements de leur partenaire ou d'un parent proche. »
- 18:18Invité politiqueFait
« l'UNICEF indiquait en 2007 que les femmes accomplissent 66% du travail mondial, produisent 50% de la nourriture mais ne perçoivent que 10% des revenus et détiennent 1% de la propriété. »
- 18:49Invité politiqueChiffre
« en France, les hommes gagnent en moyenne encore 14,1% de plus que les femmes. »
Temps de parole
- Présentateur71 %
- Invité politique29 %
≈ 0,8 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Bonjour tout le monde, je suis ravie de vous retrouver pour un nouvel épisode de l'Instant Porcher. Avec tous les discours qu'on entend autour de nous, notre meilleure arme, c'est de les connaître et de les comprendre. Le Média change tout, ou presque. On débarque avec quatre nouveaux rendez-vous quotidiens, dont trois directs, contre-matinale, journal des luttes à 13h et nos rendez-vous du soir. Vous le savez, le Média ne vit que par votre soutien, c'est le prix d'une information libre et indépendante. Pour soutenir votre Média de manière pérenne, vous pouvez vous abonner à partir de 5 euros par mois ou même devenir sociétaire de notre coopérative.
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Salut Lisa.
Avec toi aujourd'hui au programme, Macron prépare l'économie de guerre. Et on revient sur le 8 mars, où les inégalités économiques femmes-hommes demeurent en 2025. C'est parti. La France entre-t-elle en économie de guerre ? Depuis l'allocution d'Emmanuel Macron mercredi dernier, les questions et spéculations fusent face à la menace russe. Je cite, le président de la République a promis des investissements supplémentaires pour le budget de la défense. Macronisme oblige. Le chef de l'État a précisé qu'il n'y aurait aucune augmentation d'impôts. Je le cite.
Thomas, est-ce qu'il n'y a pas un risque là qu'on utilise le danger et la peur vis-à-vis de la guerre en Ukraine pour faire passer des réformes néolibérales dont Macron a toujours rêvé ?
Écoutez, quand on écoutait très religieusement le discours d'Emmanuel Macron, on avait l'impression que ce financement de cette économie de guerre avait juste pour but de répondre à un problème géopolitique, le fait que les Américains ne voulaient plus jouer leur rôle dans l'OTAN et qu'il fallait réinvestir dans la défense, alors qu'il peut être plusieurs choses. Ça peut être un système contrôlé à cœur, par exemple. Ça peut être un système de surveillance satellitaire que nous n'avons pas pour ne pas dépendre, par exemple, de celui d'Elon Musk. Ça peut être un certain nombre de choses comme ça. Et si on regarde ce créneau-là, on peut se dire, si la finalité, c'est ça, alors pourquoi pas ?
À un moment où nous soyons souverains sur notre défense, c'est vraiment une question qui peut être posée. Le problème, c'est quoi ? C'est qu'à peine il a été dit ça, la première chose incerte que nous a dit le président, c'est que les impôts n'augmenteront pas. Il n'a pas parlé des dépenses, les impôts n'augmenteront pas. Alors que chaque fois qu'il y a eu un effort de guerre dans toute l'histoire, les impôts ont toujours augmenté, notamment des plus riches. On a toujours mis à contribution les plus riches dans toutes les guerres, c'est ce qui s'est passé. Et puis après, vous avez la sortie de ceux qui sont dans la majorité.
Antoine Armand, l'ancien ministre de l'économie, qui dit, s'il y a un effort de guerre, l'année prochaine pour le budget 2026, il faudra couper dans la santé, dans le social et dans le nombre de fonctionnaires. Donc là, on voit très bien que l'économie de guerre, entre guillemets, a une double fonction. La première, certes, d'avoir une défense autonome, peut-être, mais sachant que cette défense autonome, elle va se faire sur plusieurs années, puisque les plans du président de la République vont jusqu'en 2030. Alors moi, je trouve ça toujours un peu compliqué de déclarer une menace, et puis de ne pas être prêt.
En général, on déclare qu'il y a une menace et potentiellement une tension avec quelqu'un quand on est prêt. Et puis la deuxième fonction qu'elle a, clairement, et ça, on l'a vu dans les sorties qui ont suivi, c'est celle de passer des réformes que les autres ne veulent pas, parce qu'au-dessus de ça, il y aurait la guerre.
Oui, c'est ça. Le président a bien précisé qu'il n'y aurait aucune augmentation d'impôts, donc pour les plus riches aussi et surtout, mais une augmentation du budget de la défense. Donc s'il y a une augmentation du budget quelque part et pas d'augmentation d'impôts, on va aller finalement piocher ailleurs. Est-ce que les secteurs de la santé et de l'éducation pourraient être visés ?
Au début, ce n'est pas ce qui était entendu, mais vraiment, après, c'est ce qui a été dit constamment par des gens de la majorité. Non, mais vraiment, c'est ça, moi, que... Enfin, on ne peut pas prôner une forme de cohésion nationale. On ne peut pas dire, faire un discours, parce que c'est le discours qui a été fait, de dire, écoutez, il y a une menace, et de vraiment établir cette menace qu'est la Russie, de dire qu'il faut que nous redevenons autonomes. Il faut qu'il y ait une cohésion sociale derrière cette autonomie et ce danger, parce qu'il y a une menace.
Et puis après, nous expliquer, mais même pas le lendemain, que les efforts vont devoir être portés par les retraités, par les personnels de santé et par la fonction publique. Ça, ce n'est pas entendu, parce que là, vous faites tout sauf de la cohésion. Vous faites tout sauf de la cohésion. Donc, au début, les financements étaient plutôt à aller chercher ailleurs. On nous disait, bon, soit on va faire... Alors, on va pouvoir en débattre après, mais soit on va faire sauter, on va dire, la baisse des déficits et permettre que les dépenses de santé soient beaucoup plus fortes. Soit on va faire... De défense. De défense, pardon. Excusez-moi.
Oui, que les dépenses de défense soient beaucoup plus fortes. Soit on va aller chercher des prêts européens ou des prêts garantis au niveau européen. Soit on va réajuster les fonds structurels qu'on donne à l'Europe pour financer la défense. Donc, c'était vraiment des mécanismes qui s'ajoutaient et pas par un phénomène de substitution, comme on nous le laisse croire maintenant, comme on nous le fait entendre maintenant, où on nous explique vraiment qu'on va dépenser plus, donc il va falloir compenser ailleurs. Et on voit bien donc là qu'il y a vraiment une partie, en tous les cas, de cette économie de guerre qui a une volonté de s'attaquer, encore une fois, au modèle social.
Il y a Gilles Berset, qui est le président, le nouveau président du Conseil d'orientation des retraites et qui est aussi économiste, réputé pour être un proche d'Emmanuel Macron, qui estime que l'entrée progressive plus ou moins explicite dans une économie de guerre rendra secondaire, sinon dérisoire, les débats actuels sur l'âge légal de départ à retraite à 64 ans. Est-ce que là, ça ne montre pas toute la stratégie qu'il y a derrière l'utilisation de la guerre en Ukraine ?
Je ne sais pas s'il y a une stratégie qui a été préétablie au départ pour vraiment s'attaquer aux retraites, ou si il y a une porte qui s'ouvre. Et ceux qui, d'ailleurs, Gilles Berset ne devrait normalement pas tout de suite monter au front comme ça, mais ceux qui s'engouffrent là-dedans disent, « Bon ben voilà, en fait, les questions finalement de financement même de la transition énergétique, c'est secondaire. Les questions de financement de systèmes de santé ou des besoins dans l'éducation, c'est secondaire. Les retraites, le débat sur l'âge de retraite, c'est secondaire parce qu'à nos portes, il y a la guerre. Mais en fait, c'est ça que je ne comprends pas.
Si la finalité, s'il y a un vrai danger, je ne suis pas un spécialiste de la question, je ne travaille pas au service secret, donc ce n'est pas à moi d'établir le danger. Mais si ce danger est établi comme le président le dit ? Dans ce cas-là, effectivement, il faut investir dans la défense, mais c'est plutôt les critères de réduction des déficits, les critères de 3%, de 60% de dette, tout ça, restent extrêmement secondaires parce que le danger est imminent et le danger a besoin de financement.
Si ce n'est pas le cas et qu'on nous dit, oui, il faut financer la défense, mais il faut, attention, aussi rester proche des critères de 3% et avoir une trajectoire de réduction jusqu'à 3%, c'est que là, vraiment, la défense et l'économie de guerre et la guerre à nos portes et les tensions ne sont pas celles qu'on nous dit parce que dans ce cas-là, on ne penserait plus à ces critères de Maastricht.
Et d'ailleurs, petite parenthèse, il faudrait à un moment se reposer la question parce que, vous savez, ces critères de 3% de déficit, de 60% de dette, ils ont été faits à un moment où l'économie était stable, l'économie était plutôt en croissance et qu'aujourd'hui, ces critères ne veulent rien dire et on le voit bien. C'est qu'il y a des besoins. Il y a des besoins d'autonomie stratégique, d'autonomie de défense, il y a des besoins dans la santé, il y a des besoins dans tout un tas de secteurs, dans la transition énergétique. Et donc, à un moment, il va falloir s'enlever ces verrous qui nous empêchent d'agir complètement au niveau français, mais même européen.
Et le verrou aussi de ne pas toucher soit aux dividendes, soit au patrimoine des plus riches. Par exemple, François Bayrou a confié qu'un emprunt national auprès des Français est une possibilité, non sans rappeler que la décision n'est pas du tout prise. Rapport de 20 minutes. Donc, l'épargne des ménages pourrait être mobilisée. Il a dit que les solutions ne sont pas arrêtées. Le travail que nous avons à conduire va prendre des semaines, peut-être jusqu'à deux mois, prévient le Premier ministre. Thomas, est-ce qu'on va encore et toujours faire payer les mêmes ?
Alors moi, déjà, ce qui me fait trop rire, c'est qu'on n'arrête pas de nous dire c'est urgent, c'est urgent, c'est urgent. Et puis les temps, c'est toujours, on va mettre en place un travail qui va donner une réponse dans deux mois, dans six mois, on aura des financements d'ici 2030. Enfin, l'autonomie de défense, elle est très importante, nous sommes tous d'accord là-dessus. Il faut qu'on puisse se défendre s'il y a des problèmes, mais même se défendre contre des hackers, etc. Il faut qu'on soit assez souverain sur tout un tas de techniques où on ne l'est pas aujourd'hui. Ça, c'est une réalité. Ça va mettre un certain temps.
Maintenant, s'il y a cette urgence et cette menace qui est à nos portes, comme on nous le dit, dans ce cas-là, il faut agir vite. On n'a pas le temps de se dire qu'est-ce qu'on mobilise ou pas. Dans ce cas-là, vous demandez à la BCE d'imprimer de l'argent qui va aller directement au financement de la défense. Vous faites un emprunt commun. Il y a tout un tas de choses qu'on peut faire sans passer par des mécanismes dont on aura peut-être besoin plus tard, mais qui devront être réfléchis dans un second temps. Or là, ce qu'on ne comprend pas, c'est qu'il y a eu un discours très martial nous expliquant qu'il y avait une vraie menace. Et puis, de l'autre côté, alors qu'est-ce qu'on va faire ?
On va couper dans la santé, on va couper dans les retraites, on va mobiliser l'épargne. Bien sûr, on ne va pas taxer les plus riches. C'est ça, parce que de l'argent,
il y en a. On a des dividendes records, on est un record de milliardaires.
Toujours en économie de guerre, les plus riches ont été mis à contribution. Et là, apparemment, on dit qu'on ne veut pas faire ça. Déjà, ce que je n'ai pas compris dans le discours d'Emmanuel Macron, c'est qu'ils mettent ça sur la table. Alors, ce n'est même pas la question de l'économie. Alors, il y avait peut-être la question du financement, mais il aurait pu dire nous allons faire un financement, comme je l'ai dit, européen, réallocation de fonds structurels. Il y a plein de solutions de financement.
La BCE qui jouerait un autre rôle, on peut mobiliser la BCE pour qu'elle joue un autre rôle, justement, ou pour qu'elle garantisse pendant un certain nombre d'années les dettes comme elle l'a fait à moi avec le quantitative easing. Il y a plein de choses qu'on peut mobiliser pour trouver de l'argent et faire en sorte de financer cette économie de guerre s'il y a une urgence à le faire. Or, là, on voit surtout que les solutions qui nous ont été proposées, c'est des solutions qui s'en prennent toujours, finalement, au modèle social. Enfin, quand même, il faut oser dire la santé, les fonctionnaires, le modèle social.
Il fallait oser dire ça et c'est un ancien ministre de l'économie qui l'a dit le lendemain très clairement. Donc, ça, je veux dire, il y a deux choses, moi, qui me dérangent. C'est le fait que quand il faut mettre, allez, un euro par-ci, par-là, on vous dit toujours qu'il n'y a jamais d'argent, qu'il n'y a jamais d'argent, qu'il y a la dette, etc. Et là, d'un seul coup, les critères ne comptent plus. On voit des sommes qui sont hallucinantes, 40 à 50 milliards en France, 500 à 800 milliards au niveau européen, qui sont des sommes énormes. Et on se dit toujours, mais pourquoi on ne les a pas mis pour le climat, si c'est si simple ? Pourquoi on ne les a pas mis pour le social ?
Et là, alors, pour la guerre, tout de suite, ça pète et hop, on peut investir cet argent. Il y a quelque chose, quand même, moi, je pense, pour la plupart des gens qui est incompréhensible et qui donne une espèce de hiérarchie des priorités qui est difficilement acceptable pour beaucoup de gens.
C'est justement la question que j'allais te poser. On a l'impression que les problèmes n'existent plus dès qu'on... On a l'impression que les problèmes de dette n'existent plus dès qu'on parle de la défense, parce que c'est très important, etc., et que c'est une menace qu'on voit tout de suite. Mais est-ce que ça veut dire qu'on juge les autres domaines, l'écologie, l'éducation, la santé, comme pas important ou pas aussi nécessaire que la défense ?
En tous les cas, ce que l'on constate, encore une fois, vraiment, moi, je ne suis pas dans les services secrets, je ne sais pas quel est l'état de ces menaces, etc., mais ce que l'on constate, c'est que très rapidement, on peut, comme par un coup de baguette magique, sortir des milliards. Nous l'avons vu et nous l'avons vu également pendant le Covid. C'est-à-dire qu'avant le Covid, on ne pouvait pas mettre de l'argent dans notre hôpital et puis dès que ça a été le Covid, on a pu sortir comme ça, il y a eu le quoi qu'il en coûte, quand même, des valsés avec des milliards. Donc on voit bien que c'est une question aussi de volonté.
Si on disait demain que l'urgence était la transition écologique et le réchauffement climatique, on pourrait sortir des milliards. Qui sont des dangers établis. Mais l'Europe, l'Europe a la faculté en tant que première économie mondiale de sortir beaucoup d'argent. On l'a dit plusieurs fois ici qu'elle ne jouait pas assez avec son levier budgétaire et monétaire, contrairement aux Etats-Unis déjà, qui pour faire des investissements parfois pas dans les bonnes choses, mais sont capables de creuser les déficits, ce que n'a jamais fait la zone euro.
Et là, on voit bien que sur des choses comme ça, hop, d'un seul coup, parce que, voilà, alors effectivement, nous sommes laissés par les Etats-Unis sur cette question-là et puis parce qu'il y a des volontés aussi un peu, moi je pense, derrière toujours politique de reprise de main, etc. Et bien là, on va trouver rapidement de l'argent. Donc là-dessus, moi je pense que pour la plupart des gens, ils se disent, bon, il n'y a jamais de l'argent pour les plus pauvres, il n'y a jamais de l'argent pour les services publics, mais il y a de l'argent pour la guerre, grosso modo.
Alors dans tout ça, il y a des partenariats industriels qui sont en cours, c'est ce qu'a indiqué Sébastien Lecornu, ministre des Armées, avec Thales ou EOS encore, notamment sur les drones et des groupes de l'industrie civile comme le secteur automobile. Le ministre a affirmé la nécessaire accélération des cadences de l'industrie de l'armement, je le cite, chez Dassault Aviation, par exemple, on passe de la livraison de deux Rafales en 2024 à quatre à cinq en 2026. Le ministre parle aussi de multiplier par deux les cadences de production des bombes planantes AASM en 2024 et 2026.
Et la cadence de production du missile anti-chars MBDA, donc chez l'industriel Acheron MP, sera multipliée par deux en 2026 après une première augmentation semblable, c'est ce qu'indique France Info. Est-ce que ça va entraîner un enrichissement des acteurs de la défense et de l'armement, ça, Thomas ?
Alors vraiment, moi, je trouve ça bien que nous ayons des opérateurs qui soient français. Enfin, vraiment, il faut qu'on ait une industrie. Là, il faut le dire, nous sommes dans un monde de plus en plus instable. Nous sommes dans un monde où il n'y avait plus de conflits ou moins de conflits entre États pendant un certain nombre d'années.
En Occident ?
Il y avait des conflits régionaux, mais des conflits inter-étatiques commençaient à diminuer. Les dépenses de santé ont diminué et puis à un moment, chez certains pays, elles ont réaugmenté. Ce qui indiquait qu'il allait y avoir peut-être potentiellement un jour des tensions. Aujourd'hui, nous sommes quelque part face au mur. Nous nous rendons compte que nous n'avons pas l'armement qui est à la hauteur. Alors l'armement doit être différent en fonction des endroits. C'est-à-dire que quand on est en Pologne, on a parfois plus de chars. Quand on est en Italie, on a plus de bateaux. Nous, on a besoin peut-être d'autre chose.
Il faut à un moment voir aussi quels sont les besoins en fonction des pays parce que chaque pays, en fonction de sa géographie et en fonction de sa proximité avec ce qu'on appellerait la menace, a des besoins en type d'armement qui sont différents. Mais c'est bien qu'on ait une industrie qui soit plutôt européenne plutôt que de créer, d'investir de l'argent et d'acheter des biens qui soient américains ou qui soient sud-coréens. Donc c'est bien à un moment de repenser tout ça.
Maintenant, moi, ce qui me dérange le plus, c'est surtout la spéculation qu'on a vue ces derniers jours, la spéculation financière où vous avez des financiers alors même que rien n'a débuté réellement alors que même que nous n'avons pas encore trouvé l'argent finalement et que nous sommes en train de... Eh bien, qui spéculent à la hausse sur des industries militaires en se disant qu'il y a potentiellement un conflit où il y a une reprise en main de l'armement en Europe et donc nous pouvons gagner en spéculant là-dessus. Moi, c'est ça qui me dérange. Après qu'on ait une industrie européenne, je pense que c'est une bonne chose.
Ça nous évite de dépendre d'une industrie étrangère sur ces questions-là.
Est-ce que l'État pourrait réguler ou contrôler le fait de se faire de l'argent justement sur le conflit ?
Le mieux, c'est toujours la même chose. C'est quand vous avez une entreprise publique, il n'y a pas de financiarisation, il n'y a pas d'actionnaire à rémunérer et c'est plus simple. Et vous avez en plus, vous pouvez avoir une vision parfois de long terme et vous n'êtes pas dans des situations où vous allez acheter des biens dans d'autres pays parce qu'ils sont moins chers et donc vous alignez mieux, on va dire, les intérêts. Mais ce n'est pas le cas. Après bon, il faut, nous sommes dans un monde avec des tensions géopolitiques de plus en plus fort et avoir une autonomie sur cette question-là, moi je pense que ça fait partie quand même des agendas stratégiques à avoir.
Mais après, en rien, elle ne doit justifier, en rien, elle ne doit justifier un effet de vase communiquant en disant, si nous investissons dans le militaire, nous allons couper dans le social et dans la santé parce que là, on voit vraiment que derrière cette guerre, il y a une volonté de s'en prendre au modèle social et ça, ce n'est pas entendable.
Maxime Combe, qui est un économiste, analyse ceci. Pendant des années, on nous a asséné que la mondialisation néolibérale, libéralisation des capitaux et du commerce, moins de régulations publiques, entrée de la Chine dans l'OMC en 2001, Russie en 2012, apporterait la paix entre les puissances mondiales. On voit le résultat. Est-ce que tu partages ce qu'on a ?
Il a raison. Je trouve que Maxime Combe, ça a toujours des réflexions justes et là, il a entièrement raison. C'est vrai que ce qu'on nous a vendu et ce qu'on nous a vendu même à l'intérieur de l'Europe, le marché unique, le marché libéral que nous connaissons, les paradis fiscaux, les échanges, etc., la compétition même entre pays, la compétition commerciale, on nous a dit mais écoutez, au moins nous avons eu la paix. C'est-à-dire que les anciens ont dit mais oui, mais nous on a connu la guerre donc là, c'est mieux, c'est la paix. Donc on nous a tout le temps vendu cette histoire que quand il y allait avoir une interdépendance économique, il n'y allait pas avoir de guerre.
Alors là, on voit que c'est faux, c'est parfaitement faux. Il y avait une très forte interdépendance économique entre la Russie et l'Europe, notamment avec le gaz et ça n'a pas empêché la Russie de rentrer en conflit avec l'Ukraine. Donc il a entièrement raison. On voit bien que ça, c'est aussi encore un autre échec à ajouter à l'échec du libéralisme parce que le libéralisme a entraîné certes les mouvements de capitaux, les mouvements de biens mais il a aussi entraîné une augmentation des inégalités et en plus, il n'a pas permis au final d'avoir la paix puisque nous sommes retournés dans des conflits assez forts entre grandes puissances.
Samedi, c'était le 8 mars, un journée internationale de lutte pour les droits des femmes. Pour rappel, un viol ou tentative de viol a lieu toutes les 2 minutes 30 en France. Dans le monde, chaque jour, 140 femmes ou filles meurent sous les coups ou agissements de leur partenaire ou d'un parent proche, ce qui signifie qu'une femme ou fille ait tué toutes les 10 minutes, rapporte l'ONU. Niveau économique, de grosses inégalités demeurent. En Europe, l'UNICEF indiquait en 2007 que les femmes accomplissent 66% du travail mondial, produisent 50% de la nourriture mais ne perçoivent que 10% des revenus et détiennent 1% de la propriété.
Le rapport mondial sur les inégalités du World Inequality Lab, lui, montre que cette moitié de l'humanité reçoit 35% des revenus entre 2015 et 2019, 4 points de plus qu'en 1990-1994. Les activités des femmes sont souvent non rémunérées ou moins rémunérées. Et en 2022, en France, les hommes gagnent en moyenne encore 14,1% de plus que les femmes. Thomas, est-ce que l'économie ne valorise pas assez les activités et ou tâches effectuées par les femmes ?
Tout à fait. En fait, ce qu'il faut comprendre, c'est que quand vous avez une situation où il y a une domination par une des parties prenantes, vous êtes sur un marché, une entreprise qui en domine très fortement une autre et là, on est dans une société où l'homme, d'un point de vue purement économique, et là, tu l'as bien dit, et même sur le reste, mais là, comme on parle d'économie, domine très fortement la femme. À partir de ce moment où vous avez ça, toute politique qui vise à flexibiliser, à donner beaucoup plus de place au marché, va encourager la position dominante. Donc, vous êtes dans un marché du travail, vous pouvez faire une politique de réduction des inégalités.
Dire, voilà, il faut absolument que les entreprises aient une convergence des salaires très rapide, il faut prendre en compte le fait qu'une femme est enceinte dans les augmentations salaires, enfin, tout un tas de choses. Vous avez une politique à viser égalitariste, c'est très bien. Mais quand vous avez une politique où vous déréglementez le marché du travail, où vous flexibilisez le marché du travail, vous laissez plus de place au marché. Si vous laissez plus de place au marché, vous laissez plus de place à la personne dominante qui est l'homme. Et donc, la loi travail, par exemple, elle a porté beaucoup plus atteinte aux femmes qu'aux hommes.
Vous voyez, quand on ne limite pas, par exemple, la géographie des emplois, quand on permet de changer les horaires en fonction de l'activité de l'entreprise, on sait très bien que les femmes, elles travaillent et qu'elles gèrent une deuxième journée souvent, le plus souvent, en s'occupant notamment des enfants. Et donc, c'est elles qui vont subir l'ajustement des changements d'horaire sur la sortie des enfants, le ménage, à la maison ou le fait de faire la cuisine. Et donc, c'est la femme qui va se tenir l'ajustement et pas l'homme. Donc, il faut vraiment avoir ça en tête.
Quand on, par exemple, diminue de l'argent que l'on donne aux collectivités locales, on retire, par exemple, des puéricultrices en crèche. Les puéricultrices en crèche, quand il y en a moins, il y a moins d'enfants en crèche. Quand il y a moins d'enfants en crèche, ce sont les femmes qui, majoritairement, arrêtent leur travail pour s'occuper des enfants quand l'homme continue à travailler. Donc, les choses étant ce qu'elles sont, l'homme étant dominant dans cette société, et là, c'est très clairement démontré par des études sérieuses et par des chiffres, toute politique visant à laisser plus de place au marché donnera une domination supplémentaire à l'homme. Et ça, il faut l'avoir en tête.
Puis il y a aussi le fait que les métiers dits féminins, les métiers qui sont le plus occupés par les femmes sont beaucoup moins valorisés que les métiers occupés par les hommes en termes de salaire ou de reconnaissance.
Oui, tout à fait. Je pense aux métiers du caire. Tout à fait. Exactement, tu l'as dit, tous les métiers du...
Parce que j'entendais, pardon, je te coupe, mais j'entendais sur un plateau une femme qui disait oui, mais à poste égal, les femmes et les hommes gagnent la même chose. Donc, pourquoi on dit que les femmes gagnent encore moins que les hommes ? Parce que c'est parce que les métiers occupés par les femmes sont moins valorisés et aussi le fait que dans les négociations salariales, etc., qui sont souvent individuelles, les femmes arrivent à moins négocier que les hommes, d'où par la position
dominante que tu t'écrivais. Tu l'as très bien dit, les métiers du caire, du soin, qui sont majoritairement tenus par des femmes sont des métiers avec des salaires plutôt faibles. Mais surtout, on voit bien que dans des dispositions, par exemple, moi, je vois par exemple dans mon milieu, dans le milieu universitaire, vous avez beaucoup plus de femmes maîtres de conférence que de femmes professeures. Parce que pour être professeur, c'est un comité et comme il y a beaucoup d'hommes, c'est plutôt masculin.
Et donc, on se rend compte que de manière purement statistique, quand on le regarde, comme les statistiques que tu m'as données, il y a très peu de femmes qui arrivent à être professeurs des universités alors qu'il y en a un plus grand nombre, une plus grande proportion qui est maître de conf. Ce qui montre que, statistiquement parlant, quand on regarde les choses, il y a un avantage à être un homme dans ce système-là. Donc, de toute façon, les salaires les plus faibles, les salaires en CDD, le SMIC, les contrats en CDD sont majoritairement occupés par des femmes. Ce qui veut dire quelque chose. Ce qui veut dire clairement quelque chose.
Et puis après, nous avons toutes les statistiques de différence de salaire que tu as citées qui sont extrêmement importantes et qui sont indéfendables.
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