Les 4 vérités - Delphine Batho
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
– Bonjour Delphine Bateau. – Bonjour. – Alors on se souvient que lorsque vous étiez ministre, vous aviez démissionné parce que vous aviez considéré que votre budget était mauvais et vous l'aviez dit à l'époque, ce budget qui est présenté en ce moment même à l'Assemblée nationale, c'est un budget écolo ? – Non, c'est un mauvais budget.
Il y a une diminution des aides à la rénovation énergétique, donc en fait ça devrait être la priorité. – Pour les plus aisés ? – Non, il y a une diminution de 150 millions d'euros du budget, de ces aides et on est en fait, si vous voulez, dans des actions qui sont une goutte d'eau en fait, par rapport à l'océan de ce qu'il faudrait faire qui est évalué à 15 milliards d'euros d'investissement nécessaires pour changer notre modèle de civilisation.
Et donc en fait, si vous voulez, la politique budgétaire du gouvernement, comme des précédents d'ailleurs, c'est de considérer que voilà, on va mener une politique économique pour la croissance, pour la relance de la consommation et puis qu'on va faire quelques mesures pour l'écologie. Et ça en fait, c'est totalement obsolète comme vision du monde parce qu'il faut aujourd'hui entrer dans ce que j'appelle une politique d'écologie intégrale, c'est-à-dire que l'ensemble de la politique économique soit basée sur l'impératif de protéger le vivant et de protéger le climat. Ça veut dire qu'il y aurait une part de posture, comme on l'a toujours fait sur l'écologie ?
Complètement. Complètement, on est dans des choses qui sont assez dérisoires et surtout très superficielles. Je vais prendre un exemple.
On voit avec ce qui se passe à Lubrizol, l'importance du ministère de l'écologie qui est aujourd'hui, qui devrait être en fait un ministère régalien, et on lui supprime en fait mille emplois. Ça veut dire qu'on considère que les agents qui font la prévision des crues, la prévision de la météo, qui gèrent la sécurité industrielle des sites Céveso, c'est quelque chose sur lequel on peut faire des économies. Le problème, c'est qu'il faut parfois trouver un équilibre quand on fait le budget, notamment entre l'écologique, et puis on les oppose souvent.
Et c'est peut-être ce que fait parfois le gouvernement, le social. Ne pas mettre le feu au pays, c'était aussi l'un des objectifs de ce budget, c'est-à-dire répondre à la colère qui s'était exprimée au moment de la crise des gilets jaunes. Et dans ce budget, on apprend aussi que, par exemple, la fiscalité écolo pèse souvent davantage proportionnellement sur les foyers modestes.
Donc il fallait manier tout ça avec prudence. Voilà ce que dit le gouvernement. Oui, mais ça aussi, c'est une vision qui est obsolète.
Parce que si on parle des enjeux sociaux, les plus pénalisés aujourd'hui par la hausse des prix du pétrole, ce sont les catégories moyennes et les catégories modestes, ce sont les habitants des territoires ruraux, des territoires périurbains, les plus pénalisés par ce qu'on appelle les passoires énergétiques dans les logements. Ce sont les mêmes catégories sociales, ceux qui sont locataires et non pas propriétaires et qui n'ont pas les moyens de faire des travaux. Donc au contraire, en fait, en investissant sur les enjeux écologiques, on peut réduire la fracture sociale.
Et les deux vont de pair, en fait, parce que les inégalités sociales et les inégalités environnementales, ce sont les mêmes. Donc comment on en est arrivé à la crise des gilets jaunes ? Qui est partie sur l'idée de la taxe carbone ?
Par une idée fausse, c'est qu'en fait, l'écologie, c'était une taxe. Par le fait que cette taxe, elle n'était pas du tout affectée à l'écologie, c'était en fait un moyen pour Bercy de récupérer de l'argent. Et donc les Français ont déjoué en fait cette compréhension de ce qui était l'envers du décor.
C'est quelque chose qui était sur la table depuis le début. Dès 2013-2014, quand cette taxe carbone a été créée, ça faisait partie des éléments du débat. Comment on fait changer les comportements sans l'écologie punitive, comme on l'appelle ?
En fait, on doit tous changer de mode de vie et l'État doit changer de vision du monde. Ça veut dire quoi changer de mode de vie ? Ça veut dire qu'on doit changer notre façon de produire, notre façon de consommer, notre façon de nous déplacer, notre façon de concevoir les territoires.
Par exemple, on construit encore aujourd'hui des centres commerciaux à l'extérieur des villes, des nouvelles zones d'activité. On doit organiser aussi notre résilience. Le problème, c'est que ça paraît inaccessible aujourd'hui, dans l'urgence que vous expliquez.
Ce n'est pas hors de portée. Par contre, en fait, l'ampleur des destructions qui sont en cours, du climat et du vivant, nous plonge dans une espèce d'angoisse qu'on appelle l'éco-anxiété, une espèce de torpeur. Il faut regarder ces peurs en face pour la transformer en capacité d'action, en capacité d'agir.
Nicolas Hulot, qui sera l'invité ce soir de France 2, de l'émission Pour la Terre, note quelques signaux intéressants. Il est à l'âme du Parisien, aujourd'hui, notamment la volonté affichée d'Emmanuel Macron face à Bolsonaro. Il dit qu'il faut un effort de guerre.
Qu'est-ce qu'il entend, votre avis par effort de guerre ? C'est ce que vous disiez au début de l'interview ? C'est ce que je disais.
C'est les 15 milliards ? C'est 15 milliards par an. C'est le fait de...
On a une règle, par exemple, aujourd'hui, qui est celle, vous savez, des 3% de déficit public, qui vaut pour la maîtrise du budget de l'État. On doit, aujourd'hui, considérer qu'il y a une exception pour l'écologie, parce qu'il y a une nécessité d'arrêter de détruire et il y a une nécessité d'investir. C'est vital.
Je pense que tous les Français ont vécu la canicule l'été dernier. On voit bien que, par exemple, si on n'organise pas d'urgence, l'adaptation de nos villes au changement climatique, elles vont devenir invivables. Il y a ce que vous expliquez.
Puis, vous êtes élue de la République. Il y en a d'autres qui ont choisi d'autres modes d'action. Je pense à Extinction Rébellion, qui s'installe dans une forme de désobéissance civile.
Comment est-ce que l'élu que vous êtes regarde cette mobilisation d'une partie de la société ? Avec beaucoup de bienveillance. Même quand c'est la désobéissance.
Je regarde avec beaucoup de bienveillance l'entrée en mobilisation de la jeunesse et l'émergence d'une nouvelle génération politique. La désobéissance civile, oui, à condition qu'elle soit non-violente et pacifique. Et là-dessus, je veux dire quelque chose.
Parce que quand on compare l'ampleur des mobilisations dans d'autres pays et en France, il y a un problème en France. C'est celui des agissements de groupes violents qui doivent être dénoncés, qui n'ont rien à voir avec les jeunes pour le climat, qui n'ont rien à voir avec Extinction Rébellion et qui doivent être mis dehors de ces mobilisations. Parce qu'en fait, ce sont des groupuscules qui sont contre l'écologie et qui sont des adversaires de cette vision non-violente et pacifique du monde qu'on veut construire.
Une question toute simple pour terminer cette interview. Est-ce qu'à l'heure où on se parle, les écologistes sont prêts à exercer le pouvoir ? Pas encore.
Mais on y travaille. Parce qu'effectivement, il ne peut plus être question de faire l'impasse sur les échéances majeures au travers desquelles les Français… Qu'est-ce qui manque ? Quand vous ne dites pas encore, il manque quoi ?
Il manque la construction d'un projet crédible et la construction que nous engageons aujourd'hui de façon unie d'une écologie de gouvernement. C'est terrible, projet crédible ? D'un projet crédible, c'est-à-dire que les écologistes dans le paysage politique ne doivent plus être une petite force d'appoint marginale.
Ils doivent assumer l'exercice des responsabilités, ce qui implique la construction, dans toutes ces dimensions, d'un projet crédible. Et on y travaille actuellement. Et le premier enjeu, c'est les élections municipales.
Et j'appelle tous ceux qui veulent défendre ces idées dans les municipales à se porter candidats. Merci beaucoup, Edelphine Bateau. Ça vous le rend.
Merci.
Delphine Batho