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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 18 février 2025 25 min

Sécurité en Europe, sanctions contre la Russie... le "8h30 franceinfo" de Jean-Noël Barrot

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Jean-Noël Barreau.

0:05
Jean-noël Barrot

Bonjour.

0:05
Présentateur

Hier, une réunion a été organisée en urgence à l'Elysée avec des dirigeants européens. Les Britanniques étaient là aussi. A la sortie, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a dit que l'Ukraine mérite la paix par la force. Qu'est-ce que ça veut dire ?

0:19
Jean-noël Barrot

Ce qu'elle veut dire, c'est que les Européens se sont réunis hier à l'invitation du Président de la République pour avoir un message unitaire et réaffirmer quelques principes simples. Le premier, c'est celui que vous avez cité. Nous n'obtiendrons la paix que par la pression. C'est cela que ça signifie. Et c'est pourquoi nous allons continuer à alourdir, si l'on peut dire, le coup de la guerre pour Vladimir Poutine.

0:38
Présentateur

La paix par la force.

0:39
Jean-noël Barrot

Exactement. Dès lundi prochain, nous prendrons un nouveau train de sanctions, le 16e depuis le début de la guerre, pour forcer Vladimir Poutine à s'asseoir à la table des négociations. Le deuxième message qui est très important également, c'est que nous ne voulons pas d'un cessez-le-feu bâclé. Ce dont nous voulons, c'est d'un traité de paix en bonne et due forme qui mette fin une bonne fois pour toutes pour cette guerre en Ukraine qui traîne depuis maintenant 11 ans. Et puis le troisième message, c'est que nous voulons changer les règles européennes pour pouvoir augmenter notre effort de défense au moment où les Etats-Unis commencent à se désengager.

1:11
Présentateur

Mais quand même, juste avant la réunion, Emmanuel Macron a eu Donald Trump au téléphone, le président américain. Que se sont-ils dit ?

1:19
Jean-noël Barrot

Emmanuel Macron lui a présenté la démarche qu'il avait entreprise de fédération, si je puis dire, des Européens, en écoutant ce que Donald Trump avait à dire. Est-ce qu'il entendait qu'Emmanuel Macron puisse transmettre en son nom ?

1:35
Présentateur

Vous parlez de fédération des Européens. Le format de cette réunion d'hier, il est voué à se reproduire. C'est une sorte de conseil de sécurité européen qu'on a dit hier ?

1:44
Jean-noël Barrot

Il y aura d'autres réunions dans les prochains jours associant plus largement tous les Européens parce que tous les Européens sont concernés. C'est un format de discussion qui avait d'ailleurs eu lieu il y a quelques semaines autour du secrétaire général de l'OTAN et qui permet d'avoir des discussions sur la suite de la guerre en Ukraine et puis sur la sécurité du continent européen.

2:07
Présentateur

Pardon, je reviens sur le coup de fil avec Donald Trump. Qu'est-ce qu'ils se sont dit, clairement, juste avant la réunion ?

2:12
Jean-noël Barrot

Eh bien, le président de la République lui a rappelé ces éléments que je viens de vous citer et qui ont été agréés par les autres Européens. Très difficile d'imaginer Vladimir Poutine s'asseoir de bonne foi à la table des négociations sans qu'une pression colossale lui soit infligée. D'autre part, nous ne voulons pas cesser le feu parce que nous en avons soupé. Nous avons nous-mêmes...

2:34
Présentateur

Donc Emmanuel Macron a dit que les Européens doivent être autour de la table dans les négociations avec la Russie qu'a répondu Donald Trump.

2:42
Jean-noël Barrot

Vous savez, quand on dit que les Européens seront autour de la table, ça n'est pas une demande, c'est un constat. Pourquoi ? Parce que la réalité est implacable. Seuls les Ukrainiens pourront décider d'arrêter de combattre le moment venu. Et ils ne le feront que lorsqu'ils auront la certitude que la paix qui sera conclue est durable. Et comment en auront-ils la certitude ? Eh bien uniquement s'ils ont des garanties qu'ils ne seront plus agressés. Qui apportera ces garanties ? Ce seront les Européens. Et donc par la force des choses, les Européens, à un moment ou à un autre, seront autour de la table.

Et si vous n'en êtes pas convaincus, essayez de vous représenter ce qui se passerait en France. Puisque aujourd'hui, la Russie occupe en Ukraine l'équivalent de la surface en France des régions Hauts-de-France, Grand-Est et Île-de-France. Imaginez que nous soyons en train de combattre contre la Russie qui occuperait ces trois régions pour l'empêcher d'aller plus loin. Croyez-vous que nous déposerions les armes si on nous proposait un cessez-le-feu sans aucune garantie ? Évidemment que non. Eh bien il en va de mal pour les Ukrainiens.

3:45
Présentateur

Les garanties, il faut en parler parce qu'on a entendu hier le Royaume-Uni comme la Suède disposer à envoyer des troupes au sol pour offrir des garanties de sécurité à l'Ukraine. La France aussi ?

3:57
Jean-noël Barrot

Ça n'est pas une question qui se pose aujourd'hui. Et personne n'a dit qu'il entendait envoyer des troupes en Ukraine aujourd'hui. Ce que nous disons, c'est que nous voulons la paix. Et nous la voulons de manière durable. Il y a dix ans, quasiment jour pour jour, un cessez-le-feu a été conclu entre l'Ukraine et la Russie. C'est ce qu'on appelle l'accord de Minsk. Eh bien ce cessez-le-feu, il a été violé vingt fois depuis. Et il a conduit la Russie à un moment donné à dire « Allez, j'envahis l'Ukraine à grande échelle ». Eh bien tout cela, nous n'en voulons pas.

Et si nous voulons éviter que la ligne de front se rapproche de nous, il nous faudra un traité de paix qui effectivement garantisse que la Russie n'agressera plus l'Ukraine.

4:36
Présentateur

Mais pour cela, il faut l'unité des Européens. Vous nous avez dit tout à l'heure, on était unis hier, mais sur ce point-là, on a le sentiment que le Royaume-Uni et la Suède disent quelque chose. On envisage, c'est ce qu'ils disent, on envisage aujourd'hui d'envoyer des troupes. L'Allemagne dit le contraire. C'est prématuré et inapproprié, dit Olaf Scholz. Et la France, on vient de l'entendre, pour vous, la question ne se pose pas aujourd'hui.

4:57
Jean-noël Barrot

Ça fait onze ans que la ligne de front se rapproche de nous. Et ça fait trois ans que nous sommes agressés directement. Souvenez-vous des étoiles de David. Souvenez-vous des cercueils, des mains rouges. Regardez ce qui se passe juste à côté de chez nous.

5:08
Présentateur

Ça, c'est la guerre hybride.

5:10
Jean-noël Barrot

Les câbles sous-marins, oui, pardon, mais la guerre hybride, ça n'est pas un détail. Les câbles sous-marins qui sont sectionnés, les colis piégés en Allemagne, tout ça, c'est l'agressivité, l'hostilité de la Russie à notre égard. Si nous voulons que cela s'arrête, il nous faut un traité de paix qui dissuade définitivement la menace russe.

5:29
Présentateur

Et alors la dissuasion, justement, par quoi elle peut passer ? On parlait de l'envoi de troupes. Si la France décide, après justement que la paix soit instaurée en Ukraine, si la France décide d'envoyer des troupes, elle servirait à quoi ces troupes ? Je vous pose la question clairement parce qu'il y a des Français qui nous écoutent, qui nous regardent, qui doivent se demander si les Français envoient des troupes en Ukraine, à quoi elles vont servir ?

5:52
Jean-noël Barrot

Si nous voulons, comme je le disais, que la menace s'arrête, que la ligne de France cesse de se rapprocher de nos frontières, il nous faudra faire des efforts plus importants encore que ceux que nous avions faits il y a 11 ans lorsque ce cessait-le-feu, ou 10 ans lorsque ce cessait-le-feu avait été trouvé. Et c'est-à-dire qu'il faudra qu'on apporte des garanties pour que l'agression ne se reproduise pas. Quelle sera la forme de ces garanties ? Il est trop tôt pour en parler. Pourquoi ? Parce que je vous donne l'exemple de l'Estonie.

6:21
Présentateur

En Estonie, on a des forces de dissuasion, on a des soldats français sur place.

6:25
Jean-noël Barrot

Ils sont présents, juste. Cette question se posera le moment venu. Une fois que la paix aura été trouvée pour qu'elle puisse être véritablement garantie, elle se posera dans des instances appropriées. Et ce n'est pas sur des plateaux de radio ou de télévision qu'on fera des déclarations à l'emporte-pièce. Mais oui, dans beaucoup de pays, de l'alliance transatlantique, de l'OTAN, il y a des présences militaires qui dissuadent l'agression dont il pourrait être laissime. Mais il y a beaucoup de formules différentes. C'est une question qui sera abordée le moment venu.

7:03
Présentateur

Ça, c'est pour le volet militaire. Jean-Noël Barraud, vous nous avez parlé d'un nouveau train de sanctions à partir de lundi prochain. Sur quoi va-t-il porter précisément ?

7:12
Jean-noël Barrot

Essentiellement sur les ressources énergétiques que la Russie utilise pour financer son effort de guerre. Et plus particulièrement sur les moyens que la Russie a trouvés au fil des années pour contourner les sanctions que nous avions appliquées. Vous vous souvenez peut-être que nous avons appliqué un plafond sur le prix du pétrole. Pour dire, le pétrole, ça rapporte 100 milliards d'euros chaque année à la Russie. L'effort de guerre de la Russie, c'est 140 milliards d'euros par an. Donc, le pétrole, c'est quand même une recette majeure. Nous allons baisser le prix du pétrole en impliquant un plafond. Et ainsi, la Russie sera asphyxiée. Ça a marché en partie.

Mais sauf que la Russie, qu'est-ce qu'elle a fait ? Eh bien, elle a trouvé des navires, notamment, par lesquels elle parvient à contourner les sanctions

8:01
Présentateur

et à vendre du pétrole à un prix plus élevé que celui de ce plafond. Ça veut dire aussi sanctionner des pays qui participent à ce type de contournement des sanctions ?

8:10
Jean-noël Barrot

Ça veut dire sanctionner des acteurs dans des pays qui, effectivement, participent à ce contournement. Sanctionner des entreprises ou des propriétaires de ces bateaux par lesquels le pétrole russe continue à être vendu à des prix qui ne sont pas sous sanction.

8:25
Présentateur

Jean-Noël Barola, vous nous parlez de nouvelles sanctions affligées à la Russie. Au sein même de l'Union européenne, on voit que tout le monde n'est pas raccord avec la position que vous nous donnez ce matin. On pense au Hongrois, Victor Orban, qui a fustigé hier, je cite, des dirigeants européens frustrés, pro-guerre et anti-Trump qui se réunissent pour empêcher un accord de paix en Ukraine. Comment éviter d'apparaître aujourd'hui comme ceux qui veulent faire continuer la guerre en Ukraine et donc continuer à produire des victimes ?

8:54
Jean-noël Barrot

En disant tout simplement que tout dans notre histoire nous instruit que la faiblesse, dans ce moment de notre histoire, nous entraînerait un jour ou l'autre vers la guerre. Et que si nous sanctionnons Vladimir Poutine aujourd'hui, c'est pour l'amener à la table des négociations. Et si nous voulons un traité de paix en bonne et due forme plutôt qu'un cessez-le-feu bâclé, c'est pour éviter que la guerre ne reprenne. Notre seul objectif, le seul objectif du président de la République, le seul objectif de la France, c'est la paix durable sur le continent européen.

9:21
Présentateur

Mais pour trouver la paix, il faut parler avec l'ennemi, pas forcément seulement entre alliés. Et vous, vous avez dit si Sergeï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russe, m'appelait, je ne décrocherai pas. On n'est pas avancé en disant ça.

9:34
Jean-noël Barrot

Il y a une raison très simple. Nous sommes agressés en permanence par la Russie. Je vous parlais des campagnes de désinformation, j'aurais pu vous parler des campagnes cyber. Aujourd'hui, la Russie est d'une hostilité sans comparaison vis-à-vis des pays européens au premier rang desquels la France. Et donc, si la Russie décide, à un moment donné, de s'asseoir à la table de négociation, de conclure un traité de paix, de mettre fin à son agressivité qui, depuis plus de dix ans maintenant, pose des problèmes majeurs à la sécurité européenne, alors, effectivement, on pourra regarder pour une reprise du dialogue avec la Russie.

10:06
Présentateur

Alors, précisément, Jean-Noël Barraud, au moment où nous nous parlons, votre homologue russe, Sergeï Lavrov, est à Riad et commence en ce moment même des pourparlers américains et russes, avec Marco Rubio aussi, le nouveau chef de la diplomatie américaine. C'est la première fois depuis trois ans, depuis l'invasion, qu'il y a une réunion à ce niveau entre les deux pays. Est-ce que c'est une victoire pour Vladimir Poutine, pour le président russe ?

10:30
Jean-noël Barrot

Si les Etats-Unis veulent, par le dialogue, traîner Vladimir Poutine jusqu'à la table des négociations, ne comptez pas sur moi pour les en dissuader, parce que c'est une bonne chose. En revanche, ce que notre expérience nous a montré, c'est que Vladimir Poutine ne répond pas au dialogue. Il ne répond qu'à la pression. Et donc, j'encourage, comme nous continuons à le faire, les Etats-Unis, à assortir leur démarche de dialogue, de pression considérable, sans quoi je crains qu'ils ne parviennent pas à leur but.

11:00
Présentateur

Mais depuis que Poutine et Trump se sont reparlés mercredi dernier au téléphone, on entend tous la même chose. On va vers une paix dans le dos des Européens et sur le dos des Ukrainiens. C'est ça qui est en train de se dessiner ?

11:11
Jean-noël Barrot

Je peux vous refaire la démonstration en repartant de l'exemple français. Imaginez que nous combattions depuis trois ans contre la Russie qui auraient envahi les Hauts-de-France, le Grand-Est et l'Île-de-France. Croyez-vous vraiment que nous déposerions les armes parce que des puissances étrangères concluraient dans notre dos

11:28
Présentateur

en ce moment et nous dire qu'il n'est absolument pas venu le temps de la discussion ?

11:33
Jean-noël Barrot

Donald Trump a dit je veux aller vers la paix et je vais traîner Vladimir Poutine jusqu'à la table des négociations. C'est une bonne chose puisque nous, nous essayons aussi de le faire par d'autres moyens, la pression, parce que nous avons vu que le dialogue n'était pas très porteur dans cet échange-là. Si les États-Unis parviennent par d'autres moyens, c'est une bonne nouvelle pour nous.

11:54
Présentateur

Alors sur le papier quand même, on va essayer de comprendre comment on peut trouver la paix. Qu'est-ce qui est négociable quand les Américains disent aujourd'hui qu'il est impossible que l'Ukraine retrouve sa frontière d'avant 2014, c'est-à-dire avec la Crimée ? Alors que Zelensky, le président ukrainien, dit moi je suis pour un échange de territoire. Qu'est-ce qui est négociable aujourd'hui ?

12:14
Jean-noël Barrot

Notre position, elle est très claire et je vous invite une troisième fois à vous mettre à la place de ce qui est là-hôtre. Vous, vous dites que rien n'est négociable. Non, non, non, non. Je dis que c'est aux Ukrainiens de décider de ce qui est négociable s'agissant de leur souveraineté et de leur intégrité territoriale. Et nous n'allons rien leur imposer de ce point de vue-là. Nous, notre rôle, c'est de traîner Vladimir Poutine à la table des négociations par la pression et de montrer que si tout le monde est de bonne foi et que tout le monde est prêt à signer un traité, alors que les Européens seront prêts à apporter les garanties pour éviter que la guerre ne reprenne.

12:47
Présentateur

Jean-Noël Barraud, vous êtes avec nous jusqu'à 9h. On laisse passer le fil. Il est 8h45, Maureen Suignard.

12:52
Invité

Les patrons des diplomaties russes et américaines débutent des pourparlers en ce moment même en Arabie Saoudite. L'objectif est de réchauffer les relations entre les deux pays et de préparer aussi un futur sommet entre Donald Trump et Vladimir Poutine. Les chefs d'État veulent régler ensemble la guerre en Ukraine. Les Européens sur la touche. Ils se divisent sur l'envoi de troupes au sol pour maintenir la paix. Une nouvelle réunion avec tous les Européens aura lieu dans les prochains jours, annonce sur France Info à l'instant le ministre des Affaires étrangères. C'est ce qu'on appelle une opération stop-drive.

Citroën demande à 237 000 propriétaires de voitures d'arrêter de les conduire et d'aller chez le concessionnaire ou le garagiste. Cela concerne les C3 et les DS3 construites entre 2009 et 2013 et qui se trouvent dans la moitié nord de la France. Les airbags de la marque Takata peuvent être dangereux et ont déjà fait une quinzaine de morts en France. Le gouvernement soutiendra un texte des écologistes jeudi. Une proposition de loi pour interdire certaines molécules accusées d'être des polluants éternelles. Le texte écarte toutefois l'interdiction des PFAS dans les ustensiles de cuisine. Benfica Lisbonne à S Monaco. C'est ce soir à 21h. Match retour de la Ligue des Champions de football.

Monaco doit gagner pour se qualifier en huitième de finale.

14:05
Présentateur

France Info Le 8.30 France Info Jérôme Chapuis Salia Braclia Et toujours avec Jean-Noël Barraud le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères. Il y avait hier autour de la table à l'Elysée le secrétaire général de l'OTAN. Que reste-t-il ce matin Jean-Noël Barraud de l'Alliance Atlantique ?

14:22
Jean-noël Barrot

Je crois qu'il a été réaffirmé hier que ces garanties que les Européens veulent apporter un traité de paix ne doivent pas remettre en question l'unité de l'Alliance transatlantique. Lors de mes échanges avec mon homologue américain mon nouvel homologue américain Marco Rubio celui-ci a rappelé devant les Européens à quel point ils tenaient à quel point les Etats-Unis tenaient à l'OTAN à cette alliance que nous avons nouée ensemble dont la France est cofondatrice il y a 75 ans.

14:49
Présentateur

Mais justement le 4 avril 49 quand l'OTAN est créée les pays signataires s'engagent à respecter les principes de la Charte des Nations Unies principe cardinal article 2 de cette Charte des Nations Unies respect de l'intégrité des territoires. L'Amérique de Trump est-ce qu'elle n'a pas tourné le dos à ces principes quand on entend les déclarations de Donald Trump ces dernières semaines ?

15:08
Jean-noël Barrot

Il faudra juger sur les actes plutôt que sur les déclarations. Pour ce qui nous concerne l'intégrité territoriale reste notre boussole absolue. Quel que soit le conflit d'ailleurs que l'on parle de la République démocratique du Congo ou que l'on parle de l'Ukraine nous considérons partout que les principes fondateurs des Nations Unies intégrité territoriale autodétermination des peuples doivent être respectés. Non seulement parce que c'est une question de principe d'organisation de l'ordre international mais aussi parce qu'il en va de nos intérêts.

15:34
Présentateur

Alors s'il faut toujours faire confiance aux Américains dans le cadre de l'OTAN pourquoi la sécurité de l'Europe est à un tournant ? C'est ce qu'a déclaré la présidente de la Commission européenne.

15:44
Jean-noël Barrot

Parce que même si l'OTAN reste une alliance qui nous lie aux Etats-Unis les Etats-Unis ont été très clairs mais ça n'est pas nouveau. Ça s'accélère un peu ces derniers temps mais ça n'est pas nouveau.

Les Etats-Unis vont réduire leur niveau d'engagement dans l'OTAN et c'est pourquoi nous disons depuis 2017 le président de la République l'a dit à de nombreuses reprises il nous faut nous emparer en quelque sorte de la place qui est la nôtre dans l'OTAN en développant nos propres capacités nos propres visions en quelque sorte en européanisant l'OTAN qui jusqu'à présent était en quelque sorte un club sous l'ombrelle des Etats-Unis et qui nous a permis pendant des décennies de vivre dans une insouciance absolue mais cette époque est révolue.

16:23
Présentateur

Donc dans le cadre de l'OTAN vous ne pensez même pas à quelque chose en dehors de l'OTAN une force européenne en dehors de l'OTAN

16:29
Jean-noël Barrot

Mais pourquoi se passer du cadre de l'OTAN ? Il est très bien le cadre de l'OTAN Encore une fois

16:32
Présentateur

parce qu'il y a peut-être des divergences de fond sur les objectifs même de l'OTAN c'est-à-dire que discuter avec Vladimir Poutine quand on revendique soi-même que le Canada devienne le 51ème Etat américain le Groenland qui pourrait devenir américain le canal de Panama qui pourrait devenir américain quand le principe même de l'OTAN c'est de défendre l'intégrité des territoires Est-ce qu'on est encore d'accord sur les principes ? Je crois qu'en tout cas

16:59
Jean-noël Barrot

le moment est bienvenu pour renforcer l'Europe au sein de l'OTAN et renforcer l'Europe au sein de l'OTAN ce sont des moyens bien sûr des capacités des stratégies mais c'est aussi une vision et je crois que c'est le moment pour nous de reprendre le contrôle de l'OTAN

17:13
Présentateur

Ce qui coûte de l'argent quand même les investissements militaires en Europe C'est pourquoi

17:18
Jean-noël Barrot

les engagements d'hier étaient importants

17:20
Présentateur

Oui c'est-à-dire que vous êtes sûr que les investissements en matière militaire ne seront pas compris dans les 3% dans les... Est-ce que ça vaudrait par exemple la règle budgétaire ?

17:31
Jean-noël Barrot

C'est un très bon point que vous soulevez Hier les dirigeants européens autour du président de la République ont dit nous voulons que les dépenses militaires puissent être décomptées des seuils à ne pas franchir en matière budgétaire européenne et la commission la présidente de la commission a pris bonne note de cette demande assez unanime qui vient des états membres et elle fera dans quelques jours des déclarations en ce sens

17:59
Présentateur

Ça peut valoir pour 2025 pour cette année pour le budget qui vient d'être adopté

18:02
Jean-noël Barrot

C'est la commission européenne qui précisera les nouvelles règles mais je me réjouis que ce qui était encore il y a quelques années un tabou absolu devienne aujourd'hui une réalité ça correspond à notre attente et à nos exigences

18:12
Présentateur

En parallèle des discussions sur le conflit en Ukraine les américains secouent les européens aussi sur la question des valeurs Jean-Noël Barrault le discours du vice-président américain J.D. Vance vendredi à Munich a provoqué la sidération il n'y a pas d'autre mot on est en guerre idéologique avec les américains aujourd'hui ?

18:29
Jean-noël Barrot

J'entends beaucoup parler de ce discours de J.D. Vance le vice-président américain à Munich je vais le dire très tranquillement et avec tout le respect qui est dû à sa fonction s'agissant de la vie démocratique chacun chez soi merci au revoir plutôt que de regarder la paille qui est dans l'œil de son voisin regardons la poutre qui est dans le nôtre c'est-à-dire que nous n'avons pas de leçons à recevoir sur la manière dont nous organisons notre débat public ensuite ensuite je dois dire que ce qui m'estomac plus que le discours de J.D. Vance c'est de voir des commentateurs français des responsables politiques français se prosterner littéralement devant Elon Musk ses amis et leur idéologie

19:13
Présentateur

qui nous disent

19:15
Jean-noël Barrot

la liberté d'expression est brimée en Europe mais qu'est-ce qu'ils veulent exactement ? Ils veulent avoir la liberté d'injurier de diffamer est-ce qu'ils veulent avoir la liberté de faire l'apologie du terrorisme est-ce qu'ils veulent pouvoir tenir des propos racistes et antisémistes en toute impunité mais si c'est le cas c'est le contraire de la déclaration de l'homme et du citoyen c'est le contraire de notre constitution et c'est le contraire de la France

19:38
Présentateur

Je ne suis pas étonné

19:45
Jean-noël Barrot

puisque ça fait partie de ce mouvement d'ensemble mais je le redis s'agissant de la liberté d'expression nous en avons défini les contours en 1789 c'est des révolutionnaires qui l'ont fait donc ce n'étaient pas des technocrates je dirais dans leur bureau qui voulaient étouffer l'expression du peuple souverain et eux-mêmes au premier jour ont dit que la liberté d'expression ce n'est pas la liberté de crier le plus fort que les autres ce n'est pas la liberté d'opprimer celui qui est le plus faible ou qui a le plus de difficultés à s'exprimer donc vouloir notamment quand on est le représentant d'un parti d'extrême droite qui pendant longtemps a été marginalisé sur la scène politique française qui n'a pu participer à la vie démocratique que précisément parce que nous avons des règles d'équité de temps de parole de financement des campagnes électorales qui permettent à chacun de s'exprimer vouloir maintenant remettre en question ces règles-là je trouve que c'est totalement irresponsable et lâche en réalité

20:38
Présentateur

un mot d'ailleurs de ce qu'a dit votre prédécesseur Stéphane Séjourné qui est désormais le commissaire français à Bruxelles il a dit qu'en écoutant ce discours de Jay Devance qu'il avait eu honte honte pour les américains la honte que j'ai eu pour les américains du coup de canif porté au modèle européen la honte

20:56
Jean-noël Barrot

c'est ce que vous avez ressenti aussi il a raison Stéphane Séjourné de dire que sur le fond et sur les questions de valeur la question que pose le discours de Jay Devance elle se pose aux américains plus qu'aux européens quand on pense que 400 000 soldats américains ont donné leur vie dans la lutte sans relâche pendant la deuxième guerre mondiale contre le nazisme 400 000 dont les derniers survivants étaient sur les plages de Normandie au mois de mai dernier comment accepter qu'un vice-président américain puisse rendre visite aux dirigeants d'un parti d'ultra droite allemande qui flirte avec les thèses néo-nazies de là effectivement

21:34
Présentateur

c'est ce qu'il a fait dans la foulée du discours ça ça vous inquiète du point de vue européen c'est inacceptable

21:40
Jean-noël Barrot

je le dis c'est une question qui se pose d'abord c'est l'Amérique et ses valeurs qui sont en jeu et je crois que c'est une question qui va se poser dans les prochaines années aux Etats-Unis d'Amérique

21:50
Présentateur

après la guerre en Ukraine le rapport avec les Etats-Unis il y a aussi la guerre au Proche-Orient cessez-le-feu trêve en ce moment mais après la guerre il n'y aura ni Hamas ni autorité palestinienne à Gaza c'est ce qu'assure Benyamin Netanyahou le premier ministre israélien qu'est-ce que vous comprenez dans cette phrase est-ce qu'il faut s'attendre à une annexion de la bande de Gaza

22:13
Jean-noël Barrot

d'abord il faut que le cessez-le-feu qui a été agréé entre les deux parties puisse aller à son terme et pour cela il faut que les deux parties tiennent leurs engagements ensuite je ne peux pas dire le contraire le Hamas ne doit avoir aucun rôle dans la gouvernance de Gaza et de la Palestine dans les années qui viennent enfin la seule solution politique durable à ce conflit c'est la solution à deux Etats c'est l'objectif ou en tout cas c'est le sujet de la conférence que nous coprésiderons avec l'Arabie Saoudite au mois de juillet prochain sans cette solution politique la région restera prise

22:50
Présentateur

dans la stabilité le plan des américains ce n'est pas celui-là Jean-Noël Barraud vous le savez Donald Trump veut prendre le contrôle de la bande de Gaza qu'est-ce qu'on fait nous européens face à ça ?

22:59
Jean-noël Barrot

nous soutenons les efforts des pays arabes qui ont d'ailleurs commencé à en parler à Donald Trump pour trouver disons une solution alternative à cette prise de contrôle de la bande de Gaza qui est à la fois impraticable et totalement contraire au droit international cette solution ça consiste à dire reconstruction gouvernance et sécurité pour Gaza voilà quelque chose conforme au droit international sans doute beaucoup plus praticable qu'une annexion de facto qu'une prise de contrôle par les américains Donald Trump a dit si un plan crédible m'est proposé alors je pourrais le soutenir les arabes travaillent dès qu'ils auront produit je dirais ce plan les européens y apporteront leur touche et le soutiendront et c'est ensuite que les américains pourront le soutenir à leur tour

23:41
Présentateur

Un mot du dossier algérien Jean-Noël Barraud ce matin chez nos confrères de TF1 le ministre de l'Intérieur Bruno Rotaillot dit que l'Algérie ne respecte pas le droit au sujet de ses ressortissants expulsés de France d'abord est-ce le cas selon vous et si oui quelles actions le ministère des affaires étrangères compte-t-il mettre en oeuvre

24:04
Jean-noël Barrot

d'abord puisque vous me parlez de l'Algérie j'ai une pensée pour notre compatriote Boilem Sansal je suis préoccupé par son sort par sa santé par son moral par les conditions de sa détention je veux dire que sur le cas plus général de notre relation avec l'Algérie nous avons toute une palette de mesures que nous pouvons prendre et nous pouvons prendre des mesures nous n'en faisons pas la publicité je n'en dirai pas plus ça serait contraire aux intérêts des françaises et des français dans la relation que nous devons retrouver avec l'Algérie ça serait contraire aux intérêts

24:37
Présentateur

mais en ce sens là juste que vous venez de dire Bruno Taillot il n'est pas en train de vous savonner la planche à chaque fois il parle régulièrement de l'Algérie vous qui êtes le ministre des affaires étrangères il vous rend la tâche difficile avec le pays

24:51
Jean-noël Barrot

je crois que ce qui est contraire à nos intérêts ce qui est contraire aux intérêts de Boilem Sansal c'est de faire de cette question là un sujet de politique intérieure en Algérie évitons de le faire et vous verrez nous obtiendrons des résultats le plus rapidement que si nous ne le faisons pas

25:09
Présentateur

merci beaucoup Jean-Noël Barraud vous évoquiez Boilem Sansal il y a d'ailleurs ce soir une soirée de soutien à l'Institut du Monde Arabe et son avocat confirmait ce matin que Boilem Sansal souffrait d'un cancer donc toujours prisonnier en Algérie merci Jean-Noël Barraud d'avoir été avec nous ce matin sur France Info et