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interviewBFMTV· 14 octobre 2024 25 min

Immigration, budget, procès de Marine Le Pen... L'interview en intégralité de Jordan Bardella

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Il est 8h30 sur RMC et BFM TV. Bonjour Jordan Bardella. Bonjour, merci de votre invitation. Merci à vous d'y avoir répondu. Vous êtes le président du Rassemblement National, député européen. Vous n'avez pas pris la parole depuis le discours de politique générale de Michel Barnier, depuis l'annonce du budget. Beaucoup de questions à vous poser. Mais on l'apprend hier, le gouvernement va faire une nouvelle loi immigration. Et finalement, je me dis, si vous aviez été au gouvernement, auriez-vous fait différemment ?

0:30
Jordan Bardella

Ce n'est pas la première fois qu'on nous annonce une loi immigration. Moi, je vois que le Rassemblement National a rassemblé 11 millions de voix et qu'aujourd'hui, plus rien ne peut se faire sans nous, au sein du Parlement, dans la vie politique française. Et probablement que la présence de députés en nombre du Rassemblement National, de ce premier groupe à l'Assemblée, pousse sans doute les gens qui sont au pouvoir et qui n'ont pas gagné les élections à entendre le message des urnes. Maintenant, on va regarder concrètement ce qu'il y a dans cette loi immigration.

Et je crains que, pour l'instant, les signaux qui nous sont donnés, parce que, si vous voulez, il y a les déclarations et puis il y a les faits, il y a les décisions derrière. Or, les discours, ils n'engagent que ceux qui les tiennent. Moi, je vois que dans le budget, le gouvernement de Michel Barnier s'apprête à augmenter de 100 millions d'euros l'aide médicale d'État, c'est-à-dire la gratuité des soins, l'enveloppe qui est consacrée à la gratuité des soins pour les étrangers en situation irrégulière, qui peuvent venir en France et même se faire recoller les oreilles aux frais de la princesse. Ce budget-là, il est en augmentation.

Donc, encore une fois, il y a des discours, il y a des actes. Nous attendrons, évidemment, cette loi immigration avec impatience. C'est une demande du Rassemblement national.

1:36
Présentateur

Attendez, vous dites plein de trucs là. On va revenir sur la question du budget, point par point, parce que d'ailleurs, vous allez proposer votre propre contre-budget mercredi. Mais Jordan Bardella, sur cette loi immigration, on a déjà quelques points, puisque c'est sur BFM TV hier que la porte-parole du gouvernement a annoncé cette nouvelle loi pour janvier prochain. Elle dit notamment qu'il y aura dedans la question de l'allongement de la durée de détention en centre de rétention administrative de 90 jours à 210 jours. Ça vous plaider pour ?

2:04
Jordan Bardella

Non seulement je plaide pour, mais je l'avais proposé lors des élections européennes et lors de la campagne des élections législatives. Par conséquent, si cette mesure du Rassemblement national est mise au voie, évidemment que les députés du RN la voteront, bien sûr. Ça, vous la voterez ? Bien sûr. Vous pourriez même voter toute cette loi.

2:20
Présentateur

S'il y a dedans l'AMU qui devient l'AMU, c'est-à-dire une aide médicale d'urgence, ça aussi, vous la voterez.

2:29
Jordan Bardella

Mais c'est contredit par l'augmentation même du budget de l'aide médicale d'État. Donc moi, je me méfie, si vous voulez, des annonces qui consistent à vouloir endormir un peu l'opposition et à vouloir endormir les électeurs du Rassemblement national. C'est vous qui essayez d'endormir.

2:42
Présentateur

J'imagine que ce n'est pas vis-à-vis du PS qui lance cette idée-là.

2:46
Jordan Bardella

Madame Bréjon, que j'ai écoutée hier sur votre antenne, elle est macroniste. Il se trouve que les macronistes, depuis 2017, ont franchi un à un tous les records de la politique d'immigration conduit à sa tête par Gérald Darmanin. Record d'immigration légale, record d'entrée illégale sur le sol français, record du nombre de demandes d'asile, et évidemment un record européen de la faiblesse à l'égard de l'exécution des obligations de quitter le territoire français.

On a un nombre qui est très très bas par rapport à la moyenne européenne, ce qui me fait dire qu'il y a beaucoup de gens qui rentrent dans notre pays et peu de personnes qui sortent alors qu'ils devraient être reconduits dans leur pays d'origine. Donc, encore une fois, j'attends de voir, le Parlement discutera de cette loi, mais on est dans une position aujourd'hui où plus rien ne peut se faire sans les voix du Rassemblement national. Donc la position qui va être la nôtre d'ici à de prochaines élections législatives, ça va être de pousser un maximum de nos mesures dans l'intérêt du pays et dans l'intérêt des Français.

Et c'est toujours très contradictoire parce que moi, je m'amuse beaucoup de voir tous ces gens nous faire barrage aux élections et venir reprendre des mesures ou des propositions que nous avons pu formuler pendant les campagnes électorales.

3:49
Présentateur

Et vous le dites avec, je le dis pour ceux qui nous écoutent sur AMC, avec un certain sourire ironique.

3:55
Jordan Bardella

J'ai passé la campagne électorale à dire qu'il fallait restreindre la politique migratoire, qu'il fallait transformer l'aide médicale d'État en aide médicale d'urgence. Le Rassemblement national arrive en tête, mais n'a pas la majorité pour composer un gouvernement à l'Assemblée nationale. Et il se trouve que les gens qui sont dans une position très fébrile au pouvoir reprennent les analyses, certaines analyses et certaines idées du RN. Donc moi, je les appelle à aller au bout. Et en tout cas, nous nous serons là pour faire adopter les lois qui vont dans le bon sens et qui vont dans l'intérêt du pays.

4:22
Locuteur non identifié

Vous parlez avec Bruno Retailleau ?

4:24
Jordan Bardella

Non, on ne se parle pas.

4:25
Présentateur

Non.

4:26
Jordan Bardella

Je n'ai pas eu de contact. Maintenant, si M. Retailleau ou si d'ailleurs d'autres personnes au sein du gouvernement souhaitent s'entretenir avec nous pour entendre ce qu'on a à proposer, moi j'ai toujours joué le jeu. Vous savez que lorsque le président de la République a consulté les chefs de parti il y a quelques mois après les émeutes, moi j'avais accepté cette rencontre et je lui avais proposé d'organiser un référendum sur l'immigration.

4:47
Présentateur

Mais est-ce que vous avez passé en quelque sorte une sorte de deal ? On a presque l'impression, dans la manière hier dont la porte-parole du gouvernement a annoncé cette loi, en effet clairement à votre endroit, qu'il y a presque eu un deal, c'est-à-dire budget contre loi immigration.

5:02
Jordan Bardella

Non, il n'y a absolument aucun deal. Mais encore une fois, on a le premier groupe à l'Assemblée nationale. Donc ce gouvernement est sous la surveillance démocratique du Parlement. Et moi je suis extrêmement clair, si ce gouvernement poursuit la politique d'Emmanuel Macron, nous le censurons à l'Assemblée nationale. Si en revanche il est ouvert à ce que des propositions que nous avons formulées dans l'intérêt du pays et dans l'intérêt de la protection des Français soient adoptées, eh bien nous pousserons ces mesures. Maintenant moi je suis très clair, sur l'immigration il faut un référendum.

Parce qu'une grande partie des mesures qui pourraient permettre demain de protéger les Français, notamment à l'égard de jurisprudence européenne ou internationale, eh bien ne peuvent être traitées que par référendum. Pourquoi ? Parce qu'il y a aujourd'hui des formulaires administratifs, des ordonnances administratives qui visent à éloigner des individus dangereux du territoire de la République française, qui sont systématiquement cassés par des décisions de la Cour européenne des droits de l'homme ou par des jurisprudences européennes ou internationales.

Or le seul moyen de se protéger de cette injonction, de cette ingérence, pardonnez-moi, de décisions qui sont contraires à nos intérêts, c'est évidemment de faire entrer le droit des étrangers dans la Constitution. Et c'est donc un référendum. Donc si demain nous arrivons à la tête de l'État, la première mesure que nous mettons en œuvre, c'est un référendum sur l'immigration.

6:13
Présentateur

Vous disiez d'ailleurs à l'instant, Jordan Bardella, que lorsque l'on vous proposait de dialoguer, lorsqu'Emmanuel Macron a voulu consulter, vous avez toujours répondu présent. Hier soir, chez Benjamin Duhamel, il y avait Antoine Armand, le ministre de l'Économie, qui a redit que son refus initial de dialoguer avec vous, l'ERN, parce que vous ne faisiez pas partie, disait-il, de l'arc républicain, reflétait effectivement ses convictions. Alors cela dit, la rencontre va quand même avoir lieu. Elle va avoir lieu en l'occurrence aujourd'hui, à Bercy, puisque finalement, sur l'injonction du Premier ministre, il va bien recevoir le groupe ERN. Dans quel état d'esprit est le groupe ERN ?

6:47
Jordan Bardella

Qui est M. Armand pour expliquer que tel ou tel électeur ou que tel ou tel parti politique appartient à l'arc républicain ?

6:55
Locuteur non identifié

Ministre de l'Économie ?

6:56
Jordan Bardella

Très bien, ministre de l'Économie, que les Français découvrent. Mais ce n'est pas à lui de dire si les citoyens français, en fonction du parti politique pour lequel ils votent, sont des citoyens respectables ou des citoyens de seconde zone. Parce que lorsque les Français paient les impôts à M. Armand, au ministre de l'Économie, ils ne regardent pas si ces Français concernés ont voté pour le Rassemblement national ou ils ont voté pour Emmanuel Macron. Donc nous, nous avons fixé une ligne rouge.

Lorsque le président de la République a nommé un Premier ministre, c'est le respect à l'égard des millions d'électeurs qui ont voté pour le Rassemblement national et qui méritent parfaitement d'être entendus, d'être écoutés et d'être respectés. Et donc, moi, je me réjouis que le Premier ministre ait rappelé, en quelque sorte, la ligne de conduite et ait rappelé à l'ordre son ministre de l'Économie. À chaque fois que nous serons convoqués, invités à dialoguer pour faire connaître nos mesures, nous le ferons et nous utiliserons ces réunions, ces échanges pour pousser un certain nombre de nos mesures.

La situation budgétaire, j'imagine qu'on va en discuter ce matin, mais la situation budgétaire du pays est extrêmement préoccupante. Et je dis qu'il y a eu de la part de la Macronie, à minima de l'amateurisme, et au pire, de la dissimulation et des mensonges dans la gestion des comptes publics. Vous vous souvenez qu'il y a quelques mois sur votre antenne. J'avais réclamé un audit des comptes de l'État lorsque je me suis présenté comme Premier ministre potentiel lors des élections législatives. Au début d'année, on nous a annoncé, les macronistes nous ont annoncé un déficit de 128 milliards d'euros.

Quelques mois plus tard, six mois plus tard, on nous parle d'un déficit constaté réel de 180 milliards. C'est-à-dire qu'il y a donc un trou de 50 milliards entre les prévisions qui ont été faites par la Macronie et la réalité du déficit budgétaire que nous n'avons jamais connu dans cette proportion et dans cette dimension, hors crise, depuis la Seconde Guerre mondiale.

8:42
Présentateur

Est-ce que vous dites ce matin, Jordan Bardella, que vous soupçonnez Bruno Le Maire, le gouvernement de Gabriel Attal, voire Emmanuel Macron, d'avoir sciemment menti aux Français ?

8:53
Jordan Bardella

Je crois qu'ils ont dissimulé la réalité de la dérive budgétaire qui a été la leur. Lorsque M. Le Maire s'exprime auprès de vos confrères, vous m'excuserez, je n'ai plus le journal auquel il a donné cet entretien et qu'il dit « la vérité éclatera plus tard ».

9:10
Présentateur

En fait, il l'a dit par échange de SMS, c'est les seules réponses qu'il a données. Je précise bien les choses. Effectivement, lorsqu'il est interrogé depuis 24 heures par les différents journalistes, il ne répond que laconiquement par SMS en disant « la vérité finira par être connue en fait tard. »

9:23
Jordan Bardella

Eh bien, ces gens devront rendre des comptes. Parce qu'ils ont mis le pays dans une situation budgétaire qui est cataclysmique, qui fait aujourd'hui de nous l'un des pays les plus endettés en valeur de la zone euro. On frôle quasiment les niveaux de pays d'Europe du Sud, comme l'Espagne, le Portugal ou la Grèce. Et ce qui nous place aujourd'hui dans des situations de dépendance budgétaire et de fragilité budgétaire qui sont sans précédent. Donc, ils ont géré dramatiquement l'argent public. Et aujourd'hui, les responsables politiques vont devoir, ce qui est en tout cas de la situation, faire des choix. Et dans le budget qui a été présenté, je crois que le compte n'y est pas.

9:57
Présentateur

Alors, on va voir sur le budget, mais juste encore un mot. Vous demandiez un audit initialement. Vous soutenez donc la démarche, notamment de la Commission des finances de l'Assemblée nationale, qui demande à ce qu'il y ait une commission d'enquête parlementaire pour savoir effectivement où sont passés ou comment s'est construit, creusé ce déficit.

10:16
Jordan Bardella

Mais toute la lumière doit être faite sur ces déficits. Vous vous souvenez que quand j'ai demandé cette audite, c'est parce que je sentais et que nous sentions, en regardant de près l'analyse des politiques publiques depuis plusieurs mois, qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas. À l'époque, tout le monde, mais tout le monde m'a dit, les journalistes en tête, vous voulez gagner du temps, toutes les données sont sur la table. Et j'entends, y compris M. Do, sur votre antenne, dire que c'est du jamais vu. Ce qui se passe aujourd'hui avec les finances de l'État, c'est du jamais vu. Et il y a beaucoup de nos compatriotes qui se demandent où passe l'argent.

On est à l'un des pays dont le taux de prélèvement obligatoire est l'un des plus élevés des économies développées de l'OCD. On est à 46% de prélèvement obligatoire. Et de l'autre, les services publics se dégradent jour après jour. L'hôpital est de moins en moins fonctionnel. La sécurité est de moins en moins assurée. La justice est toujours plus hante. Et les Français se demandent, mais où passe notre argent ?

11:03
Présentateur

Mais si vous étiez vous-même à Matignon, comment trouveriez-vous des sous ? Vous jugez le budget présenté par Michel Barnier trop sévère. Vous allez d'ailleurs vous-même présenter un contre-budget. Vous allez les trouver où, vous, les sous ?

11:17
Jordan Bardella

D'abord, je ne dis pas que c'est un budget qui est sévère. Je dis que c'est un budget qui fait les poches des Français qui travaillent. Parce que quand on nous parle dans le contexte actuel d'augmenter le coût du travail, qui est déjà très élevé dans notre pays, quand on nous parle d'une augmentation des tarifs de l'électricité, on va doubler les taxes sur l'énergie, qui sont aujourd'hui à 20 euros le mégawatt-heure, elles vont passer à 50 euros le mégawatt-heure. J'ai entendu Mme Pannier-Runacher évoquer une augmentation des prix du gaz.

Dans un pays où, en 2023, d'après toutes les études qui ont été faites sur la précarité énergétique de nos compatriotes, 69% des Français ont eu des difficultés à allumer le chauffage l'an dernier. Enfin, je veux dire, c'est aberrant de faire des choses comme ça. – Oui, mais les factures d'option baisser.

11:56
Présentateur

Enfin, pour être tout à fait honnête, vous prenez des chiffres de 2023 où les prix étaient monstrueux. Ils vont tout de même baisser. Moins, moins qu'on aurait pu l'espérer. Parce que moins que les prix du marché pourraient le promettre, puisque ça va être compensé par ces taxes. Mais ils vont quand même baisser.

12:10
Jordan Bardella

– Mais les taxes vont augmenter. Et donc, on peut expliquer aux Français qu'à cause des prix de gros, l'électricité aurait dû être plus chère et donc qu'on va atténuer en réalité la réalité de la baisse. Mais la réalité budgétaire, c'est que les taxes sur l'électricité vont augmenter. Et à côté de ça, moi je vois dans ce budget, je vais venir ensuite sur mes propositions, des aberrations. – Lesquelles ?

C'est-à-dire comment on peut expliquer aux Français dans le contexte actuel qu'on va augmenter le budget de l'Elysée, qu'on va augmenter le budget du Parlement et qu'on va augmenter, qu'on va dérembourser des soins avec l'augmentation du ticket modérateur, c'est-à-dire qu'on va dérembourser des soins par la Sécurité sociale qui vont donc être pris en charge par les mutuelles, qui vont donc, on le sait, augmenter le prix des contrats santé et augmenter leurs tarifs, quand dans le même temps, on augmente le budget de l'aide médicale d'État, c'est-à-dire quand on augmente l'enveloppe, je l'ai dit tout à l'heure, qui est consacrée à la gratuité des soins pour les étrangers en situation régulière.

Mais comment on peut prendre ce type de décision quand on fait de la politique et quand on prétend avoir conscience des difficultés que vivent aujourd'hui nos compatriotes et des difficultés qu'ont des millions de Français à boucler les fins de mois ?

13:15
Présentateur

– Le ministre de l'Économie, sur ce point, notamment de l'augmentation du budget de l'Assemblée et de l'Élysée, a répondu hier à Benjamin Duhamel, c'était sur BFM TV.

13:26
Invité

– Je ne pense pas que cette augmentation soit compréhensible pour nos concitoyens. Le budget du ministère que j'ai la chance d'occuper baisse. Je pense que dans le moment, et les départementaires vont pouvoir en débattre, et à titre personnel, je pense qu'il est important, même si c'est symbolique, puisque c'est des millions d'euros et que depuis tout à l'heure, on parle en milliards ou en dizaines de milliards, symboliquement, il me semble qu'ici, chacun doit faire un effort. – Donc il faudra revenir sur les montants de ces augmentations. – Les parlementaires jugeront, ce seront les parlementaires qui voteront. Mais je crois que dans le contexte, l'exemplarité doit s'appliquer à tous.

13:58
Locuteur non identifié

– Donc ils regrettent visiblement.

13:58
Jordan Bardella

– Non mais de qui on se moque, là ? C'est-à-dire qu'on a un gouvernement qui vient nous dire « On va augmenter le budget du Parlement et le budget de l'Élysée. Et ensuite, quand on est sur les plateaux de télé, on vient dire « Cette hausse, elle est scandaleuse, on ne va pas la faire. » – Mais enfin, est-ce que vous vous rendez compte du niveau de déconnexion ? Est-ce que vous vous rendez compte du fossé qui est en train de se créer aujourd'hui entre les gens qui nous écoutent ce matin, à qui on vient dire « On va dérembourser, on va augmenter les taxes sur l'électricité.

» De l'autre, ils entendent et ils lisent par l'intermédiaire de vos confrères qu'on va augmenter le budget de l'Élysée, augmenter le budget du Parlement. Et on a le ministre de l'Économie qui nous dit que ce n'est pas de sa faute. C'est extrêmement inquiétant pour l'état des finances publiques, monsieur est macroniste, et on comprend pourquoi est-ce qu'ils nous ont laissé un trou de 1 000 milliards de dettes supplémentaires en 5 ans ?

14:39
Présentateur

– Jordan Bardella, sur le budget, il arrive effectivement à l'Assemblée, il va donc être modifié. Bon, à la fin, vous pourrez dire « Nous, on ne l'aurait pas voté ». C'est un peu un jeu de nupe, puisque tout le monde a bien compris qu'il n'y aurait pas de vote. Il y aura un 49-3 selon tout vraisemblant.

14:54
Jordan Bardella

– Ça, c'est la décision du Premier ministre. – Donc d'ici là, tout le monde va s'agiter. – En tout cas, je ne voterai pas, on ne votera pas, et nos députés ne voteront pas le budget.

14:59
Locuteur non identifié

– Si vous en avez l'occasion.

15:00
Jordan Bardella

– On ne votera pas le budget. Ce qui distingue dans une vie parlementaire et dans une vie démocratique la majorité de l'opposition, c'est le vote du budget. Il n'y a rien de plus politique qu'un budget. Donc je le dis, je le redis ce matin, vote ou pas vote, nous ne voterons pas et nous ne soutiendrons pas ce budget. Moi, je pense qu'il y a deux leviers pour affronter le mur de la dette. – Lesquels ? – Le premier levier, c'est évidemment la réduction de la dépense publique, mais de la mauvaise dépense publique et de ce que j'appelle les gaspillages. Le sujet de la fraude a été évoqué. Il y a beaucoup de fausses cartes vitales qui sont en circulation.

Nous, nous militons pour la mise en place d'une carte vitale biométrique, pour limiter la fraude sociale. Deuxièmement, il faut casser le tabou de l'immigration de guichet sociale. Parce que notre modèle social ne survivra pas si notre modèle social est ouvert à la générosité de la terre entière. J'étais il y a quelques jours, madame.

15:45
Présentateur

– Mais ça, vous l'avez bien vu, moi j'avais reçu M. Stéphanini ici même, qui n'est franchement pas un homme de gauche, qui a étudié l'AME par exemple, et qui dit en aucun cas l'AME ne fait venir les gens. Une fois qu'ils sont là, en effet, ils restent davantage parce qu'on les soigne. Mais il dit, c'est un fantasme absolu que de dire que les gens viennent spécialement pour l'AME. Ils ne vont pas traverser la Méditerranée au risque de leur vie pour pouvoir se faire recoller les oreilles, comme vous dites.

16:09
Jordan Bardella

– Madame, pardon, mais il n'y a pas que l'aide médicale d'État. L'aide médicale d'État, c'est 1,3 milliard. Le coût des aides sociales qui sont versées aux citoyens étrangers sur le sol français, c'est entre 10 à 15 milliards au bas mot. 10 milliards, ce sont les estimations de l'Institut Montaigne. On est au bas mot entre 10 à 15 milliards. Par conséquent, moi je propose que la générosité de l'État français se restérenne aux citoyens français. Je suis désolé, mais on en est dans très difficile. Et moi je souhaite que les aides sociales soient réservées aux familles françaises.

Les allocations familiales, par exemple, doivent être réservées aux familles dont l'un des deux parents est de nationalité française.

16:47
Présentateur

– Vous défendrez des amendements là-dessus ?

16:50
Jordan Bardella

– Nous défendrons notamment des amendements, mais notre position n'a pas varié et elle ne variera pas. Et je pense que notre modèle social ne peut pas être un modèle social qui soit précisément conçu pour absorber l'intégralité de la précarité mondiale. J'étais il y a quelques jours au Danemark. Le Danemark est un gouvernement socialiste, un gouvernement de gauche. J'ai rencontré le ministre de l'Immigration. Là-bas, ils ont précisément considéré que leur modèle social ne pouvait pas être universel. Ils ont fait des économies considérables en restreignant les aides sociales versées aux étrangers. Et ils ont un message très simple.

L'État doit être là d'abord pour les nationaux, d'abord pour les citoyens du pays en question. Quant aux étrangers qui viennent en France, ils doivent pouvoir survenir à leur besoin. Et j'assume de dire, Madame, que notre modèle social et l'attractivité de notre modèle social est évidemment une pompe aspirante pour l'immigration. Vous avez pris l'exemple des oreilles recollées, mais le simple fait... C'est vous qui l'avez pris.

17:39
Locuteur non identifié

Non, je n'ai fait que reprendre votre exemple. Vous l'avez repris. Vous avez raison, vous l'avez repris. Qui est quand même assez cocasse, honnêtement. Mais c'est une aberration, Madame.

17:44
Présentateur

C'est même une insulte. Vous imaginez que les mères qui traversent la Méditerranée au péril de leur vie avec leurs enfants, ils viennent pour les oreilles. Vous-même, vous prenez des exemples qui sont quand même... C'est une insulte humaine.

17:56
Jordan Bardella

Ça ne vous choque pas qu'on dérembourse des soins et que de l'autre, on augmente le budget de la Méditerranée ? Mais ce n'est pas la question, c'est réduire l'AME

18:00
Présentateur

ou la venue de migrants au fait de recoller les oreilles. Vous-même, vous le recollez. Enfin, soyez honnête.

18:07
Jordan Bardella

Madame, il n'y a pas que recoller les oreilles. Justement, c'est le seul exemple que vous avez pris. Il y a toute la palette de soins gratuite qui est offerte aux étrangers en situation, même pas régulière, irrégulière, alors même qu'on a des milliers et des millions de nos compatriotes. Il y a un retraité sur trois qui, l'an dernier, a renoncé à se soigner parce que le reste à charge est trop important. Donc, gouverner, c'est des choix budgétaires.

18:24
Présentateur

Les retraités, moi, je voudrais qu'on parle de votre niche parlementaire.

18:28
Jordan Bardella

Vous m'avez demandé quelles mesures je préconisais pour faire face à la dette. Donc, d'abord, je pense qu'il faut lutter contre la mauvaise dépense publique. Ça, j'ai bien compris. Et l'autre levier qui m'apparaît essentiel, dont personne ne parle, c'est la croissance. Parce qu'on remboursera notre dette et on fera face à l'endettement de la France si on arrive à recréer de la richesse. Et pour recréer de la richesse, il faut déverrouiller les contraintes qui pèsent sur la croissance, il faut simplifier notre économie.

Le millefeuille administratif et la capacité exorbitante du Parlement européen et du Parlement français à créer de la norme, à créer des contraintes toujours plus dures pour nos entreprises, c'est un coût de 60 milliards d'euros par an. Il faut des prix de l'électricité qui soient adaptés à la croissance. Je veux dire, depuis le général de Gaulle, on a eu un atout qui s'appelait le nucléaire, la multiplication des règles européennes, comme les contraintes qui se posent aujourd'hui à EDF de céder 25% de sa production à des prestataires privés qui se chargent de prendre la production d'EDF et de la revendre beaucoup plus cher à nos compatriotes ou à certaines entreprises.

C'est un frein à la croissance. Et puis, il faut faire le patriotisme économique. Et je défendrai notamment dans mon mandat parlementaire européen l'instauration d'une préférence européenne pour faire en sorte que les entreprises qui produisent sur le sol français et qui produisent sur le sol européen aient un avantage dans la commande publique. Donc, pour affronter le mur de la dette, il y a évidemment un sujet de réduction de la mauvaise dépense publique et de la lutte contre les gaspillages. Et évidemment, un autre sujet qui est un sujet de croissance. Il faut soutenir la croissance. Il faut défendre nos entreprises parce que qui paye ses dettes s'enrichit.

19:51
Présentateur

Vous êtes président du Rassemblement national. Vous êtes aussi député européen. Votre assistant parlementaire, est-ce qu'il bosse à 100% pour vous ?

19:57
Jordan Bardella

Oui. Pourquoi ?

19:58
Présentateur

Parce que la question s'est longuement posée.

20:01
Jordan Bardella

Sur mon assistant parlementaire ?

20:03
Présentateur

Non, non. Sur les assistants parlementaires. Donc, j'imagine que vous avez dû changer un peu l'organisation parce qu'effectivement, à en croire le parquet, Marine Le Pen et 20 autres prévenus, vous n'êtes pas dans les prévenus, je le précise, est accusé d'avoir détourné des fonds européens au profit du parti entre la fin des années 2000 et les années 2010. Marine Le Pen sera à la barre aujourd'hui pour se défendre. Ce qui est évident, et là, pour le coup, vous-même, vous ne le contredisez pas, c'est qu'il y a eu 6,8 millions d'euros qui, au minimum, ont servi aussi au parti. Vous dites d'ailleurs que c'est une question politique plus que juridique.

20:37
Jordan Bardella

C'est ça. Alors, ce sont les chiffres qui sont donnés par le Parlement européen. Il faut bien comprendre dans cette affaire pour que les auditeurs qui nous écoutent comprennent la situation que, d'abord, ces reproches qui sont faits par le Parlement européen, ils sont faits à tous les blocs politiques français. Ils sont faits à la gauche, France Insoumise. Ils sont faits à l'ex-majorité présidentielle par l'intermédiaire du Modem et ils sont aussi faits au Rassemblement national. En fait, ce qu'on constate, c'est qu'il y a une différence d'appréciation sur le rôle, la mission des assistants parlementaires entre les partis politiques français et le Parlement européen.

La petite différence, c'est les montants.

21:08
Locuteur non identifié

La petite différence, c'est les montants. C'est considérable. C'est 6,8 millions d'euros.

21:12
Jordan Bardella

Mentionnez 6 millions d'euros, Marine Le Pen va évidemment développer ses arguments et nous allons prouver notre bonne foi devant la justice. Il n'y a pas d'enrichissement personnel. Non, non. C'est du détournement. Il n'y a pas d'emploi fictif. On parle de gens qui ont travaillé pour des emplois qui sont des emplois politiques. Maintenant, le Parlement européen estime que nos assistants parlementaires n'ont pas à faire de la politique. Nous, nous considérons que des assistants parlementaires...

21:36
Présentateur

J'entends parfaitement ce que vous dites. D'ailleurs, j'avais reçu François Bayrou au moment du procès où c'était les mêmes choses, les mêmes faits qui lui étaient reprochés. La question-là, c'est que vous saviez les règles du jeu. Vous connaissez les règles du jeu. Vous savez que l'Union européenne... Moi, je veux bien. Politiquement, vous dites oui, mais alors attendez, ils bossent pour des élus. Donc, en gros, qu'ils bossent pour le boulot qu'on fait au parti ou le boulot qu'on fait au sein du Parlement, c'est à peu près la même chose vue du côté français. Mais pardon, pardon, juridiquement, ça ne tient pas.

22:05
Jordan Bardella

Madame, pardon, je ne vais pas d'abord faire le procès en quatre minutes sur BFM TV et défendre les arguments qui seront exposés pendant trois mois devant la justice. Mais d'abord, on parle d'une procédure qui a dix ans et pardon de vous dire, mais c'est un peu plus compliqué que cela. Lorsque vous cherchez à joindre le cabinet de Marine Le Pen, que vous tombez sur l'assistante de Marine Le Pen, est-ce que vous voulez parler à Marine Le Pen la présidente du parti, la présidente du Front National à l'époque, ou Marine Le Pen, la députée européenne ?

22:34
Présentateur

Et vous, et vous, Jordan Bardella, avez-vous, puisque vous avez été assistant parlementaire, avez-vous modifié à postériori les comptes rendus de ce que vous faisiez comme travail ?

22:43
Jordan Bardella

Non, je n'ai modifié, non mais je n'ai jamais modifié le mot de comptes rendus. Il y en a Libération qui croit savoir que notamment

22:48
Présentateur

le travail que vous auriez fourni à l'époque n'étant pas considéré comme suffisant pour justifier de votre salaire au Parlement européen, vous auriez rajouté en quelque sorte des liasses dans des revues de presse par exemple pour justifier de votre salaire.

23:03
Jordan Bardella

de vos confrères de Libération, je n'ai rien rajouté.

23:07
Présentateur

Vous n'avez jamais modifié à postériori ?

23:09
Jordan Bardella

Non, je n'ai jamais modifié a priori. A postériori ? A postériori. Et je vais me dire, je ne suis pas concerné par l'affaire des assistants parlementaires. Donc moi, je veux bien qu'on essaie de m'enrôler, si vous voulez, quasiment de force devant le tribunal médiatique mais je ne suis pas concerné par l'affaire des assistants parlementaires. Voilà, c'est dit, la justice a posé des questions naturellement à mon député, à mon employeur à l'époque qui a répondu sur l'exercice de ma mission et la justice n'a rien trouvé à redire sur la réalité de mon contrat.

Quant à Libération, si vous voulez, les inspecteurs Gadget du procès des assistants parlementaires, ils ont comparé, je ne sais pas si vous avez vu l'article dont vous mentionnez, ils ont comparé ce qu'ils considèrent être mon écriture avec ce qui est soi-disant mon écriture. Sauf qu'ils se sont appuyés pour comparer mon écriture sur des dédicaces qui ont été faites lors de l'envoi de cartes d'adhérents à des sympathisants, à des militants du Rassemblement national. Sauf que ces documents ça n'est même pas mon écriture sur les documents auxquels ils ont soi-disant comparé à ma véritable écriture.

Donc ça ne tient pas la route et je tiens à vous dire que Libération est poursuivie en diffamation. Et que encore une fois, tous ceux qui affirment que je n'ai pas travaillé ou que mon emploi était un emploi fictif seront poursuivis en diffamation parce que je ne me laisse pas calomnier. J'ai été très fier d'ailleurs d'assurer cette mission pendant que j'étais étudiant. Ça a été ma première mission professionnelle à mi-temps pendant trois mois et demi pour 1200 euros par mois et j'en suis très fier.

24:28
Présentateur

Jordan Bardella, national et député européen. Donc merci d'avoir répondu à mes questions. Merci à vous. 8h54 sur AMC BFM TV.