Contre-Matinale #73 | BlanquerGate, chasse aux non-vaccinés, scandale à EDF : L'actu du jour
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 9:01OuverteRéponse directe
À partir du moment où le pass vaccinal, où je serai même favorable à l'obligation de la vaccination, ceux qui ne seraient pas vaccinés, un, devraient être confinés chez eux dans les mêmes conditions que nous étions tous confinés au mois de mars et au mois d'avril 2020, et par ailleurs, ne devraient pas avoir droit à accès à l'assurance chômage.
- 9:28RelanceRéponse directe
Pas d'assurance chômage ?
- 19:05OuverteRéponse directe
Bruno Le Maire expliquait que si nous ne faisons rien, les factures d'électricité augmenteront de 30 à 40 % au début du mois de février. Trois jours plus tard, il nous assurait que tout allait finalement bien se passer en France avec une augmentation de seulement 4 %.
- 22:27OuverteRéponse directe
EDF avait vendu sur le marché un certain pourcentage de sa production, ce qui lui avait rapporté de l'argent puisque les prix ont augmenté. Et là, l'État lui demande de racheter, en fait, la production qu'elle avait vendue et de revendre tout ça.
- 36:25OuverteRéponse partielle
On a beaucoup parlé de la taxonomie des sources d'énergie au sein de l'Union Européenne. Est-ce qu'il faut mettre le nucléaire parmi les sources d'énergie vertes ?
- 41:45OuverteRéponse directe
Pourquoi plusieurs réacteurs nucléaires français sont-ils en panne aujourd'hui au point qu'on redoutait fin décembre des coupures d'électricité ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 19:17PrésentateurChiffre
« Trois jours plus tard, il nous assurait que tout allait finalement bien se passer en France avec une augmentation de seulement 4 %. »
- 19:51InvitéChiffre
« Ils ont dépassé les 250 euros du mégawatt-heure quand ils sont plutôt traditionnellement autour de 50 voire 40 euros du mégawatt-heure. »
- 37:33InvitéFait
« Ursula von der Leyen, qui est la tête de la Commission européenne, nous dit, ça va servir à labelliser les investissements privés. »
- 39:59InvitéChiffre
« si on arrive à emprunter à 1%, ça coûtera deux fois moins cher à l'arrivée que si on emprunte à 7%. »
- 42:04InvitéFait
« un défaut de corrosion sur une soudure. Donc c'était à Sivaud, à la centrale de Sivaud, sur un réacteur. »
- 44:49InvitéChiffre
« On a 160 milliards en plus sur les livrets dont on ne sait pas quoi faire. »
Temps de parole
- Invité47 %
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Bonjour à tous et bienvenue sur le plateau du Média TV. Nous sommes partis, encore une fois, et grâce à vous, à vos soutiens, à vos abonnements, à vos cotisations, à vos dons. Nous sommes partis pour une heure d'informations qui se veulent différentes sur le fond et sur la forme, en tout cas libres des pressions des oligarques et de nos dirigeants politiques. Des oligarques et des dirigeants qui agissent comme dans une coproduction.
C'est ce que nous raconte notre confrère Jean-Baptiste Rivoire dans son livre « L'Elysée et les oligarques contre l'info » qui vient de sortir et dans l'interview qu'il nous a accordé, que nous avons diffusé samedi dernier et que vous pouvez regarder sur notre site internet et sur notre chaîne YouTube. Nous sommes le mardi 18 janvier 2022, il est 7h35 à Montreuil, la contre-matinale du Média épisode 73, c'est parti. Aujourd'hui, je recevrai en seconde partie de matinée Anne de Bréjas, ingénieure de recherche en économie et fonctionnement du système électrique et porte-parole de la Fédération Sud Énergie.
Avec elle, nous parlerons d'un sujet crucial, d'une problématique qui peut se résumer en une question. L'exécutif Macron et l'Union Européenne vont-ils sacrifier EDF, c'est-à-dire le patrimoine du peuple français, et faire cracher le contribuable pour sauver des acteurs privés du secteur de l'énergie, complètement en déroute en raison de l'augmentation record et en grande partie artificielle, en tout cas en France, des prix de l'électricité. Rester jusqu'à la fin, ça vaut vraiment le coup et ça engage notre avenir.
Avant ça, l'avocat Vincent Braingart, spécialiste des libertés publiques, nous expliquera en quoi la proposition de Christian Estrosi, maire de Nice, issu de LR et soutien exalté d'Emmanuel Macron, réclamant que les non-vaccinés soient privés d'assurance chômage en cas de besoin, et bien en quoi cette proposition est illégale, en plus d'être complètement insensée. Mais pour l'instant, c'est la titrologie. Des sujets internationaux à la une du Figaro, de la croix et de l'humanité ce matin.
Boris Johnson, bataille pour sa survie politique, titre Le Figaro, le quotidien traditionnel de la droite, raconte comment le Premier ministre britannique est bousculé par ce qu'on appelle outre-manche le Partygate. Des révélations qui mettent à jour des fêtes qui avaient lieu dans ces bureaux au plus fort des restrictions anti-Covid. Des révélations qui ont entraîné des appels à démissionner venus de l'opposition travailliste et de quelques membres du parti des Taurises, les conservateurs qui espèrent peut-être que leur heure est arrivée au sein du parti.
Quand il suit cette actualité, le ministre français des Outre-mer, Sébastien Lecornu, qui a organisé sans conséquence une soirée rhum sans masque, en pleine cinquième vague, alors que la Guadeloupe était en pleine révolte générale, doit se dire que c'est vraiment cool d'être un dirigeant politique en France. Petite parenthèse, tout de suite refermée. Le Figaro fait aussi un petit titre de lune sur la rivalité entre Emmanuel Macron et Édouard Philippe, qui serait au cœur de l'organisation de la majorité. L'armée libanaise à bout de force, c'est le titre de la croix.
Comme les autres institutions du pays et les familles libanaises, cette armée subit de plein fouet la crise économique en cours au pays du Cèdre, nous raconte la croix. Et cette armée est désormais dépendante des chancelleries occidentales, donc de l'aide de ces chancelleries, des chancelleries occidentales et arabes, qui craignent l'effondrement de ce qui est considéré comme la dernière institution libanaise. L'Humanité, quotidien d'inspiration communiste. Titre, comment la gauche pourrait changer l'Europe, alors que la France vient de prendre la tête du Conseil de l'Union Européenne.
La gauche, si elle était à la place de Macron, pourrait s'émanciper des multinationales qui sponsorisent directement la présidence du Conseil de l'Union Européenne, c'est-à-dire la France en ce moment, elle pourrait plaider la gauche pour un salaire minimum dans toute l'Union, calculé sur la base de 75% du salaire médian, etc. Mais bon, la gauche n'est pas au pouvoir, ni en France, ni dans la majorité des pays d'Europe. De la prospective à la une du monde, datée de ce mardi, énergie, transport, comment sortir du pétrole ? Dans une interview, l'eurodéputé vert, tendance macroniste, Pascal Canfin, présente des priorités climat de la présidence française de l'Union Européenne.
Il table sur une baisse des émissions de gaz à effet de serre, qui serait de 55% en 2030, et sur l'arrivée à la neutralité carbone en 2050. Et il s'en prend bien sûr à l'écologie de posture, en tout cas telle qu'il l'appelle, de son ancien parti EELV. Le quotidien de Centre-gauche Libération, quant à lui, se veut optimiste, est titre Covid-espoir. À l'horizon, même si les hôpitaux demeurent à bout de souffle, on constate une baisse de l'incidence dans certaines zones, ou une progression moins rapide et une dangerosité très clairement plus faible d'Omicron. Les Britanniques ont leur parti gay qui menace Boris Johnson. Les Français auront-ils leur Ibiza gay ?
En tout cas, Mediapart révèle, dans un article sorti hier, Omicron, Blanquer a annoncé le nouveau protocole dans les écoles depuis Ibiza. On ne se refuse décidément rien. L'entretien accordé aux Parisiens au sujet du protocole de rentrée scolaire, et qui avait tant irrité les enseignants, lesquels n'avaient reçu directement aucune instruction, s'est déroulé en réalité en format visioconférence, par Zoom, par Skype ou un autre outil, alors que le ministre était dans l'archipel des Baléares.
Bien entendu, le Parisien s'est bien gardé de le dire, ce qu'a fait bien remarquer notre confrère et camarade Mathieu Mollard, dans un tweet où il met en cause le journal contrôlé par Bernard Arnault, qui aurait planqué la magouille. La photo d'illustration de l'article qui montre le ministre Jean-Michel Blanquer dans son bureau avait été en réalité prise au mois de novembre dernier à l'occasion d'un autre entretien.
Bref, le Ibiza-Gate ou le Blanquer-Gate bat son plein, et les mots d'indignation sont d'autant plus nombreux que le ministre de l'Éducation nationale n'est revenu de son escapade à Ibiza que dans la journée du dimanche 2 janvier, à quelques heures donc d'une rentrée de tous les dangers notoirement mal préparés. Les appels à la démission fusent d'ores et déjà du côté de certains syndicats et de l'opposition. Yannick Jadot d'Europe Écologie-Les Verts écrit, et je cite, « Au lieu de préparer avec les enseignants et les parents d'élèves une rentrée sous Covid, le ministre organisait un coup médiatique, les pieds dans le sable. Ce niveau de mépris et d'irresponsabilité n'est pas acceptable.
» Bien entendu, il appelle à la démission de Jean-Michel Blanquer. « Trop c'est trop, Blanquer doit démissionner tonne de son côté, Mathilde Panot de la France insoumise. » Un autre article de Mediapart nous apprend qu'Éric Zemmour, désormais candidat à la présidentielle, et la chaîne CNews ont été condamnés hier pour injures racistes et provocations à la haine en raison de propos sur les mineurs étrangers non accompagnés qui seraient tous violeurs et assassins.
Les non-vaccinés sont-ils les nouveaux boucs émissaires, les nouveaux terroristes responsables directement ou indirectement des morts du Covid et de toutes ses conséquences, voire du délabrement de l'hôpital public pendant qu'on y est, et des dysfonctionnements de nos économies. En tout cas, à la suite d'Emmanuel Macron, de nombreuses voix s'élèvent pour réclamer que la foudre s'abatte sur eux. Un des derniers en date est le maire de Nice, Christian Estrosi, issu de la droite traditionnelle, mais soutient militant d'Emmanuel Macron.
Christian Estrosi, aussi un activiste du lobby sécuritaire qui a manifesté avec des policiers de sa ville contre la censure de certaines dispositions de la loi sécurité globale par le Conseil constitutionnel, parmi ces mesures, celles qui généralisaient l'usage des drones par les forces de l'ordre et notamment par les polices municipales. Bref, qu'est-ce qu'il a encore dit Estrosi ? Eh bien, qu'il faut confiner, en réalité, il pense enfermer les non-vaccinés et qu'il faut priver, on se demande pourquoi, il faudrait les priver de l'assurance chômage.
L'assurance chômage que, de toute façon, l'exécutif Macron a commencé à raboter pour pousser, n'est-ce pas, c'est fainéant de chômeurs, vaccinés ou pas, à travailler. Écoutons Christian Estrosi.
À partir du moment où le pass vaccinal, où je serai même favorable à l'obligation de la vaccination, Vous êtes favorable à l'obligation de la vaccination ? Ceux qui ne seraient pas vaccinés, un, devraient être confinés chez eux dans les mêmes conditions que nous étions tous confinés au mois de mars et au mois d'avril 2020, et par ailleurs, ne devraient pas avoir droit à accès à l'assurance chômage.
Pas d'assurance chômage ? Absolument. Les propos que vous venez d'entendre ont fait bondir de sa chaise l'avocat Vincent Braingart, notre ami Vincent Braingart. Vincent Braingart est un avocat spécialisé dans les questions de liberté fondamentale et il scrute les absurdités juridiques, dont forcément politiques et morales, qui abondent en cette période de campagne électorale. Il nous a expliqué en quoi la proposition de Christian Estrosi est complètement illégale.
On a le sentiment que la crise sanitaire donne véritablement lieu à une forme de concours lépine de celui qui va trouver la meilleure idée pour mettre un terme à l'épidémie. Et cette meilleure idée, elle est systématiquement ou alors extrêmement souvent liée à une violation de l'État de droit, à une violation des droits des personnes et à des contraintes de plus en plus fortes. Aujourd'hui, il y a cette proposition de mettre un terme à l'assurance chômage aux personnes qui ne seraient pas vaccinées.
Mais on voit évidemment que c'est une proposition qui rentrerait complètement en contradiction avec le principe de non-discrimination qui est lié évidemment au principe d'égalité qui est protégé par l'article 1 de la Constitution et avec en plus l'idée que si le législateur a pu admettre qu'il pouvait y avoir des dérogations à ce principe d'égalité, c'est souvent dans un sens positif. Soit des discriminations positives parce qu'il y a une différence de traitement qui induit une nécessité d'intervenir, soit éventuellement une différence de traitement qui justifie une intervention, mais toujours dans le cadre de l'intérêt général.
Donc non seulement ici, il y a une violation de ce principe d'égalité qui n'est pas justifiée et en plus qui est complètement disproportionnée par rapport à l'objectif poursuivi, à savoir celui de la protection de la santé publique.
– Vincent Braingart pointe du doigt chez Christian Estrosi comme chez Emmanuel Macron qui assume son envie de vouloir emmerder les non-vaccinés, une constante, le désir d'humilier, de porter atteinte à la dignité et de contourner le terme d'obligation vaccinale.
– Derrière ces idées, il y a toujours comme ça en lame de fond des mesures qui visent déjà évidemment les non-vaccinés et qui visent aussi la dignité des non-vaccinés parce que derrière l'assurance chômage, il y a le droit à l'emploi et le droit à l'emploi, ça fait partie de la dignité humaine et on voit que la dignité humaine avait déjà été atteinte par les déclarations d'Emmanuel Macron lorsqu'il avait dit emmerder un certain nombre de personnes et donc les non-vaccinés.
Évidemment que derrière aussi l'assurance chômage, il y a finalement, même si c'est plus ou moins implicite, des cibles tout désignées parce qu'on a finalement le sentiment que les premiers qui vont être concernés par ces mesures sont les personnes avec les revenus les plus modestes, les plus faibles et qui n'auront strictement aucune espèce d'autre source de revenus que celles qu'elles peuvent tirer de leur travail ou que celles qu'elles pourraient tirer de l'assurance chômage si elles n'étaient plus en mesure de pouvoir regagner leur travail.
Donc à l'envers de l'obligation positive justement de pouvoir subvenir aux besoins de la population et surtout des personnes qui auraient encore plus besoin de cette assurance chômage, vous avez cette restriction et une restriction qui poursuit toujours cet objectif de contraindre à la vaccination tout en contournant le terme et les termes d'obligation vaccinale.
Pour Vincent Braingart, ce processus de stigmatisation d'une minorité est la caractéristique des états d'urgence, de l'état d'urgence antiterroriste d'hier, de l'état d'urgence sanitaire d'aujourd'hui. Et pour lui, c'est inquiétant, très inquiétant.
Dans le cas des états d'urgence, que ce soit d'ailleurs l'état d'urgence antiterroriste avec ce qui l'a pu engendrer, et je pense notamment à le séparatisme, et aujourd'hui l'état d'urgence sanitaire, il y a une tendance extrêmement lourde de la part de nos décideurs publics à vouloir créer des catégories au sein même de la population et créer des divisions. Et créer des divisions uniquement pour pouvoir conforter une partie de la population qui est évidemment une partie qui correspond à l'électorat. Donc juridiquement, c'est extrêmement dangereux parce qu'on pousse de plus en plus loin les limites de l'état de droit.
Et après, politiquement et socialement, on peut penser que personne n'en ressort grandi parce que l'histoire a montré que systématiquement, lorsqu'on a eu recours à la logique du bouc émissaire, il n'en était ressorti que du négatif.
Et là, non seulement ça se vérifie, et ça se vérifie d'autant plus que le sentiment d'une absence de proportionnalité dans les mesures qui sont prises par le gouvernement est de plus en plus largement partagée par la population, puisque le constat est qu'après deux ans de crise sanitaire, il y a une persistance de la menace qui montre bien que le choix opéré de la contrainte n'était pas forcément un choix pertinent, ou en tout cas était un choix qui aurait dû contraindre notamment nos juridictions à exercer un contrôle beaucoup plus rigoureux. Or, tel n'a absolument pas été le cas.
On l'aura compris, Vincent Brengarde vise le Conseil constitutionnel et le Conseil d'État qui n'ont pas brillé par leur volonté d'exercer leur rôle de contre-pouvoir ces dernières années avec l'état d'urgence antiterroriste et l'état d'urgence sanitaire. C'est justement le Conseil constitutionnel que 60 députés ont saisi pour trancher sur la constitutionnalité du pass vaccinal, notamment maintenant qu'il est présenté ouvertement par le ministre Olivier Véran comme une obligation vaccinale déguisée. Ces 60 députés sont emmenés par la France insoumise, mais le groupe va des centristes de l'UDI aux communistes en passant par des ex-macronistes et des socialistes dissidents.
Vincent Brengarde a dans sa besace des arguments susceptibles de faire réfléchir le Conseil constitutionnel. Selon lui, par exemple, les vaccins anti-Covid ne peuvent pas bénéficier de l'argumentaire suite auquel l'arbitre des pouvoirs constitutionnels avait refusé en 2015 de rejeter l'obligation vaccinale pour les enfants allant à l'école. Ce vaccin, ou plutôt ces vaccins anti-Covid, sont particuliers selon Vincent Brengarde et surtout le refus du gouvernement d'admettre des critères qui pourraient permettre d'évaluer la proportionnalité des mesures prises par rapport au but recherché. Ce refus condamne l'exécutif et laisse entrevoir une sorte d'état d'urgence sanitaire sans fin.
Non seulement il y aura une vaccination obligatoire, mais en plus une vaccination obligatoire qui a des effets extrêmement temporaires dans le temps, puisqu'il s'agit d'une protection qui est provisoire, peut-être de l'ordre de trois, quatre mois, et qui appelle des rappels réguliers. Et donc je pense que non seulement il y a cette question de la vaccination obligatoire dont doit se saisir le Conseil constitutionnel, et en plus il faut qu'il prenne en considération le fait que nous ne sommes pas face à une vaccination qui aurait des effets définitifs.
Et on voit à travers le refus aussi de mettre en place finalement des dispositifs qui permettent vraiment de lever la contrainte à partir du moment où le taux d'incidence serait inférieur, à partir du moment où le nombre de personnes hospitalisées aurait atteint tel ou tel nombre, qu'il y a aussi un sentiment de nager un peu en plein flou, parce qu'on ne sait pas véritablement ce qui constituent aujourd'hui les indices de proportionnalité, on ne sait pas aujourd'hui ce qui constitue véritablement cette exigence.
Et donc je crois qu'il y a de ce point de vue, là encore, un risque pour l'État de droit, à partir du moment où on fait peser des contraintes collectives sans leur adosser des indicateurs extrêmement précis qui permettraient d'en sortir. Parce que sinon, c'est la prolongation et ça peut être perpétué dans le temps puisque nous n'avons pas les capacités de pouvoir se libérer de ces outils.
Bien entendu, aux médias, on suivra pour vous la suite de cette bataille du pass vaccinal qui est désormais au Conseil constitutionnel. C'est désormais le moment de la deuxième partie de cette matinale. L'exécutif Macron et l'Europe veulent-ils tuer EDF, l'entreprise à capitaux publics qui détenait auparavant le monopole de production et de distribution de l'électricité et dépouiller les contribuables ? Tout ça dans le but de sauver, de promouvoir des entreprises privées qui ne sont pas assez armées face à la flambée des cours de l'énergie.
En tout cas, pour limiter la hausse du prix aux consommateurs, le ministre de l'Économie Bruno Le Maire a mis en place un dispositif douteux qui aide le pouvoir à ne pas faire face à la colère populaire en pleine campagne électorale. Mais au final, si on reste dans cette religion du privé qui privatise les profits et socialise les pertes, c'est le contribuable qui finira perdant. Et le patrimoine public aussi. Pour faire la lumière sur cette question un peu complexe, mais très importante, qui pourrait être le prochain gros scandale de la République, si on y prend garde, j'ai fait appel à Anne de Bréjasse.
Anne de Bréjasse est ingénieure de recherche en économie et fonctionnement du système électrique et porte-parole de la Fédération Sud-Énergie. Bonjour Anne.
Bonjour.
Alors, le 10 janvier dernier, Bruno Le Maire, notre ministre de l'Économie, expliquait que si nous ne faisons rien, les factures d'électricité augmenteront de 30 à 40 % au début du mois de février. Trois jours plus tard, il nous assurait que tout allait finalement bien se passer en France avec une augmentation de seulement 4 %, en dépit de la flambée des prix de l'électricité sur les marchés. Alors, est-ce que nous avons un faiseur de miracles à Bercy ou alors un prestidigitateur ?
On a quelqu'un qui va prendre de l'argent public pour essayer d'éponger ce que produisent les marchés de l'électricité et qui produisent depuis maintenant des années et des années. On peut quand même se demander pourquoi les prix de l'électricité sur les marchés explosent comme ça. Ils ont dépassé les 250 euros du mégawatt-heure quand ils sont plutôt traditionnellement autour de 50 voire 40 euros du mégawatt-heure. Alors qu'on a vécu une augmentation, une envolée des prix du gaz, mais le gaz n'entre que pour une petite partie dans les coûts de l'électricité.
L'électricité est produite en France essentiellement avec du nucléaire, de l'hydraulique et puis un peu de renouvelable et un tout petit peu de gaz. Et pourquoi dans ces conditions, alors que les coûts restent très stables, relativement stables, pourquoi est-ce que les prix s'envolent sur les marchés comme ça ? Sur les marchés, c'est parce qu'on a un mécanisme hallucinant qui est que les prix de l'électricité sont indexés au prix du gaz. Ils auraient pu être indexés au prix de la cacahuète ou je ne sais pas quoi, ça n'aurait peut-être pas été pire.
Et apparemment, ce mécanisme invraisemblable qui existe depuis toujours, Bruno Le Maire s'en est ému en octobre dernier en disant que c'est absolument aberrant, c'est complètement dysfonctionnel, il faut faire quelque chose, il faut revoir les marchés. Donc là, on est face à cette situation où effectivement, s'il ne fait rien, les tarifs aux particuliers vont exploser et donc il agit en pompier. Mais en fait, depuis l'ouverture des marchés qui date de 2000 pour les entreprises et qui date de 2007 pour les particuliers, on a des gouvernements qui agissent en pompier sans arrêt en mettant des rustines sur un système qui est malade à la base.
Donc au bout d'un moment, il va falloir se poser la question de comment on fait pour que ça se stabilise durablement. Encore une fois, normalement, si on n'était pas en marché, si ça fonctionnait comme un service public comme c'était le cas avant, il n'y aurait pas eu cette explosion des prix de l'électricité et on n'aurait rien eu à faire. Donc là, il agit. Ça va coûter évidemment aux contribuables ou aux usagers, mais de toute façon, à la fin, c'est toujours un peu les mêmes, disons à la collectivité.
Et ça va rapporter gros à un certain nombre de grands et d'actionnaires.
Voilà, exactement. Et puis, ça crée une instabilité, une volatilité permanente qui est délétère à la fois pour les usagers. C'est insupportable pour des usagers d'avoir une facture où on ne sait pas si elle va exploser ou si elle va s'effondrer du jour au lendemain. Pour les usagers particuliers comme nous, pour les entreprises, elles se plaignent toutes aujourd'hui. Elles disent tous, ce n'est pas possible, on ne peut pas vivre comme ça. Et puis, c'est aussi délétère pour la transition énergétique. On y reviendra peut-être, mais on a des investissements massifs à faire dans le système électrique.
Personne ne va investir s'il ne sait pas la semaine prochaine ou l'année prochaine de combien il va être rémunéré pour ses investissements. Donc, en fait, rien ne fonctionne.
Il y a quelque chose d'assez hallucinant qui m'a frappé, c'est-à-dire que EDF avait vendu sur le marché, disons, en avance, un certain pourcentage de sa production, ce qui lui avait rapporté de l'argent puisque les prix ont augmenté. Et là, l'État lui demande de racheter, en fait, la production qu'elle avait vendue et de revendre tout ça. Et en réalité, l'État lui demande de perdre de l'argent. C'est ça qui s'est passé ? Est-ce que tu peux nous expliquer ?
En fait, EDF vend une petite partie de sa production. C'est-à-dire qu'aujourd'hui encore, tant qu'on n'a pas le projet Hercule, peut-être sur lequel on pourra revenir, on avait déjà fait une émission là-dessus, EDF a quand même une grande partie de la production, 80% de la production à peu près, et une grande partie des clients. Donc, pour ses clients lui-même, normalement, il ne passe pas par les marchés. Sa production alimente ses clients.
En plus, il doit aussi alimenter les fournisseurs à un prix constant qu'on appelle l'arène, le fameux arène, on pourra revenir dessus, c'est-à-dire qu'on lui impose de proposer un quart de la production nucléaire à un prix fixe qui est 42 euros du mégawatt-heure. Enfin, pas exactement fixe, mais on va le dire comme ça. Et le surplus, donc s'il a plus de production que pour fournir tout ça, là, il vend sur les marchés. Mais la beauté de la chose, c'est que c'est comme ça un marché extrêmement spéculatif. Ça dépend à quel horizon on vend. Donc, EDF a une attitude qui n'est pas trop de trader, de spéculateur, donc il vend à long terme, donc il se couvre financièrement.
Et donc, c'est ce qu'il a fait. Et là, on lui demande de racheter de la production sur les marchés, mais là, dans une période beaucoup plus courte et avec des prix qui entre-temps se sont envolés, et en plus de racheter pour alimenter ses propres clients. C'est-à-dire qu'il produit son électricité, mais il doit racheter pour fournir les clients aux tarifs réglementés de vente.
En fait, il doit subventionner quelque part ses clients.
Il doit subventionner ses clients parce que le mécanisme de marché, avant, on avait un seul opérateur, EDF, qui produisait, s'occupait des réseaux, donc transportait et distribuait l'électricité. Et puis, au bout du compte, il y avait les clients, qu'on appelait les usagers à l'époque, qui avaient un tarif simple. Je pense que tout le monde connaissait les tarifs bleus, c'était pour les particuliers, puis les tarifs verts et jaunes pour les entreprises. Tout le monde payait la même chose et c'était simple. On a fait un marché, on a voulu mettre en concurrence, mais évidemment, mettre en concurrence des réseaux, c'est quand même une absurdité totale.
Et mettre en concurrence des centrales, c'est tout aussi une absurdité. On ne va pas mettre en concurrence les centrales nucléaires, les unes par rapport aux autres, ou les centrales nucléaires par rapport aux éoliennes ou aux solaires. Donc, ça a été compliqué de mettre en concurrence. Donc, qu'est-ce qu'on a fait ? On a créé, enfin, qu'est-ce qu'on a fait avec la Commission européenne, avec les gouvernements ? On crée une activité qui n'existait pas avant qu'on appelle fourniture.
Et donc, maintenant, on a une armée de fournisseurs, dont Total Energy, dont Engie, donc l'ancien EGDF, et puis des opérateurs étrangers, et puis des gens qui n'ont rien à voir avec l'électricité, Cediscount ou Leclerc ou des gens comme ça. Et c'est quoi l'activité de fournisseur ? C'est acheter pour revendre. Alors, on pourrait dire, bon, bah, ils font grossistes, quoi, en gros, et ça, c'est pas la première fois. Sauf que c'est des grossistes quand même très particuliers.
C'est des grossistes qui ne peuvent pas choisir l'électricité, c'est la même pour tout le monde, qui ne peuvent pas la stocker parce que l'électricité, elle est transmise en temps réel entre la vitesse de la lumière, et qui ne distribuent pas, qui ne livrent pas. Donc, ils font rien, quoi. Ils font uniquement une activité commerciale. Ils démarchent les clients, d'ailleurs, de manière assez agressive, et puis ils spéculent sur les marchés.
Et quand, finalement, ils sont susceptibles de perdre de l'argent, comme ça arrive à tous les commerçants, qu'est-ce qui se passe ? C'est l'État qui revenant sur toutes les règles du marché, parce que le marché en gagnant de paire, oblige l'entreprise à capitaux publics, quand même à 80% encore, à les subventionner, et donc oblige le contribuable, c'est-à-dire toi et moi, des gens qui travaillent et gagnent leur vie à subventionner des entreprises qui sont possédées par des milliardaires. Est-ce que je...
Alors, je ne sais pas exactement par qui c'est. Oui, sûrement par des milliardaires, en ce cas, qui se font beaucoup d'argent, oui, mais effectivement... Il y a Total. Il y a Total dedans, il y a Engie, qui est l'ancien groupe public qui est maintenant devenue privée à 75%, qui a récupéré notamment une partie des barrages hydrauliques et aujourd'hui, la production hydraulique se vend très cher sur les marchés. Et puis, il y a des groupes, oui, il y a des groupes étrangers, donc il y a Enie, par exemple, le pétrole d'Italie, enfin, en fait, il y en a...
Oui, c'est ça, il y en a 80, puis je te dis, il y a des groupes aussi qui n'ont rien à voir avec le domaine énergétique, je citais Cédis Kound, enfin, il y en a plein comme ça, plus des start-up, plus quelques...
Il y a un cas particulier qui est l'Enercop, où les gens ont souvent en tête, il peut y avoir des coopératives plus militantes qui sont là, mais enfin, dans 99% des cas, voilà, c'est des gens qui sont là pour spéculer, pour faire de l'argent, donc quand ça marche, eh bien, c'est bien, très bien pour eux, Direct Energy, qui a été une petite start-up qui a été rachetée par Total, il y en a qui se sont fait plein d'argent au passage, et puis quand ça ne va plus, eh bien, ils font des plans... C'est bien quand même
parce que nous, on va les aider.
Eh bien, exactement, donc il y en a qui ont fait faillite quand même, ils ont été rachetés, donc les clients sont repartis chez EDF qui a dû assurer le fait qu'ils soient livrés en énergie, parce que l'électricité, ce n'est pas un bien comme un autre, si on n'a plus d'électricité, c'est quand même vraiment problématique, donc on ne peut pas se permettre ça, et donc l'État, via EDF, est là pour éponger les problèmes.
Mais sur ce tarif réglementé de vente, c'est complètement surréaliste, pourquoi est-ce qu'il devait augmenter de 35 à 40% alors qu'encore une fois, les coûts de production parce que pour faire la place à la concurrence et donc aux fournisseurs qui ne font rien, qui disaient nous on n'arrive pas à prendre des parts de marché à EDF parce que évidemment personne n'a aucun intérêt à passer chez nous, on a changé le mode de calcul du tarif réglementé de vente, donc avant c'était calculé pour couvrir les coûts de production et là maintenant, dans la loi, il est écrit que ça doit avoir un objectif de contestabilité, c'est-à-dire être suffisamment cher pour permettre aux fournisseurs alternatifs de faire une offre moins chère.
Ah c'est beau le capitalisme !
Juste pour faire ça, on a calculé le tarif de la manière dont s'approvisionne un fournisseur qui n'aurait pas de moyens de production et comment il s'approvisionne ? À l'arène, donc à ce droit de tirage auprès d'EDF à un prix fixe et sur les marchés et donc le tarif réglementé de vente s'est retrouvé indexé sur les marchés d'électricité donc indexé sur le gaz qui flambe et donc c'est pour ça qu'on se retrouve avec cette situation complètement absurde.
Alors, les coûts de production n'ont pas beaucoup augmenté, le prix a beaucoup augmenté, est-ce qu'on peut penser que toute cette augmentation, tout ce gras qui a été créé va dans les poches de ces nouveaux acteurs du monde de l'électricité ?
Oui, c'est sûr. Si on regarde par exemple Total Energy a encore distribué un dividende exceptionnel de 1,7 milliard parce qu'il va très bien. Mais encore une fois, il y en a qui gagnent, il y en a qui perdent là-dedans. Il y en a pas mal qui ont confondu les plombs. Alors, c'est encore plus vrai en Angleterre parce qu'ils se sont mal couverts. C'est des spéculateurs. Donc, soit ils ont bien anticipé les choses, soit ils ont mal anticipé les hausses de prix et dans ce cas-là, ils se retrouvent avec des contrats qu'ils ont faits à leurs clients avec un prix qui était en dessous et ils font de les plombs. Les plombs, c'est vraiment...
Mais là, en fait, nous, les Français, en réalité, Bruno Le Maire, ils changent la règle du jeu pour éviter que trop... Enfin, qu'un trop grand nombre parmi eux fassent faillite et, disons, et assument les conséquences du marché.
Mais pas seulement. C'est parce qu'en fait, justement, parce que la concurrence n'est pas possible dans un système qui gère un bien de première nécessité. On n'aurait pas pu de toute façon laisser faire le marché parce que ça voulait dire qu'il y avait plein de clients qui se retrouvaient sans fournisseur, donc sans électricité. Enfin, c'est pas possible, quoi.
Ou qui seraient repartis à EDF.
Ou qui seraient repartis à EDF. D'ailleurs, ce qu'ils font en partie, mais EDF, s'il voit arriver plein de clients qui, du jour au lendemain, n'ont plus de fournisseurs, donc EDF qui a vendu son électricité à l'avance, surtout avec des clients qu'il faut alimenter, il aurait fallu qu'ils rachètent sur les marchés aussi. Donc, de toute façon, on est pris dans un piège. Le problème de base, enfin, c'est pas tellement de savoir si là, on a fait... Bruno Le Maire a fait le bon choix encore une fois en pompier. Oui, il a mis une rustine. Je pense que c'est mieux que rien, honnêtement.
Mais c'est pas du tout comme ça qu'on va pas continuer à enchaîner les rustines et à jouer les pompiers indéfiniment. Faut quand même revoir le système à la base qui, encore une fois, enfin, les prix de l'électricité aux clients, hors inflation, depuis l'ouverture des marchés en 2007, c'était plus 50% jusqu'à encore récemment. Dans les 5 dernières années, c'était plus 20%. Sans parler de l'augmentation de cette année. Donc, on voit que ça va pas. Et là, qu'est-ce qu'ils proposent ? Une augmentation limitée à 4%, mais limitée à 4% pour cette année. Ça va se reporter sur les autres années.
Et en attendant, on a un système qui est absolument instable où des clients se retrouvent en difficulté, où l'État est sans arrêt obligé de remettre au pot, où EDF passe par des situations où d'un coup, ça va bien, d'un coup, ça va plus. Et nous, par exemple, moi, je travaille au centre de recherche, la recherche sur l'énergie et on est en pleine transition énergétique. Il faudra en faire. Et nos effectifs n'arrêtent pas de baisser parce qu'on nous dit qu'on n'a pas de la visibilité et que les résultats financiers sont insuffisamment bons. Et surtout, encore une fois, on a donc 20...
C'est RTE, le gestionnaire de réseau, qui dit qu'on a 20 à 25 milliards d'euros par an à investir dans le système électrique. C'est juste impossible quand on a mis un bazar pareil dans le système. Donc, sortons-en. Même les économistes, même les économistes qui sont les paires de la théorie de l'ouverture des marchés, commencent à avoir des gros, gros doutes et disent qu'ils sont peut-être trompés et qu'il faudrait peut-être sortir des marchés. Enfin, ils ne disent pas aussi clairement. Ils disent qu'il faudrait peut-être aller vers des marchés hybrides, il faudrait peut-être garder le marché mais sans qu'ils donnent le prix. Enfin, des trucs...
Enfin, je n'ai jamais vu un marché qui ne donnait pas de prix, qui servirait juste à optimiser le fonctionnement du parc. En gros, on aurait un programme d'optimisation qu'ils appelleraient un marché.
Bon.
J'espère, j'espère. On ne va pas faire dans la face
parce qu'ils se rendent compte que ça ne marche pas. Alors, la CGT, Jean-Luc Mélenchon, depuis un certain nombre de temps et désormais Yannick Higiat-Dop plaide pour la renationalisation d'EDF qui demeure quand même contrôlée par l'État à 80%. Ce ne serait pas très difficile à faire. Est-ce que c'est une bonne idée et est-ce que c'est possible au sein de l'Union européenne pour en finir avec ce bazar et le subventionnement de grandes entreprises par finalement des citoyens ordinaires ?
Juste encore une fois, il y a le problème du subventionnement des grandes entreprises qui est effectivement un gros problème. Il y a le problème aussi de l'instabilité complète qu'on met dans le système et qui nous pénalise complètement, qui ne nous permet pas de faire la transition énergétique qu'on devrait faire. Alors, est-ce qu'il faut renationaliser EDF ? Oui, ça c'est sûr, mais ça ne suffit pas. Il faut sortir du marché. Il faut arrêter ce dogme de la concurrence. Il faut arrêter cette activité de fourniture qui consiste à faire de la spéculation et du commerce. Il faut qu'il y ait un acteur intégré, c'est-à-dire qui possède à la fois la production et les réseaux.
Et donc, il faut revenir à un système planifié. l'électricité ne se prête pas à la concurrence. Donc, voilà, il faut aller plus loin que renationaliser EDF.
Mais est-ce que l'Union européenne nous le permettra ? Est-ce que les textes...
Clairement, elle ne nous le permettra pas. Dans les textes européens, à plein d'endroits, il y a des directives, et c'était même dans le traité constitutionnel européen qu'on a voté en 2005, il est écrit qu'on doit avoir un marché de l'électricité et donc, l'Union européenne assigne les États dès qu'il y a une position dominante à imposer, par exemple, la mise en concurrence des barrages. Pour l'instant, on résiste. Mais voilà. Donc, il faut être clair. Il va falloir s'opposer aux textes européens. Mais je pense que... Enfin, que c'est absolument justifié puisque c'est dans l'intérêt général. Et je pense aussi qu'on serait suivi par d'autres États. On ne peut pas rester...
En fait, nous, ça fait 20 ans qu'on dit que ça ne peut pas marcher. 20 ans que les faits nous donnent raison année après année parce que là, on est dans une grosse crise. Mais enfin, il y en a eu d'autres décrises avant. Je vous rappelle que quand Macron a lancé le projet Hercule de réorganisation d'EDF, il disait déjà que c'était parce que la situation était intenable. Et puis, il y en a eu d'autres avant, etc. Donc, voilà. Il faut absolument revenir dans un système régulé et désobéir aux textes européens parce qu'ils sont contre l'intérêt général. Et tout ce qu'on nous répond, c'est quand on pose des arguments en disant voilà, ça ne peut pas marcher pour telle et telle raison.
On a déjà subi des hausses de prix, des problèmes d'investissement, etc. La seule réponse qu'on a, c'est l'Europe qui nous l'impose. Enfin, c'est quoi cette démocratie ?
En plus, c'est extrêmement bureaucratique. C'est-à-dire que les néolibéraux estiment toujours que les entreprises publiques, le système public est très bureaucratique. Mais ça, c'est un monstre bureaucratique et réglementaire. Une absurdité, un empilement de lois et de contre-lois, de directives qui sont assez absurdes finalement.
Oui, en question de bureaucratie, je pense que là, le marché, on est bien, bien, bien au-delà de ce qu'était le monopole public. Enfin, on a créé des activités à n'en plus finir qui ne servent à rien, qui complexifient les choses. Même les spécialistes de secteur aujourd'hui disent qu'ils n'arrivent plus à comprendre comment ça fonctionne. Tout est archi compliqué. Encore une fois, cette activité de fourniture, elle ne sert à rien, donc on peut assimiler ça à la bureaucratie. On a mis en place des bourses de l'énergie avec des produits ultra-compliqués qui sont comme les pires des produits dérivés. C'est inutile, c'est de la bureaucratie.
Pour la production, on fait des appels d'offres ultra-compliqués. Ça génère des complexités incroyables. Enfin, on a un système, enfin le système électrique, en tant que tel, c'est déjà très compliqué. C'est un des systèmes physiques les plus compliqués qu'ils soient parce qu'il faut maintenir en temps réel l'égalité complète entre production et consommation. Sinon, on peut aller jusqu'au blackout si on n'intervient pas rapidement. Et là-dessus, donc c'est mieux de pouvoir avoir des échanges entre tous les acteurs en temps réel.
Là, on a mis plein d'acteurs qui passent par des marchés, des produits compliqués de marché, qui simplifient les choses, qui dégradent les résultats et tous les échanges sont contractualisés. On voit bien que c'est des surcoûts gigantesques.
Alors, on a beaucoup entendu parler de la taxonomie des sources d'énergie au sein de l'Union Européenne. On a beaucoup été, disons, agités par la question de est-ce qu'il faut mettre le nucléaire parmi, disons, les sources d'énergie vertes ? Est-ce qu'il faut mettre le gaz ? On a parlé des négociations d'aprochicaires entre la France et l'Allemagne. Je te mets du nucléaire, tu me mets du gaz, etc. Mais, en fait, avant notre tournage, je vous expliquais qu'il y avait quelque chose de plus important dans cette question de taxonomie des sources d'énergie.
C'est un bel exemple de comment faire simple quand on peut faire compliqué. C'est-à-dire que la taxonomie, on a des débats sur qui devrait être dans la taxonomie. La taxonomie, on appelle ça taxonomie, c'est une classification, en fait, pour faire simple. Donc, il y a les énergies vertes, les énergies qui sont vertes transitoirement et puis les énergies grises. C'est-à-dire sales. C'est-à-dire sales, voilà. Je ne sais même pas si ça s'appelle gris. En tout cas, pas verte, on va dire. Donc, on nous dit, alors, est-ce que c'est normal que le nucléaire soit là et là ? Mais, la question initiale, c'est à quoi va servir cette classification ?
Alors, Ursula von der Leyen, qui est la tête de la Commission européenne, nous dit, ça va servir à labelliser les investissements privés. C'est-à-dire que les entreprises pourront afficher dans leurs résultats financiers qu'elles auront mis tant de pourcents dans de l'investissement vert. Donc, qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que ce seront les investisseurs qui décident si on investit plutôt dans le nucléaire ou plutôt dans les énergies renouvelables. Et au passage, ça voudra dire qu'on s'apprête à faire appel aux investisseurs privés pour faire du nucléaire alors qu'on montre que c'est beaucoup, beaucoup plus cher de faire ça.
Et ce n'est pas du tout la démarche qu'on avait apportée jusqu'à maintenant. C'est-à-dire que comment on fait une transition énergétique, c'est la démarche qu'a fait RTE quand il a proposé des scénarios qui vont jusqu'en 2050, c'est-à-dire qu'il décrit des avenirs possibles, des scénarios possibles. Alors, il avait décrit des scénarios avec du nucléaire où il restait du nucléaire en 2050. Et puis, des scénarios où on allait vers du 100% renouvelable. Et ces scénarios sont décrits année après année.
Et ils disent qu'il faut investir tant dans tel machin, tant là, à telle date, à telle date, de manière à ce que l'équilibre toujours entre production et consommation soit garanti et avec plein d'intriguements entre les décisions. C'est-à-dire que si on fait du 100% renouvelable, ça veut dire qu'il faut trouver des moyens d'équilibrage. Donc, il va falloir faire du gaz de synthèse. Donc, il va falloir produire ce gaz de synthèse. Et puis, il va falloir que c'est compliqué à faire. Et donc, ça demande une planification. Normalement, ce qu'on aurait dû faire, on a ces choix possibles décrits par RTE. Après, pour moi, c'est du choix politique.
C'est-à-dire qu'on aurait dû, moi, je pense qu'on aurait dû aller au vote sur ces scénarios et dire, voilà, on demande à la population est-ce qu'il préfère le risque nucléaire et les déchets ou est-ce qu'il préfère le renouvelable ? Mais ça veut dire qu'on a des éoliennes et du solaire partout. Bon, ça a été une des... Apparemment, on n'en prend pas le chemin, hélas, enfin, j'espère qu'on y reviendra. Mais en tout cas, c'est une décision politique. Et une fois qu'on a fait ce choix entre telle ou telle trajectoire, on met en œuvre les moyens pour investir le plus efficacement et de la manière la moins coûteuse possible.
Et ce que montre RTE aussi, mais ce que montre maintenant plein de gens, c'est que ce qui coûte énormément, en fait, comme ce sont que des... Enfin, l'essentiel des coûts de production, c'est des investissements sur le très long terme. Donc, c'est le taux de rémunération des investissements. Donc, pour faire vite, si on arrive à emprunter à 1%, ça coûtera deux fois moins cher à l'arrivée que si on emprunte à 7%. Donc, on a intérêt à avoir un système sans risque et avec un investisseur public. Donc, voilà ce qu'on aurait dû faire. Une planification et l'État investit et on suit la ligne.
Et là... Ça, c'est pas ce que fait l'Union Européenne avec sa taxonomie.
En fait, on sait pas ce qu'on fait du coup. Là, on nous annonce qu'il y a une taxonomie et que donc, ça va être les investisseurs qui vont décider s'ils iront plutôt dans telle ou telle branche qui sont des branches qui ne sont pas dans la classification verte. Alors, ils vont payer beaucoup plus cher les investisseurs privés. Et en fait, c'est décrit nulle part, ça. On ne sait pas ce que fait ce mécanisme, quoi. Et en plus, c'est à noter que l'Union Européenne normalement n'a pas la compétence sur la politique énergétique des pays. Elle a la compétence sur l'organisation du système électrique, hélas, mais sur les choix énergétiques, c'est du ressort des pays.
Donc là, elle intervient par la bande dans un mécanisme que personne ne sait expliquer et une fois de plus, c'est comme à chaque fois. Donc, c'est l'incitation par le marché, par les investisseurs. Et une fois de plus, c'est la même stratégie, c'est on va bien voir, on apprend en marchant et elle vienne que pourra. Mais ce n'est pas comme ça que ça fonctionne la transition énergétique. C'est juste impossible. Ce n'est pas comme ça qu'on ira faire les investissements encore une fois massifs et urgents qu'il faut faire.
Et ça a un côté dramatique parce qu'on sait tous qu'il y a une urgence climatique, qu'il y a une crise climatique qui est face à nous, qu'on a besoin d'un système très efficace et dans lequel on investit. Et on continue à se disperser et à avoir des débats, mais sans que ni tête, sur est-ce qu'il faut demander à EDF de racheter sa propre électricité sur le marché ? Est-ce qu'il faut faire une taxonomie verte ou jaune ? Est-ce qu'il faut subventionner tel fournisseur ? Et comment ça se fait qu'on a un prix de l'électricité qui dépend du gaz ? Enfin, il faut s'arrêter au bout d'un moment. Et tout ce qu'on nous dit, c'est que c'est l'Europe qui nous l'impose.
Alors, pourquoi plusieurs réacteurs nucléaires français sont-ils en panne aujourd'hui au point qu'on redoutait fin décembre des coupures d'électricité ?
C'est vrai qu'on est dans une situation de production un peu tendue, on va dire, c'est ce que dit RTE, parce qu'il y a eu un défaut dans une centrale, d'abord au début, qui a été découvert, un défaut de corrosion sur une soudure. Donc c'était à Sivaud, à la centrale de Sivaud, sur un réacteur. Ils ont été, du coup, inspecter l'autre réacteur et se sont aperçus qu'il y avait le même défaut, donc ça faisait déjà deux réacteurs d'arrêtés. Ensuite, ils ont été voir la centrale de Chaux qui est du même palier, donc de la même technologie que cette centrale-là et ils l'ont arrêtée aussi pour aller voir s'il y a des problèmes.
Donc c'était déjà problématique et là, on vient de se rendre compte que sur la centrale de Panli, qui est une autre technologie et dans laquelle on trouve à peu près 50% des... Enfin, je sais, je n'ai pas le chiffre en tête, mais une grande partie des réacteurs nucléaires, on a aussi trouvé ce défaut-là. Donc il y a ça... C'est assez inquiétant, ça. C'est assez inquiétant. Oui, bon, après, c'est des défauts qui se réparent, mais ça veut dire que... Enfin, c'est un des risques aujourd'hui du parc, c'est que c'est un parc qui vieillit et on peut avoir des défauts génériques. Ce n'est jamais arrivé pour l'instant, mais ça peut arriver.
Et en plus de ça, on était déjà dans une situation tendue à cause des suites du Covid, c'est-à-dire qu'on fait des... Enfin, il y a des plannings de maintenance qui sont faits un an, un an et demi à l'avance. On voit encore une fois qu'il y a besoin de planifier de manière coordonnée tout le monde. Et donc, on n'avait pas encore fini de rattraper ces décalages liés au Covid.
Alors, en gros, on a des centrales, des réacteurs nucléaires vieillissants. Ça veut dire que, quelque part, les années où la France a profité des investissements massifs d'après-guerre sur le nucléaire sont passées et qu'il faut réinvestir. Alors, est-ce que la France peut à la fois réinvestir dans son parc électrique, qu'il soit nucléaire, renouvelable ou autre ? Enfin, renouvelable ou nucléaire. Et, en même temps, participer de ce système qui permet à certains de se gaver et qui a très peu d'efficacité ?
Ben non, je ne pense pas qu'on peut tout faire. Alors, c'est encore une fois où ça permet à certains de se gaver. Mais, c'est ce que je rappelais, c'est qu'il n'est pas tellement rappelé, qui n'a pas été tellement mis en avant dans la manière dont les scénarios RTE ont été présentés. mais vraiment, le critère, le paramètre essentiel dans le coût du système électrique, c'est le taux de rémunération de l'investissement, ce qu'on appelle le coût du capital. Et pour baisser ce coût, il faut dérisquer le système, donc essayer d'avoir la visibilité la plus longue possible sur les revenus
et ne pas aller voir le privé.
Parce que le privé, on sait, demande des taux de rentabilité qui sont beaucoup plus élevés que le public. Enfin, moi, j'entendais, à chaque fois, je ne reviens pas, j'entendais Dominique Seux sur France Inter il y a quelque temps qui nous disait l'épargne des Français a explosé, évidemment pas tout le monde, explosé pendant le Covid. On a 160 milliards en plus sur les livrets dont on ne sait pas quoi faire. Je ne sais pas, mais si on a 160 milliards, je pense que ce ne serait pas très dur pour l'État de dire qu'on redirige cette épargne vers la transition énergétique, et on rémunère de manière faible.
Mais de toute façon, quand on voit les taux de rémunération du livret A, ce n'est pas très compliqué. Je pense que les gens seraient absolument partants pour rediriger leur épargne vers des investissements publics avec des garanties de rémunération. Parce que si c'est un système public, on a une garantie de rémunération puisque les tarifs sont calculés pour couvrir les coûts.
Même les spéculateurs recherchent des investissements à prêter de l'argent à l'État parce qu'il y a des garanties de rémunération.
Et d'ailleurs, quand on voit ce pseudo-marché, il n'a plus rien d'un marché. C'est-à-dire qu'on a un marché mais aucun des investissements n'est fait en étant rémunéré sur les prix de marché. Et donc, on ajoute des systèmes de contournement de marché, ce que j'appelle des rustines. Par exemple, toutes les énergies renouvelables, les investisseurs qui investissent dans le renouvelable, on leur garantit un tarif d'achat sur toute la durée de vie de leur... le tarif d'achat de toute leur électricité sur toute la durée de vie de leur installation. Sur la dernière centrale thermique qui a été construite, c'est pareil, on a une garantie de revenu qui est assortie à l'investissement.
Et bon, alors le nucléaire, pour l'instant, on n'en a pas construit mais vous lisez tout ce que racontent les économistes mais pas seulement, il suffit de regarder ce qui se passe. Pas un seul investissement dans le nucléaire ne peut se faire s'il n'y a pas un soutien de l'État, s'il n'y a pas des garanties de l'État. Et dans l'hydraulique, c'est pareil. Enfin bref, personne ne peut investir en se rémunérant sur les prix de marché. Donc il faut arrêter... Enfin, ce marché, c'est vraiment un système mais qui marche sur la tête.
Le marché, il ne marche pas. Merci Anne de nous avoir apporté toutes ces explications. On espère vraiment que cette question de l'énergie, des absurdités en fait qui menacent notre système électrique, même la possibilité demain de se chauffer si en fait on n'arrive pas à faire les investissements nécessaires, il faudrait qu'on en parle un peu plus et qu'on parle un peu moins des prénoms, des foulards et des petits sujets de buzz qui nous occupent, qui occupent trop les médias mainstream. Et c'est pour ça d'ailleurs que...
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