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interviewC à vous· 13 octobre 2025 13 min

Le sort du gouvernement Lecornu entre les mains du PS - L’édito de Patrick Cohen

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

G.Lellouche, A.Exarchopoulos, à l'affiche de "Chien 51". - P.Lescure: Et on rendra hommage à D.Keaton, à sa personnalité extraordinaire. - A.-E.Lemoine: Voilà pour le programme.

Tout de suite, L'Edito. Demain, à cette heure, les socialistes décideront du sort du gouvernement S.Lecornu. - P.Cohen: 69 députés socialistes diront, selon l'expression du chef de groupe, B.Vallaud, si le gouvernement leur a donné des raisons de ne pas censurer.

Pourquoi cette position d'arbitre? Parce que les autres groupes ont basculé dans une opposition frontale, soit parce qu'ils considèrent qu'il n'y a plus rien à négocier, à attendre d'un pouvoir à bout de souffle, soit parce qu'ils pensent avoir intérêt à une dissolution. - F.Roussel: Notre 1re réaction a été d'appeler à la censure de ce nouveau gouvernement. - J.Bardella: Nous déposerons dans les prochaines heures une motion de censure. - J.-L.Mélenchon: Nous avions déjà déposé une motion de censure.

Nous allons la représenter dès à présent. - S.Rousseau: Il n'y a pas de sujet, c'est censure! - P.Cohen: Il y a là presque la moitié de l'Assemblée nationale, dans ces prises de parole, dans l'ordre d'apparition du magnéto. 7 communistes, 138 lepénistes et leurs alliés ciottistes, les insoumis et Les Ecologistes...

Au total, 264 députés. Les socialistes pourraient-ils fournir les 25 voix manquantes à la majorité absolue, faire tomber le gouvernement Lecornu et provoquer des élections anticipées? C'est le scénario maintenant donné par l'exécutif.

La direction du PS répète qu'elle ne souhaite pas aggraver la crise mais qu'elle jugera sur pièces. - A.-E.Lemoine: Que demandent les socialistes? - P.Cohen: Pendant 15 jours, il n'était question que de la taxe Zucman sur les grands patrimoines, avant que la suspension de la réforme des retraites remonte au-dessus de la pile.

Les 2 contre-mesures présentées fin août à Blois par le PS, c'était plutôt le dosage. Jusqu'où taxer les riches? Quel est le coup de frein à donner à la réforme des retraites?

Pour les grandes fortunes, il y a un gouffre entre le projet du gouvernement d'une taxe sur le patrimoine financier des holdings familiales, qui pourrait rapporter jusqu'à 1,5 milliard d'euros. Et le PS attend 15 milliards de la taxe Zucman. Votre budget affiche même 27 milliards de recettes nouvelles en ponctionnant ce que vous appelez "les gagnants du macronisme".

Sur les retraites, vous demandez une suspension claire et complète de la réforme. Le gel de l'âge légal de départ mais aussi l'annulation de l'accélération de la réforme Touraine sur les années de cotisation nécessaires pour partir à taux plein, 170 trimestres. L'an prochain, ce serait 171, pour la génération de 1964.

Cela devrait être figé, selon vous, ce que ne demande pas la CFDT. - M.Léon: La suspension de la réforme des retraites, c'est la condition sine qua non de la stabilité politique.

La priorité pour la CFDT, c'est de figer l'âge légal. C'est la mesure qui a le plus d'impact. C'est notre position.

Après, on n'est pas en position de négocier avec le Premier ministre. C'est la responsabilité du PS. - P.Cohen: C'est à la fois très technique et très politique.

E.Macron a proposé vendredi, lors de la réunion avec les représentants des partis, un décalage d'un an de la mesure d'âge à 63 ans, ce qui permettrait d'enjamber la présidentielle et de ne pas reculer cet âge de départ en janvier 2027, comme c'est prévu aujourd'hui. Donc le décaler en janvier 2028, sauf si le nouveau président en décide autrement.

Ce qu'on essaie de mesurer à la veille de cette journée décisive, c'est votre degré de souplesse, votre envie réelle de trouver des compromis acceptables pour tout le monde, O.Faure. C'est-à-dire non pas de dicter votre budget dans le budget de l'Etat, mais de trouver des compromis acceptables à la fois par les socialistes et le bloc central. - A.-E.Lemoine: Quel est votre degré de souplesse?

Etes-vous souple? - O.Faure: Faiblement...

C'était pour la plaisanterie. Quelle est la réalité? On a une situation depuis un an complètement bloquée.

Personne n'a de majorité absolue. C'est vrai pour nous et pour eux. Ca suppose à un moment de trouver le moyen d'avancer malgré tout.

Les Français ont besoin d'un budget. Et quand je dis les Français, ce sont les Français dans leur vie quotidienne mais aussi les entreprises, les associations, les collectivités locales. Nous avons cherché dès le mois d'août à présenter un contre-budget face à ce que F.Bayrou avait présenté, sa feuille de route à 44 milliards.

Nous avons présenté une feuille de route très différente, sur la base de laquelle nous avons cherché à avancer. Il n'y a pas eu de vraies négociations. Mais nous avons parlé à 2 reprises avec le Premier ministre, qui sait très bien où sont les sujets sur lesquels nous voulons avancer.

Dans un Parlement où personne n'a de majorité, c'est le Parlement qui fait la loi. Ca suppose qu'à un moment, on accepte que le débat puisse avoir lieu sur tous les sujets. Ca s'est polarisé sur la question des retraites.

Ca ne veut pas dire que nous avons abandonné quoi que ce soit. Je défendrai la taxation des ultrariches dans le débat budgétaire. Je peux le faire parce que la Constitution me le permet.

Sur la question des retraites, je ne peux pas le faire si ce n'est pas le gouvernement de lui-même qui annonce la suspension. - A.-E.Lemoine: Si ce n'est pas annoncé dans le discours de politique générale de S.Lecornu, le PS censurera? - O.Faure: Absolument, une censure immédiate et complète. - A.-E.Lemoine: Pas juste sur le gel de l'âge de départ à la retraite que propose la CFDT? - O.Faure: Oui, parce qu'en réalité, ça touche très peu de monde.

Il y a une telle décote que les gens continueront à travailler plus longtemps et ne partiront pas à l'âge légal, bloqué sur 62 ans et 9 mois. C'est pourquoi on souhaite que ce soit complet. Ce n'est pas très cher...

Si, à l'échelle d'un être humain, 1 milliard, c'est beaucoup. Mais par rapport à tout ce qui est demandé...

Par ailleurs, je considère...

Si je vous dis que c'est uniquement la réforme des retraites, vous allez croire qu'on s'en tient à cela. Mais j'ai entendu ce qu'a dit le Premier ministre précédemment: plus de 49-3 et une trajectoire budgétaire différente de celle de F.Bayrou.

Elle était fixée à 4,7 points de PIB par F.Bayrou...

Par S.Lecornu...

Je vois qu'il est arrivé à 5. C'est la copie que nous avons nous-mêmes présentée à Blois. Sur ces bases, nous allons pouvoir réviser la copie qui sera présentée en Conseil des ministres, puis à l'Assemblée. - P.Cohen: Sauf que le gouvernement ne soutiendra pas les hausses d'impôts considérables que vous proposez dans votre budget. - O.Faure: Nous verrons.

Je n'imagine pas qu'il accède à tout, mais pas non plus qu'il n'accède à rien. Je prends l'exemple de la surtaxe sur les 400 plus grosses entreprises de France. Ca leur a coûté cette année 8 milliards d'euros.

L'année prochaine, ils prévoient une surtaxe à 4 milliards. Comment justifier que nous allons chercher 15 milliards prélevés sur les ménages si on n'arrive pas à prélever 4 milliards sur les entreprises? Il y a un équilibre à trouver.

Si la trajectoire est corrigée, si on passe à 5,4 cette année et à 5 l'année prochaine, en réalité, on baisse la trajectoire Bayrou de moitié. Il y a quelque chose à faire et un débat budgétaire qui peut s'engager. - A.-E.Lemoine: Si, demain, le Premier ministre n'annonce pas la suspension mais l'ouverture d'un débat sur une suspension totale et complète de la réforme des retraites, vous censurerez quand même? - O.Faure: Oui.

Il faut que les choses soient dites clairement et que chacun prenne ses responsabilités. Depuis un an, alors que la gauche a obtenu une priorité...

Je ne dis pas que nous avons gagné les élections, dans le sens où nous n'avons pas eu de majorité absolue. Mais nous sommes arrivés les premiers. Nous n'avons jamais été nommés à Matignon.

Ca aurait dû être fait au démarrage... - P.Cohen: Les premiers, vous comptez comment?

Avec LFI? - O.Faure: A l'époque, effectivement.

Au lendemain du 7 juillet, la logique aurait été de nommer L.Castets, qui avait été choisie par le NFP. Peut-être qu'elle ne faisait que 3 jours, mais la tradition parlementaire et démocratique était respectée.

Depuis, nous naviguons avec un pouvoir qui se succède à lui-même. Nous avons déjà eu 3 Premiers ministres, nous en sommes au 4e. Il faudrait qu'à un moment, ils acceptent cette idée assez simple qu'on ne peut pas, quand on a perdu les élections, être ceux qui gouvernent seuls et qui font tout à leurs mains.

C'est pourtant ce qui se passe. - P.Cohen: E.Macron vous a rendu la pareille. - O.Faure: Moi, je n'impose pas un budget.

Je suis prêt à accepter un débat parlementaire, y compris à me faire battre sur des sujets sur lesquels je ne suis pas majoritaire. Mais je demande à ce qu'il y ait un minimum de respecté. Quand je rencontre des gens dans la rue ou dans ma circonscription, que je connais ou que je ne connais pas, ils me disent: "Monsieur le député, est-ce que ça vaut encore la peine de voter?" "Quand on manifeste, quand on vote, ça ne sert à rien.

C'est toujours Macron qui décide." Ce que je veux leur dire, c'est que justement, ça vaut la peine de voter. La démocratie a un sens.

J'aurais voulu qu'on fasse beaucoup plus à gauche et beaucoup moins à droite, et surtout à l'extrême droite. Malheureusement, ce n'est pas le cas. Ce serait quand même fort de café que le parti qui a subi la plus grosse déculottée l'an passé, le parti présidentiel, se retrouve à gouverner seul, de plus en plus seul...

A quoi ressemble le socle commun? - P.Cohen: Aujourd'hui, pas terrible, mais avant... - O.Faure: Je vous parle d'aujourd'hui.

Honnêtement, ce socle est plus que fissuré. On se demande même s'il existe encore. Je vois bien qu'ils s'arrangent entre eux.

Mais quand on a assisté à la réunion vendredi dernier autour du chef de l'Etat à l'Elysée, franchement, à un moment, je me suis demandé si ça existait encore...

Je les ai même interrogés. "Si vous voulez vraiment gouverner, annoncez que vous appartenez au même socle commun." Il y en a un seul qui m'a répondu, c'est G.Attal.

Surtout, ne pas afficher la moindre connivence avec un pouvoir qu'ils considèrent eux-mêmes comme discrédité! E.Philippe annonce même qu'il veut la démission du chef de l'Etat.

Si c'est ça, un socle commun, je veux bien être pape! - A.-E.Lemoine: Depuis ce rendez-vous avec l'exécutif à l'Elysée, vous n'avez pas eu de contact? - O.Faure: J'en ai eu un avec un ministre, ce week-end, qui m'a redit leur point de vue sur la question des retraites.

Ce n'est pas le mien. - A.-E.Lemoine: Il y a donc de fortes chances qu'il y ait une censure votée par le PS.

On le saura demain à 19h? - O.Faure: Je n'en sais rien.

Je ne sais pas s'il parlait en son nom personnel ou s'il cherchait à me tester. Au moment où nous parlons, la censure n'est pas une option complètement saugrenue. On verra demain. - P.Cohen: Il y a le décalage? - O.Faure: Sur le seul âge légal.

Ce n'est pas une histoire de technique. Je veux que la démocratie soit assurée à chaque étape. Là, ce n'est même plus l'abrogation, c'est la suspension.

On suspend jusqu'en 2027 mais je veux qu'en 2027,

Le sort du gouvernement Lecornu entre les mains du PS - L’édito de Patrick Cohen — Olivier Faure · Pourquijevote