Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 22 février 2024 25 minContradictoireActualité / polémiqueSantéNumériqueSolidarités & familleÉducation & recherche

"Ce sont les femmes qui payent l’addition" du manque d'informations sur la sexualité, estime Israël Nisand

Source d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 40 %Attaque 40 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 96 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:04OuverteRéponse directe

    Pourquoi avez-vous toujours estimé que c'était important, que c'était même de votre devoir d'aller faire ce travail devant les ados ?

  • 3:03OuverteRéponse directe

    Pourquoi pas les parents ?

  • 4:55OuverteRéponse directe

    Quand un enfant de 12-13 ans vient voir son père ou sa mère et lui pose une question sexuelle, qu'est-ce qu'il doit répondre ?

  • 5:56OuverteRéponse directe

    Vous dites que dans les années 90, les questions des élèves tournaient autour de la contraception, aujourd'hui elles découlent de la pornographie. Pouvez-vous nous en dire plus ?

  • 9:51OuverteRéponse directe

    On a quand même 20% d'abus sexuels dans notre pays. Pensez-vous que briser le silence ferait baisser ce chiffre ?

  • 11:02OuverteRéponse directe

    La principale source d'informations sur la sexualité des jeunes, c'est le porno. Qu'en pensez-vous ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:20InvitéFait
    « Par féminisme, quand il n'y a pas d'information sur la sexualité, ce sont les femmes qui en payent l'addition. »
  • 1:29InvitéFait
    « Jamais un garçon n'est tenu d'aller faire une IVG. Les femmes, oui. »
  • 1:33InvitéFait
    « Les infections sexuellement transmissibles sont plus fréquentes. »
  • 2:13InvitéChiffre
    « Les pouvoirs publics disent qu'il y a à peu près 70% des écoles qui font de l'éducation sexuelle une heure ou deux. Et en fait, vous dites, ce n'est même pas 10%. »
  • 2:33InvitéFait
    « La loi de 2001 prévoit 3 heures depuis le CP par an, où on apprend d'abord à respecter son corps, à respecter le corps de l'autre, où on lutte contre l'inceste. »
  • 2:49InvitéFait
    « Soyons clairs, la loi, elle est parfaite, elle n'est appliquée nulle part. »
  • 9:51InvitéChiffre
    « On a quand même 20% d'abus sexuels dans notre pays avec des conséquences dont vous ne mesurez pas la gravité. »
  • 11:18InvitéFait
    « Dès l'âge de 10-11 ans, garçons et filles voient de la pornographie sur les smartphones des copains dans la cour de récréation. »
  • 11:27InvitéChiffre
    « 50% des enfants de 11 ans ont déjà vu un film pornographique. »
  • 13:50InvitéFait
    « On a une loi qui est la loi sur la protection des mineurs dans notre pays. Si vous allez vendre des images comme ça dans la rue à des ados, ça se termine en prison. »
  • 21:30InvitéPromesse
    « Je milite pour éviter qu'on ne touche au corps avant l'âge de 18 ans. Ni on enlève les seins, ni on enlève l'utérus, ni on donne des hormones. »

Temps de parole

  • Invité58 %
  • Présentateur18 %
  • Invité 215 %
  • Invité 36 %
  • Auditeur3 %

1,6 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Avec Léa Salamé, nous recevons ce matin un professeur de gynécologie obstétrique à l'université de Strasbourg, spécialiste du diagnostic prénatal, de l'IVG, de la PMA, des questions de bioéthique et d'éthique médicale. Il publie « Parlez sexe, comment informer nos ados », livre co-écrit avec Pauline Delassue et publié chez Grasset. Vos questions au 01 45 24 7000 et sur l'application de France Inter. Israël Nizan, bonjour. Bonjour. Et bienvenue à ce micro. Nous avons été passionnés avec Léa par votre petit livre qui touche le sujet à la fois le plus beau, le plus simple et le plus compliqué qui soit, parler de sexualité avec les jeunes.

Ça, vous le faites depuis 30 ans maintenant, en vous rendant dans des classes et en répondant à toutes les questions que vous posent les ados sur l'orgasme, sur le genre, sur la masturbation, sur l'homosexualité. C'est une parole très libre de la part et de la vôtre. Alors pourquoi vous, monsieur le professeur de gynécologie obstétrique à l'université de Strasbourg, pourquoi avez-vous toujours estimé que c'était important, que c'était même de votre devoir d'aller faire ce travail devant les ados ?

1:20
Invité

Par féminisme, quand il n'y a pas d'information sur la sexualité, ce sont les femmes qui en payent l'addition. Jamais un garçon n'est tenu d'aller faire une IVG. Les femmes, oui. Les infections sexuellement transmissibles sont plus fréquentes. Et puis surtout, apprendre à dire non, apprendre à gérer sa vie sexuelle, c'est d'autant plus facile qu'on a eu des informations et qu'il y a eu un échange avec les adultes sur ce sujet. Or, l'échange avec les adultes dans notre pays actuellement, sur ce sujet, il n'est médié que par l'image et par le numérique. Et ce n'est peut-être pas la meilleure manière de le faire.

On va venir au numérique, on va venir au porno qui occupe une place importante dans votre livre. Et vous dites d'ailleurs, l'éducation sexuelle, ça devait être une obligation de la loi, mais ça n'existe pas. Les pouvoirs publics disent qu'il y a à peu près 70% des écoles qui font de l'éducation sexuelle une heure ou deux. Et en fait, vous dites, ce n'est même pas 10%. Ce n'est même pas 10%. Il y a beaucoup de volontariats à beaucoup d'endroits où une infirmière scolaire ou des enseignants essayent de pallier au manque et font des choses qui ne sont pas si mal dans le fond.

Mais la loi de 2001 prévoit 3 heures depuis le CP par an, où on apprend d'abord à respecter son corps, à respecter le corps de l'autre, où on lutte contre l'inceste. Tu n'as pas le droit de me laver entre les fesses quand tu me donnes le bain, mon corps est à moi. C'est fait nulle part. Soyons clairs, la loi, elle est parfaite, elle n'est appliquée nulle part. Et donc, ça fait des années que je demande l'application de la loi de la France. On n'a même pas constitué les ressources humaines pour faire ce genre d'intervention. Israël Nisan, au début du livre, vous posez un double préalable, un double postulat.

D'abord, vous vous présentez aux élèves comme médecin, manière d'asseoir votre autorité, dites-vous, et de bénéficier d'une légitimité plus forte que leurs autres professeurs. Donc, premier postulat, vous venez et vous dites, je suis médecin, et là, ça impose. Deuxième postulat intéressant, vous dites très clairement, dès le début du livre, ce n'est pas aux parents de parler sexualité avec leurs enfants. Pourquoi ? Alors, très clairement, être médecin, ça veut dire que les ados regardent qui parle et d'où ils parlent. Et c'est très important de pouvoir lutter contre les fake news, et quoi de mieux que de venir avec un bagage scientifique qui n'est pas contestable. Pourquoi pas les parents ?

Les parents sont les seuls habilités à l'éducation, à la morale. Et d'ailleurs, quand elle n'est pas faite, c'est plus rattrapable. Je vois, on m'appelle dans les écoles une année plus tôt, parce qu'il y a des fellations collectives dans les toilettes. Mais qui leur a appris ça ? Et les jeunes qui font ça, ils n'ont pas eu d'éducation à la morale, elle n'est pas rattrapable quand elle n'est pas faite par les parents.

Par contre, lorsqu'on arrive à 12-13 ans, et que le regard se tourne vers des objets sexuels secondaires, les primaires étant les parents, eh bien, à ce moment-là, les parents ont besoin d'aide, parce que l'adolescent a l'impression de tromper ses parents, de les décevoir, et il ne va pas leur dire. Et au moment où il aurait le plus besoin d'être protégé, il ne peut plus l'aide par les parents. Donc ce que vous dites, c'est aux parents de faire l'éducation morale, mais l'éducation sexuelle, ça ne peut pas être les parents.

Parce que vous dites, c'est très intéressant ce que vous dites dans le livre, c'est que vous expliquez que les parents sont le premier objet érotique pour l'enfant très jeune. Un enfant rêve de ses parents érotiquement, puis il va tourner à l'adolescence, et même comme ça qu'on définit l'adolescence, son regard vers des objets sexuels secondaires, et à ce moment-là, il a l'impression d'une tromperie amoureuse à l'égard de ses parents. Mais professeur, quand un enfant vient vous voir, quand un enfant de 12-13 ans vient voir son père ou sa mère, et lui pose une question sexuelle, qu'est-ce qu'il doit répondre ?

Le parent va voir le professeur Nizance, Non, quand il y a une question, c'est extrêmement important de répondre et de répondre sans faux semblants. Mais, ce que je dis, c'est qu'à 12-13 ans, les questions ne pleuvent pas, parce qu'on est là. On ne veut surtout pas que les parents vous parlent de sexualité, parce que ça lève peu ou prou le voile sur la leur. Et s'il y a quelques autres qui ne veulent pas savoir, c'est ce que peuvent bien faire les parents entre eux. Et surtout, les parents, ils sont là pour l'éducation à l'interdit. Nous, les humains, nous avons plein d'interdits en matière de sexualité.

On ne couche pas avec son père, on ne couche pas avec sa sœur, on ne se touche pas les organes génitaux devant tout le monde. On est pétri d'interdits et ça nous permet de vivre ensemble. Les parents, ils sont là pour les interdits. Vous ne pouvez pas du même pied leur demander d'être là pour la licence. Ou on est là pour les interdits, ou on est là pour la licence, mais on ne peut pas faire les deux à la fois.

5:56
Présentateur

Alors, on va vous suivre en classe, chaque séance dure une heure et demie, avec une séquence de 30 minutes consacrée aux questions posées par écrit, anonymement par les élèves. Et au début des années 90, quand vous commencez à vous rendre dans les classes, vous dites, j'y vais, mal préparé, et commets toutes les maladresses et erreurs possibles. Comme celle de ne pas répondre aux questions aberrantes que me posent certains élèves. Quand une meuf ne veut pas, est-ce qu'un copain peut la tenir pour qu'on puisse se la faire ? Ou, quand une fille, elle aime son père, n'est-ce pas normal qu'elle ait des rapports avec lui ? Je ne sais pas encore comment réagir, je suis décontenancé, dites-vous.

Et vous apprenez donc là, sur le terrain, et apprendrez par la suite, qu'il faut répondre à toutes les questions, même les plus surréalistes, les plus aberrantes sur le papier ?

6:45
Invité

Alors, il n'y a pas la case prudence dans le menu déroulant des ados. Quand un ado se lève et dit, mais c'est normal qu'une fille couche avec son père, c'est que ça se passe à la maison. Et il ne se rend pas compte des conséquences qu'il y aura sur lui dans la cour de récréation. Donc, il y a pas mal de questions que je mets en retrait, que je ne lis pas. Et quand j'ai fini, j'interviens en direct avec, s'il vient me voir avec l'auteur de la question que je n'ai pas lu, ça m'est arrivé sur des histoires d'inceste, où on a pu régler le problème après.

Oui, racontez-nous cette affaire-là que vous racontez dans le livre, notamment cette jeune fille qui vous met sur le papier anonyme, elle vous pose la question suivante, je vais la retrouver, parce qu'il faut lire la phrase. Je dis, j'ai 13 ans, mon grand frère a 17 ans, il vient dans ma chambre le soir, lèche mon sexe, essaye de me pénétrer, comme ça me fait mal, ça fait du bruit et il s'en va pour ne pas réveiller les parents. Et donc, aidez-moi. La question se termine par aidez-moi. Et qu'est-ce que vous avez décidé de faire ? On est dans un milieu bourgeois, je ne lis pas la question, elle vient me voir après, elle me dit, vous n'avez pas lu ma question ?

Donc, je lui dis, je ne l'ai pas lu exprès, est-ce que vous voulez bien me donner votre numéro de téléphone et je vais essayer de vous aider ? Et à ce moment-là, elle me donne son numéro de téléphone et elle me dit, mais pas avant les vacances de Pâques, parce qu'on part en haut dans les Caraïbes pendant les vacances et je ne voudrais pas que ça gâche les vacances. Au retour, j'appelle et je tombe sur des parents qui refusent de discuter avec moi au point que je suis obligé de les menacer, d'aller signaler l'affaire chez le procureur, de la République.

Et c'est alors que je vois deux parents complètement dépassés par les événements, deux enfants dont celle qui allait le moins mal était encore la jeune fille, une famille kystique qui s'était déplacée dans les différents coins du monde, dans la coopération. On a mis tout le monde en soin, ça allait très mal dans la famille. Il n'y avait pas encore eu viol ou tout juste, où le fait de déclarer les choses aurait conduit le garçon à la cour d'assises. Et vous avez décidé donc de ne pas aller voir le procureur de la République et d'envoyer les quatre papas, maman et le frère et la soeur chez le psy.

J'ai décidé de suivre moi-même cette affaire-là, c'est-à-dire d'assurer la protection de la gamine tout en évitant une catastrophe familiale. Ça, ça fait partie des choses possibles, c'est un risque. Ce risque, je l'ai pris en l'occurrence, je ne suis pas mécontent d'avoir pris, mais il arrive souvent à la suite des interventions sur l'inceste dans les écoles, qui est des questions qui se posent pas seulement à moi, mais également à l'infirmière scolaire, aux profs, parce que je vaccine les élèves contre le silence. Le silence permet aux pervers de continuer.

Je les vaccine contre les sciences en leur disant « Si tu te tais, ça peut se retrouver sur ta tête dix, vingt ans plus tard et on t'accusera de ne pas avoir protégé ton copain ou ta copine. » On a quand même 20% d'abus sexuels dans notre pays avec des conséquences dont vous ne mesurez pas la gravité en termes de pathologies féminines que je vois dans ma pratique de tous les jours. 20% ! Et on a un espèce de record d'Europe dans ce domaine. Et vous pensez que si le silence, si on brisait ce silence-là, ce chiffre-là baisserait vraiment ? Vraiment, si on disait à six ans « Mon corps est à moi », rien que d'apprendre ça à des enfants de six ans, c'est extrêmement important.

10:20
Présentateur

Et puis ce que vous notez, et qui peut t'inquiéter tous les parents, c'est l'évolution des questions, des thématiques des questions en 30 ans. Vous écrivez, je vous cite, « Dans les années 90, les interrogations des élèves tournaient autour de la contraception, du risque de tomber enceinte et du sentiment amoureux. Les questions d'aujourd'hui ne sont plus les mêmes. Elles découlent de ce que les jeunes voient sur les sites pornographiques. Est-ce qu'on peut se tromper de trous ? Tombe désormais presque à chaque fois dans les classes. Le sujet de la zoophilie revient souvent. » C'est la conséquence, Israël Nizan, de l'accès de masse à de la pornographie par des jeunes, voire des très jeunes.

Aujourd'hui, la principale, la première source d'informations sur la sexualité des jeunes, c'est le porno.

11:09
Invité

On n'éduque pas nos enfants, mais rassurez-vous, la pornographie le fait à notre place. J'espère que ça ne vous rassure pas. Très clairement, on est dans une situation où, dès l'âge de 10-11 ans, garçons et filles voient de la pornographie sur les smartphones des copains dans la cour de récréation. 50% des enfants de 11 ans ont déjà vu un film pornographique, dites-vous. Et les filles qui n'auraient pas une propension aussi grande les regardent parce qu'elles ont peur d'être exclues de la bande si elles ne regardent pas. Donc, elles sont contraintes à regarder également.

Et donc, moi, j'ai eu la chance de pouvoir me développer avec mes fantasmes psychosexuels sans que j'aie un prêt-à-porter imposé par des films faits par des adultes pour des adultes. J'ai pu me constituer ma fantasmagorie sexuelle. Les jeunes d'aujourd'hui ne peuvent plus. Ils ont un modèle qui, pour eux, est un modèle réel parce que c'est de l'image, c'est du son et il faut faire pareil. Il faut suivre le canevas qui est proposé par les films porno. Quelle tristesse ! Et je trouve que d'abandonner nos jeunes devant la pornographie, c'est une forme de barbarie moderne qui nuit aux femmes. Qui nuit aux femmes, ça c'est très clair, c'est ce que vous dites.

Deux questions sur l'appli d'Inter qui vont dans le même sens. Étienne, pourquoi le gouvernement est-il aussi frileux pour interdire l'accès à la pornographie sur smartphone aux mineurs ? C'est un vrai fléau. Et française, ma fille a 27 ans, elle a été bouleversée par l'exposition à la pornographie quand elle était adolescente sans qu'on ne le sache. Depuis, elle n'arrive pas à se construire sur le plan personnel et intime. Qu'on ne me dise pas que la consommation de pornographie à 10-11 ans et certains sont addicts et en consomment 3 heures par jour n'a pas de conséquences négatives sur la vie sexuelle d'une personne. Bien sûr, ça en a.

Ça en a, j'en veux pour preuve, les pratiques sexuelles qui ont changé. Mais elles ont changé en plus comme en moins avec beaucoup de gens qui sont un peu dégoûtés, qui se disent asexuels. Justement, est-ce que vous avez été surpris par l'enquête il y a quelques jours dont on a beaucoup parlé sur les 18-25 ans qui deviennent asexués ou qui sont de moins en moins intéressés par le sexe ? Ou c'est une conséquence pour vous de la pornographie en disant « c'est pas pour moi, ça me dégoûte ? » Pas surpris du tout. Et j'ai des questions. Autant il y a des questions, vous l'avez dit, sur la zoophilie, etc. Mais il y a des questions. Est-ce qu'on est obligé ? Est-ce qu'on est obligé ?

Ils ont tous vu et été obligés de regarder ces images qui les choquent, les indignent, et pour certains d'entre eux les excitent. Et c'est cette rencontre entre deux émotions contradictoires qui crée l'addiction. Moi, je dis la chose suivante. On a une loi qui est la loi sur la protection des mineurs dans notre pays. Si vous allez vendre des images comme ça dans la rue à des ados, ça se termine en prison. Mais si vous êtes un milliardaire du net, vous avez le droit. Je demande l'application de la loi sur la protection des mineurs. Actuellement, ils font quoi ? Ils disent « t'as 18 ans ? » Oui, non, oui. Pas chouante. Ça, c'est inacceptable.

C'est non-respect de la loi sur la protection des mineurs. Les fournisseurs d'accès Internet devraient être gravement sanctionnés pour non-respect de la loi sur la protection des mineurs. Vous dites clairement qu'il faut au minimum le numéro de carte bleue pour pouvoir rentrer sur ces sites et pas uniquement le clic. Est-ce que vous avez moins de 18 ans ? C'est un des moyens simples pour régler le problème parce qu'un jeune de 16 ans qui irait tricher, allait prendre la carte bleue de sa mère. Ce n'est pas très grave qu'il y en ait un ou deux qui trichent mais qu'on tombe sur ces images par hasard dans sa navigation sur Internet. Ce n'est pas normal.

14:47
Présentateur

Alors, venons-en aussi à ce que vous leur dites, à ces jeunes. Vous aimez développer trois points sur la sexualité. D'abord, il n'y a de sexualité que chez les humains, pas chez les animaux. Deuxième point, ta sexualité, c'est perso. Il ne faut pas en parler aux autres. Et trois, en matière de sexualité, il n'y a pas de norme ou plutôt tout est normal. Ça, c'est crucial pour vous, ces trois points-là. Pourquoi ?

15:12
Invité

C'est crucial de dire que la sexualité, elle est reliée au langage, que chez les animaux, en très grande majorité, elle n'est que reproductive, et chez nous, en très grande majorité, elle est là pour le plaisir. Leur dire que la sexualité, ça commence quand on dit « je t'aime », que ça continue quand on se promène main par la main, que ça continue quand on s'embrasse. leur dire qu'on est dans la sexualité depuis la naissance, parce qu'on baigne dans le langage, que c'est une spécificité humaine. C'est extrêmement important de le distinguer de ce qui se passe avec les pigeons sur les gouttières. Oui, et vous dites d'ailleurs que vous êtes critique devant certaines associations.

Vous les citez, notamment le planning familial ou aide, sur le sida, où vous dites que quand ils interviennent auprès des jeunes, c'est souvent pour ne parler que du risque de grossesse ou du risque de maladie sexuellement transmissible, et qu'en fait, ça bloque les jeunes, et qu'il faut aussi leur donner une image belle, joyeuse, de la sexualité. Il y a même pire, certaines associations, je viens de le découvrir, parlent du devoir conjugal, lutte contre la vaccination, soyons clairs, il y a un peu n'importe quoi qui est fait sur ce sujet, parce que ce n'est pas organisé politiquement. Il faudrait un grand projet politique d'information à la sexualité, les femmes de notre pays en ont besoin.

16:36
Présentateur

On va passer au standard d'Inter, où nous attend Julie. Julie, bonjour. Oui, bonjour. On vous écoute.

16:44
Invité

Alors, d'une part, j'étais très contente d'entendre ce matin que votre invité allait pouvoir travailler, enfin, parler de ces questions-là sur une grande antenne. Mais je dois avouer que j'ai appelé, parce que je suis très en question sur deux choses qui ont été dites. La première, à savoir que les parents, le moins possible, ou en tout cas, on ne s'est pas dit tout à fait comme ça, mais finalement, ce n'est pas complètement leur rôle de parler de la sexualité. Moi, j'ai plutôt l'impression qu'au contraire, dès l'âge où c'est possible de commencer à aborder quelques questions à partir de livres, de nommer les risques de pédocriminalité, les risques d'inceste, etc.

C'était plutôt intéressant de dire que les parents ont un rôle à jouer et de lutter contre l'angle mort de l'inceste avec le risque frère et sœur, cousin, cousine. Et puis d'autre part, en tant que travailleuse sociale, je suis très en interrogation de ce que votre invité a pu dire sur le traitement qu'il a choisi de mettre en place par rapport à cette jeune victime de son frère, à savoir ne pas en informer le procureur de la République, puisque c'est bien au contraire comme ça qu'on pourra lutter. C'est aussi faire confiance à nos institutions qui, c'est vrai, ne sont pas toujours très bien accompagnées, qu'il s'agisse des cellules spécialisées, gendarmerie, etc.

Mais il faut croire qu'il est possible encore de mieux les accompagner. Et je crois que quand il y a des petits dérangements comme ça entre psychologues et famille, pour ne pas que le jeune qui est entre guillemets le bourreau, si je puis utiliser ce terme-là, alors qu'il est sûrement victime lui-même d'autre chose, que sous prétexte qu'il ne faut pas qu'il aille aux assises ou qu'il ait un casier judiciaire, ces petits dérangements-là, je suis complètement en question de cette approche-là.

18:19
Présentateur

Merci Julie pour votre intervention et cette double question. On va les prendre dans l'ordre. Les parents ont un rôle, dit Julie, à jouer, elle a détaillé lequel. Sur ce point, il sera élénisant pour commencer ?

18:33
Invité

Je suis bien d'accord. Si les parents n'ont pas assumé leur rôle dans la petite enfance, c'est catastrophique et ce n'est pas rattrapable. En revanche, il vient un moment où les parents ont besoin d'aide et ne peuvent plus assumer tout seuls. Un parent qui vient vers ses enfants de 13-14 ans en disant tiens, si on parlait de sexualité aujourd'hui, risque une algarade. Et cette algarade, moi je l'ai vécue et d'autres parents la vivent. Et donc, il faut du tiers dans cette affaire-là. Au moment où la sexualité ou la génitalité prend sa place, il faut du tiers. Les parents sont les plus mal placés, sont en général en retard d'information et ceci est normal.

La sexualité vit de l'ombre pour les parents comme pour les ados. D'ailleurs, la loi l'a prévu. Elle nous autorise un médecin à endormir une jeune femme pour faire un IVG alors qu'elle est mineure. C'est donc que la loi a prévu la confidentialité sur les sujets de sexualité. Sur le deuxième point ? Alors, sur le deuxième point, j'assume totalement les choix de bénéfice-risque que fait un médecin quand il opère, quand il soigne des gens. Il peut, lui, prendre la responsabilité, et c'est une vraie responsabilité qui est réservée aux médecins et pas aux travailleurs sociaux, de pouvoir choisir si telle option va être meilleure ou moins bonne.

Et en l'occurrence, j'ai suivi cette famille et je sais que ça s'est bien passé par la suite et qu'on a évité une catastrophe. On va venir à la question de l'homosexualité. Je veux juste préciser que vous ne critiquez pas le planning familial et aide en général. Je n'ai pas répondu sur ce sujet. Il ne faut plus intervenir uniquement sur maladies sexuelles. Rentrer dans une classe et dire la sexualité, ça tue et ça donne des enfants non voulus. Au revoir les enfants, c'est pas bien. C'est qu'il faut accompagner ça d'un autre discours. Il faut aller beaucoup plus loin et les enfants attendent plus. Beaucoup de pages aussi sur la question de l'homosexualité.

C'est étonnant de les lire, c'est étonnant de constater sous votre plume qu'en 2024, malgré toutes les avancées progressistes du monde, beaucoup d'adolescents continuent à considérer quand vous les interrogez dans la classe l'homosexualité comme une maladie. Les remarques homophobes sont toujours présentes dans les salles de classe. Vous dites que certains ados préfèrent d'ailleurs se dire aujourd'hui trans qu'homosexuel. Dire qu'il y a un problème de genre plutôt que de dire tout simplement je suis homosexuel.

C'est une question compliquée parce que sous l'influence des réseaux sociaux et sous l'influence aussi de certains transactivistes, les choses sont présentées aux jeunes comme si t'es pas bien, si tu vas pas bien, si t'as des angoisses, c'est bien parce que tu n'es pas dans le bon corps. Je pense que cette intoxication-là est mauvaise et que bien sûr il y a des ados qui vont pas bien. Intoxication c'est un mot fort. C'est un mot délibérément fort. Je le dis parce que je suis au contact de ces jeunes et je milite pour éviter qu'on ne touche au corps avant l'âge de 18 ans. Ni on enlève les seins, ni on enlève l'utérus, ni on donne des hormones parce que les choses sont irréversibles.

il y a de nombreux médecins et pas que des médecins d'ailleurs qui sont dans cette logique-là de dire oui à la transition sociétale et psychologique et à l'apparence. Là, il n'y a aucun souci et je suis même prêt à accompagner cela non au fait de faire des choses irréversibles à 13 ans. Mais quand vous avez un enfant de 13 ans qui vous dit je me sens mal dans mon corps de femme ou de garçon, vous lui dites quoi ? On change de prénom Il y a une énorme souffrance et qui est différente de l'un à l'autre. Et il y a un spectre de causes de ça mais je lui dis change d'habit, change de coiffure, change de prénom et c'est accepté de plus en plus dans les écoles et même dans les familles.

Mais pas de chimie avant 18 ans. Mais pas d'hormones qui vont te faire des dégâts. Julie est au Standard Inter.

22:38
Présentateur

Bonjour, bienvenue, on vous écoute.

22:40
Auditeur

Bonjour, bonjour M. Demorand, bonjour Professeur Nizan. Moi, ma question était la suivante. En fait, je suis la maman de deux enfants qui entrent dans la puberté qui ont 10 et 11 ans donc ils sont encore un petit peu jeunes pour aborder ces questions de sexualité. Néanmoins, on y arrive tout doucement et je suis assez mal à l'aise pour aborder ces questions avec eux comme probablement beaucoup de parents. Je me souviens que de mon côté, quand j'avais 15 ans, ma mère m'avait offert un livre « Vivre à 15 ans » qui était ma bible d'adolescente et je pensais faire tout simplement la même chose avec eux mais je voulais avoir vos conseils, votre avis sur ce sujet.

23:18
Présentateur

Merci Julie pour cette question. Israël Nizan vous répond. Alors,

23:23
Invité

le mieux, c'est d'avoir un tiers qui puisse discuter avec vos enfants. Ça, c'est le mieux mais on n'a pas commencé à constituer les ressources humaines. Il y a des documents, il y a des livres, il y a beaucoup de choses qui ont été faites je pense sur l'UMI au sexo-tuto qui ont été établies avec beaucoup de douceur et qui montrent des corps dénudés mais sans que ce soit une approche aussi pornographique. Il y a beaucoup de documents qui sont de qualité et j'en ai cité un mais il y en a d'autres qui sont utilisables. le mieux, c'est un adulte en chair et en os qui s'adresse à vos enfants et en qui vous ayez confiance.

24:08
Présentateur

Je crois que le message est clair ce matin. Et pour finir un témoignage sur l'application d'Inter, celui d'Alice, j'ai eu la chance de participer aux interventions du professeur Nisan quand j'étais au lycée puis en première année de médecine encore maintenant ces paroles m'accompagnent sur les agressions sexuelles, l'IVG ou le déni de grossesse. Cela m'a donné des armes pour savoir et comprendre beaucoup de choses. Tous les collégiens et lycéens du monde devraient pouvoir avoir accès à de telles discussions ouvertes et sans tabou. Et elle vous dit merci.

24:39
Invité

Merci Alice. Mais elle porte un nom qui m'a aidé pour constituer un site internet. Les Canadiens avaient un site qui s'appelait Ask to Alice et toutes les questions anonymes pouvaient y être posées et il y avait une réponse d'Alice et c'est un peu sur ce modèle-là que j'ai constitué mes interventions.

24:57
Présentateur

Merci. Merci. Israël Nisan.

24:59
Invité

Et merci pour votre livre.

25:00
Présentateur

Oui, Parlez sexe, comment informer nos ados est publié chez Grasset.

25:05
Locuteur

Merci. Merci. Merci. Merci. Merci.