Nicolas Sarkozy : un procès hors norme - C à Vous - 23/11/2020
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Beaucoup de journalistes à 13h30 au tribunal correctionnel de Paris à l'ouverture d'un procès hors normes avec pour la première fois de l'histoire de la Vème République un ex-président qui comparait pour corruption. Nicolas Sarkozy est arrivé à l'heure mais presque aussitôt reparti après la suspension de l'audience jusqu'à jeudi. Bonjour, bonjour M. le Président, bonjour. M. le Président, M. le Président, M. le Président, M. le Président ! Gérard Davé, Fabrice Lhomme, journaliste d'investigation au Monde, bonsoir à tous les deux. Bonsoir, bonsoir.
Vous suivez cette affaire des écoutes depuis le début parce que c'est vous qui avez révélé, il me semble, le 7 mars 2014, que Nicolas Sarkozy et son avocat Thierry Herzog avaient été placés sur écoute. Une affaire qui aboutit aujourd'hui à ce procès. L'ancien chef d'État poursuivi pour corruption et trafic d'influence, son avocat Thierry Herzog et l'ancien haut magistrat Gilbert Azibert sont jugés à ses côtés pour les mêmes faits. Tous les trois contestent tout pacte de corruption. Un procès qui a donc connu un faux départ cet après-midi, suspendu jusqu'à jeudi.
Expertise médicale demandée par le tribunal pour Gilbert Azibert pour savoir s'il est, oui ou non, en capacité d'assister à ce procès. Si ce n'était pas le cas, est-ce que vraiment ce procès pourra reprendre jeudi ou est-ce qu'il sera reporté en 2021 ? – De ce qu'on sait, enfin de ce qu'on sait du dossier, on le connaît bien, c'est qu'éventuellement ça me paraît compliqué parce que Gilbert Azibert c'est l'homme sur qui le pacte de corruption repose puisque c'est lui qui est accusé d'avoir fait tous les actes présumés délictueux, c'est-à-dire d'avoir essayé d'obtenir des documents confidentiels, d'avoir essayé d'influencer ses collègues de la Cour de cassation.
– S'il n'est pas là, en échange d'un poste à Monaco, le fameux poste à Monaco. Donc s'il n'est pas là, c'est plus compliqué. – Et pour être jugé en visioconférence, c'est ce qu'a demandé le procureur ?
– Oui, mais ce n'est pas la même chose, on l'a bien vu lors de l'audition de Mme Fillon, lors du procès des époux Fillon. Lorsque vous êtes présent dans une salle d'audience, il y a une ambiance qui se dégage, il y a des regards complices ou pas, il y a quelque chose que l'on ressent et qui ne peut pas se transmettre, à mon avis, par vidéoconférence.
– Ce serait un procès trunqué en quelque sorte.
– Il manquerait quelque chose en tous les cas, donc on ne va pas faire de pronostics judiciaires. Mais c'est vrai que la logique voudrait que tous les protagonistes soient là, quitte à ce que le procès prenne un peu de retard. Après tout, il y a eu suffisamment de manœuvres plus ou moins dilatoires pour faire traîner cette affaire, on n'est plus à quelques mois près.
– Dans l'article que vous co-signez dans le Monde aujourd'hui, vous écrivez tous les deux que Nicolas Sarkozy a envie, est prêt au combat en quelque sorte, qu'il est dans un état d'esprit très combatif. Lui en revanche, il aimerait que le procès se déroule aujourd'hui, maintenant ? – Je crois qu'il en a vraiment besoin, plus qu'une envie, il en a besoin parce qu'il garde ça en lui depuis très longtemps, il n'a qu'à voir le ton de l'interview avec Routel Kriyev sur BFM, il était quand même très chaud, et il a très envie de venir en découdre, il a des arguments à faire valoir, et par ailleurs, ça peut être son art oratoire qu'on lui connaît peut être aussi extrêmement efficace.
– Un ancien avocat. – Dans un tribunal, oui, il n'a jamais plaidé de sa vie, mais là il… – Il faut qu'il l'a plaidé d'une certaine façon lors des meetings politiques. – Pas comme avocat. – Pas comme un avocat, oui. – Je voulais une plaidoirie politique pour convaincre, non pas des jurés, mais des électeurs. Il a préparé ce rendez-vous avec la justice comme on préparait un match, Fabrice Lhomme ?
– Oui, absolument, d'après ce que je sais, il y a eu des réunions nombreuses avec son équipe d'avocats, constituées autour de Jacqueline Laffont, qui est une avocate pas très connue, mais qui est une très bonne technicienne du droit. – Ils ont essayé de passer au crible tous les points faibles, entre guillemets, de la position de Nicolas Sarkozy, et de mettre en avant évidemment ses points forts. Et donc, on va dire, on parlait tout à l'heure de combat, il est prêt. Voilà, il est prêt, il bout, il est dans un coin du ring, il attend que le gong retentisse pour pouvoir se jeter dans la mêlée.
– Il a hâte de réduire en charpie une instruction qu'il juge partiale. – Je vous cite, c'est la victoire par chaos technique qu'il recherche ? On peut s'attendre à un procès spectacle s'il a lieu à partir de jeudi ? – Ça peut être violent, c'est quelqu'un qui va franchement et qui ne se cache pas derrière son petit doigt, Nicolas Sarkozy. Par ailleurs, je le disais tout à l'heure, il a des arguments à faire valoir, et il les teste auprès des gens qu'il reçoit, et il a son discours qui est déjà prêt. Et par ailleurs, c'est quelqu'un, vous l'avez eu ici plusieurs fois, quelqu'un qui a une présence, une énergie, une sorte de charisme.
– Et dans un prétoire, dans une salle d'audience, ça peut marcher, sauf qu'en face, ce sont des juges, des professionnels, ce n'est pas un public. Donc du coup, il va falloir les convaincre avec des arguments juridiques.
– Oui, il y a des arguments qui parfois peuvent convaincre l'opinion, type « on me reproche d'avoir favorisé la candidature d'un magistrat pour qu'il obtienne un poste à Monaco, or il n'a jamais obtenu ce poste ». Le français moyen, qui ne connaît pas les subtilités de la justice, se dit « ouais, c'est plutôt un bon argument ». Les juges professionnels, eux, disent que le trafic d'influence, ou la corruption d'ailleurs, pour que le pacte soit constitué, c'est qu'il y ait eu l'intention, et que la réalisation de la promesse ait eu lieu ou pas, c'est tout à fait secondaire. C'est un exemple d'une défense médiatique et une défense juridique.
Et là, il faudra qu'ils choisissent la défense juridique.
Vous souhaitez quand même bien du plaisir en magistrat de la 32e chambre correctionnelle du tribunal, tant le personnage suscite de passion. Le tribunal médiatique, la pression de l'opinion publique sera forte également ? Elle sera consistante comme elle l'est à chaque fois que Nicolas Sarkozy, ça fait quand même 10 ans au bas mot, qu'il est impliqué, cité dans les affaires judiciaires, et systématiquement, on assiste à la même chose. Il y a tous ces contempteurs qui sont ravis et qui viennent de le dire, Il y a tous ces partisans, ces fans énamourés, les Morano et autres, qui viennent clamer l'innocence et parler d'acharnement.
Et puis il y a les médias qui se partagent en général, entre ceux qui veulent à tout prix voir en lui une victime expiatoire, et tous ceux qui voient en lui l'évident coupable. Donc ça crée de l'hystérie, et ça ne facilite pas la sérénité des débats.