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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 21 mai 2025 25 min

Primaire de la gauche pour 2027, ArcelorMittal, conseil de défense sur les Frères musulmans... Le "8h30 franceinfo" de François Ruffin

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour François Ruffin, une primaire, vous plaidez ce matin pour une grande primaire à gauche pour la présidentielle de 2027, une primaire oui mais avec qui ?

0:12
François Ruffin

D'abord pourquoi la primaire ? C'est pas seulement une primaire de départage pour regarder de qui sera le candidat à la présidentielle, je pense que l'essentiel aujourd'hui dans le pays et à gauche c'est un sentiment de découragement, de résignation, d'abattement. Comment on en sort ? Comment on fait pour que les 9 millions de personnes qui sont allées voter à gauche aux dernières élections d'initiative se disent on va un peu tenir compte de ma voix, je me remets sur un chemin, on rouvre l'espoir.

Il me semble que je parle de primaire geyser, vous savez comme on fait surgir l'énergie qui existe en dessous parce qu'elle existe encore cette énergie, une primaire de débordement qui fasse qu'on retrouve du populaire, qu'on retrouve le peuple et qu'on retrouve le peuple de gauche.

0:50
Présentateur

Sauf que pour que ça fasse geyser, il faut qu'il y ait des candidatures qui intéressent, qui stimulent le débat public, vous mettez qui là-dedans ?

0:57
François Ruffin

Oui, je mets tout le périmètre du nouveau Front Populaire de Poutou à Hollande et ça sera le moment peut-être pour que soit tranché qu'est-ce qu'on veut pour le pays. Est-ce qu'on veut juste une politique d'accompagnement du marché avec quelques pansements comme ça se fait depuis 40 ans, où on veut une politique de rupture, de rupture tranquille mais qui décide de prendre soin à la fois des gens et du vivant ?

1:22
Locuteur non identifié

Pardon mais quel point commun entre Philippe Poutou, extrême gauche et François Hollande ?

1:26
François Ruffin

Je vous dis que ce sera le moment pour trancher la ligne et ça ne sera pas dans un petit conclave avec ou alors avec quelques milliers d'encartés, mais ça se fera à l'échelle de masse, ça se fera à l'échelle de millions de personnes qui décideront qu'est-ce qu'ils veulent un peu pour leur pays et pour la gauche demain et ça, vous savez, ça fera un point d'appui, ça fera un tremplin.

1:47
Présentateur

Ça veut dire pas besoin d'être adhérent à un parti de gauche pour pouvoir voter ?

1:50
François Ruffin

Absolument pas, sinon vous savez là ça se compte en quelques milliers ou quelques dizaines de milliers de personnes. On ne peut pas laisser le destin du pays et de la gauche entre un échantillon aussi petit de militants très respectables, mais il faut dépasser ça, il faut retrouver une emprise populaire. Vous savez quand le 9 juin au soir je lance Front Populaire, c'est avec l'espoir que ça va faire surgir quelque chose dehors. Et ça l'a fait, il y a eu des centaines de milliers de personnes qui ont signé des pétitions dans les 24 heures, ça a mis la pression sur les partis pour que cette union elle existe. Et bien de la même manière, je suis convaincu qu'aujourd'hui il y a un désir profond.

Autant il y a des partis...

2:23
Présentateur

Parce que là il y a une énorme différence, on parle de l'élection présidentielle, François Ruffin, et de Hollande à Poutou, et bien il y a Jean-Luc Mélenchon. Donc vous envisagez vous, dans votre esprit, que Jean-Luc Mélenchon va dire oui, je vais me présenter une première.

2:34
François Ruffin

Moi je dis la porte est ouverte, si Jean-Luc Mélenchon et les insoumis souhaitent venir, et bien tant mieux, on sera plus fort ensemble. Même si vous avez dit avoir eu un désaccord moral et profond avec lui. Mais j'ai plein de désaccords avec plein de monde, mais là ce seront les électeurs qui trancheront, qui doit les représenter. Et à l'arrivée, il y aura un candidat qui sortira beaucoup plus fort de ça, pour se donner une chance de gagner, parce que là il ne faut pas rigoler.

3:00
Présentateur

La chance de gagner, pardon, je reviens, parce que l'expérience nous donne des chiffres, 22%. A la dernière présidentielle, c'est Jean-Luc Mélenchon tout seul, il n'a pas eu besoin de passer par une primaire. Donc franchement, quel est son intérêt de vous suivre ?

3:10
François Ruffin

Écoutez, aujourd'hui je parle de l'intérêt de Jean-Luc Mélenchon, je parle de l'intérêt de la gauche, et de l'intérêt du pays, et de l'intérêt des gens. Jean-Luc Mélenchon, c'est la garantie de la défaite au deuxième tour de l'élection présidentielle. Quand on regarde les sondages, face à Bardella, face à Marine Le Pen, c'est deux tiers des gens qui vont aller voter pour l'extrême droite, plutôt que d'aller voter pour le candidat des insoumis. Donc c'est quand même un gros souci. Je dis, ça sera aux électeurs de gauche, de trancher, qui doit les représenter.

Et là, il y aura un point d'appui, il y aura un match, il y aura des millions de personnes qui auront dit, ben voilà, notre candidat, on considère que ça doit être ça, ça doit être le bruit et la fureur, ou la force tranquille, ou la rupture tranquille.

3:47
Présentateur

Vous, vous êtes sûr de gagner, parce que vous êtes candidat à cette primaire, et vous êtes sûr de gagner, mais si vous ne gagnez pas, parce que ça existe quand même, les défaites aux élections, vous vous rangerez sans problème derrière un Jean-Luc Mélenchon, ou derrière un Raphaël Glucksmann ?

4:01
François Ruffin

Écoutez, je n'envisage pas d'être à une élection, et de ne pas derrière en respecter les règles. Je crois que tout le monde aura l'honnêteté de respecter les règles. Maintenant, je me dis, ça sera le moment de trancher, de trancher quelle orientation on veut pour la gauche dans le pays. Qu'est-ce qu'on va faire pour les logements ? Qu'est-ce qu'on va faire pour le vivant ? Qu'est-ce qu'on va faire pour les trains ? Qu'est-ce qu'on va faire pour les médecins ? Ben, ça sera le moment, parce que vous savez, là, les idées de gauche, on va en voir, mais elles sont marginalisées, ostracisées. La gauche joue en deuxième division. On est sûr de ne pas la gagner, cette élection, si on compte tenu.

C'est une certitude, la voilà la seule certitude. Et ben là, c'est se donner une chance, et ce n'est pas comme si j'en étais un partisan depuis des siècles et des siècles, mais compte tenu de la situation présente, c'est de donner une chance de jouer en Ligue des Champions.

4:45
Locuteur non identifié

Cette annonce, vous l'avez faite hier soir à 18h. Est-ce que vous avez reçu des coups de fil de personnalité susceptibles de participer à cette primaire depuis ?

4:51
François Ruffin

Je reçois des sms, mais vous savez, c'est un processus qui va s'enclencher dans la durée. Il va y avoir une réunion, on le sait, avec Lucie Casté. Il va y avoir des réactions des différents partis. Il y en a d'autres qui ont leur congrès. Donc tout ça, je ne prétends pas que du soir au matin, tout va s'enclencher. Ce n'est pas vrai, ça ne se passe pas comme ça. Je le redis, on a réussi le nouveau Fonds populaire, alors que des partis dedans n'en voulaient pas. Ils ne voulaient pas cette union, ils voulaient la division. On l'a réussi en quatre jours. En quatre jours, on a réussi à avoir une base de programme commun. On a réussi à avoir une candidature par circonscription.

En quatre jours, pourquoi ? Parce qu'il y a eu la pression populaire. La seule chose auquel je crois, moi, mais depuis des années et des années, c'est est-ce qu'on a le peuple qui rentre dans un processus politique ou pas ?

5:36
Présentateur

Oui d'accord, en fait, François Ruffin, vous basez sur le NFP, là, depuis tout à l'heure, sauf que le NFP, on voit ce que ça donne à l'Assemblée nationale. C'est des désaccords en permanence. C'est des déchirures. Les socialistes ne parlent plus aux insoumis. Donc, en fait, à l'épreuve du pouvoir, on ne peut même pas imaginer comment ça va se passer.

5:50
François Ruffin

Oui, là, on n'est même pas à l'épreuve du pouvoir. Mais moi, je vous dis, il y a une certitude, c'est que autant il y a des partis qui jouent les gauches irréconciliables, autant il y a des électeurs qui voient très bien que les gauches sont réconciliables, qu'on n'est plus dans le temps de l'irréconciliation comme on l'a eu pendant des années et des années. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Il y a la possibilité d'une réconciliation. Et vous savez, quand il s'agira d'aller battre Marine Le Pen ou Jordan Bardella, les gens et les gens de gauche sauront très bien qu'il faut aller voter pour leur candidat.

6:16
Locuteur non identifié

La date idéale de cette primaire, selon vous ?

6:18
François Ruffin

Traditionnellement, vous savez, moi, je n'ai pas grand-chose sur les modalités que je propose. Je propose que les candidats se déclarent après les élections municipales au printemps 2026, que l'élection se déroule à l'automne 2026, qu'on ait du temps, qu'on ait du temps pour mener une campagne. Pourquoi ? Parce qu'il faut aller chercher les gens. Moi, je veux que l'auxiliaire de vie qui se fatigue, que le chariste de Martigues, que le métallo d'Arcelor, que la femme de ménage d'Amien Nord, elles se sentent concernées parce qu'il faut qu'elles se disent avec eux, avec lui, notre vie va un peu changer. On aura un meilleur salaire. On vivra mieux. Il y aura une protection de notre industrie.

Je veux que les gens se sentent engagés dans ce processus-là. On rallume l'espoir.

6:57
Présentateur

Il y a un sujet sur lequel vous allez devoir plancher François Ruffin en vue de 2027 aussi, parce que le sujet est très important. Un conseil de défense se tient ce matin autour d'Emmanuel Macron à l'Élysée avec, à l'ordre du jour, la publication d'un rapport sur l'état de la menace que fait peser le mouvement islamiste des frères musulmans sur la France. C'est inédit, parce que d'habitude, un conseil de défense, c'est pour les attentats ou la guerre en Ukraine, que ce sujet-là des frères musulmans s'invite à l'Élysée. C'est une bonne chose ?

7:24
François Ruffin

D'abord, vous dites, il va falloir y plancher. Ce n'est pas comme si je ne planchais pas sur la question de la laïcité depuis des années et des années. La laïcité, c'est à la fois permettre que tous les croyants dans notre pays soient protégés dans leur foi, puissent pratiquer, et de l'autre côté, que la foi reste à sa place et qu'elle n'envahisse pas le champ de la République. Et il y a une question évidente avec les frères musulmans qui ont pour objectif de séparer les musulmans du pays, de séparer les musulmans de la nation, de séparer les musulmans de la République et faire qu'il y ait une loi qui soit au-dessus de ça.

8:01
Locuteur non identifié

Est-ce que vous, vous en êtes témoin dans votre circonscription de la Somme ?

8:04
François Ruffin

Moi, ce dont je suis témoin, je veux dire que le rapport contient des choses intéressantes à la fois dans ses points de vigilance et dans ses recommandations. Parce que dans les recommandations du rapport, ils disent qu'il faut une action de terrain de longue haleine, le retour de l'État, du réseau associatif. Moi, je ne cesse dans ma ville, dans ma circonscription, de plaider pour que les piliers qui existent dans les quartiers, les associations, les services publics ne soient pas fragilisés mais soient renforcés.

Or, ce qui se passe depuis des années, c'est que ces gens qui ont le courage, parce que quand on est élu d'une commune de banlieue, quand on est dans un centre social, qu'on le préside, qu'on le dirige, qu'on y éduque, qu'on y travaille et qu'on est dans un environnement qui peut déjà être compliqué et qu'en plus, on a l'État qui ne vient pas vous appuyer mais en fait, vous miner parce que c'est le plan Borlop qui tombe à l'eau, parce que ce sont les contrats adultes relais qui sont supprimés, parce que c'est la politique de la ville dont les crédits baissent d'année en année, eh bien, ça ne vous encourage pas, ça vous décourage.

9:10
Présentateur

que la République via ses services publics, justement, l'État via ses services publics soit au plus près des habitants, c'est ce que vous dites. Il faut rouvrir

9:17
François Ruffin

un espoir qui soit à la fois un espoir individuel, c'est-à-dire que les jeunes soient attirés vers autre chose. Vous savez que c'est déjà le même discours que je tenais au moment du narcotrafic, parce qu'au fond, c'est le même souci. C'est qu'est-ce qui reste quand l'État se retire ? Eh bien, je pense que l'État ne doit pas se retirer. Mais ça mérite

9:34
Locuteur non identifié

un conseil de défense aujourd'hui, François Ruffin.

9:38
François Ruffin

Je vais vous dire autre chose. Je crois à la loi de 1905, à toute la loi de 1905, rien qu'à la loi de 1905. Et la loi de 1905, elle permet, dans son article 31, 34, 35, elle permet quoi ? Elle permet d'avoir une politique pénale sur la laïcité. C'est-à-dire qu'elle permet aux gardes des Sceaux de dire, là, il y a des atteintes à la laïcité. Je lance une circulaire auprès des procureurs qui demandent des investigations aux juges d'instruction avec, à la clé des sanctions. Ça veut dire que des lois, on l'a déjà.

On a notre loi faite par Aristide Briand et Georges Clemenceau, les grands-pères fondateurs de la laïcité, et on pourrait activer des leviers si jamais, parce qu'il y a, c'est pas si jamais, quand il y a atteinte à la laïcité. Sauf qu'il y en a

10:23
Présentateur

qui veut aller plus loin.

10:24
François Ruffin

Mais or, or, pas une seule fois, Gérald de Narmanin ni de ses prédécesseurs n'ont activé ce volet de la loi de 1905. Je pense que ça devrait être fait.

10:35
Présentateur

Vous dites que la loi suffit, la loi de 1905 suffit, sauf que Gabriel Attal, lui, il veut aller plus loin, notamment sur l'interdiction du voile dans l'espace public pour les mineurs de moins de 15 ans. Qu'en pensez-vous ?

10:47
François Ruffin

Est-ce que, d'abord, M. Gabriel Attal, il va dire la même chose sur la kippa ? Parce qu'il dit là, le voile, finalement, il est imposé aux jeunes et il s'est pas choisi. Mais moi, j'ai été baptisé à six mois. Est-ce qu'on va interdire le baptême ? Parce que c'est imposé. Donc ça, ça pose des questions. Mais je pense que l'opportunisme...

11:08
Présentateur

Mais vous voyez bien la question du voile

11:09
François Ruffin

dans le débat public. Je pense que l'opportunisme de Gabriel Attal sur ces questions-là fait pour moi le jeu des islamistes. Et d'ailleurs, c'est ce que dit le rapport. Le rapport est de dire attention, il y a un sentiment d'islamophobie, même d'une islamophobie d'État, et que la religion musulmane, les croyants, les pratiquants, ne sont pas traités à égalité, mais sont traités à part, avec des lois à part. Et là, ce que fait précisément Gabriel Attal, c'est ça. Je le dis, pour moi, dans ses pratiques, c'est une alliance objective avec les islamistes qui veulent séparer les musulmans de la République.

11:46
Locuteur non identifié

Il y a en même temps, si j'ose employer le mot, selon vous, de l'islamophobie et de l'antrisme.

11:54
François Ruffin

Il y a un antrisme, il y a une évidente volonté d'islamistes de séparer les musulmans de la République. Mais que veulent la masse des musulmans ? Ils veulent, elles, être dans la République, dans les écoles de la République, dans, aussi avec, moi, quand je prenais des vacances pour tous, vous savez, où l'été, les enfants des quartiers et des clochers ne seraient pas abandonnés, mais se mêleraient, iraient voir la montagne, iraient voir la mer, c'est pour rouvrir un espoir qui soit collectif et je pense que ça correspond à un profond désir des musulmans de notre pays.

Vous savez, Aristide Briand, quand il parlait de la laïcité, quand il disait « Quand je vois la religion, je vois toujours deux choses. Je vois le croyant dont la foi doit être protégée et je vois l'institution qui peut venir s'opposer à la République. Et bien, et là, je dois le combattre. Et bien, voilà, il y a les deux choses à faire à la fois. Il y a à la fois protéger les croyants qui se sentent protégés jusque dans leur morsquier, qui se sentent pas à deux poids de mesure avec un ministre de l'Intérieur qui est supposé être le ministre des cultes et qui lance quand même comme un cri de guerre pour conquérir les LR à bas le voile.

Est-ce qu'on imagine Georges Clemenceau ou Aristide Briand crier « A bas la calotte » quand ils étaient ministres ? C'est impensable. Donc là, il y a une pratique depuis le sommet de l'État qui stigmatise et qui, évidemment, renforce en contre-moi, point, un sentiment d'être victime et qui contribue à séparer les musulmans de la République. C'est de cette spirale infernale avec des alliés objectifs qu'on doit sortir.

13:24
Locuteur non identifié

Et toujours avec le député de la Somme Picardie Debout, c'est le nom de votre parti, François Ruffin. On va parler de la loi fin de vie, l'examen du texte sur l'aide à mourir a commencé cette semaine à l'Assemblée nationale. Il doit être voté la semaine prochaine. Peut-être d'abord, avant de parler du fond, on parlait du fait religieux. Les représentants des cultes ont fait conjointement, publiquement, part de leur opposition à ce texte la semaine dernière. Est-ce qu'ils sont dans leur rôle ? Pour moi, sur ce débat,

14:00
François Ruffin

toutes les convictions sont respectables. Et que les institutions religieuses émettent un vœu à cette occasion ne me choque pas particulièrement. Mais qu'ils cherchent à mobiliser les fidèles. Vous savez, il y a des lobbies qui sont des lobbies de nature différente qui interviennent sur les parlementaires. Maintenant, le choix sera fait par chacun des parlementaires de se prononcer lui-même en son âme et conscience. Et je ne veux pas faire dériver, on est sur une question qui est essentielle, l'humain d'abord de la naissance à la mort jusqu'à la mort. Et c'est ça dont il s'agit. Et moi, je vous dis ma déception d'abord sur les soins palliatifs. J'ai visité...

14:39
Présentateur

Le texte a été voté ?

14:41
François Ruffin

Le texte a été voté. Vous voyez, vous êtes contente.

14:43
Présentateur

Non, je ne suis pas contente, je le constate. Vous parlez d'unanimité, quasiment. Oui,

14:46
François Ruffin

mais moi, je vous dis un gros souci. Pourquoi ? Je vous dis un gros souci parce qu'on pose un principe avec lequel je suis d'accord qui est les soins palliatifs sur tout le territoire pour tous les Français, pour tous les malades. Mais ça, ce sont des déclarations. Derrière, il faut les moyens. C'est la même chose sur le handicap. On a des grandes déclarations, mais derrière, il faut les moyens. C'est la même chose.

15:09
Présentateur

J'imagine que vous, en tant que législateur, vous vous assurez aussi qu'il y a les moyens derrière.

15:12
François Ruffin

Je peux vous dire que les moyens n'y sont pas. Donc, je peux vous l'affirmer. D'accord ? Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, on a un malade sur deux en fin de vie qui aurait besoin de soins palliatifs et qui n'y a pas accès. Vous savez que c'est 19 départements où il n'y a rien du tout. Que la France est en queue de classement sur les soins palliatifs.

15:29
Présentateur

Le ministère de la Santé a annoncé un effort particulier.

15:31
Locuteur non identifié

Cet effort n'est pas du tout à la hauteur. Là, vous allez donner des arguments aux personnes qui s'opposent au texte sur la fin de vie.

15:38
François Ruffin

Mais est-ce que vous pouvez m'entendre d'abord sur si on a le désir commun que vous-même, que vos parents, jusqu'au fil de leur existence, soient traités avec dignité et donc aient accès aux soins palliatifs, entendez qu'il faut des moyens derrière. Il faudrait au moins un doublement des moyens puisqu'il y a la moitié des malades qui n'y ont pas accès. Or, c'est même pas ce qui est prévu à l'horizon dix ans. Quand on sait que pendant ce temps-là, il va y avoir, d'une part, encore la démographie qui va vieillir et que de l'autre côté, il va y avoir de l'inflation. Donc, je vous le dis, dans dix ans, ce sera la même chose.

On aura grosso modo un malade sur deux qui ne sera pas accompagné en soins palliatifs.

16:18
Présentateur

On entend votre alerte sur les soins palliatifs mais permettez-moi, c'est un sujet qui est à côté de l'aide à mourir puisque, vu les conditions d'accès à cette aide à mourir qui sont très très très restreintes, ceux qui sont en soins palliatifs, en fait, c'est une infime minorité qui pourrait y avoir accès.

16:34
François Ruffin

Justement, normalement, l'aide à mourir, et je veux vous dire que je suis pour, avec un certain nombre de garde-fous, mais l'aide à mourir doit être l'exception quand les soins palliatifs ont été proposés, essayés et qui ne répondent pas à la douleur physique ou psychique du malade. Or, là, je vous dis que pour la moitié des personnes, dans dix ans, encore on se donne le temps, eh bien, il n'y aura toujours pas des soins palliatifs dignes qui seront offerts parce que les budgets ne sont pas là, parce qu'on ne peut pas avoir des grandes déclarations de principe et ensuite, des budgets qui ne sont pas à la hauteur.

Moi, je vous dis sinon que, et ça fait le lien pour moi avec toute une absence de ces dernières années qui est un gros projet loi grand âge. Il faudrait assurer aux personnes âgées qui sont évidemment de plus en plus neubreuses qu'elles pourront vieillir dignement à leur domicile ou en établissement, qu'elles n'auront pas de soucis pour payer et que quand elles devront aller à l'hôpital, elles seront bien traitées jusqu'au fil de leur existence. Donc moi, je demeure toujours pour un... C'est l'un de nos grands défis, c'est le défi démographique parce qu'il y a un vieillissement du pays. Or, on ne planifie pas ça, on n'organise pas ça, au contraire, on le laisse de côté sans loi grand âge.

Maintenant, je vais vous répondre parce que je ne suis pas là pour fuir la question de l'aide à mourir, mais je redis, ça doit être l'exception des exceptions. Ça doit être... On sait que par exemple dans le cas de la maladie de Charcot chez moi à Amiens et je l'avais reçu à ma maison Loïc Résibois qui exprimait une immense souffrance parce qu'il ne pouvait plus bouger, parce qu'il était condamné et il demandait à avoir droit à cette aide à mourir et il a fait un appel à ça auquel on ne peut pas rester insensible.

Donc, quand c'est bien encadré comme le souhaite la loi, quand c'est dans le cas d'une affection grave, incurable, avec le diagnostic vital qui est engagé, quand ça se fait avec une décision éclairée, réitérée à la demande du patient, j'y suis favorable, mais de manière encadrée. Je le dis parce que le risque sinon, c'est de glisser de choix individuels en fait à des choix contraints parce que les soins palliatifs ne sont pas au rendez-vous.

18:46
Locuteur non identifié

Autre actualité, François Ruffin, la semaine dernière, ArcelorMittal, qui prévoit toujours la suppression de 636 postes en France, a annoncé son intention d'investir plus d'un milliard d'euros, 1,2 milliard à Dunkerque pour construire un premier four électrique pour décarboner son industrie, intention qu'il doit se concrétiser par une décision ferme après l'été. Est-ce que c'est un premier pas décisif comme le dit le ministre de l'Industrie ? En l'état, absolument pas.

19:13
François Ruffin

C'est une intention, c'est au conditionnel, c'est dans un avenir extrêmement incertain. Et j'ai fait le catalogue hier devant le PDG d'ArcelorMittal France de toutes les promesses successives qu'ils ont effectuées et qui n'ont pas été tenues. Et par ailleurs, même ce projet-là, il réduit puisqu'il devait y avoir un four électrique à Dunkerque, un autre à Fosse-sur-Mer et qu'à Dunkerque, il devait y avoir un deuxième projet qui là n'apparaît plus tout comme n'apparaît plus Fosse-sur-Mer.

19:45
Présentateur

Ça veut dire quoi ? Vous n'avez pas confiance en fait en ArcelorMittal ?

19:47
François Ruffin

Là, ce qui se dessine et ce que j'ai entendu hier lors de la commission d'enquête parlementaire ne me rassure pas, c'est un abandon du territoire français, du territoire européen qui est programmé. Et d'ailleurs, un dirigeant de la CFDT là, se fait un lanceur d'alerte en disant le projet qui se dessine est encore plus tragique que ce qui s'est passé pour nous en Lorraine il y a une dizaine d'années. Donc là, non, ça ne va pas. Alors, qu'est-ce qui doit être fait ? Un, il y a un levier national. Pourquoi ? Parce que depuis des années et des années, j'ai réclamé hier un audit. Depuis des années et des années, il y a un sous-investissement d'ArcelorMittal sur ces sites français.

le témoignage revient par tous les ouvriers qui parlent de poutres cassées, qui parlent de sols affaissés, qui parlent de cuves percées. Mais ça,

20:38
Présentateur

ça ne ramène pas les emplois.

20:39
François Ruffin

Mais oui, mais c'est un gros enjeu parce que l'outil, à partir du moment, si on décide, vous savez, j'ai une habitude de comment ça se passe l'abandon d'une industrie. J'ai 25 ans d'expérience à la matière. Quand on n'investit pas pendant des années, quand on laisse péripu quitter l'outil de travail, ça dit quelque chose sur une intention. Donc, il faut un audit de ça. Et la deuxième chose, évident, c'est l'Union Européenne, elle doit se protéger, se protéger, se protéger. Elle doit se protéger sur l'acier, mais elle doit se protéger sur l'industrie. Barrière douanière ? Pardon ? Barrière douanière ? Oui, taxe aux frontières, barrière douanière, quota d'importation.

Il faut du contingentement. Mais ça fait des années. Vous savez, la principale défaillance des autorités françaises et européennes maintenant sur l'industrie, et ça dure depuis des années, c'est de ne pas établir de protection. On a une évidente invasion là et ça va faire que s'accroître son choix là, c'est de dire on va signer de nouveaux accords de libre-échange avec l'Inde, avec la Malénie, avec le Vietnam.

21:35
Locuteur non identifié

Mais vous savez pourquoi ? Parce que si vous dites barrière douanière, l'Union Européenne, elle craint des mesures réciproques et donc de la perte d'emploi au bout du compte. Eh bien,

21:42
François Ruffin

l'Union Européenne, elle doit sortir de sa doxa du libre-échange parce que c'est ce qui tue l'industrie depuis 40 ans. Et vous voyez au point où on est avec des choses qui sont complètement aberrantes. On a donné des millions d'euros pour construire des usines de masques et derrière les usines de masques elles ferment. Pourquoi ? Parce que 99,6% des masques sont produits en Chine. Donc il y a un choix. Soit on veut retrouver notre souveraineté et moi je ne dis pas qu'il faut relever les barrières tous azimuts.

Je demande à ce qu'il y ait un plan, ce qu'il y ait un plan des 100, qu'on identifie les 100 produits et moi je mets dedans les aliments, je mets les médicaments, je mets l'armement, qu'on identifie les 100 produits qui sont des produits clés que là on veut protéger sur lequel on a une stratégie à la fois industrielle et une stratégie commerciale. Or aujourd'hui il y a zéro stratégie et c'est les gars d'Arcelor mais pas seulement qui vont souffrir parce que maintenant ce sont les patrons, ce sont les patrons d'Arcelor, ce sont les patrons de Valeo, ce sont les patrons de la mécanique automobile, ce sont les patrons de la chimie qui disent il faut se protéger.

Donc il y a une urgence, Emmanuel Macron pendant la crise du Covid avait dit que déléguer à d'autres notre souveraineté était une folie. Et bien on est toujours dans cette folie. Il faut en sortir.

22:50
Présentateur

Pour terminer François Ruffin, l'actualité internationale avec ce qui se passe au Proche-Orient, la situation à Gaza qui scandalise la plupart de la classe politique en France, Marine Le Pen, elle, estime qu'Israël fait ce qu'il peut dans une situation extrêmement difficile.

23:07
François Ruffin

On a un pays qui est affamé, deux millions de personnes qui souffrent, on a des risques génocidaires, un génocide qui est en cours, on a des bombardements qui la nuit dernière ont encore fait une centaine de morts, bon, et il nous reste une anti-humaniste, c'est Marine Le Pen. Maintenant, pour les autres, pour tous ceux qui disent maintenant c'est une horreur, c'est une honte, je veux qu'on passe des paroles aux actes.

Il nous faut des actes, il nous faut des sanctions, il nous faut un embargo sur Israël comme on l'a fait sur l'apartheid en Afrique du Sud, il nous faut des résolutions avec une session extraordinaire du Conseil des Nations Unies pour un cessez-le-feu à Gaza pour une fin des colonies en Cisjordanie. il faut qu'on interdise l'entrée sur le territoire européen des alliés qui soient sportifs, qui soient culturels, qui soient politiques de Benjamin Netanyahou. Vous savez que moi, pour aller en Israël, je me suis fait refuser mon visa parce que je voulais y rendre visite à la fois aux amis de gauche israéliens qui existent et évidemment aux amis palestiniens. Ils nous ont interdit le visa.

Qu'on leur fasse la même chose. Vous savez, on ne peut pas être dans un deux poids, deux mesures avec d'un côté la méchante Russie de Vladimir Poutine sur lesquelles on en est au 17ème train de sanctions et un an et demi après les massacres perpétrés par Benjamin Netanyahou être toujours à zéro train de sanctions sur M. Netanyahou et ses alliés.

24:33
Locuteur non identifié

François Ruffin, on ne peut pas poursuivre puisqu'il est déjà 8h59. Merci d'avoir été l'invité de France Info ce matin. Dans un instant, les informés, Salih Abraklia et Renaud Deli.

Primaire de la gauche pour 2027, ArcelorMittal, conseil de défense sur les Frères musulmans... Le "8h30 franceinfo" de François Ruffin — François Ruffin · Pourquijevote