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interviewBFMTV· 5 septembre 2024 20 min

"Marine le Pen n'est pas la DRH d'Emmanuel Macron": l'interview intégrale de Sébastien Chenu (RN)

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Sébastien Chenu.

0:05
Sébastien Chenu

Bonjour Madame.

0:05
Présentateur

Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions. Vous êtes député Rassemblement National du Nord et vous êtes vice-président du RN. Finalement c'est vous qui choisissez le Premier ministre.

0:15
Sébastien Chenu

Il y a un peu d'ironie dans tout cela, parce que dans ce que vous dites probablement, mais aussi dans la situation que nous vivons, c'est qu'il y a quelques semaines, il ne fallait pas parler au Rassemblement National, il fallait le faire battre à tout prix et il ne fallait pas que le Rassemblement National puisse exercer une quelconque responsabilité à l'Assemblée Nationale. Et aujourd'hui, c'est tout juste si on ne nous fait pas la cour et si Marine Le Pen ne devient pas la DRH d'Emmanuel Macron. Marine Le Pen n'est pas la DRH d'Emmanuel Macron. Le Rassemblement National n'est pas là pour valider ou invalider une idée saugrenue qui traverse l'esprit d'Emmanuel Macron chaque jour.

Nous sommes là pour poser un certain nombre de conditions. Mais oui, la réalité c'est que nous sommes la première force politique et que par conséquent, on ne peut pas faire sans nous.

0:56
Présentateur

En fait, le président de la République a choisi une méthode dans laquelle, à la fin des fins, c'est vous qui êtes les faiseurs de roi. On a bien vu ces derniers jours, en testant un certain nombre d'hypothèses ou de noms, au fond, si Marine Le Pen ou vous, Sébastien Chenu, disaient « on censure », il était obligé de retirer ce nom de la table.

1:17
Sébastien Chenu

Oui, il y a quelque chose qui quand même est totalement saugrenu chez Emmanuel Macron. D'abord, tous les jours, c'est un peu le baltrap, sort un nouveau nom qui est quand même l'incarnation de ce qu'Emmanuel Macron appelait le vieux monde. Vous vous rappelez, en 2017, il arrive en disant qu'avant lui, il n'y avait que des bons à rien, des incapables, des voleurs, le vieux monde. Et aujourd'hui, tous les jours, on a un représentant de ce vieux monde qu'Emmanuel Macron soumet finalement à notre approbation. Non, mais là aussi, tout ça n'est pas cohérent politiquement.

1:44
Présentateur

Non, mais vous jouez le jeu, vous en profitez bien. Je veux dire, quand Emmanuel Macron appelle Marine Le Pen en lui disant « écoutez, on est à deux doigts, je vais nommer Xavier Bertrand », Marine Le Pen dit « pas question, je le censure », et il renonce.

1:56
Sébastien Chenu

Nous, on a une cohérence que n'a pas Emmanuel Macron. Qu'on pensez que, justement, Emmanuel Macron peut nommer un jour Xavier Bertrand et le lendemain Thierry Baudet, comme il avait pu nommer Jean-Michel Blanquer et Pape Ndiaye à l'éducation, c'est-à-dire qu'il n'y a absolument aucune cohérence, aucune ligne idéologique, programmatique, politique, et ça, c'est évidemment totalement saugrenu. Chez nous, il y a une cohérence. La cohérence, c'est quoi ?

C'est-à-dire, nous, on ne censurera pas immédiatement, c'est-à-dire, a priori, un Premier ministre qui dirait qu'il va sur la proportionnelle, qu'il ouvre le dossier de la proportionnelle, qu'il s'attaque au chantier « immigration, sécurité, pouvoir d'achat des Français » et qui respecte le Rassemblement national comme première force politique. À partir du moment où on a un Premier ministre, un nom de Premier ministre qui s'engage à minima sur cela, nous n'allons pas le censurer immédiatement.

2:41
Présentateur

Et on va voir ensemble ce matin, Sébastien Chenu, qui sont ceux qui, donc, pourraient avoir votre aval et ainsi être nommés, peut-être même, dans la journée. Revenons simplement par étapes. Xavier Bertrand, c'était donc presque fait, mais vous avez dit que vous le censureriez de manière automatique et immédiate. Est-ce qu'avec Xavier Bertrand, ce n'était pas un peu une vengeance personnelle ?

3:02
Sébastien Chenu

Non, pas du tout. Et d'abord, Xavier Bertrand ne représente rien. C'est la quatrième ou cinquième force. Il est quand même président d'une très grosse région, qui est en l'occurrence la région d'où vous êtes élu. Politiquement, il ne représente pas une force politique dans le pays considérable, puisque les Républicains qui sont élus, 40 députés à l'Assemblée, ont bénéficié pour la plupart du retrait, enfin de l'absence de candidats macronistes et ensuite du retrait des candidats de gauche pour pouvoir être élus, ne représentent pas une force politique. Xavier Bertrand, c'est ensuite une ligne politique, le moins qu'on puisse dire, c'est flou.

C'était le financement pendant des années du lycée islamiste Averroès, c'est le soutien à des candidats communistes dans notre région aux élections pour faire battre le Rassemblement national. C'est quelqu'un, quand on l'a vu au Manette, lorsqu'il était ministre de la Santé, n'a pas fait ses preuves. C'était des fermetures de lits, c'était la tarification à l'acte. Donc si vous voulez, c'est quelqu'un qui a un lourd passif et qui en plus... Donc ça n'a rien de personnel, c'est pas parce que c'est lui qui a battu Marine Le Pen. Et cerise sur le gâteau, c'est quelqu'un qui disait, il va falloir... J'ai brisé les mâchoires du Rassemblement national.

C'est quelqu'un qui a insulté, pendant des années, qui continue de le faire, les électeurs du Rassemblement national et aujourd'hui les 20 députés RN.

4:07
Présentateur

Donc il faudra que le futur Premier ministre soit gentil avec le RN.

4:09
Sébastien Chenu

Ce n'est pas être gentil. Respecter la première force d'opposition à l'Assemblée nationale, le premier parti politique français, c'est le minimum. Et surtout, ce n'est pas pour nous faire plaisir à nous. Je m'en fiche que Xavier Bertrand, chaque mois, nous insulte à la région. J'ai le cuir suffisamment épais. Mais derrière, c'est des millions d'électeurs qui l'insultent, qui le méprisent, qui le prend pour des imbéciles. Donc si vous voulez, on ne peut pas entrer dans une situation aussi difficile pour le pays avec un Premier ministre qui commence par un crachat au visage de millions d'électeurs que nous représentons.

4:38
Présentateur

Vous n'aviez pas censuré Elisabeth Borne. Vous aviez estimé à l'époque que vous n'aviez pas, et je cite Marine Le Pen à l'époque, l'objectif de faire sauter les institutions. Vous n'aviez pas censuré Gabriel Attal. Et là encore, l'argument, c'était les institutions disant « Nous traversons déjà une crise sociale, économique et sécuritaire. Nous n'avons pas besoin d'une crise de régime. » Est-ce qu'aujourd'hui, vous n'êtes pas ceux qui pourriez débloquer la situation et qui, malgré tout, encourager la crise de régime ?

5:06
Sébastien Chenu

Non, mais vous savez, c'est très clair ce que nous disons. Nous censurons un Premier ministre issu du nouveau Front populaire, car nous pensons leur programme dangereux pour notre pays. Nous l'avons déjà dit. Nous censurons Xavier Bertrand ou Bernard Cazeneuve pour les raisons que j'ai expliquées. Et pour le reste, eh bien, regardons sur la table, selon les conditions que Paris Le Pen exprime, qui peut, évidemment, aujourd'hui, apparaître comme un Premier ministre technique, d'ailleurs, mais qui permet, en tous les cas, de passer cette année difficile et d'en sortir, car à la fin, il faut sortir d'une crise politique.

Pour sortir de cette crise politique, qui a été quand même élaborée par Emmanuel Macron et Gabriel Attal, les désistements avec la gauche, c'est ça qui a conduit à cette situation, eh bien, il faudra la proportionnelle.

5:43
Présentateur

Alors, on y va. Michel Barnier.

5:44
Sébastien Chenu

Alors, on ne va pas faire le baltrap. Ah ben si, parce que là, il y en a deux. De toute façon, je ne vais pas vous en faire dix, je vais vous en faire deux.

5:48
Présentateur

Il y a Michel Barnier et il y a François Bayrou.

5:50
Sébastien Chenu

Je ne vais pas jouer au baltrap, mais semblant, je vous dis les choses. Michel Barnier, ça ne fait rêver personne. Les Français ne sont pas allés voter au mois de juin aux Européennes, puis ensuite au mois de juillet pour les législatives, en se disant, chouette, vivement, qu'on sorte de ces élections avec Michel Barnier, Premier ministre. C'est évidemment l'incarnation de quelqu'un qui est soumis à la doxa européenne. C'est quelqu'un qui est dans la vie politique. Il a été commissaire européen, bien sûr.

6:15
Présentateur

Il a été le négociateur du Brexit pour la Commission européenne.

6:18
Sébastien Chenu

Ce n'est pas du tout notre ligne politique. Mais comme on sait que le Premier ministre qui viendra ne sera pas sur notre ligne politique, il faut bien en prendre acte. Donc moi, j'attends de voir. Est-ce que Michel Barnier s'engage sur la proportionnelle ? Pas sûr, car il vient d'une famille, il est républicain, qui est très hostile à la proportionnelle. Est-ce qu'il est respectueux du Rassemblement national ? J'ai le sentiment qu'il est plutôt, en tous les cas, la première force d'opposition, quelle qu'elle soit respectueuse du Rassemblement national et des oppositions. Est-ce qu'il est décidé à s'engager sur l'immigration, la sécurité et le pouvoir d'achat des Français ?

Je doute, ça ne fait pas rêver, Michel Barnier, mais j'attends d'écouter. Ce n'est pas une question de personne, c'est une question de discours.

6:51
Présentateur

En tout cas, au moment où l'on se parle, Sébastien Chenu, à 8h39 ce jeudi matin, vous ne dites pas a priori non ?

6:57
Sébastien Chenu

Non mais j'attends de l'écouter, on va voir, que pense que... Oui mais Xavier Bertrand, vous n'attendiez pas à l'écouter. C'est bon, on l'entend tous les mois à la région nous vomir dessus, on l'a vu à l'œuvre, il est particulièrement odieux, il appelle à voter pour nos adversaires à chaque élection, enfin, je veux dire, c'est bon, on l'a vu. Michel Barnier, vous ne dites pas... Mais Michel Barnier, on ne sait pas aujourd'hui quel est son projet pour le pays. Et le problème d'ailleurs, c'est qu'Emmanuel Macron veut nommer quelqu'un qui ferait semblant d'être un opposant, mais qui continuerait sa politique. Et il est là le problème de méthode d'Emmanuel Macron.

C'est que ça ne sert à rien de tester des noms tous les jours, qu'il nomme quelqu'un, selon les conditions, nous, que nous avons exprimées.

7:35
Présentateur

En fait, c'est un problème de méthode pour vous avoir demandé aux uns et aux autres, d'ailleurs, pas seulement à vous, mais vous avoir demandé aux uns et aux autres une sorte d'engagement moral avant même que le Premier ministre lui-même ne puisse chercher une majorité, le ou la Premier ministre, Lucie Casteste est pareil, il ne leur a même pas laissé le temps de venir eux vous chercher.

7:51
Sébastien Chenu

Raison pour laquelle il est plus intéressant de dire, voilà, nous avons quelques lignes rouges, si le Premier ministre ne les franchit pas, eh bien, nous, on regardera et on ne le censurera pas a priori, car il y a la censure a priori, puis après, il y aura le vote du budget, qui est une autre étape, est-ce qu'on votera un budget que préparait un Barnier ou quelqu'un d'autre ? C'est autre chose, ça encore. Donc, si vous voulez, il y a la censure a priori, on a dit gouvernement, Front Populaire, Cazeneuve, Bertrand, on censure a priori, et ensuite, on jugera sur pièce.

8:18
Présentateur

– Michel Barnier, ce n'est pas non. François Bayrou ?

8:20
Sébastien Chenu

– Oui, non plus, je ne sais pas ce que pense Michel Barnier, c'est ça le problème d'ailleurs. – François Bayrou ? – Et François Bayrou, c'est un peu pareil, je note que François Bayrou est quand même un artisan, en tous les cas un promoteur plutôt, de la proportionnelle, qu'il est plutôt correct avec nous. – Il a toujours défendu la proportionnelle. – On est très éloignés.

8:37
Présentateur

– Il avait donné son parrainage pour les présidentielles à Marine Le Pen, estimant que les Français devaient pouvoir choisir.

8:44
Sébastien Chenu

– Voilà, on est très éloignés sur la vision que nous avons en matière de politique européenne en particulier, ou en matière de fiscalité, etc. Nous ne sommes pas du tout, et on ne sera pas sur la ligne de ce Premier ministre, mais François Bayrou est un homme estimable. Maintenant, je veux dire, on attendra aussi de voir sur quoi il s'engage. Je le redis, le pouvoir d'achat, les Français, l'inflation continue à augmenter, en plus de 0,6% au mois d'août, la sécurité, l'immigration, et on a vu des faits de société très graves ces dernières semaines, ces derniers jours. On attendra de voir ce qu'un Premier ministre, si c'était François Bayrou, proposerait.

9:20
Présentateur

– Mais encore une fois, vous dites qu'il est estimable,

9:22
Sébastien Chenu

et que vous ne s'en surriez sans doute pas approprié. – Il y a des gens estimables dans la vie politique française. – Qui d'autre ?

9:28
Présentateur

Parce que, quitte à ce que vous soyez faiseur de roi, allez-y !

9:30
Sébastien Chenu

– Non, mais moi, comme je vous l'ai dit, nous ne sommes pas les DRH d'Emmanuel Macron. Emmanuel Macron a créé une situation, alimentée par Gabriel Attal, avec l'histoire des désistements.

9:39
Présentateur

– Parfois, vous n'avez pas envie d'être DRH, mais enfin, vous l'êtes un peu quand même.

9:41
Sébastien Chenu

– Non, on donne des principes.

9:42
Présentateur

– Vous êtes en train de le devenir.

9:43
Sébastien Chenu

– Non, mais on donne des principes, mais parce que nous sommes le plus gros groupe et qu'on ne peut pas faire sans nous. Il est évident que demain, peu de lois pourraient passer sans le Rassemblement national, et le Rassemblement national sera celui qui pourra décider, par exemple, de l'abrogation de la réforme des retraites. D'ailleurs, nous allons le proposer fin octobre avec Marine Le Pen.

Donc, nous sommes la première force politique, on ne peut pas faire sans nous, on n'est pas là pour désigner le Premier ministre, mais on est là pour dire, attention, il y a des lignes rouges si on veut que ça se passe, et surtout, que ça se passe bien pendant un an, parce qu'à la fin, évidemment, il faudra bien passer à autre chose. Le pays ne peut pas être dans une situation pareille.

10:16
Présentateur

– Le nouveau Front populaire ne s'y trompe d'ailleurs pas, puisque l'on reçoit à l'instant un communiqué de presse signé par les quatre chefs des quatre partis membres du nouveau Front populaire, qui constate que seuls deux choix, je cite, s'offrent aujourd'hui au président de la République, soit un gouvernement issu du nouveau Front populaire, soit un gouvernement issu du camp présidentiel, mais qui aurait besoin du soutien du RN.

10:43
Sébastien Chenu

– Ce n'est pas le soutien du Rassemblement national. Nous, on n'est pas là pour soutenir une politique qui n'est pas la nôtre. On est là pour dire, encore une fois, il y a des principes, il y a des priorités. On en a fait, j'en ai fait état, j'ai fait état d'un certain nombre de ces priorités. La gauche n'a pas gagné ces élections. Donc, là aussi, c'est une mystification, le fait de dire que le Front populaire peut venir…

11:02
Présentateur

– Ils ne sont peut-être pas gagnés, ils sont arrivés premiers.

11:03
Sébastien Chenu

– Non, mais c'est une coalition, le premier groupe, c'est nous. Et on n'est pas en train de dire, il faut nommer un premier ministre du RN, puisque Jordan Bardella l'avait dit avec justesse, sans majorité absolue, c'est impossible de gouverner. Et nous, nous n'emmènerions pas les Français dans cette impasse.

11:17
Présentateur

– Sébastien Chenu, est-ce qu'Emmanuel Macron, au fond, ne doit pas démissionner ?

11:20
Sébastien Chenu

– Je crois qu'aujourd'hui, Emmanuel Macron a d'autres possibilités que celle-ci. Aujourd'hui, au moment où nous nous parlons, trouver effectivement la solution qui permettra, en nommant quelqu'un d'aller voir les groupes parlementaires à l'Assemblée nationale, et lui-même de trouver des majorités peut-être sur chacun des textes ou pas, et de construire un budget. Je vous rappelle que le chronomètre est lancé. On doit quand même, à partir du 1er octobre, se pencher, en tous les cas, voter un budget. Raison pour laquelle nous nous demandons aussi une session extraordinaire. Marine Le Pen a écrit au président des groupes demandant une session extraordinaire.

Il faut bien qu'on vienne à l'Assemblée.

11:51
Présentateur

– Ont-ils répondu ?

11:52
Sébastien Chenu

– À ma connaissance, pas aujourd'hui, mais certains ont répondu par voie de presse qu'ils demandaient aussi une session extraordinaire.

11:57
Présentateur

– Mais alors qu'ils demandent quoi ? Qui doit décider ? Qui doit trancher ?

12:01
Sébastien Chenu

– Mais la session extraordinaire, elle se décide par le président de la République, ou par une majorité de députés qui décident de siéger ensemble. C'est même, j'allais dire, l'histoire de notre pays.

12:09
Présentateur

– Mais Richard Ramos, qui était mon invité ce matin sur AMC, il disait, on est quatre Pékin dans les couloirs de l'Assemblée nationale. Il dit, vraiment, ça fait écho tellement c'est vide, l'Assemblée nationale. On est trois ou quatre, alors qu'en réalité, on devrait déjà tous y être.

12:22
Sébastien Chenu

– Évidemment.

12:23
Présentateur

– En fait, rien ne vous empêche d'y aller pour au moins commencer à discuter.

12:25
Sébastien Chenu

– Non mais évidemment, il faut être convoqué. – Vous avez chacun vos bio. – Il faut être convoqué pour ça.

12:30
Présentateur

– Pour faire une session de manière tout à fait officielle, oui, mais vous pourriez déjà commencer à proposer, à discuter, à essayer de trouver une solution.

12:35
Sébastien Chenu

– Mais nous avons fait des propositions, Marine Le Pen fait des propositions. Elle dit, ouvrons immédiatement un débat sur la sécurité, ouvrons un débat sur les finances publiques, ouvrons un débat sur l'agriculteur. Allons-y pour faire naître des propositions qui ensuite pourraient vivre dans cette année un peu compliquée. Et puis à la fin, sortons de ce chaos politique en ouvrant le débat sur la proportionnelle qui permettrait en 2025 de redissoudre l'Assemblée nationale, d'instaurer la proportionnelle et de revenir avec un système qui permettrait de dégager une majorité pour gouverner le pays.

13:06
Présentateur

– Donc vous n'appelez pas à la démission d'Emmanuel Macron, mais on comprend bien qu'au fond, si le pays est totalement bloqué et qu'il démissionne, ce ne serait pas plus mal pour vous.

13:15
Sébastien Chenu

– Aujourd'hui, ça n'aurait pas de sens, puisqu'on ne peut pas dissoudre l'Assemblée nationale. Donc on se retrouverait avec une élection présidentielle et puis une Assemblée nationale qui ne peut pas être dissoute jusqu'en juin.

13:23
Présentateur

– Donc ça veut dire une démission en juin.

13:25
Sébastien Chenu

– Donc de toute façon, on est à peu près condamné à aller jusqu'au mois de juin avec cette chambre, avec cette Assemblée nationale. Et en juin, je pense qu'Emmanuel Macron doit redissoudre l'Assemblée nationale en ayant instauré la proportionnelle. Si tel n'était pas le cas, alors effectivement, ce sera très compliqué pour lui de continuer.

13:41
Présentateur

– Redissoudre ou démissionner encore une fois ?

13:43
Sébastien Chenu

– D'abord dissoudre, d'abord dissoudre.

13:44
Présentateur

– Édouard Philippe se dit prêt, il prend de l'avance, et prêt y compris dans ce scénario qui devient palpable d'une démission anticipée du président de la République.

13:57
Sébastien Chenu

– Oui, c'est drôle parce qu'Édouard Philippe, il pense avoir un métro d'avance, et moi je pense qu'il a totalement un métro de retard. Édouard Philippe, il fait lever l'espoir chez qui ? Qui a envie de voir revenir l'homme des 80 km heure, l'homme du blocage de la France par les Gilets jaunes dû à ses décisions, l'homme de la retraite à 69 ans, l'homme qui n'a rien fait sur l'immigration et qui nous dit, dès qu'il n'est plus au pouvoir, il faudrait revoir les accords de 68 avec l'Algérie. Il avait les leviers, il avait les manettes.

L'homme qui était, d'ailleurs c'est la Macronie, qui probablement par vengeance le fait savoir, était beaucoup plus extrémiste qu'Emmanuel Macron lorsqu'il s'agissait d'aller sur une réforme des retraites, en particulier. Donc je veux dire, Édouard Philippe, ces méthodes, on les a vues, c'est des méthodes d'hier, des méthodes du passé dont les Français ne veulent pas. Ils pensent avoir un métro d'avance, il y a un métro de retard.

14:44
Présentateur

C'est fini pour Édouard Philippe ? On a presque l'impression que la présidentielle est lancée et que vous êtes déjà dans le combat face à un Édouard Philippe qui clairement s'est mis aussi dans le jeu.

14:54
Sébastien Chenu

Édouard Philippe, c'est déjà fini. Avant d'avoir commencé, c'est fini. Mais l'élection présidentielle, pourquoi est-ce qu'on a l'impression qu'on s'y dirige rapidement ? Parce qu'Emmanuel Macron est démonétisé, parce que sa parole, son action, seront particulièrement limitées dans les années qui viennent. Il n'a plus de majorité, il parle, il consulte, il se met dans des impasses et il met la France dans des impasses et il ne peut pas se représenter en plus. Donc tout le monde se dit, Emmanuel Macron, ça n'a plus beaucoup d'intérêt. Son propre camp est en train d'essayer triper. Les Gabriel Attal, les Darman, les Édouard Philippe, etc. veulent tous y aller.

Ils cherchent à faire le mauvais coup aux voisins pour quoi faire ? Pour continuer les mêmes politiques. Nous, on a une offre cohérente, une offre politique qui est différente. Je crois que les Français la connaissent bien maintenant et par conséquent, nous continuerons à alimenter cette offre politique.

15:39
Présentateur

Ils ne vous ont pas donné les manettes. Il y a cette question aussi de la loi de finances, c'est-à-dire que pendant tout ce temps-là, il y a quand même de l'argent qui doit sortir chaque jour des caisses de l'État pour payer toutes les dépenses. Et Bercy tire à nouveau, à nouveau le signal d'alarme, estimant qu'il va y avoir encore un nouveau dérapage. Il y a des engagements qui ont été pris auprès de Bruxelles. Quelle solution apporter ? Est-ce qu'il faut un sérieux budgétaire ou est-ce qu'il faut continuer à faire déraper les comptes ?

16:09
Sébastien Chenu

Non, Marine Le Pen a dit qu'une dette, en tous les cas, ça se payait, contrairement à ce que dit Jean-Luc Mélenchon, qui lui, la passe par-dessus l'épaule. Mais la situation que nous laisse le gouvernement, Atal, le maire, est terrible. Je rappelle quand même que Gabriel Atal nous avait dit qu'il ferait des économies sur la fraude sociale. Il y a 10 milliards à aller récupérer là-dessus. On en est où ? Gabriel Atal qui parlait de la désmicardisation de la France, c'était il n'y a pas si longtemps, c'était il y a 5-6 mois. On en est où ? Gabriel Atal et la carte vitale biométrique, on en est où ? En réalité, ils ont laissé les comptes déraper.

Ils ont fait une politique de chèque qui n'a rien résolu. Alors que d'un côté, il faut avoir, j'allais dire évidemment des mesures d'économie. On peut en lister un certain nombre. Il faut avoir des mesures fiscales, revoir une certaine de fiscalité. Nous, on pensait par exemple à la taxe sur les surprofits. Je note que d'ailleurs, le Modem n'était pas désintéressé.

16:53
Présentateur

Là-dessus, vous auriez pu vous mettre d'accord ? Ça veut dire que si François Bayrou, ça fait partie des choses quand vous dites « j'attends de savoir qu'est-ce qu'il propose », s'il vient vous voir et qu'il dit « il y a la proportionnelle, il y a ceci, il y a cela, et puis tiens, je suis aussi pour une taxe sur les super profits », vous direz « pourquoi pas ? »

17:08
Sébastien Chenu

On dirait que c'est intéressant puisque nous l'avons proposé.

17:11
Présentateur

Ça fait partie de ce qui pourrait vous convaincre de ne pas le censurer.

17:13
Sébastien Chenu

Et on ajouterait qu'il faut donner du pouvoir d'achat aux Français par une hausse des salaires de 10% en échange d'un gel des cotisations patronales en réunissant immédiatement les syndicats patronaux, les syndicats de salariés, les partenaires sociaux.

17:23
Présentateur

Vous ne faites pas en revanche de l'abrogation de la réforme des retraites un préalable ?

17:27
Sébastien Chenu

Si, puisqu'on le dépose fin octobre dans notre niche. C'est le premier acte que nous posons de la rentrée parlementaire officielle.

17:32
Présentateur

Quand vous parlez de votre niche, il faut bien que tout le monde comprenne, il s'agit d'une niche parlementaire. C'est un ordre du jour. C'est un ordre du jour. Que nous maîtrisons ce jour-là. Plusieurs fois par an, vous déposez un certain nombre de propositions de loi. Ce jour-là, c'est donc vous qui avez les manettes pour les proposer. Et votre première proposition, ce serait donc ?

17:52
Sébastien Chenu

Absolument. C'est d'abroger la réforme des retraites. Je vous rappelle que cette réforme des retraites, on nous avait dit qu'elle allait faire des économies. On s'aperçoit qu'elle est très coûteuse aujourd'hui. Donc, si vous voulez, le système ne fonctionne pas. Remettons l'ouvrage sur le travail, l'ouvrage sur le métier, et puis réunissons les partenaires sociaux.

18:09
Présentateur

Pour abroger la réforme des retraites, il me semble qu'il faut une loi.

18:13
Sébastien Chenu

On nous dit que ça peut se faire par décret. Nous, on souhaite qu'en tous les cas, ce soit le Parlement qui s'en saisisse.

18:19
Présentateur

Et là, vous pourriez vous mettre d'accord avec le NFP pour voter ensemble ? Ils ne voteront pas.

18:22
Sébastien Chenu

Visiblement, ils n'ont pas envie de voter parce qu'ils ne sont pas une contradiction près. En réalité, on l'avait vu d'ailleurs sur des sujets... Donc, ça ne passera pas. C'est-à-dire que si vous n'arrivez pas

18:29
Présentateur

à vous mettre ensemble pour un truc sur lequel vous êtes totalement d'accord ?

18:32
Sébastien Chenu

C'est à la gauche d'assumer ses responsabilités. Quand on a proposé les surprofits, ils ne l'ont pas voté. Quand on a proposé la prise en charge de l'endométriose, ils ne l'ont pas voté. C'est-à-dire que ce sont des mesures qui peuvent soulager la vie quotidienne des Français. Et nous, nous les proposons. La gauche ne veut pas les voter. Et si eux le proposent, on le votera. Vous le voterez. Mais on n'est pas dingue, madame. Pour reprendre l'expression de Richard Ramos qui était mon invité ce matin et qui disait que c'était le président qui était dingue. Le président de Dingo. Nous, c'est l'intérêt de la France et des Français qui nous guident.

Si on propose quelque chose, même si ce sont nos adversaires politiques qui le proposent et qu'on peut le voter pour aboutir, on le fera. Vous savez, ça fait partie de toutes ces rumeurs insensées disant, oui, on teste auprès du Rassemblement national des noms. Encore une fois, nous ne sommes pas les DRH.

19:17
Présentateur

Jean-Louis Borloo ?

19:19
Sébastien Chenu

Non, mais Jean-Louis Borloo, moi, j'ai échangé avec lui. Il fait partie de ces gens estimables. Encore récemment ? Non, il y a déjà quelques semaines, en réalité. Il fait partie de ces gens estimables qui essayent de trouver des solutions pour notre pays. On a des vrais désaccords avec Jean-Louis Borloo, des vrais désaccords. Mais il est au moins respectueux et attentif, évidemment, à ce que le Rassemblement national peut penser, parce qu'il sait que nous sommes la première force politique.

19:41
Présentateur

Et je comprends donc qu'il y a une sorte de top 3, Jean-Louis Borloo, François Bayrou ou Michel Barnier, qui en tout cas passerait le premier cap, puisqu'il ne serait pas censuré.

19:51
Sébastien Chenu

Mais on combattra leur politique si elle est dans la lignée de celle d'Emmanuel Macron.

19:55
Présentateur

Mais vous ne les empêcherez pas ?

19:56
Sébastien Chenu

Il faudra bien le Premier ministre. Il ne sera pas à Rassemblement national.

19:58
Présentateur

Merci Sébastien Chenu d'être venu ce matin répondre à mes questions. Vous êtes député Rassemblement national du Nord et vice-président du parti. Il est 8h52 sur AMC et BFM TV.