Christophe Poinssot (BRGM) : "On est assez aveugles sur les ressources qui sont présentes dans notre sous-sol"
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« Le dernier inventaire, on l'a mené il y a une quarantaine d'années, dans les années 70-80. »
- 1:02Locuteur non identifiéPromesse
« On n'en avait pas besoin d'autant d'aujourd'hui. »
- 1:12Locuteur non identifiéChiffre
« On en regardait 22, là où aujourd'hui on en cherche une soixantaine. »
- 1:25Locuteur non identifiéPromesse
« C'était vraiment indispensable pour des enjeux de transition énergétique, pour des enjeux de souveraineté, de réindustrialisation. »
- 4:07Locuteur non identifiéFait
« On a commencé, effectivement, il y a quelques mois puisque ça a été lancé officiellement par le ministre en charge de l'Industrie et de l'Énergie le 13 février à Orléans. »
Temps de parole
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Il est 6h21, qu'y a-t-il dans notre sous-sol ? Quelles métauses devenues indispensables à notre vie moderne ? Combien de terres rares nécessaires à nos téléphones portables ? Ces ressources sont cruciales pour les enjeux de transition et de souveraineté et ce alors que la Chine multiplie les restrictions sur ses exportations. Un grand inventaire a récemment été lancé, mené par le BRGM, le Bureau de Recherche Géologique et Minière, qui vient de présenter ses tout premiers résultats. Bonjour Christophe Poinceau, vous êtes directeur général délégué du BRGM et membre de l'Académie des technologies. Alors là vous êtes en direct d'Orléans, où se trouve le BRGM ?
Ce n'est pas le premier inventaire du genre, il fallait une mise à jour ?
Ah oui, c'était indispensable effectivement. Le dernier inventaire, on l'a mené il y a une quarantaine d'années, dans les années 70-80. Et depuis en fait on s'était un peu désintéressé de ces sujets-là, puisqu'on pouvait s'approvisionner sur le marché mondial pour la plupart des ressources et puis on n'en avait pas besoin d'autant d'aujourd'hui. Il faut vraiment que vous disiez qu'à cette époque, on cherchait beaucoup moins d'éléments qu'aujourd'hui. On en regardait 22, là où aujourd'hui on en cherche une soixantaine.
Et on n'avait pas de technique d'investigation qui nous permettait de sonder le sous-sol, un peu à l'image de ce qu'on peut faire en médecine aujourd'hui au travers du corps humain. Et donc en fait on est assez aveugle sur les ressources qui sont présentes dans notre sous-sol. Et c'était vraiment indispensable pour des enjeux de transition énergétique, pour des enjeux de souveraineté, de réindustrialisation, qu'on puisse réapproprier cette connaissance de notre sous-sol. Et puis le cas échéant, si on trouve des gisements d'intérêt, pouvoir décider collectivement de les exploiter si on en a besoin.
Et donc vous cherchez quoi exactement ? Vous me disiez une soixantaine de matériaux. C'est quoi cette liste en fait ? Qui la définit ?
Alors, la soixantaine de matériaux, c'est ce qu'on va être capable d'analyser assez facilement d'un point de vue analyse chimique d'échantillons. Aujourd'hui, ce qu'on conduit, c'est ce qu'on appelle une étape d'inventaire stratégique. C'est-à-dire qu'on va passer avec des aéronefs, que ce soit des hélicoptères ou des avions, pour mesurer un certain nombre de paramètres physiques qui vont nous renseigner un peu comme quand vous faites une radio ou un scanner sur la structure du sous-sol. Et puis en parallèle, on va également prélever des échantillons dans des ruisseaux. Alors pourquoi dans des ruisseaux ? Parce qu'en fait, ça érode les flancs des collines ou des montagnes autour.
Et en fait, ça nous donne une bonne moyenne de la composition des roches qui sont présentes autour. Et tout ça, on va le combiner, notamment grâce à des techniques d'intelligence artificielle, des techniques numériques, avec toute la connaissance qu'on a déjà du sous-sol, avec toutes les données qui sont déjà disponibles, parce que ce n'est pas aujourd'hui qu'on a commencé quand même à s'intéresser à la géologie. Et tout ça, ça va nous permettre d'identifier dans des zones dans lesquelles on a des présomptions de présence de gisements, de concentrations plus importantes de tel ou tel élément.
Et à ce moment-là, il faudra passer dans une deuxième phase, qui n'est pas dans cet inventaire, qui est une phase qui est à la main plutôt des industries d'exploration, pour aller faire vraiment de la caractérisation plus précise en déposant un permis d'exploration.
Mais donc, pour découvrir ce qu'il y a dans notre sol, en tout cas, l'évaluer, faire cet inventaire, vous n'avez pas besoin de sortir des grosses machines, de creuser, de faire des carottages ultra profonds, juste avec un visionnage, je ne sais pas comment on pourrait dire le terme technique, donc par le ciel et regarder un peu ce qu'il y a dans les rivières, ça suffit ?
Ça va nous permettre d'identifier les zones dans lesquelles on a ce qu'on appelle dans le jargon, si vous me permettez, des anomalies, c'est-à-dire des zones dans lesquelles on a des concentrations anormales dans tel ou tel élément. Et donc, à partir de là, encore une fois, ça, ce n'est pas suffisant. Mais ça va permettre, sur cette base-là, qu'il y ait ensuite des entreprises qui viennent investir en déposant des permis d'exploration et de recherche qui sont donnés par l'État et qui, là, effectivement, feront des sondages, feront des forages pour mieux préciser, confirmer ou infirmer la présence de ces gisements.
Mais cette première étape, ce qu'on appelle stratégique, encore une fois, elle est vraiment à la main, je dirais, de la puissance publique dans tous les pays et c'est finalement un peu l'étape indispensable pour que derrière, on puisse avoir des investisseurs qui investissent.
Alors, vous avez commencé cette campagne il y a quelques mois. Est-ce que vous avez déjà des résultats intéressants ?
Alors, on a commencé, effectivement, il y a quelques mois puisque ça a été lancé officiellement par le ministre en charge de l'Industrie et de l'Énergie le 13 février à Orléans. On a déjà, pour le moment, des résultats intermédiaires mais au sens des résultats d'analyse chimique. On a déjà fait des campagnes aériennes cet été. Mais on n'a pas encore de résultats, je dirais, au sens de l'interprétation pour vous dire, dans telle ou telle région, il y a telle ou telle ressource d'intérêt.
Il n'a pas de grosse surprise, il n'a pas découvert une mine d'or gigantesque.
Il n'a pas découvert de mine d'or gigantesque, c'est trop tôt. Et puis, je dirais, de toute façon, il faut vraiment que vous ayez en tête que les gisements les plus proches de la surface, en fait, on les connaît quand même déjà historiquement, ils ont déjà été exploités. Donc, l'originalité de la démarche, ça, c'est vraiment d'être capable de descendre plus profond. C'est en profondeur, alors quand je dis en profondeur, entre 500, 1000 mètres, 1500 mètres de profondeur, qu'on ne connaît pas bien et on aura forcément des gisements, je dirais, d'intérêt à cette profondeur. On est un pays qui est quand même relativement bien doté par la nature au niveau de son sous-sol.
Est-ce que de tels inventaires sont réalisés ailleurs en Europe, dans l'idée, pourquoi pas, de mutualiser un jour les ressources ? On voit que c'est vraiment une préoccupation. L'Europe multiplie les réunions en ce moment pour trouver des solutions, pour limiter les importations avec la Chine. Est-ce qu'il y a de tels inventaires ailleurs ?
Alors, c'est une très bonne question. L'Europe, le Parlement européen, a voté une directive qui s'appelle en anglais le Critical Roamaterial Act, donc la directive sur les métaux stratégiques, sur les métaux critiques, qui prévoit effectivement que tous les pays qui ont un sous-sol qui s'y prête fassent un nouvel programme national d'inventaire, d'exploration, ce que donc nous, on est en train de faire. Et donc, je dois dire qu'à l'échelle européenne, on est à la fois plutôt en avance parce qu'on est le pays qui a lancé le plus grand programme de ce type dans l'année qui vient de s'écouler.
Et en même temps, plutôt en retard parce qu'il faut bien que vous ayez conscience que nous, on a arrêté la mine depuis les années 80-90, là où d'autres pays n'ont jamais arrêté. Je pense par exemple à la Finlande, à la Suède, qui ont des grandes mines et qui en fait n'ont jamais arrêté d'explorer leur sous-sol pour justement accompagner cette activité minière qui a toujours existé.
Merci Christophe Poinceau, directeur général délégué du BRGM, le BRGM avec lequel France Inter s'est associé pour réaliser un podcast à destination des enfants, les aventures du professeur Cailloux. C'est pour faire découvrir aux plus jeunes les minéraux et leur importance. Sous-titrage ST' 501