Cité de la langue française : le français, éternel enjeu politique
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Questions et réponses
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- 1:07OuverteRéponse directe
Pourquoi vous intéressez-vous à la langue française ? Qu'est-ce qui vous touche ?
- 2:17OuverteRéponse directe
Pourquoi vous intéressez-vous à la façon dont on parle et utilise la langue française ?
- 4:28OuverteRéponse directe
Est-ce que la Cité est d'abord un projet scientifique, culturel ou politique ?
- 5:38OuverteRéponse partielle
Comment percevez-vous ce projet de Cité internationale de la langue française ?
- 8:12OuverteRéponse directe
Quels sont les objectifs en termes de fréquentation de la Cité ?
- 9:26OuverteRéponse directe
Pouvez-vous nous raconter le château de Villers-Cotterêts et sa restauration ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:12InvitéFait
« C'est une chanson avec des paroles qui remontent un matin au hasard d'une écoute à la radio. »
- 2:07InvitéFait
« Ce sont les langues françaises, toute leur diversité, dans toute leur plasticité surtout. »
- 3:24InvitéFait
« Il faut maintenir une langue. Si on la laisse dériver complètement, elle se fragmente et on ne se comprend plus. »
- 4:07InvitéFait
« On parlait latin sur tout l'Empire, et puis maintenant, un espagnol et un français se comprennent mal. »
- 12:13InvitéFait
« Le premier texte français est un texte politique pour que tout le monde comprenne, pour que les soldats comprennent le serment qu'on leur faisait prêter. »
- 20:57InvitéFait
« La volonté d'établir une cité de la langue française est excellente. »
- 21:40InvitéFait
« Jusqu'à aujourd'hui, la forme du neutre en français se confond avec celle du masculin. »
- 22:32InvitéFait
« L'écriture inclusive va à l'encontre de ce qu'on nous a toujours appris, c'est-à-dire que l'orthographe du français est compliqué et qu'il vaut mieux la simplifier que la rendre encore plus différente de la prononciation. »
- 34:10InvitéFait
« monsieur Brond a raison la variété du français ou des français est une richesse »
- 35:00InvitéFait
« si l'enseignement du français n'a pas un aspect non pas ne veut pas marquer un coup d'arrêt à l'évolution de la langue mais a un rôle de ralentisseur de l'évolution de la langue »
- 35:15InvitéFait
« pour garder une cohésion non seulement une cohésion nationale mais une cohésion au niveau de la francophonie entière »
Temps de parole
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Les matins de France Culture, Quentin l'a fait. Lundi, le président de la République a inauguré la Cité internationale de la langue française à Villers-Cotterêts. Aujourd'hui, c'est l'ouverture au public qui marque l'entrée pleine et entière de ce lieu nouveau dans la vie culturelle de notre pays. Mais qu'est-ce qu'une cité sur la langue ? Quel est son projet culturel ? Comment comprendre son ambition et ce qu'elle peut pour le français ? Et surtout, que racontent-elles des liens qui unissent l'État et la langue française ? Pour en parler, je reçois ce matin Paul Rondin. Bonjour, monsieur. Bonjour.
Vous êtes directeur de la Cité internationale de la langue française, Château de Villers-Cotterêts. Et à vos côtés, ou plutôt à distance également, Michel Zinc. Bonjour.
Bonjour, monsieur.
Vous êtes historien médiéviste, ancien professeur à la Sorbonne et au Collège de France, membre de l'Académie des inscriptions et belles lettres et de l'Académie française, auteur également d'un très bel ouvrage intitulé « Parlez aux simples gens ». C'est paru cette année aux éditions du CERF. Et pour commencer, je voudrais vous poser une question personnelle à chacun d'entre vous, à Paul Rondin, à vous en premier lieu. Pourquoi vous intéressez à la langue française ? Qu'est-ce qui vous touche ? Qu'est-ce qui vous traverse ? Qu'est-ce qui vous intéresse dans cet objet, à la fois pour votre travail, mais même dans votre vie personnelle ? Quel est votre rapport à la langue ?
Tout d'abord, c'est une manière de s'écouter, de parler, de partager, de vibrer. C'est une chose très intime. C'est une chanson avec des paroles qui remontent un matin au hasard d'une écoute à la radio. C'est deux belles pages qui viennent exciter le cerveau. Bref, c'est un quotidien, c'est une langue, c'est une partenaire tous les jours de quelque chose qui va de l'émotion à l'hyper-quotidienneté en passant par la politique.
Et ce partenaire, Paul Rondin, c'est la langue française en particulier ?
J'aime bien utiliser un pluriel qui agace parfois certains de mes camarades ici à la cité, mais ce sont les langues françaises. toute leur diversité, dans toute leur plasticité surtout.
Michel Zinc, question similaire. Pourquoi vous s'intéressez, vous, dans vos travaux de recherche, même en tant qu'historien, à la façon dont on parle, à la façon dont on utilise la langue et la langue française ?
Je suis moins historien que littéraire, en fait. Mon domaine, c'est la langue et la littérature, surtout françaises, et du Moyen-Âge, parce que j'aime le français qui est ma langue, mais je m'intéresse à ses origines, à son évolution, à sa poésie première et à ses multiples formes au Moyen-Âge, comme M. Rondin vient de le dire.
Notre littérature apparaît sous la forme des différents parlés qui naissent à l'époque des débris, sur les débris du latin parlé, et tout cela, cette façon, cette culture des uns qui est le latin, cette ignorance au départ des autres, qui cesse d'être une ignorance, parce que très vite, très très vite, le français et les autres langues romanes deviennent des langues de culture, et tout cela est passionnant. On voit cette langue évoluer au cours des siècles.
Moi, je m'intéresse, je me suis intéressé depuis toujours aux chansons populaires, aux contes populaires et à leurs origines médiévales, et une cité de la langue française me séduit justement par cette multiplicité, par cette façon de comprendre à la fois que la langue évolue, mais qu'il faut maintenir la langue pour qu'on puisse se comprendre. Il faut maintenir une langue. Si on la laisse dériver complètement, elle se fragmente et on ne se comprend plus. C'est ce qui est arrivé au latin. On parlait latin sur tout l'Empire, et puis maintenant, un espagnol et un français se comprennent mal.
Et on va revenir bien sûr sur les évolutions dans le temps, dans le temps très très long, de la langue française. Mais pour commencer, je voudrais qu'on essaie de comprendre ensemble ce qu'est cette cité internationale de la langue française, Paul Rondin. Est-ce qu'au fond, il s'agit d'abord et avant tout d'un projet scientifique, d'un projet culturel et linguistique, comme toute façon de construire, de penser même un musée et un projet muséal, ou est-ce qu'il s'agit d'abord et avant tout d'un projet politique, initié par le candidat Emmanuel Macron en 2017, puis porté dans le temps par le président de la République ?
Écoutez, c'est à peu près tout cela, sauf un musée. Je veux dire par là qu'une cité, comme son nom l'indique, c'est un endroit où l'on vient vivre, où l'on vient découvrir, où l'on vient apprendre, mais aussi où l'on vient se divertir, et éventuellement où l'on vient ne rien faire. Je veux dire par là que ce château, qui s'ouvre au public pour la première fois, c'est quand même un drôle de paradoxe, va devenir une place publique gigantesque de 23 000 m², où les gens pourront venir, je le dis, ne rien faire, déambuler, se poser, et puis par accident heureux, attraper un livre, entrer dans une exposition.
Je crois qu'on a perdu la connexion. Je vais poser la question à Michel Zinck. Vous, la façon dont vous percevez, vous qui n'avez pas été impliqué directement dans ce projet de cité internationale de la langue française, comment vous percevez de loin ce projet, la façon dont il a été conçu ? Est-ce que c'est, selon vous, d'abord et avant tout, un projet politique ou un projet scientifique ? Peut-être que les deux, au fond, quand on parle de langue, d'ailleurs, sont consubstantiels. Michel Zinck.
Malheureusement, je n'ai pas pu me rendre à l'inauguration lundi. Donc, je n'ai pas vu encore cette cité. Le projet a un sens politique, si on veut, parce qu'il montre comment l'État français, sous ses diverses formes, s'est intéressé à sa propre administration et à faire participer les sujets du roi, puis les citoyens de république, à l'administration, à la justice, etc. Ce qui m'intéresse surtout, c'est le projet scientifique, c'est de montrer comment cette langue s'est constituée, comment elle a évolué, comment elle évolue encore, et comment elle peut procurer du plaisir et un enrichissement intellectuel. Et je pense que les différents parcours qui sont offerts le montrent.
Paul Ronda, on a rétabli avec vous la connexion. Je vous redonne la parole. Vous étiez en train d'évoquer la façon dont cette cité n'était pas un musée, et la façon dont le public, tous les publics, pourraient un jour, aujourd'hui, dès aujourd'hui, se l'approprier.
Oui, la question, elle est de politique publique de la culture et donc d'accueil d'hospitalité par la langue, à travers la langue et vers la langue, de tous les publics. On parle bien, en effet, du voisin du château à Villers-Cotterêts, qui n'a pas forcément un désir absolu d'aller dans un lieu culturel, à l'artiste québécois ou du Congo qui manipule la langue, qui l'augmente en permanence, et ce, depuis des années, voire des siècles. Donc, cette cité, elle doit alors être hospitalière à toutes et tous. Donc, elle est scientifique, elle est un endroit de recherche, de création, de travail, mais elle est aussi un endroit de divertissement où la langue devient une attraction.
C'est mes amis québécois qui m'ont dit ça. Le parcours permanent, c'est une véritable attraction.
Quels sont les objectifs, Paul Rondin, en termes de fréquentation de la cité internationale de la langue française ? On a évoqué un chiffre, il y a déjà plusieurs mois, plusieurs années, celui de 200 000, puis ce chiffre a disparu. Est-ce qu'il y a tout simplement un objectif qui est fixé tant du point de vue du volume, de nombre de personnes qui pourraient venir à Villers-Cotterêts, que même que de la diversité des publics ?
Vous l'avez dit, je pense qu'on peut toujours tout compter, on peut accumuler des chiffres, on peut brandir 200 000, comme ça a été fait. Pourquoi pas ? L'objectif, c'est plutôt celui de la durée, de la diversité, vous employez le terme, des diversités sociologiques qui viendront dans cette cité. Maintenant, non, je n'ai pas tellement envie de compter parce que je pense qu'on s'abîme à vouloir trop mettre des pourcentages de fréquentation et autres joyeusetés dans les établissements culturels, et que précisément, ça prend du temps, une aventure culturelle, ça doit infuser, ça doit conquérir, mais avec douceur. Et donc, oui, cela prend du temps.
Après, si je vous parle des dix prochains jours qui sont les grands jours d'ouverture, tout est absolument complet. On peut s'en réjouir aussi.
On s'en réjouit absolument. D'ailleurs, est-ce que vous pouvez nous raconter peut-être ce château de Villers-Cotterêts, nous le décrire, relater la façon dont il a été restauré au cours des dernières années ?
Alors, c'est une drôle d'histoire. Outre un château royal, celui de François Ier, on l'a dit, 159 l'ordonnance, qui donne le prétexte, d'une certaine manière, à cette folle aventure de la cité internationale de la langue française, c'est un château qui a été donc un château royal pendant 300 ans. Et puis, après la Révolution, qui est devenue une garnison, un dépôt de mendicité, et enfin une maison de retraite. Et tout cela, pas très joyeux. Plutôt carcéral, si vous voulez, qu'accompagnant pour les gens qui étaient, on peut le dire, enfermés. Donc, un peu fantomatique ce château, il s'est abîmé, vraiment, il s'est abîmé au fil des années, il a été reconfiguré et défiguré.
Et puis, vous avez rappelé l'historique du candidat Macron, puis du président de la République, qui décide non pas de restaurer entièrement un château comme on imagine qu'il aurait été à une certaine époque, mais de le protéger, de le sauver, d'en garder les plus belles pièces, deux escaliers et une chapelle et une façade sublime, mais sinon, d'en faire à l'intérieur un équipement culturel hyper fonctionnel d'aujourd'hui.
Donc, c'est vraiment un mélange de possibilités de jouer avec la culture, de fabriquer aussi la culture et puis les traces du temps, des temps de 1500 à aujourd'hui qui montrent l'évolution de ce château, ce château royal qui est devenu un château de la République aujourd'hui.
Villers-Cotterêts, c'est bien sûr un choix symbolique, celui de l'ordonnance de 1539. Est-ce que, selon vous, Michel Zinc, c'est pour vous un endroit symboliquement qui est à sa juste place pour l'établissement de ce lieu, de cette cité internationale de la langue française ?
Oui, symboliquement, comme vous le dites, c'est important, cette ordonnance qui déclare que l'administration et la justice se rendront ou se feront en français pour que tout le monde comprenne. Mais ce n'est pas un souci nouveau. Il ne faut pas croire non plus que le français apparaît à ce moment-là. en 1539, le français utilisé pour parler à ceux qui ne comprennent pas le latin, le français utilisé comme langue de la littérature, de la poésie, de l'histoire et même des actes administratifs et juridiques existe depuis plus longtemps que la période qui s'est écoulée depuis 1539 à aujourd'hui. C'est une vieille histoire.
Le premier texte français est un texte politique pour que tout le monde comprenne, pour que les soldats comprennent le serment qu'on leur faisait prêter. Les premiers textes littéraires sont des poèmes religieux pour que les fidèles qui vont à l'Église comprennent et se convertissent comme on disait à l'époque à ce qu'on leur enseigne et il y a eu des périodes au XIIe, XIIIe siècle l'Europe entière imite la jeune littérature française. Et c'est vrai ? Et puis il y a eu un recul et à la Renaissance c'est plutôt l'italien. Et un dernier mot la Renaissance veut dire qu'on revient à quelque chose qui était perdu et ce quelque chose c'était le latin.
la Renaissance est un effort pour redécouvrir le beau latin. Donc ce n'est pas du tout une période qui favorise le français. Le français repart à ce moment-là.
Et on va poursuivre cette discussion avec vous deux Paul Rodin Michel Zinc à partir de 8h40 pour tenter de comprendre justement les liens entre la langue et la façon dont elle a permis de forger et la nation et la république. 6h30, 9h les matins de France Culture Quentin l'a fait. Lundi le président de la république a inauguré la cité internationale de la langue française à Villers-Cotterêts. Aujourd'hui c'est l'ouverture au public qui marque l'entrée pleine et entière de ce lieu nouveau dans la vie culturelle de notre pays. Mais qu'est-ce qu'une cité de la langue française pour en parler ?
Je reçois ce matin deux invités Paul Rondin Rebonjour Bonjour Vous êtes directeur de la cité internationale de la langue française Château de Villers-Cotterêts et à vos côtés à distance Michel Zinc Rebonjour également Rebonjour Vous êtes historien médiéviste ancien professeur à la Sorbonne et au Collège de France membre de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et de l'Académie française et auteur de Parler aux gens simples c'est paru cette année aux éditions du Cerf et je voudrais Paul Rondin avec vous tenter de comprendre comment cette cité internationale de la langue française aborde le sujet dans le temps long aujourd'hui également des évolutions de la langue et je voudrais pour commencer citer le président de la République lors de son discours lundi il dit dans cette langue le masculin fait le neutre on n'a pas besoin d'y rajouter des points au milieu des mots et des tirets et il précise venir rajouter de la difficulté dans l'écriture dans l'expression c'est générer de l'exclusion sociale ce sont les mots d'un conseiller élysien alors je ne voudrais pas vous demander Paul Rondin de réagir directement à cette citation mais permettez-nous de comprendre comment la cité internationale de la langue française aborde ce sujet de l'évolution de la langue et comment elle aborde le sujet de l'écriture inclusive aujourd'hui
alors vaste question il ne m'appartient évidemment pas de commenter les propos des conseillers ou même du président de la république évidemment toutefois c'est précisément toutes ces questions que l'on pose dans la cité je veux dire par là que en fait plutôt qu'apporter des réponses ou des certitudes la cité internationale de la langue française et son parcours permanent c'est-à-dire sur 1200 mètres carrés la promenade la balade l'aventure que l'on traverse des langues de la langue française et de sa diversité et donc de sa multiplicité montre que précisément elle évolue elle bouge elle revient elle repart qu'elle est nourrie d'énormément d'apports d'autres langues qu'elle est nourrie aussi par la francophonie d'un certain nombre de mots de pratiques d'expressions qui font qu'elle n'est pas du tout une chose une chose pardon figée mais au contraire une langue en augmentation permanente donc à partir de là posons les questions posons les questions de ce que pourrait être la langue de ce qu'elle est plutôt que peut-être de dire elle doit être comme cela et elle ne doit pas bouger et je crois que le sens du discours du président de la république lundi était très clair en ce sens c'est-à-dire qu'il a il a bien dit que cette langue française n'était pas figée et que surtout Villers-Cotteret n'était pas l'endroit où on allait mettre la langue sous cloche bien au contraire on allait montrer comment les artistes les francophones du monde entier l'ont fait évoluer et continuent de la faire évoluer à l'intérieur de ça la question du genre évidemment est abordée et doit être abordée mais comme une question avant d'être une réponse ou une affirmation
mais comment est-elle abordée Paul Rondin justement cette question car au moment où le président de la république a prononcé ses mots lundi dernier on a entendu qu'il était largement applaudi par les personnes qui composaient le parterre qui lui faisait face est-ce à dire au fond que les personnes qui ont pensé le projet scientifique culturel de cette cité internationale de la langue française sont largement d'accord avec cette idée au fond que l'écriture inclusive n'a pas droit de citer si je puis dire
non alors c'est tout le contraire d'abord il y avait 500 invités en face du président le comité scientifique est un peu plus réduit que cela je ne sais pas s'il applaudit ou pas je ne peux pas vous dire que c'est pas le moment le plus agréable de ce long discours et beau discours du président de la république que les applaudissements précisément sur cette question du point au milieu du mot honnêtement et ça c'est le directeur qui vous le dit c'est personnel ensuite évidemment dans le parcours il y a tout un panneau sur la question du genre un panneau je veux dire explicatif et un jeu parce qu'il y a énormément de dispositifs interactifs et ludiques dans le parcours et on joue précisément avec la question les questions sur le genre et le point apparaît comme une des hypothèses une des questions je reviens à cette idée que c'est une question posée aujourd'hui mais c'est beaucoup plus ouvert que l'applaudissement parfois un peu paresseux d'une certitude qui voudrait rassurer certains publics mais le commissariat qui a pensé le parcours permanent je pense une fois encore a assez peu applaudi
Autre sujet fondamental celui de la langue française à travers le monde Paul Rondand rappelle que le français c'est 300 millions plus de 300 millions de locuteurs sur la planète là encore comment ce sujet est-il abordé comment a-t-il été pensé au sein de la cité internationale de la langue française
de diverses manières parce que d'abord on analyse on montre les mots migrateurs c'est-à-dire les mots de la langue française qui sont partis à peu près partout dans le monde et dans les autres langues et qui ont ensemencé d'autres langues et puis d'une autre manière on montre le voyage des mots qui à travers non seulement le temps mais aussi l'espace géographique fait que la langue française elle est nourrie elle est elle est elle aussi ensemencée d'énormément d'autres langues et puis une langue monde c'est une langue qui est parlée autrement dans le monde les francophones nous montrent à quel point le français est beaucoup plus que ce qu'on imagine quand on le voit de notre petit pays et que précisément il est sans arrêt agrandi par des expressions des manières de dire des déformations heureuses de la langue et c'est tout cela qu'on essaie de raconter c'est assez fascinant comme parfois le constat triste en France sur notre propre langue un peu défaitiste au fond dès que vous parlez avec des francophones que ce soit en Afrique ou sur le continent américain ou face à un des cinq continents c'est extrêmement vivace et joyeux on n'a pas du tout la même perception et je pense que la langue française qui va bien qui va même très bien elle sera sauvée par l'international Michel Zin
quelle analyse vous faites de cette histoire-là un candidat puis un président de la république qui instaure qui établit une cité internationale de la langue française qui produit au sujet de cette langue un discours beaucoup plus complexe que la mention que j'en ai faite il y a quelques instants qu'est-ce que cela raconte au fond du rapport entre le pouvoir et la langue entre l'état français et la langue française
La volonté d'établir une cité de la langue française est excellente la remarque du président de la république était une remarque simplement de fait une langue ne cesse d'évoluer mais on ne peut pas faire violence à une langue c'est comme l'eau qui est une inondation on ne peut pas l'empêcher d'évoluer et il est difficile sinon par des moyens de contrainte de la contraindre à évoluer il y a cela a été analysé très très bien pour les noblangues des régimes totalitaires le président de la république avait raison de dire que jusqu'à aujourd'hui la forme du neutre en français se confond avec celle du masculin de même qu'en latin il y a une forte coïncidence entre la morphologie du masculin et du neutre jusqu'à peu de temps quand on disait ceux qui aiment le cinéma seront contents de la sortie du film de Miyazaki on ne voulait pas dire qu'on excluait celles qui aimaient le cinéma maintenant on prend l'habitude de dire celles et ceux pourquoi pas si quand on dit les uns et les autres les uns vont se promener les autres vont au cinéma quand on dit les uns on n'exclut pas les unes et si on dit les uns et les unes se promener et les autres vont au cinéma ça complique beaucoup le président de la république a remarqué que l'écriture inclusive va à l'encontre de ce qu'on nous a toujours appris c'est à dire que l'orthographe du français est compliqué et qu'il vaut mieux la simplifier que la rendre encore plus différente de la prononciation et que d'autre part elle introduit une catégorie qui n'existe pas en français qui est la distinction entre l'animé et l'inanimé parce que même avec l'écriture à plus il est difficile d'obliger tout le monde à dire les chaises et les fauteuils sont vertes et poids c'est c'est donc c'était uniquement ça c'est une question de bon sens ça ne touche pas aux droits des femmes ça n'empire pas leurs conditions il y a des tas de femmes qui sont dans une situation atroce dans le monde entier et qui parlent des langues et la majorité des langues qui ignorent la différence grammaticale entre le masculin et le féminin on a autre chose à faire qu'à s'embêter à parler d'écriture inclusive
pardonnez-moi de vous couper Michel Zing vous êtes à distance je m'oblige à être votre contradicteur dans le même temps le président de la république utilise lui-même des formes d'écriture inclusive lorsqu'il dit toutes et tous lorsqu'il dit bienvenue à chacune et chacun c'est bien une forme légère d'écriture inclusive et l'illustration peut-être que les usages précèdent les règles que l'on établit ensuite
c'est ce que je viens de dire toutes et tous chacune bon celles et ceux etc bon on peut trouver que ça alourdit que c'est pas absolument nécessaire mais si ça entre dans l'usage très bien ça entre dans l'usage et c'est entré dans l'usage mais pratiquement mais l'écriture inclusive c'est tout autre chose c'est d'imposer une façon d'écrire qui ne correspond pas à la façon de prononcer parce qu'on remplace à l'oral l'écriture inclusive par celles et ceux et l'équivalent et qui oblige à une gymnastique qui compte la langue qui ne correspond ni à sa graphie qui ne correspond à absolument rien du tout c'est un phénomène très particulier ça n'a rien à voir avec le fait de dire celles et ceux celles et ceux c'est peut-être un peu bêta mais maintenant on le dit c'est très bien c'est très bien voilà moi je n'ai rien contre je dis aussi celles et ceux parce que sinon c'est affreux ça a changé en peu de temps quand j'ai été à l'académie des inscriptions et belles lettres les femmes peu nombreuses qui étaient membres des académies voulaient absolument être appelées académiciens et pas académiciennes elles trouvaient que c'était désobligeant d'être académiciennes quelques années plus tard ça changeait c'est l'inverse c'est très bien mais voilà c'est comme ça la chose inclusive c'est quelque chose de particulier et quant à la question du neutre la remarque du président de la république était une remarque dramaticale de fait et alors on peut pour des raisons idéologiques on a l'air désobligeants mais enfin pour des raisons de principe préférer ne pas voir ce phénomène mais c'est comme ça la chose effectivement
Michel Zin que je voulais pointer est que le masculin fait le neutre dans un même discours peut apparaître contradictoire avec cette idée que l'on précise toutes celles et ceux autre question pour vous Paul Rondin la langue française est celle de l'universalité là encore ce sont les mots du président de la république comment est-ce que vous comprenez cette expression comment une langue la langue française en particulier est-elle vecteur d'universalité et d'universalisme
ça rejoint je pense le souci de mettre en avant les traducteurs et la traduction c'est-à-dire que à la fois une langue elle est universelle parce qu'elle sait accueillir d'autres récits les traduire dans sa langue être hospitalière à d'autres écrivains mais elle sait aussi insister pour être lue et entendue par la traduction dans d'autres langues et à ce titre même si c'est un sujet qui est diffus on voit bien que l'universalisme c'est le partage d'un certain nombre de pensées de sensibilité artistique de point de vue par les traductions pas la traduction mais les traductions et le président de la république a insisté sur ce volet qui devait être l'une vraiment des portes d'entrée sur la question de la langue française donc je crois que l'universalisme aujourd'hui il est un universalisme d'accueil d'acceptation de ce mouvement d'aller-retour et une fois encore d'hospitalité faite et d'hospitalité donnée
Michel Zing à quel moment historiquement l'état français a commencé à comprendre la langue à l'appréhender comme j'allais dire un instrument qui permet de cimenter la nation et plus encore de se projeter au-delà des frontières comme un vecteur d'universalisme
oui je ne sais au début là cet effort n'a pas été volontaire mais il a été simplement pratique chacun pendant très longtemps on opposait au latin l'ensemble des langues româmes et on voyait mal qu'il y eut une différence de langue véritablement entre la langue d'Oil comme dira Dante la langue d'Oc le catalan les différents parlés italien etc et on voyait bien qu'on ne parlait pas pareil puis on essayait de se comprendre comme cela on voit à mesure que le royaume de France prend sa puissance on voit que le français gagne même dans des régions d'autres langues par exemple dans des bibliothèques de juristes du sud de la France et bien au début du 14e siècle ils ont dans leur bibliothèque le brévière d'amour et au 15e siècle ils ont qui est en langue d'Oc au 15e siècle ils ont le roman de la rose qui est en français de même on voit à l'inverse que la cour d'Angleterre et la aristocratie anglaise parle français depuis la conquête normande depuis 1066 mais que l'anglais regagne on voit des manuels de français pour les gens qui vont à la cour tout speak french truly et mais l'anglais revient là encore idéologiquement au moment de la guerre de 100 ans paradoxalement au moment où le roi d'Angleterre veut d'être roi de France le conflit entre les deux pays pousse les anglais à vouloir parler anglais et non pas français et sinon le prestige du français a été porté par le prestige de la littérature française de la conversation française de la poésie française etc et c'est un prestige qui a été durable qui maintenant a à peu près disparu mais qui n'a jamais été explicitement battu en brèche ça s'est trouvé comme ça alors qu'on voit bien que là où le français s'est exporté un peu par la force comme dans l'empire colonial le français et bien à ce moment là il peut finir par être menacé on le voit actuellement en Afrique si la France n'a pas la bonne attitude si je puis dire et n'est pas comme un émotion d'un assez accueillante avec toutes les formes de la francophonie on peut je suppose que cette cité de Villers-Cotterêts s'est constituée en consultant l'ensemble des pays francophones évidemment ça va de soi
Paul Rondin est-ce qu'il y a une singularité française en matière de langue une question peut-être peut-être naïve au fond est-ce qu'il y a d'autres pays qui ont comme nous désormais leur cité de la langue
écoutez le seul exemple enfin en tout cas l'exemple qui s'en rapproche le plus et qui est assez admirable d'ailleurs c'est à São Paulo un musée de la langue portugaise avec cette même idée que c'est une façon de montrer l'immatériel de faire visiter l'immatériel ce qu'est une langue de manière extrêmement simple facile et agréable donc oui il y a bien un autre modèle c'est plus ce qui s'appelle un peu plus musée que l'est le nôtre qui n'est pas un musée qui est une cité comme vous l'avez souligné à plusieurs reprises et où au-delà de la visite de la langue comme on visite une langue on a aussi l'incarnation de la langue par un certain nombre de propositions artistiques par les artistes au plateau
et vous qui êtes plongé Paul Rondin dans ces sujets scientifiques culturels désormais depuis plusieurs années comment vous comprenez que la langue française suscite tant de débats et que les français entretiennent un lien si fort avec leur langue
j'ai envie de vous dire c'est d'abord du plaisir c'est presque un plaisir charnel à se battre avec sa propre langue à en jouer vous savez moi je prends toujours comme exemple le fait que on a une petite musique de déploration sur les jeunes et le français les jeunes et leur langue et puis à chaque fois je rappelle quand même que la poésie aujourd'hui elle se crée dans le rap essentiellement que la majorité des gamins écoutent du français voire écrivent manipulent du français et qu'ils en ont un plaisir extrême sans une revendication qui consisterait à dire c'est ça le français mon français est français donc c'est cette pluralité des français qui fait qu'aujourd'hui on en parle tout le temps on se bagarre un peu avec et simplement si je peux donner un conseil c'est respirons un grand coup de francophonie je vous assure que ça fait du bien à notre français
Michel Zing vous avez fait paraître parler aux simples gens aux éditions du Cerf c'est paru cette année et vous donniez à ce sujet un entretien dans le Figaro vous disiez je vous cite l'arrogance pour un homme politique c'est de sortir de l'ENA ou de Polytechnique et de se croire obligé de parler pour faire simple avec un vocabulaire de 150 mots fin de citation alors sans nous dire de qui vous parliez exactement est-ce que dans le fond vous pensez que les responsables politiques font semblant aujourd'hui de parler simple pour parler je reprends votre expression aux simples gens
je ne vais pas être méchant mais malheureusement je pense que beaucoup d'hommes politiques ne font pas exprès parler avec 150 mots mais certains sont capables de parler de façon nuancée en utilisant les ressources de la langue un vocabulaire suffisamment riche sans être pédant des constructions grammaticales correctes et peuvent néanmoins être compris de tous et je pense que monsieur Brond a raison la variété du français ou des français est une richesse il est nécessaire cependant que c'est l'ocuteur d'ailleurs c'est ce qu'il impliquait est la conscience de ce qu'est un français enfin je n'oserais pas dire standard mais un français qui est compris de tous d'éviter une fracturation une fragmentation c'est plus correct trop rapide du français sinon c'est extrêmement dangereux parce que au bout d'un moment on ne se comprend plus d'une région à l'autre d'un quartier à l'autre d'une classe sociale à l'autre et c'est pourquoi il s'avère très généreux de dire oui chacun parle comme il veut etc mais si l'enseignement du français n'a pas un aspect non pas ne veut pas marquer un coup d'arrêt à l'évolution de la langue mais a un rôle de ralentisseur de l'évolution de la langue pour garder une cohésion non seulement une cohésion nationale mais une cohésion au niveau de la francophonie entière eh bien on risque de perdre quelque chose c'est à ça que servent les professeurs
Paul Ronda en quelques mots on l'a dit c'est aujourd'hui l'ouverture au public de la cité internationale de la langue française c'est aussi un jour férié si on a des enfants et si on se rend à Villers-Cotterêts est-ce que des choses sont prévues pour eux pour qu'ils se frottent à la langue française et à ses évolutions
ah oui oui la cité ouvre dans quelques dans une demi-heure et on peut entrer se plonger dans tous les jeux du français on peut on peut bidouiller on peut courir au milieu des mots on peut alors j'ai exagéré parfois en disant que c'était une fête foraine des mots et de la langue mais on n'est pas loin de ça donc oui c'est très plaisant et on doit vraiment s'en amuser de cette langue et c'est pas parce que c'est joyeux que ça n'est pas sérieux donc oui c'est ouvert ou ça va ouvrir dans quelques heures on a un peu le trac d'ailleurs parce que le vrai public arrive mais c'est extrêmement puissant et on sait que beaucoup de gens vont venir dès aujourd'hui
et bien on recommande à chacun de venir d'aller à Villers-Cotterêts pour bidouiller pour courir à travers les mots à la cité internationale de la langue française à Villers-Cotterêts merci à tous les deux Paul Rondin Michel Zinc après le 8h45 on retrouvera Mathéo Caranta et Lucille Comeau pour un monde connecté et un regard culturel vous écoutez France Culture il est 8h44 et un autre