Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewJean-Luc Mélenchon (sur YouTube)· 6 juillet 2022Autoproduit

Ma réaction au discours d'Élisabeth Borne à l'Assemblée nationale

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Monsieur Mélenchon, qu'est-ce que vous avez pensé de ce discours de la Première Ministre, Elisabeth Borne ? Je ne sais pas de quoi je dois m'étonner le plus, de la situation ou du commentaire de votre plateau. Parce que, à l'instant, vous venez d'évoquer les mœurs norvégiennes ou scandinaves.

C'est proprement ridicule, il n'y a aucun autre démocratie parlementaire où un Premier Ministre se présente et n'obtient pas, ne demande pas un vote de confiance. Elle a dit, Madame Borne, la confiance ne se décrète pas. Non, elle s'accorde.

Je crois qu'il lui faut comprendre la culture démocratique. Donc, nous sommes aujourd'hui dans un jour historique. Pour la première fois de l'histoire de la République, un gouvernement qui a été battu dans les élections législatives, vient se présenter et a échoué à créer la grande coalition qu'il comptait faire.

Se présente devant l'Assemblée, annonce quasiment mot pour mot le discours, j'ai l'impression que vous l'avez oublié, mais nous nous en souvenons, du président de la République, Robert Villiers, en mars dernier, quasiment mot pour mot, comme s'il ne s'était strictement rien passé. Et il n'y aura pas de vote de confiance. Eh bien, l'un et l'autre, vous êtes des observateurs de la vie politique française et européenne.

Dites-moi, où, dans le monde, il y a un gouvernement qui, ayant été battu dans une élection, et qui, n'ayant pas fait de coalition, décide qu'il gouverne quand même ? Nous avons donc un gouvernement de fait. C'est ça que nous avons sous les yeux.

Et apparemment, les commentaires que vous faites portent sur la forme, sur la manière de parler. Qu'est-ce que vous croyez ? Que Mme Borne n'est pas un alvin de l'année, hein ?

Elle a été ministre, elle s'est déjà exprimée des dizaines de fois devant l'Assemblée. Le test, ça n'était pas de savoir si elle allait les savoir parler, et même parler au milieu des huées dans la salle. C'est pas le sujet.

Le sujet, c'est de savoir ce que nous sommes en train d'installer. Nous installons un gouvernement de fait. Eh bien, nous, nous le refusons.

C'est pourquoi je dis que Mme Cresson, pour qui moi j'ai un faible comme beaucoup de socialistes de l'époque, se trompe quand elle dit que c'est une opposition de principe. Mais non, c'est la démocratie parlementaire. C'est pourquoi on dépose une motion de censure.

Pourquoi on la dépose ? Parce qu'elle a annoncé qu'il n'y aura pas de vote de confiance. Si elle avait fait un vote de confiance, il n'y aurait pas eu de motion de censure.

Ça va de soi. Donc nous essayons, dans des circonstances particulièrement difficiles, de maintenir en vie la démocratie parlementaire. M.

Mélenchon, puisque vous nous avez interpellé, je vais répondre sur un point précis. M. Mélenchon, vous avez souvent dénoncé ou souligné les problèmes que pose selon vous la Vème République.

Et c'est vrai qu'aujourd'hui, même si elle n'a pas de majorité absolue, comme elle a été nommée par le président de la République, elle est légitime. En tout cas, les institutions font qu'elle est légitime. Je voudrais préciser ça pour les spectateurs.

Je voudrais même vous soumettre une phrase qu'a prononcée Elisabeth Borne, qui s'adresse à vous, en tout cas aux oppositions. M. Mélenchon, pardon, mais attendez, pardon, pardon, pardon, pardon.

M. Mélenchon, allez-y. M.

Mélenchon, mais non, mais je veux dire, ça se discute, voyez-vous. Ça se discute de savoir si un gouvernement est légitime quand il gouverne, alors qu'il s'agit de la même personne qui a été battue aux élections législatives. Permettez-moi de vous dire que ça se discute.

Alors, le président de la République, nous sommes dans un régime qui a des aspects, qui permet des aspects présidentiels extraordinaires de monarchie, dont voici un exemple. Le président a décidé que, quoi qu'ait voté les Français, il reprend la même première ministre et le même programme. Et on nous dit, il faudra discuter avec nous et faire des compromis.

Pardon de vous dire que nous n'avons pas été élus pour faire des compromis avec Mme Borne. Nous avons, ce n'est pas une amicale ou une association de locataires que nous formons là. C'est l'Assemblée nationale.

Nous avons été élus sur un programme et contre un autre. Et par conséquent, notre devoir est de tenir notre rôle d'opposition. Et il est déjà incroyable que non seulement on trouve normal quand le gouvernement s'installe sans vote de l'Assemblée nationale, mais en plus que tous les autres soient priés de remballer leur programme et de faire autre chose que ce pour quoi ils sont élus.

Je voulais vous le signaler. Tout ça se discute et nous sommes dans une situation exceptionnelle. Si vous pensez que ça va passer crème, vous vous trompez.

Ça ne passera pas crème. Madame, écoutez, je vais vous donner quand même au moins un exemple. M.

Mélenchon...

Dans la campagne législative, comme présidentielle, on a parlé du nucléaire par exemple. Nous venons d'apprendre qu'elle reconduit le programme nucléaire. La nationalisation d'EDF, dont vous venez de dire à l'instant que c'était notre demande.

Non, notre demande n'est pas le projet de nationalisation du président de la République qui consiste à garder tout ce qui est déficitaire et à vendre tout ce qui ne l'est pas. Non, nous ne sommes pas d'accord. Je suis obligé de vous dire qu'elle n'a rien proposé qui permette des compromis.

Elle ne l'a pas proposé. Et d'ailleurs, sommes-nous élus pour faire des compromis ou bien pour défendre notre programme ? Elle veut rallonger l'âge de la retraite.

Vous me voyez retourner devant les électeurs en disant, finalement, en cours de route, on a changé d'avis. M. Mélenchon, simplement.

D'une part, il y a les Français. Vous avez dû voir ces sondages où il y a environ 70% des Français qui disent qu'ils veulent que des compromis soient trouvés sur certains textes. Donc ils veulent que ça avance.

Et il y a ces mots de la Première Ministre tout à l'heure dans son discours qui vous renvoient la responsabilité du blocage, le cas échéant, et qui dit que face à de tels défis, le désordre et l'instabilité ne sont pas des options. Que lui répondez-vous ? Que le désordre et l'instabilité ne sont pas des options, en effet.

Le désordre, c'est elle. L'instabilité, c'est elle. Car c'est ce gouvernement qui est incapable de faire ce que n'importe quel gouvernement, de droite ou de gauche, dans toute l'Europe, je redis, de droite comme de gauche, arrive à faire dans toute l'Europe.

En Espagne, en Belgique, en Allemagne, dans tous les pays où un parti n'a pas eu à lui tout seul, la majorité absolue, tous les pays d'Europe ont réussi à faire une coalition. Dans notre pays, les deux partis qui doivent s'entendre s'ils veulent faire cette politique, c'est LR et LREM. Nous sommes donc tous pris en otage du fait que l'un et l'autre ne sont pas capables de s'accorder pour faire une majorité, puisqu'ils ne la feront pas avec nous.

Nous le savons bien. Nous ne participerons pas à cette majorité d'aucune manière. Et donc, qu'ils nous prennent tous en otage de leur incapacité à s'accorder ensemble.

Et donc, pendant des mois, on va voir discuter LREM et les Républicains devant tout le monde, en espérant grappiller par-ci par-là des voix pour arriver à faire une décision stable. Donc, ne racontez pas d'histoire. L'instabilité, c'est bel et bien elle qui l'organise.

Redites-moi pourquoi Mme Borne n'est pas capable de faire ce qu'a fait en son temps Mme Merkel, ou ce qu'ont fait d'autres en leur temps, c'est-à-dire chercher une coalition. Il n'y a pas de coalition, donc il n'y a pas de majorité. Il ne faut pas nous demander de voter la retraite à 65 ans, après qu'on ait été tous élus pour faire la retraite à 60 ans.

Dire « vous allez bloquer », ben non, nous n'allons pas bloquer. Nous allons respecter le mandat pour lequel nous avons été élus. Je suis très surpris de la baisse de la conscience démocratique et parlementaire qui sévit dans ce pays.

On trouve normaux des comportements qui ne le sont pas. Gouverner sans majorité parlementaire n'est pas une pratique démocratique. Pardon de vous le rappeler, c'est comme ça dans toute l'Europe.

Alors, tous ceux qui parlent si fort d'Europe feraient bien de s'en inspirer, me semble-t-il. Jean-Luc Mélenchon, pour bien comprendre, les députés de la NUPES, au-delà de la France Insoumise, ont déposé une motion de censure. Vous appelez les députés de l'opposition, des autres groupes d'opposition, y compris LR, y compris de Rassemblement National, à voter cette motion de censure avec vous pour renverser le gouvernement.

C'est ça que vous souhaitez, mêler vos voix, d'une certaine manière, avec des députés LR ou RN. Attendez, présentez les choses d'une manière qui soit d'abord bien compréhensible. Moi, je ne suis pas le porte-parole, à cet instant, de la NUPES.

Les trois porte-parole vont prendre la parole à la tribune. Et ce qu'ils vont dire sera sans doute fort et intéressant, je n'en doute pas. Et vous ne m'en voudrez pas d'avoir une faiblesse pour la présidente Panot, qui va donner notre argumentaire.

Donc, ce que je dis, nous sommes en démocratie parlementaire. Madame Borne, nommée par le président de la République, avant l'élection législative, a été battue. C'est-à-dire que ce n'est pas elle personnellement, c'est le programme politique qui est le sien, qu'elle vient de réciter à la tribune de l'Assemblée Nationale, quasi mot pour mot, comme celui de M.

Macron, en mars dernier. Donc, nous déposons une motion de censure, que mes amis ont rédigée, je tiens à le saluer, avec beaucoup d'intelligence. Parce qu'ils n'ont pas mis en avant une censure au nom de notre programme, mais au nom du respect de la démocratie.

Donc, oui, je trouverais normal que les Républicains, leur Assemblée Nationale, qui se disent l'un et l'autre d'opposition, eh bien, commencent par un acte de démocratie parlementaire, en disant, non madame, nous n'acceptons pas ce que vous êtes en train de faire. Sauf si je change d'avis. Mais on ne sait pas, mais on est au tournoi.

Sauf si je change d'avis. Merci. Merci.

Merci. Merci. Merci.

Merci. Merci. Merci.

Merci. Merci. Merci.

Merci. Merci.

Ma réaction au discours d'Élisabeth Borne à l'Assemblée nationale — Élisabeth Borne · Pourquijevote