"Une fois qu'on a survécu, on a envie de se battre", disent Cécile Kohler et Jacques Paris après leur détention en Iran
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 15 %Attaque 35 %Défensif 50 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:44OuverteRéponse directe
Comment allez-vous ce matin ?
- 5:17OuverteRéponse directe
Est-ce qu'on vous accuse tout de suite d'espionnage, dès le moment où vous êtes arrêtée ?
- 11:24OuverteRéponse directe
Comment on fait pour tenir ?
- 20:46OuverteRéponse directe
Quel tempérament faut-il pour avoir cette force, cette détermination ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:42PrésentateurFait
« Nous sommes en mai 2022, vous êtes au dernier jour de votre voyage de tourisme en Iran. »
- 21:02PrésentateurChiffre
« Il y a eu 79 morts. »
- 17:03PrésentateurChiffre
« pendant 17 mois, on s'est vus 4 minutes. »
- 18:43InvitéFait
« il y a ce 4 novembre 2025 où l'ambassadeur de France en Iran, Pierre Cochard, »
Temps de parole
- Présentateur34 %
- Invité31 %
- Présentateur 218 %
- Invité 215 %
≈ 1,8 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle claude-sonnet-5 · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
France Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale. Ils ont passé trois ans et demi dans les jôles iraniennes, otages d'État. Ils disent avoir vécu l'horreur quotidienne des conditions de détention inhumaines. Pour autant, disent-ils, nous ne sommes pas brisés. Une semaine après leur retour en France, ils ont choisi France Inter pour parler en hommes et en femmes libres ce matin. Bonjour Cécile Collère et bonjour Jacques Paris. Bonjour. On est très heureux de vous voir ce matin et bienvenue aux auditeurs qui vont pouvoir échanger avec vous via le 01 45 24 7000 et l'appli Radio France.
Vous avez donc atterri à Paris mercredi dernier après quatre ans passés loin des vôtres. Ça fait une semaine. Une semaine, c'est court par rapport à tout ce que vous avez vécu. Comment allez-vous ce matin ?
Écoutez, on va très très bien. On attendait ce moment depuis presque quatre ans. Lorsqu'on a traversé la frontière entre l'Iran et l'Azerbaïdjan, on est arrivés sur un pont. Et à ce moment-là, immédiatement, j'ai voulu appeler ma sœur et ça a été un moment que je n'oublierai jamais. Je lui ai dit, Noémie, j'ai traversé la frontière, je suis en Azerbaïdjan. C'est fini et ça a été magnifique.
Ça y est, je suis libre. Ça y est, je suis libre. Qu'est-ce qu'on va revenir sur toute cette histoire et les conditions de votre détention, la façon dont cette libération a pris du temps et effectivement ce chemin entre Téhéran et Bakou. Mais qu'est-ce que vous avez rêvé de faire pendant ces quatre années et que vous avez enfin pu faire cette semaine-là qui vient de s'écouler, cette première semaine de liberté ? Vous savez, quand on est privé de presque tout, un rien vous émerveille. Et simplement serrer nos proches dans nos bras, c'était fantastique. C'était absolument émouvant et c'était ça le goût de la liberté.
Serrer par exemple dans vos bras votre fille, Anne-Laure, Aude, et puis voir les petits-enfants, ma sœur. Ma mère, c'est quelque chose qui est à la fois banal et extraordinaire.
Cécile Collère, quand on a été privé aussi longtemps de liberté, comment est-ce qu'on retrouve le monde ? Est-ce qu'on réussit rapidement à retrouver ces marques ? Vous avez eu cette période à l'ambassade de France à Téhéran qui a sans doute agi comme une forme de sas de décompression. Comment est-ce qu'on retrouve tous ces réflexes qu'on a perdus pendant près de quatre ans de détention ? Eh bien en fait pendant quatre ans, j'ai rêvé de ce moment et j'ai rêvé de ces instants de découverte. Donc c'est comme si je les avais joués avant qu'ils arrivent et j'étais prête en fait. Comme j'ai dit à beaucoup de gens, on se réhabitue très vite à la vie et au bonheur.
Et donc ça a été facile en fait, ça a été facile. Ce n'est que maintenant du bonheur en fait.
Et donc vous avez retrouvé votre appartement, votre ville, se promener dans les rues de la ville, peut-être prendre un café en terrasse ? Vous l'avez fait tout ça ?
Oui, on a fait tout ça. On s'est réinstallé chez nous et j'ai retrouvé l'odeur de notre appartement, puisque notre appartement a une odeur très particulière qui est pour moi une source de réconfort. Et rien que retrouver cette odeur, ça a été très fort. Il faut qu'on revienne au point de départ, cette arrestation. Nous sommes en mai 2022, vous êtes au dernier jour de votre voyage de tourisme en Iran. Il faut que vous nous racontiez comment ça se passe à ce moment-là. Je crois que vous êtes sur le point de quitter l'Iran.
Et oui, on va vers l'aéroport, on est même tout près de l'aéroport, dans un taxi. Et là, deux véhicules nous bloquent sur la dernière bretelle, avant qu'on puisse être vu en public, en quelque sorte, parce que c'est un enlèvement, c'est un rapte. C'est quelque chose qui se fait dans la nuit, sans que personne ne le voit, à part le chauffeur de taxi qui s'est crié, mais ce sont des touristes. Et là, on nous arrache de la voiture, et puis on nous met chacun dans une voiture différente. On nous menote, on nous bande les yeux, et on nous dit, vous ne partirez pas. Et on nous emmène dans un endroit inconnu, pour un premier interrogatoire.
Et au matin, on nous emmène au quartier 209 de la prison d'Evine, sans nous dire d'ailleurs que c'est la prison d'Evine. Et là, on bascule dans un autre monde. Qui est celui de l'insupportable et de l'incarcération sous le régime iranien. Ça, vous allez nous le raconter. D'abord, il faut qu'on rappelle que vous êtes, vous, Cécile Collère, professeur de français dans un lycée de région parisienne. Que vous, Jacques Paris, vous avez eu une carrière de prof de maths, et que vous exercez des responsabilités au syndicat Force Ouvrière. Est-ce qu'on vous accuse tout de suite d'espionnage, dès le moment où vous êtes arrêtée ?
Non, on nous accuse de complot contre la sécurité de l'État, de participer à un complot contre la sécurité de l'État. Et très vite, à la fin de la garde à vue, on m'accuse moins, mais ça n'a pas été le cas pour Jacques, de terrorisme. Donc très vite, je comprends qu'on va rentrer dans un régime d'exception. Je sais, je suppose qu'en Iran, la justice n'est pas transparente. Mais à partir du moment où on me dit, vous avez rencontré des terroristes, parce que c'est ça qu'on m'a dit. Là, je me dis, bon, on est mal parti. Là, vous vous dites tout de suite, ça va être très long. J'ai peur, en fait. C'est juste, j'ai peur, j'ai peur.
Jacques Paris, de la même manière, qu'est-ce que vous vous dites à ce moment-là ? Est-ce que vous comprenez ce qui est en train de vous arriver ? Ou est-ce qu'il y a une forme de sidération absolue quand on est, et vous venez de le raconter, enlevé, immédiatement incarcéré ?
Écoutez, oui, il y a d'abord une forme de sidération, parce qu'on vous dit des choses qui sont sans rapport avec la réalité. Ils inventent, ils ont un narratif, qui progresse d'ailleurs au fil des interrogatoires, puisque au départ, comme l'a dit Cécile, c'était, vous mettez en cause la sûreté de l'État, et graduellement, on devient des espions. C'est comme ça. Alors après, on s'est aperçu que l'accusation d'espionnage pour les otages étrangers était systématique. Pour une raison de fond, c'est que le régime a besoin de boucs émissaires quand il a des problèmes. Et les boucs émissaires, c'est forcément des étrangers.
Et puis, il y a cette séquence qui a été très pénible pour vous, qui est la séquence des aveux. On vous oblige à dire que vous êtes des agents de la DGSE, en gros, en mission pour déstabiliser l'Iran. C'est quelque chose que vous avez très mal vécu, tous les deux.
En fait, c'est une sorte de viol, tout simplement. Et Jacques l'explique très bien. On ne nous a pas laissé le choix, en fait. On ne nous a pas laissé le choix.
Non, si vous voulez, quand on vous extrait de la cellule, on vous emmène dans un endroit, une sorte de studio. En ce qui me concerne, il y avait cinq gros bras dans la pièce d'à côté, puisque j'étais accompagné par trois dans la voiture. Alors, il y en a un qui m'a dit, regarde, je n'ai pas mis ma ceinture. Je suis ton bodyguard. Et il brandissait son arme automatique sur le parcours. Il y avait une autre voiture derrière, donc ils étaient cinq. On vous traîne dans le studio. Et on vous assoie, on vous met un micro.
Et puis, ce qu'il faut dire. C'est-à-dire qu'on vous donne un texte. Non, pas un texte. Mais on vous dit, il faut que tu passes aux aveux. Il faut que tu dises ça, ça et ça. Il faut qu'on parle de l'horreur quotidienne. Vous avez eu des mots bouleversants à ce sujet sur cette section 209 de la prison d'Evin, connue par tous les opposants politiques iraniens comme étant un enfer. Il faut là essayer de mettre des mots sur ce que vous avez vécu, Cécile Collère. Qu'est-ce que vous y avez vécu ? Pourquoi est-ce que cette section 209 de la prison d'Evin est si terrible ? D'abord, parce qu'on est tout seul. Pendant trois mois, on a été vraiment tout seul.
Donc, il faut vous imaginer que les seules interactions avec des êtres humains, c'est vos gardiens et vos tortionnaires, c'est-à-dire les gens qui prétendent vous interroger. Ça, c'est déjà une première chose. Ensuite, il y a les conditions matérielles. On dort par terre. On n'a aucun accessoire, aucun vêtement, rien. Pas de brosses à dents, pas de livres, rien. On est totalement seul entre quatre murs. Déjà, ça, en soi, c'est une torture. Parce qu'au bout de quelques jours, en fait, on devient presque fou. Il faut lutter contre cette folie. Et puis ensuite, il y a l'incertitude. C'est-à-dire qu'on ne sait jamais quand ils vont venir. On n'est prévenu de rien et jamais à l'avance.
Même ensuite, quand la situation s'est améliorée, c'est-à-dire qu'on a changé, on est passé de l'isolement à des cellules avec d'autres personnes et on a eu le droit de se voir et d'appeler nos familles. Ce n'est pas un droit, c'est une faveur qu'on nous accorde au gré des intérêts de nos tortionnaires. Vous dites, Cécile Collère, on ne sait jamais ce qui va nous arriver. Vous avez peur qu'on vienne vous voir et qu'on vous dise, on va vous exécuter, vous allez mourir. C'est ça. C'est-à-dire qu'on a des menaces en permanence pendant les interrogatoires. Si vous ne faites pas ce que je vous demande, vous allez être pendu.
Si vous ne faites pas ce que je vous demande, je vais vous envoyer dans un endroit dont vous ne reviendrez pas vivante. Vous ne reverrez plus jamais vos proches. On a eu des... En fait, en permanence, pendant les interrogatoires, on a eu des menaces très très dures. Et donc, le soir, avant de s'endormir, on pense à tout ça et on se dit, c'est peut-être pour demain.
Jacques Paris, vous dites, on a voulu nous briser. Tout à fait. C'est même le principe de base. Vous savez, il y a... C'est un protocole qu'il suive. Donc, trouble du sommeil, lumière 24h sur 24. Il y a un néon qui ne s'éteint jamais. Jamais. Vous ne voyez pas le ciel, par ailleurs, puisqu'il n'y a pas de fenêtre. Trouble de l'alimentation qui en résulte. Vous maigrissez. Incertitude maximale, menace. Si vous voulez, par exemple, on m'a dit, pour ta famille, tu es déjà mort. Si tu ne coopères pas, comme l'a dit Cécile, on va t'emmener dans un endroit, on ne retrouvera que la poudre de tes os. On m'a aussi menacé de mort immédiate. Le prochain mensonge, c'est la mort.
C'est-à-dire le mensonge, c'est ne pas dire ce qu'ils veulent que vous disiez. En l'occurrence. Puisque la vérité, c'est le mensonge dans ce système-là. C'est en rouélien. Voilà. C'est en rouélien. 2 plus 2, ça fait 5. Comment on fait pour tenir ? Comment on fait pour rester fort dans sa tête ?
Alors, là, le sport. Tous les matins, on se lève. Et pour ne pas laisser place à la tension, on se met au sport.
Comment on fait dans une cellule de 9 mètres carrés du sport à plusieurs ?
Alors, bon, ça dépend. Parce qu'on est à 3, on est à 4, on peut être à 6, on peut être à 9. Donc, quand on était à 9, pendant les mouvements Massa Amini, moi, je courais sur place, en fait. Je faisais du footing, juste sur un espace, l'espace de mes pieds, en fait. Voilà, il y a ça. Et puis ensuite, il y a la poésie. Donc ça, c'était un élément important. C'est que la poésie m'a aidée à tenir. Ça, racontez-nous comment, parce que vous nous l'expliquiez juste avant de rentrer dans les sociaux, comment la poésie a été une sorte de fil conducteur de cette détention pour tenir. C'est ça. Alors, dans la voiture à mon arrestation, j'ai pensé, ils vont me tuer.
Donc, j'ai commencé à réciter des vers dans ma tête, ce qui m'a permis de mobiliser, de me concentrer sur autre chose que des pensées négatives. Et ensuite, bon, il y a eu des périodes où on n'avait pas de télévision dans la cellule. Et donc, mes co-détenus m'ont fait découvrir Afez, qui est un très grand poète iranien. Et on n'avait pas grand-chose à faire. Il y avait très peu de livres. Donc, je leur ai dit, apprenez-moi le poème d'Afez. Donc, j'ai appris chaque jour un nouveau vers. Donc, des poèmes en perçant, en phonétique. En perçant, en phonétique, que je me répétais, en fait, parce que le fait de l'apprendre prend énormément de temps.
Donc, pendant toute cette période où j'apprenais le texte, je ne pensais pas à la mort, je ne pensais pas au fait que je ne pouvais pas voir Jacques, que je m'inquiétais pour lui, etc. Voilà.
Vous avez appris le farci avec vos co-détenus ? Au fur et à mesure, tout à fait. Et du coup, vous pouviez parler avec elle. J'imagine que vous étiez avec des femmes, que vous avez vécu cette succession de révolutions et de vagues d'arrestations dans cette section 209 de la prison des Vines, qui est la section politique. Quelles relations est-ce que vous avez eues avec vos co-détenus ?
Les relations étaient globalement excellentes. Il y avait une énorme solidarité. Si j'ai appris le farci, c'est justement parce que ces filles autour de moi, ces femmes, parce que ça allait de 19 ans la plus jeune jusqu'à plus de 60 ans. Et puis, je sais qu'il y avait des femmes encore plus âgées qui étaient dans les prisons. Elles étaient ouvertes et elles prenaient le temps d'essayer de comprendre ce que je disais. Donc, c'est comme ça que j'ai appris, parce qu'il y avait cette solidarité-là. Jacques Paris, vous avez à quelques occasions la possibilité de contacter vos proches, même si c'est des échanges qui sont bien sûr surveillés par vos geôliers.
Dans ce cas-là, quand on parle à ses proches au téléphone, même si on a quelques minutes, qu'est-ce qu'on leur dit ? La priorité, c'est de les rassurer, de leur dire, ça va aller, on tient ?
Alors, d'abord, on n'a pas eu de contact pendant 7 mois avec nos proches. Deuxièmement, ça a duré 4 minutes, montre en main, pas plus, sous surveillance, puisque c'était enregistré et filmé. Alors, vous savez, ce qu'on essaie de faire, c'est, oui, un, de les rassurer, et deux, de savoir s'il y a quelques informations qui peuvent, nous, nous rassurer, de la part de leur démarche, de ce qui se passe pour nous. Puis, c'est fini.
Parce que 7 minutes, c'est... Parce que, voilà. On ne peut rien dire.
Voilà. Et c'est fait pour, parce que, à la fois, c'est un... Les coups de téléphone rares avec nos familles, c'était attendu par nous, comme une bouffée d'oxygène, et en même temps, une immense frustration, parce que le temps était extrêmement court. Cécile et Jacques, on a des auditeurs qui ont, évidemment, très envie de vous parler, de vous poser des questions. Bienvenue, Francis. Bonjour. Bonjour. Je crois que vous vouliez poser une question à nos deux invités, sur, précisément, tous ces gens qu'ils ont croisés pendant leur détention.
Tout à fait. Aussi bien, Jacques, que Cécile. Vous avez été en contact avec des Iraniens, des Iraniennes incarcérés. Est-ce que vous pouvez, brièvement, nous donner leur tranche d'âge, leur catégorie socio-professionnelle, et surtout, qu'est-ce qu'ils avaient en tête, quels étaient leurs idéaux, et qu'est-ce qu'ils ont pu échanger avec vous sur ce qu'ils attendaient de la situation à venir ?
Merci, Francis. Jacques Paris ? Eh bien, moi, la tranche d'âge, c'est de 18 à 82 ans. Donc, à tout âge, on peut être à la section 209. Et le sentiment général, c'est l'aspiration à la liberté. C'est aussi simple que ça.
Parce que vous avez traversé, non seulement vous en parliez, Cécile Collère, le mouvement après la mort de Marsa Amini, vous avez aussi traversé ce qui s'est passé en janvier, même si à cette époque-là, vous étiez à l'ambassade avec les massacres, plusieurs dizaines de milliers. Vous avez suivi la répression qui a progressé, et le massacre d'une partie du peuple iranien, Cécile Collère. C'est ça. Alors, nous, on a effectivement rencontré des personnes qui souhaitent la liberté, qui souhaitent que le régime change. Et c'est aussi cela dont on voulait parler un peu. C'est-à-dire qu'on voulait dire, voilà, nous sommes rentrés, mais nous pensons à tous les prisonniers politiques en Iran.
Mais aussi aux otages. Il y a encore des otages qui sont dans les prisons iraniennes. Et nous pensons à eux, nous pensons à leur famille. Voilà le message que nous voulions faire passer. Juste avant de parler de votre libération, on a Guy sur l'application Radio France qui pose cette question. Quelles étaient vos possibilités de communiquer durant votre détention ? Est-ce que vous aviez des nouvelles l'un de l'autre, Cécile Collère et Jacques Paris ?
Eh bien, pas beaucoup. Ça, c'était dur. Oui, parce que pendant 17 mois, on s'est vus 4 minutes. Les 17 premiers mois. Exactement 4 minutes. Et encore, on était filmés. Et ensuite, on avait des rencontres épisodiques. Bref, on ne pouvait pas se voir pendant 3 mois. Comme on pouvait se voir au bout d'un mois. Et on était aussi sous surveillance, écoutés. Donc, les conversations, ça nous faisait, nous donnait un grand réconfort de nous voir. Mais en même temps, ce n'était pas facile à gérer. Alors maintenant, on rattrape le temps perdu. On a beaucoup de choses à se dire. Cécile Collère là-dessus ?
Oui, alors même pour Noël, parce que le premier Noël, on l'a passé dans nos cellules, quand même. Et puis le deuxième Noël, ils nous ont accordé un coup de fil et une rencontre. Enfin, mais jusqu'au dernier moment, on le demandait, mais jusqu'au dernier moment, ce n'était pas confirmé. C'était confirmé à partir du moment où on se voyait en face à face et on appelait nos familles.
Il faut rappeler aux auditeurs que vous êtes un couple. Vous avez dû donc nécessairement beaucoup vous inquiéter l'un pour l'autre pendant tout ce temps. Ce qui est une charge supplémentaire à cette vie de claustration et de détention.
Oui, alors on n'a pas parlé du terme de torture blanche. En fait, tout ce qu'on a vécu, c'est-à-dire le harcèlement psychologique, donc l'incertitude maximale, les problèmes de sommeil, etc., font partie d'une torture psychologique qui est reconnue au niveau des normes internationales, des conventions internationales. Et en fait, le fait de nous séparer et de nous priver de nouvelles l'un pour l'autre a été pour moi la chose la plus difficile. Et je pense que c'est vraiment un élément central de cette torture psychologique dont on a été les victimes.
Jacques Paris, Cécile Collère, il y a ce 4 novembre 2025 où l'ambassadeur de France en Iran, Pierre Cochard, il vient vous chercher devant les portes de la prison d'Evin. Je raconte à nos auditeurs, là, vous avez un... Cécile Collère, vous levez les yeux au ciel parce que vous vous en souvenez. Et Jacques Paris, vous souriez. Ce moment-là, où je crois jusqu'à quelques minutes avant de sortir, vous ne savez pas que vous allez être libéré.
Tout à fait. Ils nous ont même dit le contraire. Une demi-heure, enfin trois quarts d'heure avant, ils nous ont dit vous ne serez pas libéré ce soir. Par les officiers de renseignement, explicitement. Jusqu'au bout, ils ont voulu nous tourmenter, en quelque sorte. Et ça faisait partie de leur système. En fait, ce qu'ils voulaient obtenir de nous, c'est qu'on ne parle pas en sortant. C'est qu'on soit dans un état psychologique tel qu'on s'enterre, qu'on s'isole. C'était ça, leur objectif. Et c'est le contraire qui s'est produit. C'est ça. Vous le voyez aujourd'hui. La première chose que vous faites à ce moment-là, en sortant ?
On prend l'ambassadeur dans nos bras.
Voilà.
On respire déjà parce que, comme disait Jacques, on l'a su vraiment au dernier moment. Donc, en fait, il y a des étapes. C'est-à-dire, à partir du moment où on voit l'ambassadeur, on se dit ça y est, on n'est plus seul, en fait, tout simplement. Et puis après, il y a ce moment magique où, enfin, on entre dans l'ambassade où les portes se referment et on se dit ça y est. On est sur un petit bout de France, comme l'a dit mon père. Voilà, un début de liberté. On est sur un petit bout de France, comme l'a dit mon père à la télévision.
Donc, il y a ces cinq mois passés à l'ambassade, puis la dernière route, le dernier chemin avant la libération dont on parlait au début de cet entretien, c'est-à-dire la route entre Téhéran et Bakou en Azerbaïdjan. Vous prenez l'avion, vous atterrissez mercredi matin la semaine dernière en France et on est frappé quand on vous voit à l'Elysée. On est frappé de la façon dont vous vous tenez droit pour dire à la fois merci, pour dire que vous n'allez pas vous taire. On est frappé par votre force de caractère à tous les deux. Quel tempérament faut-il pour avoir cette force, cette détermination ? Vous savez, on a la conscience d'abord d'être des rescapés.
Rescapés du régime iranien, mais aussi rescapés d'un bombardement qui a failli nous coûter la vie à la prison d'Evin. Il y a eu 79 morts. Il y a une bombe qui est tombée juste devant notre bâtiment. Il a été soufflé, on a été enfumé. On a cru un peu qu'on serait asphyxiés parce qu'on ne venait pas nous chercher très vite. Alors, une fois qu'on a vécu tout ça et qu'on a survécu, on a envie de se battre.
On se tiendra un tout dernier mot rapidement, Cécile Collère. Est-ce que les semaines qui viennent, les mois qui viennent, est-ce qu'on a la moindre idée de ce qu'on a envie d'en faire ? Vous avez eu cette phrase magnifique, vous avez dit « Vive la vie ». Oui, c'est ça. On va profiter de la vie et profiter de nos proches, tout simplement. Et donc, Jacques Paris, vive la vie. Vive la vie, oui, absolument. Il faut le redire.
Il faut le redire et c'est une conviction. Merci beaucoup. Merci beaucoup. Profitez bien tous les deux. Merci d'avoir été au micro de France Inter ce matin. Sous-titrage ST' 501