François Ruffin est l'invité de Quelle Epoque sur France 2
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Un candidat à la présidentielle, disons qu'il fait de la politique à sa manière, dans des films chocs, des livres chocs, une BD chocs, Picardie Splendeur aux arènes, qui a fait beaucoup parler, il vient s'en expliquer ce soir, François Ruffin est notre invité de minuit. Vous allez bien ?
Très bien et vous-même ?
Député, tout va bien, député Picardie, debout de la Somme, ça fait bientôt 10 ans que vous siégez à l'Assemblée Nationale, sauf que l'Assemblée Nationale, ça ne vous suffit pas, vous êtes désormais candidat.
25 ans à écouter les Français, ça se met, pour pas s'enfermer comme l'autre dans son palais. Entrepreneur, avec ma petite entreprise, j'ai appris à gérer les budgets serrés et j'ai pas fait de déficit moi. Qu'est-ce que je mets ? Il y a le salaire aussi. Le SMIC, ça m'ira. L'excédent, on le verse aux associations et je te réduis de 20 millions le budget de l'Elysée. Cher peuple français, je candidate aujourd'hui avec joie à votre offre d'emploi.
« Science Po » qui sort le volume 2 avant le volume 1, vous faites à votre manière, quoi. C'est la déclaration de candidature la plus différente qu'on ait vue.
Et je fais maintenant des entretiens d'embauche. J'en ai fait à Poitiers, à Lyon, à Valenciennes, où je présente mon CV. Je sais que j'ai quelques trous, puisque j'ai pas fait Science Po, j'ai pas fait Léna. J'ai pas reçu de valise d'argent de Kadhafi. Donc j'ai un certain nombre de problèmes, mais je pense que j'ai des choses à Porto-Français. Et vous êtes journaliste en plus.
Et vous êtes journaliste en plus, toutes les tards.
Comme il fait vraiment rien comme tout le monde, pendant les soirées électorales, les gens ils sont sur France 2, sur TF1, sur les chaînes d'info. Lui, il était en multiplexe le soir des municipales. Il se réjouissait des fusions de la gauche, quoi.
Ah, ah, ah, une fusion, une fusion à Besançon. Une fusion entre la liste de Séverine Véziès de la France Insoumise et de la mer sortante. Anne Vigneault, bravo, bravo pour cette fusion. Ah, ah, ah, ah, ah, un communiqué. Un communiqué qui nous arrive de tout le monde. Bac, Jean-Luc Roudaille. Oh là là là, mais ça y est, ça fusionne dans tous les sens. On peut plus parler, on peut plus parler, ça part de partout dans ce...
Il est pas mauvais, hein ? Vous qui adorez le foot, il le fait bien, non ? Non, si vous ratez...
J'ai 20 ans à écouter ça dans les oreilles de multiplexe.
Si vous ratez l'Elysée, vous avez une reconversion dans la télé, quoi. J'espère bien, j'espère bien. En attendant, l'Elysée, et donc pas de programme, pas de livre programme comme les autres, on fait différent.
Il y aura l'automne, vous inquiétez pas, vous aurez une grosse lecture.
Ah, il y aura le tome, l'économie, mes propositions, l'immigration, mes propositions...
On va cocher les classes classiques, enfin à peu près, vous verrez.
On verra. En attendant, il y a donc cette BD dont tout le monde parle, parce que ça fait polémique. Ça vous a pas échappé, vous allez vous en expliquer. Picardie-Splendor, les aventures de François Ruffin, député reporter aux Arènes. Vous écrivez avec ses morceaux de vie, évidemment, vous racontez tous les gens que vous croisez en Picardie. D'ailleurs, vous célébrez cette belle région qui est la vôtre.
Il y a Genevilliers, il y a Caen, il y a un peu tout le pays, mais ça part de chez moi, oui.
Voilà, avec ses morceaux de vie, j'essaie de comprendre ma France, mes Frances plutôt, fracturées et qu'il faut réparer dans le train, dans une cité, dans une cuisine ou au comptoir du bar. J'écoute. J'écoute le bruit de l'époque. C'est ça qu'on peut lire. Vous écoutez, mais vous en êtes aussi l'acteur principal. On a compté, vous êtes présent à 183 reprises sur 100 pages et vous êtes un peu le sauveur de cette France fracturée.
Alors, 183 reprises, du coup, sur 545 cases.
Oui, à pas mal.
25%. Vous aussi, vous avez compté. Paul Mirabel est présent à 100% de son spectacle et en plus pour raconter sa vie. Donc, bon, voilà.
Non, mais c'est vrai que vous apparaissez un petit peu comme le sauveur de cette France fracturée.
Je ne pense pas que ce soit le sauveur. C'est le réparateur. Enfin, en tout cas, c'est la volonté, c'est d'être dans une... Vous voyez, on est dans un temps où vous parliez du Covid. Dans quel état est la France ? On a traversé la crise des Gilets jaunes, la crise Covid, la guerre en Ukraine. À la sortie de tout ça, Emmanuel Macron, à la place de se demander comment on fait pour rassembler le pays, comment on fait pour faire France ensemble. Quels sont les grands défis qu'on va surmonter, qui vont donner envie ? Il fait la réforme des retraites contre 8 salariés sur 10, contre tous les syndicats unis. Et ça remet à nouveau de la tension et du bazar dans le pays.
Et derrière, il fait une dissolution improvisée pour, dit-il, jeter une grenade dans les pattes de la démocratie. On a, du coup, un pays qui est en tension. Et en fait, quel est le rôle, à ce moment-là, des dirigeants politiques ?
Dans cette BD, parce que je parle de cette BD, par exemple, il y a des scènes. Il y a plusieurs scènes. C'est des scènes vues, c'est des choses vues. Mais à chaque fois, vous apparaissez. Exemple de cette scène où il y a des femmes voilées. On a 4-5 femmes voilées avec leurs enfants qui veulent aller dans un bar prendre une glace avec les enfants. Le serveur va les refouler parce qu'elles sont voilées. Donc, elles vont être là, mal, avec leur môme, etc. Maman, pourquoi il n'a pas voulu nous servir ? Parce qu'on est arabe, etc. Vous racontez ça dans la BD. Et puis, soudainement, vous surgissez. Vous improvisez un dialogue entre eux.
Mais ça n'a rien de...
Non, non, ce n'est pas par rapport à vous. C'est sur les solutions pour réparer.
Je reçois une lettre du maire de la Courneuve qui me dit, il y a eu un souci qui s'est passé dans votre ville, M. Ruffin. On sait combien vous êtes un républicain. Donc, je vois qu'il y a ça qui s'est passé à Amiens. Je fais quoi ? Je vais voir les maires de la Courneuve. C'est ce que vous racontez. Elles vous racontent. Et ensuite, vous allez voir. On va essayer de voir s'ils peuvent se parler avec le restaurateur.
Et donc, vous organisez. Non, mais c'est intéressant. La question est de savoir si ce n'est pas un peu simple d'imaginer qu'en les faisant... Parce qu'effectivement, dans votre livre, la fin est belle. Ils se parlent. Et grâce au dialogue, ils vont dans le bar et ils les servent, etc.
Je ne dis pas que ça marche tout le temps. Je pense qu'on va avoir le droit à une scène. Ça ne marche pas dans le train, par exemple. Mais quand c'est possible, quand on se dit, bon, est-ce que c'est du racisme profond de la personne ? Est-ce qu'il y a eu une incompréhension ? Est-ce qu'il y a eu un malentendu ? D'abord, on va vérifier. En fait, ce que je vois, c'est que les femmes de la Courneuve, elles ont été en souffrance. Parce que les sentis, à ce moment-là, se sont dit, mais on n'est pas françaises. D'habitude, on se sent françaises. Et à ce moment-là, au moment où on refuse simplement de nous servir un verre, on ne se sent pas françaises. Je vais rencontrer le restaurateur.
Je me dis, bon, je vais tomber sur un facho. Bon, ben voilà, ça va être dur, mais je vais comprendre. Et je vois quelqu'un qui est lui-même en souffrance parce qu'il a senti qu'il y avait quelque chose de pas bien qui s'est passé. Dans ce « qu'est-ce que vous faites ? » Ben oui. J'interviens en me disant, bon, est-ce que ça va pouvoir se rencontrer ? Il y a plein de cas où ça ne marche pas comme ça. Et je veux dire, je veux dire qu'un antiracisme humain du quotidien, il faut évidemment conjuguer un antiracisme avec des mesures. Pour qu'il y ait des cellules d'accueil dans tous les commissariats sur les questions du racisme.
Pour que CNews soit fermée parce que c'est une machine à fabriquer de la zizanie dans le pays. Donc il faut, à mon avis, un antiracisme de l'humain, du quotidien, quand ça peut être réparé, conjugué avec un antiracisme politique et qui prend des mesures.
Vous seriez président, vous fermeriez CNews donc ?
Oui, je l'ai déjà dit. Mais elle est où la liberté d'expression ? Mais ce n'est pas la liberté d'expression. CNews a signé une convention qui, ou sur laquelle il s'engage, sur le pluralisme d'opinion. Or, tout montre, vous le savez, qu'il n'y a pas de pluralisme d'opinion à CNews et que c'est une machine à, en vérité, fabriquer une pensée d'extra-droite. Vous savez qu'on ne traite pas la presse papier de la même manière qu'on traite les médias audiovisuels. Et donc il y a une obligation de garantir...
C'est à l'ARCOM de vérifier ça.
C'est à l'ARCOM, autorité de régulation, de faire son travail en effet.
Mais si je peux me permettre, et après je vais donner la parole à Hugo qui va parler de la polémique et du moment où vous êtes attaqués dans cette BD, le réparateur aujourd'hui, pour beaucoup de Français, c'est le Rassemblement National. C'est Jordan Bardella ou Marine Le Pen, non ? C'est pas François Ruffin ou la gauche qu'ils appellent ?
En tout cas, le Rassemblement National est un parti qui porte très mal son nom. C'est le parti du déchirement national. C'est le parti qui va faire que les Français seront triés selon qu'ils sont des vrais Français ou des pas vraiment Français, des Français avec tous les titres ou des Français de papier.
Et pourtant, les sondages les donnent à 35%. Et dans votre région, on a vu combien ça a été difficile pour vous d'être réélu, parce qu'ils sont... c'est un tsunami.
C'est un tsunami et je suis encore là, d'accord ? Et je le dis, ça fait partie des croix que je coche dans mon CV. Trois fois, trois fois alors que vous savez qu'à l'élection présidentielle ou à l'élection européenne, c'est Bardella et Marine Le Pen qui arrivent largement en tête. Trois fois, nous avons inversé les statistiques et nous avons, voilà, gagné. Donc je le dis bien ici pour dire aussi aux Françaises et aux Français, il n'y a pas de fatalité, nous pouvons l'emporter.
Alors, Hugo, parce qu'ensuite, je suis sûr qu'ils ont, eux deux, une petite question obligée. Le contraire.
Hugo. Oui, François-Henri Fain, vous avez reçu énormément de critiques sur cette BD, principalement venant de vos anciens collègues de la France insoumise, qui vous ont taxé d'être paternalistes, voire pire, carrément racistes. Cette accusation vous a été formulée.
Par exemple, sur ce passage de la BD dont on a un peu parlé, qui se déroule à la Courneuve, où on voit une femme voilée se rendre auprès de la police, eh bien au sujet des femmes de la Courneuve que vous mettez dans votre bouquin, le maire LFI de la Courneuve, Ali Diouara, a tweeté, je cite, « Ruffin est un raciste complexé qui se donne des airs de porte-voix du peuple, mais transforme des femmes de la Courneuve en figurante de son récit paternaliste. » Fin de citation. Il y a aussi un autre passage de la BD qui fait polémique.
C'est celui-ci, où on vous voit dans un train essayer de régler une situation tendue entre des agents de sécurité de la SNCF et une passagère, une femme noire, qui n'est pas en règle. Si ce passage fait autant parler, c'est à cause de ce personnage, qui s'indigne de la manière dont les agents traitent la passagère. Dans votre BD, il est dessiné sous les traits d'un homme maghrébin. Or, il a témoigné sur les réseaux sociaux, ce monsieur, et il s'avère qu'il n'est pas maghrébin. Il s'appelle Félix Barès. On le voit ici, sur cette image. Et il vous accuse d'avoir modifié la réalité pour la faire correspondre à ce que vous vouliez raconter.
En gros, un homme politique blanc qui se pose en sauveur face à des personnes noires et arabes. Il dit aussi que la scène de la BD ne correspond pas vraiment à ce qui s'est passé, et que vous vous mettez en avant, alors que selon lui, ce n'est pas vous qui avez réglé la situation. Par exemple, il dit que vous l'avez représenté en étant énervé sur les dessins, alors qu'il assure avoir été calme. Ou encore que c'est lui qui a payé l'amende de la dame, et pas vous, contrairement à ce que vous montrez dans la BD. Alors il dit que vous l'avez remboursé ensuite, mais que c'est lui qui a payé d'abord.
Alors il faut préciser que selon le journal L'Oquinion, Félix Barès, qui témoigne contre vous, est un Français converti à l'islam, qui aurait tenu des positions ambiguës sur le djihad, en estimant que cette guerre au nom de l'islam pouvait être, je cite, « spirituel, politique » ou encore « un combat guerrier en ultime recours, pourquoi pas ? » Fin de citation. En tout cas, ce passage de la BD a inspiré la députée à LFI, Arcilia Soudé, qui a tweeté, « Cette BD montre bien qui est Ruffin, un type raciste, et un but de lui-même qui adore endosser le rôle de sauveur blanc. » Raciste, sauveur blanc, ce sont des insultes, des attaques extrêmement violentes.
De vos anciens amis, de vos anciens amis.
Qu'est-ce que vous leur répondez ?
Écoutez, d'abord, moi je ne suis pas en conflit avec Félix. Je pense que tous les deux dans ce train, où il faut revenir sur ce qui se passait, il y avait quatre agents de la Sûreté ferroviaire qui cernaient une femme noire, et moi je ressentais une humiliation. Lui s'est levé le premier pour dire, voilà, c'est pas normal ce qui se passe. Ça a fait monter encore plus en tension. Ensuite, il a traité les agents de ferroviaire de chien, ce qui n'a pas contribué à régler les débats. Et je suis intervenu pour essayer que, voilà, que, en fait, je voyais quasiment dans ce wagon une allégorie de notre pays. C'était la fièvre en direct. Et je ne veux pas ça. Je ne veux pas ça pour mon pays.
Et donc...
Et malgré tout, vous reconnaissez des maladresses sur cette planche. Vous vous êtes exprimé.
En particulier, il y a une case, je ne sais pas si vous voulez la montrer à plus près, mais il y a une case où je dirais, je ne me reconnais pas. Je ne me reconnais pas. J'ai l'air d'avoir... Bombe le torse. Oui, je bombe le torse. C'est celle-ci. J'ai comme un air supérieur. Et en face, lui, il se présente avec quelque chose qui est de l'ordre de la soumission.
Oui, il dit dans la vidéo dans laquelle il a témoigné, il a mis en scène ma soumission en tant que maghrébin. Alors que je ne suis pas maghrébin et que je n'étais pas dans une position...
Je vous dis, je le dis, quand on fait une œuvre, il y a toujours une réception. Et il faut entendre les critiques quand elles sont légitimes. Cette critique-là me ferait parfaitement légitime. Et si je pouvais enlever cette vignette et la remplacer, je le ferais. Et je n'ai pas envie d'être, vous voyez, un politicien qui vient dire « j'ai raison, j'ai raison, j'ai raison » et qui ne reconnaît rien, qui s'enferme dans ses certitudes, dans une posture derrière son arbre.
Mais du coup, on peut se demander si c'était une bonne idée de faire une BD, en fait. Parce que de représenter les personnages, c'est selon ce que vous avez vu, puisque vous avez validé. Vous avez validé le dessin qu'ils en ont fait. Vous l'avez validé, vous courbé, etc. Alors que dans un livre, on n'aurait pas vu ça. Vous auriez raconté l'histoire, peut-être qu'il aurait contesté, mais c'est moins visible.
Peut-être. Mais enfin bon, moi, je souhaitais tenter la BD et je suis fier d'avoir fait cette BD. Et maintenant, on ne va pas quand même se raconter de l'histoire. Tout ça s'inscrit dans un moment politique. J'ai présenté ma candidature en janvier. Nous avons reçu plus de 100 000 signatures en moins de 15 jours de soutien sur nos présidents. Il y a un traité de raciste par des gens avec qui vous travaillez encore il y a des mois. Et nous avons fait un meeting à Lyon avec plus de 3 000 personnes. Derrière, Jean-Luc Mélenchon déclare sa candidature. Il est évident qu'il y a un objectif qui est de tout raser.
Mais quand ils vous traitent de raciste, qu'est-ce que vous leur répondez ?
Je voudrais qu'on voit la photo d'il y a 10 ans, quand même, parce qu'il y a des mémoires. Voilà, vous êtes là, vous êtes en 2017.
Vous savez, même quand j'étais à l'intérieur du groupe, le moins qu'on puisse dire, c'est que je ne supposais pas des bons traitements tous les jours. Donc mon sujet n'est pas là. Mon sujet n'est pas là. Je pourrais vous parler longtemps des méthodes pour ennuir et pour salir. Je pourrais épiloguer sur les 3 000 procureurs sur Twitter, mais mon sujet n'est pas là. Mon adversaire n'est pas ici. Mon adversaire est très clairement Jordan Bardella et le Rassemblement National. C'est-à-dire, j'ai toujours dit qu'il fallait ouvrir un chemin d'espoir entre l'extrême droite et l'extrême argent.
Et en plus, aujourd'hui, on a une extrême droite et une extrême argent qui fusionnent avec des milliardaires réactionnaires.
Enfin là, vos anciens amis de LFI sont plus agressifs avec vous que ne le sont les politiques de droite ou d'extrême droite. Eh bien, je ne leur rendrai pas cette agressivité.
Parce que je pense que ce n'est pas ça qu'il faut pour le pays. Vous tendez l'autre joue ? Non, je ne tente pas l'autre joue, mais je pense que ce qu'il faut aujourd'hui pour le pays, ce n'est pas déchirer, ce n'est pas fracturer.
Si vous êtes élu président de la République, est-ce que vous pourrez prendre des gens qui vous traitent de racistes aujourd'hui dans votre gouvernement, par exemple ?
Je ne mets pas tous les élus insoumis dans le même sac. On a quelques porte-voix vocaux qui sont aguerris à ce genre de pratiques. Maintenant, ce n'est pas le cas de tous les insoumis du pays.
Mais plus largement, au-delà, qu'est-ce qu'elle dit cette histoire de cette BD, de cet extrait de la BD dont vous dites « je regrette cette bulle-là » particulièrement ? Ce qu'elle dit, c'est que ce dont vous parlez aussi dans cette BD et que vous reproche une partie de la gauche, c'est de mettre au cœur les thèmes d'immigration, les thèmes de sécurité aussi dans cette BD. Et même Marine Tondelier vous dit « vous reprenez les thèmes d'extrême droite quand vous dites « je ne veux pas d'immigration, du travail », etc.
» Est-ce que vous assumez, François Ruffin, de parler et de mettre l'immigration dans un éléphant au milieu de la pièce parce que la gauche a toujours eu un problème avec ça et ne veut pas en parler ?
Oui mais je pense que je fais une bande décidée qui est humaniste, qui est antiraciste et qui vise à réparer le pays et qu'on a là des gens qui, à partir d'une case, s'insurgent légitimement et qu'il y a une instrumentalisation par ailleurs. Mais je n'ai pas de soucis moi à dire.
Je vais vous citer, c'est ce que je reproche à la gauche, sur l'immigration, sur la sécurité, elle se cache, elle se tait, elle fait comme s'il n'y avait pas de soucis. Ce à quoi Marine Tondelier vous dit « tu reprends les thèmes de l'extrême droite ».
Ça c'est un agent de la SNCF qui me parle et c'est intéressant parce que, oui je prends des pastilles de vie, mais qu'est-ce qu'on fait ? On vit dans ce pays où on se ferme les yeux, les oreilles et on pense qu'il n'y a pas de problème. Qu'est-ce que me raconte ce contrôleur de la SNCF qui par ailleurs fait une espèce de géopolitique en fonction des populations qu'il voit remonter du continent africain ? Il me dit « voilà, moi j'ai toujours été de gauche, je suis toujours de gauche parce que je sais ce que la Rassemblement nationale ferait aux ouvriers ». Mais ça fait beaucoup de débat à la maison parce que mes enfants, ils votent Jordan Bardella.
Et il y a plein de parents qui sont de gauche et que j'endors de dire la même chose aujourd'hui. Oui, moi je suis resté ancré à gauche, mais mes enfants, ils sont en train de glisser. Et en effet, le contrôleur a une demande de dire « voilà, la gauche, elle ne doit pas fermer les yeux sur les questions de sécurité ou sur les questions d'immigration ».
Le premier point que je voudrais souligner, c'est quand même que nous sommes en mai 2026. Et le degré de violence qu'a déjà atteint le débat politique et ce que vous subissez, François Ruffin, est quand même assez frappant. On se demande où est-ce qu'on en sera, par exemple, au printemps 2027. Et je pense que c'est extrêmement inquiétant. Mais après, une fois qu'on a dit ça, moi vous le savez, parce qu'on en a parlé, je trouve vos films absolument admirables. Vous en parlez dans votre livre d'ailleurs. Oui. Vous parlez d'Oblot. Vous avez montré comme personne la réalité de la France, la vie de gens qu'on ne montre jamais. Vous leur rendez une dignité que certains ne leur dénient.
Et franchement, je demande à tout le monde d'aller regarder ces films. Simplement, ce qui m'a frappée dans votre bande dessinée, c'est que vous qui avez montré les conséquences de la désindustrialisation à un moment où peu de gens s'y intéressaient, là, vous avez raison de dire que l'immigration, la sécurité, il faut s'en saisir.
Mais j'ai eu l'impression que vous alliez sur des questions qui sont des questions sociétales, que vous alliez sur des questions de redistribution, et que finalement, vous abandonniez ce terrain qui est celui de savoir comment on rend du travail à tout le monde, comment on produit de la richesse, comment on fait pour que le travail redevienne un facteur d'intégration. C'est-à-dire justement comment on rassemble tout le monde en évitant d'être enfermé dans les questions identitaires ou en croyant que c'est juste en prenant aux riches que ça va marcher.
Bon, mais je veux dire, je ne fais pas une BD programmatique. Et je dis même que je déteste, moi, les BD pédagogiques. Il y en a qui aiment ça. Moi, je ne veux pas de ça. Mais voilà. Donc, je ne viens pas établir un programme. Natacha Polony, vous l'aurez à la rentrée. D'accord ? Mais donc, si vous voulez, maintenant, c'est candidat à la présidentielle et non pas l'auteur de BD. L'auteur de BD, il cherche à raconter...
Il faudrait savoir. C'est ça aussi. C'est qu'on ne sait plus. On a qui en face de nous ?
Eh bien, vous avez en face de vous un député reporter qui sera aussi un président reporter parce qu'il faut continuer à regarder la vie. et qu'il vient présenter des tranches de vie à hauteur d'hommes et de femmes. Maintenant, si vous voulez, m'interroger sur... En tant que président...
Ah ben, attendez. J'ai les questions. Ah oui, j'ai les questions. On va les faire bien. On va les faire bien.
Je fais le chapeau, en tout cas. Je fais le chapeau.
Ah, faites le chapeau. Faites le chapeau de mes questions. Faites les questions, si vous voulez. Comme député reporter.
Oui, il faut faire France ensemble. Et on ne... Vous savez, il y avait chez mes grands-parents une assiette en porcelaine avec une citation d'Antoine de Saint-Exupéry dans laquelle il est inscrit « S'aimer, ce n'est pas se regarder l'un l'autre, c'est regarder ensemble dans la même direction. » Et il me semble que ce qui vaut pour un couple, si jamais il n'a pas de projet, s'il n'est pas « Allez, on va partir en vacances ensemble, on va voir des enfants ensemble, on va voir une maison ensemble, il risque de se bouffer le nez. » Eh bien, je pense que c'est la même chose pour une nation. Si la nation, elle n'a pas un horizon commun. Or, nous avons des défis à relever.
Le défi productif, pas de grand pays sans grande industrie. Le défi démographique, de plus en plus de personnes âgées dont il faut s'occuper. Le défi climatique, qui suppose d'à peu près tout transformer dans notre pays.
Ah là, vous nous faites le programme, là.
Là, on est sorti de la BD, là. Ouh !
Oui, on analyse le programme, mais enfin, on analyse plutôt le constat. Là, vous nous faites le constat. Alors, sans doute qu'on aura le programme.
Oui, vous aurez le programme. Et puis, vous savez, ce n'est pas comme si mes idées, elles naissaient d'aujourd'hui. Je les ai travaillées pendant 25 ans. J'y ai réfléchi pendant... Voilà, qu'est-ce qu'il nous faut pour la vie des Français, pour notre pays. Donc, vous n'allez pas être non plus surprise. Une condition nécessaire, c'est évidemment revenir sur un certain nombre d'accords commerciaux, taxes aux frontières. C'est le débat du second tour. C'est le débat du second tour, il a raison.
Non, parce que vous avez face à vous une autre future candidate.
Elle vous dirait ça, agissez attentif.
Petite question de Patrick Cohen, et puis ensuite, les...
Je me suis rattrapé par la façon dont vous prenez les questions de société dans le mur. Pendant des années, je vous observe depuis longtemps, je vous prenais pour un vrai marxiste, c'est-à-dire celui qui met les questions socio-économiques au-dessus de tout, et vous refusiez d'aller sur les questions de société. Sur la question de la naïcité, de l'emprise islamiste d'un côté, des actes anti-musulmans de l'autre, c'est des questions que vous mettiez de côté et que vous ne vouliez pas aborder au profit de ce que vous faites dans vos films, et Natacha l'a dit justement, des conditions socio-économiques de la population.
Qu'est-ce qui a joué le rôle de révélateur pour que vous abordiez ces questions, là aujourd'hui, d'immigration, de sécurité ? Il n'y a pas de révélation. Je veux dire, les questions socio-économiques,
elles traversent encore le récit, avec la question du statut des travailleuses et des travailleurs essentiels. Ce sont les femmes de ménage de l'Assemblée nationale, ce sont les charistes de jeûne millier, ce sont les auxiliaires de vie de camp, et ça reste la colonne vertébrale de ma pensée, y compris de la bande dessinée.
L'interview, si j'étais président, Jingle. Vous, président, c'est quoi votre première mesure ?
Ma première mesure est évidemment sur le travail, mais sur l'indexation des salaires sur l'inflation. Les Français, ils ont perdu 5% de pouvoir d'achat ces dernières années, donc il faut qu'au moins les salaires réels suivent l'inflation. Et je suis modeste, parce que je pourrais demander à ce que ça suive les dividendes, qui ont augmenté de 10% en un an, ou que ça suive les salaires des PDG.
Vous, président, vous appelez qui en premier ?
Je suis devenu un vrai politique, parce que vous voyez...
Ça y est, ça y est, ça y est, vous êtes devenu un vrai politique. Ça y est, ça y est, je vois la bascule. Vous, président, vous appelez qui en premier ?
Ma mère.
Vous, président, vous fêtez où votre victoire ?
Je la fête, je pense, chez moi, à Amiens, ça paraît ce qu'il y a le plus naturel, de la fête, peut-être à flic secours.
Vous, président, vous allez où pour votre premier déplacement à l'étranger ?
L'impératif, c'est les discussions... Je ne sais pas si c'est le premier, mais l'impératif, ce sont les discussions avec la Chine. C'est évident, la Chine, avec qui... Si on veut retrouver notre autonomie sur 100 produits stratégiques, il faut avoir des discussions avec les Chinois sur les taxes aux frontières, les barrières douanières. Il faut avoir une discussion géopolitique sur notre relation avec la Chine vis-à-vis des États-Unis. Et il faut avoir même une discussion sur la technologie.
Donc vous allez en Chine ? Premier déplacement en Chine ?
Pas en Europe, en Chine ? En tout cas, je pense que la Chine est un déplacement absolument prioritaire. Vous, président,
vous prenez qui en Premier ministre ?
Je vais faire beaucoup de jaloux. Ou de jalouse. Non, en tout cas, je sais que je prends quelqu'un... Je disais tout à l'heure, je n'ai pas fait Sciences Po, je n'ai pas fait l'ENA. Ça peut être à la fois une qualité et un défaut. Et je prends quelqu'un qui répond davantage à ces critères-là de connaissance de la machine d'État. Un énarque, donc.
Jean-Luc Mélenchon ? Non ?
Je ne sens pas qu'il ait fait ni Sciences Po, ni l'ENA.
Vous, président, comment vous gérez les riches, Bernard Arnault et les autres ?
D'abord, je ne suis pas, moi, hostile aux riches. Je souhaite simplement... Non, non, vous pouvez... Ah bon ? Mais non, mais non. Je souhaite simplement que les milliardaires...
Ils reprennent tout leur argent.
Vous savez, simplement si dans notre pays, les milliardaires pouvaient payer autant d'impôts que leurs secrétaires, qu'ils pouvaient payer autant d'impôts que les infirmières, on en est là. D'accord ? Il me semble que c'est une demande de décence et de bon sens et que ce n'est pas, on verra plus tard, mais une mesure révolutionnaire.
C'est vrai que votre fils admire Bernard Arnault et Jeff Bezos et vous dit que vous leur en voulez parce que vous êtes jaloux ?
En fait, mes enfants, quand on se lève tôt le matin, eux pour partir au collège, au lycée et moi pour partir à l'Assemblée, j'ai un journaliste qui cherche à m'embêter dès le matin et qui me dit, bon, de toute façon, toi, papa, tu n'as pas créé d'emploi, voilà pourquoi tu en veux à Jeff Bezos à ce point-là. J'essaie de répliquer. Mais j'ai de l'entraînement comme si j'avais en face de moi un petit lait à salamer.
Un petit lait à salamer. Vous, président, vous porterez une cravate ?
A priori, non. Je n'en ai jamais porté dans mon existence et il ne me semble pas que, même si je vois que Natacha en porte.
Alors que moi, j'en ai toujours porté. Natacha, elle est prête pour le job. Elle vous passe devant, là. Natacha Polony parlait de la violence. A un an de la présidentielle, il parlait de la violence en général. Est-ce que vous êtes prêts à ça ? Est-ce que vous êtes fait pour ça ? À vous prendre tous les jours des choses de vos anciens amis, de vos adversaires politiques ? Est-ce que vraiment vous êtes prêts pour ça, François Ruffin ?
Vous savez, mon parcours, c'est quand même celui d'un journaliste qui a eu procès après procès quand il était dans son petit journal local.
Oui, mais c'est rien par rapport à la violence de ce que vous allez prendre.
Ça a bien commencé. Voilà. Franchement, je suis ici. Je suis ici avec le sourire, avec la décontraction. Et je vais vous dire, même, j'ai passé une bonne semaine. J'ai l'impression que ça a arrivé à un personnage dans le métaverse qui s'appelait François Ruffin. Et finalement, les attaques réveillent ma combativité et ne font qu'approfondir ma détermination.
Donc vous irez jusqu'au bout, primaire ou pas primaire, vous êtes candidat jusqu'au bout ?
Je suis candidat à l'élection présidentielle. Aujourd'hui, il y a deux candidats à gauche. Il y a Jean-Luc Mélenchon et moi.
Et justement, est-ce que Jean-Luc Mélenchon, il n'est pas plus préparé ? C'est sa quatrième campagne. Il a des troupes qui sont très entraînées. Vous l'avez vécu avec ce qui s'est passé cette semaine. Ils sont là, ils sont prêts, ils ont déjà fait 22% il y a quatre ans, très organisés.
Il n'y a pas de doute que quand on en est à sa quatrième candidature, on est rôdé sur l'exercice. D'accord ? Bon, il y a peut-être une fraîcheur qui peut apparaître dans une campagne présidentielle et surprendre, apporter des choses nouvelles et y compris des choses nouvelles sur le terrain des idées.
Picardie Splendor, les aventures de François Ruffin, député reporter, c'est aux arènes.
François Ruffin