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interviewEurope 1 — L'interview politique du week-end· 20 décembre 2025 9 min

Petits colis : «En mettant des taxes aux frontières, on rétablit des règles du jeu plus respectables», déclare Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie de France

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Et à 8h13 sur Europe 1 matin, week-end, il est l'heure d'accueillir le deuxième invité de cette matinale. Guillaume, vous recevez le ministre délégué chargé de l'Industrie en France, Sébastien Martin.

0:08
Sébastien Martin

Bonjour Sébastien Martin, bonjour Monsieur le Ministre. Bonjour. Alors comme le projet de loi de finances n'a pas été approuvé, on se dirige vers une loi spéciale pour faire passer le budget de la France pour l'année prochaine, pour 2026. Jusqu'ici, l'industrie était présentée comme une priorité, mais avec cet échec des compromis sur le projet de loi de finances, tout est maintenant remis en cause, non ?

0:30
Présentateur

La priorité à l'industrie n'est pas remise en cause au niveau du gouvernement par rapport à ce vote du budget. Par contre, ce qui est certain, c'est que sans budget, c'est plus difficile d'agir. C'est plus difficile d'agir pour soutenir des entreprises en difficulté, c'est plus difficile d'agir pour pouvoir soutenir des programmes d'investissement d'avenir, c'est plus difficile d'agir pour soutenir l'emploi, c'est ça qui est plus difficile. Pour le BTP, le ministre Vincent Jambrun l'a rappelé, sans nouveau budget, il n'y a pas de ma prime rénov'. Donc, s'il n'y a pas ma prime rénov', il n'y a pas de soutien aux travaux et donc aux artisans partout dans les territoires.

Donc, on ne peut pas d'un côté déplorer qu'il y ait une crise du logement et puis de l'autre, bloquer les choses au Parlement.

1:14
Sébastien Martin

Alors, pour l'instant, rien ne va changer pour les industriels français entre cette année et 2026, donc plus qu'on attend de voir.

1:20
Présentateur

Écoutez, pour le moment, pour les industriels, je dois dire que les sujets qui les préoccupent, qui sont la concurrence internationale, notamment chinoise, qui sont comment, au niveau européen, agir pour soutenir notre industrie, l'absence de budget, on ne peut pas dire que ça soit quelque chose qui les rassure. Bien au contraire, eux qui ont besoin de visibilité pour l'avenir et de lisibilité et de stabilité, tout ça ne va pas dans le bon sens. Mais il faut espérer que chacun va raison garder et qu'on va trouver une solution.

1:56
Sébastien Martin

Alors justement, vous parlez des chefs d'entreprise qui parlent notamment d'instabilité fiscale ou encore de hausse de charge. Vous, vous comprenez leur ras-le-bol, Sébastien Martin ?

2:04
Présentateur

Nous, on est à l'écoute de tous les chefs d'entreprise qui, bien évidemment, eux, veulent quoi ? Veulent un cadre. Après, on peut discuter de savoir si le cadre, il est bon, s'il est mauvais, voilà. Mais à un moment, il faut avoir un cadre et puis il faut surtout pouvoir passer à autre chose. Je rappelle quand même qu'on parle du budget depuis six mois. Nos concitoyens trouvent ça d'ailleurs complètement hallucinant au passage.

2:32
Sébastien Martin

Ben oui, parce que les industriels, comme tout le monde, attendent de voir ce qui se passe pour pouvoir projeter et prendre des stratégies et mettre des stratégies en place.

2:37
Présentateur

Exactement. Je veux dire que François Bayrou a ouvert le débat du budget en juillet. Ce n'est pas depuis 48 heures et la CMP qu'on parle du budget dans ce pays. C'est depuis le mois de juillet.

Et je pense que les gens en sont, mais un état d'overdose que tout le monde devrait mesurer et qui devrait appeler chacun à être raisonnable et à se dire qu'il est peut-être temps quand même de se mettre d'accord pour pouvoir passer à autre chose et d'agir sur les sujets de préoccupation du quotidien de nos concitoyens qui sont l'industrie notamment et l'emploi, qui peuvent être la sécurité ici, qui sont la lutte contre le narcotrafic, qui sont tous les sujets de comment est-ce qu'on fait monter en puissance notre industrie de défense. Voilà, ça, ça intéresse énormément nos concitoyens.

Mais j'ai peur que les débats sans fin sur le budget créent à quelques jours de Noël un vrai sentiment de lassitude.

3:34
Sébastien Martin

Justement, à quelques jours de Noël, ce sont les paquets qui se multiplient, les colis qui viennent des plateformes étrangères, notamment chinoises, Chine ou Temu, qui entrent chaque jour en France. On a plusieurs centaines de millions chaque année. C'est vraiment un raz-de-marée. D'ailleurs, La Poste parfois a beaucoup de mal à suivre. Est-ce que l'État a perdu le contrôle par rapport à ses arrivées massives ? Parce que ces industries ne génèrent pas d'emploi chez nous en France directement et au détriment, bien évidemment, des industries qui, elles, peuvent être présentes sur notre territoire.

4:04
Présentateur

C'est bien pour ça, d'ailleurs, que l'État a décidé de réagir en disant que ce mode de commerce-là n'était plus possible, n'était pas acceptable, qu'on a engagé des procédures devant les tribunaux pour suspendre ces plateformes.

4:16
Sébastien Martin

On va avoir une taxe qui va être certainement proposée, une taxe qui va être la charge.

4:20
Présentateur

Une taxe aux frontières. Oui, mais une taxe probablement

4:22
Sébastien Martin

qui va être payée par les contribuants, par celles et ceux qui achètent ces produits-là. Donc, au final, comment on peut faire pour réguler plus ça ?

4:30
Présentateur

Pour réguler plus ça, je pense qu'effectivement, il faut assumer le choix de taxe aux frontières sur ces sujets-là. Parce qu'on ne peut pas accepter qu'entre sur notre marché des produits qui sont faits selon des règles que l'on ne respecte pas. Est-ce qu'on peut accepter qu'entre des vêtements qui sont faits par des gens qui sont payés 12 euros la journée

4:53
Sébastien Martin

pour 15 heures de travail ?

4:56
Présentateur

Ah oui, mais sans parler des normes environnementales. Moi aussi, je sais faire des vêtements qui ne coûtent rien si je ne paye pas les gens, si je ne respecte aucune norme, si je suis alimenté par des centrales au charbon qui polluent, si je jette mes produits directement dans les rivières. Mais est-ce que c'est ça que veulent les Françaises et les Français ? Est-ce qu'en achetant un produit Chine, tout le monde a bien conscience de ça ? Donc, on rétablit en mettant des taxes aux frontières sur ces produits-là, une qui est décidée par le gouvernement français, une autre qui est décidée par l'Union européenne. Oui, M. le ministre, on essaie de rétablir des règles du jeu plus respectables.

Mais si je vous entends,

5:32
Sébastien Martin

l'idée, c'est quand même d'arriver à pouvoir un petit peu éviter cette inondation. Et donc, est-ce que vous pensez que quelques euros de plus de taxes, ça va inciter les personnes qui achètent ce genre de produits à justement se dire, tiens, finalement, je ne vais pas consommer sur ces marchés de rentre en ligne de mass market pour privilégier plutôt des produits français ? Est-ce que c'est suffisant ?

5:55
Présentateur

Écoute, c'est l'objectif. Moi, je pense qu'on aurait peut-être pu aller... Certains parlementaires pensent qu'on aurait pu aller plus loin, que ce n'est pas 2 euros de taxes qu'il faudrait mettre, mais peut-être 5 ou 6 euros de taxes rien qu'au niveau français, additionnés à la taxe européenne. Parce que derrière, qu'est-ce qui se passe ? Derrière, c'est les ravages du commerce de centre-ville. Nos concitoyens sont les premiers à demander à avoir des centres-villes vivants, à avoir des boutiques où ils sont reçus par des êtres humains et pas par des plateformes Internet, à avoir des salariés dans leur centre-ville et dans leur boutique.

Eh bien, si on laisse faire ces plateformes qui ne respectent absolument aucune règle, qui ne respectent ni écologique ni financière, eh bien, forcément, on déstabilise nos centres-villes. Et donc, c'est pour ça que le gouvernement agit devant les tribunaux, qu'on continue à agir avec une enquête pénale. Parce que, excusez-moi, mais des gens qui vendent des poupées pédopornographiques et qui disent « Ah non, mais ce n'est pas grave, ce n'est pas nous, ce n'est pas de notre faute ». Si, ils ont une responsabilité à assumer de la même manière que quand ils vendent des armes. Et la France a dit « Ce n'est pas le commerce qu'on veut ». Voilà.

Le commerce aux lignes, on n'est pas fermé, mais il faut qu'il y ait un minimum de règles parce que ce que l'on privilégie, c'est le commerce avec des humains dans les centres-villes, avec des commerçants qui font vivre tout un écosystème et que l'on soutient.

7:18
Sébastien Martin

Effectivement. Une dernière minute à passer ensemble, Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l'Industrie en France. Une dernière question concernant l'UE qui renonce au tout électrique en 2035 et autorise à nouveau une petite part de thermique, le tout électrique qui est un vœu pieux mais pas sur le papier manifestement. Derrière cette décision des centaines de milliers d'emplois industriels, l'Europe a-t-elle enfin compris que la transition ne peut pas se faire contre l'industrie ?

7:42
Présentateur

Écoutez, je pense que c'est une adaptation pragmatique. On passe de 100% à 90%. Ce n'est pas non plus comment dirais-je de ce que j'ai pu lire ici ou là la fin de la transition vers le véhicule électrique dans lequel, je rappelle, la France est leader. Aujourd'hui, sur 10 véhicules électriques qui sont vendus en France, 7 sont des véhicules français. Donc aussi, arrêtons de dire que le véhicule électrique, c'est l'affaire des constructeurs chinois. C'est complètement faux. la France avait mis en place il y a un peu plus d'un an et demi une prime pour les véhicules électriques français.

Ce qui fait qu'aujourd'hui, vous avez moins de 15% de véhicules électriques chinois qui sont vendus et le reste, ce sont des véhicules français. Donc, on est leader. Il y a une adaptation, un ajustement et je crois que ça va dans le bon sens.

8:31
Sébastien Martin

Merci beaucoup Sébastien Martin d'avoir répondu aux questions d'Europe 1. Vous êtes, je le rappelle, le ministre délégué chargé de l'industrie en France.