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interviewBFMTV· 22 juillet 2025 27 min

Pétition contre la loi Duplomb: l'interview d'Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, en intégralité

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Le gouvernement se dit donc favorable à un nouveau débat sur la loi Duplon, mais sans pour autant un nouveau vote à l'Assemblée. Ça, c'est en tout cas la position de la ministre de l'Agriculture et aussi de la ministre de la Transition écologique. L'exécutif, en tout cas, se retrouve dans l'embarras face à cette mobilisation citoyenne inédite. Le nombre de signataires de la pétition ne cesse de grapper. Alors, j'ai le chiffre exact, on est à 1 591 000. Je ne sais pas si c'est un chiffre exact, mais ça nous donne un ordre de grandeur. Alors, plus d'un million et demi, en tout cas, 1 591 000 et 510, il vient d'être mis à jour. Bonjour Arnaud Rousseau. Bonjour.

Merci d'être notre invité sur BFM TV. D'abord, quel est votre sentiment quand vous voyez cet élan citoyen et ce record, cet inédit, ce nombre de signataires pour une pétition officielle postée sur le site de l'Assemblée nationale ?

0:51
Arnaud Rousseau

D'abord, moi, en tant qu'agriculteur, je m'interroge sur les préoccupations qui sont celles des Français. Et je comprends aujourd'hui que face à tout ce qui se dit de vrai et de moins vrai, les Français s'interrogent. Parce que moi, comme agriculteur, mais comme citoyen français, je m'interroge aussi sur les conditions d'utilisation des produits qui sont les miens comme agriculteurs, pour ma santé et évidemment pour celles de mes enfants, pour celles des gens qui m'entourent.

Mais voyez-vous, moi, je suis dans un pays dans lequel je fais confiance à la science et les produits que j'utilise sur ma ferme pour protéger mes plantes, mais que les éleveurs utilisent pour protéger leurs animaux, un peu comme vous, quand vous allez chez le médecin et qu'on préconise des médicaments, c'est des produits qui sont homologués, mis sur le marché après le contrôle de l'État. Et pour ce qui concerne ce produit, c'est un produit qui fait l'objet d'une homologation européenne. Je rappelle, parce qu'on entend beaucoup de choses et beaucoup d'hystérie, que ce produit est utilisé partout sur la planète. Et il est utilisé dans 26 pays européens sur 27.

La France avait décidé en 2016, applicable en 2018, de ne plus l'utiliser. Aujourd'hui, la réalité de ce que je vis, moi, c'est que mes betteraves, au moment où je vous parle, sont atteintes de jaunisse. Il faut aller avec des caméras voir dans les champs ce qu'est cette jaunisse. Et pour moi, l'enjeu, c'est évidemment d'assurer la santé, mais c'est aussi de faire en sorte que je continue à produire une alimentation au profit des Français. Et moi, je le redis, une alimentation de qualité. Donc ce débat est un débat scientifique. Moi, je suis là en limite de compétence. Je ne suis pas toxicologue. Mais ce que je dis, c'est qu'il est utilisé partout.

Et donc, s'il est reconnu comme étant utilisable, et c'est le cas en ce moment par l'autorité sanitaire européenne, alors il faut que les agriculteurs français puissent l'utiliser.

2:40
Présentateur

Alors, il y a quand même beaucoup de questions qui se posent. Et bien sûr, on va toutes vous les poser. On va bien sûr vous éclairer sur ce débat. Mais vous parliez des betteraves, par exemple. Il se trouve que lors de la dernière campagne, 2024-2025, la France est le premier exportateur de betteraves.

2:55
Arnaud Rousseau

Alors, d'abord, la France exporte du sucre, mais elle en importe aussi beaucoup. Vous savez, notamment des sucres de canne, qui sont les principaux sucres dans le monde. Donc le sujet aujourd'hui, c'est la réalité de la production. La réalité, c'est qu'on a fermé six sucreries en France en six ans. Et moi, je ne voudrais pas qu'on oppose l'aspect, parce que j'entends depuis quelques jours, et notamment avec les propos de Sandrine Rousseau, l'aspect rentabilité-économie, qui s'opposerait à l'aspect santé et responsabilité.

Moi, comme agriculteur, si demain, l'autorité, encore une fois, sanitaire européenne, me dit « ce produit, il est dangereux, on le retire », dont acte, et il sera retiré partout en Europe. Et d'ailleurs, je veillerai à ce qu'il ne puisse pas être importé, ce qui me paraît aussi une mesure de bon sens. Mais pour vous répondre, le secteur betteravier en France, il est en danger.

Il est en danger parce que les sucreries ferment les unes après les autres, parce que nous n'avons pas de solution technique dans nos champs, et que la jaunisse, et encore une fois, j'invite à prendre des caméras et à venir, elle est en train d'exploser en ce moment, va conduire à moins de production en France et plus d'importations. Et sur le plan de la santé publique, ce que je veux y revenir, je ne voudrais pas qu'on ait l'impression qu'on soit déconnecté. La réalité de la santé publique, c'est qu'on n'aura plus de sucs français, qu'on aura des sucs qui viendront d'ailleurs et qui utiliseront ce produit. Est-ce que ce sera une avancée ? Je ne le crois pas.

4:06
Présentateur

On comprend cet argument, on comprend aussi votre argument de dire « s'il est interdit, il faut que les règles soient les mêmes pour tous, pour ne pas qu'il n'y ait de concurrence déloyale ». Soit. Ce que disent aussi les opposants à cette loi Duplomb, c'est que certes, il y a des produits importés qui sont, eux, traités avec ce fameux néocotinoïde, pour autant, l'utiliser sur le sol français, ça reste un produit toxique pour les insectes. Ça tue les abeilles, par exemple. Et on sait leur importance dans l'écosystème et pour l'environnement. Ça, ce sont des arguments que vous entendez ?

4:36
Arnaud Rousseau

Alors, évidemment que j'entends ces arguments. D'abord, l'acétamide-prite, puisque c'est ce produit dont on parle, qui est un néocotinoïde, pardon, n'a pas l'impact sur les abeilles qu'ont les autres néonicotinoïdes. Et ce n'est pas moi qui le dis, c'est l'EFSA, et je vous invite à aller le vérifier. Moi, je ne veux pas rentrer...

4:55
Invité

L'EFSA, c'est l'équivalent européen de l'ANSES.

4:57
Arnaud Rousseau

Absolument. L'ANSES, c'est l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments. Donc, c'est elle qui contrôle l'utilisation des produits. Et elle a un pendant européen. Et pour tout ce qui concerne les produits phytosanitaires, c'est des homologations européennes et des autorisations de mise en marché nationale. Et donc, le sujet, c'est qu'aujourd'hui, ce produit, sur les abeilles, en tous les cas, a une inocuité bien plus faible que le reste. Mais moi, je ne veux pas rentrer dans l'aspect technique. Vous inviterez des toxicologues et vous inviterez des scientifiques. Moi, ce que je dis, c'est que continuer à produire et ne pas nous mettre dans des impasses, c'est essentiel.

Avec un pendant qui est, continuons à trouver, à investir dans la recherche et l'innovation pour trouver des alternatives. Mais dire, finalement, derrière un principe qui consiste à dire, on n'utilise pas, parce qu'il pourrait y avoir un doute, d'ailleurs la science, je crois, a comme rôle de douter, on se prive d'une solution que tout le monde utilise. Et encore une fois, laissons les toxicologues parler et faire en sorte qu'on continue à le produire en France, en trouvant des solutions alternatives, me paraît essentiel.

Mais le sujet de fond et la crainte, et bien l'utilisation en ce moment d'une forme d'hystérie autour de ce produit donne le cancer, enfin tout le monde y va de sa petite phrase et de sa petite étude, c'est de revenir aux fondamentaux. Et moi, je le redis, pour moi, à partir du moment où l'agence européenne a autorisé ce produit, il doit être utilisé, il peut être utilisé, et j'entends qu'il y ait des questionnements, d'ailleurs j'ai compris que l'ANSES remettait des études en route suite aux questionnements, et je trouve ça très bien, mais en attendant qu'une réponse nouvelle soit apportée, ne nous privons pas de ça. C'est ce que dit la loi Duplomb. D'ailleurs, la loi Duplomb...

6:35
Présentateur

Mais vous craignez, vous inquiétez des nouveaux débats qui pourraient arriver et qui pourraient potentiellement faire changer certains votes ?

6:42
Arnaud Rousseau

Non, mais moi je crains pas le débat, vous savez, le débat il n'a pas eu lieu en France, parce qu'au moment où la loi est arrivée à l'Assemblée nationale, il y a eu 3500 amendements déposés par un certain nombre de groupes qui ont conduit à l'impossibilité... De groupes de gauche ? Oui, socialistes, écologistes, enfin notamment écologistes et éléfistes, voilà, socialistes avaient plutôt assez peu d'amendements, étaient plutôt constructifs sur le sujet. Mais on savait qu'on avait 5 jours pour étudier la loi et mécaniquement on était incapables, avec cette obstruction d'amendements, de mener un débat.

Ce qui a conduit à une motion de rejet déposée par le rapporteur lui-même, ce qui est quand même assez inédit, et qui a évidemment tronqué le débat. Et donc que le débat revienne et que les Français soient inquiets, moi je le comprends très très bien. Et moi je préférerais qu'on ait un débat qui éclaire à partir de la science et d'éléments plutôt que l'espèce d'hystérie à coup d'argument qui se développe. Je le redis, en tant qu'agriculteur, moi ce qui compte c'est de continuer à produire une alimentation de qualité.

Et là permettez-moi de prendre une demi-seconde pour redire à tous ceux qui nous écoutent que l'alimentation française en termes de standard de qualité, c'est ce qu'il y a de plus élevé dans le monde. Moi je veux quand même le rappeler parce que là on a l'impression qu'en tant qu'agriculteur,

7:50
Présentateur

ça c'est pour les Français lambda, mais vous parlez d'hystérie. Mais c'est vrai que les premières victimes aussi de ces pesticides, ce sont très souvent les agriculteurs, leur famille.

7:59
Arnaud Rousseau

Et c'est la raison pour laquelle je vous dis qu'on est particulièrement sensible à ce débat et qu'on n'oppose pas environnement, santé et la continuité de nos entreprises. Parce qu'il n'y a pas d'un côté les agriculteurs qui seraient finalement des gens qui veulent juste faire de l'argent, versus les gens qui se préoccuperaient de la santé. Moi comme utilisateur, évidemment je veux un produit, alors qu'on utilise dans les règles, mais qui me permette aussi de continuer à faire mon métier.

8:22
Invité

Le succès de la pétition déposée par cette jeune étudiante de 23 ans sur le site de l'Assemblée nationale mantient une véritable préoccupation dans l'opinion publique autour de ces sujets de santé publique qui nous concernent absolument tous, agriculteurs, mais tout le monde effectivement, c'est notre environnement. Plus d'un million et demi, c'est spectaculaire en 24 heures. Et le débat doit avoir eu lieu parce qu'il a été tronqué effectivement à l'Assemblée nationale. Il sera peut-être l'occasion de revenir sur trois aberrations dans cette histoire qui sont quand même scientifiques, démocratiques et économiques.

Scientifiques, car toutes les autorités européennes comme nationales et toutes les études qui ont été menées, et encore en 2024 par l'ESSA, l'agence européenne, prouvent que ce cinquième néonicotinoïde, effectivement, est quand même très très très très largement moins toxique que les quatre premiers, 2300 fois moins. Elle a confirmé cette étude n'avoir trouvé aucune preuve de génotoxicité ni de cancérogénicité. Sur les abeilles, c'est la même chose. Je vais juste corriger une phrase. L'acétamipride n'est pas un tueur d'abeilles. Ça n'a pas été prouvé. On le répète absolument de partout. Il y a des craintes. Il y a des études qui doivent être poussées encore.

Mais toutes les études et de l'ESSA et de l'ANSES ont prouvé le contraire pour l'instant. Donc il ne faut pas qu'on le répète comme ça non plus. C'est une aberration démocratique parce qu'effectivement, on n'a pas pu débattre de ce texte du fait d'une obstruction des oppositions. Le rapporteur lui-même, Julien Dive, a dû déposer une motion de rejet de son propre texte pour le faire passer par CMP. La démocratie ne peut pas fonctionner comme ça. Et donc, on a besoin d'un débat à la rentrée. C'est à la moindre des choses. Il y a eu une aberration économique. Pardon, mais effectivement, Sandrine Rousseau n'en a rien à péter. Je reprends ces mots. de la rentabilité économique de nos fermes.

C'est une question de souveraineté alimentaire. Je rappelle que la balance commerciale agricole de la France était excédentaire de 6 milliards en 2010. Ça n'était plus que 1,2 milliard en 2023 et 500 millions l'année dernière. C'est des filières entières, la betterave, de la noisette, qui aujourd'hui sont en train de partir à l'étranger, en Italie notamment, parce qu'on s'impose des règles que nos autres voisins européens n'appliquent pas. On ne peut pas s'appliquer à nous-mêmes des règles quand on importe d'autres pays qui ne s'appliquent pas. C'est un problème de concurrence loyale entre les acteurs. Donc, triple aberration scientifique, démocratique, économique.

On a du boulot à rentrer pour le débat à l'Assemblée. Tout ça, ça annonce quand même des débats tendus.

10:49
Présentateur

Peut-être avec des positions qui se radicalisent de chaque côté et une sorte de duel qui s'installe, qui ne devrait sûrement pas l'être, mais entre les agriculteurs qui soutiennent cette loi et ceux qui s'en inquiètent et qui, du coup, la rejettent.

11:04
Arnaud Rousseau

Oui, oui. Enfin, moi, je voudrais rajouter que dans cette loi, parce qu'on parle exclusivement de l'acétamipride, mais il y a autre chose dans cette loi. Il y a comment on stocke de l'eau en France demain pour continuer à faire de l'agriculture, et pas que de l'agriculture, de l'industrie, du nucléaire, voilà. Comment on fait pour avoir des élevages qu'on peut faire croître ? Voilà. Moi, il y a une chose que, encore une fois, ce débat, il est normal, et moi, je le trouve plutôt de bonne alloi au regard du questionnement des Français. Il y a une chose qu'en revanche, moi, comme agriculteur, je ne supporte pas, c'est l'utilisation des peurs.

Et je le dis parce que, là, vous parlez de ce texte, mais il y a un sujet dont on ne parle plus dans l'actualité, mais qui est une vraie préoccupation pour les agriculteurs, c'est l'accord de libre-échange du Mercosur. Parce que ce qu'on est en train de nous proposer à Bruxelles, c'est finalement des accords de libre-échange avec le reste de la planète qui vont nous permettre d'importer en Europe des produits qui ne respectent pas nos standards de production.

11:54
Invité

Avec des contrôles à l'entrée aux frontières, quand même. On a rapatrié du bœuf brésilien au mois de septembre ou octobre dernier qui n'était pas en compliance avec les règles européennes sanitaires.

12:04
Arnaud Rousseau

– Raphaël Lejean, un rapport sénatorial dit que c'est 3% seulement de ce qui est importé en Europe qui fait l'objet de contrôle et que de l'ordre de 15 à 20% serait non conforme. Donc aujourd'hui, mais l'Europe elle-même le reconnaît, elle n'a pas cette capacité à contrôler.

Et donc, moi, je dis une seule chose, et je fais le lien avec ce questionnement des Français sur la loi Duplon, si on veut continuer à avoir une des alimentations les plus sûres au monde, si on veut éviter d'utiliser les peurs autour de la question alimentaire, parce que des scandales sanitaires, il y en a très peu en Europe, des gens qui décèdent aujourd'hui de problématiques sanitaires, c'est quasiment plus rien, on regarde ce qu'il y avait il y a une cinquantaine d'années. Donc on a une alimentation de qualité, ne faisons pas peur. En revanche, on a une agriculture qui est en grande difficulté, en grande difficulté. J'étais encore hier en Haute-Garonne voir des agriculteurs.

Si on n'est pas capable d'assurer de la rentabilité, moi je suis désolé, je ne suis pas professeur d'économie à l'université, mais je suis très interrogé sur ce que dit Mme Rousseau sur rentabilité et revenus.

13:01
Présentateur

Alors est-ce que pour assurer la rentabilité, ça veut dire faciliter et promouvoir l'installation d'élevages intensifs ?

13:07
Arnaud Rousseau

Non mais là encore, vous savez, l'élevage...

13:09
Présentateur

C'est ce que facilite aussi cette loi, et ça se fait au détriment pour le coup des petits agriculteurs.

13:14
Arnaud Rousseau

Pardonnez-moi, est-ce qu'on peut essayer d'être rationnel ? Vous savez, une ferme française d'élevage, c'est 70 vaches en moyenne. Je vous demande de vérifier cette information.

13:22
Présentateur

Non mais il y a la moyenne et il y a les élevages intensifs qui existent déjà,

13:25
Arnaud Rousseau

et dont l'installation sera facilitée. Non mais il faut aller voir, prenez des caméras, allez voir. Le plus grand élevage français de vaches doit avoir 250 vaches.

13:32
Présentateur

Le problème c'est que quand des caméras entrent parfois dans des abattoirs ou dans des élevages intensifs, ce ne sont pas des belles images qu'on voit. Non mais parlons élevage.

13:41
Arnaud Rousseau

L'élevage intensif en France n'existe pas. Allez voir ce qui se passe en Russie, pas très loin de chez nous. Allez voir ce qui se passe au Brésil, allez voir ce qui se passe aux Etats-Unis. On parle d'élevage de plusieurs milliers de vaches. Un feedlot sud-américain, ça peut être 5000 animaux. Donc ne laissons pas penser qu'on a un élevage intensif en France. Ça n'est pas vrai. Ça n'est pas vrai. Il faut aller voir. Et c'est d'ailleurs parce qu'on a une difficulté de compétitivité que cet élevage est en train de disparaître. On avait 9 millions de vaches productives, on en a perdu 1 million en disant ça c'est des chiffres réels. Allez voir un élevage, 80% de l'élevage français est à l'herbe.

Ne dites pas, s'il vous plaît, que l'élevage français est un élevage intensif parce que c'est le dernier élevage mondial, en Europe en tous les cas, qui est encore capable de produire selon ses modalités. Sinon, on aura ça. Mais il faut comparer. Il ne faut pas simplement regarder parce que si on regarde, on peut se faire peur. Si on compare, on se rassure. Je vous redis que l'élevage français est un élevage de petite taille au regard de ses compétiteurs mondiaux et que c'est un élevage à 80% à l'herbe détenu par des agriculteurs, des éleveurs qui sont essentiellement des capitaux familiaux avec des fermes patrimoniales.

14:50
Présentateur

Aujourd'hui, petite taille, mais est-ce qu'il faut et est-ce que c'est ce que facilite aussi cette loi aller vers des élevages de plus grande taille ?

14:57
Arnaud Rousseau

Non, mais en fait, on aura l'élevage en France qui correspondra à la consommation de ce que veulent les Français. Vous savez, aujourd'hui, la nutrition et l'alimentation française mis en compétition avec le reste du monde et c'est notamment pour ça qu'on regarde ce qui se passe en Ukraine ou au Brésil, nous met dans un cadre de compétition qui nécessite qu'on puisse nous continuer à produire avec des sujets de pouvoir d'achat des Français en fin de mois. C'est la première préoccupation des Français, le pouvoir d'achat, qui font qu'aujourd'hui, les Français consacrent de l'ordre de 13% de leur disponible à l'alimentation. C'était plus de 30% dans les années 70.

15:32
Invité

Il y a quelques décennies en arrière, effectivement.

15:33
Arnaud Rousseau

Absolument. En 1970, c'était l'ordre de 35%. Et donc, si vous voulez, quand vous considérez qu'alimentation n'a pas de valeur, que c'est une forme de commodité et que vous n'êtes pas prêt à en payer le prix, il y a un moment, l'agriculteur français essaie de s'adapter à la compétition du monde dans lequel elle vit. Si demain, on dit, on est conscient que l'alimentation française est une alimentation de qualité, et je le redis, c'est une des alimentations les plus sûres au monde. Et il n'y a pas, comme je le décris, d'espèces de courses à l'industrialisation ou de fermes-usines qui sont des termes qui ne correspondent pas à la réalité. Regardez ce qui se passe ailleurs.

16:04
Invité

D'un mot, pardon, je voudrais revenir sur une chose qui a été dite par Raphaël en l'occurrence, une chose qui n'a pas été dite par nous. On a parlé de ce qu'a dit Sandrine Rousseau, vous l'avez cité Raphaël, qui n'en a rien à péter de la rentabilité des agriculteurs. Ce propos, il me paraît d'abord malheureux dans l'absolu, pour les agriculteurs tout court, il me paraît d'autant plus malheureux quand on sait, et c'est ça qu'on n'a pas dit, que le taux de suicide dans la profession des agriculteurs est parmi les plus élevés de France.

Je crois que les derniers chiffres dont on dispose, c'est plus de un par jour, ce qui est quand même considérable et ça rend le propos de Sandrine Rousseau d'autant plus malheureux, à mon sens, qu'il frappe de plein fouet une réalité terrible pour les agriculteurs et qu'il faut plutôt les soutenir, en tout cas dans les termes que l'on emploie, que de leur charger la barque comme elle le fait là. Je voudrais revenir aussi sur une chose qui a été dite par Raphaël, qui parlait d'une aberration démocratique. Je crois que vous avez raison, mais à moitié, aberration démocratique, parce qu'en effet, il n'y a pas eu de débat et ça, il faut toujours le regretter et le déplorer.

En revanche, il y a eu ce que l'on appelle une commission mixte paritaire. Le processus démocratique a été respecté. Absolument. Et ça, je crois qu'il ne faut pas le minimiser. Une commission mixte paritaire, c'est une réunion entre députés et sénateurs, sept de chaque chambre, qui se réunissent autour d'une table à huis clos et qui sont appelés à trouver un accord. Il arrive très souvent qu'il n'y ait pas d'accord. En l'occurrence, il y en a eu un. Cette commission mixte paritaire sur la loi Duplomb, elle a été ce qu'on appelle conclusive. À l'issue de quoi, il y a eu un vote à l'Assemblée nationale, en bonne et due forme. Il n'y a pas eu de débat, mais il y a eu un vote.

Et ce vote, il a été très large de la part des députés qui allaient en gros des bancs de l'aile droite du camp Macron jusqu'à ceux du Rassemblement national, en passant par ceux des Républicains. Alors on peut considérer que tous ces gens-là, puisqu'ils sont a priori plus ou moins de droite, ce sont des gens dont le vote ne vaut rien, mais il n'empêche qu'ils sont députés de la nation et qu'il y a donc eu une commission mixte paritaire et un vote parlementaire qui ont été parfaitement respectés. Je termine d'un mot, pardon. Je voudrais alerter sur le risque auquel, à mon sens, on est confrontés dans ce débat.

C'est que si demain, on se met à donner autant d'importance à ce qui a lieu dans une pétition qu'à ce qui est voté en Chambre, je crois que la gauche et le nouveau Front populaire, qui est particulièrement à la manœuvre en la matière, ce petit jeu risque de se retourner contre eux. Parce que la démocratie directe, si on pose certaines questions aux Français, ou en tout cas si on soumet la pétition, par exemple, je pense que sur un sujet comme l'immigration, les Français, je peux vous dire qu'ils demanderont à être consultés.

Et je ne suis pas certain cette fois qu'on entend le nouveau Front populaire et Jean-Luc Mélenchon et ses amis être aussi vocaux qu'ils le sont sur le sujet de la loi Duplomb. Il se trouve que c'est inédit,

18:22
Présentateur

à un tel niveau de signataire dans une pétition, et donc que ça dit quelque chose. Aussi peut-être un décalage entre les représentants qui ont été élus et...

18:33
Invité

Alors, ce, alors qu'on a l'Assemblée nationale, peut-être la plus représentative du pays. On parle beaucoup de la proportionnelle en ce moment. Vous savez, François Bayrou veut réinscrire la proportionnelle, sans doute à la fin de l'année 2025, au début de l'année 2026, pour que l'on ait une Assemblée plus représentative du pays. Or, l'Assemblée nationale, telle que les législatives anticipées de 2024 l'ont dessinée, elle est a priori la plus représentative de la diversité politique que l'on a connue jusqu'ici. Elle a ses défauts, et Raphaël le disait. Le processus qui s'est déroulé, l'absence de débat, c'est précisément le fruit de cette Assemblée ingouvernable.

En revanche, elle est à l'image du pays. Et en la matière, sur cette loi Duplomb, elle a voté.

19:10
Présentateur

– Ça fait exactement 20 minutes qu'on a commencé cette interview. Plus de 6 000 signataires de plus. – Sans doute des téléspectateurs de BFM TV. – Sans doute. Aujourd'hui, qu'est-ce que vous dites à ceux qui vous regardent, qui vous écoutent, qui s'inquiètent, qui doutent parce que c'est beaucoup de l'inquiétude qu'on voit. Bien sûr, il y a de la récupération politique, mais il y a aussi tous ces Français qui ne sont pas politisés, qui s'inquiètent simplement de voir des pesticides, des insecticides qui étaient interdits, revenir dans leur assiette potentiellement.

19:42
Arnaud Rousseau

– D'abord, je crois que ce que vous décrivez n'a jamais cessé. C'est-à-dire que ce n'est pas parce que ça n'est pas produit en France que par ailleurs ça n'arrive pas dans les assiettes, je voudrais le rappeler. Mais moi, je voudrais répondre à votre question.

19:52
Présentateur

– Certains faisaient le choix d'acheter du produit en France en se disant « c'est un gage de qualité,

19:58
Arnaud Rousseau

je ne trouverai pas les mêmes pesticides qu'ailleurs ». – Mais ça le reste, ça le reste, je veux redire, parce qu'encore une fois, il y a beaucoup de bruit politique, il y a beaucoup de fureur autour de cette question, et moi je redis que je comprends le questionnement des Français qui se disent « mais après tout, est-ce qu'on est en train de m'empoisonner ? » Bon, moi je veux dire que comme agriculteur, d'abord ma fierté, c'est de produire une alimentation de qualité à destination de mes compatriotes, c'est ma raison d'être. Voilà.

Que deuxièmement, je suis agriculteur sur l'exploitation de mes parents, de mes arrières-grands-parents, de plusieurs générations avant moi, et que moi j'ai envie de transmettre, c'est-à-dire que j'ai envie que mes sols, j'ai envie que les produits qui sortent de mes sols, et j'ai envie que mon pays continue à se nourrir avec une alimentation de qualité. Et que quand on compare ce qui se fait en France avec le reste du monde, on a une alimentation parmi les plus sûrs au monde.

En revanche, j'ai besoin de dire, parce que ça c'est aussi un acte de sincérité, que pour protéger mes animaux, que pour protéger mes plantes, j'ai besoin de produits de protection de mes plantes, comme je soignerai mes propres enfants. Et que ces produits, qui ne sont pas des produits... Ben non, c'est des produits dont je mesure qu'il n'y a pas forcément... Il peut y avoir des problèmes à les utiliser, mais en tous les cas, j'en ai besoin pour soigner mes plantes et mes aliments. Je le fais sur un acte de confiance qui consiste à dire, je m'assois sur une autorité sanitaire indépendante européenne et française qui me fournit ça.

Et après, une fois que j'ai dit ça, moi je demande aux gens de venir voir dans les exploitations la manière dont on soigne nos animaux. On a un problème sanitaire en savoir, on a besoin de vacciner nos animaux.

21:30
Présentateur

Est-ce que vous parlez justement des gens, des Français, de ce lien de confiance ? C'est vrai qu'il y a un an, lorsqu'il y a eu cette crise des agriculteurs dans la rue, le soutien des Français était massif pour votre cause. Est-ce que vous ne craignez pas, aujourd'hui, que si c'était à refaire, vous auriez peut-être moins de soutien de Français ?

21:52
Arnaud Rousseau

Mais encore une fois, c'est à nous de faire la preuve qu'on est des gens sérieux. Vous savez, les Français, ils aiment, je crois, beaucoup leurs agriculteurs parce qu'ils reconnaissent en eux des gens courageux, des gens qui travaillent, des gens qui portent des valeurs, des gens qui animent le territoire, des gens qui produisent une alimentation de qualité. Mais ils s'interrogent sur leur agriculture. Eh bien, à nous de montrer que ce qu'on produit en France est fait dans un cadre de normes et de respect de l'environnement et du consommateur qui est parmi le plus élevé de ce qu'il fait dans le monde. Et moi, je leur dis, aidez-nous d'abord à améliorer.

Ça, c'est le cadre de la recherche et de l'innovation. Comment demain, on peut avoir des produits qui sont moins intrusifs avec des niveaux d'inocuité plus avérés. Ensuite, comment on fait pour garantir le revenu des agriculteurs ? Pardon de le rappeler. Ça n'est pas être mercantiliste, mais vous savez, on a l'impression qu'on voudrait opposer une agriculture industrielle et une agriculture qui serait le fait de gratter la terre avec les doigts. Mais vous savez ce qu'est la réalité du revenu des agriculteurs ? Moi, je vous invite à regarder les chiffres. C'est entre 20 et 50 000 euros maximum par an. On parlait du suicide, mais nous ne nous cachons pas derrière notre petit doigt.

C'est aussi parce que les difficultés sont chroniques. Et donc, face à ça, dans une compétition mondiale, est-ce qu'on est capable de donner quelques garanties sur les échanges ?

22:58
Présentateur

Cette loi revient donc sur une interdiction. Pendant cette période d'interdiction, comment vous avez fait ? Comment ont fait les agriculteurs ? Est-ce qu'il n'y a pas des agriculteurs qui, obligés, se sont adaptés ? Et aujourd'hui, on leur dit finalement, vous avez fait ces efforts, vous les avez faits pour rien puisque vous n'aurez plus à les faire demain.

23:14
Arnaud Rousseau

Alors, c'est une très bonne question. D'abord, on s'est effectivement adaptés et on continue à s'adapter. Mais il y a des réalités. La réalité, c'est qu'en 2020, on a eu une jaunisse terrible. Sur ma ferme, c'est moins 50 % de production betteraviaire. Alors, on peut dire que ce n'est pas très grave. À la limite, on va le combler. Mais les noisettes, les noisettes, il reste 350 producteurs qui sont dans des situations catastrophiques. Je rappelle que les noisettes sont consommées dans une fameuse patate tartinée que consomment tous les Français qui sont importés à 88 % en France, notamment de Turquie pour les deux tiers d'entre elles, avec des produits chimiques qui ne sont pas là.

Donc, ce que je veux dire, c'est qu'on s'est adaptés, mais là, on est arrivé à un bout, on a besoin encore un peu de temps à trouver des solutions. Et si on a tué la production en France, on n'aura pas avancé.

23:56
Invité

L'ANSES a mené des études sur les alternatives chimiques et non chimiques à l'acétamipride. Aucune ces dernières années n'a été conclusive pour l'instant. Ce qui ne veut pas dire que la recherche ne doit pas continuer et que l'innovation doit absolument venir pour trouver des alternatives. Mais il se trouve qu'aucune des six alternatives chimiques et non chimiques n'a été conclusive.

24:15
Présentateur

En 2022, l'ANSES avait aussi évoqué dans un rapport la forte toxicité pour certains organismes, notamment aquatiques. Un rapport depuis qui a été remis en cours. Oui, mais le problème, c'est qu'il y a différents rapports qui parfois se contredisent. Peut-être que ce qu'il faut

24:26
Invité

préciser sur cette loi du plomb par ailleurs, c'est qu'elle ne prévoit une réintroduction que temporaire et strictement encadrée pour une raison toute simple. C'est que le Conseil constitutionnel interdit a priori un retour sur une fois que ce type de loi a été prise, une loi d'interdiction comme celle-là. Le Conseil constitutionnel pourrait censurer si la réintroduction était pérenne. Donc c'est important aussi de le dire. C'est-à-dire que les problématiques que vous soulevez, elles sont, elles, de long terme. En réalité, cette loi, elle n'est que de court terme ou de moyen terme au mieux.

24:52
Présentateur

Un dernier mot, parce qu'on voit quand même qu'il y a un certain embarras aujourd'hui dans le gouvernement. C'est de la politique. Ils ne sont pas insensibles forcément à ce mouvement et à ces signataires de cette pétition. Est-ce que vous en voudriez beaucoup et que vous vous inquiétez que le président demande... Arthur nous disait hier qu'il ne le fera pas. Mais enfin, tout ça peut évoluer et il en a la possibilité. Demande un nouveau vote au Parlement.

25:17
Arnaud Rousseau

Non, mais pour nous, ça serait incompréhensible. Et puis moi, je l'ai dit et je le redis au président de la République, qui va avoir une décision à prendre concernant la position de la France sur le Mercosur. Comment un agriculteur pourrait comprendre que demain, le président de la République demande un nouveau vote ? Vote, et vous l'avez rappelé, merci, qui s'est passé dans un cadre parfaitement légal. Demande un nouveau vote. Alors même qu'on comprend que la France est en train de lâcher du lest sur le Mercosur. Enfin, moi, il y a un moment, il faut qu'on nous dise à nous, agriculteurs, ce qu'on attend de nous.

Si demain, on dit, finalement, on fait une alimentation haut de gamme pour quelques-uns et le reste, on l'importe, à bas coût, autant nous le dire tout de suite. Et puis après, on met un plan social en place. Donc pour nous... C'est un peu les craintes

25:55
Invité

qu'agitaient la FNSEA au moment du CETA, l'accord franco de libre-échange avec le Canada, où finalement, on se rend compte, près de dix ans plus tard, qu'on est largement bénéficiaires de cet accord.

26:04
Arnaud Rousseau

Alors, vous avez raison de le préciser, avec un point de vigilance malgré tout, c'est que les relations entre le Canada et les États-Unis viennent de se dégrader. Et que si vous regardez les chiffres récents, les Canadiens sont sérieusement en train de se poser la question pour trouver des nouveaux débouchés pour leur élevage, de pouvoir bénéficier de la porte que l'a rouvée l'Europe. Et ça, c'est quelque chose à regarder évidemment de très près. C'est la raison pour laquelle on est extrêmement vigilant. Mais je le redis, notre vocation, c'est de nourrir les Français avec des produits de qualité sans impacter leur santé.

26:31
Présentateur

Merci beaucoup. Merci Arnaud Rousseau d'être venu sur le plateau de BFMT. Merci également à tous les deux.

Pétition contre la loi Duplomb: l'interview d'Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, en intégralité — Arnaud Rousseau · Pourquijevote