Ils ont vécu le 13-Novembre : retrouvez l'intégrale d'Affaire Suivante dédiée aux commémorations
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
C'est une nuit que nous n'oublierons jamais, chacun de son côté et collectivement, nous avons tous été frappés en plein cœur cette nuit 3 séries d'attaques en plusieurs lieux, 132 victimes décédées et un pays traumatisé, d'abord le stade de France puis les terrasses de Paris et enfin la salle du Bataclan pour en parler avec nous des invités que je suis très heureuse d'accueillir aujourd Aujourd'hui, Nadine Ribé-Rénard, bonjour. Merci d'être avec nous. Membre de l'association 131115, vous avez perdu votre fils Valentin au Bataclan.
Sandrine Larmandy, psychologue pour la police judiciaire, vous avez accompagné l'Abbé Ari lors de la prise d'otage et des personnes retenues dans le Bataclan, vous nous raconterez aussi votre expérience. Mathieu Langlois, médecin du RAID, vous êtes intervenu ce soir-là, vous nous raconterez aussi. Et puis Christophe, à l'époque vous étiez à la BAC 10 et vous avez été appelé vous aussi sur le terrain.
Merci d'être avec nous pour nous accompagner, Maxime Brunchetter qui a travaillé sur un documentaire Ligne Rouge au service police-justice de BFMTV. D'abord démarrons sur une note joyeuse Nadine et cette course organisée par l'Association Nationale des Victimes du Terrorisme. Vous pouvez nous annoncer les finishers, vous pouvez nous annoncer ceux qui sont arrivés sur la ligne en premier.
Oui c'est un petit clin d'oeil qui n'était pas du tout prévu mais ce matin lors de pour la course organisée par l'AFVT qui rassemblait plus de 1000 coureurs je crois donc c'est mes neveux Constantin et Thibault, je n'en donne pas plus, qui ont gagné la course. Donc c'était, ce sont les cousins de Valentin. Donc voilà un petit clin d'œil qui me donne.
Et puis évidemment, il y avait d'autres cousins qui couraient, qui ont fait des moins bons scores. Mais merci Constantin et Thibault, vous avez gagné. Et Clément derrière a fait troisième.
Clément avait 15 ans en 2015. Et donc, c'est aussi une transmission. Et donc, merci à la FVT.
Et donc, je vous quitterai dès que possible pour aller à La Marche, organisée toujours par la FVT cet après-midi. On parlera de cet enjeu de mémoire collective avec vous dans un instant. D'abord, ce soir-là, Dominique, ça Ça commence par le Stade de France, des explosions à 1er attentat.
Et la nuit va s'égrener au fil des attaques multiples en plusieurs endroits avec plusieurs équipes. C'est une nuit d'épouvante, c'est une nuit d'attente. C'est une nuit d'attente et vous, racontez nous, comment ça se passe pour vous ?
Moi j'ai une habitude d'ancien, je prends des notes, c'est comme à l'école et ça ce sont mes notes du 13 novembre j'arrive ici à 22h le présentateur c'est François gapillant et au départ voilà j'ai stade de france explosion plusieurs on parle de trois explosions et puis ça avance une dizaine de tirs au petit cambodge quel rapport entre les explosions au stade de france des tirs d'armes automatique au petit Cambodge et vous allez passer la nuit à l'antenne la nuit à l'antenne et alors au moment le moment vraiment tout bascule c'est à 23h55 avec ça françois hollande le président qui parle et dans ses déclarations rapidement il parle c'est une horreur mise en sécurité des quartiers concernés renfort militaire conseil des ministres convoqués état d'urgence sur l'ensemble du territoire le président Hollande dit c'est une nouvelle épreuve nous savons d d'où elle vient qui sont les auteurs français française nous n'avons pas nous n'en avons pas terminé il y a actuellement des forces de sécurité qui mènent des assauts donc on parle de vous tous vive la république vive la france et là on se dit mais où on est quoi qu'est ce qui se passe et la guerre et vous nadine à ce moment là vous vous êtes dans l'attente parce que vous savez que votre fils est dans la salle de spectacle où vous le cherchez vous passer des coups de fil et la nuit va être interminable je fais partie des des centaines des milliers de parents qui ont essayé de joindre leur enfant et puis après les parents qui ont attendu attendu attendu pour l'identification notamment on y reviendra merci d'être avec nous dans l'ordre c'est vous christophe qui allait être appelé en premier finalement puisque vous êtes policier à la bac de paris 10 et au départ vous quand vous intervenir, vous pensez que c'est un règlement de compte sur fond de stupéfiants, mais vous ne comprenez pas ce sur quoi vous partez, rue de la Fontaine-Roy. Tout à fait. En fait, on soit un appel radio qui nous commande pour des tirs au niveau de rue Alibé, rue Bichard, mais nous ne sommes pas avisés de ce qui s'est passé au Stade de France.
Donc en fait, nous on se rend sur place en pensant qu'on a affaire à des tiers de règlements de comptes sur trafic de stupéfiants ou quelque chose comme ça. Donc très rapidement, on est au niveau de la gare du Nord donc on se rend rapidement au niveau de la rue où on a l'appel et là on arrive au niveau du petit Cambodge et puis du Carayon. Et en fait, on est avisé toujours un peu dans les temps.
Suscabilité d'avoir une voiture. On a quelques petites infos. Et tout de suite, nous, notre mission, bien sûr, en tant que BAC, c'est d'interrompre l'effet.
Sécuriser. Sécuriser et puis aussi, surtout, essayer de voir si on ne peut pas stopper la chose, en fait. Et du coup, on arrive au niveau des terrasses, on voit tout de suite qu'il y a des corps, donc nous, on se dit, restez sur place.
On a déjà une police secours qui est là, 10e, et des effectifs GSQ, donc on dit ça ne sert pas à grand-chose. Donc avec Mika et Johan, mes collègues, on décide de partir et de se diriger vers Fontaine-le-Roy où on nous dit qu'il y a aussi des coups de feu. Et donc, on prend la rue et là, on arrive et en fait, on a un flot de personnes qui remontent vers le véhicule en courant.
Donc nous, tout de suite, on descend, une arme de pont à la main et en fait, on voit des victimes tout de suite. Donc on essaye de porter assistance et en même temps, on a des infos qui remontent comme quoi peut-être que un des individus est rétranché dans un hall d'immeuble. Ce qui va s'avérer faux, mais dans la panique générale, il faut travailler là-dessus ?
En fait, quand on a une information, on peut avoir des doutes, mais quand on a deux ou trois informations d'affilée qui nous remontent comme ça, on est obligé de sécuriser. Donc en En fait, on se met en position, on sécurise le hall d'immeuble et on reçoit comme instruction d'attendre les services spécialisés. Et donc à ce moment-là, on décide de se positionner, de bien sûr, on a toujours ce flux de personnes à qui on dit de rentrer dans l'immeuble.
Ce soir-là, on a beaucoup de gens qui ont ouvert leurs portes. On l'a constaté visuellement pour porter secours. Et est-ce que vous vous rendez compte à votre hiérarchie ?
Est-ce que vous leur dites « là, on est à la fontaine au roi », « à la fontaine au roi ». Est-ce que vous vous rendez compte en disant « ici aussi, il y a des victimes, ici aussi on constate ça ? » De toute façon, c'est un ensemble sur les ondes.
On essaye de passer des...
Alors sur les ondes radio, à ce moment-là, on a un peu comme une soirée normale en fait. On n'a pas trop de messages. Tout de suite après les terrasses, tout de suite on sent sur les appels et sur les passages radio.
Et en fait, on passe des messages en disant qu'on a également des blessés. Alors nous, on passe le message forcément qu'on a peut-être un individu retranché sur place. Et à l'issue, je vous dis, les services spécialisés arrivent.
Mais par contre, on a constaté un nombre de victimes sur la terrasse. On reviendra justement sur votre prise en charge. C'est là où les services spécialisés vont intervenir, donc Mathieu Langlois et vous Sandrine.
Qui intervient le premier ? Vous vous êtes prévenu à quelle heure, Sandrine, que vous devez vous rendre sur zone ? Je suis prévenue à 21h24, je crois, à peu près par mon état-major.
Qui vous dit ? Qui me dit qu'il y a des attentats multiples et je suis d'astreinte cette semaine-là, comme psychologue rattachée à la négociation de crise, et du coup je dois me rendre au 36K des Orfèvres pour rejoindre les équipes d'intervention et après être projeté au Bataclan pour la négociation. Mathieu Langlois, vous arrivez quand vous dans la soirée au Bataclan ?
Alors beaucoup plus tard que, évidemment, ce que Christophe a raconté. Et dans son témoignage, on sent toute l'émotion. Bien sûr.
Vous, évidemment aussi, madame. On voit qu'on est face à un un chaos qui va tous nous impacter, nous toucher, les victimes, les familles, mais aussi nous, intervenants. Et quand on parle, évidemment, je sens toute l émotion.
Alors c'est sûr qu'il y avait des niveaux de préparation, il y a des rôles pour chacun, mais après ce qui est intéressant, c'est vraiment l'engagement collectif et on parle de citoyens qui se sont révélés, des citoyens, on parle du citoyen sauveteur et des exemples comme ça on en a plein et c'est vraiment cet engagement collectif après oui évidemment il y a chaque service alors il y a l'équipe qu'on voit sur la photo qui est une équipe du raid qui est allé, qui vous a rejoint. Alors je fais les horaires, excuse-moi, j'ai un peu mis ça de côté. Et nous, il y a une autre équipe du raid qui est allée, alors il y a eu deux vagues parce qu'il y a une première équipe d'urgence qui est arrivée en même temps que la première équipe d'urgence de la BRI et puis après il y a eu une montée en puissance dans lequel il ya les médecins qui sont arrivés voilà et alors les horaires je crois qu'on arrive à un tout petit peu avant 23h au Au Bataclan, c'est un temps infini.
Mais de toute façon, le temps s'est arrêté cette nuit-là. Il s'est figé complètement ? En tout cas, moi, c'est mon souvenir.
On est dans le chaos absolu et avec un temps qui s'est arrêté. Mais ce qui est positif, c'est qu'on a tous ensemble...
Collectivement ? Évidemment. Et des gens, encore une fois, nous, Raid, en tout cas, on était préparés, malheureusement, à ce genre de situation. mais il y a des gens et en particulier la BAC le terrorisme ce qu'on appelle des tueries de masse c'est quelque chose qu'ils avaient je ne crois pas qui était inexistant j'ose le dire j'ose le dire mais alors il y a eu plein d'évolutions et c'est ça qui est aussi intéressant à l'époque un policier de la BAC ou un policier de sécurité publique se retrouvait dans cet enfer là jamais il avait imaginé et ils ont On fait à la fois dans votre capacité d'analyse, mais aussi dans votre capacité d'audace et de prendre des décisions qui étaient absolument inimaginables, comme secourir Un policier, même s'il est formé, ce n'est pas son métier.
Or ils se sont transformés en sauveteurs de l'urgence sous la menace Mais vous, vous Sandrine psychologue, vous Mathieu médecin, on vous équipe, vous êtes avec la BRI, vous êtes avec le REC, vous vous équipe comme eux. Vous mettez les mêmes uniformes, des gilets pare-balles, des casques. Et qu'est-ce que vous faites précisément, Sandrine, lorsque vous êtes projetée au Bataclan ?
Quel est votre rôle exact ? Parce que les téléspectateurs, ils ne savent pas que vous êtes auprès des personnes qui vont intervenir. C'est ça qui est intéressant ?
Sur ce soir-là, mais comme sur les autres crises, en fait on est rattaché au groupe négociation et on travaille avec eux à établir un profil, avoir évalué l'état de tension dans lequel sont les individus auxquels on a affaire et ensuite on travaille avec eux sur la gestion et la négociation. Donc concrètement vous parlez aux négociateurs pour essayer de trouver les mots les plus justes, pour essayer de toucher les terroristes ? Voilà, exactement, en fonction de leur profil, de leur état de nervosité, de tension, on travaille avec eux, c ses trames et ses questions, le ton aussi, tout l'infraverbal est important.
Donc le ton, le rythme de la voix et qu'est-ce qu'on va leur dire ? Vers quoi on tend ? On essaie de réfléchir à tout ça Et qu'est-ce qui vous reste, vous, de ces images, de ces sons ?
Je crois que vous, le mot que vous choisissez, c'est que vous dites que c'est un tsunami qui est arrivé ce jour-là. Quelle est l'empreinte ? C'est très particulier, mais c'est vrai que c'est une image qui m'est resté et en fait quand l'assaut est donné que donc l'intervention est terminée en fait je vois tous mes collègues de services d'enquête avec qui je travaillais de la bri il ya Il y a quelque chose qui se fige, Mathieu l'a très bien dit.
Et en fait, je vois tous les dégâts que ça va faire dans les années à venir. Les dégâts psychiques, physiques évidemment, mais aussi psychiques des familles endeuillées, des survivants et puis de tous mes collègues policiers qui sont autour de moi et qui vont être évidemment bouleversés par ce qui s'est passé. Et ça c'est confirmé ?
Oui, bien sûr. Je pense que tous, il y a un avant et un après 13 novembre, enfin même 2015 parce que Charlie Hebdo a été aussi un moment intense pour nous tous je pense. Donc oui c'est une année charnière je pense dans notre identité professionnelle et personnelle aussi.
Mais sur les Les dégâts dont vous parliez, ça s'est confirmé dix ans après ? Oui, il y a eu quand même pas mal de dégâts. Mais après, au niveau de la police judiciaire, en tout cas de la BRI, du RAID, nous on travaille, on fait des exercices, on est vraiment entraînés.
Donc je pense que c'est important de dire qu'on n'est pas des victimes dans le sens où on a choisi d'être là. Après, évidemment qu'on est bouleversé dans notre âme et dans notre chair parce qu'on a beau être préparé, faire beaucoup d l'exercice, on n'imagine pas ce qu'on peut voir et ce qu'il va y avoir ce soir. Et Nadine Ribérenard qui a monté un call-off la semaine dernière, je le montre, qui s'appelle la mémoire du 13, un enjeu collectif et j'ai pu assister à ce colloque et je voulais juste témoigner avec vous, d'abord c'était vraiment un très bel exercice intellectuel que vous avez réussi et il y a des paroles spontanées qui ont jailli comme Christophe qui a pris la parole spontanément lors de ce colloque, qu'est-ce qui est important pour vous de ressouder ensemble et de construire ensemble parce qu'on doit aussi se projeter, comment est-ce qu'on vit avec ça et comment est-ce qu'on le transmet ?
Alors l'idée c'était pour ce colloque. Depuis 15 mois, 18 mois, on tournait autour avec l'association Fraternité et Vérité 13-11-15 en se disant il va y avoir des documentaires, il va y avoir des séries, on va publier, il va y avoir des articles mais nous associations on voudrait laisser notre trace pour les dix ans donc qu'est-ce qu'on fait qu'est ce qu'on fait alors au fur et à mesure avec le conseil d d'administration de l'association, avec Michel Desplaces. On a identifié plusieurs thèmes parce que l'idée, et j'espère que tout le monde va bien comprendre mon message, c'était qu'est-ce que l'on a appris du 13 C'est une famille endeuillée qui vous dit ça.
Qu'est-ce qu'on a appris ? Alors comme je suis médecin, je savais qu'on avait beaucoup progressé sur la prise en charge du psychotrauma, sur les blessures de guerre, l'organisation des soins et donc ça je voulais déjà que ce soit une partie qui soit traitée et donc avec une magnifique table ronde et ensuite on a travaillé aussi sur comment on en l'est arrivé là et là aussi comment la lutte contre le terrorisme a évolué en 10 ans avec l'apparition de nouvelles formes de menaces les réseaux sociaux tik tok je ne fais pas l'actualité dit à 24 heures et puis toujours qu'est ce qu'on a appris du 13 novembre la création des artistes les écrivains se sont emparés de ce thème qui était très traumatiques mais qui ont réussi à en faire quelque chose de beau et on retrouvera Catherine Bertrand justement qui elle s'est sauvée grâce à ses dessins et qui témoignera dans quelques instants. Et comment les victimes aussi sont devenues des artistes et c'est vrai que il y a eu des magnifiques oeuvres et voilà donc tout ça on a voulu embarquer l'ensemble des personnes qui pouvaient assister à ce colloque parce que l'idée c'est de ne pas rester figé voyez le 13 novembre est une nuit de terreur mais nous ça a été des jours et des jours de douleurs et ça et ça continue d'accord mais qu'il faut en faire quelque chose c'est ce que vous dites il faut collectivement que ça serve qu'on l'apprenne à nos enfants dans les livres d'histoire qu'on puisse...
Je pense que c'est l'idée justement par rapport au trauma qui vient vraiment figer le temps et figer l'espace, c'est ce qu'on appelle la sublimation, c'est comment on va réussir à transformer ça en quelque chose On est une création. Je ne sais pas si on va arriver à sublimer, mais en tout cas, c'est toujours dans un regard collectif et un regard, vous voyez, un enjeu citoyen. On veut, on souhaite que les personnes, que la nation se souviennent pas seulement du 13 novembre, mais de comment la société a pu évoluer avec ce regard sur le terrorisme, sur les victimes, sur les aidants, les soignants, les forces de l'ordre.
Message passé. En docteur, il y a eu le 13 novembre, puis il y a le jour qui vous reçue. Vous disiez tout à l'heure, nous on attend des nouvelles de notre fils.
Et nous, journalistes, on en a parfois des infos, on en a parfois un peu Et le lendemain, le 14 novembre, en regardant encore dans mes notes et regardez ça tout à l'heure avec Pauline, Maxime, on a la liste des victimes identifiée le lendemain. On a cette liste. On a 24 heures après et moi personnellement j'ai trois personnes qui vont m'appeler en me disant mon neveu était là-bas ma nièce était là bas est ce que tu peux savoir et les trois noms des trois enfants de ces de ses familles sont dans la liste et on est brunet le lendemain quoi un jour un jour et demi après et je leur donne pas je leur donne pas parce que ce que je peux pas le faire j J'ai envie de leur donner, de leur dire « Oui, j'ai une réponse à ta question, mais je ne peux pas le faire. » Mais ce n'est pas votre rôle.
Je pense que ce n'était pas votre rôle, c'est le rôle de la police. Symboliquement, c'est important et je pense qu'il faut que vous disiez ça à vous aussi, c'est que c'est à la police J'ai toujours du mal avec ça 10 ans après, de ne pas leur avoir dit une vérité que je savais. Alors je ne sais pas où ils sont décédés, alors c'est le rôle de la police évidemment, mais aussi de tous les Oui, c'est un service hospitalier.
Oui, mais tu sais, ça a pris du temps. Et Nadine, vous pouvez en témoigner de l'attente interminable ? Moi, je travaille à l'hôpital.
Il y a eu aussi un travail très difficile pour les soignants. Alors déjà, notre métier de soignant, c'est d'apprendre...
Enfin, évidemment qu'on sait annoncer des décès à des familles. Mais dans ce contexte-là, et Madame, je pense que c'est de quoi je parle, c'est que dans ce contexte-là, avec cette confusion et ce chaos, ça a été...
Moi, je connais des médecins qui étaient incapables de donner avec des certitudes des jours qu'on suivi parce que le cao était tellement dans oui mais ce que je veux dire évidemment pour les filles et pour les victimes enfin pour les familles c'est quelque chose d'absolument incompréhensible mais pour les soignants on est soignant tous les deux c'est d'une violence totale c'est ça vous marque à vie et donc tout ça a créé évidemment à aggraver cette...
Je suis anesthésiste réa, je suis habitué à gérer des accidents, des décès. Mais dans ce contexte-là, en dehors de ce qui s'est passé sur place. Il faut imaginer que les répercussions, elles ont été énormes.
On parle de dégâts collatéraux, mais on est au-delà du dégât collatéral. Moi, je voulais juste revenir sur ce que vous avez dit, madame, que je trouve très juste. C'est qu'on a tous cette obligation et c'est peut-être probablement, ça c'est toi qui le sais, mais le meilleur moyen de se protéger en partie du psychotrauma, ce devoir de...
C'est pas un devoir de mémoire, c'est un devoir de tirer les enseignements et de s'améliorer. Devoir d'action ? L'action, on l'a faite ce soir-là, chacun dans son rôle bon mais là on est dans l'après et dans l'après moi je sais ce qui nous a motivé les médecins du reyne mais au delà des médecins du reyne ont là et ça va être quelque chose qu'on a partagé dans le monde entier c'est quels sont les enseignements sur comment on intervient dans un Bataclan avec de nombreuses victimes ?
Quelles sont les améliorations apportées dans les secours, dans la médecine d'urgence, dans l'accueil des familles et du blessé grave à l'hôpital ? Il faut vraiment comprendre qu'il y a énormément de choses qui ont évolué, et ça c'est quelque chose qu'on doit aux familles. Leur dire les services, quels qu'ils soient, tous ensemble, ont tiré des enseignements et ils se sont.
Au-delà de tirer des enseignements, on s'est aussi amélioré et amélioré ça ne veut pas dire qu'on a failli. Nadine, vous vouliez rajouter quelque chose ? Oui, merci pour ces propos parce que c'est vrai qu'il se trouve que j'ai rencontré par exemple l'équipe de la pitié Salpêtrière et le professeur Mathieu Rau qui a œuvré à la prise en charge des victimes.
On a été se rencontrer parce qu'ils avaient fait des publications et que ça m'intéressait de comprendre, parce que déjà en 2019, avant le Covid, j'étais mue, motivée par comment va-t-on mieux faire pour sauver plus de gens. Vous voyez, c'était la rencontre d'une mère de famille et d'un médecin qui se disait comment on va améliorer. Il y a le système civique aussi qui a été mis en place, qui permet de mieux repérer les victimes et que ce ne soit pas la tournée des hôpitaux, ce qu'ont fait les familles pour retrouver leurs blessés ou la Il s'offre sur l'implication des primo-intervenants.
Justement, je reviens un peu sur le sujet des avis à victimes. Moi, j'ai discuté un peu avec des collègues après les faits, et les fameux téléphones qui sonnaient sur place, sur les terrasses. Nous, on les a entendus, on les a vus et en discutant quelques jours après, on a tous un peu cette pensée en se disant « Et si j'avais ? » Forcément, on ne peut pas le faire puisqu'on est dans l'action et porter secours, mais « Si j'avais répondu tout de suite, et si j'avais répondu au téléphone en disant « Venez », mais en fait on ne peut pas, parce qu'en fait on ne peut pas ramener du monde sur Paris déjà, puisque le but c'est d'exclure un maximum de personnes qui se rendent sur les lieux.
Et donc c'est vrai que je reviens juste sur ce sujet-là. Nous, ça nous a un peu marqués aussi au niveau psychologiquement, c'était assez compliqué. J'entends et ça s'entend.
Je voulais qu'on prenne la direction de République parce qu'on va retrouver Catherine Bertrand qui est avec nous pour l'association Très Unie. Vous avez couru, vous avez marché ensemble. Vous, vous avez survécu à cette nuit dehors dont on parle.
Vous incarnez avec tous ces éléments, je dirais, la force motrice du collectif. Alors comment ça se passe à République et est ce que le sport le mouvement aujourd'hui c'est important pour lancer aussi cette semaine de commémoration oui c'est bonjour C'est extrêmement important de s'appuyer sur le sport. Je crois que ce seront les Jeux Olympiques de Paris 2024 qui m'ont inspirée.
Je me suis rendue compte à quel point les victimes de terrorisme pouvaient s'appuyer sur le sport pour commémorer autrement et surtout inviter les citoyens à faire de même. Et votre sourire sur votre visage est sans doute la meilleure victoire. Qu'est-ce qui vous touche aujourd'hui et qu'est-ce qui vous fait tenir debout ?
On en parlait il y a quelques instants. Vous, c'est le dessin qui vous a permis aussi d'avancer. Oui, en fait, ce qui Ce qui me porte là, c'est vraiment les messages, les câlins avec des inconnus, les gens qui viennent à moi.
Je me sens vraiment très entourée par une vague d'amour, une énergie indescriptible, qui est vraiment incroyable à vivre. Donc j'avais besoin peut-être de me reconnecter à la société et le sport est surtout un moyen, un média pour se reconnecter ensemble. Merci beaucoup Catherine Bertrand d'avoir été avec nous, merci et encore une fois votre visage traduit toute la force et toute l'énergie que vous puisez aujourd'hui dans cette manifestation.
Maxime Branchetter, vous avez recueilli le témoignage de ceux qui dans le sillage finalement de Sandrine et c'est ça qui est beau de construire ces ponts ont ensuite donné l'assaut à l'intérieur de cette salle de spectacle qu'est-ce qui vous a le plus touché, qu'est-ce que vous retenez de cette expérience au plus près des primo intervenants ? Ce que je retiens c'est sans doute leur force, leur courage. Alors on parlait du traumatisme que certains peuvent avoir.
Moi j'en ai pas perçu chez eux, alors peut-être qu'ils le cachent, peut-être qu'ils l'ont réglé, mais ce qui a le plus marqué c'est de voir à quel point dix ans après ils vivent encore très intensément à ces moments-là. Parfois avec certains c'était difficile d'en parler, mais dès qu'on commençait à les interroger on sentait que tout le récit venait d'un seul coup. Mais ce qui est impressionnant c'est que dix ans après ils ont toujours la même force, la même énergie, on ressent ce qu'ils ont fait ce soir-là, l'acte héroïque.
Alors ils détestent ça quand on les appelle des héros, ils ont horreur de ça. Ce ne sont pas des héros ? Ce ne sont pas des héros, c'est ce qu'ils disent.
Certains me disent que les héros ce sont les victimes, les héros ce sont les autres mais en tout cas ils ont fait, ils ont sauvé des gens quand même en intervenant ce soir-là. A la fois je pense à Grégory le chauffeur de la Bac de nuit qu'on a interviewé qui est rentré avec le commissaire Cardi en premier dans le Bataclan et aussi à tous les opérateurs de la BRI qui ce soir-là ont donné l'assaut et ont réussi miraculeusement presque à sauver des otages. On en écoute un extrait avec vous ?
Allez ! Je vois au fond de la salle deux ombres qui ont l'air d'être de mon côté. J'ai tout de suite compris que ces deux ombres, c'était des ombres positives.
Elles sont là pour m'aider et c'était ma chance. Je vois ces deux ombres se lever assez rapidement et je vois en fait une position professionnelle de l'usage d'une arme. Ça doit être ça.
Je comprends tout de suite que ces gens là ce sont des policiers. Le commissaire tire quatre fois, il donne le tempo, il paye Et moi je commence à enquiller sur sa troisième ou sa quatrième cartouche. Je fais un tir comme au stand, un tir debout droit et et verrouillé.
Je vois d'ailleurs quelques petits flashs et à ce moment-là, en fait, je comprends tout de suite qu'en fait, il tire sur le... sur un terroriste qui est à gauche de moi.
Que celui-ci dévisse, je vois que son arme en fait se tourne et que celui-ci s'apprête à tomber aussi. Je vois ça et j'en profite en fait à ce moment là. Et je cours vers la sortie que je n'avais pas vue depuis le début, qui en fait était là depuis tout ce temps.
Oskar ! Bravo Le terroriste, on le voit donc il est sur le dos et moi je vois qu'il relève la tête. Et c'est à ce moment là que je fais un tire-tête et là ça Alors là, ce que vous venez de voir, c'est le témoignage à la fois de Guillaume et de Grégory.
Donc Grégory, c'est ce que je vous expliquais, c'est ce chauffeur de la qui arrivait presque malgré lui, parce qu'en fait, ils ont changé plusieurs fois d'itinéraire. Ils allaient sur les terrasses au moment où ils ont appris pour le Bataclan. Ils se sont arrêtés devant, ils sont rentrés tous les deux.
Et quand ils sont rentrés, c ils ont vu Guillaume, le témoin que vous voyez qui témoigne anonymement. Guillaume qui est une victime du Bataclan qui en fait avait été pris en otage par le terroriste Samia Mimour et était debout sur la scène, mis en joue par Samia Mimour quand ils sont intervenus et en tirant sur Samia Mimour, ils lui ont sauvé la vie. C'est l'extrait que vous venez d'entendre.
Dans l'extrait, vous avez entendu aussi d'autres choses, des extraits sonores. C'est un document très difficile qui avait été diffusé après débat au procès. En fait, il y avait un spectateur sans doute qui avait laissé un dictaphone. il voulait enregistrer le concert et donc il a enregistré toutes les plusieurs heures de l'horreur de ce qui s'est passé dans le Bataclan qu'on entend plutôt bien on a écouté cet enregistrement et on en a évidemment sélectionné certaines parties parce que certaines sont trop difficiles, mais on a voulu en produire certaines pour la mémoire, pour témoigner, pour raconter.
On s'est notamment appuyé sur l'assaut, l'assaut donné par les opérateurs de la BRI, qu'on entend très bien dans ces extraits sonores et qui nous a été raconté par ceux qui ont accepté de témoigner. Je vous propose d'écouter cet extrait. On avait détecté au-dessus de la porte un objet noir qu'on avait pris pour une caméra, parce qu'on ne comprenait pas pourquoi.
Parce qu'à chaque fois qu'on bougeait, les terroristes à l'intérieur se plaignait auprès du négociateur, auprès de nous directement, qu'il nous voyait. Le début de l'assaut, pour nous, ça a été la neutralisation à l'aide d'une arme, de cet ustensile qu'on avait pris pour une J'ai doné des coups au niveau de la porte d'un portion ouverte une première fois une deuxième fois Révis c'était encore une fois je crois que la troisième elle s'est totalement ouverte et là il y a eu le déluge de On se prend une rafale complète de chargeur complet d'AK-47 à 5-6 mètres de distance directement dans le bouclier. Je sens les impacts arrivés sur le bouclier Mais je me dis qu'il faut continuer d'avancer pour les acculer, tout simplement.
Voilà toute la ferveur des opérateurs de la BRI qui sont rentrés et qui ont, on l'a dit miraculeusement, sauvé tous les otages parce parce que c'était une situation très compliquée, un couloir avec des personnes déterminées qui avaient déjà tué beaucoup de monde. Vous allez découvrir ça, mais aussi tout le récit dans notre documentaire ce soir. C'est à 20h50, ces Bataclan ont donné l assaut.
Merci beaucoup, Maxime. Mathieu Langlois, avant cet assaut, il y a aussi, et il faut le rappeler, l'évacuation de tous les blessés. Il y a des centaines de personnes à l'intérieur de cette salle.
Encore une fois, moi, j'ai insisté sur le côté très collectif, c'est-à-dire qu'il y avait des équipes de la BRI qui étaient en train de préparer, d'élaborer avec l'anégo, même si l'anégo de 2015 n'est plus l'anégo qu'on a connue avant. On savait très bien que ce ne serait pas une négo avec une reddition des terroristes, c'était une négo pour préparer et élaborer, gagner du temps et en particulier gagner du temps, ce qui nous permettait, nous, le rôle du redd à ce moment-là était de justement sécuriser tout le reste du théâtre et permettre par cette sécurisation, alors quand je dis sécurisation, il faut bien comprendre qu'on est sur une menace qui est totalement diffuse et surtout impossible à vérifier. On parle de... on dit qu'il y a deux terroristes à l'étage mais rien ne nous interdit de penser, enfin c'est pas mon rôle, mais pour les policiers, rien nous interdit de penser qu'il y en a peut-être d'autres, y compris chez les blessés et puis qu'il y a du risque de piégeage.
Encore une fois, moi, mon rôle, c'est les blessés. Mais ce qu'on a fait pendant tout ce temps-là, c'est que justement, et ça, c'est quelque chose qu'on avait imaginé, mais on n'avait pas imaginé qu'on le réaliserait comme ça. C'est que...
Je m'adresse au docteur, mais je m'adresse à tous les Français. C'est-à-dire que c'est des blessés par balles, c'est des traumatismes pénétrants, quel que soit le type d'arme. C'est de l'hémorragie.
L'hémorragie, c'est la guerre contre le temps. Il n'y a pas...
Il n'y a pas en savoir forcément beaucoup plus pour comprendre que plus le temps va passer, moins les chances de survie vont être là. Et donc notre rôle et le rôle des médecins, ça a été justement de pouvoir commencer à évacuer, à stabiliser, faire quelques gestes de sauvetage, mais surtout à extraire tous les blessés, en particulier la fausse. Mais quand je dis la fausse, il y avait des gens cachés absolument partout.
Et aller diriger vers les hôpitaux quand ils peuvent être transportables Alors nous, notre rôle, il s'est limité, si je peux dire, à les faire sortir, les mettre en sécurité, les emmener, et ça c'est les policiers, on le sait par les barrières métalliques. Les policiers, alors ce n'était pas toi, mais c étaient des collègues, et les policiers de la BAC et des commissariats, il faut imaginer dans quel état ils étaient, ceux qui étaient dans l'entrée du Bataclan, ils étaient pour certains KO debout Et on va regarder cette photo justement qu'on a sélectionnée, je pense que c'est un collègue à vous qui est pris en photo Tout à fait, ouais ouais ouais et c'est une belle photo mais qui qui résume tout qui résume tout et qui vous vous ouais mais au-delà du chaos ils sont pas restés ils sont pas restés dans cette sidération qui est tout à fait compréhensible ensemble on a évacué en tout cas pour la fosse enfin pour le premier état enfin pour le rez-de-chaussée on a évacué l'ensemble des victimes avant l'assaut au premier étage ce qui est aussi pour les opérateurs de la BRI pour les opérateurs du raid c'est quand même une tranquillité si je peux enfin je suis pas sûr que c'est le mot mais c'est bien de savoir que évidemment qu'il y a les otages au premier étage mais déjà en bas malheureusement il n'y a plus que des morts. Et que tous ceux qui étaient vivants, ils sont sortis.
Après, ce qui a été plus compliqué, c'est en termes de temps, et ça n'a pas été si simple à organiser, c'est tous ceux qui étaient cachés dans les bureaux, y y compris sur un studio qui était sur le toit du Bataclan, où il y avait au moins une vingtaine ou plus de vingtaine de victimes qui n'étaient pas forcément blessés, mais qui étaient psychologiquement évidemment traumatisées. Donc c'est une blessure, c'est celle que tu soignes. Mais surtout, moi, ma mission, c le commandement Durel m'a dit tout le monde dehors, enfin ça c'est quelque chose qu'on avait anticipé, mais tout le monde dehors, c'est tout le monde dehors.
On n'en oublie pas un quoi. Non non, mais c'est à dire que on ne sait pas comment le scénario, on ne sait pas comment l'assaut de la Béry va se passer, ça peut. Alors là, ça a été un super assaut qui s'est très bien passé mais ça aurait pu très mal se passer et imaginez qu'il y avait un risque de sur-attentat parce que je n'ai pas envie de parler de tous les détails C'était une option.
En tout cas, nous on l'avait intégré dans le processus. Et nous, on a énormément ressenti sur les terrasses, puisque c'est le commencement des attentats. Et en plus de l'intervention sur place, ensuite on a appris la continuité des fait.
Donc en fait, sur l'intervention sur place, on était toujours dans le doute d'un sur-attentat sur les lieux, en fait. Sur l'aspect vraiment médical, est-ce qu'on passe ce soir-là de la médecine d'urgence vous faites de la médecine d'urgence à la médecine de guerre. Alors, on se connaît assez pour...
On se connaît bien. On se connaît assez bien. En tout cas, c'est de la médecine en situation de guerre ou en tout cas d Moi, je fais une différence.
J'ai moins d'expérience de la guerre. J'ai malheureusement une expérience des attentats. Mais on est face à des victimes qui ne sont pas des soldats.
Ils ne sont pas préparés. Ils n'ont pas des protections balistiques. Ils n'ont pas des civils qui venaient s'amuser à un concert, qui sont des jeunes comme...
On n'est plus très jeune. Comme vos enfants. Mais voilà, ça peut être nos enfants et donc l impact.
On n'est pas sur une zone de combat au fin fond d'un pays qu'on ne connaît pas. Je ne dis pas que c'est facile, mais en tout cas, c'est différent. Et donc, on est sur une médecine, en tout cas un sauvetage qui est très complexe, humainement, techniquement.
Il faut se coordonner entre nous. Faire des choix ? Alors, faire des choix, mais là aussi, je déteste le terme de triage.
Je parle de priorisation mais la priorisation qu'on a dû faire dans le bataclan c'est parfois il est mal interprété pas par vous mais mais parfois il est mal interprété faut pas imaginer que nous comme les médecins et je connais très bien les médecins qui étaient là, on n'est pas arrivé devant des victimes en disant lui va vivre, lui va pas vivre. C'est un métier humain mais on est obligé de prioriser, c'est lui sortira en premier, où lui aura tel ou tel geste de sauvetage. Mais tout le monde va sortir.
Sauf qu'on doit prendre des décisions qui sont de notre ressort en tant que médecins. Et c'est pour ça qu'on était des médecins avec de l'expérience, on est formés, entraînés à ça. Mais encore une fois, c'est quelque chose d'humain, c'est que tout le monde doit sortir et vite.
Et pour ça, il faut trier ou prioriser. Alors Sandrine Larmandie, je voulais revenir avec vous les mots choisis, ce que vous avez soufflé à l'oreille des négociateurs peut-être vous ne pouvez pas nous le dire ici je ne sais pas s'il y a un secret qui vous couvre ou quoi mais comment est-ce que vous pouvez vous expliquer le travail au plus près et ensuite comment est-ce que vous avez continué à suivre un certain nombre de personnes qui ont été évacuées, qui sont ces otages ? Ensuite je crois que vous les avez suivies au fil des mois très régulièrement et pendant toutes ces années.
Pour les mots, oui c'est un peu compliqué d'échanger là-dessus mais Mathieu sur ça a raison dans le sens où on fait phrase et on le sait très rapidement à des personnes déterminées puisqu'ils nous le disent donc à partir de là, on garde quand même toujours en tête l'idée de se dire qu'on va peut-être quand même réussir à faire sortir un ou deux otages. Je pense que c'est important de garder cet espoir-là et cette dynamique-là parce que si on est résigné avant même d'avoir commencé, évidemment, ça se sent dans le travail. Donc c'était surtout réussir tous les deux à pouvoir travailler sereinement parce que...
Tous les deux, le négociateur et vous voilà, enfin tous les trois, est-ce qu'il y avait un autre collègue négociateur, mais parce que lui avait vu le Bataclan, avait vu les morts. Donc c'était aussi difficile de pouvoir reprendre son souffle et de s'apaiser pour pouvoir travailler correctement et puis d'échanger avec eux. L'idée c'était surtout que pendant ce temps-là, leur attention n'était pas portée sur les otages.
Donc c'était aussi de les faire ventiler suffisamment pour que...
Les terroristes ? Pour gagner du temps ? Oui, gagner du temps, que leur temps est fait d'échanger avec eux pour que la tension redescende, et qu'ils soient le moins excités possible, et que leur attention ne soit pas focalisée sur les otages.
Nadine, vous l'avez Faire entendre quelque chose à un personnage comme ça Faire entendre quelque chose Le rationnel j'entends Un type qui est avec un fusil d'assaut sur la scène du bataillon C'est peut-être mon côté utopiste, ou humanistes, je ne sais pas. Mais moi, je pars toujours sur...
Je partais, puisque je suis partie il y a un an de la BRI, mais sur ce genre de crise avec l'espoir, parce qu'on peut tromber sur quelqu'un qui doute à un moment donné. On a eu l'exemple. Donc, il faut toujours garder en tête que sur une crise terroriste, on peut avoir à un moment donné un individu qui change d'avis.
Malgré tout, ce sont des profils différents aussi aujourd'hui par rapport à 2015. Donc, il faut le garder en tête. La menace et les Les profits ont évolué, vous avez raison.
Non mais ce que ça dit c'est très vrai, tiens mais il faut toujours garder cet espoir. Et l'hyper-cachère, le Mera est un parfait exemple. Il y a entre les négociateurs et les les terroristes, il y a un lien.
Il y a un lien d'écoute, il y a un lien...
Après, oui, ce n'est pas la négociation comme avec un forcené qui retient...
Ce n'est pas les mêmes modes opératoires il y a plein de choses qui diffèrent mais sur là on parle de la négo elle est évidemment différente et tout ça c'est, madame le disait c'est aussi des évolutions que l'ensemble des services ont tenues depuis malheureusement tout le Il faut bien comprendre qu'on le partage aussi à l'étranger. Nadine, vous voulez rajouter quelque chose ? Oui, moi je voulais revenir sur plusieurs choses.
J'espère que, enfin, moi je comprends tout à fait les propos de Mathieu Langois sur la prise en charge des blessés au Bataclan. C'est-à-dire que dix ans après, le Le temps a fait son œuvre, donc on a remis un peu de rationalité sur tout ça. Heureusement, ce n'est pas évoqué dans l'excellente série des vivants.
Il y a des choses très bien qui sur cette série. Vraiment, notamment, il y a l'hommage...
C'est le qui est diffusé à France Télévisions. Oui, qui est l'hommage, par exemple, tous les 13 novembre devant les différents lieux d'attaque et notamment au Bataclan, je trouve que franchement, c'est très, très bien. Et ce que je voulais dire aussi, parce que je trouve que c'est important dans les messages à faire passer, c'est que nous, pour les parents, enfin, ou les familles endeuillées, parce qu'il n'y a pas de terme pour dire qu'un parent a perdu un enfant.
Il y a les orphelins, mais il n'y a pas l'équivalent pour les parents. Un des plus grands traumatismes pour nous, et on l'a dit au procès, ça a été le passage à l'Institut médico-légal. Donc, je remets ça sur le tapis.
Si, si, vous avez raison, c'est important. Voilà, parce que là, le passage à l'Institut médico-légal, c'est...
Je l'ai dit au...
C'est épouvantable. ...au procès, ça a été dit par partagé par des dizaines de familles, c'était absolument épouvantable.
Et là aussi, comme on a mis en tant qu'association, travailler avec la direction d'aide interministérielle des victimes, on a fait évoluer l'annonce des décès. On a travaillé là-dessus et en tant qu'association de victimes avec 13, 11, 15, on a à un moment donné, tout le monde parlait et tout, mais ils ne savaient pas de quoi ils parlaient. Et nous, avec Philippe Duperron, on On a mis le doigt là-dessus.
Et vous avez raconté. Et on a dit, voilà, maintenant, l'annonce des décès, dans ces circonstances-là, on veut que ce soit comme ça, comme ça, et qu'à l'IML...
Et depuis, je sais que l'accueil à l'IML a évolué. Si je peux, justement sur ça, c'est vrai que nous, dans nos missions et après janvier et novembre, on a mis en place des psychologues à côté des policiers pour réaliser les annonces d'essai et la remise des effets personnels qui est aussi un moment très éprouvant pour les collègues policiers. Donc on est en assistance et donc c'est eux évidemment qui prononcent l'annonce et puis nous, on est là en soutien pour essayer de poser des mots adaptés.
Donc ça, c'est quelque chose qu'on a beaucoup travaillé et maintenant on est quasi systématiquement sur les annonces d'essai avec les collègues policiers parce que c'est une tâche difficile pour eux et puis pour les familles. Et alors si on parle avec vous Christophe de la gestion de l'après, vous, vous avez un petit regret et vous l'aviez formulé mardi lors du colloque de la difficile gestion individuelle du traumatisme et vous avez le sentiment que vous n'avez pas forcément eu la main tendue ou l'aide suffisante pour surmonter tout ça ? Disons que l'aide était présente mais souvent on aime une collectivité de la chose donc moi avec mes deux collègues forcément on a fait un entretien, un débriefing avec une psychologue du SSPO donc en collectif et c'est vrai qu'en l'occurrence mes deux collègues ont préféré une prise en charge individuelle à l'extérieur pour justement parce que ben ils sentaient ils sont ils préféraient en fait une aide d'extérieur à l'institution on va dire qui était sûrement une nécessité pour eux après sur le collectif vous n'avez pas moi je n'ai pas moi j'étais pas moi j'ai pas pris je n'ai pas eu une prise en charge par le par le sspo sauf la collective bien sûr mais parce que j'en On n'ait pas ressenti le besoin, mais c'est vrai que...
Et aujourd'hui un peu plus. Aujourd'hui un peu plus parce que d'autres événements ont fait dans ma carrière qu'effectivement j'en ai eu besoin. Mais c'est vrai qu'on en avait justement discuté chez les pompiers, par exemple, il y a eu une prise en charge obligatoire.
Christophe, quand on est un policier de la BAC, on est un gaillard ou on est un homme, est-ce qu'en parler, parler de ça, c'est un aveu de faiblesse On peut le ressentir comme ça ? On peut le ressentir comme ça, effectivement. Et je pense que souvent, parfois, au sein de la police nationale, c'est ressenti un peu comme ça, par exemple à un moment de faiblesse.
Mais justement, le collectif, parce que souvent dans des unités comme le RAID, la BRI ou un moindre niveau, par exemple la BAC. Il n'y a pas de trouillard. Voilà.
Et puis collectivement, on est plus fort mais individuellement, on a toujours un peu cette crainte de se dire est-ce que je vais être oui ? Est-ce que je ne suis pas assez costaud pour ça ? Qu'est-ce qu'on va penser de moi si je raconte que j'ai du mal à vivre avec ça ?
Oui, éventuellement, tout à Et c'est vrai qu'il y a eu de l'amélioration Merci Christophe Portet J'adore la photo qui était des deux flics On peut la revoir du 10ème arrondissement celle-là je l'adore c'est peut-être un problème capillaire non mais ça veut dire ça dit énormément de choses et ce que Christophe dit, et ça je pense que c'est un point hyper important sur ce qu'on connaît du psychotrauma surtout pour des gens forts comme toi, des gens préparés c'est pas dans l'immédiateté de l'action que ça va se Donc oui, il faut connaître les signaux faibles et évidemment la dimension collective dans des unités, que ce soit les BAC, le RAID, la Pairie. Cette dimension peut être aussi une chance, mais ça peut être aussi un piège, tout le monde comprendra. Et donc, il faut être très vigilant sur un temps très long.
Et là, je suis d'accord avec toi, la police et plein d'autres...
Oui, je trouve qu après 2015 le SSPO déjà a pris de l'ampleur parce qu'il y a aussi SSPO c'est service de soutien opérationnel et aux policiers C'est la cellule d'être psychologique Exactement C'est la cumpe des flics Voilà, et du coup, ils ont aussi grossi en effectif parce qu'ils ont été très vite débordés parce qu'ils n'étaient pas suffisamment. Et je pense que petit à petit les choses se systématisent et en tout cas en ayant aussi des psychologues dans les services directement. Nous, on a sollicité nos chefs de service en disant « Là, il y a sur telle affaire, il faut que le SSPO vienne ».
Mais on en discutait tout à l'heure avant l'émission. Je pense que ce qui serait très intéressant, c c'est d'avoir, comme il y a une visite médicale annuelle, d'avoir une visite psychologique et ça permettrait à certains policiers à certains collègues de peut-être pouvoir ouvrir une porte dans ce temps-là. Donc il y a bien sûr l'immédiateté, mais après il y a aussi sur de très long terme où il faut toujours être.
Et vous Maxime, les gens que vous avez interviewés, il y avait aussi cette difficulté à poser des mots ? Vous avez senti quoi ? Alors on a senti que quand on leur posait la question, les opérateurs de la Béry, mais aussi les policiers de la BAC, eux assurent qu'ils ne sont pas traumatisés.
Mais ça c'est peut-être la façade, c'est ce que vous disiez ? C'est peut-être la façade. Moi j'ai l'impression d'avoir perçu, mais c'est difficile de parler à leur place, que peut-être qu'il y avait aussi une part de déni là dedans.
Ce qu'on nous a fait beaucoup remonter aussi, c'est la difficulté pour les opérateurs de la baillerie, pour les policiers primo-intervenants, de faire un attentat, la salle du Bataclan, et puis de rentrer chez soi après le soir. Ils comparer notamment, j'ai beaucoup la comparaison avec les forces spéciales, les militaires qui font des théâtres très difficiles mais qui eux ont un sas avant de rentrer chez eux. Ils ne vont pas, si vous voulez, le soir même après avoir combattu dans des conditions extrêmement difficiles, ne vont pas rentrer chez eux dormir.
Et d'ailleurs, vous le verrez dans le documentaire ce soir, la plupart de ceux qui nous racontent avoir craqué, avoir pleuré, je pense notamment à Grégory, le chauffeur du commissaire de la BAC, c'est au moment où il rentre chez lui en fait, c'est au moment où il rentre chez lui, il se couche. Et vous Christophe comment vous êtes rentré ce soir-là ? Bah oui parce que justement quand on rentre souvent on va pas dormir, souvent on a déjà une première phase, c'est la famille qui vous accueille et la famille qui a vécu les événements aussi à travers la télévision.
Quand on a la chance d'en avoir une, ce n'est pas le cas de tous les policiers. Voilà exactement et donc ensuite on ne trouve pas le sommeil. On ne trouve pas sommeil et alors on discute, on discute avec sa famille puis ensuite on prend l'option d'aller à un moment donné se reposer.
Mais dès qu'on se repose, dès qu'on se réveille le lendemain. Alors ça revient et on a tout de suite enfin moi en l'occurrence la première chose que j'ai fait c'est de rappeler mes collègues pour savoir si tout se passait bien et d'avoir su justement c'est je pense que c'est pareil dans les services spécialisés je pense qu'on a envie tout de suite derrière de retrouver l'équipe avec qui on était et puis d'en rediscuter et puis justement il y a une espèce de soutien individuel mais collectif. Mais on a aussi besoin de la bulle familiale.
Moi je sais que quand je rentre donc je suis passé à la pitié avant de rentrer chez moi, ce qui était une bêtise mais j'arrive avec les croissants et tout et ça a été une matinée absolument normale pour moi avec mon ex-femme, mes enfants. Honnêtement ils ont dormi, ils ne savaient même pas ce qui s'était passé. Vous ne leur avez pas dit ?
Mon ex-femme elle savait que j parce que j'étais avec elle quand je pars, donc je lui dis qu'il y a des attentats sur Paris. Mais sans la stresser plus que ça, elle a eu cette intelligence, c'est de ne pas allumer votre chaîne de télé, si je peux me permettre. et elle a passé une nuit normale et elle m'a dit bon alors il s'est passé quoi ? je lui ai dit c'était pas juste la vie du pays le pays s'est totalement figé cette On a un peu changé et on n'en a pas dit plus.
Pourtant, les médecins aussi. Et on a eu, moi honnêtement, pas une journée normale parce que le soir, on repartait bosser. Ça aussi, moi j'avais un psychiatre un jour qui m'avait dit le meilleur moyen de se protéger de tous les traumatismes c'est ce que vous avez dit c'est c'est justement d'être dans ensuite dans l'analyse des faits ce qu'on appelle le rétex c'est le Le retour d'expérience.
Le but du RETEC, c'est ça. On analyse tous ensemble les faits et ensuite on essaye de dire qu'on va s'améliorer, pour nous en tout cas. On reçoit beaucoup de personnalités, un politique en ce moment, ministre de l'Intérieur et le préfet de police, l'ancien patron du Parc national antiterroristiaire et c'est toujours...
Le truc c'est comment va-t-on faire pour que ça ne se reproduise plus ? Pour lutter contre...
Et vous madame ? Et là j'entends Nadine qui soupire sur la table. Vous avez vu cette phrase tout à l'heure, vous avez dit madame Berenard, comment va-t-on faire pour sauver plus de victimes ?
Ce n'est pas comment va-t-on faire pour que ça ne se reproduise plus, ça veut dire que pour vous ça va continuer, comment est-ce qu'on va faire pour sauver plus de victimes ? C'est-à-dire qu'actuellement, on déjoue...
Enfin, on, c'est pas moi. Non mais je veux dire, les services d'enquête. On comprend que régulièrement sont déjoués des projets d attentats, d'accord ?
Tous les jours. Mais là, vous voyez, en ce moment-là, j'ai circulé dans Paris ce matin pour aller à la course, etc., pour venir ici.
On voit bien que Paris est tendue. Paris et la région parisienne est tendue. Donc J'ai peur des prochains attentats, oui j'ai peur, voilà, c'est clair, c'est dit, on n'a jamais, on sait que la menace est de plus en plus présente et on ne peut rien y faire, donc en revanche, ces leçons qu'on a tirées du 13 novembre, oui je veux qu'elles servent à la collectivité, à la nation, et y compris sur le plan psychologique.
Et c'est tous les travaux qui sont menés actuellement par le Centre National de Ressources et Résilience qui a été créé et qui s'occupe du psycho-trauma avec le professeur Bobet et Guillaume Veva. Ça, c'est important. Il y a les blessures visibles et il y a les blessures invisibles.
Mais même sur les blessures physiques, on a travaillé tous les services. On ne sauvera pas toutes les vies, mais je peux vous garantir que si ça devait arriver, on gagnera la guerre du temps, on ira plus vite dans l'évacuation que ce qu'on a fait en 2015. Merci à tous d'être venus avec nous, j'aimerais aborder avec vous un dernier volet de ce chapitre douloureux avec les orphelins du 13 novembre.
Ils sont 72 enfants avoir perdu un parent pendant et après les attentats du 13 novembre. Une série documentaire leur donne la parole aussi et à tous ceux qui les ont accompagnés. La traversée du traumatisme, du deuil, de la vie d'après, de la reconstruction après ces destins brisés, les orphelins du 13 novembre.
C'est une série réalisée par Yves Pulici, Léa Bertrand, Charlotte Le Sage, Yannis Choutier et Jean-Baptiste Perra. Écoutez. J'ai dit en méchant à tuer papa.
Quand votre fils de deux ans il vous demande à quoi ressemble une balle et comment elle traverse la peau, à deux ans et demi, ça fait bizarre quand même d'avoir ce genre de demande. Ton papa est un peu bouleversé, ton papa ne dort pas très bien, ton papa si etc. Personne se doutait jusqu'au dernier jour qu'il allait mettre fin à séjour.
Moi ça m'a permis de l'aimer et que je n'aurais jamais aimé autant s'il n'avait pas traversé ça donc d'une certaine manière j'aime autant le bataclan que je veux le fuir merci à tous de nous avoir suivi
Xavier Bertrand