Emmanuel Macron parie sur l’électrification
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Il y aura d'autres krachs. De temps en temps, il y aura un prix de l'énergie un peu élevé. Tout ça, si on ne le gère pas, ça produira périodiquement des craquements dans le système, des plaies et des bosses, malheureusement. - A.-E.Lemoine: Dans ce contexte, le gouvernement mise sur l'électrification des habitations et des déplacements, avec des aides: 10 milliards d'euros d'ici 2030.
Vous attendiez ces mesures depuis longtemps. Elles sont à la mesure des défis qui nous attendent et que vous avez décrits? - J.-M.Jancovici: Ca va dans la bonne direction, incontestablement.
Mais il manque un 0. - A.-E.Lemoine: 100 milliards! - J.-M.Jancovici: Non.
Il manque un 0 en termes de vitesse de changement. Ils ont annoncé un leasing social sur 100 000 voitures électriques. Très bonne idée.
Il y a 40 millions de véhicules particuliers dans ce pays. Même une fois passés à l'électrique, on ne restera pas à 40 millions de voitures...
Si on veut être dans les temps, il faudrait vendre 1 million de véhicules électriques par an. Pas 100 000, mais plutôt 1 million. - A.-E.Lemoine: Un leasing social sur 1 million de voitures? - J.-M.Jancovici: Ca pourrait se faire.
Au moment de la guerre en Ukraine, le gouvernement a mis en place un bouclier tarifaire qui a coûté 70 milliards d'euros aux finances publiques. - A.-E.Lemoine: Ce qu'on n'est plus en mesure de financer. - J.-M.Jancovici: Ca fait 7 millions de fois une prime à 10 000 euros.
Vous avez des petites voitures électriques à 15 000 ou 20 000 euros aujourd'hui. Avec 10 000 euros, vous pouvez... - A.-E.Lemoine: Produites en Europe? - J.-M.Jancovici: En France, pour les R5.
Ou produites en Europe, en Slovaquie...
Même si vous les produisez en France, elles seraient un peu plus chères, mais...
Une fois que vous l'avez fait une fois, c'est fini. Une fois que les gens sont passés à l'électricité, ils ne reviennent plus en arrière. Les sondages le montrent.
Il faut accélérer. Quoi qu'il en coûte. - A.-E.Lemoine: Quoi qu'il en coûte. - J.-M.Jancovici: On a de nouveau cette demande d'appel à l'aide à chaque fois qu'il y a un choc sur les prix.
Les chocs sur les prix, il y en aura périodiquement. - A.-E.Lemoine: Il y aura de plus en plus de demandes d'aide... - J.-M.Jancovici: L'aide, c'est un antalgique, pas un médicament qui soigne la maladie.
C'est juste un antalgique. - A.-E.Lemoine: Cette électrification passe aussi par l'exploitation de nos richesses naturelles.
E.Macron a inauguré une mine de lithium dans l'Allier qui permet entre autres de produire des batteries. - E.Macron: 34 000 t d'hydroxyde de lithium à partir de 2030 produites par an.
On a l'objectif de produire 1,5 million de batteries électriques par an. Ca veut dire que la moitié de ce qu'on doit produire pour ces batteries, on le sécurise avec ce site. Vous aurez ici le 4e gisement au monde de lithium.
Ce n'est pas anecdotique. Ce n'est pas la peine d'accélérer une stratégie d'électrification si on n'est pas fichus de construire ces batteries électriques. - A.-E.Lemoine: Je vous vois sourire. - J.-M.Jancovici: L'extraction du lithium, c'est la 1re étape de la chaîne.
Derrière, il faut raffiner le lithium, le transformer en composants de batteries. Ensuite, il faut faire la batterie. En France, on a les usines de batteries, des gigafactories qui se montent à Dunkerque, notamment.
On aura, dans X années...
Il faut savoir que mettre une mine en opération, quand on a décidé de le faire, c'est long. Ca peut prendre entre 5 et 20 ans. Il manquera les 2 étapes intermédiaires.
Sur le raffinage du lithium, la Chine a une position quasi monopolistique. Les Chinois feront ce qu'ils veulent du lithium raffiné. Il faut aussi se préoccuper des 2 étapes entre le lithium et la batterie. - A.-E.Lemoine: Et le respect de l'environnement?
On peut exploiter des gisements de lithium en respectant l'environnement? Des associations critiquent déjà cette exploitation. - J.-M.Jancovici: En ne touchant pas du tout à l'environnement, on ne peut rien faire.
On ne peut pas construire le studio dans lequel nous sommes, le logement dans lequel sont les gens qui nous regardent... - A.-E.Lemoine: Il y a un bénéfice-risque. - J.-M.Jancovici: Oui.
La question est de savoir si on peut faire ça sans toucher à l'environnement. La réponse est non. Est-ce qu'on peut le faire avec une balance bénéfice-risque qui vaille le coup?
J'espère que oui. C'est bien comme ça qu'il faut voir le problème. - P.Cohen: Une caractéristique de votre association, de votre ONG The Shift Project, c'est de proposer à intervalles réguliers des plans globaux, de transition.
Vous avez dévoilé un nouveau plan la semaine dernière, un plan robuste pour l'économie française: 20 chantiers pour que la France atteigne une neutralité carbone en 2050. Ca concerne tous les domaines d'activités: transports, logement, numérique, industrie, énergie, agriculture...
Il faudrait tout mener en même temps? - J.-M.Jancovici: Il faut tout mener en même temps.
Quand on regarde bien, et c'est le thème de ce petit ouvrage illustré, "Le Monde sans fin"... - P.Cohen: Enorme succès. - J.-M.Jancovici: Le monde qui nous entoure est le produit des combustibles fossiles.
C'est à peu près tout ce qui existe dans le monde qui nous entoure, des études longues aux voyages à Marrakech pour les vacances...
Tout ça découle des combustibles fossiles. Décarboner, c'est une opération très délicate, proche d'une opération à coeur ouvert. On retire le 1er étage d'un château de cartes en espérant que tout le reste du château va rester tel quel.
C'est à peu près ça, décarboner l'économie. Il faut être partout à la fois. On ne peut pas dire qu'on va s'occuper que d'un chantier, faire construire des éoliennes et tout le reste, ce n'est pas la peine de s'en occuper.
Il faut s'occuper de tout à la fois. Chacun des 20 chantiers qu'on a détaillés sont nécessaires. S'il en manque 1 des 20, on rate la décarbonation.
On a appelé ça quand même le plan robuste. Sur chacun des 20 chantiers, on se dit qu'il faut viser la Lune pour atterrir dans les étoiles...
Il faut viser le maximum, mais si on ne l'atteint pas, on peut éventuellement arriver à quelque chose d'intéressant. - P.Cohen: Il y a quand même une hiérarchie?
Les transports, c'est en haut de la pile? - J.-M.Jancovici: Pas vraiment. - A.-E.Lemoine: C'est quoi, tout en haut? - P.Cohen: C'est le 1er poste de consommation d'énergies fossiles, les transports. - J.-M.Jancovici: Vous mangez aujourd'hui grâce aux engrais.
Si demain matin, vous avez des transports décarbonés, mais pas d'engrais décarbonés, vous aurez un problème. - A.-E.Lemoine: Il n'y a pas des priorités?
Qu'est-ce qui est tout en haut de la pile? - J.-M.Jancovici: Si vous arrivez chez le chirurgien avec 5 organes vitaux en vrac et que le chirurgien vous demande vos priorités...
Vous allez lui dire: "Rester vivante." Il doit s'occuper des 5 organes vitaux en vrac. Si on doit parvenir à une société qui fonctionne en étant décarbonée, il faut tout faire à la fois. - P.Lescure: L'hiver a été pluvieux, mais dans certains départements, les agriculteurs connaissent déjà la sécheresse et doivent puiser dans leurs réserves, comme dans les Deux-Sèvres. - Avec ce vent, ça sèche très vite.
Les betteraves étant juste plantées, les toutes petites racines sont juste démarrées. Si elles reviennent dans le sec, la betterave meurt. Il faut qu'on emmène cette plante jusqu'à début août-mi-août.
Il faut économiser l'eau. - P.Lescure: La sécheresse menace l'agriculture, mais aussi les chaleurs, qui ont un impact négatif sur la santé.
Elles provoquent de plus en plus de décès en Europe. L'alerte a été lancée par la revue scientifique "The Lancet". Décarboner, c'est vraiment pour la santé. - J.-M.Jancovici: De manière générale, préserver l'environnement, c'est pour préserver la santé, les conditions d'une existence sympathique de l'humanité sur terre.
L'existence sympathique, on peut dire que la santé en fait partie et que c'est plutôt souhaitable. Il y a un certain nombre d'effets plus indirects, qu'on a plus de mal à imaginer. Par exemple, le lien entre la bonne santé des écosystèmes et la bonne santé humaine.
De temps en temps, des choses nous rappellent qu'il peut y avoir des liens, comme au moment de l'épidémie de covid. On avait rappelé notamment, même si on ne sait pas exactement d'où sort ce virus, que d'une manière générale, les zoonoses sont favorisées par la déforestation, qui met plus fréquemment les espèces animales en contact avec les espèces humaines et favorise les transferts de virus. Préserver l'environnement, in fine, c'est pour se préserver une existence sympathique, notamment la santé. - E.Tran Nguyen: J'ai fait quelques courses pour illustrer ce que j'ai à vous dire.
J'ai apporté des pâtes, des pommes de terre, des céréales et du chocolat. - P.Cohen: C'est pas très équilibré! - E.Tran Nguyen: C'est quand même des produits qui font partie des courses d'un foyer.
Quel est le point commun entre ces produits? C'est un mot qui fait l'actualité en ce moment: le cadmium. C'est un métal lourd présent naturellement dans nos sols.
Par extension, dans notre alimentation et donc, dans nos corps. Pourtant, il est presque partout. Regardez la carte de France de présence de cadmium dans nos sols.
Plus c'est rouge, plus il y en a. Les Français seraient 3 fois plus contaminés par le cadmium que leurs voisins européens. Selon une nouvelle étude de l'Anses, près de la moitié des adultes français dépassent physiquement les seuils d'alerte.
Pour le député écologiste B.Biteau, c'est parce que la France est permissive. Pour illustrer son propos, il s'est rendu, avec C.Autain, dans un supermarché pour faire ses courses.
C'est effrayant. - C.Autain: Et ça? - Cadmium. - C.Autain: Le riz, même topo. - Quinoa... - C.Autain: Cadmium, cadmium partout! - Quelle que soit la marque, cadmium.
Il est cancérogène. On le sait depuis 93. On n'a toujours aucune réglementation qui nous préserve de cette contamination. - E.Tran Nguyen: Ca inquiète forcément les Français et nos téléspectateurs. "On ne peut plus rien manger", "on nous empoisonne de partout"...
La consommation de cadmium pourrait avoir des conséquences sur la santé. - Ca va de l'insuffisance cardiaque jusqu'à l'insuffisance rénale, des cancers, en particulier le cancer du pancréas. Il y a aussi l'ostéoporose, à l'origine de fracture multiples.
Il y a l'insuffisance respiratoire aussi...
Pas mal d'organes sont concernés par le cadmium en excès. - E.Tran Nguyen: "La proposition de loi ne menace pas la compétitivité de l'agriculture en France", a précisé B.Biteau, qui aimerait des réglementations.
C'est la difficulté aujourd'hui, parvenir à cultiver des produits sains tout en essayant de ne pas compliquer la vie des agriculteurs? - J.-M.Jancovici: Je revendique une incompétence totale sur les cadmiums. - E.Tran Nguyen: Sur le fait qu'il y ait des produits... - J.-M.Jancovici: Si on dézoome et qu'on a un regard sur l'agriculture, il y a une 1re chose qu'on peut dire: on essaie de marcher sur 3 pieds qui sont d'avoir des produits sains, produits en France et pas chers...
Quand on veut ce triptyque, on doit toujours renoncer à un point. Si on veut que ce soit vraiment sain et produit chez nous, ce sera forcément un peu plus cher. Si on veut que ce soit pas cher, en général, ça sera moins sain ou pas produit chez nous du tout.
Il y a toujours quelque chose auquel on est obligés de renoncer. Il n'y a que des compromis. On peut quand même faire mieux.
On a sorti un grand rapport sur comment on peut améliorer, mieux concilier une agriculture respectueuse du climat, qui émette moins, respectueuse de l'environnement, moins dépendante également du réchauffement climatique. Ca va être un problème. Il y a un sujet quand même de consentement des gens à payer un peu plus cher pour leur nourriture tout en sachant un truc important: aujourd'hui, dans la dépense alimentaire des Français, seulement 7 % de ce qu'on paye va aux agriculteurs français.
J'ai découvert un truc très marrant avec ce travail. Quand on achète à manger dans un magasin, on paye plus à des banquiers qu'à des agriculteurs français. Si vous regardez tout l'argent que les banquiers ont gagné en prêtant à tous les acteurs de la chaîne, aux agriculteurs, aux transformateurs, aux transporteurs, aux distributeurs...
Tous ces gens-là ont besoin de rembourser des intérêts derrière. Vous payez plus que ce que vous payez aux agriculteurs français. C'est quand même marrant.
Si les coûts de production augmentaient et que ça n'était pas répercuté de manière proportionnelle à l'arrivée, on pourrait faire des choses intéressantes.
Emmanuel Macron