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Podcast / conversationRTL — Le Grand Jury (sur Podcast)· 3 juin 2025 21 minComplaisantPortrait personnelSolidarités & familleTravail & emploiRetraitesInstitutions & élections

TOUT SAVOIR SUR - Comment Sophie Binet s'est imposée dans le paysage politique

Source d'origine 3 locuteurs

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  • 3:08InvitéChiffre
    « Elle va même lancer une pétition contre le texte qui va rassembler plus d'un million de signatures. »
  • 8:28InvitéFait
    « J'en cite quelques-uns, mais Michelin, Auchan, ArcelorMittal. »
  • 11:04Locuteur non identifiéChiffre
    « J'ai été élu aux élections présidentielles avec un chiffre qui n'a rien à envier à beaucoup de mes prédécesseurs. »
  • 12:49Locuteur non identifiéFait
    « S'il y a bien un sujet sur lequel organiser un référendum, c'est la question de la réforme des retraites. »
  • 13:04Locuteur non identifiéFait
    « Et un référendum pour proposer quoi ? L'abrogation de la réforme des retraites. »
  • 15:23Locuteur non identifiéFait
    « Dire non ne suffit plus. Il y a besoin d'avoir des alternatives rassembleuses pour le monde du travail. »
  • 15:33Locuteur non identifiéFait
    « Le programme du Nouveau Front Populaire est celui qui répond le mieux aux attentes. Il prévoit d'abroger la réforme des retraites et la réforme de l'assurance chômage. »
  • 15:40Locuteur non identifiéFait
    « Il prévoit d'augmenter les salaires et d'augmenter les pensions. »
  • 18:41InvitéFait
    « Sophie Binet s'était permis de lui dire qu'il n'avait pas fourré son nez dans les affaires internes de la CGT au nom de l'indépendance syndicale. »

Temps de parole

  • Invité65 %
  • Invité 222 %
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0:00
Présentateur

On s'était promis quoi cet été ?

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Locuteur non identifié

Moins de travail. Et ? Moins de stress. Et ? Moins d'administratif. Alors pourquoi t'es sur ton ordinateur ? Parce que je m'inscris sur Collecto pour la facturation électronique.

0:11
Présentateur

Ça prend combien de temps ?

0:12
Locuteur non identifié

C'est fait.

0:13
Présentateur

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0:34
Invité

Bonjour à tous, c'est Marie-Pierre Haddad. Je suis ravie de vous retrouver pour un nouvel épisode de Tout savoir sûr, le podcast de la rédaction de RTL. Aujourd'hui, je vous propose de quitter quelques instants le monde de la politique. Mais promis, on ne va pas très loin puisqu'on va s'intéresser à Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT. Elle a succédé à Philippe Martinez en 2023 à la tête de la Confédération. Et depuis, elle maintient le bras de fer avec Emmanuel Macron.

0:58
Locuteur non identifié

Ce débat-là, on l'a eu pendant deux ans. On la connaît, votre réforme. Vous nous l'avez vendu sur toutes les antennes. Les Français, les Françaises n'en veulent pas. Je ne vous rends pas, je n'ai décrit la réalité. C'est ce que vous avez dit pendant deux ans. Allez aux élections présidentielles si vous voulez parler pour les Françaises et les Français. La position de la CGT, je la connais. Ce n'est certainement pas de mon objectif. Mais la question que je vous pose, c'est pourquoi avez-vous peur des Françaises et des Français à organiser un référendum ? Je défends d'abord le fond.

1:21
Invité

Un extrait du face-à-face entre Sophie Binet et Emmanuel Macron, c'était le 13 mai dernier sur TF1. La secrétaire générale de la CGT a interrogé le président de la République sur son domaine d'expertise, l'économie, en évoquant notamment le sort des salariés d'ArcelorMittal, le retour de l'emploi, la désindustrialisation et surtout la réforme des retraites. Mais qui est Sophie Binet ? Comment s'est-elle imposée à la CGT et aussi dans le paysage politique ? Eh bien, c'est le sujet de l'épisode du jour. Et pour répondre à toutes ces questions, j'accueille aujourd'hui dans le studio de RTL Mathilde Piquet. Bonjour. Bonjour.

Tu es journaliste au service économie de RTL et tu suis toute l'actualité syndicale. Est-ce que tu peux déjà nous expliquer le parcours de Sophie Binet ? Sophie Binet, déjà pour la situer géographiquement, on va dire, elle est nantaise d'origine et elle vient du militantisme étudiant. Elle commence par adhérer à 15 ans au mouvement de jeunesse ouvrière chrétienne avant de s'engager à l'UNEF quand elle débute ses études de philosophie. Et les premières manifestations dans lesquelles on la voit et pendant lesquelles elle monte véritablement au front pour la première fois, c'est sur le contrat première embauche. On est alors en 2006. C'était une sorte de CDI spécifique pour les jeunes.

Et à l'époque, les syndicats étaient fortement opposés à cette mesure. Ensuite, Sophie Binet va devenir conseillère principale d'éducation, d'abord dans les quartiers nord à Marseille, puis en Seine-Saint-Denis. On la retrouve très active à la CGT à partir de 2013. Elle devient membre de la direction confédérale de la CGT. Et ensuite, elle va prendre du galon pendant les manifestations contre la loi El Khomri en 2016. Là, c'est vraiment le moment où elle va devenir une figure de proue d'un mouvement social. Elle va même lancer une pétition contre le texte qui va rassembler plus d'un million de signatures.

Et puis, en 2018, là, elle prend la tête d'une fédération de la CGT, la fédération des cadres, une branche qui est plutôt réformatrice à l'origine. C'est à ce moment-là qu'elle commence à devenir une figure remarquée au sein de la CGT en interne. Et elle devient, à ce moment-là, la référente sur les questions d'égalité homme-femme. Et puis, tout ça va la mener, effectivement, tu l'as dit, à être élue à la tête de la CGT, très précisément le 31 mars 2023. Oui, elle est encore assez discrète quand même auprès de l'opinion publique à ce moment-là. Arrive le moment où il faut désigner le successeur de Philippe Martinez à la CGT.

Et cette élection était très tendue, comme nous le rapportait à l'époque la journaliste Nerissa Imani.

3:47
Présentateur

Cris, hués, interpellations dans la grande salle du Congrès. La tension est à son comble. Peut-on accepter que les camarades en viennent presque aux mains entre eux ? Peut-on accepter que d'autres pleurent sous la pression ? Les congressistes se divisent autour des trois candidatures à la succession de Philippe Martinez.

4:03
Invité

Les trois candidats, donc Marie Buisson, qui s'inscrivait un peu dans la continuité de Philippe Martinez, Sophie Binet et Céline Verzeletti. Mathilde, comment s'est déroulée cette élection ? Parce qu'on comprend bien que Sophie Binet n'était pas du tout prédestinée à remplacer Philippe Martinez. Alors en fait, pour vraiment recontextualiser le sujet de Nerissa qu'on entendait juste avant, ça a été un congrès très compliqué pour la CGT. Pendant quatre jours à Clermont-Ferrand, les militants n'en sont pas venus aux mains, mais ça aurait pu. En fait, le contexte, c'est qu'on arrive à la fin de deux mandats de Philippe Martinez, qui est à ce moment-là très critiqué.

En fait, les militants lui reprochent plusieurs choses. Déjà, la CGT, pendant ses deux mandats, a perdu son titre de premier syndicat de France. C'est la CFDT qui lui est passée devant en 2017. Ensuite, à la fin de son mandat, il a aussi eu un tournant assez modéré. Donc ça, ça a quand même déplu dans les rangs de la CGT. Et surtout, je pense que le point vraiment majeur et qui a eu une influence sur le Congrès, c'est que les militants lui ont reproché un manque de démocratie interne.

C'est-à-dire que quand il a annoncé qu'il ne se représenterait pas à la tête de la CGT au Congrès de 2023, en fait, il a tout de suite adoubé Marie Buisson, qui était à l'époque à la tête de la Fédération de l'enseignement et de la recherche. Et ça, ça n'a pas plu parce que, justement, déjà, il a été critiqué. Et en plus, ça faisait plusieurs congrès et plusieurs successions qu'on faisait le coup un petit peu aux militants. Le prédécesseur de Philippe Martinez avait déjà fait la même chose. Donc c'était Bernard Thibault, à l'époque, qui avait adoubé déjà son successeur. Donc il y avait un véritable manque de démocratie interne à ce moment-là.

Donc ça, ça a vraiment pesé sur Marie Buisson, qui était la candidate désignée. Et comment Sophie Binet a émergé, du coup, à ce moment-là ? En fait, ça a été toute une nuit de tractation. En fait, Marie Buisson a assez rapidement, dès le premier tour, été éliminée. Et ensuite, venu le tour de Céline Verzeletti, qui a, elle aussi, été écartée parce qu'elle était jugée trop radicale. Et ensuite, c'est Sophie Binet qui a émergé comme un peu un combo des deux. Et puis, en fait, c'est assez paradoxal parce qu'en même temps, je te dis, oui, Marie Buisson, le profil n'allait pas, etc. Mais en fait, quand on regarde sur le papier, elle et Sophie Binet ont un profil assez similaire.

C'est-à-dire que Marie Buisson, c'est une femme. Elle se revendiquait écologiste et elle n'était pas du tout ouvrière. Et Sophie Binet, c'est exactement la même chose. Une femme qui se revendique féministe, écolo et qui était à la tête de la Fédération des cadres. Donc, pas du tout ouvrière. Et donc, c'est vraiment ça qui a joué. C'est le côté, une candidate adoubée par Philippe Martinez. Ça, les militants n'en voulaient plus. Et tu évoques le fait qu'elle ne soit pas issue de la classe ouvrière. Certains membres de la CGT ont dénoncé le parcours de Sophie Binet parce qu'elle ne vient pas de la base. Et c'était ce que nous expliquait à l'antenne de RTL, une syndicaliste de la RATP.

7:02
Locuteur non identifié

Moi, ça me choque parce qu'elle n'est pas représentative des 4-5ème, des travailleurs de la CGT tout court. C'est une cadre. Donc, moi, je ne me sens pas représentée par cette femme. Et elle n'a pas eu mon travail. Elle n'a pas travaillé avec ses mains. Elle n'est pas productive comme moi. Elle a un métier, certes, mais elle n'est pas ouvrière. Donc, non. Je suis en colère parce que moi, je suis sur le terrain tous les jours pour régler des petits soucis, des injustices. Et en fait, on m'annonce que le secrétaire général de mon syndicat, c'est une cadre. Mais qu'est-ce qu'elle connaît ? Qu'est-ce qu'elle sait de ce qui se passe en bas ?

Il faut quelqu'un d'en bas, quelqu'un qui bosse tous les jours, ne serait-ce qu'un ouvrier. On ne peut pas comprendre les ouvriers si tu n'es pas ouvrier.

7:41
Invité

Mathilde, est-ce que Sophie Binet a réussi à gommer un petit peu ce reproche depuis 2023, son élection ? C'est sûr qu'au début, c'était effectivement une crainte. C'était corsé, oui. Effectivement, parce que c'est une des différences majeures avec Philippe Martinez. Lui avait été technicien chez Renault avant. Et donc, voilà, entre guillemets, ça collait plutôt bien avec les fédérations de la métallurgie, de l'énergie. Et donc là, on voit ce profil arriver de Sophie Binet, qui a été conseillère principale d'éducation. A priori, un monde assez éloigné de tout ça. Et donc, c'était la critique qu'on entendait. En fait, elle n'a jamais vraiment abordé ce sujet de manière très, très frontale.

Mais en fait, on peut détourner ça dans ses actions et dans les priorités qu'elle a mises dans son agenda à la CGT. C'est-à-dire qu'on en a tous entendu parler, ses plans sociaux depuis un an. J'en cite quelques-uns, mais Michelin, Auchan, ArcelorMittal. En fait, ça, elle en a fait vraiment un des axes majeurs de son action à la CGT. Ça a été l'une des premières, il y a plus d'un an, à alerter sur... Il y a une vague de licenciements en France. Au début, pas grand monde l'écoutait. Et elle s'est beaucoup rendue dans les entreprises et dans les usines qui étaient menacées de fermeture. Je pense à Vancorex, je pense à la Fonderie de Bretagne. Et ça, je pense que ça a joué.

De se montrer vraiment au plus près de ces fédérations et de ces militants qui, à l'origine, n'étaient pas forcément les plus enclins à lui parler. Et donc, aujourd'hui, je pense qu'il y a une facilité de dialogue, en tout cas. Et ça lui a permis de se rapprocher de sa base. En tout cas, comment est-ce qu'elle gère son syndicat, Sophie Binet ? Souvent, en politique, on dit que les présidents de partis peuvent avoir tendance à gouverner de façon assez verticale, avec une voix qui se diffuse après dans le mouvement. Comment ça se passe à la CGT ? En fait, ça, c'est assez difficile de le savoir. C'est assez difficile de passer derrière le rideau à la CGT. Ils ont une communication assez fermée.

En tout cas, depuis que moi, je suis les syndicats pour RTL. En fait, Sophie Binet, ce qu'il faut comprendre, c'est qu'elle communique quand c'est elle qu'il choisit. Et quand une question ne lui plaît pas, elle sait le montrer, voire ne pas y répondre. Quand elle juge que ce n'est pas le moment, elle ne fera jamais quelque chose pour faire plaisir à quelqu'un. Elle veut de l'efficacité et elle veut que ça marche dans son sens. Donc, du coup, c'est assez difficile de savoir comment vraiment elle gère le syndicat en interne. Mais ce qu'on voit de l'extérieur nous en dit un peu quelque chose. C'est-à-dire que moi, quand je discute avec d'autres membres de la CGT, aucune critique n'apparaît.

Donc, vraiment, on respecte la ligne qui a été fixée. Un point qui est notable et assez révélateur, à mon avis, c'est qu'elle a fait monter le dirigeant de la CGT Spectacle. Peu après le début de son mandat, il s'appelle Denis Gravouille. Il est devenu le numéro 2 de la CGT. Il est en charge de toutes les négociations sur les retraites, l'assurance chômage. Donc, c'est un poste vraiment majeur. Et lui, en fait, il est connu pour être quelqu'un de fidèle et qui ne va jamais critiquer ce qui se passe en interne à l'extérieur. Donc, ça, c'est aussi révélateur de la gouvernance, en tout cas, qu'elle a.

Et puis, je pense qu'aussi, s'il n'y a pas de critique qui s'affiche, c'est aussi parce qu'elle est arrivée à un moment très particulier. Tu l'as dit au début du podcast, en pleine mobilisation contre la réforme des retraites. Et elle a su s'intégrer, on va dire, dans cette bataille parce qu'elle est vraiment arrivée en plein milieu. Elle a su la mener. Et c'est une bataille qui a vraiment marqué dans les rangs syndicaux et qui a remobilisé les troupes. Et donc, ça, pour le coup, je pense que ça a joué dans le manque de critique. Durant son débat avec Emmanuel Macron, Sophie Binet a déclaré avoir voté pour le président de la République dans l'objectif de faire barrage à l'extrême droite.

11:11
Locuteur non identifié

J'ai été élu aux élections présidentielles avec un chiffre qui n'a rien à envier à beaucoup de mes prédécesseurs. En face de vous, il y avait l'extrême droite. Madame, pardon.

11:20
Invité

Même moi, j'ai voté pour vous.

11:22
Locuteur non identifié

Merci, d'abord.

11:23
Invité

Alors, quand elle dit, même moi, j'ai voté pour vous, on sent que ce n'était pas son choix de cœur. Ça, c'est plutôt assez clair. Je voudrais du coup qu'on parle du style de Sophie Binet. Toi qui suis la CGT et toutes les relations avec le gouvernement, comment est-ce que tu définirais son style ? Clairement, c'est un franc-parler. Je pense que c'est une des personnalités médiatiques qui est la plus directe, en tout cas une des plus directes. Elle a beaucoup de réparties et puis elle sait très bien comment les médias fonctionnent, c'est-à-dire qu'elle va sortir des petites phrases, des punchlines qu'elle sait qui vont être reprises justement après.

Elle sait aussi manier les propositions chocs, c'est-à-dire qu'elle a proposé il y a quelques mois un référendum sur la réforme des retraites et à ce moment-là, beaucoup d'autres syndicats ont critiqué cette position en disant que c'était un peu simpliste de voir les choses comme ça, que ce n'était pas vraiment ça qui permettait d'abroger la réforme juridiquement parlant. Mais ça, en fait, elle n'y a pas forcément répondu. Ce qui compte, c'est que les gens en parlent. Donc, c'est vraiment ça, c'est vraiment ce côté proposition-choc, franc-parler et puis très pugnace, ses proches disent qu'elle argumente jusqu'à vous convaincre ou vous épuisez, c'est au choix.

Donc voilà, ça, ça joue certainement dans les discussions qu'elle peut avoir avec le Premier ministre ou le Président de la République. Tu parlais de sa proposition de référendum sur les retraites, alors une proposition peut-être critiquée par certains, mais en tout cas qui lui a permis d'interroger directement Emmanuel Macron sur ça.

12:45
Locuteur non identifié

J'ai entendu avec intérêt que vous parliez de référendum. S'il y a bien un sujet sur lequel organiser un référendum, c'est la question de la réforme des retraites. Alors, j'ai une question très simple à vous poser. Allez-vous, oui ou non, organiser un référendum sur la réforme des retraites ? Et un référendum pour proposer quoi ? L'abrogation de la réforme des retraites. Donc pour supprimer toute la réforme ? Pour retour aux 62 ans.

13:07
Invité

Alors aussi, Sophie Binet a refusé de participer au conclave de François Bayrou sur la réforme des retraites. Est-ce que c'est une décision qui t'a étonnée, toi qui as l'habitude de suivre la CGT ? Est-ce que là, tu t'attendais à ce qu'au contraire, ils ont tellement demandé l'abrogation de cette réforme qu'ils rentrent dans le système un petit peu des négociations ? Alors, clairement, ça ne m'a pas étonnée. C'est-à-dire qu'ils sont rentrés très temporairement, c'est-à-dire à peu près un mois, et ensuite ils ont claqué la porte.

Déjà, dans les négociations, la CGT, elle est plutôt coutumière du fait, parce qu'elle a régulièrement l'occasion de claquer la porte de manière moins médiatique dans des discussions comme ça entre le patronat et les syndicats. Et puis, globalement, je pense que c'est révélateur du style de Sophie Binet, l'efficacité. Et donc, en fait, elle a claqué la porte à un moment où François Bayrou avait un peu changé le cadre de ce fameux conclave en disant que le retour aux 62 ans, en émettant des réserves, en tout cas sur ça. Et donc, à ce moment-là, elle a dit, nous, on veut l'abrogation. Donc, en fait, si on ne discute pas pour ça, nous, on s'en va.

Et donc, oui, c'est vraiment révélateur de son style. Est-ce que ça veut dire, d'après toi, que c'est compliqué de négocier avec la CGT ? Je pense qu'on peut dire ça. En fait, traditionnellement, la CGT, c'est un syndicat qui signe très peu les accords interprofessionnels négociés entre les syndicats et le patronat. Depuis plusieurs années, ils pratiquent souvent la politique de la chaise vide. Donc ça, on a l'habitude. Les autres syndicats disent même, en général, qu'il faut attendre que la CGT sorte des négociations pour vraiment commencer à discuter. À noter aussi qu'il y a quand même un écart avec les militants de terrain qui, eux, signent beaucoup plus d'accords en entreprise.

Donc ça, c'est aussi intéressant de le noter. Et globalement, en fait, la stratégie de la centrale, c'est le syndicalisme de rupture. C'est-à-dire de faire des propositions choc, des actions choc. Même, par exemple, avant les JO, c'était l'un des seuls syndicats qui menaçait clairement de faire grève et de bloquer le pays. Et ça, ils l'ont toujours assumé. Donc ça, c'est vraiment quelque chose qui est marquant, en tout cas, chez la CGT ces dernières années. Et pour revenir à Sophie Binet, elle a fait évoluer la ligne de la CGT sur un point, notamment, qui est le soutien ou non à un mouvement politique.

15:23
Locuteur non identifié

Dire non ne suffit plus. Il y a besoin d'avoir des alternatives rassembleuses pour le monde du travail. Le programme du Nouveau Front Populaire est celui qui répond le mieux aux attentes. Il prévoit d'abroger la réforme des retraites et la réforme de l'assurance chômage. Il prévoit d'augmenter les salaires et d'augmenter les pensions. Et nous faisons aussi cet appel parce que nous savons que l'extrême droite peut arriver au pouvoir. L'extrême droite, c'est le parti du mensonge et de l'imposture sociale. À chaque fois qu'il a fallu voter pour les droits des travailleuses et des travailleurs, ils s'y sont opposés. L'extrême droite est un danger pour notre démocratie.

15:56
Invité

Jusqu'à présent, la CGT maintenait une digue avec le monde politique. Pas de soutien, pas d'appel au vote, sauf pour faire barrage à l'extrême droite. Mais Sophie Binet a apporté son soutien au Nouveau Front Populaire. C'était après la dissolution. Et ça, ça a été un changement très important au sein de la CGT ? Oui, quand même. Parce que, en fait, dans le monde syndical, pour poursuivre la petite incursion par rapport au monde politique, il y a un principe fondamental qui est issu de la charte d'Amiens, qui date de 1906. Alors là, tu te dis sûrement pourquoi elle me parle d'un truc de 1906 pour expliquer 2024. En fait, c'est très directement lié.

C'est-à-dire que la charte d'Amiens, elle consacre un principe d'indépendance des syndicats vis-à-vis des partis politiques. Toutes les organisations y sont très attachées. Et donc, l'an dernier, après la dissolution, quand la CGT appelle à voter très directement pour le Nouveau Front Populaire, il y a une énorme différence avec juste dire ne votez pas pour le Rassemblement National. Et ça, ça a vraiment été un marqueur. Et ça a été critiqué aussi en externe par les autres organisations syndicales. Moi, j'avais régulièrement d'autres responsables au téléphone qui me disaient qu'on ne comprend pas pourquoi ils s'engagent justement là-dedans. Donc oui, ça, c'est un marqueur.

A noter, pour nuancer quand même tout ça, que historiquement, la CGT, c'est quand même un syndicat qui a une proximité politique avec le Parti communiste. Ça a été pendant un temps quand même un courroie de transmission des idées du Parti communiste dans le monde du travail. Donc voilà, historiquement, ce n'est pas totalement nouveau. Et comment ça a été pris en interne ? Tu disais qu'en externe, ça a été très critiqué. En interne, est-ce que certains ont critiqué le fait que Sophie Binet décide de dire « Le programme du Nouveau Front Populaire, c'est un bon programme et il faut voter pour eux ? » Là encore, en fait, pas de critique. Et on assume justement cette ligne.

Moi, j'ai été plusieurs fois en reportage avec des militants de la CGT qui ont fini par tracter pour le Nouveau Front Populaire et qui n'avaient aucune critique. Enfin, je veux dire, même la base ne critiquait pas cette décision de soutenir le Nouveau Front Populaire. Et puis, c'est assez intéressant de le noter aussi. Une des cadres de la CGT, enfin en tout cas une des membres de la direction dont on parlait tout à l'heure, Céline Verzenetti, elle a été candidate pour la France Insoumise à Paris à ses dernières élections législatives. Alors là, la réponse du syndicat a été très claire, très nette. Elle a tout de suite été exclue dès que sa candidature a été annoncée.

Mais c'est pour montrer en tout cas la porosité et la proximité qu'il peut y avoir avec le Nouveau Front Populaire et a fortiori la France Insoumise. Oui, et est-ce que Sophie Binet est proche de la France Insoumise ? Parce qu'on sait que le programme du Nouveau Front Populaire, il s'est quand même construit autour du programme de la France Insoumise et de Jean-Luc Mélenchon. En tout cas, c'est ce que les autres syndicats en disent. Même si Sophie Binet n'a pas hésité par le passé à remettre quand même Jean-Luc Mélenchon à sa place. C'était par exemple à la fête de l'Humanité en 2023.

Le leader insoumis avait exposé les causes qui avaient mené justement à toute cette situation au Congrès de 2023. Sophie Binet s'était permis de lui dire qu'il n'avait pas fourré son nez dans les affaires internes de la CGT au nom de l'indépendance syndicale. Donc voilà, il y a quand même un discours assez ambivalent entre proximité et quelque chose de très cloisonné où elle respecte quand même ce principe. Et c'est assez intéressant aussi, elle est assez proche d'une ancienne figure de la France Insoumise qui est François Ruffin. Ils ont notamment publié une interview ensemble en octobre 2023 qui a un titre assez explicite. Nous devons cheminer ensemble.

Voilà, c'est deux personnalités qui se rassemblent en tout cas autour du thème du travail. On sait que François Ruffin est quand même très engagé sur ces questions. Et donc pour le coup, c'est vraiment là qu'ils se rejoignent. J'ai une dernière question. On l'a entendu en ouverture de cet épisode. Emmanuel Macron a provoqué un petit peu Sophie Binet en lui disant qu'elle n'avait qu'à être candidate à l'élection présidentielle. Elle, elle dément catégoriquement. Est-ce qu'elle a été approchée par un parti pour, pourquoi pas, être tête de liste, être candidate ? On sait qu'il y a des élections municipales qui arrivent en 2026.

Est-ce que tu sais si le côté politique a un petit peu pris le dessus dans la tête de Sophie Binet ? Je vais te répondre honnêtement. Je ne sais pas si elle a été approchée. Et honnêtement, je pense qu'elle est dans son premier mandat, à peine deux ans après avoir été élue à la tête de la CGT, qui est quand même le deuxième syndicat de France et qui a quand même un gros pouvoir encore. Donc je pense que vraiment, ce n'est pas vraiment d'actualité. Je peux bien sûr me tromper. Je n'ai aucune boule de cristal. Et puis aussi parce qu'elle a engagé des sujets et des chantiers à la CGT.

Je pense notamment au sujet, un sujet qui va peut-être te paraître un peu niche, mais le sujet de la syndicalisation du nombre de militants à la CGT. C'était un sujet sur lequel était très critiqué Philippe Martinez, parce qu'il ne s'en est jamais vraiment occupé. On le sait, depuis plusieurs années, il y a un mouvement de désyndicalisation, entre guillemets, en France. Et Sophie Binet, dans son discours, juste après son élection à la CGT, c'est le premier sujet dont elle a parlé. Elle a dit, il nous faut un grand plan de remobilisation pour renforcer nos troupes. Et donc ça, je pense que vraiment, c'est quelque chose qu'elle a engagé.

Donc la politique, elle viendra peut-être, mais je pense qu'avant, il y a quelques sujets à la CGT quand même. Et elle se projette dans le temps long à la CGT. Merci beaucoup Mathilde Piquet à la réalisation de cet épisode d'Amiens Béchiot, Quentin Baron aux archives. Et vous pouvez écouter tous les épisodes de Tout Savoir Sûr. Les noter, nous laisser des commentaires sur l'application RTL, sur le site rtl.fr et sur toutes les plateformes de téléchargement.