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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 5 juillet 2024 25 min

Législatives 2024 : éventuelle coalition, démocratie parlementaire... Le "8h30 franceinfo" de Marine Tondelier et Xavier Bertrand

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Marine Tandelier, nous sommes à deux jours du second tour et l'Assemblée pourrait se retrouver sans majorité claire après ce scrutin. Vous répétez qu'on ne pourra plus faire de la politique comme avant, c'est-à-dire qu'est-ce que vous proposez clairement ?

0:16
Marine Tondelier

Moi je propose une chose très très simple, d'ailleurs qui est la logique institutionnelle de ce pays, qui est la démocratie, c'est que c'est les électeurs qui vont décider. Celles et ceux qui viennent sur vos plateaux toute la semaine pour dire, je vais vous dire exactement ce qui va se passer la semaine prochaine, je vais vous dire exactement qui est la bonne personne pour Matignon, je vais vous dire exactement comment on va faire, ils vous mentent. Donc il va falloir attendre la semaine prochaine ?

Oui parce que dans une élection il y a une logique temporelle, au premier tour on a établi des rapports de force et à ce titre-là le nouveau front populaire que je représente ce matin clairement est arrivé en tête des coalitions républicaines et donc il y a un endroit stratégique pour prendre en main la suite, il faut le dire clairement. Mais l'urgence là du deuxième tour, c'est le barrage, c'est le barrage républicain parce que peut-être que lundi nous aurons Jordan Bardella à Matignon et que c'est ça qu'il faut empêcher à tout prix, c'est pour ça que je suis venue sur ce plateau ce matin pour convaincre les électeurs peut-être qui hésitent de faire ce barrage.

Et puis après le deuxième tour, et je dis bien après le deuxième tour, il y aura le troisième tour et donc une fois qu'on aura la composition de l'Assemblée nationale, on verra à la carte combien il y a de députés de chaque parti politique, alors on pourra se poser clairement sur des informations stables et fiables, pas sur de la politique fiction, moi je vis dans le réel et donc le réel là c'est de battre Jordan Bardella, le réel lundi ce sera de trouver les solutions.

1:30
Invité

Si jamais il n'y a pas de majorité claire Marine Tondelier, l'idée d'une grande coalition que certains appellent de leur vœu, est-ce qu'elle vous semble crédible ou désirable, souhaitable ?

1:38
Marine Tondelier

Alors désirable, ce n'est pas le sujet, parce que si le sujet était ce que j'ai envie de faire, il y a plein de choses que j'ai envie de faire qui ne sont pas possibles. Alors réalisez-vous. Et puis après le sujet ce n'est pas avec qui, vraiment j'insiste là-dessus, le sujet ce n'est pas avec qui, c'est pour quoi faire.

1:54
Invité

Exactement, mais c'est ça on va y venir, d'abord avec qui, est-ce que vous pourriez travailler avec des gens du centre, de la droite par exemple ?

1:58
Marine Tondelier

Je viens de vous dire le sujet ce n'est pas avec qui, vous me dites alors avec qui ? Donc je vous réponds, pourquoi faire ? C'est ça qui intéresse les français, ce n'est pas à la recherche de la nouvelle star où on cherche le casting, on veut savoir quelle politique publique, c'est-à-dire comment on améliore leur quotidien, comment on permet leur lendemain, et donc pour améliorer le quotidien et pour permettre le lendemain, il faut de la justice sociale, il faut de la justice environnementale, parce que c'est ce qu'on demandait très très très majoritairement, nos électeurs, mais aussi beaucoup d'électeurs qui n'ont pas voté pour nous, et d'autres qui n'ont pas voté du tout.

Donc le cap est clair, plus de justice sociale, un rééquilibrage en termes de justice, de la justice environnementale, et voilà, en fait vous me posez toujours la question à moi, mais je trouve que c'est aux autres qu'il va pouvoir la poser, il va falloir poser la question aux gens qui sont élus.

2:44
Invité

François Riffin a cité trois mesures, par exemple rétablissement de l'INS, abrogation de la réforme des retraites, est-ce que vous avez une esquisse de programme, et est-ce que vous dites ce sera sur nos idées ?

2:52
Marine Tondelier

C'est plus qu'une esquisse, j'ai un programme, le programme du Nouveau Front Populaire.

2:56
Invité

Donc ce sera sur vos idées ou rien ?

2:57
Marine Tondelier

Et c'est évidemment sur la base du programme de la coalition qui est arrivée en tête des forces républicaines au premier tour que les discussions partiront, et on ne va pas garder que trois mesures.

3:06
Invité

On ne va pas garder que trois mesures. Mais si vous n'arrivez pas en tête, il faudra peut-être composer ?

3:10
Marine Tondelier

On est déjà arrivé en tête au premier tour, on n'a pas la majorité absolue, mais les discussions se feront autour du programme de la force de coalition arrivée en tête. Mais là, encore une fois, l'urgence, c'est qu'on n'est pas Jordan Bardella à Matignon, vendredi, parce qu'on a l'impression d'être un peu dans un feuilleton télé, mais c'est la réalité. C'est-à-dire que Jordan Bardella à Matignon, ce n'est pas juste « tiens, on va regarder ce que ça donne ». Parce que déjà, l'extrême droite au pouvoir, certains ont déjà testé, en Europe, et moi en l'occurrence à Hélène Beaumont, dans une ville tenue par le Rassemblement National depuis plus de dix ans.

J'ai écrit un livre en 2017 qui s'appelle « Les Nouvelles du Front ». Si vous hésitez, vous avez le droit d'hésiter, c'est normal, d'ailleurs en pareille circonstance pour certains électeurs, prenez le temps, mon éditeur Les Liens qui Libèrent a décidé de le mettre gratuitement en ligne, à disposition, voilà, en libre-service. Vous tapez les liens qui libèrent « Nouvelles du Front » dans un moteur de recherche, et vous pourrez lire, si vous hésitez ce week-end, ça raconte ce que donne le pouvoir RN pour des élus d'opposition.

Et puis si vous en foutez des élus d'opposition, voilà, pour les syndicalistes, pour les personnes qui travaillent à la mairie, donc demain pour tous les fonctionnaires, pour y compris le prêtre de l'église qui était en première ligne, vous verrez que les relations, y compris avec l'église, avec tout ce qui représente des choses très simples, genre « Chaque homme, il faut aimer son prochain, touche à chaque homme et mon frère », même ça c'était compliqué. Et puis la violence des méthodes, la brutalité des méthodes.

Et je pense que les démocrates, les républicains, les humanistes qui nous regardent, qu'ils aient voté pour nous, Nouveau Front Populaire ou pas au premier tour, je pense qu'ils tiennent quand même à la cohésion sociale de ce pays. Ils sont en colère sur des choses, mais ils ne veulent pas que ça explose. Ils ne veulent pas qu'on vive face à face, mais côte à côte. Ils ne veulent pas qu'on se dévisage, ils veulent qu'on s'envisage. Ils ne veulent pas d'une France qui soit sous la coupe de telle ou telle puissance étrangère. Et quand ils voient le nombre de candidats pro-Poutine au Rassemblement National, je pense que ça les inquiète.

Quand ils voient la violence, parce que souvent les électeurs centristes de droite, ils aiment bien quand c'est organisé, quand c'est sain, quand c'est serein. Ils aiment ce calme qui permet de travailler dans la tranquillité et de se concentrer sur les vraies choses. Quand je vois cette semaine des agressions partout en France, il faut se rendre compte quand même de ce que c'est.

5:07
Présentateur

Vous parliez du centre et de la droite. Vous avez reçu le soutien dans ce front républicain de Xavier Bertrand, le président de la région dont vous êtes élu. Il est justement tout à l'heure avec nous dans moins de dix minutes maintenant. Quel est le message que vous voulez lui adresser justement après ce soutien ? Vous dites que les forces républicaines doivent s'allier face au Rassemblement National. Quel est le message que vous lui adressez à Xavier Bertrand ?

5:25
Marine Tondelier

Alors premièrement, j'ai trouvé ça dingue qu'il soit exclu des Républicains parce qu'il avait commis un geste républicain.

5:33
Présentateur

Éric Ciotti engage une procédure contre lui.

5:35
Marine Tondelier

Je pense qu'être exclu par Éric Ciotti, par ailleurs, c'est un honneur d'être exclu par Éric Ciotti vu la dérive de cette personne depuis quelques mois. Mais vraiment, je le remercie, Xavier Bertrand, parce qu'en 2015, j'étais dans la situation inverse. J'étais tête de liste dans le Pas-de-Calais aux élections régionales. On avait à l'époque des postes, pas moi, je n'étais pas élue, mais de vice-présidents dans le Nord, dans le Pas-de-Calais. En Picardie, les régions fusionnent. Et voilà, la gauche doit se désister. Parce que si on ne le faisait pas, la gauche et les écologistes, alors c'était Marine Le Pen, présidente de région.

Et je dois vous avouer que le dimanche soir du premier tour, en 2015, j'avais dit à mon conjoint, je sais que je dois le faire, mais j'ai peur de ne pas y arriver. Pourquoi ? Parce qu'on avait eu une campagne, on s'était un peu frité sur les chasseurs, sur les migrants à Calais, sur les éoliennes. Il y avait des sujets, ça a été violent, et puis le fait de devoir se désister, on a les boules. Moi, je sais à quel point c'est difficile humainement, à quel point c'est difficile politiquement, parce que je l'ai vécu. Et donc je remercie aussi toutes les candidats, tous les candidats qui ont eu le courage de le faire. Je sais que ce n'est pas simple.

Et puis pour les électeurs, comme j'ai aussi été à cette place, je sais que c'est un cheminement. Que le dimanche soir, on est en colère, que le lundi, on ne s'en sent pas capable, que le mardi, on commence à écouter un peu le débat, et moi je me rappelle très précisément qu'entre les deux tours, le mardi, Xavier Bertrand avait su trouver les mots, non pas pour me convaincre que j'allais prendre ma carte dans son parti et méditer pour lui, mais pour me dire, ouais, il a compris qu'il se passait quelque chose. Il sait que ce n'est plus à ses électeurs, à lui, qu'il parle. Il est en train de me parler à moi, de dire, je vais gagner et j'aurai conscience de grâce à qui.

Je m'en rappellerai, vous voyez ? Et ça, ça avait été important pour moi. Et puis le mercredi, il était sorti des sondages, on en voit un peu arriver, qui montraient que tout n'était pas foutu, qui montraient qu'il était à 53, 47, que peut-être il allait nous permettre, grâce à nous aussi, mais aussi grâce à lui, de ne pas avoir Marine Le Pen présidente de région. Alors le jeudi, ça infuse. Le vendredi, on a pris sa décision. Le samedi, on se repose et le dimanche, on le fait. Et c'est ça que je demande aux électeurs centristes et de droite, c'est de continuer à prendre le temps de réfléchir, de raisonner, de lire les nouvelles du front, s'ils veulent, ce week-end.

Voilà, chacun a besoin de choses différentes, mais vraiment de se poser, de sortir de cette effervescence et de se dire très concrètement quel front je veux. Et concrètement, vous pourriez travailler avec Xavier Bertrand ? Je le fais déjà, figurez-vous. Parce qu'évidemment que je ne suis pas d'accord avec lui sur plein de choses, il le sait, je le sais, mais que premièrement, on a toujours travaillé ensemble de manière républicaine. Il y a des moments très durs dans cet hémicycle, ça vient de l'extrême droite, qui eux, c'est un monde à part quand même, ces gens.

Et donc nous, sur certains sujets, par exemple, moi j'ai défendu la sécurité sociale des mineurs, pas des mineurs qui ont moins de 18 ans, des mineurs de fond, parce que je viens du bassin minier du Pas-de-Calais. J'ai défendu mon territoire du bassin minier, qui est celui où l'espérance de vie est la plus faible de France, parce qu'on a plein de sites pollués. J'ai défendu qu'on n'y implante pas un énième site pollué, une décharge de déchets très très toxiques, parce qu'évidemment, il fallait en mettre une dans les régions, comme par hasard, ça a tombé chez nous. Et quand j'ai dit qu'on n'est pas la poubelle de la région, j'ai fait une motion sur le sujet. Xavier Bertrand l'a soutenu.

Et elle a été votée à l'unanimité, comme sur la sécurité sociale des mineurs. Vous voyez, ça c'est important quand même d'être capable de le faire.

8:28
Invité

Marine Tondeillet, vous appelez les électeurs à réfléchir, à mûrir et à voter contre le Rassemblement National et pour le Nouveau Front Populaire. À leur rythme. Il y a néanmoins des électeurs qui estiment qu'il y a des choses qui ne se retrouvent pas dans certains points du Nouveau Front Populaire, et notamment l'alliance avec les Insoumis. Jean-Luc Mélenchon est un boulet et un obstacle au vote, a estimé François Ruffin hier. Il a acté la rupture avec la France Insoumise. Est-ce que vous dites vous aussi que Jean-Luc Mélenchon est un boulet ?

8:55
Marine Tondelier

Non, parce que je pense que ce n'est pas très compliqué de se concentrer une semaine et d'arrêter de se taper dessus. Surtout pas au sein du même camp, surtout pas entre gens qui viennent du même parti. Donc vous voyez, il y a un effort à faire là pendant une semaine. Les gens, ils ont besoin de la tranquillité, de la sérénité. Mais il ne dit pas tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Oui, mais Jean-Luc Mélenchon, ce n'est pas lui qui est le leader du Nouveau Front Populaire. Il n'y a pas de leader au Nouveau Front Populaire. Il y a quatre parties qui ont décidé de travailler ensemble et il y a une équipe. Dans les réunions, ce n'est pas Jean-Luc Mélenchon qui est là.

C'est Olivier Faure, Manuel Bompard, Fabien Roussel et Marine Tournelier. On travaille ensemble comme ça. Mélenchon ne sera pas Premier ministre. Mais François Ruffin parle aussi de LFI.

9:34
Invité

Il ne siègera pas avec LFI. Il n'y a pas que Jean-Luc Mélenchon à la France Insoumise.

9:36
Marine Tondelier

D'accord, mais vous voyez, le danger aujourd'hui...

9:37
Invité

Il y a des méthodes qui dénoncent le bruit et la fureur notamment.

9:40
Marine Tondelier

Le danger aujourd'hui, ce n'est pas la France Insoumise. La France Insoumise ne peut pas avoir seule la majorité absolue à l'Assemblée Nationale. Le Rassemblement National, oui. Et le Rassemblement National n'est pas partie de gauche comme l'est la France Insoumise, mais partie d'extrême droite. Alors qu'il y ait des choses qui n'aillent pas à la France Insoumise

10:00
Invité

et vous, vous pensez que c'était un atout parce que François Ruffin... Oui, mais François Ruffin dit que c'est un boulet.

10:04
Marine Tondelier

François Ruffin est aussi élu en partie par des électeurs insoumis dans sa circonscription. Après, qu'il soit fatigué parce que François Ruffin, il est en danger sur sa circonscription. Il faut le dire aussi. Il faut le dire aussi qu'on a besoin de François Ruffin à l'Assemblée Nationale, quel que soit le groupe où il siège. On a besoin de lui à l'Assemblée Nationale pour qu'il représente. Et je vais vous dire une chose, je ne veux pas d'une Assemblée Nationale qui serait composée pour le nouveau Front Populaire que de gens qui viennent de circonscriptions faciles pour la gauche. Vous voyez, François Ruffin, c'est important. Moi, je viens de cette région.

J'ai un territoire qui n'est pas exactement le même parce que flic-secours, ce n'est pas Énim-Beaumont. Mais c'est important que cette France qui se sent méprisée soit aussi représentée par la gauche à l'Assemblée Nationale et par les écologistes. Je pense aussi à Marie Pochon qui est dans une circonscription très rurale dans la Drôme, la plus grande circonscription de France, 250 communes. On veut aussi s'occuper de ces territoires et avoir des élus qui montrent, qui travaillent la doctrine, qui montrent l'avenir pour ces territoires. Donc, c'est important pour moi que François Ruffin soit élu. Mais ne nous dispersons pas. Voilà, parlons du fond du projet et pas des emplois.

11:00
Présentateur

Vous lui dites quand même de se calmer, de faire profil bas, entre guillemets, le temps de l'élection pour ne pas rajouter la division à la division. Il dit que Jean-Luc Mélenchon est un boulet. Est-ce que François Ruffin est d'une certaine manière un boulet pour vous ?

11:11
Marine Tondelier

Vous avez compris que je n'allais insulter personne ce matin. Vous pouvez continuer d'essayer. Et vraiment, je m'applique à moi-même ce que je dis. Ce n'est pas compliqué pendant une semaine de n'être qu'amour, force de persuasion, sérénité, stabilité. Les gens, je pense vraiment dans ce pays, sont perdus. C'est dur. On est inquiet. Moi-même, je suis inquiète. Et le travail qu'on a à faire cette semaine, c'est de les rassurer. C'est de les rassurer.

11:32
Invité

Donc, prenons tout sur nous

11:33
Marine Tondelier

et soyons des responsables politiques au premier sens du terme.

11:37
Invité

Un mot parce qu'il faut faire oublier cette interview. Juste Jean-Luc Mélenchon a évoqué en creux la démission du président hier après Marine Le Pen. S'il n'y a pas de majorité, la solution pour sortir de l'empasse, c'est que lui, Emmanuel Macron, s'en aille. Qu'est-ce que vous pensez de ce genre de propos ?

11:48
Marine Tondelier

Alors, je vois quel problème ça peut résoudre. Mais il y a un problème que ça ne résoudra pas. C'est l'Assemblée nationale. Puisque la difficulté dont on parle depuis tout à l'heure à trouver un Premier ministre, c'est le fait que l'Assemblée nationale ne va pas avoir de majorité claire. Peut-être. On verra dimanche. Vous changez le président. Un nouveau président arrive. Après encore deux mois de sketch, de campagne, etc. Donc, il y a un nouveau président. Mais il y a toujours la même Assemblée nationale. Puisqu'on ne peut pas la dissoudre pendant un an. Jusqu'au 8 juillet 2025, normalement, sauf si on trouve une technique constitutionnelle, on ne peut pas la dissoudre.

Donc, je ne vois toujours pas, nouveau président ou pas, quel problème ça nous résout pour une Assemblée nationale sans majorité claire. Et donc, si on doit pouvoir trouver un Premier ministre pour cette Assemblée, Emmanuel Macron ou pas. Pour moi, ce sont des problèmes assez indépendants.

12:32
Présentateur

Merci Marine Tondelier d'avoir été avec nous dans le 8.30 ce matin. Vous êtes secrétaire nationale des écologistes. Dans un instant, on retrouve Xavier Bertrand, le président LR de la région Hauts-de-France. Après le fil info, à 8h45, avec Valentine Lettesse.

12:47
Invité

Un renouveau national promis par le futur Premier ministre britannique, le chef des travaillistes Keir Starmer. Son parti de gauche remporte les élections législatives au Royaume-Uni. 460 000 Français de l'étranger ont voté pour le second tour des législatives. Un vote par anticipation sur Internet, autorisé jusqu'à hier soir, est d'une ampleur record. Grève des agents des autoroutes du sud de la France pour ce premier week-end de départ en vacances d'été. Ils sont appelés à se mobiliser contre le manque de personnel. La CFDT s'attend à des perturbations au péage pour les automobilistes qui auront besoin d'assistance. Les choses sérieuses commencent pour les Bleus.

Quart de finale de l'Euro de football ce soir. La France affronte le Portugal. Kylian Mbappé face à Cristiano Ronaldo. Match à suivre en direct sur France Info à partir de 21h. France Info.

13:42
Présentateur

Le 8.30 France Info. Agathe Lambret. William Gué-Costard.

13:46
Invité

Bonjour Xavier Bertrand.

13:47
Présentateur

Bonjour.

13:48
Invité

Président des Républicains des Hauts-de-France. La majorité absolue pour le Rassemblement national s'éloigne selon les sondages à deux jours du second tour. Est-ce que vous êtes un petit peu rassuré ?

13:58
Xavier Bertrand

Pour l'instant, ce sont les sondeurs qui ont parlé. Ce ne sont pas les Français qui ont voté. Et il faut faire très attention à ce qu'on ne se dise pas bon ben voilà, ils n'auront plus leur majorité absolue. Ça va aller comme ça. Non. Non, ceux qui ne veulent pas du Rassemblement national, c'est à eux de choisir. Mais moi je leur demande d'aller voter. D'aller voter dimanche. De dire à leurs amis d'aller voter. Et même s'ils n'ont plus le candidat de leur choix du premier tour, qu'ils voient bien que si on veut éviter le Rassemblement national, ça ne passera que par une participation forte, par leur mobilisation et le fait d'y aller.

On voit bien aujourd'hui qu'au Front national, ils n'y sont plus. On voit bien parmi les dirigeants du Rassemblement national qu'on a vu clair. Quand je disais que M. Bardella était bien coiffé, il avait un beau costume, il a vu des cours de casting pour justement bien présenter les choses, mais que c'était la vitrine qui avait changé. Mais que derrière, c'était toujours le même magasin. Regardez ce que l'on voit aujourd'hui tous les jours sur leurs candidats. Ce qu'ils disent, les candidats, au-delà même de l'incompétence de beaucoup de candidats, les sales idées qu'ils véhiculent. Tout ça ressort. Chasser le naturel, il revient au galop. L'extrême droite reste l'extrême droite.

Il y a eu les propos sur les binationaux qui montraient aussi très clairement qu'on commençait à trier les Français. Quand on a aujourd'hui tant de nos concitoyens qui se sentent stigmatisés pour leurs couleurs de peau, leurs origines, leurs prénoms, ne peut pas continuer à fracturer les Français.

15:22
Invité

Mais qu'est-ce que vous proposez à la place, Xavier Bertrand ? Vous plaidez pour un gouvernement d'union provisoire. C'est quoi la différence entre un gouvernement d'union provisoire et une coalition ?

15:32
Xavier Bertrand

Déjà, ce que je propose, c'est de voter pour les candidats, les républicains, les candidats indépendants qui sont en lice au deuxième tour. des candidats enracinés et qui font justement le contraste de la différence avec les candidats parachutés, notamment du Rassemblement national.

15:44
Présentateur

Mais ils n'auront pas de majorité, donc qu'est-ce qu'on fait après ?

15:46
Xavier Bertrand

Mais attendez, pourquoi c'est important ? C'est pour répondre à Agathe Lambret. Je vous laisse répondre. Plus ils seront nombreux, plus ça permettra également d'influer sur ce que votera, ce que décidera la prochaine Assemblée nationale, notamment en matière de sécurité d'autorité, notamment de pouvoir d'achat, de pouvoir d'achat par le travail et notamment sur le renforcement des services publics. Alors vous me demandez, c'est quoi la différence avec une coalition ? Il n'est pas question de faire comme avant. Il n'est pas question de se ranger derrière les ex-Macrons pour appliquer la même politique qu'hier.

Il faut un changement complet de politique et un changement complet aussi d'attitude vis-à-vis des Français. Il faut arrêter de diriger la France depuis Paris sans comprendre ce qui se passe au-delà du périphérique. Il faut se mettre à la place des gens, comprendre leur souffrance, leur colère. C'est ça qu'il faut faire. Vous par exemple,

16:33
Invité

vous pourriez être ministre du Logement, Fabien Roussel, le communiste au transport, Marine Tondelier, l'écologiste au sport.

16:38
Xavier Bertrand

Je ne suis pas venu ici pour faire acte de candidature ou alors j'aurais été candidat dans ces élections.

16:42
Invité

Non mais ce que vous voulez dire, c'est qu'il faudrait que chaque parti se mette autour de la table

16:46
Xavier Bertrand

et gouverne ensemble. Pas seulement les partis, à l'Assemblée nationale. Il faut aujourd'hui, on le voit bien, on a eu pendant 7 ans, Le Pen et Macron. On n'aura pas Le Pen si les Français vont confirmer ce choix et Macron n'a plus son pouvoir. Donc ça va se passer dans le cadre d'une démocratie parlementaire. À l'Assemblée, est-ce que les groupes parlementaires vont faire preuve de la responsabilité nécessaire pour dire, écoutez, il n'y a pas une majorité absolue pour le Rassemblement national, il n'y a pas l'immobilisme, le chaos comme certains l'avaient esquissé, on peut trouver une solution.

C'est-à-dire que chacun, sans se renier, est capable de dire, là-dessus on est capable de se mettre d'accord. On a des idées ? Ça ressemblerait à quoi, par exemple ? Je vais déjà vous dire, Marine Tondelier était là chez vous.

17:32
Invité

Justement, vous ne voulez pas l'écouter d'abord ? Parce qu'elle vous a interpellé. On va écouter Marine Tondelier. Et comme ça,

17:36
Présentateur

vous lui répondrez. Marine Tondelier. Que l'on n'a pas, j'ai l'impression.

17:42
Invité

Marine Tondelier, on peut l'écouter.

17:43
Présentateur

Mais comme je l'ai écouté, vous l'avez entendu, vous étiez en régile.

17:46
Marine Tondelier

En 2015, j'étais dans la situation inverse. J'étais tête de liste dans le Pas-de-Calais aux élections régionales. On avait à l'époque des postes, pas moi, je n'étais pas élue, mais de vice-présidents dans le Nord, dans le Pas-de-Calais, en Picardie, les régions fusionnent. Et voilà, la gauche doit se désister. Parce que si on ne le faisait pas, la gauche et les écologistes, alors c'était Marine Le Pen, présidente de région.

18:05
Xavier Bertrand

Alors, qu'est-ce que vous lui répondez ? Je lui réponds que j'ai tout ça bien en mémoire. Et qu'à l'époque, j'avais même remercié les électeurs de gauche parce que sans le retrait des candidats de gauche et sans le vote des électeurs de gauche, je n'aurais pas gagné face à Mme Le Pen. Vous savez, politiquement, il ne m'appréciait pas, Mme Tondelier non plus, mais elle détestait l'idée que la région, avec les valeurs qui sont les siennes, les valeurs humaines, les valeurs de travail qui sont les siennes, soit entre les mains du Rassemblement National. Aujourd'hui, c'est un peu la même chose.

Je sais que je me fais critiquer par certains de mes amis, mais comment tu peux être favorable parfois à un candidat ensemble ou à un candidat de la gauche ? De la gauche, Aurélie FI, bien sûr, Aurélie FI, bien sûr, plutôt que le Rassemblement National. Parce que je ne veux ni de Mélenchon ni de Le Pen. Parce qu'il y a plus important que mon parti, il y a plus important de savoir quelles fonctions on peut occuper. Il y a le pays. Il y a le pays qui est terriblement fracturé et qu'il faut apaiser. Et il y a un moment donné où il faut être capable de dire, nous ne nous regnons pas, mais on essaye de voir comment on peut avancer.

19:05
Invité

Mais comment vous pouvez avancer avec le nouveau Front Populaire ? Parce que là, ce qu'on entend à gauche, c'est plutôt d'accord pour une union, mais sur nos idées. Et par exemple, l'abrogation de la réforme des retraites,

19:13
Xavier Bertrand

dans ces cas-là, si chacun est sur ses idées, ça ne peut pas fonctionner. Mais parce qu'il dit ça aujourd'hui, je comprends tout à fait pourquoi il dit ça. Le vrai sujet, c'est que si nous évitons la majorité absolue au RN dimanche prochain, il va falloir se mettre au travail intelligemment. Et être conscient que nous sommes aujourd'hui dans un tremblement de terre qui a déclenché le président de la République avec la dissolution, que nous avons eu la première secousse, que je veux à tout près éviter, c'est la faille. La faille entre les Français, la faille entre ceux qui dirigent ou qui dirigeront et nos concitoyens.

Et pour ça, encore une fois, il faudra que les groupes à l'Assemblée soient capables de dire « est venu le temps de la démocratie parlementaire ». Par exemple, avec Mme Tondoyer, je disais, si elle veut revenir sur le nucléaire, on ne peut pas être d'accord. Elle veut revenir sur la chasse, on ne peut pas être d'accord. Mais sur le pouvoir d'achat, il n'y a pas des façons d'être d'accord. Pour refaire de la santé une priorité absolue, il n'y a pas des moyens d'être d'accord.

20:10
Invité

Vous êtes d'accord avec le SMIC à 1 600 euros net ? Il n'y a pas des moyens de faire preuve de plus de... Mais concrètement, qu'est-ce que vous reprendriez dans le programme du nouveau Front populaire ? L'abrogation de la réforme des retraites, le SMIC à 1 600 euros net, le rétablissement de l'ISF ?

20:21
Xavier Bertrand

Un escalier se monte marche par marche. Un escalier se monte marche par marche. L'escalier, la marche prochaine, c'est que chacun aille voter et que nous ayons les moyens de sortir de l'impasse politique parce que le RN n'aura pas eu la majorité absolue. Faire barrage, ce que les Français veulent, c'est qu'on s'attaque à leurs problèmes et qu'on apporte des solutions. La politique de M. Macron, M. Macron avec la dissolution, nous a mis dans le fossé. Il faut en sortir du fossé mais pas rester sur la route sans rien faire. Il faut ensuite avancer sur cette route. C'est ça, aujourd'hui, qui est pour moi le plus important. Et je pense que c'est possible.

Je pense sincèrement que c'est possible et qu'il y a un espoir. L'espoir, justement, qu'on sort du fossé et qu'on avance à nouveau. Pas pour les partis politiques, pour les Français. Et il y a un autre point qui est important. Je vous ai dit démocratie parlementaire. Que M. Macron, il n'a plus le pouvoir. Il n'a plus le pouvoir d'agir. Ça va être passé à l'Assemblée et puis c'est lui, par la dissolution, qui l'a permis. Il faut aussi un autre temps. Le temps de la démocratie sociale. C'est-à-dire, enfin, de faire confiance aux partenaires sociaux pour avancer sur nombre de secteurs. Et puis, un autre défi. Le pari aussi de donner davantage de pouvoir, de décision dans les territoires.

De façon à casser cette idée que tout est décidé à partir de Paris. On a une démocratie parlementaire. On a à nouveau une démocratie sociale. Et on a une démocratie dans les territoires. Le pays fonctionnerait bien mieux.

21:50
Invité

Qui mènerait ce gouvernement, Xavier Bertrand ? Quel profil faut-il ? Est-ce qu'il faut un techno ? Est-ce qu'il faut un politique ? Est-ce qu'il faut un grand patron d'agglomération ?

21:57
Xavier Bertrand

Vous voulez que je vous dise ? Est-ce que vous savez quel sera le rapport de force qui sortira dimanche ? Moi, je ne le sais pas. Et c'est la raison pour laquelle, encore tout à l'heure, dans ma région, je vais aller soutenir des candidats pour qu'il y ait un maximum de candidats, les républicains, indépendants, qui puissent justement l'emporter. Parce que ça permettra, par rapport à ce qu'est notre ADN, celui d'une droite, d'une droite indépendante, d'une droite de rassemblement, d'une droite républicaine, de pouvoir justement aller emporter la décision dans beaucoup de circonscriptions et pouvoir changer également le cours des choses.

22:27
Présentateur

Xavier Bertrand, vous parlez de pouvoir éventuellement travailler avec d'autres camps, la concertation, réinventer un petit peu la démocratie parlementaire. Ça a pu être à différentes époques. Vous le savez. Ça a pu être fait. Mais si je peux terminer juste ma question. D'un côté, vous avez un RN qui propose des propositions radicales. C'est peut-être ce qui séduit son électorat et de l'autre, vous proposez peut-être un système qui ne risquerait pas de produire des mesures un peu haut-tiède qui ne répondraient pas au mal-être qu'exprime une partie des Français via leur vote.

22:54
Xavier Bertrand

Si c'est de l'eau tiède, sans moi, sans nous. Voilà. On ne peut plus se permettre de l'eau tiède, on ne peut plus se permettre des demi-décisions.

23:00
Présentateur

Comment on ne peut pas ne faire de l'eau tiède avec d'un côté une droite qui ne veut pas abolir la réforme des retraites et de l'autre une gauche qui le propose comme une de ses propositions ? Attendez, vous m'invitez.

23:09
Xavier Bertrand

Entendons-nous. Je viens de vous dire. Il y a des points sur lesquels on n'est pas d'accord. Ça sera tranché au moment de la présidentielle. Elle n'est pas dans un siècle cette présidentielle. Elle est dans deux ans et demi, moins de trois ans.

23:20
Invité

Ça fait déjà la démission du président d'ailleurs. Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen.

23:25
Xavier Bertrand

Mais attendez, ils sont toujours en avance de la crise qu'ils souhaitent. Ils ne réussissent pas à se faire élire. Ils ne réussissent pas à exercer le pouvoir. Alors c'est... Oui, mais la fois prochaine avec une crise, là on va en profiter. Moi, vous le savez, je ne suis pas fan de M. Macron. Mais M. Macron, c'est le président de la République et la présence de la République, c'est une institution. En 2022, on n'a pas voté pour deux ans, on a voté pour cinq ans. C'est dangereux

23:46
Invité

de remettre en cause

23:47
Xavier Bertrand

cette crise aujourd'hui. Mais les deux sont toujours en avance de la crise qu'ils souhaitent. Voilà. Gérer le pays, redresser le pays, répondre aux besoins des Français, ce n'est pas leur truc, ce n'est pas leur ADN. Eux, ils veulent profiter de la colère et M. Mélenchon, c'est pire. Lui, il veut que ce soit dans la rue que ça se passe. Dans la rue que ça se passe. Et d'ailleurs, je le dis, il doit aujourd'hui, comme chaque responsable politique, quel que soit le résultat de dimanche prochain, respecter les urnes et ne pas encourager à la violence. Vous l'en doutez, Xavier Bartroux ? Écoutez, M.

Mélenchon, c'est quand même celui qui vous a dit que la police tuait, c'est celui qui a tenu des propos les plus horribles qui soient après le 7 octobre, celui qui dresse les Français les uns contre les autres, sur tous ces sujets-là. Je le dis, on doit respecter, on doit respecter le résultat des urnes et on ne doit pas rechercher l'affrontement entre les Français. C'est la raison pour laquelle, je vous le dis, ni LFI, ni Rassemblement National.

24:44
Invité

Et les LR qui sont tentés par le RN ? Parce que Jordan Bardella a dit hier qu'il allait certainement, enfin, il a laissé entendre qu'il allait engranger plus de soutien des LR.

24:54
Xavier Bertrand

Vous l'avez vu ? Il n'y croit même pas. Parce que M. Ciotti lui avait dit « Oh là là, je vais embarquer avec moi tous les députés sortants. » Ah ouais, il y a une députée qui l'a suivie. Et puis derrière, vous allez voir ce que vous allez voir. On a vu, ce sont nos candidats, les Républicains, ceux qui sont indépendants, ceux qui sont restés droits, qui sont aujourd'hui, en passe, de nous faire un groupe important, vraiment important à l'Assemblée Nationale. Elle est là, la réalité.

25:17
Invité

Vous ne croyez pas à ces débauchages ?

25:18
Xavier Bertrand

Merci Xavier Bertrand,

25:19
Présentateur

président Les Républicains de la région Hauts-de-France, d'avoir été l'invité du 830 France Info.