Sandrine Gelot : "On a toute une génération qui est foutue en l'air"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 10 %Défensif 60 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 93 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:24OuverteRéponse directe
Quel est l'élément déclencheur qui vous a poussé à prendre la plume ?
- 2:15OuverteRéponse directe
Certains jeux dans la cour des écoles primaires sont à l'image de ce quotidien, dites-vous, dans votre lettre. Vous pouvez nous raconter ce qui se passe ?
- 3:02OuverteRéponse directe
Ce quartier où les guetteurs crient jour et nuit, selon certains témoignages anonymes, car les habitants témoignent en voie cachée. Ce quartier pourtant a été rénové, récemment.
- 3:37OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que vous demandez aujourd'hui concrètement au gouvernement ?
- 4:35RelanceRéponse partielle
Alors, Sandrine Jelot, d'abord, la préfecture affirme qu'une à deux opérations sont menées chaque semaine, c'est déjà beaucoup, entre 10 et 20 policiers en plus de la police municipale, et puis, il y a bientôt la police de sécurité quotidienne de proximité que le gouvernement va mettre en place, ça sera testé dès le mois de janvier, tout ça, ce ne sont pas des solutions ?
- 5:47OuverteRéponse directe
Est-ce que la réponse, Sandrine Gelo, n'est que sécuritaire ? Y a-t-il une réponse sociale, associative ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:08Invité politiqueFait
« j'ai bien entendu pendant la campagne un candidat, M. Macron, dire qu'il ne pouvait pas y avoir de zone de non-droit »
- 3:18Invité politiqueChiffre
« Le bailleur social a mis 30 millions d'euros sur la table, quand même, pour faire en sorte qu'à la fois le bâtiment et les espaces extérieurs soient complètement réinventés. »
- 5:39Invité politiqueFait
« C'est-à-dire qu'aujourd'hui, être dealer, être guetteur, pour certaines personnes, c'est devenu un boulot normal. »
- 7:19Invité politiqueFait
« on a toute une génération qui est en train d'être fichue en l'air par ce qui se passe sur le terrain »
Temps de parole
- Sandrine Gelot82 %
- Présentateur18 %
≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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France Inter, Hélène Roussel, le 5-7. Il est 6h21, bonjour Sandrine Jelot. Bonjour. Vous êtes la maire Les Républicains de Longjumeau dans l'Essonne, successeur re de Nathalie Kosciusko-Morizet. Vous avez écrit une lettre au Premier ministre, Edouard Philippe, une lettre qui sonne à vrai dire comme un SOS. Sandrine Jelot, vous parlez d'un quartier de votre ville, la Rocade-Belle-Air, gangrénée, dites-vous, par le trafic de drogue. Quel est l'élément déclencheur qui vous a poussé à prendre la plume ? À quel moment vous vous dites, ça ne peut plus durer ?
Je me le dis tous les jours, très clairement, quand j'entends la souffrance de mes habitants, c'est quelque chose auquel je ne peux pas me résigner. Et qu'ils me sollicitent en disant, mais qu'est-ce que vous faites ? Et quand je leur explique tout ce que je fais, avec mes collègues aussi, notamment la préfecture qui travaille à nos côtés, la police nationale, le fait que j'ai augmenté ma police municipale, mis en place une brigade de nuit, augmenté le nombre de vidéos, protection, enfin, tout un tas de panels d'actions que nous mettons en œuvre, et au bout du compte, nos habitants ont l'impression que rien ne change. Ça, ce n'est pas supportable.
Donc, quand un nouveau gouvernement est élu, il me paraît important de le mettre face à ses responsabilités et à ses engagements, parce que j'ai bien entendu pendant la campagne un candidat, M. Macron, dire qu'il ne pouvait pas y avoir de zone de non-droit, que les habitants dans ces quartiers, on devait leur redonner confiance. Donc, c'est dans cet esprit, et un esprit vraiment de vouloir aller mieux, de faire en sorte, parce que je crois en la France, de lui dire, ben voilà, écoutez maintenant, qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce que vous en faites une cause nationale, ou on laisse les choses aller comme ça ?
La rocade, bel air, ce quartier, c'est une zone de non-droit aujourd'hui, Sandrine Jelot ? À partir du moment où, quand vous appelez les pompiers et qu'on leur fait barrage, ou que vous appelez un médecin et que le médecin dit, ah, vous habitez là, non, je ne peux pas y aller, que vous êtes assistante maternelle et que vous n'avez plus de boulot, parce que justement, les parents ne veulent plus emmener leurs enfants dans ce quartier, parce qu'ils se font fouiller en bas du hall quand ils viennent chercher leurs enfants. Fouillés par qui ? Fouillés par les dealers. Fouillés par les dealers qui, pour s'assurer que ce n'est pas un policier qui rentre dans la zone, eh bien, ils vous fouillent.
Alors ça, moi, je trouve ça inacceptable, et à partir de là, oui, je considère que c'est une zone de non-droit.
Certains jeux dans la cour des écoles primaires sont à l'image de ce quotidien, dites-vous, dans votre lettre. Vous pouvez nous raconter ce qui se passe ?
Alors en fait, effectivement, j'ai un plateau scolaire avec deux écoles élémentaires et maternelles qui donnent sur ce quartier, et en fait, on a constaté que dans la cour d'école, eh bien, des enfants jouent aux dealers, c'est-à-dire qu'ils prennent leurs vêtements, ils mettent la capuche, comme ils le voient, parce que tous les dealers portent des capuches, cagoules, etc. Et, eh bien, ils emballent des petits cailloux dans des feuilles d'arbres, et ils s'échangent ça, comme ça, dans la cour d'école.
Donc moi, à partir du moment où on voit cette dérive aller si loin chez les tout-petits, j'ai décidé de mettre en place un programme, justement, dans les écoles élémentaires, qu'on appelle « Tout commence par le primaire », la prévention primaire, pour aller au contact de ces enfants et leur expliquer que ce n'est pas le bon modèle, qu'il y a d'autres voies.
Ce quartier où les guetteurs crient jour et nuit, selon certains témoignages anonymes, car les habitants témoignent en voie cachée, notamment sur ce reportage de nos confrères de France Bleu diffusés cette semaine, ce quartier pourtant a été rénové, Ressandrine Gelaud, récemment.
Alors, le quartier a été complètement rénové. Le bailleur social a mis 30 millions d'euros sur la table, quand même, pour faire en sorte qu'à la fois le bâtiment et les espaces extérieurs soient complètement réinventés. Malgré tout, ce n'est pas seulement ce cadre-là qu'il faut changer, c'est l'occupation du terrain par les dealers. Moi, c'est ça que je demande, c'est qu'à un moment, on ne peut pas leur laisser la place. Qu'est-ce que vous demandez aujourd'hui concrètement au gouvernement ? Moi, je demande qu'on traite le problème en amont. Ce n'est pas possible de laisser les choses continuer comme ça. Nos habitants n'ont aucune tranquillité.
Vous parliez de ces cris, quand il faut choisir son rythme de sommeil par rapport à l'occupation du terrain de ces personnes parce que ces hurlements vous empêchent de dormir, il y a un problème. Donc, il faut aller à la source, il faut faire tomber les têtes, il faut voir, je pense aussi, le problème de l'approvisionnement. Vous voulez des enquêtes, en fait, pour démanteler les trafics, c'est ça ? Il faut des enquêtes.
Il faut, en tous les cas, dans des villes comme la mienne, où il y a ce trafic installé, connu, ce n'est pas une économie souterraine, elle est bien visible, je peux vous le dire, eh bien, il faut que l'État mette en place les moyens, les moyens avec des enquêteurs dédiés, justement, sur les stups, pour faire en sorte que, justement, on soit à même d'aller au bout de ces enquêtes et que, derrière, le judiciaire soit aussi en capacité d'apporter les réponses qui correspondent, aujourd'hui, à cette dégradation du quotidien de nos habitants.
Alors, Sandrine Jelot, d'abord, la préfecture affirme qu'une à deux opérations sont menées chaque semaine, c'est déjà beaucoup, entre 10 et 20 policiers en plus de la police municipale, et puis, il y a bientôt la police de sécurité quotidienne de proximité que le gouvernement va mettre en place, ça sera testé dès le mois de janvier, tout ça, ce ne sont pas des solutions ?
Eh bien, manifestement, ce sont des solutions qui ne redonnent pas confiance aux habitants parce que, il n'y a plus, la préfecture, effectivement, parle de deux opérations, mais, en fait, ce sont tous les jours des interpellations qui ont lieu sur le terrain. Tous les jours, les policiers nationaux et municipaux, dont je salue le courage et l'abnégation, parce que je peux vous dire que ce n'est pas simple, ils font un travail extraordinaire. Tous les jours, ils sont sur le terrain, tous les jours, ils arrêtent des dealers, mais, malgré tout, tout cela continue parce que c'est un réseau réellement organisé.
Et le problème, c'est qu'on s'installe dans une forme de constitutionnalité, c'est-à-dire qu'aujourd'hui, quand on arrête un jeune mineur, et qu'on va voir sa mère et qu'on lui dit, mais je ne comprends pas, votre enfant, il est mineur, il devrait être à l'école, et là, il vous dit, non, non, mais oui, mais il travaille, il travaille, il travaille sur la zone. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, être dealer, être guetteur, pour certaines personnes, c'est devenu un boulot normal.
Et ça, moi, je ne peux pas l'entendre. Est-ce que la réponse, Sandrine Gelo, n'est que sécuritaire ? Y a-t-il une réponse sociale, associative ?
Bien sûr, je pense qu'il y a beaucoup de portes d'entrée. Ce volet-là, qui est en partie de notre compétence, on le met en œuvre. On déploie aussi des moyens, je vous l'ai dit, à travers des actions qu'on met en place dans les écoles primaires, qu'on met en place dans les centres sociaux, c'est-à-dire les maisons de quartier. Les associations prennent leur part aussi, justement, en mettant en place des aides à la parentalité, parce que, justement, il y a aussi beaucoup de parents qui sont complètement dévastés et qui ont tout lâché. Donc, sur le terrain, beaucoup d'actions sont déjà mises en place, mais la sécurité, c'est une compétence de l'État. Et à un moment, on est limité.
Donc, vous voulez plus de policiers ? Vous voulez plus de moyens pour la justice ? Tout à fait, parce que moi, je ne comprends pas que l'État ne peine pas plus de soins, et je parle de soins, ou de respect de ces services publics, qu'ils soient police nationale ou justice. Quand on voit, même d'un point de vue structurel, les bâtiments dans lesquels ces gens travaillent, je trouve ça inacceptable. Dernière question, le Premier ministre vous a-t-il répondu, Sandrine Jelot ?
Alors, j'ai reçu une lettre de son cabinet, en fait, donc pas le Premier ministre en personne, qui me disait qu'il transmettait, effectivement, à la préfète l'ensemble de ses éléments pour qu'il y ait des actions, comme vous l'avez signalé, sur le terrain. Mais j'ai une préfète, nous avons une préfète en Essonne qui est très à l'écoute, qui était très au courant, qui fait tout ce qu'elle peut, et franchement, je ne jette pas du tout la pierre, justement, à ce qui se passe. Mais moi, ce que je demande, c'est qu'on réfléchisse pour l'avenir, parce qu'on a toute une génération qui est en train d'être fichue en l'air par ce qui se passe sur le terrain, et ça, on ne peut pas l'entendre.
Sandrine Jelot, en tout cas, on a entendu votre cri ce matin sur France Inter, maire Les Républicains de Longes Jumeaux dans l'Essonne. Merci d'avoir accepté notre invitation ce matin. Merci à vous et bonne journée. Au revoir, bonne journée à vous.