Laurent Wauquiez : "Marine Le Pen n'est pas victime d'une chasse aux sorcières"
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Sud Radio, l'invité politique, Jean-Jacques Bourdin. Laurent Wauquiez, notre invité ce matin, bonjour. Bonjour. Laurent Wauquiez, député LR de la Haute-Loire et président du groupe droite républicaine à l'Assemblée nationale. Je voudrais commencer avec la situation internationale. Encore une fois ce matin, les bourses asiatiques dévissent. 3, moins 3, moins 4, moins 5, jusqu'à moins 10%. Il faut prendre un traitement pour se soigner, dit Donald Trump. Que lui répondez-vous ?
C'est que nous, surtout, il faut qu'on fasse un traitement pour se protéger. Parce que vous avez raison de commencer par ça. C'est le chaos et ça dit quelque chose sur nous. Les Etats-Unis, qu'est-ce qu'ils disent ? Maintenant, c'est la loi du plus fort. Et nous, en France, nous, en Europe, on s'est trop endormis. On a trop pris l'habitude d'acheter à l'extérieur plutôt que de produire chez nous. Dans ma région, je me suis battu depuis maintenant 8 ans pour faire du Made in France. On a relocalisé de la fabrication de paires de chaussures. On s'est battu pour amener de la fabrication de paracétamol. On s'est battu pour, à nouveau, faire de la fabrication de vélos français.
Et là, dans cette guerre commerciale qui vient, il va falloir se protéger. Est-ce que vous êtes inquiet ? Ce matin, est-ce que vous êtes inquiet ? Mon travail à moi, ce n'est pas d'être inquiet. Mon travail à moi, c'est de me dire, ça, pour nous, ça doit être un électrochoc. Et, je ne sais pas si vous vous souvenez, mais il y a 8 ans, j'avais écrit un livre sur l'Europe. Et j'avais dit, attention à la naïveté commerciale. Il faut mettre en place une préférence européenne. Et de la même manière, je vous le dis à ce micro aujourd'hui, face à Donald Trump, il faut opposer une préférence européenne.
Mais la préférence européenne n'est pas facile à mettre en place, vous le savez bien, puisqu'il y a même au sein de l'Union européenne des divergences sur la politique à conduire. Pour l'instant, l'Europe n'a pas vraiment répondu aux décisions de Trump. Que doit-elle faire ? Que lui demandez-vous ce matin ?
Il y a des choses qui sont déjà très claires, parce que là, au moins, tous les pays européens vont comprendre. Parce qu'ils vont tous payer des droits douaniers à cause de Trump. Et donc, au lieu d'acheter des F-35, avec des fonds européens, on achète du Rafale. Au lieu de se retrouver à avoir des pneus qui viennent... Oui, au lieu d'avoir des pneus qui viennent de Chine, on achète des pneus Michelin. Et je vais même aller au-delà. Je pense que nous, on a une réflexion à avoir sur la taxation des GAFA.
Parce qu'on a quand même ce système qui est assez extraordinaire en France, où on va surtaxer nos commerces, nos hôteliers, nos restaurateurs, et on permet ensuite aux grands GAFA américains de récupérer tout cet argent sur notre économie, en le remontant, sans quasiment même payer d'impôts. Alors, il y a des débuts de taxes qui ont été mises. Bah, allons-y, répliquons. Et donc, quelque part, est-ce que je suis... Donc, taxons ! Bah, répliquons. Il faut répliquer. Parce que si on ne réplique pas, qu'est-ce qu'on aura ? La défaite et le déshonneur. Et donc, face à Donald Trump, il faut une préférence européenne, il faut un sursaut, il faut refabriquer chez nous.
Et si c'est ça, quelque part, j'ai envie de dire, ce sera un choc salutaire. Parce qu'on s'est trop endormi.
Laurent Wauquiez, avant de revenir sur les rassemblements ou autres meetings politiques du week-end, l'actualité politique du week-end, il y a une autre actualité politique dont on ne parle pas, c'est la victoire de Marie-Christine Dalloz, dont le Jura, élue, candidate de l'Union, de l'Union, centre et LR. Elle est LR, et elle a battu largement. Non, vous n'êtes pas d'accord. Elle n'est pas candidate de l'Union, non ? Non, elle était candidate des Républicains. Des Républicains. Mais elle n'avait pas, contre elle, au premier tour, de candidat de centristes ou autres. Vous connaissez l'histoire, quand même.
Oui, oui, je connais l'histoire. Non, mais c'est bien de la rappeler. Donc, Marie-Christine Dalloz, députée du Jura. C'est un département que j'aime beaucoup. Ma femme est originaire du Jura. Marie-Christine Dalloz, c'est une guerrière. Pourquoi son élection a été annulée ? Parce que le candidat... Là, je ne sais plus si c'était une ou un candidat. Un, un, un. Un candidat du RN était en réalité sous tutelle. Il était sous tutelle, oui. C'est complètement dingue. C'est un homme, c'est un homme. Oui. La dernière élection, je crois que c'était une femme, quand même. Et donc, c'est complètement fou.
C'est-à-dire, le RN avait mis un candidat qui n'avait même pas le droit de se présenter à une élection. Et à cause de ça, alors que Marie-Christine avait respecté toutes les règles électorales, son élection a été annulée à cause de l'opposant du RN qui ne respectait pas les règles électorales. Bon, ben voilà, elle a gagné. Elle a fait un très beau score. C'est la récompense de l'enracinement des Républicains sur le terrain. Et non, ce n'était pas une candidate commune. C'était une candidate républicaine, M. Bourdin.
Bien, Laurent Wauquiez. Laurent Wauquiez, vous parliez du RN il y a un instant. Marine Le Pen a tenu meeting hier à Paris. Moins de monde que prévu dans ce meeting. Elle a parlé de chasse aux sorcières. Est-ce que vous êtes d'accord ? Est-ce qu'elle est victime d'une chasse aux sorcières ?
Non, je ne suis pas d'accord. Et pourtant, je me suis exprimé en disant tout de suite et de façon très simple et très claire les problèmes que posait sa condamnation de justice. Mais c'est quand même un peu trop facile, là. Mme Le Pen est d'abord coupable. Elle est d'abord coupable d'avoir fait du détournement de fonds.
Même si elle a fait appel et si elle est présumée innocente.
Oui, mais bon, à ce stade, il y a quand même une première condamnation et on parle de millions d'euros. Donc c'est quand même une grosse opération, une grosse affaire. Et donc, il faut quand même faire attention à ne pas à l'arrivée perdre de vue ce qui est d'abord à ce stade, la vérité judiciaire avec une condamnation très étayée en termes de fait. Bon. Ensuite, et je l'ai dit, cette condamnation pose un problème. Ça ne fait pas une chasse aux sorcières. Ça fait une condamnation qui pose un problème politique. Quel est ce problème ?
Je considère que rendre inéligible avec une exécution immédiate quelqu'un qui n'a pas pu faire son appel, c'est-à-dire pas aller au bout de sa présomption d'innocence que vous avez rappelée, c'est un souci. Voilà. Et ça, c'est le sujet qui est posé. Mais pour autant, ça ne doit pas faire oublier qu'à la base, il y a quand même une affaire de détournement de fonds publics. Et les politiques ne doivent pas être déjusticiables au-dessus des autres justiciables. S'il y a du détournement d'argent, il y a une condamnation. C'est normal.
Alors, je vais revenir sur l'exemplarité des responsables politiques, mais le parti d'Éric Ciotti déposera une PPL, une proposition de loi en juin, supprimant l'exécution provisoire en cas d'inéligibilité. Vous en parliez.
Est-ce que vous la voterez ? D'abord, moi, j'aime bien savoir de quoi on parle. Donc, je veux avoir cette proposition de loi sous les yeux. Deuxièmement, et là aussi, pour moi, c'est clair, il n'y a pas de loi spéciale pour Marine Le Pen. Et donc, on ne va pas faire une loi sur mesure pour Marine Le Pen.
Elle est faite pour lui donner une amnistie, selon vous ?
En tout cas, tel que ça a été présenté par Éric Ciotti, ça ressemble beaucoup à une loi sur mesure. Et je voudrais quand même rappeler que Mme Le Pen n'a pas toujours eu les mêmes positions sur ce sujet. Moi, je me souviens que quand elle n'était pas concernée, elle plaidait pour une inéligibilité à vie. Je me souviens que quand il y avait eu les affaires Fillon, ça avait été parmi les plus violentes et les plus critiques quand elle n'était pas concernée. Et que maintenant qu'elle est concernée, son discours sur le sujet a totalement changé. Moi, je n'ai pas changé. J'ai voté contre cette loi Sapin 2, dès le début, parce que je pensais que ça poserait des problèmes.
Donc, je suis en cohérence avec moi-même. Est-ce qu'il faut interdire d'élection à vie les responsables politiques condamnés ? Non, parce que je vous l'ai dit, je suis favorable à ce que des responsables politiques qui font des erreurs ou qui ont commis des infractions soient condamnés. mais je ne veux ni de justice d'exception pour les protéger. C'est pour ça que je suis quand même interrogatif sur cette idée d'une loi spéciale pour Mme Le Pen. Mais il ne faut pas non plus sanctionner les politiques plus que d'autres. C'est des justiciables.
Mais pas de casier judiciaire vierge pour se présenter à une élection ?
Non, parce que, enfin, auquel cas, ça vaudrait pour tout le monde. C'est-à-dire, voilà...
Mais ça vaut parfois. Ça vaut parfois quand il est candidat dans une administration, vous le savez bien.
Mais M. Bourdin, vous le savez bien aussi. On peut faire des erreurs. Et on peut apprendre. Et on a droit à une deuxième chance. C'est une certaine conception aussi du pays et de la justice. Et moi, je suis quand même attaché à ça. Des politiques peuvent faire des erreurs, ils payent. Et ensuite, ils ont droit à une deuxième chance. Et ça vaut pour tous les Français qui nous écoutent.
Bien, on évoquait le cas Marine Le Pen hier. Il y avait aussi un meeting à Saint-Denis, un meeting autour de Gabriel Attal. Il y avait là Edouard Philippe, il y avait François Bayrou. Vous n'y étiez pas ? Non. Pourquoi ?
Parce que je ne veux pas... Parce que quoi ? C'est très simple. La droite que je veux reconstruire est une droite qui doit être en rupture avec le macronisme.
En rupture ?
Oui, et qui n'est pas là pour s'acoquiner avec le macronisme. Parce que je considère que le macronisme nous a mis dans le mur. Et donc, je ne veux pas d'une droite qui aille faire la bouée de sauvetage en même temps. Parce qu'on a quand même vu ce qui s'est passé au cours des dernières années. Avec un petit bout de gauche, un petit bout de droite, on a eu beaucoup de rien du tout. Et donc moi, ce que je veux, c'est créer une droite qui soit une droite qui soit un projet de rupture. On a évoqué ce matin l'ampleur des menaces qui sont au-dessus de nous. On ne va pas faire des petites réformes à la marche. Il faut tout revoir dans le fonctionnement de notre pays.
Et donc moi, ce qui m'intéresse, c'est de refonder une droite républicaine qui propose aux Français un vrai projet de rupture avec le passé. Pas les recettes antérieures. Pas l'application du système de la macronisme. Pourquoi est-ce que vous ne censurez pas le gouvernement ? Parce que c'est un choix que j'assume totalement. Vous ne le censureriez pas ? Oui, je l'ai dit. Je l'assume totalement. Je ne veux pas de chaos pour le pays. Donc vous êtes en complet désaccord avec la politique conduite par Emmanuel Macron ? Ah bah si ! Non, je suis en complet désaccord avec ce qui a été le projet depuis 8 ans. Maintenant, on a fait deux choix simples.
Et moi, en désaccord avec la politique conduite aujourd'hui ?
Monsieur Bourdain, je vais vous répondre simplement et très directement. Pourquoi est-ce qu'on s'est engagé dans ce gouvernement ? Pour éviter le chaos. J'ai trop vu ce que ça a donné quand on a cherché pendant des mois et des mois un gouvernement. Donc on a assumé nos responsabilités. Deux, on ne soutient ce gouvernement qu'au cas par cas. En mettant de la pression. Et j'espère qu'on abordera tous les domaines où je suis en profond désaccord avec François Bayrou et Emmanuel Macron sur l'Algérie, sur le port du voile. Et donc mon travail, avec le choix que j'ai fait de rester un homme libre. C'est-à-dire que je ne dois rien à François Bayrou et Emmanuel Macron.
Je ne suis pas allé au gouvernement pour rester un homme libre. Et j'exerce... Parce qu'on ne vous a pas proposé ce que vous vouliez aussi peut-être, non ? Pas du tout. Michel Barnier m'avait proposé un poste de ministre de l'économie. Pourquoi est-ce que je l'ai refusé ? Parce que la proposition, c'était de porter un projet d'augmentation d'impôts. Je n'ai pas augmenté dans ma région, Auvergne-Rhône-Alpes, pendant 8 ans les impôts. Je ne vais pas au gouvernement pour faire l'inverse de ce à quoi je crois. Donc j'ai fait le choix de rester un homme libre. Et ça me permet d'exercer la pression. Et ça me permet de vous dire que la droite que je veux ne sera pas la béquille du macronisme.
Je veux une droite qui rassemble tous les gens qui partagent les valeurs de droite, quels qu'aient été leur vote par le passé. C'est ça mon projet.
Vous dites, je ne dois rien à François Bayrou, ni rien à Emmanuel Macron. C'est ce que vous dites, hein ? Oui. Bon, ce n'est pas le cas de votre rival. Pour la présidence LR, Bruno Retailleau. Je n'ai pas de rival. Bon, je dirais votre concurrent. Ça vous va ? Votre concurrent. Votre adversaire. Je ne sais pas quel mot employer. Parce que vous êtes tellement prudent l'un et l'autre. Non, pas du tout. L'un et l'autre. L'un et l'autre. Vous ne voulez pas, surtout pas, vraiment, qu'on dise que vous êtes adversaire.
Tant mieux. Vous êtes adversaire, quand même. Non, on est en compétition sur une élection. J'ai tout fait pour éviter ça.
Vous savez, quand on est en compétition, on a un adversaire.
J'essaie d'éviter que ce soit ça. Et personnellement, j'ai tendu la main jusqu'au bout. Et je vous redis ce matin, je veux un duo et pas un duel. Et j'ai même dit que mon premier geste, quand je serai président des Républicains, c'est de proposer à Bruno Retailleau le poste le plus important pour que nous puissions travailler ensemble. Lui, il ne l'a pas dit. Non. Non, je suis obligé de le constater. Mais moi, je le dis et je le redis. Bon, d'accord. Et surtout, je crois à la complémentarité. Bruno a fait un choix qui est d'aller au gouvernement. Avec l'explosion de l'insécurité et de l'immigration, c'est un travail à temps plein qui ne permet pas de faire autre chose. Il le fait bien ?
Il se bat pour avoir le maximum de résultats. Mais est-ce qu'il le fait bien ? Je vous réponds. Il se bat pour avoir le maximum de résultats. Et c'est très difficile. Et on le voit, par exemple, sur le dossier algérien. Très difficile d'avoir des résultats. Et moi, de mon côté, j'ai fait un choix. Qui est d'avoir une parole libre. Et qui me permet aussi de faire entendre la différence de la droite. Et c'est fondamental pour notre famille politique.
Est-ce que Bruno Retailleau doit tout à Emmanuel Macron, aujourd'hui ? Non, mais quand vous êtes dans une équipe... Il doit sa popularité. Il est populaire. Bruno Retailleau, non ? Vous avez vu dans tous les sondages. Je vois sa popularité grimper.
Et tant mieux... Grimper, pourquoi ? Non, grimper. Et tant mieux pour notre famille politique. Oui. Mais il a fait un choix. Oui. Quand vous êtes dans une équipe gouvernementale, il y a la solidarité gouvernementale. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que vous ne critiquez pas le Premier ministre. C'est la règle. Et d'ailleurs, il ne le critique jamais. Moi, j'ai des désaccords forts avec François Bayrou.
Mais vous ne censurez pas. Vous avez des désaccords, mais vous ne censurez pas. Mais on peut le comprendre. Oui. Parce que les Français qui nous écoutent... Non, mais parce qu'il y a peut-être une certaine ambiguïté, quand même, dans cette position.
Le choix, c'est simple, libre, mais pas de chaos. Pas de chaos pour les Français, parce que vous-même, vous avez dit à quel point le contexte était dangereux. Donc, c'est clair, on ne fait pas le choix de Marine Le Pen de faire tomber un gouvernement. Mais la liberté, parce qu'il y a des domaines où je ne suis pas d'accord. Prenons des illustrations. J'ai appris la semaine dernière que François Bayrou ne voulait pas de loi pour interdire le voile dans le sport.
Non, non, non.
Il a précisé les choses après.
Il a dit, je ne veux pas, je veux une loi pour interdire le sport, le voile dans les compétitions sportives. Voilà ce qu'il a dit.
M. Bourdin, vous êtes quand même suffisamment expérimenté pour ne pas vous faire berner par les jeux sur les mots.
Je l'ai fait berner, non, j'ai essayé de ne pas me faire berner, je vous le dis.
Moi, j'étais à cette réunion, c'est moi qui...
Vous êtes forts pour berner, tout le monde. Non, mais pas vous particulièrement. Je ne suis pas de la classe politique dans son ensemble.
Ben, allons au bout des choses. Ben, tiens, allez-y. Oui, vous avez raison. Oui. Ils sont forts pour berner les gens. Parce que qu'est-ce qu'il y a eu ? Vous avez tout à fait raison. Il y a eu cette polémique, soi-disant, sur le voile dans le sport. Tous nos auditeurs ont compris. C'est bon, le gouvernement a adopté une ligne de fermeté. Ils vont interdire la pratique du voile dans le sport. Il y a même une proposition de loi. Oui, mais je connais trop la façon dont ça fonctionne. On vous fait un buzz, vous le savez très bien, pendant quelques jours. Et puis après, on oublie. Dans ma région, j'ai eu une obsession à avoir des résultats.
Et donc, quand j'étais face à François Bayrou la semaine dernière, je lui ai dit, dis donc, maintenant que le buzz est fini, quand est-ce que vous inscrivez la loi ? Et c'est là où il m'a dit, « Je ne suis pas favorable à une loi d'interdiction du port du voile dans les pratiques sportives. » Et ça, c'est ma liberté. Je suis radicalement contre ça. Il faut une interdiction du port du voile dans toutes les pratiques sportives. Compétition ou pas ? Et pas que les compétitions sportives. Parce que sinon, c'est ce que vous avez dit, sinon c'est un gouvernement qui berne les gens, dans lequel on a fait croire qu'on allait faire quelque chose, et il n'y a pas de résultat.
Moi, je veux qu'on passe des paroles aux actes. Très important dans ce qu'est devenue la politique aujourd'hui, et on le voit sur le dossier algérien, on promet des choses. À l'arrivée, on capitule. Alors, le dossier algérien,
le ministre des Affaires étrangères était hier en Algérie, il a rencontré le président algérien. Nous allons reconstruire un partenariat d'égal à égal avec l'Algérie, a-t-il dit. Que lui répondez-vous ce matin, Laurent Wauquiez ?
Que c'est une honte. Que c'est une humiliation. Que la France a donc décidé de capituler. Qu'on nous avait expliqué que ce serait une riposte graduée. J'avais bien compris que ça allait être très graduée, mais il n'y a même plus de riposte. Juste reprenons un peu les faits. On a donc un gouvernement algérien qui a mis dans son hymne un couplet pour humilier la France. Un président algérien qui a expliqué que la France n'avait fait qu'un génocide en Algérie. Un gouvernement qui a refusé de prendre ses OQTF et qui porte donc la responsabilité du sang de l'attentat de Mulhouse. Soit disant, on a fait croire qu'on mettait la pression.
Quelques semaines après, on va là-bas pour expliquer qu'on a des échanges très amicaux, très cordiaux, et il n'y a aucun résultat. Est-ce que hier, l'Algérie s'est engagée à reprendre ses OQTF ? Rien. Est-ce qu'il y a eu un discours sur la libération de Boilem Sansal ? Pas un mot dans le communiqué. Et avec un cruel effet de contraste, la même semaine, un Algérien sous OQTF était condamné pour avoir fait des attouchements sexuels et pour avoir fait des vols. Un Algérien sous OQTF. Et nous, on va en Algérie. En plus, c'est nous qui nous déplaçons pour participer à cette mascarade. Moi, je pose une condition très simple.
Avant toute reprise du dialogue avec l'Algérie, il faut que le gouvernement algérien s'engage sans condition à reprendre tous ses OQTF. Sinon, tout le reste, c'est une France qui ne se fera pas respecter parce qu'elle ne se fait pas respecter.
Mais qu'est-ce que vous ferez ? Si l'Algérie ne... Qu'est-ce que vous ferez ? Si le gouvernement ne change pas de politique, qu'est-ce que vous ferez ? Mais on n'est pas condamné à la soumission.
Mais non, mais je... Non, mais... Non, mais on n'est pas condamné à cette humiliation, quand même. Oui. Des moyens de pression, vous en voulez ? Non, mais il y en a. On achète... Alors, et pourquoi on ne les utilise pas ? Quelle honte ! Pourquoi est-ce qu'on n'a pas pris cette ligne de fermeté ? On achète chaque année autour de quoi ? 4 milliards d'euros de gaz algérien ? Qu'est-ce qu'on attend pour arrêter ? On a les accords de 1968. Qu'est-ce qu'on attend pour les dénoncer ? Pas les renégocier, les dénoncer. Et là aussi, vous le voyez, c'est pour ça qu'il faut une parole d'une droite qui soit libre.
Parce que moi, je ne vais pas faire semblant de me retrouver au Conseil des ministres et puis ensuite de dire tout est parfait. Non, ça ne va pas. Ça ne va pas.
Oui, c'est Bruno Retailleau. Lui, il se retrouve au Conseil des ministres. Il est obligé de dire tout est parfait. Il est obligé d'accepter cette politique. Pas moi. Non, non, mais pas vous. Non, mais c'est votre différence avec lui. Oui. C'est-à-dire que lui, c'est une forme de traître. Non, pas du tout. Il pactise. Il pactise. Non, sur ce dossier.
Non. Sur ce dossier, qu'est-ce qui s'est passé, M. Brun ? Allez au bout, Laurent Rochevé. Je vais au bout.
Vous avez deux conceptions différentes. Retailleau à la sienne et vous, vous avez la vôtre.
C'est pour ça qu'elles sont complémentaires. Oui. Et c'est pour ça... Complémentaires opposées. Non, pas du tout. Parce que, je vais vous donner... Oui. Bruno Retailleau s'est battu pour une ligne de fermeté face à l'Algérie. Oui. Et il a raison. Il a été désavoué, franchement. Sauf qu'il n'a pas été écouté. Est-ce qu'il a été désavoué ? Enfin, vous avez les résultats. Très clairement, Emmanuel Macron et François Bayrou n'ont pas choisi cette ligne de fermeté.
Donc, il a été désavoué.
Dites-le. Non, mais... Sincèrement. Mais, je vous le dis, il n'a pas été écouté. Voilà. Et donc, nous, qu'est-ce qu'on doit faire, M. Bourdin ? Nous, ce qu'on doit faire, c'est exercer de la pression. Oui. Pour faire en sorte que ça bouge. Et c'est pour ça que c'est intéressant de ne pas être au gouvernement. Parce que cette pression, je peux l'exercer. Et ce que je veux... Bruno Retailleau veut des résultats ? Je veux des résultats aussi. Pour l'instant, il n'y en a pas. Et c'est pour ça que ce matin, je peux vous dire clairement, le choix qui est adopté par la France en ce moment sur l'Algérie n'est pas le bon. Voilà. C'est-à-dire que
vous désavouez la politique du gouvernement, vous désavouez, finalement, la posture de... Enfin, l'implication de Bruno Retailleau dans ce gouvernement, mais vous ne votez pas de censure. M. Bourdin. Mais vous ne... M. Bourdin. Je ne comprends pas très bien votre positionnement. Mais parce que vous n'avez... Les Français ne le comprennent pas. Mais non, mais M. Bourdin... Vous savez ce qu'il y a ? Parfois, les Français vous reprochent, se disent Laurent Wauquiez, brillantissime, mais où est sa sincérité ?
C'est arrivé. C'est arrivé, vous le savez bien. M. Bourdin. Oui, Laurent Wauquiez. Vous me blessez en disant ça. Je vais vous dire pourquoi. Je vous dis franchement ce que pense. C'est pas moi. Je vous dis ce que pense les Français. Mais moi, je vais aussi vous dire franchement les choses. Allez-y. Parce que là, ce que vous cherchez, ce n'est pas ça. Vous ne m'écoutez pas. Écoutez-moi. Est-ce que, un, on est d'accord que ce n'est pas bon de plonger notre pays dans le chaos ? Oui ou non ?
Non, mais moi, je n'ai pas... Vous vous dites.
Moi, je vous dis que ce n'est pas bon de plonger notre pays dans le chaos. Très bien. Et donc, voter et faire tomber un gouvernement, ce n'est pas notre choix. C'est plutôt à notre honneur, non ? Vous préférez ce qui s'est passé quand on a fait tomber Michel Barnier ? Je ne pense pas que c'est ce que les Français préfèrent. Deux, deuxième chose. J'ai fait le choix de ne pas aller me vendre au gouvernement. Ah bon ? C'est un problème de sincérité, ça ? Il y a tellement de gens qui vont au poste. Il y a tellement de gens qui vont à la soupe. Ça n'a pas été mon choix. Il est allé à la soupe, Rotaio ? J'ai fait le choix, moi, de rester libre. Il est allé à la soupe ?
Je ne suis pas là pour commenter à chaque fois. Ah, d'accord. Mais ce que vous cherchez, c'est... Non, je ne cherche pas les petites phrases. Je cherche la clarté. La clarté, elle est simple. Je ne suis pas allé à la soupe. Je n'ai pas voulu aller au gouvernement. J'ai voulu rester libre. Troisième chose, je soutiens l'action de nos ministres au gouvernement pour faire en sorte qu'ils réussissent. Qu'ils réussissent sur la sécurité, qu'ils réussissent sur l'immigration. Et quand ils ne sont pas entendus par le Premier ministre ou par le Président de la République, j'exerce ma liberté, ma pression pour faire en sorte qu'on ait des résultats. Eh bien, ce n'est pas clair ?
Vous avez besoin d'autres choses en termes de sincérité ? Vous voyez, j'ai appris aussi. Est-ce qu'il faut... J'ai appris aussi. Parce que je sais que c'était un reproche que j'avais. Mais oui, c'est pour ça que je vous en parle. Et sur ce plateau, je vous réponds toute franchise parce que j'ai mes blessures, j'ai mes cicatrices. Ça m'a blessé parfois comme quand vous me le dites. Mais j'ai essayé d'apprendre. Et donc maintenant, je dis très clairement, simplement, directement ce que je veux et ce que j'essaye de construire. J'essaye de porter pour notre pays le projet de rupture dont il a besoin.
Parce qu'aujourd'hui, notre pays est en décadence, que ça ne marche pas, qu'on a face à nous la menace des États-Unis et de la Chine. Et donc que notre pays n'a pas besoin d'appliquer les recettes du passé. Il a besoin de préparer ce projet de rupture fondamentale pour le redresser. C'est ça qui m'intéresse.
Le président LR sera candidat à la présidence de la République ?
C'est possible, mais ce ne sera pas automatique. Pas automatique ? Non. Là, on choisit notre président pour les Républicains. Oui. Et dans un an, on choisira notre candidat. Et on choisira le meilleur. Et si ça n'est pas moi...
Le meilleur comment ? Parce que candidat unique du Centre et des Républicains ?
Candidat portant les valeurs de la droite. Pas un candidat de la gauche, du centre et de la droite en même temps. Et donc pour moi, et là c'est une différence avec les soutiens de Bruno Retailleau, je suis contre la primaire. La primaire, c'est un système dans lequel des électeurs de gauche sont venus choisir à la place des adhérents de notre famille politique. Donc ça, je n'en veux pas. Voilà.
Merci Laurent Wauquiez d'être venu nous voir. Merci à vous de cette interview musclée. Mais comme toujours. C'est comme ça que c'est bien, M. Bourbard. Mais je n'ai aucun problème avec ça. Vous savez pourquoi ? Parce que pour aller chercher la vérité, la sincérité, on parlait de la sincérité. Il faut des questions musclées. Sinon on n'a pas. Et c'est comme ça que vous l'avez eu ce matin
et je suis très heureux. Merci à vous.
Merci beaucoup. Merci Laurent Wauquiez. Il est 8h58.
Laurent Wauquiez