Note de la France dégradée, impôts, Européennes... l'interview en intégralité de Bruno Le Maire
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Bonjour Bruno Le Maire. Bonjour Benjamin Duhamel. Merci beaucoup de nous recevoir ici à Bercy dans votre bureau et d'accorder à BFMTV votre première interview, première réaction à la télévision après le coup près qui est tombé hier soir. La principale agence de notation, Standard & Poor's, qui a décidé de dégrader la note de la France. Elle passe de AA à AA-, l'agence qui par ailleurs ne croit pas à l'objectif que vous avez fixé, que vous avez rappelé, celui de faire tomber le déficit en dessous des 3% en 2027. Quel désaveu Bruno Le Maire, quel désaveu de votre politique économique et de votre bilan ?
Absolument pas. D'abord moi j'y crois, retourner sous les 3%. Ensuite je constate, vous avez oublié de le rappeler Benjamin Duhamel, que trois agences de notation préalablement, Moody's, Fitch et BRS, avaient maintenu la note française et reconnu la solidité de la stratégie de rétablissement de nos finances publiques. On n'est pas obligé de croire une agence plutôt que trois autres.
Elle est considérée par les spécialistes comme la principale agence de notation ?
Oui sans doute les mêmes spécialistes qui nous avaient expliqué qu'on serait en récession en 2023 et que les objectifs du gouvernement de 1 point de croissance étaient hors d'atteinte. L'INSEE vient de dire que nous faisons 1,1 de croissance en 2023 au-dessus des prévisions. Les mêmes qui vous avaient dit qu'en 2024, une croissance de 0,5 serait probablement difficile à atteindre. L'INSEE vient de dire que nous avions déjà 0,6 point d'acquis de croissance. Quelles conclusions il faut en tirer pour nos compatriotes ? 1, la France réussit économiquement et notre stratégie économique est solide et donne des résultats.
Je le dis à tous ceux qui anticipent de la récession alors que nous faisons de la croissance et qui doivent réaliser que la France réussit économiquement, crée des emplois, ouvre des usines, a de la croissance là où nos voisins, Allemagne en tête, sont passés par la case récession.
– Bruno Le Maire, j'entends votre discours mais vous voyez quand même le paradoxe qu'il y a à rappeler tous ces éléments-là alors qu'il y a eu cette dégradation. Au fond, je vous écoute là depuis quelques secondes, quelques minutes et j'ai le sentiment d'entendre ce que l'on entend de la part des gouvernants quand les notes sont dégradées, c'est-à-dire l'économie est robuste, il faut minimiser. C'est-à-dire que vous balayez tout à fait d'un revers de main ce qui a été décidé par cette agence de notation.
C'est une sanction. – Je vais à mon tour vous poser une question. Est-ce que vous avez lu attentivement l'avis de Sandra Danpours ? L'avis de Sandra Danpours reconnaît la force de la stratégie économique française. Pardon, il a un doute effectivement sur la capacité à atteindre les 3% en 2027. – Et à baisser la dette autant que vous ne l'avez. – Bien sûr, mais c'est un autre sujet. L'agence Sandra Danpours, comme toutes les autres agences, comme tous les observateurs avisés, reconnaissent la solidité de la stratégie économique française. Le doute, il est sur la dette. Pourquoi ? Parce qu'on a, si je peux dire, un certain passif en France.
Pas depuis 2 ans, pas depuis 20 ans, depuis plusieurs décennies. – C'est aussi votre passif. – Ça fait depuis 1975 que nous n'avons pas de budget en équilibre. Je rappelle, vous parlez de mon passif, vous pourriez aussi parler de mon actif.
– Mille milliards de dettes en plus depuis 7 ans.
– Mon actif, c'est d'avoir rétabli les comptes publics en 2017, 2018, 2019. Nous sommes revenus sous les 3% de déficit en 2019. J'ai donc, je crois, une certaine crédibilité pour vous dire que nous reviendrons sous les 3% de déficit public en 2027. – Donc vous maintenez cet objectif, quoique dise le standard d'aventours. – Je maintiens cet objectif. Et c'est intéressant aussi de lire l'avis dans le détail. Qu'est-ce qui motive le doute des agences ? – Un, c'est vrai que nous avons un passif depuis 1975, il n'y a pas eu de budget en équilibre.
Je pense que ça vaut le coup de se battre, non seulement pour aller sous les 3% en 2027, mais se fixer comme objectif de long terme d'avoir un excédent budgétaire et de retrouver des comptes à l'équilibre. – On est loin, là. – Oui, bien sûr qu'on est loin, mais il va y avoir des objectifs ambitieux. On était loin sur l'industrie. – Certains diront irréaliste. – Mais Benjamin Duhamel, croyez dans la France. On était loin sur la réindustrialisation, on rouvre des usines, on crée des emplois ouvriers. On était loin sur le plein emploi, on se rapproche du plein emploi. Eh bien nous sommes loin de l'équilibre budgétaire. Il faut atteindre cet objectif en passant sous les 3% de déficit en 2027.
C'est l'objectif que nous nous sommes fixés avec le président de la République. La deuxième remarque est intéressante dans les avis qui ont été rendus. C'est que dans le fond, l'une des raisons du doute des agences, ce n'est pas, je le redis, la stratégie économique du gouvernement qui est validée et saluée. C'est la fragmentation de la vie politique. Autrement dit, le fait que le gouvernement a assez peu de soutien. – Ah donc c'est de la faute des autres ? – Non, pas du tout. – Si vous êtes dégradé. – Je lis l'avis. Moi je prends toutes mes responsabilités. Si aujourd'hui nous avons un niveau de dette élevé, c'est pourquoi ? C'est parce que j'ai sauvé l'économie française, Benjamin Duhamel.
Vous pourriez mettre ça aussi à mon actif.
– Pendant le Covid, c'est vrai que l'économie a tenu. D'autres pays, par exemple comme l'Allemagne qui a soutenu aussi son économie, à 64% de dette, un déficit de moins de 2%, ils sont restés triple A. – Bien sûr Benjamin Duhamel. – Il n'y a pas de fatalité à faire un lien direct entre la pandémie et la gestion des finances publiques.
– Vous pouvez me donner le niveau de croissance de l'Allemagne en 2023 ? – C'est vrai, récession, là où la France a tenu. – Voilà, c'est le choix que nous avons fait. J'insiste là-dessus, c'est le choix que nous avons fait. Éviter à la France la récession, éviter la casse sociale, éviter l'inquiétude de nos compatriotes qui ont eu à subir une augmentation de l'électricité, du gaz. Je les ai protégés. J'ai sauvé les usines, j'ai sauvé les restaurateurs, j'ai sauvé les hôteliers, j'ai sauvé le monde de l'événementiel, j'ai sauvé les emplois, des compétences, la filière aéronautique. Moi, je suis fier d'avoir sauvé Renault, 5 milliards d'euros de prêts qui ont été avancés.
Je suis fier d'avoir sauvé Air France, des milliards d'euros de prêts garantis par l'État qui ont été avancés. Mais évidemment, comme on dit en bon anglo-saxon, there is no free lunch. Il n'y a rien de gratuit. Quand on sauve, on paye. Quand on paye, il y a plus de dettes. Et quand il y a une dette, il faut engager le remboursement. C'est ce que nous faisons maintenant avec une stratégie qui est claire, cohérente, lisible, des réformes de structure, des économies sur les dépenses et, bien entendu, de la croissance et des emplois.
On va revenir sur la stratégie à venir et les conséquences concrètes pour les Français. Juste avant, vous parliez de la fragmentation de la vie politique. Vos opposants s'en donnent à cœur joie depuis hier. Je vous lis quelques réactions. Éric Ciotti, patron des Républicains. Voilà où nous mène la piteuse gestion des finances publiques du duo Macron-le-Mère. Marine Le Pen, la gestion catastrophique des finances publiques par des gouvernements aussi incompétents qu'arrogants a mis notre pays dans de très graves difficultés.
Face à ces oppositions, Bruno Le Maire, vous allez avoir du mal à continuer à jouer la carte de l'expertise, de la crédibilité économique, puisque c'est précisément ce que vient sanctionner cette agence de notation.
Le manque de crédibilité des oppositions, il est total. Et le contraire m'aurait surpris de leur part. Moi, j'ai fait des comptes avant de venir vous voir. Parce que c'est intéressant de se rappeler les propositions de ces fameuses oppositions. Les Républicains, soi-disant bons gestionnaires, ont proposé pour le budget 2024 125 milliards d'euros de dépenses supplémentaires. Et ils ne se sont pas trouvés d'accord, il me semble, si j'ai bonne mémoire, sur la réforme des retraites, dont toutes les agences disent que c'est la clé du rétablissement du financement. Oui, une partie, mais enfin, c'est assez compliqué. Les dirigeants.
C'est assez compliqué de savoir qui vote quoi, qui défend quoi dans ce parti. En tout cas, sur la réforme des retraites, ils ont été divisés et ils ont proposé 125 milliards d'euros de dépenses supplémentaires. Vous pensez que c'est comme ça qu'on rétablit les comptes publics ? Après, je regarde la France insoumise. Alors là, c'est open bar pour tout le monde. 250 milliards d'euros de dépenses supplémentaires. Quant au programme de Marine Le Pen, il me fait furieusement penser à la politique marxiste qui a été menée en 1981 dans notre pays et qui a plongé notre pays dans une récession économique épouvantable.
Mais le R&D, on nous avait vendu les Mozart de la finance et à la fin, on a ces chiffres de finances publiques et cette dégradation de notes.
C'est la cacophonie de la dette en tout cas, le rassemblement national, le retour à la retraite à 60 ans, la nationalisation des... Pas tout à fait sur la retraite à 60 ans. Oui, enfin, on ne sait jamais parce que ça change en général tout le temps les positions du rassemblement national. La nationalisation des autoroutes, ça je crois que ça n'a pas changé. La suppression de l'impôt sur le revenu sur les moins de 30 ans, je crois que ça n'a pas changé. Des baisses de taux de TVA massifs, je crois que ça n'a pas changé. Tout ça, c'est quoi Benjamin Duhamel ? C'est des dizaines et des dizaines de milliards d'euros de dépenses supplémentaires.
Quand j'ai engagé, depuis la fin 23, des économies, moi j'ai cherché des soutiens partout autour de moi. Alors autant j'avais beaucoup de personnes qui me soutenaient quand je protégeais l'économie face au Covid, ils demandaient d'ailleurs toujours plus et toujours plus de dépenses. Autant lorsque j'ai engagé des économies sur l'État, 20 milliards d'euros en 2024, quand j'ai mis fin au bouclier tarifaire sur l'électricité, parce que c'est normal de sortir des dispositifs exceptionnels quand on revient à la normale, ce n'est pas que j'ai été seul, c'est qu'ils ont cogné comme des malades.
Alors ceux qui ont cogné comme des malades quand on fait des économies n'ont pas des leçons de bonne gestion à nous donner.
Un mot encore sur les conséquences de cette dégradation, une note qui diminue, ça veut dire potentiellement des créanciers qui ont moins confiance en la marque France quand il s'agit d'émettre des titres de dette. Est-ce qu'il y a un risque de dérapage incontrôlé de la dette, d'un renchérissement du coût des emprunts, voire d'un scénario à la grecque, que la dette française devienne totalement incontrôlable et qu'il soit plus difficile de se financer sur les marchés financiers ? Absolument pas.
Et ceux qui jouent avec cette peur tirent dans le dos de la France, je le dis très simplement. Quand la Grèce a été dans une situation financière difficile, elle était au bord de la cessation de paiement. Je rappelle qu'il y a, suivant les agences, de 20 à 24 crans de notation. La France garde une notation de l'ordre de 17 sur 20, elle était à 18, elle est passée à 17 sur 20. Elle reste dans la catégorie des double A pour être technique, c'est-à-dire parmi les pays les mieux notés de la planète sur la solidité de sa dette. Donc pas de risque de dérapage. Non, il n'y a pas de risque de dérapage. La dette française se finance bien et la qualité de la dette française, c'est une dette
de haute qualité. Sur les conséquences et notamment les économies à venir, votre ministre du budget, Thomas Cazenave, a évoqué le chiffre de 20 milliards d'euros d'économies à trouver pour l'année 2025. Et certains se demandent si, notamment après les élections européennes, vous n'allez pas annoncer un plan d'austérité, que, notamment compte tenu de cette dégradation, vous n'allez pas être obligés de faire encore plus d'économies. Est-ce qu'il va falloir en faire davantage ? Est-ce qu'il y a une sorte de... Marine Le Pen dit une purge à venir après les élections européennes, encore plus d'économies à trouver compte tenu de cette dégradation.
Le fonds de commerce de Marine Le Pen a compris. C'est de jouer avec les peurs des Français matin, midi et soir. Trembler, bonnes gens, ils vont vous faire la peau. Ce que vous dit Marine Le Pen, matin, midi et soir. Elle alerte sur la dette...
Les 20 milliards d'économies à faire sont là, Bruno Le Maire.
Elle alerte sur la dette et elle propose des dépenses supplémentaires. Enfin, c'est toute l'incohérence totale du rassemblement national. Si nous avions un plan caché, le Premier ministre n'aurait pas annoncé que nous engagions une réforme dans l'indemnisation du chômage 15 jours avant les élections européennes. Nous, on a du courage. On dit des choses vraies. On dit ce qui est bon pour la France. C'est la différence par rapport aux oppositions et aux extrêmes.
Si j'avais un plan caché, j'aurais pas fait le 20h de TF1, pardon de citer un de vos concurrents, pour démarrer mon année 2024 en fanfare, en disant qu'on va devoir supprimer les boucliers tarifaires sur le gaz et sur l'électricité parce que c'est raisonnable et que c'est nécessaire et que l'État ne peut pas tout le temps payer la facture d'électricité des Français.
Très concrètement, Bruno Le Maire, est-ce qu'il y aura davantage d'économies à faire compte tenu de cette dégradation ?
Il n'y a pas plus d'économies à faire. Il y a juste un plan de rétablissement des finances publiques que je tiendrai avec fermeté. J'ai annoncé la sortie des boucliers tarifaires. Je tiens à cette sortie des boucliers tarifaires.
20 milliards d'euros en 2025, c'est à peu près cet ordre de grandeur.
C'est l'ordre de grandeur. Et maintenant, ce qu'il faut, c'est l'appliquer. Le plus dur, ce n'est pas simplement les belles paroles. C'est d'appliquer ces décisions, sortie des boucliers tarifaires, 10 milliards d'euros d'économies sur l'État, 10 milliards d'euros d'économies supplémentaires que j'ai annoncées. Et puis ensuite, on va engager la préparation du projet de loi de finances pour 2025. Et je rappelle ce que c'est très important, que ce n'est qu'un volet de notre stratégie de rétablissement des finances publiques pour retrouver sous les 3% en 2027. Il y a les économies, mais il y a la croissance. Et sur la croissance, on gagne, là où d'autres pays de la zone euro ne gagnent pas.
Et il y a des réformes de structure. J'ai parlé de l'indemnisation du chômage. Il y a aussi la grande loi de simplification que je vais présenter bientôt pour supprimer toute la paperasse qui pèse sur nos PME, nos TPE, nos indépendants, nos commerçants qui n'en peuvent plus la complexité administrative.
Je pense à ceux qui nous regardent et qui se disent que ces 20 milliards-là, à un moment donné, il va falloir les trouver très concrètement. Je prends deux exemples qui ont agité l'actualité ces derniers jours. Premier exemple, ce que propose la Cour des comptes, qui est de dire qu'il faut arrêter de rembourser les arrêts de travail de moins de 8 jours. Est-ce que ça, ça fait partie des pistes pour trouver des économies ? Pas du tout sur les 20 milliards, non, je le dis tout de suite.
D'accord, donc ça, on écarte. On écarte ça pour l'immédiat. Ça ne fait pas partie des options du gouvernement pour 2024. Regardez les décisions que j'ai prises, elles sont très concrètes. L'aide publique au développement, on aide beaucoup des pays qui sont en développement, qui sont les plus pauvres de la planète, c'est légitime. Quand c'est difficile pour les Français, c'est normal qu'on réduise l'aide publique au développement. On l'a réduite de près d'un milliard d'euros. Ça n'affecte pas le quotidien des Français et ça permet de retrouver de la marge de manœuvre budgétaire.
Deuxième exemple, est-ce que vous pourriez décider de désindexer les prestations de retraite et les prestations sociales, c'est-à-dire qu'elles soient, techniquement, moins indexées que l'inflation pour faire des économies ? Est-ce que ça, c'est une possibilité ?
Je n'ai jamais dû mettre que je viens de les réévaluer de 5% au-dessus de l'inflation. Oui, et vous pourriez pour faire des économies. Donc j'ai protégé...
Certains dans votre autorité le proposent.
Est-ce que ça, ça fait partie des pistes ? Vous savez, je suis quelqu'un de méthodique et de très déterminé. La bonne méthode, ce n'est pas de commencer à lancer des ballons dans tous les sens qui vont faire peur aux Français.
Les ballons, ils viennent de votre camp.
C'est d'appliquer... Là, c'est la Cour des comptes qui fait des propositions. C'est utile que la Cour des comptes fasse des propositions. Mais en 2024, j'ai des boucliers tarifaires dont il faut sortir. C'est des premières décisions. Elles ne sont pas faciles parce que pour tous nos compatriotes, dont on a payé une partie de la facture d'électricité, ce n'est pas évident de voir qu'on paye un peu moins la facture d'électricité avec la dépense publique. Ensuite, j'ai 10 milliards d'euros qui ont déjà été décidés et qui sont engagés. C'est des efforts pour tous les ministères. Ce n'est pas simple. Il y a 10 milliards d'euros supplémentaires sur lesquels nous travaillons.
Et après, il y aura le projet de loi qui est en 2025.
Mais j'insiste pour 2025, est-ce que les retraités pourraient voir leur retraite, leur pension de retraite sous-indexée par rapport à l'augmentation du coût de la vie ?
Pour 2025, aucune décision n'a même encore été préparée puisque je les préparerai avec les oppositions.
Mais donc c'est intéressant, vous n'excluez pas la possibilité de sous-indexer les pensions de retraite pour 2025.
Mais je vais vous dire, 2025, c'est 2025. Les discussions seront à l'automne sur le budget. Mais d'accord, mais qu'est-ce que je vais faire concrètement ? Je vais rassembler toutes les oppositions. Et j'espère que la décision qui a été prise par Standard & Poor's leur ouvrira les yeux sur la nécessité de me faire des propositions d'économie plutôt que des propositions de dépenses comprises entre 100 et 300 milliards d'euros suivant la famille politique à laquelle vous appartenez. Ensuite, on va discuter avec elle. Et j'espère que nous arriverons à construire, notamment avec les Républicains, mais peut-être avec d'autres, des compromis.
S'il y a des bonnes options, moi je vais regarder toutes les options qui permettent de rétablir les finances publiques d'ici 2027. Je ne vais pas le faire tout seul. Je vais le faire en tendant la main aux oppositions responsables qui comprennent sur la base de cette décision que oui, c'est important pour que la France garde sa souveraineté et sa liberté, que nous rétablissions nos finances publiques. Mais c'est intéressant puisque sur cette piste, vous dites aucune décision n'est prise pour 2025. Vous pourriez me donner mille autres pistes, Benjamin Duhamel, je vous ferai exactement la même réponse.
Non, parce que par exemple, Benoît Le Maire, si je vous demande si les impôts vont augmenter en 2025, là vous me répondez.
Mais parce que la réduction, la dépense et l'augmentation des impôts, c'est deux choses différentes, ça ne va pas échapper. Donc il n'y aura pas d'augmentation d'impôts en 2025 ? Il n'y aura pas d'augmentation d'impôts. L'augmentation des impôts ne fait pas partie de la palette des options. Nous, nous avons un cadre de référence qui a le mérite d'être clair, simple et lisible.
Nous voulons réduire la dépense publique, la réduire là où elle est la moins efficace, là où elle est la moins juste, et la réduire, je le redis, en tendant la main aux oppositions pour qu'on fasse un travail cette fois-ci beaucoup plus approfondi, beaucoup plus en détail, pour voir avec elle où sont les marges de manœuvre dans la dépense publique. En revanche, sur les augmentations d'impôts, je l'ai toujours dit, quand on dit on va augmenter les impôts des plus riches, en réalité, on finit toujours par augmenter les impôts des classes moyennes. Et ça, je m'y refuse catégorie.
Sur ces classes moyennes, la baisse d'impôts de 2 milliards d'euros, elle est toujours sur la table. Qui peut croire, compte tenu encore une fois de cette dégradation de notes, qu'il serait sérieux en termes de finances publiques de dire, oui, oui, non seulement on ne va pas augmenter les impôts, mais en plus on va les baisser de 2 milliards d'euros ? Est-ce que vous avez cette capacité-là ?
Oui, parce que ce qui est très sérieux, Benjamin Duhamel, c'est que ceux qui bossent gagnent plus. Ça, c'est très sérieux. Et ça, c'est au cœur de ma stratégie économique. Parce que je considère que s'il y a un truc qui ne va pas dans notre pays, et que nous avons commencé à corriger avec le président de la République, avec le Premier ministre, c'est que ceux qui travaillent doivent pouvoir gagner davantage. Doient pouvoir payer des vacances à leurs enfants, doivent pouvoir se payer des sorties au cinéma, au restaurant, doivent pouvoir s'acheter un logement. Et ça devient de plus en plus difficile.
Et tout ce que je pourrais faire, comme je l'ai déjà fait, avec la prime défiscalisée, avec les exonérations de charges sur les heures supplémentaires, avec l'augmentation de la prime d'activité, tout ce qui me permettra l'intéressement ou la participation...
Donc il y aura une baisse de 2 milliards d'euros d'impôts en 2025 pour les classes moyennes ?
Il y aura plus d'argent pour ceux qui travaillent. Sous une forme ou sous une autre. Baisse d'impôts, moins de charges, on regardera ça avec le Premier ministre Gabriel Attal. Mais c'est le cœur du cœur de ma politique économique.
Ceux qui travaillent doivent vivre mieux. Bruno Le Maire, cette décision de Standard & Poor's arrive un peu plus d'une semaine avant les élections européennes. Alors que la campagne de Valérie Ayet, la candidate de la majorité, patine à seulement quelques points du candidat socialiste Raphaël Gloussman, comme disait Jacques Chirac, je vais rester poli, les ennuis, ça vole en escadrille, ça tombe mal.
C'est deux choses qui sont différentes. D'abord, il reste 9 jours pour convaincre, donc il faut les utiliser. Je serai ce soir au doc pour soutenir Valérie Ayet, je serai lundi à Toulouse, je serai mari à Orléans. Ceux qui disent ça, c'est les commentateurs. C'est normal, c'est votre rôle. Moi, je suis acteur. Donc je vais me battre jusqu'au dernier moment de cette campagne pour montrer tout simplement qu'il faut savoir ce qu'on veut pour la France. Est-ce qu'on veut être le pays qu'envoie le plus grand bataillon de députés de l'extrême droite au Parlement ? C'est ça qu'on veut ? C'est vraiment ça qu'on veut ? C'est-à-dire des gens qui n'ont jamais soutenu l'Europe.
Et c'est une élection européenne. Ce n'est pas une élection nationale. C'est vraiment ça qu'on veut ? Moi, je m'adresse à tous ceux qui sont abstentionnistes aujourd'hui. Tous ceux qui, dans notre camp, disent « Écoutez, là, vraiment, on en a ras-le-bol, on n'est pas contents, on a de mauvaise humeur, on est en juin, il fait mauvais, il pleut, on ne va pas aller voter ». Je leur dis, le 9 juin, il y aura le matin et il y aura le soir. C'est comme ça que ça se passe dans une élection. Le soir peut être très différent du matin. On peut se réveiller. Vous leur dites « Attention, là, quoi, se réveiller avec une forme de gueule de bois ».
On se réveille exactement avec la gueule de bois, avec la France qui a envoyé le bataillon de députés de l'extrême droite le plus important au Parlement européen, qui va donc bloquer la construction européenne, là où, face à la puissance de la Chine et la puissance des États-Unis, face à la nécessité de se réindustrialiser, de protéger nos frontières, de protéger notre industrie avec des mesures de protection forte, on a besoin d'avoir des députés de la majorité qui renforcent l'Europe
et pas des députés qui vont affaiblir l'Europe. Il y a quelque chose de singulier dans le discours du gouvernement qui consiste à dire « De toute façon, il ne faudra pas tirer de conséquences nationales de ce scrutin européen ». Il y a certaines voix légèrement discordantes. La présidente de l'Assemblée nationale, Yael Brunpivet, il faudra que l'on s'interroge collectivement. « On ne pourra pas faire comme si de rien n'était ». Si le Rassemblement national, la liste de Jordan Bardella, est au-dessus des 30%, est-ce que vous pourrez dire « Circuler, il n'y a rien à voir, on continue exactement comme avant ».
On ne fait jamais comme si de rien n'était lorsque le peuple s'est exprimé. Le peuple français va s'exprimer le dimanche 9 juin. Il va s'exprimer en un seul tour. Il va s'exprimer pour une question européenne. J'invite dans les deux jours qui viennent, toutes celles et tous ceux qui s'apprêtent à voter, d'abord à se dire « L'abstention, c'est se priver, c'est un pouvoir dont on dispose ».
Mais quelles conséquences faudra-t-il tirer si la liste du Rassemblement national arrive très nettement en tête, que la liste de la majorité est distancée ? Est-ce qu'il faudra tirer des conséquences sur le plan politique ?
Battons-nous d'abord pour que notre majorité fasse le score le plus élevé. Je répondrai à votre question le 10 juin matin, pas avant. L'esprit de défaite, ça n'a jamais été mon truc. On a du mal à parler aux Français. Pardon, mais quand on est dans la majorité, on se bat, on se retrousse les manches, on va aller voir les électeurs, on va aller voir les abstentionnistes, on va leur expliquer l'enjeu. Plutôt que de faire ce type de commentaire. Très franchement, faire ce type de commentaire, c'est quoi ? C'est acter que l'élection du 9 juin est déjà jouée. Pour moi, une élection n'est jamais jouée quand elle n'est pas passée. L'enjeu, il est d'abord européen.
Il faut juste qu'on se demande si on veut que la France soit acteur de l'Europe ou spectateur de l'Europe.
Quelques questions politiques pour terminer. Ces derniers jours, dans les perspectives qui pourraient être ouvertes à l'issue du 9 juin, bruissent l'idée d'une coalition avec la droite, votre ancien parti, les Républicains, pour enfin conjurer cette difficulté de gouverner avec une majorité relative. On parle par exemple de Gérard Larcher, président du Sénat à Matignon. Est-ce que ça, l'idée d'aller enfin trouver un accord avec la droite, ça vous faciliterait la vie pour précisément ce qu'on a évoqué tout au long de cet entretien ? Trouver des économies, faire passer des budgets 149.3. Est-ce que c'est une piste intéressante ?
Tout ce qui permet de dégager des majorités est une piste intéressante, notamment sur la question budgétaire. Moi, je tends la main pour nouvelle fois à tous ces députés, les Républicains, il peut y en avoir d'eau sur d'autres bancs de l'Assemblée, pour que sur le budget, on puisse trouver ensemble des économies, parce que l'intérêt super de la nation française, c'est le rétablissement de nos finances publiques. Mais gouverner avec eux, Bruno Larcher. Après, gouverner avec un accord de coalition, je vais vous dire, ce n'est pas mon job, je ne suis pas Premier ministre et je ne suis pas président de la République. Donc c'est le président de la République et le Premier ministre qui décident.
Ce que je peux vous dire, c'est qu'on a un très bon Premier ministre, il s'appelle Gabriel Attal, et pour vous dire un souhait qui est très personnel, moi je préfère continuer à travailler avec Gabriel Attal.
Plutôt que Gérard Larcher ou Eric Sauti ?
Oui, je pense que c'est très clair, je pense que quand on a un très bon Premier ministre, il vaut mieux garder le Premier ministre et travailler avec lui, mais ce n'est pas de mon ressort, c'est du ressort du seul président de la République.
Et toute dernière question, Bruno Le Maire, il y a deux motions de censure qui vont être discutées lundi, déposées par la France Insoumise et l'ERN, elles n'ont pas beaucoup de chances d'être adoptées. Par contre, plus sérieusement là pour le coup, à l'automne, il pourrait y en avoir une des Républicains, qui là pourrait aboutir à ce que le gouvernement tombe. Vous êtes un ministre de l'Économie et des Finances en sursis, vous profitez de ce bureau avant d'être obligé de le quitter ?
Un sursis de 7 ans, c'est long, ça fait 7 ans que je suis en fonction. Ça fait un long sursis. Pour le reste, on peut toujours jouer à la politique du pire. Moi, j'ai toujours joué à la politique du meilleur pour mon pays. C'est quoi la politique du meilleur pour les Républicains ? C'est d'aller voir le ministre de l'Économie et des Finances, qui leur tend la main, dire voilà les économies que nous sommes prêts à faire, voilà celles que nous vous proposons, et si vous les faites, on vote avec vous. Ça, c'est constructif, c'est le meilleur pour le pays. Jouer la politique de la motion de censure, de la chute du gouvernement, ça va vraiment améliorer la vie de nos compatriotes ?
Moi, tous les matins, quand je rentre dans ce bureau, ou quand je me déplace, je pense à nos compatriotes et à leur intérêt, pas décanier le voisin.
Merci beaucoup, Bruno Le Maire, d'avoir réservé cette première réaction à la télévision, à donc la dégradation de la note par Standard & Poor's. Merci.
Merci. Merci.
Bruno Le Maire