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interviewRMC — Face à Face· 14 octobre 2020 21 min

L'invité de Bourdin Direct : Fabien Roussel - 14/10

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

RMC Bourdin Direct, Jean-Jacques Bourdin. Fabien Roussel, bonjour. Bonjour. Secrétaire national du Parti communiste français, député de la 20e circonscription du Nord. Fabien Roussel, Covid-19, hausse des cas, hausse des entrées en réanimation. La situation s'aggrave nettement. Emmanuel Macron sera ce soir à la télévision pour parler aux Français. Une question simple, c'est la question de fond peut-être. Emmanuel Macron a-t-il encore suffisamment d'autorité pour être entendu des Français ?

0:36
Fabien Roussel

Écoutez, je pense que d'abord la situation est effectivement grave. Et il avait annoncé le 14 juillet dernier que la France serait prête en cas de deuxième vague. Ce que l'on doit constater, c'est que la France n'est pas prête. Et que si en plus ce soir, il devait annoncer un couvre-feu, ce serait un constat d'échec. Et on a aujourd'hui un premier ministre qui était le ministre du déconfinement. C'est le ministre de la déconfiture. Parce que si jamais, effectivement, ils sont obligés d'imposer un couvre-feu généralisé ou sectorisé en Ile-de-France, c'est ce qui se dit. Entre parenthèses... Non, pas qu'en Ile-de-France, dans les métropoles écarlates.

1:16
Présentateur

Écarlates, oui, où le virus sévit le plus.

1:19
Fabien Roussel

Entre parenthèses, nous députés, parlementaires, sénateurs, sénatrices, nous allons tous écouter ce soir la télévision pour apprendre à quelle sauce la France va être mangée. Pour faire adopter des mesures. Dans une situation grave dans laquelle nous sommes, je trouve que c'est quand même limite. Instaurer la confiance, avoir de la cohérence dans les décisions, être transparent, c'est travailler ensemble. Or, aujourd'hui, les décisions sont prises au château, annoncées à la télévision. Oui, mais annoncées à la télévision aux Français. Oui, d'accord.

1:53
Présentateur

Les premiers concernés, pardon. Les premiers concernés, ce sont les Français.

1:56
Fabien Roussel

Nous sommes aujourd'hui en rupture de confiance. En rupture de confiance. Quelle cohérence ? Les Français se demandent pourquoi... Mais est-ce qu'il peut encore être entendu ?

2:05
Présentateur

Je vous pose la question. C'est la question... Mais non, on est le... Ce gouvernement français...

2:10
Fabien Roussel

Ils l'entendent ou l'écoutent encore ? Malheureusement, et je le regrette, Ce gouvernement est celui qui a perdu le plus de confiance face à la crise par rapport au gouvernement des pays de l'Union Européenne. Parce qu'il a mis en place, parce qu'il a été incohérent avec ses décisions. Le gouvernement Castex ? Le gouvernement Castex, oui.

2:29
Présentateur

Vous regrettez Édouard Philippe ?

2:31
Fabien Roussel

Édouard Philippe faisait face à une crise dont on ne connaissait rien. Il avait beaucoup de liens avec nous, avec les chefs de parti, les présidents de groupe. Je regrette que celui-ci mette moins de liens. Mais ce n'est pas la question. Le problème, c'est qu'aujourd'hui, nous avons un manque de cohérence dans les décisions qui sont prises. Alors, on va décider, il déciderait ce soir d'imposer un couvre-feu. Mais de l'autre côté, nos hôpitaux sont toujours en pénurie, en manque de lits et de moyens humains. De l'autre côté, les Français, on va leur demander de s'entasser dans les métros, les RER.

Même les TER, même les TER, dans ma région, Saint-Amand-Lille en TER, ils ne mettent que deux rames. Et donc, on voyage, joue contre joue, même avec un masque. Est-ce que vous croyez que c'est sérieux ?

3:18
Présentateur

Fabien Roussel, toutes les enquêtes disent que ce n'est pas dans les transports en commun que le virus répand le plus, que c'est dans les rassemblements privés, chez les jeunes, les fêtes privées. Mais le couvre-feu a marché en Guyane à partir du moment où il a été instauré à 17h. De 17h à 5h du matin. Là, ça a marché, le couvre-feu. Ce couvre-feu, enfin, ce confinement localisé, je préfère, ce reconfinement localisé, à partir de quelle heure ? 20h, 21h, 22h, vous l'accepterez si le Président de la République l'annonce ce soir ?

3:56
Fabien Roussel

Bien sûr, M. Bourdin, on est face à une pandémie grave, avec des morts, et avec des hôpitaux qui sont aujourd'hui, malheureusement, encore plus mal préparés qu'à la première vague. C'est un vrai sujet, quand même. Donc, s'il faut imposer un couvre-feu pour éviter un confinement généralisé, mais bien sûr, les Français sont prêts à accepter encore beaucoup de choses, mais comprenez que la colère, les interrogations subsistent. Pourquoi on n'a pas mis en place beaucoup plus le télétravail ?

Là, depuis le début de la rentrée, pourquoi on n'a pas dédoublé toutes les classes dans les écoles, comme ça se pratique en Norvège, où ils ont cours, les élèves, un jour sur deux, et donc les classes, elles sont à 15-20 élèves. Pourquoi on n'a pas mis en place toutes ces mesures, avant aujourd'hui, d'arriver à des mesures coercitives ? Je vais vous dire, il vaut mieux mettre en place des mesures, peut-être allégées, mais acceptées par tous les Français, plutôt que des mesures coercitives, dures, qui vont être incomprises et rejetées.

4:59
Présentateur

Mais vous savez que ces mesures coercitives sont appliquées partout en Europe. En Allemagne, notamment, à Berlin, à Francfort, partout en Europe, maintenant. Je ne parle même pas de l'Espagne, de Madrid, de la région de Madrid.

5:10
Fabien Roussel

Non, mais je ne dis pas qu'il ne faut pas en mettre. Je ne dis pas qu'il ne faut pas arriver à des mesures comme un couvre-feu pour éviter un confinement généralisé. Je vous dis juste que pour que ces mesures soient acceptées, il faut qu'il y ait de la confiance, de la cohérence, de la transparence. Les flosters... Non, c'est non plus confiance dans le gouvernement et dans le président de la République. C'est la question que je vous posais. Mais non, mais regardez les patrons de café et de restaurant qui se demandent pourquoi ça leur tombe dessus quand moi, je vois que justement, dans ma circonscription, j'ai fait la tournée des cafés pour voir. Ils ont mis du plexiglas sur les comptoirs.

Ils font respecter strictement les règles. Je préfère, moi, que les jeunes soient dans un café ou les gens dans un café avec des règles strictes plutôt qu'ils aillent se fermer dans un appartement les uns contre les autres en train de faire pump et l'up. Pump et l'up. Il vaut mieux ça quand même. Il vaut mieux contrôler, faire en sorte que des mesures sanitaires soient respectées dans les lieux où il y a du lien social, éviter qu'il y ait beaucoup de monde dans les métros, les RER, les TER, favoriser le télétravail et mettre des moyens dans nos hôpitaux. Pourquoi ça n'a pas été fait ? Ce gouvernement a supprimé 8000 lits en deux ans et nous annoncent qu'il va en ouvrir 4000.

On ne sera même pas au niveau. On a toujours un nombre de lits de réa limité. 5400 dans notre pays, il y en a 20 000 en Allemagne. Pourquoi on est à ce niveau-là ? En Guyane, il y a un lit de réa pour 20 000 habitants. Dans le Pas-de-Calais, c'est un lit pour 16 000 habitants. Dans les Hauts-de-Seine, c'est un lit pour 7 000. C'est du simple au double ou du simple au triple. Alors, je veux dire, dans les Hauts-de-Seine, ils se battent aussi contre le coronavirus. Je n'oppose pas les départements. Mais il y a des inégalités qui ne sont pas acceptables et qui fait que forcément, on est plus vite à saturation dans les services hospitaliers, dans certaines régions.

Pourquoi ça tombe sur les gars du Pas-de-Calais ou sur les habitants de la Guyane ou de Mayotte ? Le pire département, c'est encore Mayotte. Ce n'est pas acceptable.

7:05
Présentateur

Fabien Roussel, à l'Assemblée nationale, début du débat sur le budget 2021, sur fonds de crise sanitaire. Alors, on ne va pas tout aborder. Mais là, on est en train de discuter des réductions d'impôts pour les entreprises. Les impôts de production. 10 milliards d'euros. Alors, quelle contrepartie demandez-vous ? D'abord, est-ce que vous demandez des contreparties aux entreprises ? Et quelle contrepartie demandez-vous ?

7:29
Fabien Roussel

Conditionnez les aides publiques. Contrôlez les aides publiques. Et sanctionnez, quand il y a derrière, licenciement ou délocalisation. Voilà les trois mots d'ordre qui devraient être ceux du gouvernement.

7:40
Présentateur

Est-ce qu'il y a encore des baisses d'impôts à condition que l'entreprise ne licencie pas,

7:44
Fabien Roussel

ne supprime pas d'emploi ? Ne délocalise pas ? Oui, et même si l'entreprise met en œuvre l'égalité salariale femme-homme, parce que nous sommes encore en retard. Si l'entreprise s'engage à investir et à créer des emplois. Si l'entreprise fait des efforts de formation pour éviter de licencier avec des qualifications...

8:04
Présentateur

Vous auriez accordé, vous seriez au pouvoir, est-ce que vous auriez accordé des baisses d'impôts aux entreprises ? Et si oui, à quelles entreprises ?

8:11
Fabien Roussel

Oui, nous aurions accordé des aides d'impôts aux entreprises en fonction de leurs engagements en faveur de l'emploi, de l'environnement et de l'égalité des droits. Quelle que soit la taille de l'entreprise ? Bien sûr. Quelle que soit la taille de l'entreprise ? Oui. Oui ou non ? D'abord, oui. D'abord, il y a les TPE et les PME qui ont besoin d'être soutenus et plus fortement. Que 100% de leur chiffre d'affaires perdu soit compensé. Il y a un effort qui a été fait par ce gouvernement. Nous pensons qu'il n'est pas allé assez loin. Ce n'est pas la peine aujourd'hui de demander à ces petites boîtes des conditions, des garanties, etc. Alors, est-ce que vous demanderiez ?

Elles ont besoin de simplification. En revanche, les ETI, les entreprises de taille moyenne et les grandes entreprises, ce sont celles qui captent le plus les aides publiques de ce gouvernement, de ce plan de relance. Je vais vous donner un exemple. Les 10 milliards d'euros de cadeaux de suppression des impôts de production. Ces 10 milliards d'euros vont profiter majoritairement à 9000 entreprises. à 9000 entreprises, les plus grosses, les grandes entreprises et les ETI, ces entreprises du CAC 40 qui payent 8% d'impôts quand les PME en payent 15, 20 ou 30. Donc, soit 6 milliards d'euros pour 9000 entreprises et 3,3 milliards d'euros pour 500 000 PME TPE. Voilà la différence.

C'est encore les gros qui vont toucher gros et les petits auront que les miettes. Ce n'est pas acceptable. Et donc, on va donner des sous à Bridgestone qui ferme une boîte. On va donner des sous à Renault qui supprime 4500 emplois. On va donner des sous à Air France qui ferme, hop, la ligne des liaisons aériennes intérieures.

9:45
Présentateur

Mais vous seriez patron d'Air France, vous feriez quoi avec la crise sanitaire ?

9:48
Fabien Roussel

Eh bien, aujourd'hui, mais pourquoi ne profitons-nous pas de cette crise dans certains secteurs comme l'aérien pour travailler justement les qualifications, la formation, au lieu de financer du chômage partiel, préparons la transition écologique, investissons justement dans de nouveaux modes de transport aérien ?

10:07
Présentateur

Fabien Roussel, donc vous baisseriez les impôts des entreprises, principalement des PME, si j'ai bien compris. Mais est-ce que vous demanderiez des contreparties aux PME ?

10:17
Fabien Roussel

Les PME, il n'y a pas besoin, franchement. Les PME, dans la situation... Non, il n'y a pas besoin. Aujourd'hui, elles ont besoin de simplification et d'aide. Je ne dis pas qu'il ne faut pas contrôler, mais elles en ont du contrôle. Aujourd'hui, ce sont les grandes entreprises sur lesquelles il faut mettre la pression. Les entreprises du CAC 40, une vingtaine d'entre elles, en tout cas, dans un rapport récent, ont distribué des dividendes. Pas toutes. Je dis une vingtaine sur 40. ont touché des aides publiques massivement, ont distribué des dividendes ou racheté des actions. Et elles licencient. Ce n'est pas acceptable. Ce sont des dizaines de milliers d'emplois qui sont concernés.

Chaque Français se demande sur qui ça va tomber. Quand le maire dit qu'il va y avoir 800 000 suppressions d'emplois, c'est comme un permis de licencier qu'il annonce. Alors derrière, effectivement, il y a des groupes qui y vont. Le groupe Véralia, je suis allé à Cognac. Le groupe Véralia, producteur de verre. Ils produisent des bouteilles en verre. Et c'est justement l'avenir. Le premier groupe français. Parce que le plastique, c'était fantastique, mais maintenant, c'est terminé. Il faut investir dans les bouteilles en verre. Eh bien, ils ont décidé, eux, de distribuer des dividendes à leurs actionnaires, de supprimer sans emploi et de fermer un four à Cognac.

Et on a même découvert qu'ils avaient transféré aux îles Caïmans 500 millions d'euros. Un demi-milliard d'euros d'évasion fiscale, en passant par le Luxembourg, leur maison mère. C'est inadmissible. J'ai saisi Bruno Le Maire. J'attends toujours sa réponse.

11:42
Présentateur

Il sera là demain matin à votre place.

11:44
Fabien Roussel

Interrogez-le sur Véralia et l'évasion fiscale aux îles Caïmans, qui est un paradis fiscal notoire. Quand une entreprise a de telles pratiques, le gouvernement a le devoir de ne pas valider le PSE, d'interdire les licenciements. D'autant plus que quand on ferme un four à Cognac, quand on ferme des usines chez Renault, ce sont demain des camions qui vont arriver en France avec des produits d'importation. C'est le verre avec Véralia, c'est les pneus avec Bridgestone, c'est des carters.

12:13
Présentateur

Parlons de Bridgestone. Vous connaissez bien Bridgestone, parce que vous êtes né à Béthune, dans le Pays-Calais. Vous y avez grandi, Bridgestone, c'est 863 salariés. Je le rappelle, il y a une semaine d'ouverture de discussion entre la direction de Bridgestone et les syndicats. Cinq mois de discussion prévue. L'État est prêt à investir avec Bridgestone pour garantir l'avenir du site. N'est-ce pas une bonne nouvelle ?

12:38
Fabien Roussel

Oui, la bonne nouvelle, c'est que l'État dit, quand il dit que c'est inacceptable la fermeture du site, il faut que l'État dise que ce site ne fermera pas. Aujourd'hui, qu'il se batte auprès du gouvernement japonais et du nouveau Premier ministre japonais, comme ça a été fait d'ailleurs en Italie avec le site de Bari, c'est le gouvernement italien qui a obtenu la réouverture du site, ce n'est pas de la négociation avec le patron. Ils sont directement allés voir le gouvernement japonais. Eh bien nous, on doit agir de la même manière. Le Premier ministre ou le ministre de l'Économie doit aller voir son collègue japonais en lui disant ce que vous avez fait.

Ce n'est pas très diplomatique quand même, vis-à-vis de notre pays. Le groupe Bridgestone Europe a organisé une concurrence déloyale entre ses salariés. Il a investi en Pologne, en Hongrie, en touchant des subventions de l'Union Européenne, c'est ce que j'ai révélé. Et ensuite, il ferme le site de Béthune en disant aux ouvriers de Béthune, vous n'êtes pas compétitifs. C'est scandaleux, c'est inadmissible. On ne peut pas, la France n'est pas un paillasson, ces multinationales ne peuvent pas organiser comme ça la concurrence entre les ouvriers et ensuite nous dire, dehors c'est terminé.

Et je vous dis que les pneus Firestone, les pneus Bridgestone, vont ensuite arriver dans notre pays par camion. C'est la triple peine. Ce n'est pas bon pour l'emploi, ce n'est pas bon pour le climat et ce n'est pas bon pour l'État parce qu'on perd des recettes fiscales. Ce coût-là, ce coût pour l'emploi, pour le climat, pour l'État, il faut en prendre en compte. Ils nous disent que le coût du travail est trop cher en France. Eh bien moi je dis que c'est le coût du capital qui fait mal à nos entreprises parce qu'à cause de ce capital, à cause de ces actionnaires, on tire d'un trait sur des usines et ensuite on paye la casse sociale.

Ce n'est pas possible et ça on doit avoir un État ferme, fort et qui dise au lieu d'un plan de relance, on fera un plan de conquête industrielle et on va ouvrir des usines dans notre pays.

14:21
Présentateur

Fabien Roussel, vous parlez de casse sociale, l'un des sujets majeurs des mois qui viennent et sans doute de la présidentielle, ce sera la pauvreté avec la crise sanitaire, amplifiée par la crise sanitaire. La pauvreté, non pas celle que l'on voit dans la rue, mais celle que l'on ne voit pas. Celles et ceux qui ont des difficultés à boucler leur fin de mois. Celles et ceux qui vont, je ne sais pas, au secours populaire, qui ont recours à l'aide alimentaire. Plus de 5 millions de Français qui ont recours à l'aide alimentaire avec des demandes d'aide au logement qui explosent. Vous l'avez vu dans votre département, des demandes des inscriptions au RSA qui explosent. Alors que faut-il faire ?

Je ne sais pas moi. J'ai vu le patron de la CFDT demande une augmentation du RSA. Vous êtes d'accord ? Augmentation du RSA, un RSA pour les jeunes de moins de 25 ans et un chèque relance pour aider à la consommation de produits alimentaires.

15:19
Fabien Roussel

Il va falloir aller un peu plus loin que tout ça. Pourquoi pas ? Mais le constat, c'est qu'aujourd'hui dans notre pays, les 0,1% les plus riches ont vu leur fortune grandir. Et pas ces dix dernières années. Ces dix dernières années, mais aussi ces deux dernières années, grâce aux cadeaux faits par M. Macron et son gouvernement. Une étude UBS, la Banque des Riches Suisses, a montré que les grandes fortunes, les milliardaires français, ont vu leur patrimoine passer de 82 milliards de dollars à 430 milliards de dollars. Leur hausse, en disant, elle est de 400%. Et de l'autre côté, la pauvreté augmente.

Il n'y a pas un problème entre les riches qui sont plus riches et la pauvreté qui augmente d'un côté. Et en même temps, il n'y a pas la solution là-dedans. Je comprends que ce soit dur de s'attaquer à un virus comme le coronavirus tant qu'on n'a pas trouvé le vaccin. Mais la pauvreté, on ne peut pas s'attaquer à la pauvreté. On ne connaît pas le remède pour lutter contre la pauvreté. Quand la France est un pays riche et qu'en même temps, la pauvreté explose, il n'y a pas un problème de vase communiquant quelque part.

Aujourd'hui, on a besoin de créer des emplois, de créer des salaires, de verser du salaire, de faire en sorte que chacun ait accès à un emploi, à une place dans la société, avec un salaire permettant de vivre dignement. C'est pour ça que, quand vous me parlez du RSA, il y a une urgence. Bien sûr, aujourd'hui, comment peut-on vivre avec 584 euros qui est le montant du RSA ?

16:44
Présentateur

584,78. Bravo. Ce n'est pas digne.

16:48
Fabien Roussel

Je ne suis pas certain que tout le monde connaisse le montant du RSA. Mais je rencontre souvent des personnes qui vivent dans de grandes difficultés. Les masques, ce sont les mêmes personnes que je rencontre qui n'ont pas les moyens de s'acheter un masque. Ils ont des masques comme ça, chirurgicaux, chiffonnés avec des taches dessus. Ils le portent plusieurs jours. Vous croyez que c'est aussi comme ça qu'on va lutter contre la pandémie ? C'est bien pour ça que nous demandons la gratuité des masques pour tous, pour tous les assurés sociaux, au moins.

La pauvreté, aujourd'hui, elle va justement provoquer plus de morts chez les personnes en situation de pauvreté à cause du coronavirus que chez les riches. La carte des morts du coronavirus, elle va se juxtaposer avec la carte de la pauvreté. C'est indigne de notre pays. Quand le pape dit « Fratelli tutti », « Tous frères », en disant que la pauvreté doit être notre combat commun, eh bien, ça doit être celui de la France aussi.

17:40
Présentateur

Alors, attendez, le parti communiste qui se range derrière le pape, ça, c'est... Mais parce que... C'est exceptionnel. Mais non, mais... Mais parce que... Historiquement exceptionnel.

17:49
Fabien Roussel

Non, le parti communiste a déjà tendu la main aux chrétiens dans le passé et nous continuons de le faire. Mais d'ailleurs, avec toutes les religions, nous travaillons, et pas seulement...

17:59
Présentateur

J'ai une dernière question, puisqu'on parle beaucoup de grandes entreprises. Une dernière question concernant Veolia Suez. Le premier, on le sait, veut avaler le second. Aujourd'hui, compte tenu de l'état sanitaire de la France, de l'état économique de la France, n'est-ce pas indécent cette bataille boursière dans laquelle on dépense beaucoup, beaucoup d'argent en communication ou autre ?

18:21
Fabien Roussel

Si, c'est indécent, vous avez raison. Ça choque nos concitoyens de voir ça. Mais sur le fond, je pense que derrière, je m'interroge si dans quelques mois, on ne découvrira pas un scandale d'état sur la manière dont tout cela s'est passé. Parce qu'il y a des copains et des coquins dans cette histoire qui se connaissent depuis longtemps et qui font comme s'ils n'y étaient pour rien. Et c'est-à-dire, allez plus loin, allez plus loin. Je vais plus loin. NJ. NJ, d'abord, il faut rappeler aux Français que NJ, c'est GDF. C'est gaz de France.

GDF qui a été privatisé par Sarkozy en disant, ne vous inquiétez pas, ça va rester public, mais qui est devenu GDF Suez et qui a changé de nom et qui est devenu NJ. Et NJ a décidé de vendre ses parts qu'il avait dans Suez. NJ, aujourd'hui, GDF n'existe plus. NJ est présidé par M. Clamadieu qui a été nommé par M. Macron en 2018 sous sa présidence. D'accord ? Et ils disent qu'ils n'ont pas pu empêcher, Clamadieu, de vendre les parts qu'il avait chez Suez. Ils disent que... L'État a dit ça. L'État a dit, c'est pas de notre faute, on a voté contre, mais on a été minoritaire. Ils ont 33% de droit de vote dans le conseil d'administration d'NJ, l'État. 33%, c'est la minorité de blocage.

Et ils disent qu'ils n'ont pas su le faire. Ils se sont mis d'accord. Ils se sont mis d'accord pour que deux groupes, Suez et Veolia, n'en fassent plus qu'un derrière au bénéfice de Veolia, avec la casse sociale qu'il va y avoir, et Veolia qui va être le champion. Il n'y aura plus qu'un coureur demain en première division, ce sera Veolia. Premier au monde. Oui, premier au monde, mais en France. Un champion qui va rafler tous les appels d'offres dans les mois et les années qui viennent. Et pour Veolia, qui traite l'eau, qui traite les déchets, eh bien, pour Veolia, pour Suez qui traite l'eau et les déchets, eh bien, il va disparaître au final.

Et nos concitoyens ne pourront plus avoir le choix dans celui qui va leur apporter l'eau jusqu'à leur domicile. Et on va encore avoir des inégalités fortes. L'eau est un bien commun. Or, aujourd'hui, déjà aujourd'hui, on a une eau qui coûte cher. Eh bien, demain, quand il sera entre les mains d'un seul groupe, eh bien, vous savez, quand on vend tout au privé, on est privé de tout.

20:30
Présentateur

Bien, merci. Merci Fabien Roussel d'être venu nous voir ce matin sur RMC et BFM TV. Demain, le ministre de l'économie, Bruno Le Maire, vous répondra... Sur Veralia et l'évasion fiscale. J'ai compris, j'ai compris sur Veralia. Et puis, Bruno Le Maire détaillera les annonces faites ce soir par le président de la République. 8h54.