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Interviewfranceinfo — L'invité éco (sur Site radio)· 13 février 2024 7 minContradictoireFond programmatiqueAgriculture & alimentationÉconomie & entreprisesEnvironnement & énergieEurope & international

Crise agricole : "Le consommateur doit prendre conscience que l'alimentation vertueuse est plus chère", selon le chercheur Sébastien Abis

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 70 %Attaque 20 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:28OuverteRéponse directe

    Cette crise agricole en France, est-ce qu'elle est terminée selon vous ? Est-ce que le gouvernement a fait le nécessaire pour calmer la colère des agriculteurs ?

  • 1:15OuverteRéponse directe

    Et quelles sont les questions soulevées Sébastien Abyss ?

  • 2:48RelanceRéponse directe

    Alors justement la sécurité alimentaire c'est quelque chose que vous abordez dans votre livre et vous dites l'action climatique ne prime pas sur les objectifs d'éradication de la pauvreté et de la faim tout comme l'inverse ne serait plus concevable. Les deux doivent aller de pair sauf qu'on a l'impression que la Commission européenne a choisi son camp.

  • 4:02RelanceRéponse directe

    Mais on a l'impression Sébastien Abyss que justement il y a quand même une forme de renoncement de la part de la Commission.

  • 4:36RelanceRéponse directe

    Et de la sécurité alimentaire. Alors il y a un autre paradoxe apparent. Les agriculteurs dénoncent les accords de libre-échange. Ils demandent notamment ce que l'on appelle des mesures miroirs, qu'on apporte des produits qui répondent aux mêmes normes que celles auxquelles on est soumise. Est-ce que ce n'est pas un paradoxe quand on voit que les agriculteurs sont les premiers bénéficiaires de ces mêmes accords qu'ils dénoncent ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:51InvitéFait
    « ça fait 30 ans qu'il y a du verdissement des politiques agricoles européennes et donc françaises »
  • 2:01InvitéFait
    « la question qui a beaucoup été commentée ces dernières semaines c'est finalement les consommateurs, ces citoyens, ces clients est-ce que quand ils nous demandent de produire de plus en plus vertueusement mais qu'ils nous demandent de continuer à produire est-ce que finalement ils se rendent compte qu'ils ont toujours une alimentation de plus en plus précise, précieuse et en même temps performante et en même temps ils ne payent pas plus cher cette alimentation. »
  • 3:26InvitéFait
    « On sait qu'à partir de 2019 la Commission européenne a mis un gros gros braquet sur le volet écologique des transitions agricoles. »
  • 3:43InvitéFait
    « C'est la fin des 30 glandeuses »
  • 4:17InvitéPromesse
    « On doit être très fort sur notre motivation collective, tout secteur confondu, à décarboner nos économies et donc d'avoir une décroissance des émissions carbone. »
  • 6:03InvitéFait
    « le prix de l'alimentation européenne m'est dit en Europe Oui, c'est un prix qui est plus élevé que le prix de l'alimentation mondiale. »

Temps de parole

  • Invité72 %
  • Présentateur28 %

4,5 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistralai/mistral-small-3.2-24b-instruct:floor · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Bonsoir à toutes et à tous, à moins de dix jours de l'ouverture du Salon de l'Agriculture à Paris, les syndicats agricoles sont reçus cet après-midi par le Premier ministre Gabriel Attal. Bonsoir Sébastien Abyss.

0:15
Invité

Bonsoir.

0:16
Présentateur

Vous êtes à la tête du club Déméter, écosystème du monde agricole et agroalimentaire, chercheur à l'IRIS. Vous publiez demain un livre chez Armand Collin intitulé « Veut-on nourrir le monde ? » Cette crise agricole en France, est-ce qu'elle est terminée selon vous ? Est-ce que le gouvernement a fait le nécessaire pour calmer la colère des agriculteurs ?

0:35
Invité

Il va falloir suivre évidemment la perspective du Salon de l'Agriculture qui s'ouvre dans une dizaine de jours à Paris. Maintenant cette crise elle est profonde, c'est une crise qui s'inscrit, qui se sédimente dans le temps depuis plusieurs mois voire plusieurs années.

On sait que beaucoup de sujets qui ont été mis en avant par les différents syndicats ces dernières semaines en fait sont des sujets assez connus de ceux qui suivent les questions agricoles et c'est vrai que ça s'inscrit plutôt dans un contexte où il y a eu la volonté de taper un peu fort, peut-être en perspective du Salon de l'Agriculture, parce qu'il y a aussi les élections européennes du mois de juin et que les questions agricoles sont très européanisées quand on est même en France et que finalement il y avait aussi un changement d'équipe gouvernementale. Donc plusieurs facteurs étaient réunis pour éventuellement s'exprimer.

1:15
Présentateur

Et quelles sont les questions soulevées Sébastien Abyss ?

1:17
Invité

Finalement il y a trois grands points, moi je pense qu'il faut résumer les choses comme ça. Il y a une demande de confiance réciproque. Après tout, on demande beaucoup aujourd'hui au monde agricole et on a un monde agricole qui dit mais faites-nous confiance, on va réussir les missions que vous nous assigner mais par contre il faut nous donner les moyens, les équipements et peut-être pas changer tous les 6 mois, les 12 mois, les orientations, les décisions. On a besoin un peu de constance, on a besoin d'avoir du temps long parce qu'on fait un métier du temps long. Et de la confiance. Et de la confiance.

Cette confiance ça veut dire aussi, ça fait 30 ans qu'il y a du verdissement des politiques agricoles européennes et donc françaises et on a énormément de changements de pratiques. On a des performances qui sont améliorées et on doit continuer à nourrir en même temps.

Et donc la question qui a beaucoup été commentée ces dernières semaines c'est finalement les consommateurs, ces citoyens, ces clients est-ce que quand ils nous demandent de produire de plus en plus vertueusement mais qu'ils nous demandent de continuer à produire est-ce que finalement ils se rendent compte qu'ils ont toujours une alimentation de plus en plus précise, précieuse et en même temps performante et en même temps ils ne payent pas plus cher cette alimentation. Ils ne veulent pas la payer plus cher ? Alors ils ne veulent pas, certains ne peuvent pas.

Certains refusent aussi de dépenser de l'argent pour l'acte alimentaire parce que ça fait des années qu'on est habitué aussi que finalement notre gain de pouvoir d'achat on le mobilise pour d'autres aspects de la vie à plus forte raison qu'on n'est pas en insécurité alimentaire en Europe et en France.

2:48
Présentateur

Alors justement la sécurité alimentaire c'est quelque chose que vous abortez dans votre livre et vous dites l'action climatique ne prime pas sur les objectifs d'éradication de la pauvreté et de la faim tout comme l'inverse ne serait plus concevable. Les deux doivent aller de pair sauf qu'on a l'impression que la Commission européenne a choisi son camp. Elle a renoncé à l'obligation pour les agriculteurs de mettre une partie de leur terre en jachère. Elle a renoncé à demander de réduire de moitié l'usage des pesticides d'ici 2030 et elle a renoncé à fixer pour l'agriculture des objectifs chiffrés de la réduction des gaz à effet de serre. On voit bien la contradiction.

3:22
Invité

Alors est-ce qu'il y a une contradiction ? Est-ce que c'est un rééquilibrage ? C'est là où il va falloir voir. On sait qu'à partir de 2019 la Commission européenne a mis un gros gros braquet sur le volet écologique des transitions agricoles. en oubliant parfois les aspects économiques, les aspects sociétaux, les aspects productifs. Et c'est vrai qu'il y a un contexte aussi stratégique qui a bougé. On sort d'une grande pause stratégique en Europe. C'est la fin des 30 glandeuses comme je l'explique depuis deux ans. On va devoir se remettre à produire y compris en agriculture. Et on ne sait pas avec les changements climatiques si on peut produire vraiment plus.

On ne sait même pas si on va pouvoir produire autant dans les prochaines années. Donc en fait on doit rester extrêmement fort sur l'acte productif mais on ne doit pas du tout désarmer les transitions écologiques.

4:02
Présentateur

Mais on a l'impression Sébastien Abyss que justement il y a quand même une forme de renoncement de la part de la Commission.

4:07
Invité

Je ne sais pas, je pense qu'aujourd'hui la Commission fait un rééquilibrage, fait des corrections. Est-ce que c'est un renoncement ? En tout cas à titre personnel je ne l'espère pas. Moi je reste convaincu qu'aujourd'hui il ne faut pas confondre deux choses. On doit être très fort sur notre motivation collective, tout secteur confondu, à décarboner nos économies et donc d'avoir une décroissance des émissions carbone. Mais en revanche on doit intensifier la croissance de la sécurité humaine, de la sécurité économique, du bien-être des uns et des autres, y compris des agriculteurs.

4:35
Présentateur

Et de la sécurité alimentaire. Alors il y a un autre paradoxe apparent. Les agriculteurs dénoncent les accords de libre-échange. Ils demandent notamment ce que l'on appelle des mesures miroirs, qu'on apporte des produits qui répondent aux mêmes normes que celles auxquelles on est soumise. Est-ce que ce n'est pas un paradoxe quand on voit que les agriculteurs sont les premiers bénéficiaires de ces mêmes accords qu'ils dénoncent ?

4:53
Invité

Évidemment il faut rester dans un monde ouvert. Mais un monde ouvert où les interdépendances aujourd'hui ont des signes de nervosité. Et donc certains pays ont gagné des avantages là où parfois nous nous en avons perdu. Attention à ne pas tout jeter du commerce. Le commerce a du bon. Par contre ce qui est mal vécu aujourd'hui par le monde agricole européen dans son ensemble, c'est pourquoi on empêche des producteurs de produire avec telle et telle pratique ici en Europe et on continue d'importer des produits venant du reste du monde qui s'affranchissent complètement des règles qu'on impose à nos producteurs d'ici.

Et donc il ne faut pas confondre nos achats du grand large qu'on ne produira jamais en Europe de produits qu'on fait déjà aujourd'hui en Europe. Ils ont raison. Ils ont raison de dénoncer

5:36
Présentateur

ces accords du libre-échange.

5:37
Invité

Il y a une question qui est est-ce qu'aujourd'hui on peut légitimement continuer à mettre sur la table de la distribution alimentaire et sur la table des consommateurs des produits qui ne respectent pas des normes sociales, humaines, environnementales qu'on impose à des producteurs qui nous entourent en Europe ou en France et donc la question c'est est-ce qu'on a conscience que le prix de l'alimentation européenne m'est dit en Europe Oui, c'est un prix qui est plus élevé que le prix de l'alimentation mondiale.

6:08
Présentateur

Mais sauf que nous sommes bénéficiaires les agriculteurs français sont bénéficiaires de ces accords.

6:11
Invité

Nous avons des filières agricoles et parfois des filières chaque année ou sur certaines années bénéficient aussi d'accords de libre-échange et de marchés du grand large. C'est là où il ne faut pas tout fermer les frontières et pas tout confondre. L'accord du Mercosur a une spécificité qu'il ne faut pas tout mélanger avec le reste des accords internationaux.

6:28
Présentateur

Merci beaucoup Sébastien Abyss. Voici matière à réflexion. Vous êtes chercheur à l'Institut des Relations Internationales et Stratégiques président du club Déméter auteur du livre Veut-on nourrir le monde ? Publié demain chez Armand Colin.