Six mois après : l'impact du conflit Etats-Unis - Iran
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Questions et réponses
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- 4:22OuverteRéponse directe
Est-ce qu'on assiste à l'impuissance relative des États-Unis dans ce conflit ?
- 6:14RelanceRéponse directe
Est-ce qu'on assiste à une escalade militaire dans les affrontements ?
- 7:32OuverteRéponse directe
Vu de Téhéran, est-ce que la survie du régime pousse à l'escalade ou au compromis ?
- 13:46OuverteRéponse directe
Que faut-il comprendre du discours public de l'administration américaine ?
- 15:31OuverteRéponse directe
Comment Trump a déclenché cette guerre malgré sa promesse de fin des guerres au Moyen-Orient ?
- 18:28OuverteRéponse directe
L'économie mondiale a-t-elle réussi à s'adapter aux conséquences de ce conflit ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 5:04InvitéFait
« Ce conflit est beaucoup plus long que ce qu'espéraient les États-Unis. »
- 5:31InvitéFait
« L'Iran, du point de vue militaire, a été affaibli, même si du point de vue politique, il est plutôt renforcé. »
- 8:07InvitéFait
« La question du point de vue de la République islamique, c'est de survivre, quoi qu'il en coûte. »
- 10:08InvitéFait
« Les États-Unis n'ont pas atteint leur objectif. »
- 10:21InvitéChiffre
« Il y a eu 18 morts pour l'instant. »
- 14:30InvitéFait
« De la part de Vance, qui n'était pas tout à fait favorable, même pas du tout favorable à cette guerre il y a six mois. »
- 15:03InvitéPromesse
« Il a annoncé à plusieurs reprises une victoire complète et définitive sur l'Iran. »
- 16:41InvitéFait
« Ça lui donnerait un prix Nobel vraiment sans aucun problème. »
- 17:36InvitéFait
« Il a aussi été convaincu par Benjamin Netanyahou. »
- 19:20InvitéFait
« C'est à la fois une histoire de choc et d'ajustement. »
- 39:45PrésentateurChiffre
« l'Iran a toujours 460 kg d'uranium enrichi »
- 40:40InvitéFait
« ils ont changé de stratégie c'est-à-dire qu'après la guerre des 12 jours on avait évité dans l'espace public officiel de la république islamique de mentionner la course vers l'arme nucléaire »
- 41:35InvitéChiffre
« il y a 18 morts américains »
- 42:26InvitéChiffre
« les prix de l'énergie augmentent à nouveau, dépassent les 100 dollars »
- 46:09InvitéFait
« il y a un partenariat qui se consolide depuis plusieurs années à l'occasion de la guerre »
- 47:58InvitéFait
« nous français avons signé les accords de défense avec trois émirats »
- 50:09InvitéFait
« la volonté saoudienne de se doter d'un programme nucléaire civil est réel »
- 52:30InvitéFait
« le Liberation Day enfin la guerre commerciale que Trump avait lancée vis-à-vis du monde entier et notamment vis-à-vis de la Chine »
- 52:43InvitéFait
« la Chine a menacé de cesser d'exporter les terres rares et tous les matériaux critiques dont les Etats-Unis ont tellement besoin »
- 55:15InvitéFait
« la guerre en Iran en tant qu'erreur stratégique majeure est absolument instrumentalisée par les candidats démocrates »
- 56:37InvitéFait
« les choses se sont vraiment aggravées avec cette guerre contre l'Iran »
Temps de parole
- Présentateur32 %
- Invité20 %
- Invité 219 %
- Invité 315 %
- Invité 49 %
- ?4 %
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France
Culture,
Affaires
étrangères, Christine O'Krent
Bonjour
à tous, c'est un vrai plaisir de vous retrouver et de renouer ainsi avec notre rendez-vous du samedi.
Six
mois après les attaques massives déclenchées par Washington et Jérusalem contre l'Iran, dans l'espoir de faire tomber son régime, la troisième guerre du Golfe continue de s'enliser dans le détroit d'Hormuz. Depuis le protocole d'accord de juin, vite caduque, l'été n'a rien réglé. Ces derniers jours, les Etats-Unis ont bombardé l'Iran à deux reprises, Téhéran a riposté en ciblant les bases américaines dans plusieurs pays de la région, avant d'entreprendre à son tour des frappes préventives. Dans le détroit, le trafic maritime reste réduit et très risqué. Et sur les marchés, les prix du pétrole et surtout du gaz sont repartis à la hausse.
Comment
comprendre la stratégie américaine de ces six derniers mois, ou plutôt ces errements
? D
'exhortation en injonction contradictoire, de communiquer victorieux en promesse d'anéantissement de l'ennemi, Donald Trump n'a cessé d'exprimer les paradoxes de la nouvelle impuissance américaine dans ce Moyen-Orient dont il courtisait les richesses. Aucun des objectifs confusément alignés n'a été atteint. Le régime iranien tient bon et s'est durti, au mépris des souffrances de la population. Ses capacités nucléaires n'ont pas été anéanties, pas plus que ses milices arabes, Hezbollah, Hamas, Houthi, sans oublier les jérarchiens, toujours actifs.
Et le détroit d'Hormuz, artère névralgique du commerce mondial, reste à la main de Téhéran, quoi qu'en pense Donald Trump, prêt à le rebaptiser détroit Trump. C'était mercredi dernier, sur son réseau social, sa dernière trouvaille.
Le
bilan s'abourdit de ce qui était annoncé comme une simple excursion. Fragilisation des alliances avec les monarchies arabes, atteintes dans leur sécurité comme dans leurs ressources vitales. Démonstration sans conclusion d'une supériorité militaire massive, mais aussi de l'usure de l'appareil productif dans un conflit qui a coûté jusqu'ici plus de 37 milliards de dollars. Bifurcation,
il
y a 15 jours, vers une autre stratégie. L'asphyxie économique et financière de l'Iran menace de nouvelles sanctions secondaires à l'encontre de ses partenaires commerciaux, mais un obstacle majeur, la Chine, devrait-elle s'y plier ?
Au
désespoir de ceux qui espéraient y voir une habileté suprême, le président des États-Unis ne cesse d'improviser. Il aime le chaos et les occasions de parier encore et encore sur le jeu des marchés, quel que soit le désordre de l'économie mondiale, le coût affligé aux consommateurs américains et à sa propre popularité à huit semaines des élections de mi-mandat. En visite officielle en Égypte ces jours derniers, le président chinois encourageait ouvertement les pays de la région à se défaire d'un protecteur aussi inconséquent.
La
Chine et dans une moindre mesure la Russie sont-elles gagnantes dans ce désordre accru où les conflits en cours dont l'Ukraine se conjugue et s'entremêlent ? Pour nous, en France et en Europe, quel est donc l'impact économique de ce conflit qui s'éternise ? Quelle incidence sur l'inflation et les politiques publiques
? C
'est ce que nous allons comprendre ce matin grâce à vous. Laurence Nardon, vous êtes responsable du programme Amérique à l'Institut français des relations internationales. Bruno Tertré, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique et expert associé à l'Institut Montaigne. Sébastien Jean, professeur d'économie
au
Conservatoire national des arts et métiers, directeur associé de l'initiative Géoéconomie-Géofinance à l'IFRI. Et Clément Terme, chargé d'enseignement à l'Université Paul-Valéry de Montpellier, chercheur associé à l'Institut international d'études iraniennes et à l'IFRI. Bruno, je commence avec vous. En cette fin d'été, on a presque envie de commencer par une sorte de conclusion. Est-ce qu'on assiste, dans le cas des États-Unis, enlisés dans ce conflit sans fin contre l'Iran ? Est-ce qu'on commence par la conclusion, en fait,
l
'impuissance relative de la première puissance du monde
?
Oui, Christine, on peut dire cela. Mais j'allais dire que ce n'est d'abord qu'une conclusion provisoire et ensuite qu'on a enterré tellement de fois la puissance américaine que je me garderai de tout jugement définitif. Moi, il y a deux choses qui me frappent six mois après. D'abord, une évidence, ce conflit est beaucoup plus long que ce qu'espéraient les États-Unis. Donald Trump pensait faire comme pour le Venezuela. Il est en train de faire, d'une certaine manière, comme l'Ukraine. C'est-à-dire qu'il
y a
un enlisement de tous les côtés qui commence à rappeler l'Ukraine, toutes choses égales par ailleurs. Et la deuxième chose qui me frappe, c'est que comme malheureusement dans beaucoup de guerres, il y a beaucoup plus de perdants que de gagnants. Les États-Unis, vous l'avez mentionné, du point de vue militaire et politique. L'Iran, du point de vue militaire, a été affaibli, même si du point de vue politique, il est plutôt renforcé. Les pays du Golfe ont vu leur modèle de développement affecté, voire remis en cause. L'économie mondiale, vous connaissez les répercussions de tout ce qui s'est passé depuis six mois, pas seulement d'ailleurs sur le trafic
des
hydrocarbures, mais aussi avec des conséquences à moyen terme pour l'agriculture des pays d'Afrique ou d'Asie, parce qu'il y
a
beaucoup d'engrais, bien sûr, qui sortent du Golfe. Et enfin, peut-être le dernier perdant, malheureusement, mais qu'il ne faut pas oublier, c'est le peuple iranien lui-même. Donc, un conflit beaucoup plus long qu'à peu près tout le monde, à commencer par Donald Trump escompté, et beaucoup plus de perdants que de gagnants pour l'instant.
Et dans cet enlisement, est-ce qu'en fait,
la
crainte est celle d'une escalade à laquelle on semble assister aujourd'hui, une escalade dans les affrontements proprement militaires
?
L'escalade, si vous voulez, elle a déjà eu lieu de multiples reprises. La question, c'est plutôt de savoir si les affrontements vont reprendre de manière sporadique, comme ça a
été
le cas la semaine dernière, ou s'il va y avoir de nouveau de grandes vagues offensives des deux côtés. Mais on imagine mal une escalade qui consisterait, pour les États-Unis, à se saisir d'une partie du territoire iranien. Par exemple, ça, je crois que c'est totalement hors de question. Donc, plutôt qu'une escalade, je pense plutôt en l'absence de règlements durables, ce qui est en tout cas le cas pour l'instant, même si on peut tout à fait escompter des règlements temporaires et des modus vivendi acceptés des deux côtés, iraniens et américains à moyen terme. Je pense plutôt qu'à une escalade, je pense à un enlisement avec des phases de reprise de l'affrontement.
Mais encore une fois, un modus vivendi est possible à partir du moment où les deux principales parties concernées, les États-Unis et l'Iran, estimeraient qu'il est de leur intérêt des deux côtés d'en établir un.
Clément
Terme, vu de Téhéran
à
parcourir la propagande du régime, à voir aussi le durcissement, la nomination tête du système, surtout le système caché, comme l'imam caché, ce qui est bien dans la tradition chiite, Le sentiment donné, c'est qu'en fait la survie est déjà une victoire. Est-ce que cela pousse Téhéran désormais
plutôt
à l'escalade qu'au compromis
? Oui,
tout à fait. La question du point de vue de la République islamique, c'est de survivre, quoi qu'il en coûte, quoi qu'il en coûte pour le peuple iranien, quoi qu'il en coûte pour l'économie du pays, et quoi qu'il en coûte aussi pour la stabilité de la région et les relations de bon voisinage avec les pays voisins du Golfe. Donc on a vu que les représailles ne pouvaient pas s'opérer sur le territoire américain, puisque les ambitions idéologiques du régime ne correspondent pas à ces moyens militaires. Donc il y a eu cette prise de risque, finalement, de frapper plus d'une dizaine des pays voisins de l'Iran.
Donc à long terme, il y aura un coût qui va être payé, non seulement par la population, par le pays, mais aussi par le régime. Parce qu'il y a quand même un risque de créer une coalition si l'enlisement du conflit perdure, au niveau régional également. Donc ça, c'est une prise de risque qui, pour l'instant, explique, si vous voulez, le caractère limité des représailles iraniennes et des réponses militaires iraniennes, parce qu'elles peuvent provoquer cette coalition. Ensuite, il y a le risque de survie économique. Donc il y
a
le front externe, mais il
y a
aussi le front interne. Il y a eu des massacres au mois de janvier. Et la majorité de la population espère un changement de régime. Pas forcément par la force, mais n'adhère pas, si vous voulez, aux ambitions idéologiques et militaires du régime. Et donc la pression maximale américaine, l'asphyxie économique, les pressions qui vont poser sur les cinq principaux partenaires économiques de l'Iran, mettent en danger cette survie. Bien sûr qu'il
y a
des mécanismes de contournement via la mer Caspienne, via l'Afghanistan, via le Pakistan, des nouvelles routes terrestres. Mais le blocus maritime américain, plus que la confrontation militaire, explique la reprise de l'affrontement à la fin de l'été. C'est-à-dire que le statu quo était devenu intonable, non seulement pour les États-Unis qui veulent reprendre le contrôle d'Hormuz et permettre les exportations de pétrole. On est aujourd'hui à 40% par rapport à la situation d'avant-guerre. Donc ce n
'est
pas le niveau précédent. Donc les États-Unis n'ont pas atteint leur objectif. Et côté iranien, c'est l'impossibilité d'exporter le pétrole. Et plus cette situation va durer, plus le régime va essayer d'imposer un coup militaire aux États-Unis, puisqu'il
y a
eu 18 morts pour l'instant. Mais si, par exemple, il y avait plusieurs centaines de morts, si un bateau était coulé dans le contexte des mi-termes des élections américaines, il y
a
cette volonté de peser sur le processus électoral américain, de peser sur les économies des pays de la région, les alliés des États-Unis dans la région, et de peser sur l'économie mondiale, parce que le baril est monté, certes, mais pas aussi haut que l'expéraient les dirigeants iraniens.
– Mais
Clément,
ça
veut dire aussi, en continuant d'attaquer en particulier les Dubaïs, les Émirats arabes unis, qui étaient jusqu'à avant-hier vraiment le poumon économique et financier, et aussi, il faut bien dire, le refuge de la corruption des élites iraniennes,
à
force d'attaquer les Émirats, le régime se coupe,
encore
une fois, de ses alliés naturels, en quelque sorte.
– Oui,
parce qu'il faut bien comprendre, le PIB de l'Iran, aujourd'hui, par habitant, et en dessous de 5 000 dollars, les pays de la région sont des pays riches, plus riches que la France, donc il y
a
une prospérité économique. Donc l'idée, c'est de vraiment menacer cette prospérité économique, créer une incertitude sur les pays voisins, pour qu'ils empêchent les États-Unis, et qu
'ils
ne favorisent pas les opérations militaires américaines, qui ont aussi besoin des bases qui sont dans les pays de la région. Donc c'est un calcul qui est quand même risqué, parce qu'en frappant les pays voisins, et les cibles ne se limitent pas à des cibles militaires, et effectivement, il y a eu l'aéroport de Dubaï, des infrastructures civiles, touristiques également, qui ont été visées, ils ont généré, si vous voulez, une hostilité, qui aujourd'hui va remettre en cause ces liens économiques, qui étaient vitaux pour la survie du régime.
Mais après, est-ce qu'ils vont pouvoir trouver d'autres plateformes, par exemple au Caucase, ou est-ce que la Turquie va résister aux pressions américaines ? Donc maintenant, le jeu va être entre les 5 principaux partenaires économiques de l'Iran, et l'Union européenne en fait partie, selon les chiffres bilatéraux, qui ne prennent pas en compte, encore une fois, les réexportations, parce que les chiffres qui sont publics, si vous voulez, pour les échanges commerciaux, ne prennent pas en considération le commerce indirect, qui est très important pour l'Iran.
Mais néanmoins, l'Union européenne est aussi un partenaire, donc la pression maximale va s'exercer sur la Chine, sur les Émirats, la Turquie, l'Irak, et les produits occidentaux vont arriver de manière de plus en plus parcellaire en Iran. Pour l'instant, on n'a pas de pénurie, mais on a un renchérissement des coûts qui fait qu'il y
a
une crise du pouvoir d'achat en Iran, et que la population est de plus en plus dans une difficulté économique, puisque le régime a transféré le coût économique de la confrontation au ménage iranien. Donc il va falloir voir si cette stratégie ne va pas engendrer une nouvelle vague de manifestations. C'est le pari de l'administration Trump, puisqu'un compromis diplomatique semble improbable avant le départ de l'administration Trump, donc en janvier 2029. Donc cet enlisement risque de durer, puisque les Iraniens veulent peser sur le processus électoral américain, comme il l'avait fait à l'époque de Jimmy Carter et Ronald Reagan lors de la crise des otages.
Donc il est probable qu'ils attendent, pour une solution diplomatique improbable, le successeur de Donald Trump pour ne pas accepter une défaite, parce qu'il n'y aura pas d'accord aux conditions iraniennes.
– Laurence
Nardon, précisément, vu de Washington, la tonalité est bizarre. Le vice-président J.D. Vance a donné une conférence de presse, ce qui est assez rare, donc avant-hier, interrogé sur ce conflit. Il a dit, oh ben, ce n
'est
pas vraiment une guerre.
–
Ce n
'est
pas vraiment une guerre, mais le président lui-même, Donald Trump, le même jour, dit, ah, on est prêt à frapper très durement. Il appelait la population iranienne à se soulever. Donc que faut-il comprendre, Laurence, du discours public, en tout cas tenu par l'administration américaine ?
– Oui,
alors, de la part de Vance, qui n'était pas tout à fait favorable, même pas du tout favorable à cette guerre il y a six mois, qui ne l'est toujours pas, mais qui peut assez peu s'exprimer, de toute manière, c'est assez classique. Quand une situation ne va pas très bien, on la minimise. Donc il est en train d'expliquer qu'il n
'y a
pas de guerre. Le président Trump, pour sa part, c'est l'inverse. Il est toujours extrêmement positif. Il est dans un déni de réalité quasiment complet sur ce qui se passe sur place. Il a annoncé, vous le disiez dans l'introduction, il a annoncé à plusieurs reprises une victoire complète et définitive sur l'Iran. Donc voilà. Donc on a ces deux discours très étranges. Alors que pendant ce temps-là, énormément d'observateurs à Washington parlent de cette guerre en Iran, du déclenchement de cette guerre en Iran, comme une nouvelle erreur stratégique
à
l'échelle de la guerre d'Irak de 2003. Donc on est vraiment sur des conceptions, sur des discours extrêmement différents sur la guerre.
Ce
qu'il faut... En fait, si on peut se mettre dans le temps long et revenir il y a six mois, il faut quand même comprendre, essayer de comprendre comment Trump a déclenché cette guerre, lui qui avait fait campagne en 2016, sur la promesse d'une fin des guerres au Moyen-Orient, les « forever wars », les guerres sans fin. Il voulait vraiment en terminer. Il a été élu là-dessus.
Qu
'est-ce qui s'est passé ? Qu'est
-ce
qui s'est passé pour que cette guerre soit déclenchée ? Alors si on se remet il y a six mois, on voit que c'est
la
tentation de Trump au lendemain de l'enlèvement des Maduro, qui s'était tellement bien passé à Caracas. Trump ne joue pas sur l'Iran en termes d'impérialisme. Ce qu'il faut voir dans sa décision de lancer cette guerre il y a six mois, c'est une autre tentation présidentielle, celle de laisser sa place dans les livres d'histoire, c'est ce qu'il appelle sa « legacy », un terme que je n'arrive pas très bien à traduire, la volonté, le rêve de finir la guerre au Moyen-Orient. Ça, ça lui donnerait un prix Nobel vraiment sans aucun problème, c'est ce qu'il pense.
Et donc, il a voulu, ayant une grande confiance dans les capacités de son armée en février dernier, lancer cette guerre, je pense, avec l'idée qu'il pourrait régler le problème de l'Iran une fois pour toutes.
Et
puis,
l
'autre...
Et donc, faire mieux
qu'Obama, faire mieux que chacun de ses prédécesseurs. Ce qui reste...
On
a vu ce tableau absolument délirant, le tableau d'honneur des présidents américains
dressé par Donald
Trump lui-même.
Oui,
où il est lui-même tout en gros. Et puis, il classe ses prédécesseurs selon leurs prestations, en quelque sorte. Donc, c'est bien ça, son idée. C'est de faire mieux
que
tout le monde. Absolument. Et puis, l'éléphant dans la pièce, il
faut
aussi en parler, c'est qu'à ce moment-là, il y a six mois, il a aussi été convaincu par Benjamin Netanyahou. On a tous lu ou entendu parler de cet article du New York Times qui est sorti en avril et qui raconte en détails très nombreux la présence d'une équipe israélienne, dont le Premier ministre, dans la Situation Room de la Maison-Blanche. Le Premier ministre israélien achevant de convaincre le président américain de lancer cette attaque, minimisant les risques, ne parlant pas du blocage d'Hormuz, expliquant que ça allait être une promenade de santé. Et donc, voilà comment nous en sommes arrivés là.
Et je pense que, comme vous l'avez dit, la situation n'est pas du tout réglée et très problématique d'un point de vue stratégique pour les États-Unis.
Sébastien Jean,
sur
le plan économique, je me souviens fort bien que nous étions en studio le 28 février, c'était un samedi,
et
c'est ensemble, en quelque sorte, que nous avons appris en direct le déclenchement de cette opération militaire contre l'Iran. Et aussitôt, vous avez entrepris, c'était à la fois méritoire et extrêmement réussi.
Vous
avez entrepris de nous expliquer l'impact
qui
risquait d'aggraver la situation économique mondiale. Six mois plus tard, Sébastien, est-ce que, d'une certaine manière, l'économie mondiale a réussi à s'adapter, à s'ajuster,
et
les conséquences sont moins tragiques qu'on ne pouvait l'imaginer
? On
peut dire
ça,
oui, je crois. C'est-à-dire que c'est à la fois une histoire de choc et d'ajustement. La première chose que je voudrais souligner, c'est que même si on a parlé, par exemple, le directeur de l'Agence internationale de l'énergie, du plus grand choc pétrolier de l'histoire en termes d'offres, si on peut
regarder
les prix, ce qui s
'est
passé dans l'action, certes significatif, mais qui est sans comparaison avec ce qu'on a connu, par exemple, sur les premiers ou deuxièmes chocs pétroliers, le prix du baril, il était aux envies.
Il compte
70 dollars
au
déclenchement
de
la guerre. Depuis,
il
a fluctué
un
peu largement.
Sébastien,
je vous interromps parce qu'on a manifestement un problème de liaison avec vous.
donc
je vous propose de vous retrouver. Peut-être que nos amis en régie vont trouver un meilleur moyen de rétablir
cette
liaison, mais là, franchement, on ne vous entend pas bien.
Donc,
on se retrouve dans quelques secondes et je retourne vers vous, Laurence, parce que, certes, l'économie mondiale s'est ajustée, mais s'il y a un pays où le choc
est
le plus évident, ce sont bien les États-Unis où le prix à la pompe, le prix pour le consommateur, et ce sont des gens qui roulent beaucoup plus que nous en voiture, le prix de l'essence a augmenté de 30%.
Oui,
alors, ça dépend des États parce que les taxes sur le pétrole diffèrent suivant les États, mais en moyenne nationale, on est au-dessus de 4 dollars le galon. Galon, c'est 3,7
litres,
mais bon, ça ne semble pas très cher peut-être pour nous, mais aux États-Unis, c'est beaucoup plus cher que d'habitude et donc, c'est le retour de l'inflation. On se souvient que le gros problème de Biden pendant son mandat, la cause de la défaite de Kamala Harris, l'une des causes, c'est l'inflation à laquelle les Américains avaient été confrontés. Eh bien, l'inflation est absolument revenue et donc, c'est un énorme problème pour l'administration Trump. Vous l'avez dit tout à l'heure, à deux mois des élections de mi-mandat, c'est quelque chose qui déplaît énormément aux électeurs américains auquel s'ajoute l'idée que cette guerre ne va pas bien, que Trump est un loser dans cette guerre.
Ça, c'est vraiment pas très très bon pour son électorat. Aujourd'hui, j'ai vérifié ce matin, les sondages d'opinion donnent 56% des Américains qui s'opposent à cette guerre contre l'Iran, 37% qui sont pour, 37% c'est la base maga du président qui est au plus bas aujourd'hui. Donc, voilà où nous en sommes.
Sébastien, je crois que nous vous avons retrouvé de façon plus audible.
Vous
nous expliquez il y a quelques minutes qu'en fait, le choc
a
eu lieu, l'adaptation aussi. Est-ce que cela veut dire
que le
pétrole reste en quelque sorte l'étalon de l'économie mondiale à condition
qu
'il ne dépasse pas la barre d'étendre le baril, en tout cas sur le marché mondial
?
Disons que c'est évidemment un facteur important mais une hausse d'un tiers reste relativement gérable.
Je
crois que ce qu'il faut ajouter d'emblée, c'est qu'on a un choc sur l'énergie qui est très différencié parce que la question elle est assez différente sur le gaz
et
on a des prix du gaz en Europe qui ont été multipliés par 2,5 depuis le déclenchement de la guerre.
Donc
ça, c'est un sujet beaucoup plus problématique en particulier pour nous Européens sachant que nos réserves sont basses et qu'on peut craindre l'évolution de l'automne à venir. Mais ensuite, quand on a un choc comme ça sur le pétrole, ça fait deux choses essentiellement. C'est un choc sur la croissance parce que ça amoindrit le pouvoir d'achat des ménages en recherchant leur facteur énergétique
et
puis c
'est
un choc sur l'inflation. Et pour bien comprendre ce qui se passe en ce moment, je crois vraiment qu
'il
faut mettre en parallèle ce choc de la guerre en Iran avec un deuxième choc qui est le choc de cette espèce d'euphorie incroyable autour de l'intelligence artificielle
qui
dope énormément les investissements en particulier aux Etats-Unis et les fruits commerciaux. Résultat, c'est que le choc négatif sur la croissance de la guerre en Iran, il est atténué par ce contrebalancement par l'euphorie de l'IA.
Mais
le choc de l'inflation, lui, il est augmenté parce que cette demande associée aux investissements dans l'intelligence artificielle, ça crée une forte inflation en particulier sur les composants électroniques. Et donc, je crois que c'est ça qui est le plus marquant aujourd'hui. C'est effectivement cette inflation dont Laurent Cerdon vient justement de souligner que politiquement elle était très problématique,
mais
économiquement et financièrement elle est problématique aussi, en particulier dans un contexte où il y
a
un très fort endettement. Parce que,
qui
dit une inflation plus élevée, dit augmentation des taux d'intérêt. Donc là,
on
va voir si la Fed augmente ses taux directeurs bientôt en septembre, ce n
'est
pas certain du tout, mais on voit déjà sur les marchés
que
le taux d'intérêt de la dette américaine notamment, et par ricochet celle de beaucoup d'autres pays aussi, augmente.
Et
ça, c'est un facteur, je crois, très fort de changement structurel des conditions d'exercice de l'économie mondiale.
Bruno Tertré, je retourne vers vous pour comprendre
comment la
première puissance militaire du monde des États-Unis, donc la première industrie de défense du monde, l'industrie américaine, semble essoufflée
au
terme de ces six mois de conflits en Iran, avec des réserves de munitions dans certaines catégories dont les Ukrainiens auraient sacrément besoin, mais des réserves de munitions utiles même pour la défense des États-Unis. Comment s'explique une usure à ce point de l'appareil industriel de la défense américaine
? Tout
simplement parce que la consommation de missiles et d'intercepteurs a été beaucoup plus importante que ce qui était prévu par les planificateurs américains. Attention, il ne
faut
pas tout mettre sur le dos des militaires. Les militaires ont été les premiers à avertir la Maison-Blanche de la possibilité d'un blocage d'hormouge. Ils n'étaient pas du tout fanats, si j'ose dire, pour faire cette guerre. Et donc, c'est la durée et l'intensité des opérations de guerre qui ont, effectivement, causé des trous tout à fait significatifs dans les stocks américains, ce qui, par ricochet, bien sûr, impacte la possibilité de défense des alliés des États-Unis en Asie et en Europe qui ont beaucoup moins d'intercepteurs anti-missiles en particulier que ce qu'ils aimeraient.
Alors, vous dites que les Ukrainiens en auraient bien besoin, certes, mais encore faut-il que les Américains en aient livré. Et on connaît les réticences de Trump pour livrer des intercepteurs en masse aux Ukrainiens. Ça a été un processus très compliqué dont je vous passe le détail. Donc, ce n'est pas parce que cette consommation d'intercepteurs anti-missiles a été très importante que l'Ukraine se retrouve dans la situation hélas d'aujourd'hui parce que je ne crois pas que Trump aurait fait grand-chose pour cela. Un dernier point, ce n'est pas la défense des États-Unis du territoire américain qui est en cause. Là, c'est autre chose.
Comme ça a été rappelé, l'Iran ne dispose pas de missiles intercontinentaux, mais c'est vrai que là, c'est une situation assez inédite et l'industrie américaine ne peut pas, au point où, vu la profondeur des trous dont nous parlions, ne peut pas se substituer rapidement, ne peut pas reconstituer rapidement ces stocks qui, dans certains cas, mettront non pas des mois mais des années avant d'être reconstitués.
Quelle que soit l'énergie virile du ministre de la guerre, il semblerait, Bruno, qu'il y
ait
un certain désordre au Pentagone avec la démission, il y a quelques jours, du secrétaire d'État du Scol, qui était donc en fait le numéro 2, si j'ai bien compris, qui accuse en fait le ministre de purger à un tel point
pour
être purement anti-idéologique
l
'élite militaire que cela entraîne évidemment un affaiblissement du système et j'apprenais ce matin qu'en fait, maintenant, au Pentagone, EXCET impose des tests de mensonges pour essayer de comprendre d'où viennent les fuites éventuelles aux médias.
Oui,
alors le Pentagone est une pétaudière, il n
'y a
pas d'autres mots, je pense que Laurence Nardon pourra vous en dire davantage, mais moi, ce qui me frappe pour élargir un tout petit peu le scope, c'est que toute l'administration américaine, pas seulement au Pentagone, est dans une situation dramatique entre ceux qui partent, ceux qui sont virés et ceux qui ont peur, c'est la capacité même, à mon sens, de l'État fédéral à fonctionner normalement qui commence à être mise en cause et ça, ça mettra très très longtemps avant d'être, je ne sais même pas si c'est réparable à moyen terme, mais là, peut-être que Laurence pourra, Laurence Nardon pourra en dire plus.
Est-ce que ça affecte directement la capacité des États-Unis à défendre leur territoire, à défendre leurs alliés ? Non, la machine militaire proprement dite fonctionne encore, mais encore une fois, à moyen terme, moi, je suis assez préoccupé par la capacité même de l'État fédéral à fonctionner normalement.
Sébastien Jean, avant de,
de
retourner effectivement vers Laurence, Sébastien, cette capacité de l'État fédéral a fonctionné normalement.
On
a l'impression qu'entre le nouveau président de la Banque centrale américaine
et
le ministre des Finances, Scott Besant, il y a deux stratégies
et
encore une fois, le conflit iranien est au cœur de cette affaire et l'on voit une fébrilité sur les marchés des bons du trésor américain en particulier. Les Pays-Bas viennent de rapatrier 86 tonnes d'or depuis les États-Unis et le Canada. Ils les ont envoyés à Londres de crainte encore une fois d'un désordre aggravé. Le fonds souverain norvégien richissime menace aussi de vendre des bons du trésor américain si j'ai bien compris. Comment expliquer ce qui ressemble à une confusion
dangereuse ?
Il y a effectivement une grande fébrilité autour du rôle du dollar et du marché des bons du trésor américain. Je crois qu'il y a deux explications essentielles. La première, c'est l'utilisation de plus en plus fréquente, large et souvent à faible lésitimité du dollar comme instrument de sanction et de coercition pour les partenaires. Ça rend un certain nombre de pays et de projets plus nerveux à l'idée d'avoir trop de dépendance au marché américain et aux bons du trésor notamment. Le deuxième élément, c'est cette politisation très forte par Donald Trump de la politique monétaire.
Il met une pression politique énorme sur la Fed pour maintenir des taux bas parce que c'est bon pour la croissance et donc il pense que c'est bon pour les prochaines élections pour lui. Donc on a eu effectivement la nomination de Kevin Warch comme nouveau gouverneur de la Fed récemment un peu sur la base d'une ambiguïté parce qu'il s
'est
à la fois présenté comme on le présente souvent comme quelqu'un d'assez restrictif sur la politique monétaire par son expérience passée et en même temps Donald Trump le considère comme un allié politique. Donc l'ambiguïté d'aujourd'hui elle est là. Est-ce que le nouveau gouverneur de la Fed va réussir à défendre l'indépendance de la Fed
et
l'attachement premier à son mandat de stabilité des prix ou bien est
-ce
qu'elle va devenir plus faible dans sa défense du dollar et à ce moment-là c'est un problème aussi pour les étrangers parce que s'il y a plus d'inflation aux Etats-Unis ça veut dire que le dollar perd de sa valeur en fait. Donc vous voyez c'est une combinaison de plus grande utilisation pour des sanctions et de la coercition et petite interrogation sur la capacité réelle et l'indépendance de la Fed et la capacité des Etats-Unis à lutter durablement contre l'inflation. Tout ça ça a introduit la fébrilité dans le socle du rôle du dollar comme ancrage du système international.
Mais
c'est là Sébastien où l'on retrouve évidemment l'impact du conflit irano-américain puisque Scott Bessent ministre des Finances a annoncé
avec
une certaine grande éloquence
l
'asphyxie le 10D économique contre l'Iran donc l'asphyxie économique et financière avec le rétablissement de sanctions secondaires mais est-ce que cela veut dire qu'elles seront appliquées à la Chine qui reste évidemment un partenaire économique majeur de l'Iran et en particulier aux banques chinoises
? Oui
alors d'abord un mot pour souligner je trouve ça extraordinaire de voir l'administration Trump aujourd'hui qui semble redécouvrir la puissance des sanctions commerciales et financières en particulier alors que c
'est
justement ce que l'administration Obama avait utilisé pour parvenir à l'accord de Vienne en 2015
donc
ils ont desserré cet accord et aujourd'hui ils s'aperçoivent que finalement pour aller de l'avant enfin bon on a vraiment l'impression qu'on tourne en prêt pour répondre spécifiquement à votre question est-ce qu'on peut appliquer ça à l'Afrique ?
On
peut l'appliquer à des banques chinoises sur le papier ça a été fait pour des petites banques d'ailleurs déjà en Chine ou en Hong Kong mais pour des petites banques si c'est des grandes banques et si c'est le cœur du dispositif chinois là à compter des sanctions financières contre ces banques c'est mettre en péril la stabilité financière au niveau mondial ce sont des facteurs beaucoup trop importants donc là je crois que on touche un peu les limites du doigt
et
le deuxième aspect qu'il faut souligner c'est qu'aujourd'hui contrairement à 2013 ou à cette période avant quelques
années avant
2015 l'Iran a des années d'expérience pour contourner ces sanctions donc je ne crois pas que cet instrument soit aussi puissant aujourd'hui qu'il était hier ni qu'il parviendra à offrir une sorte de sortie
Clément
Terme précisément comme vient de le dire Sébastien Jean voilà 47 ans que le régime iranien cette théocratie résiste à un système de sanctions on voit bien encore une fois le coup et les souffrances infligées à une population dans ce pays immensément riche néanmoins
est
-ce que affaibli
tel
qu'il l'est le pays peut survivre à cette tentative en tout cas à cette annonce d'une nouvelle stratégie américaine d'asphyxie
ça
prendra évidemment du temps mais on peut craindre encore une fois que les taux se resserrent davantage
oui
effectivement il faut distinguer à mon avis l'effet de ces sanctions sur la prise de décision
des
dirigeants iraniens qui n'appliquent pas une stratégie basée sur un calcul coût-bénéfice
d
'où les erreurs aussi de l'administration Trump
qui
n'ont pas compris en fait cette capacité à absorber les chocs économiques de la république islamique
qui
d'un point de vue de la rationalité occidentale est une posture suicidaire puisque c'est un régime qui est prêt à sacrifier les intérêts économiques nationaux du pays
pour
des ambitions idéologiques
mais
en même temps la stratégie américaine cette fois-ci n'est pas tellement dirigée contre directement l'économie iranienne puisqu'on l'a vu l'Europe
a
certes encore des relations qui est la plus susceptible d'obéir si vous voulez au diktat américain et les relations économiques sont déjà effondrées on était entre 20 et 30 milliards après l'accord aujourd'hui on est entre 3 et 4 milliards peut-être jusqu'à 5 selon les chiffres iraniens et il y a des réexportations mais néanmoins cette fois-ci l'idée c'est de faire pression sur les partenaires économiques de l'Iran donc les émirats arabes unis qui dans un contexte où ils ont été ciblés militairement par la république islamique ont accepté d'augmenter les pressions donc il
y a
une banque égyptienne par exemple qui a été sanctionnée il y a la Turquie qui va être aussi la cible de ses représailles américaines l'Irak qui est le principal accès pour l'Iran au dollar américain donc effectivement il y a quand même des moyens si l'administration Trump est également prête à négocier politiquement avec la Chine que la Chine réduise ses relations déjà le blocus maritime américain a réduit considérablement quasiment à néant les exportations de pétrole iranien vers la Chine qui était son principal acheteur et un peu c'est du pétrole contre marchandises donc là il y avait un accord de troc donc on n'était même plus dans le paiement par la Chine de ses achats pétroliers à l'Iran donc là on va voir aussi la capacité des Etats-Unis à négocier avec chacun des partenaires économiques de l'Iran l'Europe y compris la clé sera aussi à Moscou parce que Moscou a officiellement un milliard de commerce avec l'Iran mais selon les chiffres iraniens c'est 5 parce qu'il
y
a le contournement des sanctions via la mer Caspienne et donc là on a beaucoup de denrées agricoles de technologies sensibles et notamment dans le domaine des missiles donc dans la capacité militaire de l'Iran dans la capacité de surveillance dans le domaine cyber le domaine spatial donc il y a beaucoup de transferts de technologies double usage malgré les sanctions donc ça va être aussi la capacité on voit que les émissaires de l'administration Trump vont aller en Russie le directeur de la CIA y était également donc on voit qu'aussi il va y avoir des pressions sur des adversaires de l'Iran des Etats-Unis pour obtenir une coopération limitée dans cette stratégie de pression maximale donc il ne
faut
pas faire le calcul que parce que ça a échoué par le passé automatiquement la république islamique n'ira pas vers un compromis on ne peut pas prévoir soit ça va provoquer une escalade militaire soit comme en 2015 la pression d'Obama à l'époque avait conduit à l'accord parce que le régime avait privilégié la survie économique
par
rapport à ses ambitions idéologiques donc c'est toujours un arbitrage difficile pour des régimes idéologiques d'accepter un compromis mais ça sera très difficile pendant la durée de l'administration Trump donc c'est une politique
qui
peut aussi produire des effets pour le successeur de
l
'administration Trump si le régime survit parce qu'il ne
faut
pas oublier que les Etats-Unis comme l'a souligné Laurence Nardon visent le changement de régime donc c'est la seule victoire possible pour les Etats-Unis dans ce conflit c'est d'obtenir le changement de régime parce qu'on voit que des phases d'escalade militaire aboutissent à des compromis tactiques mais on ne voit pas la diplomatie si vous voulez fournir une solution durable compte tenu des contentieux qui s'accumulent depuis 47 ans entre l'Iran et les Etats-Unis et des conditions américaines pour un accord qui sont trop éloignés de ce que peuvent accepter les dirigeants actuels de la république islamique
mais
Clément que devient la dimension de la menace nucléaire dans ce dans
ce
contexte puisque l'on sait en fait que voilà que l'Iran a toujours 460 kg d'uranium enrichi
et
que de son côté en pleine frénésie électorale le premier ministre israélien qui avant-hier disait que la chute du régime iranien était à portée de main continue de dire il faut les détruire donc est-ce que la menace nucléaire même à
moyen
terme peut être un argument brandi par Téhéran
alors
effectivement ils ont changé de stratégie c'est-à-dire qu'après la guerre des 12 jours on avait évité dans l'espace public officiel de la république islamique de mentionner la course vers l'arme nucléaire donc la militarisation du programme pour éviter justement de donner des éléments de langage aux Etats-Unis aux israéliens pour préparer de nouvelles frappes donc ce calcul a échoué puisque le 28 février il y a eu quand même de nouvelles frappes israélo-américaines et une nouvelle phase de guerre donc l'idée maintenant c'est de menacer d'une course à la bombe rapide pour recréer un rapport de force et montrer l'échec des politiques américaines basées sur l'option militaire mais en même temps l'urgence pour les forces armées idéologiques des gardiens de la révolution c'est pas tant de créer une bombe nucléaire qui prendrait quelques mois quelques semaines en tout cas au minimum mais de reconstituer les capacités de drones et les capacités balistiques
pour
perturber l'économie mondiale et donc là l'effort pour l'instant se porte sur ces capacités militaires conventionnelles pour à la fois menacer potentiellement les forces armées américaines qui sont les 50 000 soldats américains dans la région pour imposer des pertes à l'administration Trump pour l'instant il y a 18 morts américains et donc ça c'est un débat politique interne aux Etats-Unis qui est très important et la république islamique veut peser
à
travers ces forces conventionnelles sur ce débat et l'autre aspect c'est la capacité à frapper les zones de production d'hydrocarbures dans la région c'est
-à
-dire s'il y
a
une escalade militaire et c'est pour ça qu'il y
a
des freins quand même à une escalade militaire la république islamique a quand même des capacités de frapper des champs pétroliers des champs gaziers et là ce ne sont pas l'arme nucléaire qui permet ça ce sont les drones ce sont les missiles et donc là il y a un effort qui est également consenti en cas d'escalade militaire américaine ou de nouvelles interventions israéliennes donc on a aussi ce jeu-là et les américains c'est pour ça qu
'ils
font des phases de 4 à 6 semaines c'est qu'on voit qu'au bout de 4 à 6 semaines de confrontation militaire les prix de l'énergie augmentent à nouveau dépassent les 100 dollars et à ce moment-là on a de nouveau une pause donc ces 6 derniers mois de conflit ont montré à la fois les limites de l'option diplomatique mais aussi les limites de l'option militaire mais le nucléaire reste plutôt un élément dans la guerre de propagande puisque comme il s'agit d'une obsession occidentale une obsession américaine ça permet au régime aussi de jouer la carte d'un accord global qui ne comprendrait pas que Hormuz qui ne comprendrait pas que la stabilité régionale mais d'élargir le débat et de gagner du temps aussi pour reconstituer ces forces conventionnelles qui elles sont indispensables pour la dissuasion iranienne à court terme
Bruno
Tertré vous partagez cette analyse de Clément donc en fait
oui
le nucléaire comme toujours cette espèce de nuage menaçant mais en fait d'autres priorités
à
court terme pour la république islamique
moi je ne sais absolument pas quelles sont les priorités stratégiques aujourd'hui de la république islamique d'Iran ce qui est certain c'est que le régime s'il le souhaitait et rien n'indique aujourd'hui à part quelques déclarations publiques effectivement plus nombreuses sur le sujet rien n'indique aujourd'hui que le régime est à la fois la volonté et très probablement n
'ont pas
la capacité d'entamer une course vers la bombe il y a quand même eu un endommagement tout à fait significatif des principales installations nucléaires et même si contrairement à ce que disait Trump déjà l'année dernière
et
encore plus il y a six mois le programme n'a absolument pas été anéanti je ne crois pas du tout que les gardiens de la révolution si tentés qu'il ait un consensus politique à Téhéran pour le décider se lancent et la capacité de se lancer vers cette courbe vers la bombe qui de toute façon serait en partie au moins repérée puisque le nombre de capteurs américains et israéliens qui sont aujourd'hui qui surveillent toutes les activités nucléaires même si certaines sont souterraines et difficiles à surveiller est extrêmement important donc voilà je ne pense pas que ça soit une option pour la république islamique d'Iran de toute façon aujourd'hui je rappelle quand même aussi que du point de vue israélien c'est le moment de l'opération c'était déterminé par la reconstitution du programme de missiles beaucoup plus que l'état exact à ce moment-là du programme nucléaire donc finalement j'aboutis à peu près à la même conclusion ce sont les missiles et les drones qui sont aujourd'hui au plus important en tout cas aujourd'hui que le programme nucléaire
Est
-ce qu'on peut dire Bruno qu'au terme encore une fois de ces six derniers mois on voit un axe Iran-Russie-Chine renforcé
par
l'enlisement américain
Xi
Jinping au Caire mercredi dernier disait ouvertement voilà la politique américaine est inconséquente
en
gros amis arabes débarrassez-vous de cette protection inefficace
oui alors
je me méfie toujours des injonctions ou plutôt des conseils de la Chine ou de la Russie aux pays arabes comme si les pays arabes avaient besoin de Moscou ou de Pékin pour avoir leur propre stratégie donc je ne crois pas que ce soit déterminant surtout pour un pays comme la Chine qui n'a absolument pas les moyens d'offrir à ces pays une protection militaire qui serait du même ordre que celle que confèrent encore aujourd'hui les Etats-Unis est-ce que les liens entre les trois pays que vous mentionnez sont renforcés je dirais qu'il faut surtout parler du quatrième qui est la Corée du Nord qui elle consolide de plus en plus son alliance avec la Russie mais il n'y a pas d'alliance entre la Chine la Russie et l'Iran il y a un partenariat qui se consolide depuis plusieurs années à l'occasion de la guerre on a vu la Chine poursuivre ses exportations de produits chimiques qui aident dans les faits des produits chimiques destinés au carburant au combustible des missiles iraniens on a vu également la Russie poursuivre son assistance dans un certain nombre de domaines les deux pays et surtout la Russie procurent probablement des renseignements utiles à l'Iran dans le domaine militaire mais ce n'est toujours pas cette alliance un petit peu fantasmée par certains entre la Russie la Chine l'Iran et la Corée du Nord c'est toujours un partenariat c'est un petit peu plus qu'un partenariat de circonstances mais c'est très très loin d'être une alliance militaire
il
y a un autre partenariat il y
a un autre
partenariat qui a été signé en Arabie Saoudite le pacte de la
Mecque entre
les Saoudiens les Pakistanais et les Turcs
et
là on voit bien quand même l'affirmation en tout cas sur le papier d'un réseau d'alliances qui essaient de combler le flou ou l'embrouillanie de la protection américaine dans la région
alors
tout ceci vient de loin il faut quand même rappeler que dès la fin de la première guerre du Golfe ou de la deuxième ça dépend comment on compte mais c'était en 1991 les pays du Golfe ont souhaité diversifier leur partenariat de défense et de sécurité c'est d'ailleurs à cette époque que nous français avons signé les accords de défense avec trois émirats trois monarchies du Golfe donc tout ceci vient de loin mais là c'est vrai on a franchi un cap du côté saoudien dans la volonté de transformer ce qui était d'abord un partenariat de défense bilatérale avec le Pakistan qui est une vraie alliance militaire pour le coup avec maintenant la Turquie la Turquie qui n'a plus du tout la même importance enfin qui a infiniment plus d'importance sur le plan économique et militaire qu'elle ne l'avait il
y
a 30 ans donc c'est un partenaire de défense potentiellement extrêmement important qui a une industrie de défense qui a des capacités militaires et technologiques tout à fait significatives donc en gros on a l'expérience pakistanaise l'argent saoudien et l'industrie de défense turque je simplifie énormément les choses mais ce partenariat est important nous verrons s'il est effectivement doublé d'une véritable organisation politique et militaire comme les trois pays l'ont annoncé je rappelle quand même qu'on n'a pas le texte de cet accord on a une déclaration politique mais personne ne sait exactement quels sont les engagements mutuels que se sont donnés ces trois pays donc c'est pas un basculement mais c'est une évolution significative ça le serait encore plus d'ailleurs si certains pays comme l'Egypte ce qui n'est pas encore gagné certains pays comme l'Egypte se ralliaient à cette nouvelle organisation politico-militaire qui se dessine depuis l'accord de l'Amec
Bruno le Pakistan est une puissance nucléaire on sait les ambitions nucléaires en principe civil
du
prince héritier d'Arabie Saoudite il y a eu cette promesse de Donald Trump disant ben oui bien sûr on va vous aider puisque vous avez de l'uranium on va vous aider à développer du nucléaire et puis il semble que le président des Etats-Unis soit revenu sur cet engagement là aussi
un
flou
pour
le moins suspect
pas
forcément suspect en tout cas je crois que la volonté saoudienne de se doter d'un programme nucléaire civil est réel je crois que le déterminant dans leur esprit c'est beaucoup plus ce que fait et ce que fera l'Iran plutôt que ce que font aujourd'hui les Etats-Unis il n'y a pas de protection nucléaire américaine envers l'Arabie Saoudite quant à l'idée d'un transfert de technologie nucléaire militaire du Pakistan à l'Arabie Saoudite je crois qu'on en est très loin même si on a toujours soupçonné Islamabad d'avoir donné une sorte de garantie dans les mots en tout cas dans le verbe une semi-garantie nucléaire à l'Arabie Saoudite donc je crois pour conclure sur ce sujet que finalement la question nucléaire même si elle est toujours présente dès qu'on parle dès qu'on parle du GOF est relativement secondaire dans les débats actuels en tout cas dans cet accord tripartite et même dans l'accord bilatéral qu'a signé l'Arabie Saoudite avec le Pakistan je ne crois pas du tout que la dimension nucléaire militaire soit centrale
Laurence Nardon on arrive à la conclusion extrêmement provisoire de cette conversation mais il y a deux dates qui s'imposent le président chinois Xi Jinping
doit
en principe se rendre à Washington les 23 et 24 septembre prochains
et puis
il y a évidemment dans 8 semaines les élections de mi-mandat s'agissant de la Chine
jusqu
'où
l
'administration Trump peut-elle affirmer qu'elle asphyxie l'Iran
au
moment au moment on imagine mal la rencontre entre les deux présidents à Washington tournant encore une fois à un affrontement direct sur la question en fait des sanctions et les enjeux
commerciaux
oui
alors vis-à-vis de la Chine en fait l'administration Trump de ce second mandat en réalité a démontré depuis un an bientôt un an et demi bientôt deux qu'elle est aux manettes finalement qu'elle n'avait pas toutes les cartes pour jouer vis-à-vis pour jouer pour contrôler les relations avec la Chine vous vous souvenez au printemps 2025 le Liberation Day enfin la guerre commerciale que Trump avait lancée vis-à-vis du monde entier et notamment vis-à-vis de la Chine finalement s'est retournée contre lui parce que la Chine a menacé de cesser d'exporter les terres rares et tous les matériaux critiques dont les Etats-Unis ont tellement besoin et Trump à ce moment-là est revenu en arrière vis-à-vis de la Chine il a fait ce qu'on appelle maintenant un taco Trump always chicken's out voilà donc je pense qu'en ce qui concerne la Chine la rencontre qui a lieu fin septembre se passe dans un contexte qui finalement n'est pas si bon que ça pour un président Trump qui est beaucoup moins qui est d'ailleurs beaucoup moins agressif beaucoup moins hostile à la Chine dans le discours en tout cas qu'il ne l'était pendant le premier mandat là je crois qu'il a vraiment compris qu'à jouer le rapport de force avec toute la terre et bien quand on tombait sur plus fort que soi finalement et bien ça ne se passait pas bien donc il faudra vraiment voir comment comment se passe cette
rencontre
et
encore une
fois pardon je vous interromps c'est là encore une fois où ces stratégies d'asphyxie de l'Iran se heurtent et ça avait été d'ailleurs l'analyse de Barack Obama encore une fois dont Donald Trump veut détruire les étages mais en fait comment asphyxier l'Iran sans affronter directement frontalement
la Chine
c
'est impossible et donc c'est bien ce qui c'est l'une des très nombreuses problématiques insolubles qui se posent avec cette guerre déclenchée par les Etats-Unis contre l'Iran
Est
-ce
que dans
la campagne électorale qui se déroule donc État par État et pour une multitude de postes électifs pas seulement les sénateurs et les députés de la Chambre des représentants dans ce climat où l'on voit quand même la popularité du président déclinée en tout cas parmi des groupes qui avaient permis son élection pour un second mandat je pense particulier aux Hispaniques ou à ceux qu'on appelle aux Etats-Unis les indépendants est-ce que cette guerre en Iran sert d'argument à un parti démocrate qui paraît quand même toujours vu d'Europe en tout cas comme sans boussole et sans cap
oui
la guerre en Iran en tant qu'erreur stratégique majeure est absolument instrumentalisée par les candidats démocrates à travers tout le pays mais je dirais de manière secondaire par rapport au problème de l'inflation mais et dans le contexte de cette campagne électorale pour les élections de mi-mandat en fait il y a très très peu de gens même chez les républicains qui soutiennent la guerre en Iran en fait cette guerre en Iran contre l'Iran pardon est soutenue aujourd'hui par les loyalistes magas c'est-à
-dire
les 37% de la population dont je parlais tout à l'heure quelques élites qui restent considérables qui restent considérables mais qui ne fait pas une élection parce qu
'on
n
'est
pas à 50% vous avez aussi
de
très rares conseillers autour de Trump qui sont pour de manière très très bruyante excètes principalement mais finalement ils ne sont pas très très nombreux parce que Rubio le secrétaire d'Etat très silencieux J.D.
Vance très gêné également vous avez aussi des influenceurs extrêmement importants qui tapent sur cette guerre contre l'Iran tous les jours comme Tucker Carlson et puis si vous permettez je voudrais aussi ajouter un autre élément très important dans cette campagne en lien avec la guerre contre l'Iran c'est la question israélienne dans l'opinion publique américaine aujourd'hui on voit ça a commencé au lendemain du 7 octobre mais les choses se sont vraiment aggravées avec cette guerre contre l'Iran la perception d'une ingérence israélienne dans la prise de décision du président Trump aujourd'hui on a un désamour
d
'Israël dans l'opinion publique américaine qu'on n'avait jamais vu auparavant alors chez les démocrates notamment les démocrates des courants très à gauche c'est évident c'est massif et ça gagne les républicains les jeunes républicains notamment l'extrême droite l'extrême droite je vais pas dire républicaine mais l'extrême droite maga si vous voulez et ça c'est vraiment un sujet crucial pour l'avenir
du
Moyen-Orient puisque le soutien militaire diplomatique et politique américain est en danger
et
bien ce sera le mot de la fin en tout cas pour ce matin merci mille fois à vous quatre Laurence je souligne les deux articles que vous avez écrits pour le rapport annuel de l'IFRI le Ramsès 2027 qui s'intitule fort légitimement au coeur des tempêtes ça vient de sortir et il y a évidemment plusieurs contributions fort intéressantes Bruno Tertre je rappelle vous êtes un auteur prolixe en mai vous avez publié géopolitique de comptoir comment répondre aux idées reçues fantasmes et clichés sur le monde aux éditions Erol Sébastien Jean vous allez publier début octobre aux éditions La Découverte
un
livre sur le commerce international et Clément Terme vous aussi vous ferez paraître fin septembre aux éditions du
CERC
un ouvrage intitulé Demain l'Iran l'avenir d'une nation voilà ce matin je remercie bien sûr Luc-Jean Reynaud à la réalisation Grégory Wallon à la technique Théa Corlère m'a aidé à préparer cette émission ainsi que Patricia Murat et la documentation de Radio France nous sommes samedi et vous allez bien se retrouver Marina Carrère dans cause et ses carnets de santé et je vous donne rendez-vous
samedi
prochain
Sous
-titrage Société
Radio-Canada